‹ Traité d'anatomie pathologique générale (volume 5)Chapitre 16 sur 38 · III · texte numérisé non relu

III

Les rapports de l'intestin grêle avec le kyste ovarique étant en quelque sorte fugitifs, et ces rapports n ayant lieu qu'avec la partie supérieure de la tumeur, la communication fistuleuse du kyste avec Fintestin grêle doit être beaucoup moins fréquente. Cependant j ai mentionné ailleurs le cas d'un kyste ovarique droit du volume d'une grosse orange communiquant avec i intestin grêle à l'aide d'un trajet fistuleux d'un pouce d'étendue. Ce kyste, ai-je dit, était rempli de matières alimentaires. Il ne paraît pas que dans ce cas la présence de ces matières ait été une cause vive d'inflammation ; cai- j'ajoute qu'il était évident que les parois du kyste avaient [)u supporter impunément la présence des matières à la faveur d'un tissu muqueux cicatriciel.

La perforation spontanée des kystes de l'ovaire dans la cavité péritonéale , quelque inolfensif que paraisse le liquide, est ordinairement suivie d'une périlonite suraiguë très promptement mortelle. Dans un cas de ce genre observé par M. Tavignot , dans le service de Blandin , la mort fut presque immédiate : elle fut également très rapide dans un cas publié par Dance {Arcli. gén. de méd.^ t. XXI, p. IhU), c'était un kyste multiloculaire , une des poclies se perfora dans la cavité péritonéale; la mort eut lieu dans vingt-quatre heures. Je citerai plus bas un fait du même genre (1).

Conséquences pr a liqucs qui résultent de la structure des kystes de l' ovaire.'^' o\x\A'\()i\s jamais que la structure des parois du kyste ovarique est morbide, et que si I inflammation s'en

(i) L'hydropisie enkystée de l'ovaire n'est pas exclusive delà grossesse ; mais ou cojiç(jit les acciilenls qui peuvent en cire la conséquence. Une ienane étant morte d'une péritonite suraigué , dans les quarante-huit heures qui suivirent l'accouchement , à l'ouverture on trouva dans l'ab-» domen un kyste de l'ovaire biloculaire dont les deux poches avaient été perforées. Il est bien possible (|ue ce soit pendant les efforts de l'accouchement qu'ait eu lieu la rupture.

empare, elle peut a\oir les pins funestes consécpiences. C'est ce qui me fait considérer la ponction d'un kyste de rovaire comme beaucoup plus sérieuse que la ponction d'une hydropisie ascite.

Je me rappellerai toujours le fait suivant :

Une jeune femme de vin^^t-six ans (madame la comtesse de M...), déjà mère de trois enfants, me fit appeler pour un kvste énorme de l'ovaire : elle était d'ailleurs brillante de santé : il s'agissait de décider avec MM. Récamier et Jadioux, ses médecins ordinaires, si la ponction devait être pratiquée : mon opinion fut d'ajourner le plus possible; mais la pro[jression étant devenue très difficile et la respiration très gênée, il fallut bien y avoir recours. Or, douze heures après la ponction, frissons violents, douleurs abdominales excessives, décomposition de la face, sueurs froides, délire : mort en quarante-huit heures.

A l'ouverture , nous trouvâmes une inflammation gangreneuse des parois du kyste.

Dans un autre cas de kyste de l'ovaire sur une femme de quarante-cinqans,M.Pinel-Grandchamp fit la ponction en ma présence : le liquide avait la consistance du blanc d'œuf (bien que le kyste fût uniloculaire) et s'écoula très lentement par la canule : deux litres seulement ayant été retirés au bout d'une demi heure, M. Pinel eut lidée d'injecter de l'eau tiède dans la cavité du kyste, dans le but de délayer le liquide et de faciliter son écoulement; mais son attente fut trompée.

Plusieurs heures ayant à peine suffi pour diminuer un peu le volume de la tumeur, l'opérateur crut devoir s'en tenir là; le lendemain matin, frissons violents ; décomposition de la face ; douleurs abdominales excessives ; mort en quarante-huit heures. L'ouverture n'a pas été faite.

