‹ Traité d'anatomie pathologique générale (volume 5)Chapitre 18 sur 38 · III · texte numérisé non relu

III

Ces kystes sont an nombre de quatre-vingts ou cent, d un volume variable, depuis celui d'un gros pois jusqu'à celui d une petite noix. Ils sont isolés , généralement unilocalaires ; quelques-uns cloisonnés. Le nombre des kvstes contenant du sérum est beaucoup plus considérable que celui des kystes qui contenaient du sang.

Le fait suivant, présenté à la Société anatomique par M. Verneuil , le 1 1 août 185^, établit, d'une part, que ces tumeurs kystiques sous-cutanées peuvent se développer partout ailleurs qu'à la région cervicale antérieure, et, d'une autre part, me paraît rendre plus probable encore que les observations précédentes , la doctrine de la transformation congénitale des tissus érectiles en kystes multiples. Cette tumeur avait été extirpée au creux de l'aisselle chez un enfant de sept ans. Elle était congénitale et adhérait intimement à la peau dans sa partie centrale.

Cette tumeur était mollasse, à la manière d'un adipome; et, en effet, elle était en partie constituée par du tissu graisseux, au milieu duquel se voyait une multitude de petits kystes miliaires contenant les uns de la sérosité pure, d'autres de la sérosité sanguinolente, quelques-uns du sang pur. Indépendamment de ces kystes miliaires, la tumeur présentait des kystes [)lus considérables, multiloculaires, à celiules communicantes, et à l'orifice de ces cellules des espèces de replis valvulaires très minces, analogues aux valvules veineuses. Une cellule plus considérable que les autres présentait sur ses parois des faisceaux réticulés à la manière des colonnes charnues des oreillettes du cœur.

lité (le volume, et quelquefois ce volume est considérable. Dans un cas observé dans le service «le M. INélaton sur un enfant nouveau-né, la tumeur, située à la partie latérale droite du cou, s'étendait de l'apophyse mastuïdc à la < lavicule et avait le volunie de la tête d'un enfant. Une ponction exploratrice donna issue à 700 grammes de licpide et la tumeur s'affaisha < ornpiélcmcînt. On sentait cependant deux ou trois petits kystes qui contenaient encore du liquide.

TREIZIÈME CLASSE. DES MÉTAMORPHOSES. /!l99

Ma première idée, en voyant cette tumeur, fut que nous avions affaire à une tumeur kysteuse consécutive à une tumeur érectile. Ce fut aussi l'opinion de M. Broca. Cette transformation kysteuse des tumeurs sanguines , est un mode de guérison qui s'associe souvent à la transformation fibreuse : elle est quelquefois spontanée, d'autres fois la conséquence d'une violence extérieure : et l'art peut Tobtenir par plusieurs moyens, par le séton , le cautère: il serait encore possible de l'obtenir par une espèce de broiement , de froissement.

La présence de la graisse autour des kystes est-elle une preuve que la tumeur a été primitivement graisseuse? Je ne le pense pas. La graisse s'est développée consécutivement à l'atrophie de la tumeur; là, comme ailleurs, la graisse est destinée à remplir les vides. Ce lipome avec kystes doit donc être considéré comme une transformation du tissu érectile.

Kystes vasculaires formés aux dépens des vaisseaux lymphatiques,

Y a-t-il des kystes formés aux dépens des vaisseaux lymphatiques ?

Nous avons déjà vu que c'était dans les vaisseaux lymphatiques que Bidloo et Vallisnieri plaçaient le siège des hydatides placentaires, mais que cette opinion n'était qu'une vue de l'esprit, puisqu'on n'a pas encore pu démontrer la présence d'un seul vaisseau lymphatique dans le placenta.

