U* CATÉGORIE
Le corps fibreux est constitué ; la transformation fibreuse est opérée; mais il est rare que la tumeur soit parfaitement homogène et qu'on ne rencontre pas çà et là soit des culs-de-sac glanduleux, soit des débris de canaux galactophores. Les géodes avec ou sans kyste s observent aussi dans un très grand nombre de cas. En voici quelques exemples :
Premier fait. — Corps fibreux observé sur le corps d'une jeune fille de vingt ans, morte d'une maladie très aiguë. Ce fut par hasard (le 26 mars 18/iii), à la salle d autopsie de la Charité, que je m'aperçus de cette tumeur, du volume d'une petite noix , qui occupait la partie supérieure et interne de la mamelle gauche, et qui réunissait tous les caractères que j'ai assignés aux corps fibreux : dureté , circonscription parfaite, mobilité, indépendance de la peau ; indépendance de la glande mammaire.
Je fis l'extirpation de la tumeur qui était sous-cutanée, séparée de la peau par une couche mince de tissu adipeux. La surface de la tumeur était parfaitement unie, circonscrite par un kyste très mince adhérent par sa face profonde.
Je divise la tumeur en deux moitiés égales. Un liquide synoviforme humecte toute la surface de la coupe; sa source principale est dans un très petit canal galactophore central, d'apparence vasculaire, tellement adhérent au tissu propre, (ju'il m'a été impossible de le disséquer. Ce canal scMiiblait creusé aux dépens de la propre substance de la tumeur.
La couleur de la tumeur est grisâtre, homogène, demitransparente, jjrésentant un aspect qu'on appelait autrefois aspect lardacé. La coupe de cette tumeur ne ressemble nullement, quant à Taspect, à celle des corps fibreux de l'utérus, elle n'en a que la densité, qui est extrême. Le scalpel, promené sur la surface de la coupe, vibre comme sur un cartilage. Le tissu delà tumeur résiste extrêuiement à la pression et ne peut être lacéré à l'aide du doigt. Sa résistance est d'ailleurs inégale, ce qui semble établir sa division en lobules.
Les coupes de la tumeur, examinées avec une forte loupe, montrent qu'elle est traversée par une multitude de très petits vaisseaux sanguins d'apparence veineuse, d'une ténuité excessive.
Je cherchai vainement à déterminer si cette tumeur était formée aux dépens des granulations de la glande mammaire; elle était à une période de développement trop avancée pour cela. Je voulais la faire examiner au microscope; j'en fus distrait par d'autres occupations. Je pensai que le caractère fibreux de la tumeur se révélerait par une demi-dessiccation ; et c'est en effet ce qui a eu lieu. A cette période, l'origine hypertrophique de la tumeur ne peut pas être démontrée.
Deuxième fait. M. le professeur Auguste Bérard (1) me pria d'examiner une tumeur mammaire qu'il venait d'extirper sur une jeune fille de dix-sept ans, non réglée, à mamelles bien développées. Cette tumeur, qui était mobile , sous-cutanée , occupait la partie supérieure et interne de la mamelle droite. La jeune fille s'était aperçue de cette tumeur par hasard quinze mois auparavant, par conséquent avant l'âge de seize ans. Elle y éprouvait quelques élancements.
P (i) Chirurgien des plus distingués, mort dans toute la vigueur de l'âge, au moment où il commençait à prendre une très belle position et comme professeur et comme praticien.
La tumeur ovoïcle est de 3 à 4 centimètres dans son grand diamètre, d'une dureté pierreuse, bien distincte de la petite portion de glande mammaire saine, qui avait été extirpée avec elle : elle est enveloppée d'une lamelle fibreuse blanche sans adhérence , qui appartenait à la mamelle.
Sa surface est lobuleuse, sillonnée; les sillons sont remplis ])ar de petites brides fibreuses ; sa consistance est fibreuse, fibro-cartilagineuse; elle résiste à la plus forte pression. Sa coupe présente un aspect grisâtre, avec demitransparence , une trame blanchâtre imprégnée d'un liquide visqueux, synoviforme qui englue les doigts. C'est bien évidemment ce liquide infiltré qui donne à la tumeur sa demi-transparence. Point de disposition granuleuse ou lobuleuse; uniformité, homogénéité parfaites.
Troisième fait. Une jeune fille, sourde et muette, de la Salpêtrière, âgée de vingt-trois ans, portait à la partie supérieure et interne de la mamelle gauche une tumeur sphéroïdale du volume d'une grosse noix , mobile sous la peau , bien distincte de la glande mammaire , ayant tous les caractères des corps fibreux.
La malade accusait de vives douleurs; M. Manec , chirurgien de l'hôpital, se décida à l'extirper. La tumeur qui me fut remise était bien un corps fibreux. Sa sui'face était lobuleuse , et les lobules se divisaient en granulations bien distinctes; son tissu, gris-blanchàtre, était extrêmement dense, pénétré d'un suc visqueux.
Quatrième fait. Deux tumeurs mammaires, extirpées par M. Velpeau sur une femme âge de quarante-cinq ans, furent présentées à la Société anatomique en février
De ces deux tumeurs, l'une a])parlenait à la mamelle droite, l'autre à la mamelle gauche. M. Velpeau n'avait été consulté que pour la tumeur de la mamelle gauche :
ce fut lui qui fit la découverte de la tumeur de la mamelle droite (1).
Les deux tuuieurs furent extiipées. L'une d'elles (celle pour laquelle la malade n'avait pas consulté ) avait le volume d'un œuf de poule: sa surface était lobuleuse et granuleuse; sa coupe présentait la même disposition; sa densité était extrême. Si l'on m'avait présenté cette tumeur sans me prévenir, je Faurais prise pour un corps fibreux de l'utérus. Cette tumeur, disséquée, n'a présenté à l'œil nu et à la loupe aucun vestige de l'élément glanduleux, ni des canaux galactophores ; mais j'ai la conviction intime qu'à une période moins avancée on aurait trouvé des traces parfaitement reconnaissables de ces deux éléments : la tumeur n'a pas été soumise au microscope.
L'autre tumeur, celle pour laquelle M. Velpeau avait été consulté, était molle et présentait une structure telle que , sans l'existence de la tumeur précédente, on aurait pu être embarrassé pour déterminer son véritable caractère. La coupe de cette tumeur montra qu'elle était creusée de cellules irrégulières constituant un kyste multiloculaire dont les vacuoles étaient remplies par un liquide visqueux. Ces cellules contenaient en outre une multitude de granulations juxtaposées et soutenues par des filaments, lesquelles granulations, baignées par le liquide synoviforme, étaient bien évidemment le résultat de la décomposition du corps fibreux en ses éléments constitutifs. Ces granulations, pénétrées elles-mêmes de suc visqueux, étaient molles et s'écrasaient avec beaucoup de facilité.
Cette métamorphose des corps fibreux est bien évidemment le résultat de l'œdème ou pénétration de la tumeur par un liquide synoviforme : ce qui le prouve incontestablement , c'est qu'en même temps que cette tumeur kys-
(i) Cela m'est arrivé bien souvent : les malades ne découvrent ces tumeurs que par hasard, attendu qu'elles n'y éprouvent pas de douleur.
11x2 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
teuse, on avait enlevé un petit carps fibreux qui lui adhérait.
Cinquième fait. Je terminerai cette série de faits pai' le cas suivant, que j'ai étudié avec beaucoup de soin, et qui établit pour ainsi dire la transition entre les faits de la deuxième et ceux de la troisième catégorie. La tumeur mammaire avait été extirpée sur une femme de quarante ans, par un praticien très distingué qui me l'adressa sous le titre de cancer encéphaloïde.
Cette tumeur, du volume d'un petit œuf, présentait : 1° dans une petite partie de son étendue, la disposition fibreuse pure ; 2" le reste de la tumeur était constitué par un kyste multiloculaire qui contenait un liquide visqueux synoviforme, kyste multiloculaire de la face interne duquel s'élevait une multitude de végétations en forme de framboise.