Cependant je dois dire que dans certaines circonstances l'inflammation du kyste qui a succédé à la ponction a été

/l36 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

maintenue dans de certaines limites , s'est annoncée avec tous les signes d'une péritonite ordinaire, et a cédé à un traitement actif; rinflammation de la poche s'est révélée à la ponction suivante par la présence du pus dans le liquide.

Dans un certain nombre de cas , il est résulté de cetie inflammation du kyste un état stationnaire dans le volume de la tumeur comme si {'inflammation de cette poche avait enrayé la sécrétion du liquide.

Il ne serait pas impossible que la guérison ft\t la conséquence de rinflammation suppurative, et que le kyste de l'ovaire fût converti en un kyste purulent dont la ponction aurait pour conséquence le retrait de la poche et de la transformation de l'inflammation purulente en inflammation adhésive.

Voilà les motifs qui me rendent très circonspect à l'endroit des injections iodées, et qui, jusqu'à un plus ample informé, me font hésiter à conseillera mes malades de se soumettre à cette opération.

Dans un cas d'hydropisie enkystée de l'ovaire très considérable, survenue chez une jeune femme qui n'avait jamais eu d'enfants, la ponction étant devenue indispensable, vu le volume énorme du ventre, l'anhélation, l'insomnie et finhltration des membres inférieurs, j'eus l'idée de laisser la canule du trocart dans l'ouverture ; mais, au bout de trois heures, la malade accusant une douleur vive dans l'abdomen, je retirai la canule : les symptômes d'une péritonite ou plutôt d'une kystile extrêmement intense ne tardèrent pas à se manifester , et la malade succomba.

j^t cependant il fiudra bien que tôt tard on parvienne à {Hiérir c(!S kystes de l'ovaire cpii se développent dans la jcMiuesse comme dans Tàge adulte, et qui constituent pour jp moins une jurande infirmité. Ainsi, je donne des soins

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eu ce moment à une jeune fille de dix-sept ans, bjillante de saute d'ailleurs, qui m est conduite de temps en teiDps pour un kyste flasque de l'ovaire, lequel remplit une grande partie de l'abdomen .

Faut- il tenter la cure radicale de ces kystes avant qu'ils aient acquis un (jrand développement? L'injection iodée est-elle un moyen aussi inoffensif qu'on le dit? Le maintien de la canule du trocart dans le kyste pendant un certain temps est-il un moyen de cure radicale qui doive être conseillé ? L'incision de Ledran , après adhésion préalable , mériterait - elle la préférence? ou bien n'est-il pas plus sage de se contenter de la cure palliative et d'attendre pour la ponction, qu'elle soit impérieusement indiquée par la gène de la respiration et par les conséquences de la compression de la tumeur sur tous les organes abdominaux ? Voilà des (juestions qui sont à l'ordre du jour et que de nouvelles observations permettront un jour de résoudre.

Je terminerai cet article déjà trop étendu sur les kystes de l'ovaire, par le fait suivant que je viens d'observer dans mon service à l'hôpital de la Charité, et qui me paraît intéressant sous plus d'un rapport (1).

Kyste énorme de l ovaire en partie multiloculaire et en partie aréolaire; sa nature aréolaire et multiloculaire reconnue fait rejeter la ponction ; inflammation spontanée de plusieurs poches; rupture de lune d'elles dans la cavité péritonéale.

Quesnel (Antoinette), quarante-huit ans, entra dans mon service, salle Saint-Joseph , n^ 20, le Zi octobre 1853, pour une tumeur énorme de l'abdomen avec infdtration des membres inférieurs. C'était un kyste de l'ovaire qui s'élevait jusque derrière Tappeiidice xiphoïde qu'il déjetait en avant, et aussi jusque sous les deinières côtes.