Warthon rapportait d'une manière générale la formation des hydatides (kystes séreux) à la dilatation de la portion des vaisseaux lymphatiques intermédiaire à deux paires de valvules dont l'adhésion aurait oblitéré le vaisseau ; et Morgagni (1), qui expose, d'après Bonet;, cette

(i) 38« lettre, n° 38. — Bonet, schol. ad § 8, obs. X, et $ 2, obs. XXI,

500 ANATOMiE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

opinion de Warthoii , sans nier la probabilité de cette explication ingénieuse, fait observer queRuysch Tavait réfutée par cette simple considération anatomique , qu'on rencontrait quelquefois un grand nombre d'hydatides dans le placenta et dans d'autres parties dans lesquelles on ne trouve aucun conduit de la lymphe, et que c'est pour cette raison que Ruysch avait admis que les hydatides placentaires étaient les extrémités des vaisseaux sanguins qui ont changé de nature et qui ont dégénéré en une structure vicieuse.

Toutefois la question de la part que peuvent prendre les vaisseaux lymphatiques à la production d'un certain nombre de kystes séreux ne me paraît pas décidée d'une manière définitive, et je pense que de nouvelles recherches doivent être faites dans cette direction.

Ainsi la lymphangite puerpérale aiguë ou chronique (1) m'a montré dans les couches superficielles de l'utérus de vastes dilatations circonscrites, tantôt remplies de pus, tantôt remplies de sérosité trouble, et dans la forme chronique ces mêmes dilatations ampullaires remplies d'une matière compacte, ayant l'apparence du mastic de vitrier. Il ne manquerait là, pour constituer des kystes, que la circonscription de l'ampoule par une inflammation adliésive. Ces recherches doivent porter non-seulement sur les troncs lymphatiques, mais encore sur le réseau capillaire; et il ne serait pas impossible que certaines tumeurs cutanées multiloculaires ou uniloculaires, reconnussent pour cause l'isolement et la dilatation d'une partie circonscrite du réseau capillaire lymphatique.

Kystes Jorniés aux dépens des ganglions lymphaticjues. Il ne serait pas impossible (pie les abcès tubeiculeux , que les concrétions tuberculeuses des ganglions lymj)hatiques eussent [)rimitiveiuenl leur siège dans les vaisseaux lymphatiques qui les pénètrent de toutes parts. (i) -r^JKifomi'e ;;fl</jo/o/;i7w<?, avec planches, Xfll* livr.

Cela posé sur les kystes préexistants ou formes aux dépens des cavités naturelles , je vais m'occuper des kystes non préexistants ou formés de toutes pièces.

II» GENRE

Kystes formés de toutes pièces et préexistants à la matière qu'ils contiennent.

Bien que le plus grand noncibre des kystes puisse être rapporté au développement d'une cavité close préexistante, cependant on ne saurait limiter la puissance transformatrice de l'organisme , au point d'affirmer que toute cavité close accidentelle reconnaît nécessairement pour point de départ une cavité close naturelle.

Les faits établissent, au contraire, qu'il n'est pas un point dans l'économie où il ne puisse se produire des kystes, parce que partout il existe du tissu cellulaire , et ces kystes sont ordinairement séreux.

On peut diviser les kystes formés de toutes pièces aux dépens du tissu cellulaire, lesquels kystes sont préexistants au liquide qu'ils contiennent , en deux espèces : 1° kystes hygromateux accidentels^ qui sont la conséquence du frottement ; 2° kystes séreux , lesquels se développent spontanément , sans cause connue , dans l'épaisseur des organes.

l" ESPECE. Kystes hygromateux accidentels (synoviaux et séreux).

Partout où existent des parties qui frottent accidentellement Tune contre l'autre, il s'organise des kystes, soit séreux, soit synoviaux , analogues à ceux qui existent entre les surfaces frottantes de l'économie : des kvstes synoviaux , quand les frottements sont très rudes, ce qui arrive quand l'une des surfaces frottantes est un os ou un tendon; des kystes séreux, quand les frottements sont doux.

