Ii
qu'on avait cru à la présence d'un liquide dans la partie fluctuante de la tumeur.
Mon diagnostic avant l'ouverture du cadavre avait été celui-ci : tumeur fibreuse de l'utérus avec ramollissement œdémateux dans une partie de son étendue. Je n'avais pas encore eu occasion de voir une tumeur fibreuse de l'ovaire aussi considérable. L'autopsie démontra que c'était une tumeur de l'ovaire.
Voici les rapports de la tumeur :
L'utérus sain, mais déformé, très allongé, était situé au devant de la tumeur à laquelle il adhérait par toute sa face postérieure (1); ovaire et trompe gauches dans létat naturel ; point d'ovaire droit, et à sa place l'énorme tumeur au devant de laquelle était transversalement étendue la trompe prodigieusement allongée, à laquelle on ne distinguait plus de pavillon. Cette trompe était adhérente dans toute sa longdeur.
J'ai reconnu la portion de la tumeur qui était le siège d'une fluctuation mensongère : c'était du tissu fibreux infiltré de sérosité.
Des veines énormes , dont un grand nombre plus grosses que la basilicjue , occupaient la surface du corps fibreux. Ce corps fibreux était enveloppé par un kyste également fibreux, facilement séparable qui pouvait être divisé en plusieurs lèuillets entre lesquels marchaient des veines considérables.
La coupe de la tumeur m'a présenté un tissu fibreux extrêmement serré , dout les filaments s'irradiaient du centre à la cii conférence. Au centre, j'ai trouvé des vaisseaux veineux énormes dont plusieurs admettaient le petit doigt. Cc3 vais^faux étaient intimement unis au tissu fibreux ambiant à la manière des shiua Jo Ij fliir*i-nit>ro.
(i) Celte circonstance pourrait faire rapporter pendant la vie à l'utërus une tumeur de 1 ovaire. J.'adliercnce expli(jue aussi lelon^jation de i'ulerus (jui avait suivi la tuuieur dans son développement,
Je pus , à l'aide de la dissection , séparer une membrane interne.
Les uretères étaient très dilatés, ainsi que les calices et le bassinet des reins.
Jamais je n'avais vu de développement veineux accidentel plus considérable que dans cette pièce. Par opposition je n'ai pas rencontré une seule arière, nia lasurfoce, ni dans l'épaisseur de la tumeur.
On ne s'étonnera pas plus du grand volume que peuvent acquérir les corps fibreux de l'ovaire que de celui qu'acquièrent les corps fibreux de l'utérus. La portion ovarienne des vaisseaux utéro-ovariens est assez considérable pour suffire à cet énorme développement.
Dans ce cas , de même que dans le précédent, aucune production enkystée ne s'était mêlée à la production fibreuse ; mais il s'en faut bien qu'il en soit toujours ainsi , tant est grande l'affinité qui existe entre le tissu de ïovaire et les kystes; affinité qui s'explique tout naturellement par des conditions de structure. J'ai également insisté ailleurs sur l'atfinité qui existe entre les productions fibreuses en général et les productions enkystées; nous en avons vu quelques exemples à l'occasion des corps fibreux de l'utérus; mais nulle part nous ne trouverons cette association aussi prononcée et aussi fréquente que dans les corps fibreux de l'ovaire.
Il faut donc admettre parmi les productions des ovaires des productions mixtes à la fois fibreuses et kysteuses ; productions dans lesquelles il y a tantôt prédominance de la portion kysteuse et lantôt prédominance de la portion fibreuse.
Nous devons d'ailleurs admettre deux variétés bien diaiinctca daus ces productions mixtes : ainsi tantôt la portion fibreuse de la tumeur est parfaitement distincte de la portion kysteuse qui peut y entrer pour une pro-
708 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉlNÉRALE.
portion variable; tantôt il y a en quelque sorte fusion des deux éléments morbides.
Des métamorplioses ovariennes kysto-fibreuses.
Les faits conduisent par degrés insensibles des kystes aréolaires à larges mailles, dont j'ai donné plus haut une description détaillée, aux kystes fibreux à très petites mailles , à parois très épaisses, dans lesquels la cellule ou kyste n'occupe que la plus petite place, et enfin de ce tissu kysteux aréolaire au corps fibreux proprement dit.
L'élément fibreux joue toujours un rôle considérable dans tous les kystes de l'ovaire, soit uniloculaires ou multiloculaires, soit aréolaires : c'est le tissu fibreux qui constitue la poche d'envelopj)c générale , aussi bien que les cloisons des kystes aréolaires.
Une forme très remarquable de ces métamorphoses kysto-fibreuses des ovaires est la suivante : Au centre d'un ovaire transformé en tissu kysteux aréolaire se voit une masse fibreuse plus ou moins considérable de laquelle partent des lamelles fibreuses qui s'entrecroisent sous toutes sortes de directions et constituent du tissu aréolaire.
L'observation suivante peut servir de type pour les tumeurs mixtes kysto-fibreuses ou fibro-kysteuses; elle présente en outre une coïncidence assez rare de tumeurs ovariennes avec une tumeur fibreuse de l'utérus.
Une vieille femme de la Salpêtiière (division des gâteuses), couchée dans mon service, portait dans l'abdomen plusieurs tumeurs bien distinctes, inégales en volume, dont l'une était nuciuante dans une partie de son étendue. Ces tumeurs naissaient dans l'excavaiion Ju baccin îp n'essayai pas de déterminer si leiu' point de départ était à l'utérus ou aux ovaires. Une hydro-péritonite subaigue su I vint. — Dépérissement. — Mort.
Autopsie, humérus contenait une luincur fibreuse sj)héroïdale très considérable qui s'éiait développée dans l'épaisseur de la paroi postérieure gaucbe de cet organe. La cavité utérine très allon^jée occuy)ait la partie latérale droite de la tumeur. L'énucléation de la tumeur fibreuse fut facile ; sa surface était parcourue par beaucoup de veines. J'ai noté quavec la tumeur s'était énucléée la couche voisine de l'utérus , comme si cette couche avait constitué une espèce de kyste adventif (1).
Ovaire droit. A la place de l'ovaire droit se voyait une tumeur kysto-fibreuse considérable qui proéminait dans l'abdomen : le tissu fibreux qui formait la plus grande partie de la tumeur était centralement placé. Il était constitué par des fibres blanches entrecroisées sous toutes sortes de directions, d'une densité uniforme, et traversée par des veines dont le sang était concret.