Je reconnus, à l'aide de la percussion par choc : 1° qu'il

(0 Observation recueillie par M. K, Céry, interne dans mon service.

existait un kyste de l'ovaire; 2° que ce kyste était multiloculaire ; '6° !a même percussion par choc brusque ( comme par une chiquenaude), donnant à la main appliquée du côté opposé ime sensation d'impulsion moins instantanée et moins nette, que lorsque le liquide est coaiplétement aqueux : je diajjnostiquai un liquide vis- (pieux ou filant à la manière du blanc d'œuf; k" la pression exercée successivement sur diverses régions de la tumeur me démontrait une sorte de compacité , de résistance élastique sans fluctuation prononcée, et d'ailleurs inégale. J'en conclus que dans la partie non fluctuante la tumeur présentait la disposition aréolaire ou vésiculaire. Mon diagnostic fut donc celui-ci : Kyste en partie multiloculaire et en partie vésiculaire ou aréolaire; liquide contenu visqueux, filant a la manière du blanc dœuf.

En conséquence, j'annonçai que je m'abstiendrais de la ponction comme d'un moyen à la fois insuffisant et nuisible : 1* insuffisant, car, d'une part, la ponction ne permettrait probablement que l'évacuation partielle de la poche ponctionnée, vu les caractères du liquide; 2° nuisible, car il était infiniment probable qu'elle aurait pour conséquence une inflammaiion de la poche ouverte, et peut-être de toute la masse du kyste.

L'état général de la malade était d'ailleurs assez bon , sau( l'oppression qui résultait du moindre mouvement.

Tout se passa bien jus(iu'au 10 décejnbre. Tout à coup frisson suivi d'une respiration anxieuse, de petitesse et de fréquence extiêiue du pouls : la face est profondément altérée; la tumeur, indolente jusquo-lA, devient douloureuse, surtout a l'épigastre et ;i l'hypochondre droit: là existait une [)oche l)ien distincte, facile à circonscrire, (pii ui'avait frappé dès le piemier jour, parce qu'elle était pliis proéminente (pie le reste du kyste et soulevait fortement la région épigastricpu) , si bien {ju'elle paraissait sous-cutanée. En même temps, nausées , vomissements ,

répugnance extrême pour toutes les boissons autres que le cidre. A quoi tiennent ces accidents ? Je n'hésite pas à les rapporter à une inflammation du kyste de l'ovaire et peutêtre en même temps à une péritonite. Dans cet état d'agonie, je ne pouvais me décider à avoir recours à la ponction. La malade résista jusqu'au 19, où elle s'éteignit en pleine connaissance.

Ouverture. Des adhérences cellulo-fibieuses très serrées et par conséquent d'ancienne date, unissaient toute la région antérieure de la tumeur à la paroi abdominale. La même adhérence s'observait entre le kyste et la face inférieure du foie : le kyste remplissait toute la capacité de l'abdomen. Le diaphragme avait été fortement refoulé en haut, si bien qu'à gauche comme à droite , la tangente de la convexité de ce muscie répondait au bord supérieur de la quatrième côte. Il y avait environ deux verres de sérosité dans la cavité de la plèvre droite. Le foie a perdu de son volume; d'une part, par la compression qu'il a subie de bas en haut : d'une autre part, par la compression que le cœur exerçait sur sa face supérieure ; la portion du foie qui correspondait au cœur était très amincie et semblait avoir été excavée pour le recevoir.

Le kyste présente sur la plus grande [)artie de sa surface des bosselures transparentes qui correspondaient à la partie vésiculaire et aréolaire de la tumeur.

L'utérus et ses dépendances étaient situées en arrière de la portion pelvienne de la tumeur légèrement excavée à son niveau pour le recevoir. L'utérus (1) ne débordait pas d'ailleurs le détroit supérieur et n'avait subi aucune de ces déformations et déviations par traction, que j'ai observées dans d'autres cas.

La vessie et le vagin étaient situés par leur partie supérieure derrière la tumeur, et par leur partie inférieure

(i) L'utérus contenait une tumeur fibreuse du volume d'une petite pomme dans l'épaisseur de sa paroi antérieure.