L'affinité entre le tissu cellulaire et les membranes séreuses est un des faits les mieux constatés de Tanatomie de texture. L'anatomie physiologique, aussi bien que l'anatomie pathologique, démontre, en effet, la transformation du tissu cellulaire en kystes, suivant les besoins de l'économie. Ainsi, lorsque les grandes cornes de l'os hyoïde ne sont pas soudées au corps de l'os, c'est un kyste synovial qui est interposé aux deux surfaces frottantes. Lorsque le point d'ossification de l'acromion ne se soude pas â l'épine de l'omoplate, il se produit encore là une synoviale. Le scalpel des anatomistes modernes découvre chaque jour des bourses séreuses et synoviales nouvelles, en étudiant avec plus de soin qu'on ne 1 avait fait avant eux les régions où s'opèrent des frottements ; de même , lorsque accidentellement il se produit des frottements, il s'organise une poche de glissement, x^insi , Brodie a vu une cavité séreuse entre une gibbosité et la peau. J'ai trouvé, en disséquant des colonnes vertébrales déviées, un grand nombre de bourses synoviales parfaitement constituées entre les surfaces frottantes des côtes aplaties et déformées.

C'est par la même loi que dans les luxations non réduites un kyste fibro-synovial s'organise autour des surfaces frottantes : la même chose se voit autour des bouts des fragments dans les fractures non consolidées qui se terminent par fausse articulation.

On ne saurait méconnaître ici dans le frottement, dans la compression, la cause d'un travail morbide de restauration , ou plutôt d'un mode d'irritation , que dans mon premier ouvrage j'avais proposé d'appeler irritation de transformation (1).

(i) Essai surl'anot. pathol.^i. I, p. ^l'j. <> Outre les irritations nutri- • tives^ sécrétoires^ liémorrliagiqueSy inflammatoires^ il on est une qui n'a » pas encore été nommée: c'est Virritation de trausform.ation^ irritation » puissante qui |)rcsi(le à toutes les productions et transformations dont » j'ai entrepris l'histoire, »

Voici quelques exemples de kystes par pression que j'ai cru devoir considérer comme des kystes synoviaux.

Ainsi j'ai vu un kyste synovial gros comme un œuf de poule sur le cou-de-pied d'une paysanne du Limousin. Ce kyste reconnaissait évidemment pour cause la pression de la bride du sabot : ce kyste, développé au milieu du tissu celluloso-fibreux de cette région, put être extirpé sans accidents consécutifs.

Autre exemple. J'ai vu chez une femme de la campagne, âgée de vingt-sept ans, un kyste mollasse, flasque, oblong, (le la forme et du volume d'un demi-oeuf de poule, occupant la face dorsale du poignet : ce kyste s'élevait à A ou 5 millimètres au-dessus de l'articulation radio-carpienne, descendait jusqu'au niveau de la partie moyenne du métacarpe, et se terminait brusquement par un bord presque droit. Je dis presque droit, parce que le kyste envoyait un petit prolongement au niveau de chaque tendon extenseur. Ce kyste était sous-cutané.

Dans un autre cas , le kyste , qui paraissait souscutané au niveau du carpe et du métacarpe, envoyait un prolongement cylindroïde sous le ligament dorsal du carpe et le long des tendons des muscles extenseurs des doigts.

Encore un exemple. J'ai été consulté par une femme âgée de soixante ans, pour des tumeurs qu'elle portau au côté interne de la région tarsienne du pied. Ces tumeurs, au nombre de trois , étaient placées horizontalement sur la même ligne. On eût dit, au premier abord , qu'elles étaient sous épidermiques, tant était grande leur transparence ; mais évidemment elles étaient sous-cutanées , et la transparence était le résultat de l'amincissement extrême de la peau. Ces trois kystes , que j'ai considérés comme synoviaux, étaient indépendants : l'un d'eux envoyait un prolongement jusque sous la plante du pied, au niveau de la concavité du calcanéum. Ces kystes étaient bien évi-

50/l ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

demment situés entre la peau et les tissus aponévrotiques subjacents.