V Partie dure. La partie dure, se présentait sous un aspect blanchâtre, cartilagineux. La coupe paraissait au premier abord celle d'un corps plein ; mais (juand on Fétudiait avec soin, on voyait qu'elle était creusée de géodes remplies par des végétations ou papilles très rapprochées , fortement tassées, qui se séparaient facilement les unes des autres : ces papilles, très inégales quant à la forme et au volume, présentaient dans leur longueur des renflements réunis par des filaments. Ces papilles étaient beaucoup plus molles que le reste de la tumeur; quelques-unes offraient une couleur rosée.
2° Partie kysteuse. Ce sont des géodes kysteuses, communiquant les unes avec les autres par des orifices plus ou moins étroits; quelques filaments épais et durs vont de l'une à l'autre des parois de ces géodes : des végétations tantôt isolées, tantôt groupées sous la forme de framboises, les unes pédiculées, les autres sessiles, proéminaient dans la cavité des géodes et baignaient dans le liquide synovilorme. Ces végétations en grappes étaient formées par
des papilles terminées chacune par une extrénaitë arrondie. Il y en avait de rouges comme si elles avaient baigné dans le sang , d'autres étaient rouge clair, quelques-unes de couleur jaunâtre.
J'ai pensé que la partie kysteuse de la tumeur avait été dans le principe identique avec la partie fibreuse, et qu'un travail morbide fluxionnaire sétant emparé des géodes pleines, un liquide avait été sécrété et les papilles granuleuses dissociées et ramollies au point de rendre leur origine fibreuse difficilement reconnaissable. Quant aux parois du kyste, il est inHniment probable qu'elles étaient formées par des débris de canaux galactophores.
Les corps fibreux mammaires appartenant aux deux premières catégories , c'est-à-dire ceux qui n'ont pas été le siège d'un travail consécutif et ceux qui ne l'ont été que partiellement , dépassent rarement le volume d'un œuf de poule ou de dinde. Ceux de la troisième catégorie, c'est-à-dire ceux qui ont subi un travail consécutif général ou presque général, acquièrent un très grand volume avec une rapidité proportionnée à l'intensité du travail fluxionnaire dont ils sont le siège.
A la troisième catégorie appartiennent donc essentiellement les corps fibreux mammaires volumineux dont je vais donner quelques exemples.
ni* CATÉGORIE.
Des corps fibreux mammaires volamiaeux qui ont subi une altération consécutive (1).
Premier fait. Le plus volumineux corps fibreux de ce genre que j'aie vu a été présenté à la Société anatomique
(i) Les deux premiers faits décrits dans le texte de la XXVI* livr., pi. I, appartiennent à la troisième catégorie. Celui de madame G... présentait trois tumeurs dans la mamelle gauche, qui appartenaient à la deuxième cate'gorie, et une quatrième tumeur dans la mamelle droite qui établissait la transition entre la deuxième et la troisième.
par M. Giraud. Il pesait quinze livres. (F.a peau était ulcérée sur un point de la surface de la tumeur). Ce corps fibreux avait appartenu à une femme âgée de quarantehuit ans , admise d'abord à la Pitié, dans le service du professeur vSanson, puis transférée je ne sais pour (|uel motif à l'hôpital des Cliniques, dans le service de M. le professeur J. Cloquet, qui l'extirpa et l'adressa à la Société anatomique. Cette tumeur présentait d'énormes lobules séparés par des sillons profonds, en sorte que j'avais pu croire au premier abord à la juxtaposition de plusieurs tumeurs. Cette tumeur lobuleuse fut considérée par les uns comme un lipome dégénéré , par les autres comme un cancer encéphaloïde, en partie cru, en partie ramolli.
Ma pensée fut que nous avions affaire à un corps fibreux , non point dégénéré en cancer, mais ayant subi l'altération consécutive, œdémateuse, synoviforme des corps fibreux.
La tumeur était enveloppée d'un kyste fibreux adhérent, lequel s'enfonçait dans les sillons profonds qui la divisaient en lobules.
Son tissu était dense , demi-transparent , jaunâtre , infiltré d'une grande quantité de suc synoviforme qui collait les doigts.
En examinant avec soin plusieurs de ces lobules qui paraissaient pleins , j'ai vu qu'ils étaient constitués par des géodes remplies de prolongements granuleux, souvent rameux , d inégale longueur, qui se moulaient ou s'engrenaient en quelque sorte les uns dans les autres.
Quant à l'ulcération de la mamelle, elle était superficielle, limitée à la peau , et le résultat de la distension : dans le cas qui m'avait été adressé par le regrettable professeur HIandin (XXV[» livr., texte de la pi. 1), la peau était également ulcérée , ce qui avait fait croire à un cancer ulcéré: mais cette ulcération était superficielle et le résultat d'une usure par distension.
TREIZIÈME CLASSE. DES MÉTAMORPHOSES. 7 /j 5
Deuxième fait. Tumeur mammaire du poids de W livres^ fluctuante dans une grande partie de son étendue (1). J'avoue qu'à la première vue et au premier contact de cette énorme tumeur, molle et bosselée, irrégulière, presque fluctuante, je crus à une tumeur encéphaloïde ; un exEimen plus attentif me montra que c'était une masse résultant de Tassociation d'une tumeur fibreuse qui avait subi Finfiltration œdémateuse synoviforme, et d'un kyste multiloculaire : les canaux galactophores qui avaient résisté à la transformation fibreuse présentaient des dilatations remarcjuables. Cette tumeur n'a pas été examinée au microscope; à la vue et à la loupe elle ne m'a présenté aucune trace d'élément glanduleux. Voici quelques détails de structure :
La partie centrale de la tumeur et celle qui en formait comme la base était d'une dureté pierreuse constituée par un tissu fibreux des plus purs, et néanmoins sa coupe, comme celle du reste de la tumeur, présentait des orifices de diamètres divers dont quelques-uns étaient très considérables. Ces orifices conduisaient dans des canaux blancs, rameux, présentant çà et là des ampoules considérables, séparées du reste du canal par des brides ou rétrécissements, et qui représentaient à beaucoup d'égards les dilatations bronchiques. Quelques - unes de ces ampoules offraient des arrière-cavités ; chaque ampoule avait plusieurs ouvertures qui conduisaient dans des canaux quelquefois très étroits. Qu'est-ce que c'était que ces canaux blancs ampullaires? bien évidemment les canaux galactophores. Voici quelques détails non moins curieux :
Plusieurs de ces canaux juxtaposés adhérents par leur surface externe, communiquaient entre eux par des perforations, disposition qui donnait à la mamelle un as-
(i) Cette tumeur, qui avait été extirpée par M. Velpeau , a été présentée à la Société anatomique en octobre i853.
7^6 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉFxALE.
pect aréolaire. Plusieurs de ces canaux étaient traversés par des l)rides, adhérentes seulement par leurs extrémités.
De ces canaux et de ces ampoules , les uns étaient vides, les autres contenaient un liquide séro-synovial ; d'autres étaient remplis de végétations polypiformes , analogues à celles des géodes kysteuses dont j'ai parlé plus haut.
J'ai reconnu que les végétations polypiformes à extrémité libre, granuleuse, étaient tantôt pédiculées, tantôt sessiles , ici groupées sous forme de framboise, là formant des végétations granuleuses isolées. On rencontrait souvent dans la même ampoule plusieurs groupes de végétations polypiformes et un grand nombre de végétations isolées aplaties, juxtaposées.
L'occasion était bonne pour déterminer comment ces végétations granuleuses, que j'avais toujours considérées comme des grains glanduleux transformés en tissu fibreux, avaient pu pénétrer dans les canaux galactophores, et il m'a été aisé de voir que cette pénétration s'était faite de vive force; car les parois de ces canaux étaient perforées à leur niveau, et Ton pouvait suivre pas à pas le mécanisme de cette pénétration ; on voyait , en effet, que dans certains points les parois du canal étaient soulevées sans usure : à côté, ces parois étaient amincies et érodées A leur surface externe; plus loin, le canal perforé livrait passage à une granulation ou à un groupe de granulations.
Ainsi, dans le cas qu'on vient de lire, la transformation fibreuse avait tout envahi, ujoins les canaux galactophores, (jui étaient évidemment hypertrophiés.