UUO ANATOMIE PATHOLOGIQUE GENÉilALE.

au-dessous de cette tumeur, qui était pour ainsi dire à cheval sur Je vagin et la vessie (1).

L'ovaire et la trompe gauches étaient dans Tétat le plus naturel (2).

Point d'ovaire droit, mais son ligament parfaitement distinct et soutenu par son aileron se portait en haut en décrivant une courbure à concavité interne, et se terminait en s'insérant sur la tumeur eiikystée.

Le ligament large droit était parfaitement reconnaissable malgré son allongement.

La trompe droite, située derrière le kyste, était extrémejuent allongée, se portait verticalement en bas en se moulant sur la portion pelvienne de ce kyste : cette tiompe était lemarquable non-seulement par sa longueur de trois à quatre fois plus considérable que de coutume, mais encoje par sa (brîue aplatie et par l'augmentation de son diamètre, cjui lui permettait de recevoir facilement un gros stylet dans toute sa longueur.

La trompe était donc sur un plan postérieur au kyste et il est évident que l'ovaire ([ui est dans l'état ordinaire postérieur à la trompe, a dû en ([uelque sorte sauter par-dessus cette trompe pour se (lévelop[)er au-devant d'elle et par consécpient au-devant de l'utérus.

En portant le kyste en avant pour étudier ses rapports avec les viscères abdominaux, nous avons produit la sortie d'un lirpiide purulent noirâtre, et nous avons reconnu que la source de ce liquide était dans la pocbe supérieure ou

(i) Dans le cas où l'utrirus est postérieur au kyste , c'est donc la paroi antérieure du vajjin , qui est refoulée en bas et (jui tend à faire hernie, et non la paroi postérieure, comme dans les cas où l'utérus est antçrieur au kyste.

(2) L'ovaiic {jauclie i a latine, hosselé, très cou)j)acte, contenait, sous une écorce épaisse et coninu; carlilaf;ineuse , un tissu ctlluleux très dense; point de vésicules de Graaf ; senlenient petit kyste noir tout à fait superliciel à l'endroit de l'insertion du ligament de l'ovaire, et à côté j)oint noii à i niillinièlu; de profondeiu'.

'J'l{fc;iZlÈME CLASSE. UES MÉTAMORPHOSES. IxUi

épigastricjue qui présentait une rupture assez considéra' ble ; que cette rupture spontanée qui était la conséquence de l'inflamniation, avait déterminé une inflammation suraiguë de toute la portion du péritoine qui n'était pas le siège d'adhérences , c'est-à-dire de la face postérieure du kyste et de tout le paquet intestinal. L'utérus, la rate, la presque totalité de l'intestin grêle, une partie de l'arc du côlon qui occupaient l'hypochondre gauche étaient d'une couleur brunâtre et plaqués de fausses membranes très adhérentes. Le gros intestin seul était resté dans sa position normale.

La tumeur ayant été enlevée et soumise à diverses coupes, m'a présenté les particularités suivantes :

Il y avait dans celte tumeur trois grandes poches ou kystes d'inégale capacité , et tout le reste de cette tumeur était constitué par du tissu aréolaire et vésiculaire. Je n'ai fait peser la tumeur qu'après l'issue de la totalité du liquide contenu dans trois grandes poches, et dans un certain nombre de vésicules et d'aréoles. Son poids était encore de SJ^i^ogi^goO. 11 devait être au moins double avant l'issue du liquide.

Le kyste épigastrique, celui qui avait été le siège d'une inflammation que je pourrais appeler gangreneuse avec perforation , était le moins considérable ; sa cavité était tapissée par des plaques pseudo- membraneuses noirâtres, le liquide contenu était visqueux et d'une couleur brunâtre.

Ce kyste épigastricjue n'était pas complet, je veux dire que, constitué par une poche membraneuse dans les trois ([uarts de son étendue, il était complété à sa partie inférieure par un tissu aréolaire et vésiculaire.