La portion kysteuse occupait la circonférence et formait le quart en volume de la tumeur; les kystes, qui étaient tous à parois fibreuses ;, contenaient un liquide diversement coloré. Ces parois étaient tapissées par des vaisseaux veineux de nouvelle formation : les unes étaient maculées de sang; les autres offraient diverses colorations bistre, jaune-serin, peau de chamois, trace non équivoque de petites extravasations sanguines.
Ovaire gauche. L'ovaire gauche, du volume du poing, présentait un noyau fibreux autour duquel était un tissu aréolaire à très petites mailles; et enfin à la circonférence se voyaient des kystes distincts, en grand nombre. Le plus considérable contenait un liquide mêlé d'une très grande quantité de paillettes perlées qui n étaient autre chose (jue de la cholestérine. Il y avait péritonite chronique à couleur ardoisée.
(i) J'ai plusieurs Fois noté dans mes observations cette circonstance de l'énucléation de la couche de l'utérus qui environne le corps fibreux.
III« GENRE
Corps fibreux mammaires (1).
J'appelle coi^ps fibreux de la mamelle (2) des tumeurs sphéroïdales, ovoïdes , quelquefois aplaties , d'un volume variable depuis celui d'un grain de mil , d'un noyau de cerise jusqu'à celui d'un œuf de poule , du poing, pouvant acquérir, par suite d'un travail consécutif, le volume de la tète d'un fœtus à terme, d'un adulte et même davantage (j'en ai vu un du poids de 15 livres). Leur surface est tantôt égale et lisse, tantôt mamelonnée, murale, sillonnée, lobuleuse; leur dureté est extrême et comme pierreuse, excepté dans le cas de ramollissement. Ces tumeurs, qui sont généralement sous-cutanées, mais qui peuvent également se développer dans l'épaisseur de la mamelle, sont très exactement circonscrites, toujours enkystées, parfaitement distinctes du tissu de la glande mammaire à lacpieile elles n'adhèrent que par du tissu cellulaire : elles ont la mobilité d'un ganglion lymphatique, et, comme lui , roulent sous le doigt ; d'où sans doute le nom de glandes, sous lequel elles sont généralement désignées dans le langage vulgaire (3).
La lecture que j'ai faite à l'Académie, en janvier 1844, lecture (|ui a été Toccasion d'une discussion des plus vives
(i) Voy. à ce sujet ^natomie pathologique , XXVI* livr , explication fie la première planche. Voyez surtout les Bulletins de t Académie royale de médecine^ séance du 9 janvier i8445 t- ^^i P» 33o et suivantes.
(a) Comme prédisposition à la métamorphose fibreuse, je dirai qu'en dehors de l'état de p^rossesse et de l'état de lactation, le tissu fibreux est extrêmement abondant dans la {>lande mammaire. Je ne connais certainement aucune glande qui, sous le rapport de l'ahondance du tissu fibreux, puisse être mise en parallèle avec la mamelle.
(3) D'oi'i aus-îi le nom de tumeurs adénoïdes sous lequel M. le professeur Velpean b's a désignées d.ms son excellent Traité des maladies du sein, vt dan-; U discussion sur la (Muabilité du cancer qui vient d'avoir lieu à J'Acadc-mie de médecine Çliulletin de l'Académie royale de m.édecine^ Paris, i854, t. XX, p. 26 et suivantes).
qui n'a pas duré moins de trois mois, a eu pour but d'établir : lo Texistence des corps fibreux de la mamelle jusque-là confondus avec des lésions de toute autre nature et en particulier avec les lésions cancéreuses, et la possibilité de les distinguer du cancer, au point de vue clinique non moins qu'au point de vue anatomique- 2» elle a eu en outre pour but de démontrer que les corps fibreux mammaires étaient incapables de dégénération cancéreuse, et que par conséquent leur extirpation n'était pas nécessaire, en tant que ces corps pourraient compromettre la vie des malades par les changements ultérieurs qui se passeraient dans leur intimité; 3° que ces corps fibreux étant une lésion essentiellement locale et inoffensive, leur extirpation était en quelque sorte facultative et ne saurait être motivée que par l'incommodité qui résulte de leur poids etdeieur volume; ^"qu'après l'extirpation, les corps fibreux ne repullulent jamais dans le vrai sens de ce mot, bien que des corps fibreux nouveaux puissent se développer dans une mamelle qui a été le siège d'une extirpation antérieure.
J'ai dit comme quoi , imbu jusque-là de la doctrine régnante, que ces tumeurs circonscrites, mobiles, roulantes , parfaitement détachées du tissu de la glande mammaire, étaient susceptibles de la dé(}énération cancé • reuse , j'avais adopté pour pratique l'extirpation immédiate de toutes les tumeurs de la mamelle , n'ajournant le conseil de l'extirpation que le temps nécessaire pour préparer à cette idée les malades, toujours dociles et résignées lorsque le terrible mot de cancer était prononcé. Mais que des doutes ne tardèrent pas à s'élever dans mon esprit sur le caractère d'un grand nombre de ces tumeurs, et que ces doutes me furent surtout suggérés par plusieurs cas que j'avais observés chez de jeunes filles à peine pubères (quinze, seize, dix-huit ans); chez de jeunes femmes brillantes de santé , et aussi par la multi-
712 ANATOMIK PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
plicité de ces tumeurs dans la même mamelle (j'en ai vu jusqu'à cinq), par leur présence siamltanée dans les deux mamelles, et je me suis demandé si ces tumeurs, dont la découverte était due le plus souvent au hasard, devaient être irrévocablement considérées comme des cancers à leur première période.
J'ai dit comment ces doutes s'étaient fortifiés dans mon esprit, lorsque plusieurs femmes qui s'étaient refusées à l'opération, et d'autres auxquelles je n'avais pas eu le courage de la conseiller , soumises à mon observation pendant un grand nombre d'années (dix , quinze , vingt ans) , ne m'avaient présenté ni accroissement sensible de volume, ni dégénération aucune de ces tumeurs, bien que plusieurs de ces femmes fussent devenues grosses et eussent allaité leurs enfants et que plusieurs eussent traversé l'époque critique.
J'ai dit comment ces doutes étaient devenus une certitude, en voyant le défaut de repullulation de la plupart des tumeurs de ce genre qui avaient été extirpées par l'instrument tranchant, et surtout en voyant le défaut de généralisation de la maladie, et l'absence de cachexie cancéreuse ; car la généralisation de la lésion dans tous les tissus, sa propagation par continuité de tissu, et la cachexie cancéreuse sont les traits les plus caractéristiques du cancer. Qu'il me soit permis d'ajouter qu'il n'y a pas repullulation des corps fibreux dans le véritable sens de ce mot , bien que de nouveaux corps fibreux se développent quelquefois dans la mamelle après l'extirpation du premier, mais il y a là plutôt multi|)lication que reproduction. Je veux dire que les corps fibreux se développent dans la partie restante de la glande mammaire, comme ils se seraient développées avant l'extirpation, en sorte que si Ton a affaire à une mamelle contenant j)lusieurs corps fibreux, il y a avantage à enlever la totalité de la glande.