Troisième fait. — Tumeur Jîbreuse mammaire avec kyste considérable et avec pus infiltré. Cette pièce a été présentée à la Société anatoinicpie le 11 août 18ijZi , par M. Chassaignac, qui en avait fait l'extirpation le jour même.
C'était une tumeur sphéroïdale du volume de la tète d'un enfant nouveau-né , divisée en quatre grands lobules , séparés par des sillons superficiels, recouverts par une peau amincie, dépouillée de graisse, qui glissait facilement sur la tumeur. Le plus considérable de ces lobules , qui formait les deux tiers de la tumeur, était évidemment constitué par un kyste.
Cette tumeur présente l'' une portion fibreuse non altérée; 2® une portion kysteuse; 3° une portion infiltrée de pus.
La tumeur est enveloppée d'un kyste fibreux, très mince sur les lobules considérables, plus épais sur les lobules plus petits : ici adhérent, là sans adhérence, comme s'il y avait une membrane séreuse interposée.
\° Portion jibr eus e non altérée. Elle forme pour ainsi dire la base de la tumeur dont elle occupe la partie postérieure : elle est lobuleuse et granuleuse ; son tissu est très dense, très résistant , à la manière des corps fibreux les plus durs. La coupe de ce corps fibreux présente un aspect grenu ou granuleux ; ce sont de petites masses fibreuses pelotonnées, arrondies, fortement réunies par une gangue également fibreuse. Bien qu'aucun suc ne découle de la surface de la coupe, les doigts, promenés sur cette surface , donnent une sensation de viscosité. Dans l'épaisseur des coupes se voient des canaux galactophores adhérant intimement au tissu ambiant.
2*^ Portion kysleuse. — A. Grand kyste. Un énorme kyste constituait les deux tiers au moins de la tumeur. Il était ouvert lorsque la pièce nous a été présentée ; mais je présume qu'il devait contenir un demi-litre au moins de liquide. Ce liquide était de la sérosité sanguinolente avec caillots. C'était donc un kyste hématique.
Ce kyste était incom|)let, il ne formait guère que la moitié de la poche : c'était la tumeur elle-même qui constituait l'autre moitié.
lus ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
La surface interne du kyste était d'une couleur jauneserin qui attestait sa nature hématique. Dans d'autres points, elle était maculée de sang.
B. Petits kystes. Plusieurs petitskystesse voyaient au voisinage du kyste principal. L'un d'eux contenait un liquide visqueux et des caillots de sang ; d'autres étaient disposés en géodes contenant en partie un liquide visqueux jaunâtre, et en partie des groupes de granulations supportées par des pédicules. Un de ces kystes contenait en même temps que ces végétations granuleuses que je considère comme une dissection spontanée des corps fibreux, une boue noirâtre.
3° Portion altérée et infiltrée de pus. C'était celle qui constituait la moitié environ de la paroi du grand kyste. Son tissu n'était nullement granuleux, mais bien homogène, demi-transparent. Sa coupe était jaunâtre, jauneserin , et çà et là maculée de sang. Son tissu se déchirait avec la plus grande facilité par la pression ; et bien évidemment cette altération tenait à l'infiltration ou à la combinaison du tissu avec un produit de sécrétion. Quel était ce produit de sécrétion? Etait-ce le liquide sérosynovial qui joue un si grand rôle dans les altérations des corps fibreux mammaires ; était-ce du pus infiltré et combiné? L'une et l'autre sécrétion avait lieu.
Nous avons trouvé à la circonférence de la tumeur des débris de mamelle atrophiés (1).
Les corps fibreux mammaires peuvent non-seulement s'infiltrer de liquide séro-synovial, s'enflammer et s'infil-
(i) J'ai tout lieu de penser fjue si l'on ne trouve pas plus souvent, par la dissection , des traces de glande mammaire , c'est qu'on ne les cherclie pas avec assez de soin. Cependant je possède des faits de ce {jcnre nui ctal)lissent d(t la manière la plus positive l'absence complète de pjlande mammaire ; ce qui veut dire non pas que la {»,lande mammaire a tout entière subi la nie'tamorphose, mais qu'il y a eu atrophie complète de la portion non envahie.
trer de pus, mais encore se pénétrer partiellement de phosj)hate calcaire.
Quatrième fait. — Corps fibreux mammaire en partie pétrifié. Le fait suivant, dont je ne vais présenter que le résumé, établira cette disposition (1) :
Cette tumeur pesait deux livres et demie :
Portion fibreuse ce» fr<r//e, extrêmement dense, à forme granuleuse ou pelotonnée, à granulations tellement serrées qu'il était impossible de les séparer :
|o Portion ostéo-fibreuse. Une partie était ostéo-fibreuse et représentait exactement les corps fibreux utérins pénétrés de phosphate calcaire. Il y avait des granulations et des petites masses calcaires irrégulières , isolées; d'autres étaient infiltrées dans l'épaisseur du tissu fibreux.
2o Portion fibreuse creusée de géodes. Nombreuses géodes tantôt exactement moulées sur les végétations mamelonnées et rameuses (géodes pleines) , tantôt contenant avec ces végétations une quantité plus ou moins considérable de liquide visqueux synoviforme.
S*' Portion ramollie. La portion ramollie présentait deux formes bien distinctes :
Première forme. Demi-transparence; couleur jaunâtre, homogène; sans vacuoles, sans aréoles, amorphe, molle, s'écrasant sous la pression du doigt, se morcelant en fragments irréguliers, se lacérant avec plus de facilité dans un sens que dans un autre, se dissociant à la manière de fibres serrées juxtaposées.
Je regarde cette forme comme la conséquence d'une infiltration avec combinaison du liquide séro-synovial.
Deuxième forme. — Forme purulente. Fragilité plus grande encore que dans la portion précédente : opacité,
(i) Cette mamelle, extirpée par M. Velpeau en septembre i853, a été communiquée à la Société anatomique.
couleur jaune de pus, possibilité d'en extraire quelques goutielettes par la pression ; disposition striée , vaisseaux veineux longitudinaux disposés suivant la direction des stries.
Je terminerai ces descriptions déjà peut-être trop nom^ breuses, par celle d'une tumeur mammaire considérable , qui vient d'être extirpée etcomtouniquée à la Société anatomique par M. Nélaton.
Cinquième fait. — Corps fibreux mammaire d aspect g élatiniforme et d'inégale densité. Cette tumeur a été enlevée chez une femme de cinquante-quatre ans qui jouissait d'ailleurs d'une excellente santé. Point de ^^anglions lymphatiques indurés ; la tumeur n incommodait que par son poids et par son volume. Son volume est celui de la tête d'un adulte; son poids de 3 kilogrammes 37 5 grammes.
Cette tumeur est sphéroïclale, divisée en lobules inégaux par des sillons profonds occupés par des brides ou bandes fibreuses très épaisses.
La coupe présente un aspect demi-transparent, gélatiniforme; la disposition lobuleuse ne pénétrait pas dans la profondeur de la tumeur. Consistance très inégale : il y a des jjarties très denses , d'une dureté cartilagineuse ; d'autres parties sont molles ; toutes sont transparentes et homogènes, à peine çà et là quehjues petits vaisseaux; nulle part de tissu fibreux distinct. Le doigt, promené sur la surface de la coupe, reconnaît une disposition noueuse ou lobuleuse. Sensation beaucouj) plus distincte lorsqu'on piesse entie deux doigts une tranche mince de la tumeur.
Ainsi, homogénéité, uniformité de la tumeur, quant A l'aspect, à la couleur: différences très remarcjuables sous le rapport de la densité.
Dne portion ramollie jaunâtre occu|)ait un point assez nettement circonscrit à la circonférence de la tumeur. Cette portion se lacérait avec beaucoup de facilité. La matière infiltrée m'a paru de nature purulente.