Les deux autres grands kystes étaient encore bien moins complets; leurs [jarois n'étaient membraneuses que dans la moitié de leur étendue ; le reste de leur cavité était constitué par du tissu aréolaire et vésiculaire qui proé-

minait sous la forme de grosses masses dans leur cavité : l'un d'eux contenait un liquide visqueux, transparent, filant à la manière du blanc d'œuf. L'autre kyste contenait une matière semblable à du blanc d'œuf épaissi : quelques plaques pseudo- membraneuses adhérentes aux parois dénotaient qu'il avait été le siège d'une inflammation.

La structure de la portion membraneuse de ces kystes était exactement la même que celle des kystes uniloculaires et multiloculaires , c'est-à-dire qu'elle était constituée par deux feuillets bien distincts entre lesquels se voyaient des vaisseaux veineux très considérables; une autre couche vasculaire veineuse occupait la surface interne. Des brides fibreuses très résistantes parcouraient çà et là à la manière d'arcs-boutants ia surface interne du kyste. Plusieurs de ces brides, qui étaient très épaisses, présentaient dans leur épaisseur du tissu aréolaire.

Un. liquide blanc visqueux parfaitement transparent, avec tractus oj)aques, (juelquefois même semblables à du blanc d'œuf épaissi , remplissait un certain nombre de vésicules et d'aréoles : l'aspect du blanc d'œuf épaissi indiquait un travail morbide inflammatoire des parois des vésicules correspondantes; des degrés insensibles conduisaient des vésicules grosses conune une orange à un tissu aréolaire extrêmement fin.

1** Portion vésicula ire. Les vésicules juxtaposées, séparées par des cloisons conununes, avaient une forme polyédrique à plans curvilignes , parce (pi'elles faisaient saillie les unes dans les autres. Les parois demi-transparentes, ()j)alines, j)résentaient çà et là des épaississements par placpies linéaires, et leur surface interne était parcourue par de petits vaisseaux veineux. Il y avait des vésicules closes de toutes parts, mais le plus grand noujbre de ces vésicules communicpiaient entre elles par des peiforations circulaires faites comme par un emportepièce (pu écliaj)paient au premier abord.

TREIZIÈME CLASSE. DES MÉTAMORPHOSES. Uk^

2o Portion aréolafre. Quant à la pvortion de la tumeur purement aréolaire , elle se présentait sous Faspect de cellules d'une ruche à miel, dont le liquide filant, visqueux, s'écoulait avec difficulté. Ces cellules communiquaient généralement entre elles. Une (grosse masse de ce tissu aréolaire contenait une matière tout à fait semblable, pour la couleur et pour la consistance, à du miel blanc. J'ai pensé que cet état de la matière contenue était la conséquence d'un travail morbide.

Enfin, venait un tissu aréolaire extrêmement serré et dense à mailles fibreuses, que je ne puis mieux comparer qu'à un tissu érectile, ou mieux encore au tissu aréolaire du cancer aréolaire et gélatiniforme; et cette dernière comparaison est d'autant plus exacte ({ue le liquide contenu ressemblait à de la (jelée parfaitement transparente.

Ainsi, sous le rapport clinique, cette malade a succombé à une inflammation suivie de rupture de l'une des poches de l'ovaire et à la péritonite qui en a été la conséquence. Ne peut-on pas admettre comme cause de cette inflammation la distension considérable éprouvée par cette poche?

En présence de cette transformation de l'ovaire en des myriades de kystes, ne serait-ii pas puéril de chercher daiis (les cavités préexistantes le rudiment de ces innombrables cavités ^

Si la présence des œufs de Graaf rend un compte assez satisfaisant du kyste uniloculaire simple ou cloisonné, ou même des kystes multiloculaires, il s'en faut bien qu'il en soit de même pour les kystes aréolaires. Je me hasarderai donc à reproduire ici l'interprétation tout hypothétique que j'ai donnée de ces kystes -aréolaires {^natomie pathologique, avec fig., XXV« livr., pi. i).