C'est dans la CdLié^one des kystes hygromateux accidentels qu'il faut placer les kystes qui résultent du frottement d'une tumeur contre un plan résistant, d'une tumeur contre une autre tumeur. Ainsi , j'ai vu un kyste séreux hygromateux développé entre une mamelle squirrheuse volumineuse et le grand pectoral, des kystes séreux hygromateux entre des corps fibreux juxtaposés. Il est de ces kystes qui sont vides, il en est qui sont pleins.

2* ESPÈCE. Kystes séreux.

Indépendamment des kystes séreux ayant pour siège une cavité close préexistante , dont il a été fait mention plus haut, il n'est pas douteux que des kystes séreux ne puissent se produire de toutes pièces dans tous les organes et dans tous les tissus aux dépens du tissu cellulaire : ces kystes sont formés par une membrane mince à la manière d'une séreuse, ou par une membrane fibro-séreuse.

Jusque dans ces derniers temps , les kystes séreux avaient été confondus avec les kystes acéphalocystes, sous le titre de kystes hydatiques : mais une pareille confusion ne saurait avoir lieu aujourd'hui (1). Et d'abord, la sérosité des kystes acéphalocystes présente ce caractère remarquable, qu'elle est d'une limpidité parfaite à la manière de l'eau distillée, qu'elle n'est nullement albumineuse, et par conséquent ne se concrète point en flocons j^ar la chaleur; tandis que la sérosité des kystes séreux est albumineuse a la manière du liquide des hydropisies. En outre, l'examen microscopique démontre dans ce liquide

(i) Il ne peut être question ici que des caractères différentiels entre les kystes séreux et les kystes adventifs appartenant à des acéplialocystes solitaires: l'crreurn'est pas possible pour les kystes acéphalocystes multiples.

la présence des échinocoques. Relativement à la membrane d'enveloppe : dans les kystes séreux, la membrane d'enveloppe séreuse ou fibro-séreuse adhère aux parties voisines par sa surface externe ; dans le cas d'acéphalocyste , il peut se présenter deux cas : Tacéphalocyste solitaire est enkystée ou akystique. Dans le cas où elle est enkystée, on trouve : 1° la membrane propre de Facéphalocyste ; 2° en dehors, le kyste adventif, lequel est souvent épais , rugueux à sa face interne, et quelquefois pénétré de phosphate calcaire.

Dans le cas où Tacéphalocyste solitaire est akystique, on ne trouve qu'une enveloppe, la membrane acéphalocyste, membrane sans adhérence par sa face externe, blanche, tremblotante, se déchirant avec la plus grande facilité. Cette différence est tellement tranchée, que dans les observations d'hydatides transmises par les anciens, lorsque la description a été bien faite, il est facile de redresser les erreurs commises à cet égard. Cette rectification est très possible pour un certain nombre d'observations de Morgagni et même de Bonet (1).

Dans les kystes séreux, le kyste préexiste bien certainement à la matière qu'il contient, tandis que dans les acéphalocystes enkystées , la formation du kyste est consécutive.

Il est évident que l'étude des kystes séreux primitifs , je veux dire des kystes formés de toutes pièces, indépendamment de toute cavité close préexistante, doit être

(i) Je trouve dans des notes que j'ai prises à une époque oii je connaissais très incomple'tement l«s kystes acéphalocystes (en 1817) la description suivante des kystes séreux : « Les kystes séreux du poumon M sont extrêmement communs chez les ruminants; les parois sont fibreu- >» ses, soulevées par des brides qui ne sont autre chose que des vais- » seaux. \J ne fausse membrane très mince^ présentant ça et là des points »» opaques, la tapisse, et cit., pour ainsi dire, l'intermédiaire entie le kyste » et le liquide, »> Bien évidemment, cette fausse membrane était une membrane acéphalocyste; les parois fibreuses, le kyste adventif.

faite sur de nouveaux frais. Il faut les différencier nonseulement des kystes hydatiques, mais encore des kystes séreux qui succèdent à un épanchement, à une destruction de tissu. Nous verrons plus bas , à Foccasion des kystes hématiques, que ces kystes se transforment souvent en kystes séreux, à la suite de l'absorption du sang épanché. Il est vrai que les kystes hématiques présentent presque toujours des traces de leur origine, soit par une coloration particulière des parois, soit par des débris de caillots sanguins.