Le kyste d'enveloppe présentait cela de remarquable qu'il recouvrait, sans y adhérer, toute la surface de la tumeur. J'ai examiné au microscope , sous la direction de M. Ch< Robin, successivement les parties dures et les parties molles de cette tumeur. Les unes et les autres présentaient tous les éléments du tissu fibreux, quelques corps fusiformes, quelques éléments appelés fibro-plastiques ^ nulle part de culs-de-sac glanduleux ; le tissu fibreux constituait seul les parties les jdus dures. Cette tumeur était donc non une hypertrophie glanduleuse, mais un corps fibreux infiltré. Ainsi le microscope a démontré la présence du tissu fibreux là où les yeux et la loupe ne pouvaient pas le démontrer. Le tissu fibreux, lorsqu'il est infiltré de sucs, devient demi-transparent, gélatiniforme, comme s'il avait macéré dans un acide étendu d'eau.
IV GENRE
Corps fibreux du testicule.
Rien n'est plus rare que les corps fibreux du testicule. Je n'en connais d'autre exemple que celui que j'ai fait représenter figure 3, planche 1, V^ livraison.
Rien ne ressemble davantage à une tumeur fibreuse, ou mieux au tissu de l'utérus, dans l'état de vacuité, que ce testicule extirpé à l'hôpital Beaujon par l'excellent professeur Marjolin, de bien regrettable mémoire, et qui m'avait été remis par Blandin. Il résiste et crie sous le scalpel ; il est constitué par des fibres d'un blanc grisâtre contournées sur elles-mêmes, entrecroisées, formant des lobules fibreux, entre lesquels pénètrent quelques vaisseaux. Son poids est énorme eu égard à son volume, qui est double de l'état naturel. La tunique albuginée n'adhère nullement à ce corps fibreux dont elle est séparée par une couche épaisse de liquide. A la partie supérieure de la tumeur, il
existait une bouillie blancbâtre qui m'a paru le résultat d'une altération du tissu fibreux. J'ai eu occasion d'observer plusieurs fois cette même altération dans les corps fibreux de Tutérus. J'ajoute que « bien que je n'aie pas w retrouvé le tissu propre du testicule, j'ai la certitude que » cette tumeur fibreuse s'était formée aux dépens du tissu M cellulaire qui unit entre eux les innombrables conduits w séminifères , et que le tissu propre avait été rejeté à la » surface et atrophié par compression. » Je serais moins explicite aujourd'hui. La transformation bien démontrée des grains glanduleux de la mamelle en tissu fibreux me porte à penser que les canaux séminifères peuvent subir la même transformation.
Si les corps fibreux testiculaires proprement dits constituant une masse isolée, indépendante du reste de l'organe, sont excessivement rares , il n'en est pas de même des tractus fibreux, de petites masses fibreuses déposées au milieu du testicule. Cette altération, qui m'a paru la conséquence de phlegmasies du tissu propre de l'organe, constitue un de ses principaux modes d'atrophie.
M. Fano, prosecteur de la Faculté, m'a présenté deux testicules atrophiés qui avaient subi en partie cette transformation fibreuse. Le tissu fibreux présentait des tractus fibreux en forme de cloisons irrégulières et incomplètes que séparait la substance testiculaire évidemment atrophiée. L'un de ces testicules offrait une petite masse fibreuse très dense de laquelle partaient plusieurs tractus. Voici d'ailleurs la note que M. Fano a eu l'obligeance de me remettre à ce sujet :
Transformation fibreuse partielle de la substance propre des deux testicules , chez le même sujet.
Ces pièces ont été recueillies sur un homme d'environ trente-cinq ans, vigoureusement constitué," (jui paraît avoir succombé à une tuberculisation pulmonaire.
l** Testicule droit. La tunique fibreuse commune au testicule et au cordon est épaissie. La cavité de la tunique va(jinale a disparu, et des adhérences intimes unissent ces deux tuniques au corps même du testicule.
L'épididyme adhère dans toute son étendue au bord supérieur du testicule. Une coupe verticale antéro-postérieure du testicule nous montre un épaississement de la tunique albuginée dont les dimensions vont en certains points à 3 millimètres. La substance testiculaire qui a conservé son aspect rougeâtre a disparu complètement dans certains points . où elle est remplacée par une substance gris blanchâlre, d'aspect fibreux, paraissant se continuer à la périphérie avec la twiique albuginée^ et n'être que le développement anormal des cloisons celluleuses (jue la face profonde de la tunique albuginée envoie dans Tintérieur de Forgane. Examinée à un grossissement de 600 diamètres , cette substance gris blanchâtre paraît formée de fibres de tissu cellulaire sans aucun mélange d'éléments fibro- plastiques.
2*^ Tesiicule gauche. Mêmes altérations que pour le testicule droit, si ce n'est qu'elles sont moins avancées. Aussi la substance propre de ce testicule est-elle moins envahie par le tissu fibreux de nouvelle formation que le testicule droit.
V GENRE
Corps fibreux des nerfs (névromes fibreux).
Les corps fibreux me paraissent tenir le premier rang , pour la fréquence aussi bien que pour l'importance, parmi les tumeurs des nerfs connues autrefois sous le nom de ganglions et aujourd'hui sous celui de névromes.
La structure éminemment fibreuse de la gaîne névrilématique des cordons nerveux, gaîne névrilématique qu'on pourrait appeler, par analogie, dure -mère des nerfs ^ n'est m. A8
certainement pas étrangère à cette production fibreuse , bien que j'aie eu occasion d'observer des névroines fibreux sur le trajet des racines généralement considérées comme non névrilématiques , connues sous le nom de queue de cheval. Ne pourrait-on pas appliquer aux productions et métamorphoses morbides fibreuses et autres la loi ^'affi' nitéde soi pour soi, queGeoffroy-Saint-Hilaire a créée pour Tinterprétation des adhésions congénitales dans les monstruosités?
Un grand nombre de faits établissent que les nerfs du système ganglionnaire ou viscéraux sont, aussi bien que les nerfs céphalo-rachidiens, sujets aux productions fibreuses dont je vais tracer rapidement les caractères généraux (1), après avoir dit un mot du double névrilème des nerfs.
J'ai démontré, en 1826, à l'occasion des injections nerveuses de Bogros , et j'ai décrit sous le nom de gaîne propre des nerfs {Anat, descrip., t. iV, p. 7 55, 1'^ édition , 1 83 6),rexistenced'une gaîne propre des neris bien distincte du névrilème au-dessous duquel elle est placée, et qui est contigue aux fibrilles nerveuses j)ar sa face interne. « Pour » démontrer cette gaîne propre, il sulfit de couper en tra- » vers un cordon nerveux et de saisir avec une pince un des « bouts du nerf en forme de houppe ou de pinceau qui dé- » passe la gaîne névrilématicpie rétractée. On retire alors, » ordinairement sans efforts, un filet nerveux de plusieurs M j)ouces de longueur, à surfoce lisse , qui est compléte- » ment débarrassé de son névrilèuje. Eh bien ! ce filet est M formé non-seulement par la substance nerveuse, mais M encore par une gaîne propre bien distincte du névri- » lème. » C'est celte gaîne propre qu'il ne connaissait pas (pTinjectait Bogros, (juand le mercure pénétrait on plutôt
(i) \\u ('iii(li,iiit avec. .s(jin les racines nerveuses, (jii voit qu'elles sont Imtcs |>r()l(V<;('('s |»ar une ('nv<!i«)j)|)(! cxfUîSsivtMrieul t('nu<; (jui ernane (l«; la i)i(.-ii)cie raclii iieuMc. li n'y a doue pas «rcxceptiou à la jè^lc.
paraissait pénétrer centraleiiient le filei nerveux , tandis que l'injection éiait superiicielle, latérale et iDientôl suivie de rupture , lorsque le tube à injection était interposé à la gaine propre et à la gaine névriléniatique fibreuse. Cette gaîne propre, qui me paraît de nature séreuse, et destinée à lubrifier les filaments nerveux ou fibrilles qui entrent dans la composition de chaque nerf, pourrait être appelée névrilème séreux par opposition au névrilème fibreux. C'est dans cette gaîne séreuse canaliculée que je place le siège du rhumatisme nerveux et de la névrite.
C'est cette même gaîne, oubliée ou négligée j)ar les anatomistes, que M. Gh. Robin vient de décrire dans un très bon travail lu à l'Institut, sous le titre de périnèvre.