J'ai dit enfin comment l'examen anatomique d'un grand
nombre de tumeurs mammaires extirpées par divers praticiens SOUS le nom de sqinrrhe ^ de cancer cncéphaloïde ou gélatiniforme, à l'état de crudité, m'a permis de constater de la manière la plus positive qu'un certain nombre de ces tumeurs présentaient les mêmes caractères de forme, de densité, de texture que les corps fibreux de Tutérus, et nullement les caractères du cancer. (Voy. XXV* livr., pi. I, Explication du texte.)
Eb bien ! les observations extrêmement nombreuses qu'il m'a été donné de recueillir depuis la discussion à l'Académie (janvier 184^), sur ce genre de tumeurs, les faits non moins nombreux d'anatomie pathologique qui ont été mis à ma disposition sont venus confirmer les idées que j'avais émises à cet égard et établir définitivement la doctrine de l'innocuité de cette nombreuse tribu de tumeurs mammaires considérées jusque-là ou comme de vrais cancers, ou comme des cancers à l'état de germe ou de crudité. Dès lors il m'a paru (jue la pratique à l'endroit des corps fibreux mammaires devait être modifiée, et que leur extirpation était en quelque sorte facultative, réservée pour le seul cas où la tumeur incommode la malade par son poids ou par son volume.
L'examen microscopique en révélant d'une manière plus intime la question de siège et la question de nature , est venu confirmer les résultats de ces observations , en démontrant l'absence complète des éléments cancéreux dans ce genre de tumeurs; car il y a incompatibilité entre la métamorphose fibreuse et le cancer.
Parmi les médecins micrographes qui ont bien mérité de la science à cet égard, se place en première ligne M. Lebert(l), qui a considéré ces tumeurs comme des tumeurs homœomorphes , qu'il classe tantôt parmi les
(i) Traité d'anatomifi patUolo(ji(jue f/énérale et spéciale^ Ppris, i855, [i. 177 et suivantes.
tumeurs fibreuses, tantôt parmi les tumeurs fibroplastiques, tantôt parmi les hypertrophies.
Coulons à fond la question de siège :
Siège. Les tumeurs que j'ai décrites sous le nom de corps fibreux mammaires sont-elles f(^rmées aux dépens du tissu propre de la glande mammaire, c'est-à-dire des grains glanduleux eux-mêmes, ou bien aux dépens du tissu fibreux si abondant dans cette glande , et qui en forme pour ainsi dire la gangue ou charpente : ma première pensée avait été d'appliquer aux corps fibreux mammaires les idées que j'avais émises au sujet des corps fibreux utérins , à savoir : que ces corps n'étaient pas constitués par une transformation du tissu propre de la mamelle, mais bien formés aux dépens du tissu cellulaire dense ou tissu fibreux si abondant dans cet organe, et comme déposés au milieu de la glande mammaire, à la manière de parasites, d'entozoaires. Mais la dissection d'un certain nombre de ces tumeurs (jui étaient à une période peu avancée de leur développement , m'a permis de voir que , dans le principe, ces tumeurs, quoique toujours parfaitement indépendantes de la glande mammaire, tenaient encore aux granulations voisines par un tissu cellulaire plus ou moins dense, si bien que dans l'extirpation de ces tumeurs on eidève prescpie toujours avec elles quel(jues granidations glanduleuses, et qu'on a pu croire à l'existence d'un pédicule cpii l)ien certainement n'existait pas et (jui est le fait du procédé oj)éraloire, de l'cnucléation incomplète de la tumeur. Or, la dissection d'un certain nombre de ces tumeurs à leur première période m'a fourni la preuve directe que ces tumeurs mammaires étaient j)r()duites par une agglomération de grains glanduleux indurés. Car non-seulemeni les grains glanduleux peuvent être isolés avec le scal[)el, mais encore les canaux galactophores petiveut être suivis dans réf)aisseur de la tumeur. Le microscope est venu confirmer pleinement ces
idées en montrant des culs-de-sac glandulaires correspondants à chaque granulation.
Mais arrive un moment où le corps fibreux étant plus avancé dans son développement, la disposition granuleuse ne s'observe plus à l'œil nu ou à la loupe grossissante ; le corps fibreux se présente alors sous Taspect d'une masse très dure, indépendante , enkystée, comme interposée ou superposée aux granulations saines de la glande, homogène, criant sous le scalpel, n'offrant en aucune manière la disposition granuleuse ou glanduleuse. Là encore le microscope nous révèle souvent la présence de quelques culs-de-sacglanduleux,dedébris decanauxgalactophores dont il peut apprécier la disparition progressive, à mesure que l'élément fibreux prédomine dans la tumeur. Ajfïniié des corps fibreux mammaires avec [hypertrophie. L'affinité des corps fibreux mammaires avec l'hypertrophie est un des points les plus intéressants de leur histoire (1). Les détails dans lesquels je suis entré à l'article Hypertrophie mammaire avec induration et transformation fibreuse circonscrite , granuleuse et lobuleuse , ne j)euvent laisser aucun doute à cet égard; et l'on a vu que les tumeurs que j'ai appelées corps fibreux de la mamelle , peuvent se diviser en deux catégories : 1° les corps fibreux au premier degré ou à leur première période : la totalité des éléments du tissu de la glande mammaire n'est pas envahie, il reste des traces non équivoques du tissu glanduleux et des canaux galactophores qu'une dissection attentive, aussi bien que le microscope, permet encore de reconnaître; 2*^ !es corps fibreux au deuxième degré, c'est-àdire à leur maximum de développement : tout vestige de tissu glanduleux a disparu aussi bien à l'œil nu qu'au microscope; il ne reste plus que du tissu fibreux, la métamorphose est complète.
Or si la dénomination d'hypertrophie ou plutôt d'indu-
(i) Voy. tome III, Hypertrophie, pa^je 6i et suiv.
ration hypertrophique peut encore s'appliquer au premier degré de développement des corps fibreux, attendu que tous les éléments anatomiques de la glande mammaire sont encore distincts, et que la portion indurée peut encore revenir à son état normal, il n'en est pas de même du deuxième degré dans lequel la transformation fibreuse est consommée, Télément glanduleux a complètement disparu , la portion indurée incapable de revenir à son état premier , comme aussi incapable de dégénération cancéreuse, tandis que le tissu mammaire, simplement hypertrophié, peut devenir cancéreux.