« L'étude des kystes aréolaires de l'ovaire faite compa- » rativement avec celle des kystes hydatiformes du pla- » centa et avec celle du tissu caverneux, m'a conduit à me

àllh ANATO.MIE PATHOLOGIQUE GÉlNÉUALE.

» demander si ces kystes aréolaires ne seraient pas formés » aux dépens des veines ovariques prodigieusement déve- « loppées , n'ayant plus aucune communication avec le » reste du système veineux , devenues organes d'exhala- M tion morbide, au lieu d'être organes de circulation , et » vivant d'une vie propre.

» L'analogie de ces tissus avec les tissus dits caverneux » ou érectiles est évidente (1).

w Si l'on considère, d'une autre part, que les hydatides M placentaires sont évidemment formées aux dépens des » vaisseaux (2) (je n'ai pu déterminer aux dépens de quel » ordre de vaisseaux) on sera fondé à considérer, sinon » comme établie ou même comme ne sortant pas des M bornes d'une induction légitime, l'idée que les kystes » aréolaires de Tovaire ont leur siège dans le réseau » érectile veineux de cet organe. »

Mon interprétation avait été encore plus hardie (pi. 3, V* livr.). Je disais : « Sous le point de vue de Tanatomie » pathologique , je crois devoir ranger cette altération » dans cette grande classe de lésions organiques caracté- » risées par la transformation d'un tissu en un tissu M nouveau , incapable de revenir à son organisation pre- M mière; vrai parasite , vivant d'une vie propre, indépen- » dante, pourvu d'un système vasculaire nouveau, sus- M ceptible d'un accroissement indéfini. A ces traits, on » reconnaît le caractère de la plupart des espèces d'alté- » ration connues sous le nom de cancer. C'est, en effet, » dans la catégorie des cancers aréolaires et gélatiniformes » que se classe le kyste de l'ovaire, représenté planche 3,

(i) N'oublions pas qu'il est des kystes aréolaires dont les cellules sont complètement isolées les unes des autres ; d'autres dans lesquelles les cotnmnnications n'existent que pour un jxîtit nombre «le cellules.

(a) Voir les Considéraiions développées a ioccasion d'un placenta hydatidiforrnc^ Anal. p<itlt. du corps humain, I*aris , i83o, avec planches, fi{î. I, l'Mivr.

TBEIZIÈME CLASSE. DES MÉTAMORPHOSES. liU5

» V^ livraison; cancers qu'on a désignés sous le nom de M colloïdes^ et qui ne diffèrent du cancer aréolaire et » gélatiniforme de restoniac et des autres tissus que par w la capacité plus grande de ses mailles. »

Toute théorie à part, disons en terminant , qu'il n'y a peut-être en anatomie pathologique aucun fait de nutrition morhide plus prodigieux que celui d'un organe aussi petit que l'ovaire se transformant en une énorme poche ou en des myriades de poches , et n'est-il pas évident qu'avec un peu de tissu cellulaire animé par ce mode d'irritation, que j'ai coutume d'appeler irriiatlon de transformation, la nature peut opérer cette merveilleuse métamorphose ?

Pour terminer l'histoire des kystes de l'ovaire, je dirai quelques mots sur de très petits kystes ovariques qu'on peut appeler kystes ovariques en miniature , lesquels peuvent être considérés comme une variété de l'atrophie de l'ovaire.

Kystes ovariques en miniature.

Les ovaires peuvent présenter en petit, et pour ainsi dire en miniature, toutes les variéte's des grands kystes ovariques dont je viens de faire l'histoire. Ainsi on trouve dans ces petits ovaires , à peine gros comme un œuf de pigeon , des kystes séreux uniloculaires , des kystes séreux multiloculaires , des kystes multiples, des kystes aréolaires, le tout dans des proportions infiniment petites, mais d'une netîeté remarquable. Peut-être un certain nombre de ces petits kystes ne sont-ils autre chose que la première période des grands kystes ; mais bien certainement dans l'immense majorité des cas ces petits kystes sont à l'état définitif, sans doute parce que les moyens de nutrition manquent à ces kystes avortés. Ce qui confirme cette manière de voir, c'est qu'on les observe surtout chez les femmes âgées, et qu'ils constituent bien

certainement un des princij3aiix modes d'atrophie sénile de ces organes.