Description générale des nevromes fibreux.
On peut admettre deux espèces de nevromes fibreux : 1° ceux qui se produisent autour des nerfs divisés, à la suite des amputations, par exemple; ce sont les nevromes traumaiiques ; 2° ceux qui se développent spontanément ou sans cause connue dans la continuité des nerfs; ce sont les nevromes spontanés ou non traumatiques. Les uns et les autres m'ont présenté les mêmes caractères anatomiques.
i'* ESPÈCE. Nevromes fibreux traumatiques.
La cicatrice de tous les nerfs grands ou petits, divisés dans les amputations, présente constamment un renflement gangliforme. Les frottements, les {pressions auxquelles sont soumis les bouts des nerfs coupés entrent-ils j)0ur c[uelque chose dans la production de ces renflements gangliformes? Je serais tenté de le croire, d'après plusieurs expériences que j'ai faites sur les animaux vivants , desquelles il résulte que la section des nerfs, pratiquée
7 56 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉHALE.
dans la continuité des membres, avec ou sans perte de substance, donne pour résultat des cicatrices ou très légèrement ou nullement renflées. Ces renflements sont-ils un moyen de protection pour les extrémités des nerfs ?
La figure 1 (pi. ii, XXXV^ livr.), qui représente les détails de la dissection d'une cicatrice résultant de famputation (!u bras, au-dessous de sa partie moyenne, peut servir de type jjour les névromes traumatiques.
Les extrémités de tous les nerfs divisés dans l'amputation présentaient des renflements extrêmement remarquables, qui jjouvaient se sentir à travers la peau avant toute dissection. Les lenflenients les plus considérables appartenaient au nerf radial et au nerf médian ; ils étaient irrégulièrement ovoïdes. Celui du nerî médian , qui avait le volume d'un œuf de pigeon, offrait cette particularité qu'il se prolongeait en baut au devant du nerf, dans une étendue de 3 à /i centimètres.
Je rapprocberai de ce fait celui représenté planclie v, VP livraison, qui a pour sujet une cicatrice résultant de l'amputation dans l'articulation scapulo-humérale, pratiquée par Larrey père.
La j)sesque totalité des brandies nerveuses qui émanaient du plexus bracbial venait se terminer dans un très gros renflement qu'il était facile de sentir à travers les téguments, et qui tenait à la cicatrice par des brides fibreuses.
La dissection de ce gros renflement nerveux m'a démontré (pie les filaments nerveux s'éparpillaient dans réj)aisseur du renflement et s'y perdaient après un certain trajet. Rien dans cette terminaison ne pouvait autoriser à admettre la disposition anatomique à anse, soupçonnée plutôt que démontrée par quebpies observateurs.
2^ ESPECE. Névrornes fibreux spontanés ou non ti au m a tiques.
Les névromes fibreux spontanés se dévelop})ent sans cause connue clans la continuité d'un nerf.
Ils présentent cinq formes bien distinctes :
Première foime. — Névromes sphéroïdaux. Ce sont des corps fibreux parfaitement circonscrits, de (orme sphéroïdale, développés sous le névrilème d'enveloppe générale du nerf, soit à la circonférence, soit dans l'épaisseur d'un cordon nerveux. Ces corps fibreux sont interposés aux filets nerveux qu'ils compriment et dont ils paraissent être indépendants : tous sont enveloppés d'un kyste d'isolement, et par conséquent susceptibles d'une sorte d'énucléation; on peut les appeler névromes fibreux enkystés, circonscrits ou sphéroïdaux. ÎSous verrons que la forme souvent irrégulière, bosselée, sillonnée de ces corps fibreux, est la conséquence delà compression qu'exercent sur elle les filets nerveux disséminés à sa surface. Les névromes sphéroïdaux sont ordinairement développés aux dépens d'un seul filet nerveux.
Deuxième forme. — Névromes cylindroïdes ou in vaginants. Dans cette forme, qui est au moins aussi fréquente que la précédente, le névrome fibreux est cylindroïde ou invaginant, c'est-à-dire qu'il enveloppe comme dans une gaine tantôt régulièrement fusiforme, tantôt noueuse, irrégulière, un cordon nerveux plus ou moins considérable. La compression à lacjuelle ces tuiueurs sont sou mises de la part des organes environnants, est la cause la plus ordinaire de l'irrégularité de forme que présentent ces tumeurs.
Il importe de remarquer que les nerfs, au sortir de cette gaine surajoutée, sont aussi blancs, aussi purs, aussi volumineux qu'à leur entrée dans la même gaine; que les filaments nerveux eux-mêmes conservent toute leur blan-
cheur, au niveau de !a gangue fibreuse si dense dont ils sont entourés : c'est ce qui explique pourquoi ces névromes invaginants ne se révèlent pendant la vie par aucune douleur, par aucun désordre appréciable dans les phénomènes de Tinnervation. Il n'en est pas toujours ainsi pour les névroujes sphéroïdaux.
Troisième forme. — Névromes complexes. Dans cette forme qui appartient essentiellement aux névromes invaginants, bien qu'ils présentent quelquefois la forme sphéroïdale, le névrome est constitué par un nombre plus ou moins considérable de renflements ganglionnaires fusiformes, quelquefois moniliformes, juxtaposés, dont chacun est développé autour d'un filet nerveux : on diiait que pour constituer cette tumeur, une épaisse gaine fibreuse , peu régulière, d'une couleur gris cendré, a été surajoutée au névrilème fibreux de chaque filet.
La planche ii, XXXV^ livraison, fig. 3 et 3', présente le type de cette variété des névromes invaginants (1).
Quatrième forme. — Névromes moniliformes. Dans cette forme, qui se rapporte également aux névromes invaginants, le cordon nerveux, de forme irrégulière, de couleur grise, ressemble assez bien à une veine variqueuse, c'est-à-dire qu'il est composé de renflements irréguliers séparés par des rétrécissements. Le nerf semble décrire des zigzags ou flexuosités. Il est très difficile de séparer les unes des autres ces petites tumeurs réunies par un tissu cellulaire très dense, et qui sont développées aux dépens des divers filets qui entrent dans la composition du cordon nerveux.
Cinquième forme. — Névromes gangliformes. Elle consiste dans de petits renflements gangliformes, analogues
(i) Je reffretle beaucoup de n'avoir pns soumis ce nerf à l'action de l'acide nitrique étendu; il est probable (|ue j'aurais rencontré au centre do chaque renRementle tissu propre du nerf sain.
de tout point pour la forme, ie volume et la couleur, soit aux ganglions des racines postérieures des nerf spinaux, soit aux ganglions du grand sympathique : il est même probable que ces névromes gangliformes ont été pris plusieurs fois pour de véritables ganglions surnuméraires.
On distinguera toujours ces renflements gangliformes des ganglions nerveux proprement dits , en ce cjuaucun filet nerveux ne part du névrome, tandis que constamment des filets nerveux émanent des ganglions ou y aboutissent.
Dans un cas que j'ai rapporté (pi. ii, XXXV^ livr.), et qui a pour sujet une femme affectée de cachexie cancéreuse, les filets du nerf facial présentaient dans leur trajet de nombreux renflements grisâtres analogues aux ganglions fibreux gangliformes; mais ces renflements n'étaient autre chose que des tubercules cancéreux (voy. Névromes cancéreux).
Nombre des névromes fibreux. Sous le rapport du nombre, les névromes fibreux sont le plus souvent solitaires y je veux dire qu'on n'en trouve qu'un seul chez le même individu. Assez fréquemment ils sont tnuliiples., dans quel(|ues cas, ils sont innombrables et généralisés dans toute la portion périphérique de l'arbre nerveux, à savoir : dans les nerfs céphalo-rachidiens et dans les nerfs ganglionnaires ; la portion centrale ou axe céphalo-rachidien est seule préservée.
Il y a vraiment dans ce cas dmxhèse fibreuse, mais diathèse fibreuse circonscrite au système nerveux, et pouvant être rapprochée de la diathèse fibreuse de l'utérus et des glandes mammaires.