Il est aisé de concevoir que si , avant l'extirpation, la ligne de démarcation entre l'induration hypertrophique et le corps fibreux est difficile à saisir, rien n'est plus facile sur la pièce anatomique, soit à l'œil nu par le secours de la dissection et d'une loupe grossissante , soit surtout à l'aide du microscope. La présence de l'élément glanduleux, des culs-de-sac glanduleux, dans le cas d'hypertrophie, leur absence dans le cas de corps fibreux confirmé établissent parfaitement leurs limites.
Je ne saurais assez insister sur l'importance de la distinction que je viens d'établir : seule elle peut expliquer pourquoi un certain nombre de tumeurs mammaires circonscrites, que j'avais caractérisées du nom de corps fibreux , ont pu disparaître sous l'emploi de cataplasmes émollients longtemps continués, et d'emplâtres résolutifs ; tandis cjuc lorsque la transformation fibreuse est opérée, les tumeurs sont réfractairesà toute espèce de médication; elles sont incapables de résolution.
Il n'est pas rare de rencontrer sur la même mamelle tous les degrés de la métamorphose fibreuse depuis le premier degré de l'induiation hypeitrophique jusqu'à la transformation fibreuse la plus complète. Ainsi, sur une coupe faite à un certain nombre de ces tumeurs, on trouve : 1" des parties dans lesquelles la transformation
fibreuse est complètement effectuée, et qui présentent tous les caractères des corps fibreux les mieux caractérisés. C'est une masse homogène constituée par des fibres entrelacées, sans vestiges d'éléments glanduleux ni de canaux galactophores ; 2® dans d'autres parties, qui sont à une période moins avancée de la transformation, l'élément glanduleux existe encore, mais c'est le tissu fibreux qui domine ; 3° dans des parties moins avancées encore , c'est l'élément glanduleux qui domine sur l'élément fibreux, et l'on voit des lobules inégaux à structure glanduleuse, avec couches fibreuses intermédiaires aux granulations; on trouve çà et là des orifices de canaux galactophores, des canaux dilatés, des ampoules dans lesquelles viennent s'ouvrir des canaux plus petits.
Le fait suivant me parait pouvoir servir de type à ce genre de tumeurs mixtes , corps fibreux dans une partie de leur étendue ; induration hypertrophique, et même hypertrophie glandulaire dans le reste de la tumeur.
La circonstance de la présence du lait dans les canaux galactophores ajoute encore de l'intérêt à cette observation.
La mamelle, du poids de 1,800 grammes (1) , avait appartenu à une jeune femme de vingt-trois ans , morte six semaines après un troisième accouchement. Pour tout commémoratif , on nous apprend que cette hypertrophie mammaire datait de la première grossesse, et qu'elle avait progressivement augmenté de volumedepuiscetteépoque.
Cette tumeur est lobuleuse, et à sa surface et dans sa profondeur : une membiane fibreuse adhérente l'enveloppe de toutes parts : sa consisiance est considérable. On distingue au toucher sa division en masses lobuleuses distinctes.
Une coupe faite à la tumeur permet de reconnaître au centre une masse fibreuse considérable, qui envoyait des prolongements dans tous les sens.
(i) Pièce présentée à la Société anatomique le ifi janvier i8/)/|.
Le reste de la tumeur présente tous les caractères de la glande mammaire liypertrof)hiée par le fait de la lactation; les grains glanduleux, d'une couleur rosée, sont parfaitement distincts les uns des autres et très développés.
Cette coupe de la mamelle présente çà et là les orifices des conduits galactophores dont on peut exprimer le lait.
Quelques lobules, c'étaient les moins durs, étaient imprégnés de lait comme une éponge. La pression faisait sourdre le lait par une multitude de points.
En divisant la mamelle dans diverses directions, j'ai trouvé du lait concret , déposé par petites masses et comme enkysté dans des ampoules formées par les canaux galactophores dilatés ; d'où on l'exprimait à la manière du vermicelle. Il y avait de ces petites masses, du volume d'une groseille à maquereau , qui étaient dans un état de dessiccation complète.
La totalité de la glande mammaire n'avait pas subi d'hypertrophie; car nous avons trouvé une petite masse granuleuse aplatie , sous-cutanée , présentant tous les caractères de la glande mammaire atrophiée.
Ce que je viens de dire sur l'affinité des corps fibreux avec l'hypertrophie mammaire explique pourquoi le mot hypertrophie a été appliqué par M. Lebert et par ses disciples en micrographie à une bonne partie des tumeurs, si ce n'est à toutes les tumeurs que j'ai décrites sous le nom de corps fibreux : mais je ne saurais ad()|)ter cette manière de voir, parce qu'elle établit une confusion fâcheuse entre des lésions parfaitement distinctes, entre les hypertrophies et les métamorphoses : l'hypertrophie, n'étant autre chose (jue rexaj;ération de nutrition d'un organe , ne constitue pas une lésion proprement dite. La soustraction des causes sous l'influence descpielles s'est produite l'exagération de nutrition suffit pour faire rentrer l'organe dans son état normal. Mais un tissu qui
a subi la métamorphose fibreuse ne saurait en aucune manière revenir à son état antérieur, quels que soient les moyens que l'on mette en usage. La métamorphose fibreuse est indélébile. Le seul mode de guérison c'est Tatrophie.
Affinité des corps fibreux avec la métamorphose kysteuse. L'association de la métamorphose enkystée et des corps fibreux est un des points les plus intéressants de leur histoire, vu son extrême fréquence : et je dois faire remarquer que , sous ce rapport , il y a une très grande différence entre les corps fibreux de la mamelle et les corps fibreux de futérus, la production enkystée étant aussi rare au sein des corps fibreux de ce dernier organe qu'elle est fréquente chez le premier, différence qui s'explique parfaitement par la différence de texture.
Il est en effet d'observation que les culs-de-sac glanduleux résistent longtemps à la transformation fil)reuse , et que les canaux galactophores des divers ordres y résistent bien plus longtemps encore; d'où la formation des kystes mammaires (jui peuvent avoir pour siège les radicules des canaux galactophores , ou peut-être les culs-de-sac glanduleux eux-mêmes , ce qui constitue de très petits kystes du volume d'un grain de mil dont le groupement forme une tumeur dure, légèrement bosselée, qui en impose pour un corps fibreux, surtout quand chacun de ces petits kystes contient une matière concrète.
Les canaux galactophores de divers ordres peuvent s'oblitérer dans divers points de leur longueur. Alors la partie intermédiaire peut devenir le siège d'une sécrétion plus ou moins abondante et constituer un kyste.