Sur deux ovaires appartenant à une très vieille femme, j'ai fait les remarques suivantes :

Leur volume était celui d'un œuf de pigeon, La section de ces ovaires a présenté , V des kystes séreux multiples, à parois parfeitement lisses, constitués par une membrane propre, bien distincte de Tenveloppe générale, ou coque de Tovaire. Du reste , point de vestige du tissu propre de cet ovaire : Fun de ces kystes soulevait par une partie de sa surface la coque ovarique très amincie qui offrait à ce niveau une bosselure transparente.

Tous ces kystes étaient accolés , mais indépendants : un seul était biloculaiie. L'un des ovaires était en partie constitué par du tissu aréolaire, à mailles extrêmement fines remplies par une matière gélatiniforme, lesquelles mailles ou aréoles représentaient exactement l'aspect du tissu érectile.

Mais indépendamment de ces kystes sérieux profonds , Fun de ces ovaires présentait des kystes superficiels d'un volume qui variait depuis celui d'un grain de mil ou de semoule juscju'à celui d'un œuf de moineau, kystes superficiels qui paraissaient développés entre la membrane propre et la membrane péritonéale qu'ils soulèvent (1).

Les plus volumineux de ces kystes avaient une forme ovoïde ou sphéroïdale très régulière et proéminaient en entier à la surface de fovaire , aucjuel ils ne tenaient que par un pédicule très mince et dont ils semblaient prêts à se détacher. Leurs parois, aussi ténues que possible, étaient d'une transparence parfaite : le liquide contenu était visqueux.

Les petits kystes miliaires , également transparents ,

(i) Ces petits kystes superficiels ou ovariques paraissent les analogues des petits kystes superficiels décrits par M. Gosselin sur l'épididyme et sur le corps du testicule.

TREIZIÈME CLASSE. DES MÉTAMORPHOSES. UUl

étaient très nombreux. Ils étaient développés entre la membrane péritonéale qu'ils soulevaient et la coque de Fovaire à laquelle ils adhéraient par la moitié de leur surface. Ces petits kystes miliaires contenaient une matière gélatiniforme parfaitement transparente.

5® ESPÈCE. Kystes synoviaux et kystes séreux préexistants.

Les kystes synoviaux constituent la cinquième espèce de kystes préexistants. J'en rapprocherai les kystes séreux formés par des portions de membranes séreuses séparées par des adhérences de la cavité séreuse dont elles faisaient partie. Quant aux épanchements de sérosité dans les membranes séreuses, ou de synovie dans les membranes synoviales , ils seront décrits dans la classe des hydropisies.

Dans une première sous-espèce , je dirai un mot des kystes séreux préexistants, et dans une deuxiènje, je m'occuperai des kystes synoviaux.

l'e SOLS-ESPÈCE. Kystes séreux préexistants.

Ces kystes, ai-je dit, sont formés aux dépens d'une portion de membrane séreuse séparée par des adhérences du reste de la membrane.

1° Kystes péritonéaux. Des adhérences ayant circonscrit

une portion du péritoine , un épanchement de sérosité

s'est produit dans cette portion circonscrite : de là un

kyste péritonéal. J'ai vu un cas dans lequel un kyste de ce

genre avait été pris pendant la vie , et même à l'autopsie ,

pour une hydropisie enkystée de l'ovaire.

Il ne serait pas impossible qu'on eût pris un kyste péritonéal pour un kyste sous-péritonéal développé soit entre le péritoine et les muscles abdominaux , soit entre le péritoine et l'aponévrose des muscles ihaques. On conçoit la possibilité d'un kyste péritonéal partiel dans l'arrière-

cavité des épiploons, par suite de l'oblitération de l'hiatus de Winslow.