A la vue de cette généralisation des corps fibreux dans tous les départements du système nerveux, on se demande si c'est bien là une simple production fibreuse, et si ce ne serait pas plutôt un tissu cancéreux sous forme squirrheuse. Mais on ne saurait trop le répéter, la généralisa-
7 60 ANATOMlli PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
tion d'une lésion dans un seul système d'organes n'est nullement l'attribut exclusif du tissu cancéreux ; ce qui lui appartient en propre, c'est ce double caractère : l'' la généralisation non dans un seul système d'organes, mais dans tous les systèmes d'organes ; 2^ sa propagation dans tous les tissus par voie de continuité.
Il existe dans la science au moins quatorze exemples de névromes fibreux multiples. Un des plus intéressants est, sans contredit, le fait observé en 1852 à l'hospice des Cliniques dans le service de M. îSélaton, fait que j'ai étudié avec beaucoup de soin. Toutes les parties de l'arbre nerveux de ce sujet ont été déposées au musée Dupuytren, par les soins de M. Houel, conservateur de ce musée.
Sous le r^apport du siège ^ les névromes fibreux paraissent beaucoup plus fréquents dans le système nerveux céphalo-rachidien, que dans le système nerveux ganglionnaire ; et ce n'est guère que dans le cas de diathèse fibreuse du système nerveux qu'on en rencontre dans ce dernier système. Cependant je n'oserais affirmer qu'il en fût toujours ainsi. Le système nerveux ganglionnaire est si rarement étudié dans les autopsies , qu il serait bien possible que les affections névromateuses de ce système fussent plus fréquentes qu'on ne le croit ordinairement, et indépendantes de la lésion du système nerveux céphalo-rachidien.
J'ignore si le névrome fibreux affecte une prédilection pour telle ou telle branche du système nerveux. Ce qu'il y a de C(Ttain , c'est que les nerfs qui sont les plus superficiels paraissent plus fré(piemment affectés que les autres parties du système nerveux ; que les névromes souscutanés occupent la plus grande place dans l'histoire des névromes ; ce qui semblerait indiquer qu'une comj)ressien extérieure pourrait bien être, dans (pielques cas, la cause occasionnelle de certains névromes solitaires.
Le névrome fibicux est-il formé aux dépens du tissu
cellulaire qui entre dans la composition des cordons nerveux, ou bien aux dépens du névrilème de tel ou tel des filets qui le constituent?
Cette question ne me paraît pas résolue d'une manière positive : ainsi, dans les névromes fibreux centraux, c'està-dire situés au centre d'un cordon nerveux, comme dans les névromes circonférentiels, j'ai pu, dans plusieurs cas, énucléerces tumeurs avec la même facilité cju'un corps fibreux de l'utérus, sans pouvoir saisir sa continuité avec les filets nerveux ambiants.
D'un autre côté, il résulte du plus grand nombre de mes dissections que c'est toujours aux dépens du névrilème que se produisent les névromes fibreux , et le plus ordinairement, sinon toujours, aux dépens du névrilème d'un seul filet nerveux.
Il est des névromes fibreux qui semblent parfaitement indépendants des nerfs, situés qu'ils sont à côté de ces nerfs auquel ils ne sont que juxtaposés , sans adhérence , sans continuité de tissu ou même à certaine distance de ces nerfs. Dans ce cas, on a pu croire que ces tumeurs n'étaient autre chose qu'une production fibreuse du tissu cellulaire.
J'ai rencontré plusieurs exemples de ce genre sur le sujet affecté de névrome fibreux multiple que j'ai eu occasion d'étudier. Or, il m'a été facile de voir c|ue ces corps étaient placés sur le irajet de très petits filets nerveux , lesquels m'avaient échaj)pé au premier abord à cause de leur ténuité , et que j'avais été sur le point de couj^er. La section de ces filets nerveux est si facile , que je ne répondrais pas qu'elle n'ait eu lieu dans la dissection de plusieurs névromes ou corps fibreux qui m'ont paru libres de toutes parts et que j'ai crus formés aux dépens du tissu cellulaire
Je ferai remarquer, à cette occasion, que le volume des névromes fibreux n'est nullement en rapport avec celui
des nerfs dans l'épaisseur desquels ils sont formés : ainsi , on voit très souvent des névronies volumineux développés sur un nerf peu considérable ou même sur un fdet nerveux isolé; cela s'explique par ce que je viens de dire sur le mode de développement des névromes , lequel a lieu non aux dépens d'un cordon nerveux en masse, mais aux dépens d'un de ses filets.
Il est des corps fibreux qui ont le volume d'un œuf de dinde et même davantage.
Il est assez rare de voir des filets nerveux dans l'épaisseur même des névromes.
Structure des névromes fibreux. Tous les névromes fibreux sont enkystés : le kyste d'isolement est une membrane fibreuse adhérente par sa face interne dans l'immense majorité des cas, unie aux parties voisines par un tissu cellulaire lâche, on dirait presque par une bourse séreuse ; d'où leur énucléation facile.
Cet enkystement des névromes me paraît un de leurs grands caractères; il en résulte qu'ils s'accroissent par intersusception et nullement par l'envahissement progressif des parties environnantes. Le kyste d'enveloppe des névromes m'a paru formé par le névrilème.
Les rapports de ce kyste avec les filets du cordon nerveux aux dépens duquel ils sont développés, sont un des points les plus intéressants de leur histoire.
Tantôt les filets nerveux sont régulièrement et quel- (juefois très régulièrement disséminés autour du névrome (névrome central) ; tantôt ils ont été rejetés en masse sur l'un des points de sa circonférence (névrome latéral).
Ces filets nerveux, disséminés ou grouj)és, sont souvent libres d'adhérence avec le névrome ; d'aulres fois ils lui sont unis d'une manière plus ou moins intime. Dans ce dernier cas, ils sont presque toujours atrophiés à des degrés divers.
En général , on peut suivre tous les filets nerveux à la
surface et même quelquefois dans Tépaisseiir de la tumeur; mais arrive un moment où Tatrophie est portée jusqu'à la disparition des filets nerveux dans une partie plus ou moins considérable de leur longueur : leur continuité est interrompue.
On comprend, d'après cela, ce qu'il faut entendre de rénucléation du névrome par rapj)ort aux nerfs qui Tentourent. Possible dans le cas de non-adhérence, elle est impossible dans le cas d'adhérence intime.
li'énucléation est complètement impossible dans le cas de névrome invaginant ou de névrome complexe.
C'est probablement aux différences qui existent dans les rapports des nerfs avec le névrome qu'est due la différence qui existe entre les névromes sous le rapport de la douleur. Il est un certain nombre de ces névromes qui ne se révèlent que par leur volume et ne causent aucune douleur; il en est qui causent d'atroces douleurs, la douleur électrique de la névralgie.
Il est des névromes qui , après avoir causé d'atroces douleurs pendant un temps plus ou moins long, finissent jiar devenir indolents : cette circonstance s'explique aisément par l'atrophie des nerfs.
Enfin il est des névromes qui n'occasionnent de douleur spontanée que d'une manière intermittente. Il est des névromes douloureux à la moindre pression ; il en est qui ne sont pas douloureux.
Couleur^ consistance^ structure des névromes. La couleur des névromes est quelquefois blanchâtre, mais jamais d'aspect nacré, presque toujours d'un blanc cendré ou gris, à la manière des ganglions nerveux. Je les ai vus brunâtres et même d'une couleur ocre. Leur consistance est variable ; prescjue toujours ils présentent au toucher une mollesse élastique ([ui pourrait simuler la fluctuation. Pressés entre les doigts, les névromes donnent la sensation d'un tumeur lobuleuse; disposition qu'ils présentent aussi quelquefois à leur surface.
16U ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALK.
Les différences dans la consistance des névromes tiennent aux degrés de rinfiltration œdémateuse. On dit même avoir trouve dans leur épaisseur de petits amas de sérosité enkystés ou non enkystés.
La structure des névromes est celle des corps fibreux à forme pelotonnée.