Il n'est pas rare de voir dans les mamelles des kystes aréolaires, à petites ou à larges mailles, remplis d'un liquide visqueux, filant à la manière de la synovie. Enfin, la mamelle est sujette à des kystes hématiques.
Mécanisme de la production des corps fibreux mammaires.
720 ANATOMIE PATflOLOGIQUE GÉNÉRALE.
Quant au mécanisuie de la production des corps fibreux mammaires , il est révélé par la succession des phénomènes que présente leur développement. Les corps fibreux ont pour point de départ les grains glanduleux mammaires eux-mêmes. Ce ne sont point des parasites qui se forment de toutes pièces au milieu du tissu cellulaire de la glande mammaire. L'élément fibreux devient de plus en plus prépondérant dans la même proportion que Félément glanduleux diminue. Je ne pense pas cependant qu'il faille réduire le développement des corps fibreux aux proportions d'une simple hypertrophie du tissu fibreux : car le tissu du corps fibreux est un tissu morbide qui vit à la manière d'un tissu morbide et non à la manière d'un tissu normal simplement hypertrophié : la question de savoir si l'élément glanduleux est simplement atrophié par la constriction qu'exerce sur lui le tissu fibreux , ou s'il subit lui-même la métamorphose fibreuse, est difficile à résoudre. Je suis porté à admettre que Télément glanduleux finit par subir lui-même la métamorphose fibreuse, et cela d'une manière si complète qu'on ne saurait le distinguer de l'élément fibreux.
Mais on n'aurait qu'une idée fort incomplète des corps fibreux mammaires, si Ton ne tenait pas un compte rigoureux des altérations pathologiques dont ils sont susceptibles, et si Ton ne soumettait à une analyse anatomique rigoureuse toutes les parties constituantes de ces corps. J'ai, en effet, rencontré un grand nombre de fois, dans ces corps fibreux , tous les degrés de la transformation, depuis l'hypeitrophie jusqu'à la métamorphose fibreuse la plus complète, et toutes les altérations consécutives dont ces coi ps fibreux sont susceptibles. Avant d'exposer ces altérations consécutives, je vais entrer dans quelques détails : !« sur la conformation extérieure ; 2" sur la conformation intérieure de ces corps.
Conformation extérieure. Le plus grand nombre des
corps fibreux mammaires présente une forme ovoïde ou spheroïdale parfaitement régulière, à surface lisse ; d'autres sont irréguliers, mamelonnés, bosselés, muraux; quelques-uns sont aplatis , à contours irréguliers. La forme lobuleuse appartient aux corps fibreux mammaires les plus volumineux. Cette forme suppose presque toujours une altération consécutive dans le tissu du corps fibreux.
Sous le rapport du volume, on peut distinguer les corps fibreux mammaires en deux catégories : en petits; ce sont ceux qui ne dépassent pas le volume d'une noix, et en gros, ce sont ceux qui acquièrent un volume plus considérable, et ce volume peut être énorme (pi. m, XV^ iivr.).
Les gros corps fibreux mammaires sont des corps fibreux qui ont subi une altération consécutive dans leur structure ; altération partielle, altération générale, altération qui s'accompagne en général d'un ramollissement remarquable. Lorsque cette altération commence, elle peut marcher avec une extrême rapidité, si bien qu'en quelques mois le corps fibreux ramolli peut atteindre un volume très considérable. Beaucoup de femmes ne font dater leur maladie que de l'époque de cette altération consécutive, la première période étant passée inaperçue pour elles.
Sous le rapport de la conformation intérieure, on peut admettre dans les corps fibreux mammaires les trois grandes formes dont les corps fibreux sont susceptibles, à savoir : la forme feutrée, la forme granuleuse et la forme lobuleuse.
Les corps fibreux mammaires à forme feutrée offrent trait pour trait les caractères des corps fibieux de l'utérus. Le plus beau type de ce genre que j'aie jamais rencontré est déposé au musée Dupuytren. Ce sont des fibres d'apparence nacrée, qui sont entrecroisées sous toute sorte de directions : l'œil armé d'une forte loupe, ne reconnaît aucun autre élément analomique,
in. /i6
J'ai rencontré la fornae feutrée qui peut être considérée comme le maximum de la métamorphose fibreuse dans des portions de corps fibreux mammaires, lesquels présentaient en même temps non-seulement les autres formes granuleuse et lobuleuse, et tous les degrés de la transformation fibreuse, mais encore toutes les altérations pathologiques des corps fibreux.
Forme granuleuse. Cette forme se manifeste sous Taspect de granulations du volume d'un grain de mil, d'une dureté pierreuse, tantôt isolées^ tantôt groupées.
i"^ Granulations isolées. On netrouvequelquefoisdans une mamelle qu'une seule granulation fibreuse parfaitement distincte du tissu de la glande mammaire par sa dureté et sa mobilité. Cette granulation n'est le plus souvent qu'un corps fibreux naissant. D'autres fois on trouve plusieurs granulations qui sont unies par des filaments dont quelques-uns vus à la loupe, m'ont paru canaliculés. Chaque granulation répond bien évidemment à un grain glanduleux. J ai vu chaque granulation enveloppée par un petit kyste.
2° Granulations groupées. Elles constituent des corps fibreux, dont les grains extrêmement durs sont fortement serrés les uns contre les autres , ce qui donne à la coupe non l'aspect feutré et filamenteux, mais l'aspect granuleux. Dans les parties les plus indurées, l'adhéience des granulations est telle, qu'il est impossible de les séparer. J'ai vu un cas dans lequel un corps fibreux mammaire Mnmuleux présentait de petites concrétions osseuses ou ossiformes irrégulières, disséminées dans l'épaisseur du tissu fibreux. Ces corps ostéo-fibreux mammaires représentent exactement certains corps fibreux de l'utérus.
Des géodes des corps fibreux mammaires. A la forme granuleuse des corps fibreux mammaires , je raj)porterai les géodes pleines^ si fré(juontes dans ces corps fibreux, géodes (lui consistent dajïs des cavités irrégulières sans parois >
remplies de granulations rameuses juxtaposées, pédiculées, polypiformes , bifides, trifides, à surface lisse ou tuberculeuse parcourue par des vaisseaux capillaires (1). Or il est des géodes tellement pleines que lorsqu'on coupe le corps fibreux au niveau de ces géodes, on dirait qu'il if a partout continuité de tissu, tant les végétations rameuses sont fortement pressées les unes contre les autres. Mais si Ton étudie la coupe avec plus d'attention, on trouve que ce tissu, en apparence compacte, est constitué par des végétations juxtaposées. On rend plus sensible cette disposition en renversant de dedans en dehors chacune des moitiés de la coupe, de telle façon que la surface convexe devienne concave, et que la surface de la coupe devienne convexe : on voit alors se séparer les unes des autres et se développer toutes les végétations granuleuses ou mamelonnées, rameuses, libres en grande partie, qui hérissent la surface de la coupe.