Il est des accumulations de sérosité qui sont destinées à remplir des vides, des interstices, et qui ne sont pas circonscrites par une membrane continue. C'est à ces collections séreuses que doivent s'appliquer les considérations pleines d'intérêt de M. Velpeau , sur les cavités closes sans parois (1).

T.e fait représenté pi. 1, fig. 2 , XVH^ livr., que j'ai mentionné à Farticle Atrophies, peut être considéré comme un type du genre.

Chez une enfant idiote, âgée de quinze mois, toutes les circonvolutions antérieures des deux hémisphères cérébraux étaient transformées en autant de kystes à parois excessivement minces, transparentes, contenant une sérosité limpide : on eût dit (fautant de kystes séreux ou hydatiques. Tous ces kystes conununi(}uaient entre eux , si bien que fouverture de Tun des kystes de chaque hémisphère fut suivie de févacuation de la totalité du liquide : les parois des kystes , affaissées et plissées sur ellesmêmes, rej)résentaient assez bien Taspect d'une dentelle; la sérosité paraissait n'avoir d'autre destination que celle de remplir les vides. Et ce cas doit être rapproché de cet autre cas (représenté V*= livr., |)i. /i) d'idiotie par atrophie de la pres(|ue totalité de l'hémisphère droit avec transfor-

(i) Hcchcrdic^ anatomi(jues ^ phyawlotjujucs el pathologiques sur les cavités closes naturelles ou accidentelles, l^aris, i843 et 1846.

mation de cet hémisphère en cellulosité, dans les raailles de laquelle était déposée une grande quantité de sérosité.

Ce qu'il y a de certain , c'est que les kystes séreux peuvent se développer partout, dans tous les organes, dans tous les tissus; qu'il y a des diathèses kysteuses générales, comme il y a des diathèses kysteuses limitées à un seul organe : c'est surtout chez les animaux ruminants (mouton, veau, hœuf), qui paissent dans des pâturages humides, que l'on rencontre ces diathèses kysteuses. Ainsi , j'ai vu chez le même mouton des kystes séreux innombrables dans les poumons, le foie, les reins et même dans l'épaisseur du cœur. Ce n'était pas des kystes acéphalocystes solitaires , sorte de diathèse plus commune encore que la diathèse kysto-séreuse; c'étaient des kystes séreux à parois très minces , contenant un liquide très hmpide.

Un fait bien remarquable, c'est Taffinité qui existe entre les kystes séreux, les kystes acéphalocystes et les tubercules chez les animaux ruminants.

Les kystes séreux, avec lesquels on confondait jusque dans ces derniers temps les kystes hydatiques, ont beaucoup occupé les anciens , sous le point de vue de leurs connexions avec l'hydropisie des cavités séreuses ; hydropisie qu'ils considéraient comme le résultat fréquent de la rupture de ces kystes , et par conséquent comme le résultat de l'épanchement de la sérosité qu'ils contenaient dans les cavités splanchniques. Coïter, Morgagni et Valsalva , tout en admettant d'autres causes d'hydropisie, ont défendu celle-ci avec chaleur; Morgagni surtout, qui, dans vingt passages de son immortel ouvrage, revient avec une sorte de complaisance sur cette matière. Il admettait un rapport intime entre leshydatides et les granulations, les cicatrices du foie, de la raie, des reins, d'une part, et les hydropisies des séreuses, d'une autre part. Il supposait que ces granulations et cicatrices étaient la trace de la

rupture des hydatidesdont le liquide s'était épanché dans les cavités séreuses. Mais ces cicatrices , ces prétendus tubercules , ne sont autre chose que des épaississements fibreux, cartilagineux et osseux, qui n'attestent nullement la présence de kystes antérieurs.