Le microscope confirme parfaitement les données fournies par l'observation directe. Ainsi les névromes sont essentiellement formés par du tissu fibreux. M. Ch. Robin y a ti'ouvé pour une faible part quelques éléments dits fibro -plastiques et quelques granulations nucléolaires qui ne présentent rien de particulier. Les corps fibreux, que ce savant et consciencieux observateur a étudiés, ont été pris sur le nerf crural, sur un nerf intercostal, sur une branche cutanée, sur un rameau du grand sympathique, appartenant au sujet affecté de névromes généralisés dont je parlerai plus bas.
Je terminerai cet article sur les névromes fibreux par la description anatomique d'un certain nombre de ces tumeurs que j'ai étudiées avec beaucoup de soin , et en particulier de celles trouvées sur le sujet affecté de névromes multiples, mort dans le service de M. Nélaton.
Ces observations rempliront les vides que laisse nécessairement une description générale.
J ai f^ut représenter (pi. m, l" livr.) un bien bel exemple de transformation fibreuse avec développement énorme des ganglions cervicaux du grand sympathique et du tronc nerveux de communication entre ces ganglions.
Le ganglion cervical supérieur éiait remplacé j)aideux tumeurs: l'une supérieure et antérieure, olivaire, d'un pouce de long et d'un demi-pouce de diamètre (1);
(i) Elle m'a paru remplacer un {ifonj^lion nerveux qui existe assez, souvent et qu'on peut appeler ganglion cervical supérieur accessoire.
l'autre inférieure, fusiforme, de deux pouces trois lignes de long sur un pouce de diamètre. Leur surfoce était légèrement bosselée, grisâtre: leur consistance, celle d'une tumeur fibreuse dense. De l'extrémité inférieure de la tumeur inférieure naissait un gros cordon qui, après un court trajet, se renflait pour constituer une tumeur fibreuse triangulaire qui m'a paru représenter le ganglion cervical moyen. Cette tumeur se continuait par un cordon presque aussi volumineux que son cordon d'origine avec une autre tumeur qui représentait le ganglion cervical inférieur.
Ces ganglions, divisés longitudinalement,criaientsous le scalpel et présentaient la consistance et tous les caractères des tumeurs fibreuses : leur couleur était gris blanchâtre, sans aspect resplendissant. J'ai vainement cherché dans leur épaisseur quelques filaments nerveux; je n'y ai trouvé que des filaments grêles, demi-transparents, se confondant avec la tumeur, qui pouvaient bien être des filaments nerveux atrophiés réduits à leur névrilème. Les cordons de communication des ganglions entre eux avaient le même aspect que les ganglions. Les cordons de communication avec les paires cervicales, plus développés que (le coutume, avaient d'ailleurs leur couleur naturelle.
J'ignore s'il existait d'autres névromes chez ce sujet, que M. Bérard aîné, alors prosecteur de la Faculté, a arraché au scalpel novice d'un étudiant de première année.
Névrome fibreux 1res considérable du nerf cubital. Ce névrome situé au côté interne du bras gauche, au-dessus du cordon , avait été extiipé par M. Michon, sur un jeune homme de trente ans, et existait dejmis quinze ans. Il a été présenté par M. Lebert à la Société anatomique , le 13 février 1852.
Ce névrome s'était développé aux dépens du nerf cubital ; son volume, bien supérieur à celui d'un œuf de
766 ANATOMIt PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
dinde, était de 9 centimètres de longueur sur 6 de largeur et d'épaisseur ; sa forme était très régulièrement ovoïde, et comme toujours, son grand diamètre était dans la direction du nerf: sa surface était lisse : pressé entre les doigts, ce névrome donnait la sensation d'une tumeur lobuleuse à la manière des corps fibreux utérins un peu ramollis.
Le nerf cubital, qui se rendait à l'extrémité supérieure de la tumeur, s'épanouissait immédiatement en faisceauaplati, lequel s'appliquait sur un des côtés de la tumeur, sans se disséminer en aucune manière, arrivait ainsi jusqu'à l'extrémité inférieure de cette tumeur, où le nerf se reconstituait et présentait le même volume qu'avant de s'unir à la tumeur : au niveau de la tumetir, plusieurs filets étaient reçus dans des sillons qu'ils avaient creusés à sa surface. Ces filets étaient notablement atrophiés. Il m'a paru qu'aucun de ces filets ne se perdait dans l'épaisseur de la tumeur.
L'isolement parfait de la tumeur annonçait la présence d'un kyste d'enveloppe; mais ce kyste adhérait à la tumeur dans toute son étendue par sa face interne, et l'adhérence était si intime qu'aucune dissection ne fui possible.
Je terminerai celte étude des névromes fibreux par l'observation du sujet affecté de névrome généralisé , mort à l'hospice des Cliniques, le 16 décembre 1851, après neuf mois de séjour dans cet hôpital.
J'insisterai sur les observations d'analomie pathologique (|ue j'ai jMi faire pai moi-même sur ce su;et, renvoyant pour les détails à l'excellent travail de M.Iiouel (1).
(i) Mémoire sur les névromes^ avec une observation de névrome mnlti[)It', par M. Hoiicl, conservateur du musée Uupuytren. [Mémohes (le la Société (le chirurtjie,)
Névromes fibreux innombrables des divers cordons nerveux du système cérébro-rachidien et du grand sympathique.
Voici le résume des antécédents :
Budin, vingt-six ans, cordonnier, entré le 26 mars 1851 à l'hôpital des Cliniques, pour une tumeur qu'il portait à Taine droite. Le malade ne s'était aperçu de cette tumeur que depuis cinq mois; elle avait alors le volume d'un œuf de pipeon. On constata en outre d'autres tumeurs en assez grand nombre sur diverses parties du corps, sur la paroi abdominale, au cou, au bras, à Faisselle droite et sur la face antérieure de la cuisse gauche. Ces tumeurs étaient variables en volume, depuis celui d'un grain de blé jusqu'à celui d'un œuf de pigeon ; la plupart étaient indolentes, toutes étaient mobiles , sans adhérence à la peau. Les mouvements de la cuisse étaient gênés, certains muscles, particulièrement ceux de 1 avant-bras, contractures. Point d'antécédents syphilitiques et néanmoins traitement par l'iodure de potassium.
M. Gosselin, chargé par intérim du service, enleva une des petites tumeurs abdominales et la soumit à l'examen microscopique, qui lui démontra une structure fibreuse. M. Giraldès, qui remplaça M. Gosselin, enleva la tumeur de l'aine qui tourmentait le plus le malade. Son caractère hbreux fut également démontré par l'examen microscopique. Cependant les tumeurs augmentaient en volume, les contractures musculaires devenaient plus prononcées. Le malade accusait de la douleur, seulement aux changements de temps; et lorscju'en juillet, M. le professeur Nélatnn prit possession du service, il constata de nouvelles tumeurs au bras sur le trajet du nerf médian, aux avant-bras et aux cuisses; et comme MM. Gosselin et Giraldf s, il diagnostiqua des névromes nuiltiples.
Cependant l'amaigrissement Fait des progrès. La loco-
768 ANATOMiE Pathologique générale.
motion devient de plus en plus difficile. A partir du mois de septembre, le malade, (jui jusque-là se levait de temps en temps et restait assis sur une chaise, garda définitivement le lit. Bientôt des douleurs vives apparaissent : insomnie, Ciis continuels, immobilité, flexion permanente des jambes sur les cuisses et de celles-ci sur le bassin. Les mouvements imprimés aux membres deviennent très douloureux, impossibles; la pression des tumeurs très douloureuse ; production continuelle de nouvelles tumeurs, on ne les compte plus. L'opium est impuissant pour calmer les douleurs. Sensibilité générale conservée, ainsi que le goût, l'odorat, Fouie; eschare énoirne au sacrum. Mort le 16 décembre 1851, après un séjour à rhôpital de plus de neuf mois.
Auiopsie. Tous les organes tboraciques et abdominaux sont parfaitement sains. Il en est de même du cerveau, du cervelet , de Tisthme de rencéj)hale et de la moelle épinière. Seul, le système nerveux périphérique présente d'innombrables tumeurs.