Du reste , le tissu de ces végétations granuleuses se lacère plus ou moins facilement , mais seulement dans le sens de leur longueur : c'est une dissociation de fibres longitudinales ; et les filaments qui résultent de cette dissociation sont noueux et comme constitués par des séries de granulations extrêmement petites.
Je rapprocherai des géodes granuleuses les géodes lobuleuses qu'on rencontre dans les tumeurs mammaires lobuleuses, et qui sont constituées par des lobules juxtaposées sans la moindre adhérence entre eux.
Indépendamment de ces géodes granuleuses et lobuleuses pleines de végétations granuleuses, on trouve souvent des géodes qui contiennent, en même temps que ces végétations, une plus ou moins grande quantité de liquide filant qui a toute l'apparence de la synovie.
Enfin , on trouve souvent dans les corps fibreux des
(i) J'ai vu pour la première fois ces géodes granuleuses dans les cas décrits XXVI* livr., pi. i.
géodes kysteuses , c'est-à-dire des géodes circonscrites par un kyste plus ou moins complet à parois blanches, à surface interne, lisse; ces géodes kysteuses, de même que les géodes sans parois, sont tantôt pleines de végétations ou rameuses ou polypiformes, tantôt en partie remplies par un liquide visqueux, synoviforme, plus ou moins abondant. Je ferai remarquer que , même dans les géodes pleines, ces végétations sont constamment lubrifiées et comme engluées par un liquide synoviforme.
Comment expliquer ces géodes sans parois et ces géodes kysteuses remplies de végétations rameuses et granuleuses ? Évidemment par la dissociation des éléments des corps fibreux mammaires; dissociation analogue à celle que nous avons constatée pour les corps fibreux utérins devenus œdémateux. La seule différence existe dans la qualité du li(|uide, qui est synoviforme pour les corps fibreux mammaires , séreux pour les corps fibreux utérins. Quant à la question de savoir si ces granulations et végétations fibreuses sont formées aux dépens des granulations mammaires normales, ou si elles sont un produit nouveau, une formation nouvelle, je n'entamerai pas cette question sur laquelle je n\ai pas encore assez de données. Jusqu'à présent je n'ai admis comme possible que la production du tissu cellulaire et de ses dérivés; j'ai rejeté comme impossible la production de toute pièce de la fibre musculaire, de la fibre nerveuse et de la granulation glanduleuse.
Relativement aux kystes des géodes kysteuses, il est infiniment probable que ces kystes sont formés aux dépens des canaux galacto])hores. C'est probablement aux géodes kysteuses que se rapportent les kystes proligères de M. Paget. Il semble, en effet, que les végétations naissent de la paroi du kyste; mais si, comme tout semble le prouver, ces kvsites sont formés aux dépens des canaux galactophores, il est plus rationnel d'admettre
THEIZIÈME CLASSE. Di:S MÉTAMUllPHOSES. 725
que les végétations de ces kystes ne sont antre chose que des portions de corps fibreux qui ont pénétré par perforation dans les canaux galactophores.
ha forme lobuleuse ne me paraît pas être une forme primitive dans les corps fibreux mammaires ; elle est bien plutôt consécutive au développement de ces corps ; elle n'appartient qu'aux corps fibreux volumineux et dont le tissu a subi une altération plus ou moins considérable par suite d'une infiltration de liquide synoviforme.
Kystes d'enveloppe générale. Tous les corps fibreux mammaires sont enveloppés d'une membrane fibreuse qui les isole des parties voisines et maintient leur indépendance. Je suis fondé à croire que c'est aux corps fibreux que s'appliquait l'expression de cancer enkysté de la mamelle^ dont Dupuytren nous avait souvent entretenu à Toccasion des cancers de la mamelle, cancer qu'il considérait comme étant le seul qui ne fût pas susceptible de récidive toutes les fois que la membrane kysteuse avait été respectée. Le kyste lui paraissait une barrière infranchissable qui préservait l'économie de toute infection. La doctrine des cancers locaux était là tout entière, et je crains bien qu'elle ne se soit évanouie avec la détermination plus rigoureuse de la nature des tissus morbides.
Le kyste d'enveloppe qui manque en général dans les corps fibreux utérins s'observe toujours dans les corps fibreux mammaires. Libre d'adhérence à sa surface externe qui présente quelquefois comme le rudiment d'une bourse séreuse multiloculaire , il est presque toujours intimement uni au corps fibreux par sa face interne. Je ne l'ai trouvé libre (1) que dans les corps fi-
(i) J'ai dit ailleurs ( voy. productions enkystées ) que les kystes des productions accidentelles e'taient tantôt libres, tantôt adhérents par leur face interne.
breux qui avaient acquis un grand volume, et alors il semble que le kysie d'enveloppe sont tapissé par un feuillet séreux qui se réfléchit sur le corps fibreux. Dans quelques cas, ladhérence est partielle, bornée à quelques lobes, aux points les plus saillants de ces lobes.
Je considère ces kystes d'enveloppe comme des kystes adventifs , c'est-à-dire comme formés aux dépens du tissu cellulaire fibreux de la mamelle.
Lorscjue le corps fibreux est lobuleux, le kyste présente des épaississements considérables ou plutôt des brides fibreuses quelquefois extrêmement résistantes au niveau des sillons plus ou moins profonds qui séparent les lobules ; et ces brides fibreuses, qui sont empruntées au tissu fibreux de la mamelle me paraissent la cause de la disposition lobuleuse généralement superficielle, quelquefois profonde des corps fibreux, lesquels ne m'ont jamais paru complètement divisés en lobules juxtaposées.
Marche et développement des corps fibreux mammaires*
Il est des corps fibreux mammaires qui restent à l'état stationnaire pendant un grand nombre d'années et même pendant toute la vie. J'ai vu des femmes parvenues à la vieillesse la plus reculée qui faisaient remonter à l'époque de la puberté des corps fibreux mammaires d'une dureté pierreuse, pour lesquels elles n'avaient jamais consulté. Je connais des femmes dont les corps mammaires n'ont pas fait le moindre progros depuis une vingtaine d'années.
il est des corps fibreux mammaires qui sont susceptibles d'une sorte de réduction ou d'atrophie à la manière des corps fibreux de l'utérus; et c'est là un mode de guérison s[)OMtanèe plus fréfpient (pi'on ne l'imagine. Cette atrophie ne va jamais jusfpi'à la disparition complète de la tumeur. Four (pi'il y eut disparition complète.
il faudrait que l'altération fût une simple hypertrophie du tissu fibreux normal de la glande mammaire et non point une métamorphose.