Quant à la production des kystes séreux, du temps de Morgagni on n'en donnait d'autre explication que celle-ci : Si une humeur aqueuse vient a s'écouler non-seulement des parois des conduits de la lymphe légèrement lésés, mais encore de quelque endroit que ce soit, et se r^épand entre les petites 7nembranes environnantes, elle les soulève et les transforme en hydatides. C'était également par l'accumulation d'un liquide dans les mailles du tissu cellulaire, liquide qui en appliquait peu à peu les parois les unes contre les autres, que Haller et Louis se rendaient compte de leur formation. Mais cette explication a été victorieusement réfutée par Bichat. « Les kystes sont analogues, dit-il, sous tous » les rapports, aux membranes séreuses; comment donc » auraient-ils un mode différent d'origine que ces mem- » branes, lesquelles ne se forment jamais par la coinpres- » sion du tissu cellulaire? »

Assurément, dans les kystes séreux, ainsi que je l'ai déjà dit, le kyste préexiste au liquide contenu. C'est, au contraire, le contenu qui préexiste au contenant dans les kystes adventifs ou consécutifs dont il me reste à faire l'histoire (1).

( I ) Comme type de kystes séreux dont le point de départ ne saurait être rapporté à une cavité close préexistante, je citerai seulement le fait suivant que j'ai observé sur un cadavre de femme. C'était un kyste séreux sous-péritonéal qui occupait la région lombaire et la réjrion iliaque jrauclie, et f|ni, pendant la vie, m'en aurait certainement imposé pour un kyste de l'ovaire. Ce kyste, qui était flasque, avait le volume de l'utérus dans une grossesse à terme. Son axe était oblique de haut en l>as et de gauche à droite. Il appartenait bien évidemment au tissu sous-péritonéal du côté gauche plutôt qu'à celui du côté droit. Du reste, ce kyste était complètement étranger aux organes génitaux; cir les deux ovaires, les

DEUXIÈME ORDRE

Kystes non préexistants (kystes consécutifs ou adventifs).

Les kystes dont je viens de tracer Thistoire sont primitifs^ c'est-à-dire préexistants à la matière qu'ils contiennent. Ils constituent le premier ordre des productions et métamorphoses enkystées que j'ai divisées en deux genres : lo en kystes formés par le développement d'une cavité normale (premier genre) ; 2® en kystes formés de toutes pièces , mais toujours préexistants à la matière qu'ils contiennent (deuxième genre).

Dans le deuxième ordre qui me reste à décrire, les kystes sont consécutifs ou adventifs, c'est-à-dire qu'ils se sont développés autour d'un corps étranger existant préalablement dans l'économie; dans cette catégorie, c'est donc le contenu, et non le contenant, qui est préexistant.

Tout corps étranger, liquide ou solide, vivant ou non vivant, formé au dedans de nous ou venu du dehors, tend à être éliminé. S'il est irritant par ses propriétés physiques ou chimiques, il enflamme tout ce qu il touche et est expulsé au milieu du pus; s'il n'est pas irritant, il s'organise autour de lui une membrane ou kyste adhérent par sa face extei^ne, libre et lisse par sa face interne ; kyste d'isolement qui fournit dans un grand nombre de cas un liquide propre à entamer, à liquéfier, à dissoudre plusieurs de ces cor[)s et à en favoriser ainsi l'absorption. L'existence de ces kystes est donc postérieure à celle du corps étran-

deux trompes, l'utërus, étaient parfaitement sains, et occupaient le petit bassin dans lequel le kyste ne s'enj^ageait nullement; les deux reins et leurs uretères étaient également sains. Le côlon descendant et le côlon iliaque étaient accolés à la tumeur, qui s'était, en quelque sorte, approprié leur repli péritonéal ou mésocôlon. Le kyste, dont les parois étaient Hbro-séreuses , était rempli de sérosité limpide.