2° Kystes du cordon testiculaire. Lliydropisie enkystée du cordon testiculaire doit être considérée comme un kyste péritonéal. Or l®ce kyste peut n'être autre chose qu'un sac herniaire à collet oblitéré; 2*^ il peut être formé aux dépens de la portion de tunicpie vaginale qui, au moment de la descente du testicule dans les bourses, répondait au cordon testiculaire, et c[ui s'est incomplètement oblitéré.

Comme exemple remarquable de kyste péritonéal formé aux dépens du sac herniaire, je rappellerai le kyste en bissac que j'ai décrit à l'occasion des hernies aqueuses (1). A la région de l'anneau crural existait une tumeur sphéroïdale présentant tous les caractères d'une hernie crurale , dont elle ne se distinguait que par la fluctuation et par la transparence. C'était un kyste qui communiquait par un orifice étroit répondant à l'anneau crural, avec un autre kyste séreux situé derrière l'arcade fémorale. Ce kyste en bissac avait bien évidemment succédé à un sac herniaire également en bissac.

Les kystes du cordon qui sont formés aux dépens de la portion funiculaire de la tunique vaginale non oblitérée peuvent être multiples. On trouve au musée Dupuytren plusieurs pièces déposées par M. le professeur Cloquet , qui présentent deux ou trois kystes du cordon superposés et qui résultent bien évidemment de l'oblitération incomplète de cette portion funiculaire : les kystes se sont développés aux dépens des fragments de tunique vaginale intermédiaires aux points adhérents. J'ai vu un cas dans lequel le kyste du cordon testiculaire présentait une forme cylindricjue et non point une forme sphéroïdale, et occupait toute la longueur du cordon.

TiCS kystes du cordon sont quelquefois situés immédia-

(i) Anat. pathol..^ Paris, i849, t. L p. Hoo.

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tement an-dessous Je Tanneau iii^juinal , cjnel(|uerois même pénètrent plus ou moins clans le canal inguinal et peuvent en imposer pour une hernie. J'ai rapporté dans mon premier ouvrage (1) le fait suivant : Dupuytren fut consulté par un jeune homme pour une tumeur inguinale (jui était contenue par un bandage. Cette tumeur obéissait aux mouvements de la respiration et pouvait être facilement réduite. Cependant sa forme globuleuse, son mode de réduction qui était un véritable déplacement plutôt qu'une réduction proprement dite , Tirent soupçonnera l'habile observateiir (|ue c'était à un kyste (piil avait affaire; et en effet, la sortie complète de la tumeui' ayant été provoquée par tous les moyens possibles, Dupuytren parvint à Tisoler de l'amieau et à la maintenir au dehors, de telle manière que les efforts de la jespiration n'eurent plus aucune influence sur elle.

De tous les faits d'hydropisie enkystée du cordon que j'ai rencontrés dans mes dissections, un des plus intéressants est, sans contredit, le suivant, qui m'a présenté la coïncidence de Vhydropisie enkystée du cordon et d'une hydrocèle de la tunique vaginale.

Sur le corps d'un malade mort dans mon service , à l'hôpital de la Charité , j'ai trouvé dans les bourses une hydrocèle du côté droit. Cette hydrocèle me frappa 1° par l'étendue de son diamètre vertical ; elle s'élevait du fond des bourses jusqu'à l'anneau ; 2^ par la présence d'un étranglement circulaire à la réunion des deux tiers supérieurs avec le tiers inférieur de la tumeur; 3° par sa flaccidité. Du reste , le testicule atrophié pouvait être facilement reconnu en bas et en arrière de la tumeur : sous la peau incisée et sous une couche épaisse de dartos , je vis qu'il existait deux poches bien distinctes superposées, fune, inférieure, plus petite; c'était une hydrocèle de la

(i) Essaisur Canal, paihol., i8iG, t, I, p. 290.

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