Je ne saurais assez le répéter, rieu de plus facile à confondre en clinique f(ue les indurations hypertrophiques et les corps fibreux de la mamelle; et je regrette de n'avoir pas tenu note exacte du nombre de femmes que je croyais atteintes de corps fibreux, et qui ont guéri sous faction successive de cataplasmes émollients, de liniments savonneux , d'emplâtres, de badigeonnage avec la teinture d'iode. M. Velpeau cite, dans son excellent chapitre sur les tumeurs adénoïdes, plusieurs faits du même genre. Il n'est aucun praticien qui n'en ait observé dans sa pratique. Je crois avoir déterminé la véritable cause de ce succès inespéré, en rapportant ces tumeurs à l'induration hypertrophique.
En général , les corps fibreux mammaires se développent d'une manière extrêmement lente ; d'autres fois, dès le premier moment de leur apparition , ils sont animés d'une force d'accroissement incroyable et acquièrent en quelques mois un poids de plusieurs livres. Je me suis assuré, au moins pour plusieurs cas, que ce développement rapide n'avait lieu qu'après un certain nombre d'années d'état stationnaire ou de développement lent et progressif.
Les corps fibreux qui se développent avec une grande rapidité présentent toujours la forme lobuleuse et subissent dans leur forme, dans leur consistance, dans leur structure des changements qui les rendent méconnaissables, si bien que, jusque dans ces deiniers temps, ils avaient été décrits sous le nom de cancer^ et plus particulièrement sous celui de colloïde (cancer aréolaire et gélatiniforme) et même d'encéphaloïde, etc.
Comment se rendre compte de ce développement énorme et rapide que subissent les corps fibreux mam-
7 28 ANATOMIK PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
maires, autrement (|ue par une altération consécutive de ces corps?
Cette altération consécutive, c'est Vœdème, l'infiltration œdémateuse que nous avons vue jouer un si grand rôle dans les changements ultérieurs que subissent les corps fibreux utérins ; mais ici cet œdème qui imprègne le tissu, ce n'est pas de la sérosité comme pour les corps fibreux utérins, mais bien un liquide visqueux qui englue les doigts à la manière de la synovie, licjuide visqueux qui en a imposé pour du suc cancéreux, mais qui diffère du tout au tout du suc cancéreux. Ce liquide synoviforme^ plus ou moins coloré, plus ou moins teint en jaune, écarte, dissocie les éléments fibreux du tissu ; bien plus, il les pénètre et leur donne la demi-transparence de la gelée, absolument comme il arrive aux tissus fibreux qui ont macéré dans Teau acidulée, et suivant sa quantité et ses nuances de coloration, leur donne une consistance et des aspects divers. C'est dans des cas de ce genre qu'on a cru à des mamelles cancéreuses : et en relisant plusieurs de mes anciennes observations, qui avaient pour titre : Cancer aréolaire et gélatiinforme des mamelles^ mais qui étaient décrites avec beaucoup de détails , j'ai retrouvé exactement les caractères des corps fibreux mammaires qui avaient subi l'altération consécutive œdémateuse ou plutôt synoviforme. Ce liquide synoviforme est d'ailleurs plus ou moins abondant suivant les sujets, quelquefois infiltré; d'autres fois formant de petites collections avec ou sans membrane d'enkvstement.
Ce qu'il y a de remarquable dans ce travail Jhixioimaire œdémateux que je considèie comme la conséquence d'une phlébite oblitérante des veines profondes et quelquefois même des veines superficielles de ces corps fibreux, ce qu'il y a, dis-je, de remarquable , c'est la rapidité avec la(|U('l!e il se produit; la raj)idité avec laquelle !f^f^M'i son influence les corps fibreux acquièrent un
énorme développement. Ainsi, en quelques mois, j'ai vu des tumeurs du volume d'un œuf de poule, jusque-là stationnaires , se bosseler, se ramollir çà et là , et acquérir le volume de la tête d'un foetus, d'un adulte. Voilà pourquoi un certain nombre de malades qui consultent pour une tumeur volumineuse, ne la font pas remonter au delà de six mois, un an , ce qui veut dire tout simplement que le travail consécutif datait de cette époque.
C'est à l'œdème ou plutôt à la sécrétion synoviforme qui pénètre les corps fibreux qu'on peut rapporter en grande partie tous les changements ultérieurs qui se produisent dans leur épaisseur :
1° La disposition lobuleuse, Tinégalité de consistance qui résulte dans les diverses parties de la tumeur, du défaut d'uniformité de leur pénétration par le liquide synoviforme ;
2^* Les géodes avec ou sans collection de liquide, avec ou sans kystes, qui résultent de la dissociation des éléments qui entrent dans la structure de ces corps , les kystes quelquefois très considérables qui se développent dans ces tumeurs ; kystes synoviformes , quelquefois hématiques ;
3° I/aspect cartilaginiforme , opalin , blanc mat, quelquefois gélatiniforme, d'une partie de ces corps fibreux ;
U° Leur fra^iilité, leur morcellement facile.
Ces corps fibreux sont-ils susceptibles d'iriflajnmation ? Oui certainement; mais presque toujours partiellement après ramollissement préalable, et alors on trouve du pus infiltré dans la partie correspondante; mais le plus souvent ces corps fibreux mal organisés ne pouvant suffire au développement de Tinflammalion , tombent en gangrène. Ainsi j'ai vu une tumeur fibreuse de la mamelle, aprèsavoir subi un ramollissement qui simidaitla fluctuation, s'enflammer partiellement, devenir adhérente à la peau, s'ouvrir et tomber en gangrène ; trois foyers inflammatoires et
gangreneux se produisirent ainsi successivement; le corps fibreux fut éliminé; mais la malade épuisée succomba à un état adynamique que rien ne put conjurer. Il ne me fut pas donné de déterminer par l'autopsie l'état des organes profondément situés.
De la repullulatîon des corps fibreux mammaires.