ger : ce sont des kystes d'isolement, deskystes adveniifs (1). i Le sang épanché, le pus, la matière tuberculeuse, des ' grains de plomb, des balles, des entozoaires(cysticerques, acéphalocystes ) , des productions organiques, les corps fibreux, le cancer, le fœtus dans les grossesses extrautérines ou dans la monstruosité double par inclusion. De là sept espèces de kystes adventifs:

1" espèce : Kystes hématiques.

2^ espèce : Kystes purulents^ tuberculeux.

3® espèce : Kystes développés autour des masses cancéreuses et des corps fibreux.

h^ espèce : Kystes formés autour des corps étrangers venus du dehors,

5® espèce : Kystes des entozoaires.

6® espèce : Kystes formés autour du fœtus.

7* espèce: Kystes pileux de i ovaire.

i" ESPÈCE. Kystes hématiques.

Lorsque du sang épanché hors des voies de la circulation, par une cause traumatique ou non traumati([ne, est ramassé en foyer; si, d'une part, il n'est pas complètement résorbé, et, d'une autre part, si , par sa présence, il ne provoque pas une inflammation éliminatrice, il arrive souvent cju'il est isolé , incarcéré par une poche qui se produit tout autour de lui. Or cette poche d'isolement, (|ui n'est autre chose, dans le j)rincipe, qu'une fausse membrane, ne tarde pas à s'organiser; et voici ce qui se passe:

Le caillot solide constitué par le sang dépouillé de toute sérosité est peu à peu entamé, enlevé par l'absorption, soit imuiédiatement, soit après dilution dans une

(i) J'ai (Icjàdil quela sérosité cpancliée dans le tissu cellulaire ne pouvait jamais devenir le point de départ d'un kysle. La perméabilité du tissu cellulaire et le caractère inoffensif de la sérosité s'opposent à Tenkystement.

quantité plus ou moins considérable de sérosité dont la sécrétion a été j)rovoqnée par sa présence. Or, il peut arriver deux choses : ou bien le kysle se réduit au fur et à mesure que le sang est résorbé, et finit par disparaître par l'adhérence de ses parois; ou bien le kyste survit à l'épanchement, persiste même toute la vie sous la forme d'une poche sans ouverture, dont les parois, comme tatouées par la matière colorante du sang, conservent d'une manière indélébile le cachet de leur origine.

Or les kystes hématiques présentent deux variétés biex*. distinctes. Dans la première variété, cjui est la plus fré quente, la matière contenue est constituée par du sars^ plus ou moins altéré dans sa couleur et dans sa consis* tance. Dans quelques cas , le sang a été trouvé concret , très concret, comme s'il avait été soumis à la dessiccation, d'une couleur noir de jais , et adhérent au kyste. Dans la deuxième variété, la matière contenue est en totalité ou en partie constituée par de la sérosité limpide , laquelle a remplacé le sang au fur et à mesure qu'il a été résorbé. Les kystes compris dans cette dernière variété méritent le nom de kystes hématiques séreux. C'est elle surtout qui mérite de fixer notre attention. Les kystes hématiques peuvent-ils se transformer en kystes séreux purs ^ sans aucune trace d'épanchement de sang , de telle façon qu'il devient impossible de déterminer leur véritable origine? Je pense que cela n'est pas absolument impossible; mais ce que je puis dire, c'est que dans l'immense majorité des cas l'origine hématique du kyste se révèle d'une manière non équivoque.

On peut diviser les kystes hématiques : 1^ en kystes du tissu cellulaire libre; 2® en kystes des cavités séreuses et synoviales; 3» en kystes formés au sein des organes; li^ pour compléter le tableau, je dirai quelques mots des kystes hématiques du cancer encép ha loïde.

Ire SOLS-ESPÈCE. Kystcs hématiqucs du tissu cellulaire libre.

Les kystes hématiques du tissu cellulaire libre ( et je m'occuperai surtout des kystes hématiques séreux ) ont pour caractère une grande flaccidité , si bien que leur cavité n'étant nullement distendue par le liquide contenu, la fluctuation peut échapper à un examen peu attentif. Joignez à cela que le kyste est rarement sphéroïdal, mais presque toujours oblong. l^a première fois que j'ai observé un kyste hématique, c'est à la région antérieure et externe de la jambe. Ce kyste était survenu à la suite d'une forte contusion éprouvée deux mois auparavant. Il était oblong, très flasque, et présentait plutôt du tremblotement qu'une fluctuation proprement dite : la pression exercée de haut en bas ou de bas en haut refoulait le liquide dans l'un ou l'autre sens ; et ce n'était qu'après ce refoulement qu'on pouvait produire la fluctuation dans la partie de la poche où le liquide était accumulé. J'espérais que la résorption du liquide se ferait à l'aide de la compression secondée par l'usage des laxatifs; et, en effet, sous l'influence de ces moyens, il y eut notable diminution dans la quantité du liquide. Mais la malade ayant été obligée de partir pour les colonies , j'ignore si l'adhésion des parois s'est définitivement établie.

Le kyste hématique le plus considérable que j'aie vu occupait la région latérale gauche et inférieure de la poitrine chez une femme d'un gros embonpoint; il était survenu à la suite d'une chute violente sur l'angle d'un degré d'escalier, faite trois niois auparavant. La tumeur, molle , flasque , assez nettement circonscrite , malgré reml)oiq)oiut de la malade , avait 10 pouces dans son diamètre transverse, sur 6 dans son diamètre vertical. Au premier abord, on aurait dit d'un adipome mou; mais un examen plus attentif me fit reconnaître un kyste

séreux flasque, dont le liquide pouvait être refoulé en masse dans divers sens. Le flot du liquide que Fou percevait sous la forme d'un tremblotement ne permettait aucun doute à cet égard. Joignez-y une fluctuation très manifeste, lorsque ce liquide avait été refoulé en entier dans une partie de la poche.

Je n'ai pas eu l'occasion de faire Fanatomie pathologique des kystes de ce genre , mais les caractères du liquide contenu ont été parfaitement exposés dans un mémoire présenté à l'Académie de médecine par M. Morel-Lavallée, sous\e titre dCépancheîJients traumatujues de sérosité (i). Et c'est bien des kystes hématiques séreux du lissu cellulaire sous-cutané qu'il s'agit dans son travail , car il décrit à merveille la réplétion incomplète de la poche qxù flotte et qui tremble pendant les mouvements de la partie sur laquelle elle repose, qui ondule même mmiifesiement sous le souffle de l'observateur (rien de plus exact), et le déplacement du liquide qu'on fait refluer d'une partie de la poche à l'autre , comme dans une vessie à moitié pleine.

Voici les caractères du liquide contenu dans les kystes hématiques séreux : Ordinairement d'une limpidité parfaite, d'une couleur tantôt légèrement citronnée , tantôt légèrement rosée, quelquefois noire à la manière du sang veineux, ce liquide jaillit par la canule du trocart, comme la sérosité de l'hydrocèle. Il laisse déposer par le repos une matière rouge brunâtre, floconneuse, constituée par des globules de sang presque blancs et par la matière colorante.

Les caractères des parois des kystes n'ont pas été aussi bien étudiés. Dans les cas où M. Morel-Lavallée a mis à nu ces parois par une incision cruciale, elles étaient le siège d'une inflammation suppurative; mais bien évidem-

(i) Bulletin de V Académie de médecine^ 1, XVIIÎ, p. 8f)G.

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