Il est certain qu'on a vu plusieurs fois les tumeurs fibreuses mammaires se reproduire après leur extirpation , et que cette reproduction ou repuilulation apparente a dû fortifier dans la pensée qu'on avait affaire à une maladie cancéreuse. Mais celte apparition de nouvelles tumeurs fibreuses dans la même mamelle, après l'extirpation d'une tumeur du même genre, n'est pas une repuilulation proprement dite, mais bien le résultat d'une sorte de diathèse locale dont la conséquence est le développement successif de la même lésion dans les diverses parties d'un même organe. L'extirpation n'a été pour rien dans cette production de nouvelle tumeur, qui se serait probablement effectuée de la même manière , et 1 absence de toute extirpation. Les corps fibreux mammaires extirpés ne se reproduisent pas plus que les kystes sébacés, que les lipomes. Tout le temps qu'il restera du tissu mammaire dans une mamelle prédisj)osée, il peut y avoir pullulaiion d'une nouvelle tumeur. Je pose donc pour règle, que lorsqu'il existe dans la même mamelle plusieurs corps fibreux dont un volumineux et le. autres petits, il faut extirper tous les ('orj)s fibreux à la fois, l'observation m'avant démontré que, dans ce cas, l'extirpation de la tumeur principale l^avorisait le dévelop|)ement des tumeurs plus petites. L'extirpation de la jjlande mammaire tout entière serait le seul moyen de prévenir ces récidives apparentes (1).
(i) N'est-ce p;is aux corps Hbreux que se rapporte cette doctrine d'un
J'ai été consulté par une dame de Coutances , âgée de trente-sept ans , qui s'était fait opérer successivement de quatre tumeurs à la mamelle : elle venait me consulter pour la cinquième. Toutes occupaient la partie de la mamelle gauche située au-dessus du mamelon. Je lui conseillai de ne se faire opérer que dans le cas où la tumeur l'incommoderait par son volume, et je lui remis une note dans laquelle je proposais à son chirurgien , en cas d'opération, d'enlever la glande mammaire tout entière.
Le cas suivant me paraît pouvoir servir de type relativement à la production successive des corps fibreux mammaires.
Je fus consulté, il y a huit ans environ, par une malade de la province, qui portait dans une mamelle trois tumeurs dont une du volume d'une noix. Ces tumeurs avaient été caractérisées de cancéreuses ; on devait en faire l'extirpation. Ayant reconnu dans ces tumeurs tous les caractères des corps fibreux, je rassurai complètement la malade et ses parents quant à la nature des tumeurs qui n'étaient nullement cancéreuses. J'en conclus que l'extirpation n'était ni nécessaire ni urgente ; je ne leur dissimulai pas cependant qu'il y avait un certain nombre de ces tumeurs qui étaient susceptibles d'acquérir un très grand développement, et que s'il en était ainsi, et si les tumeurs venaient à 1 incommoder par leur développement, la malade serait toujours à temps de se faire opérer. Les trois tumeurs restèrent stationnaires pendant cinq ans. Dans le courant de la sixième année, l'une de ces tumeurs fit des progrès rapides; et lorsqu'elle est venue me revoir à Paris, la tumeur, qui était du volume d'une noix lors de la pre-
praticien recommandable, qui afHrme qu'il est parvenu à guérir des cancers mammaires qui ont récidivé cinq ou six fois : bien certainement cette doctrine ne saurait s'appliquer au cancer proprement dit.
732 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉlNÉRALE.
mière consultation, avait acquis celui des deux poings réunis : elle était bosselée , d'inégale consistance , très mobile, incouimode par son poids plus encore que par son volume. Je l'engageai à s'en débarrasser : cet avis fut partagé par notre excellent confrère , M. Michon , qui l'opéra immédiatement. La tumeur, parfaitement circonscrite, n'adhérait aux parties voisines que par un tissu cellulaire libre.
L'examen de cette tumeur m'a montré qu'une partie présentait une dureté pierreuse. La section de cette portion indurée avait la consistance du corps fibreux utérin le plus dur. Les autres parties de la tumeur présentaient en quelque sorte tous les degrés de consistauce, depuis celle d'une glande mammaire saine jusqu'à celle du tissu fibreux le plus dur : à l'œil nu on reconnaissait des canaux galactopbores dans une bonne partie de l'étendue de la tumeur. Le microscope y a démontré des culs-de-sac glanduleux. Je ne sache pas qu'on en ait rencontré dans la portion la plus dure. Cette malade guérit rapidement, et retourna dans son pays.
Nous avons vu que chez cette malade, indépendamment du corps fibreux extirpé, il existait dans la mamelle deux corps fibreux plus petits. Eh bien, un an après, ces deux corps fibreux avaient acquis un très grand développement; ils ont été extirpés tous deux par M. Michon. L'un de ces corps qui a été présenté à la Société anatoniique avait le volume d'une noix ; il était dur comme un cartilage, exclusivement fibreux : le microscope n'y a démontré aucun cul-de-sac glanduleux. L'autre tumeur mammaire, que je n'ai pas vue, présentait, d'après M. Lebert, du tissu fibro-plastique.
Enfin, j'ai appris que cette malheureuse femme avait eu une deuxième récidive, et que dans son pays on avait extrait la tumeui* non plus par l'instrument tranchant, mais à l'aide du causticpie. J'ignore ce qui est advenu.
TREIZIÈME CLASSE. DES MÉTAMORPHOSES. 7o3
Dira-t-on (jiie dans ce cas il y a eu repuUulation de la tumeur; je ne Je pense pas; bien évidemment la mamelle présentait une disposition , une aptitude à la métamorphose fibreuse, et au summum de cette aptitude on comprend qu'une multitude de corps fibreux puissent se développer successivement, soit qu'on extirpe un certain nombre de ces tumeurs > soit qu'on ne les extirpe pas. Une conséquence de celte manière de voir, c'est que s'il existait plusieurs corps fibreux dans une mamelle, grands et petits, il faudrait les extirper tous, et qu'il y aurait d'ailleurs plus de sécurité, dans ce cas, à extirper la glande mammaire tout entière.
Faits d'anatomie pathologique relatifs aux corps fibreux mammaires, et classification de ces faits en plusieurs catégories.
Pour terminer cette étude des corps fibreux mammaires, je vais exposer rapidement quelques faits d'anatomie pathologique dans lesquels les altérations sont décrites avec une minutieuse exactitude (1). Ces faits me paraissent devoir se classer en quatre catégories :
Première catégorie des corps fibreux. Induration mammaire hyperlrophique granuleuse dans laquelle l'hypertrophie mammaire est visible à l'œil nu ou à une loupe grossissante.
Deuxième catégorie. Induration mammaire hypertrophique non granuleuse, laquelle n'est visible qu'au microscope.
Troisième catégorie. Corps fibreux bien constitués avec ou sans géodes.
Quatrième catégorie. Corps fibreux qui ont subi des altérations consécutives.
(i) Je prie de consulter le texte de la XXVI* livr., pi. i, où l'on trouve trois faits recueillis avant la discussion de l'Académie.
73/i ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.