Les nerfs crâniens sont intacts dans leur trajet intracrânien. Il en est de même des racines des nerfs cervicaux et dorsaux. Les racines qui constituent la queue de cheval présentent seules un grand nombre de petits névromes gangliformes aplatis. Ces renflements gangliformes s'observent sur les racines antérieures comme sur les racines postérieures (M. Houel en a compté une vingtaine sur la même racine).
A leur sortie du crâne et du canal rachidien , tous les nerfs, moins les nerfs olfactifs, optiques et acoustiques, présentent des névro.Mies plus ou moins nondjreux , plus ou moins volumineux.
Nerfs crâniens. A Texceplion des nerfs olfactifs, optiques et acousti(jue5 , tous les autres nerfs crâniens , ceux du sentiment aussi bien (pie ceux du mouveuïcnt, les nerfs de la cinquième paire, le nerf lingual en j)articidier,
aussi bien que le nerf facial, présentent de nombreux petits névromes.
Parmi les nerfs crâniens , je n'ai étudié d une manière particulière que les nerfs pneumogastriques droit et gauche qui étaient énormes.
Le pneumogastrique droit présentait à sa sortie du crâne un énorme renflement ovoïde , au-dessous duquel il conservait un volume général considérable (trois ou quatre fois au moins son volume ordinaire) avec renflements irréguliers plus ou moins rapproches. Il se renflait encore en cylindre noueux considérable au niveau de la partie inférieure du cou avant d'émettre le nerf récurrent. A celte disposition en cylindre noueux succédait la disposition moniliforme à grains extrêmement rapprochés, qui occu.< pait toute la longueur des divisions du nerf pneumogastrique qui s'anastomosent autour de Toesophage. Cette disposition moniliforme donne à ces nerfs une apparence flexueuse. Les nerfs récurrents présentent phisieurs petits renflements gangliformes. Les nerfs du plexus pulmonaire sont intacts. Il en est de même des nerfs de Testomac.
Le WQvï pneumogaslrique gauche présentait un volume j)'us considérable encore que le droit : c'était un gros cylindre irrégulier avec alternatives de renflement et de rétrécissement. Une grosse tumeur ovoïde occupait la portion thoracique de ce nerf au niveau de la bronche gauche.
Nerfs rachidiens. — 1° Nerjs cervicaux. — Plexus cervical. Les nerfs cervicaux présentent un grand nombre de névromes fibreux à droite et à gauche, et dans leurs plexus et dans les branches qui en émanent. Je n'ai étudié d'une manière particulière que les nerfs diaphragmatiques: le gauche était dans l'état naturel; le droit présentait une série de renflements gangliformes inégaux, tantôt rapprochés, tantôt séparés par des portions de nerf parfaitement saines.
Plexus brachial. Le plexus brachial droit présentait le névrome le plus considérable qui existât sur ce sujet. Il avait 6 centimètres de longueur, 3 centimètres 8 millimètres de largeur, k centimètres 5 millimètres d'épaisseur, il était ovoïde et constitué à la fois aux dépens du nerf musculo-cutané, et de l'un des deux cordons de formation du nerf médian. Ces deux nerfs s'éparpillaient de chaque côté et en arrière du névrome qui était tout à fait libre en avant. — Le nerf médian présentait au devant de l'extrémité inférieure de l'humérus une grosse tumeur fusiforme qui était précédée par un renflement gris cylindroïde. La tumeur fusiforme était constituée par un névrome fibreux centralement développé au milieu des filets nerveux dissociés. La tumeur commençait à émerger en avant et sur les côtés du nerf. Un névrome latéral existait au devant du nerf médian à la partie inférieure de Tavantbras, c'est-à-dire que le névrome semblait appliqué sur le cordon nerveux auquel il était accolé. Ce névrome était évidemment formé au-dessous du névrilème d'enveloppe générale du nerf.
Nerfs intercostaux. Presque tous les nerfs intercostaux présentent des renflements gangliformes considérables et des plus variés. De ces névromes , les uns sont cylindroïdes ou engainants, diffus ; les autres , centraux ou latéraux, sont circonscrits. Souvent des névromes ovoïdes sont unis entre eux par des renflements cylindroïdes, bosselés, irréguliers. Les névromes circonscrits sont interposés ou juxtaposés aux nerfs dont ils sont parfaitement distinct^.
Le huitième nerf intercostal mérite d'être signalé par son énorme développement. Toute sa moitié postérieure, à partir du trou de conjugaison , était constituée par une série de renflements d'inégal volume. Cette série commençait en arrière par un gros renflement ovoïde, duquel partait le cordon de communication qui se rend au
grand sympathique. Ce cordon de communication avait quintuplé de volume. De ce gros renflement, qui semblait émerger du trou de conjugaison, naissait un gros cylindre noueux qui, après 3 centimètres de trajet, se renflait de nouveau pour constituer une tumeur ovoïde aplatie, deux fois plus considérable que la tumeur postérieure, et de l'extrémité antérieure de laquelle partait un nerf intercostal parfaitement sain.
Ces tumeurs qui remplissaient tout l'espace intercostal correspondant, avaient été déformées et aplaties par la résistance des côtes dont les bords étaient un peu usés par la présence de ces tumeurs. La grosse tumeur avait profondément excavé la côte supérieure correspondante.
Le neuvième nerf intercostal offrait un renflement cylindroïde assez régulier dans la plus grande partie de sa longueur, à partir du trou de conjugaison où il présentait son plus grand volume : le filet de communication quil envoyait au grand sympathique était également névromateux dans toute sa circonférence (névrome diffus invaginant).
Nerfs lombaires. — Plexus lombo-sacré. Les nerfs lombaires et sacrés des deux côtés sont monstrueux, à partir du trou de conjugaison, immédiatement après la réunion des deux racines. Ils sont monstrueux parleur volume (1), comme aussi par leur forme irrégulièrement bosselée , comme si une multitude de tumeurs d'inégal volume , formées dans leur épaisseur, avaient trouvé une résistance inégale à leur surface. Le plexus lombo-sacré qui résultait de leur réunion formait une grosse masse bosselée, continue, présentant des dépressions et des sillons qui résultaient de la compression exercée par les parties envi-
(i) On dirait qu'un moule de plâtre irrégulier avait été jeté sur ce plexus depuis le trou de conjugaison jusqu'à 1 échancrure sciatiuue.
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lonnanles. Cette altération nevromateuse diffuse, engainante, cessait brusquement , abruptement à Féchancrure scialique au point de conjugaison des faisceaux du plexus sacré, pour la formation du neil scialique.
Nerf sciatique. Normal à son point d'émergence du plexus lombo-sacré, le nerf sciatique présente à la partie moyenne de la cuisse un renflement considérable cylindroïde peu régulier, et dans quelques points de sa longueur des tumeurs proéminentes spbéroïdales , occupant un des côtés de la circonférence des nerfs : ces névromes latéraux étaient enkystés, mais leur kyste était adhérent par sa face profonde. Seul, Fun de ces kystes était libre d'adhérence par sa face profonde, comme s'il avait été tapissé, excepté dans quelques points, par une membrane séreuse.
L'augmentation de volume fusiforme, cylindroïde du nerf sciatique tenait 1° à des séries de petits névromes .ti^angliformes, moniliformes, développés le long des cordons nerveux qui entrent dans la composition des nerfs de ces tumeurs ; 2<^ à des tumeurs isolées , disséminées dans l'épaisseur du nerf, dont les unes sont restées cachées au centre des cordons nerveux desquels elles paraissent indépendantes, dont les autres, plus volumineuses, ont écarté les éléments du cordon nerveux et proéminent plus ou moins à sa surface.
Je ferai remarquer que le nerf sciatique est beaucouji moins profondément affecté que d'autres nerfs , bien que le plexus dont il émane directement soit pioportionnellement le plus altéré d(î tous.
f.es n(''vromes engainants , en effet , n'exercent pas sni- l(îs nerfs autour descpiels ils sont développés une iidluence atrojihique aussi profonde ([ue les névromes développés dans l'épaisseur des cordons nerveux : et l'on e^t tout élonnci de voir, au sortir de ces grosses masses cvlitultoïdes engainantes, des nerfs aussi jnirs , aussi
TKJilZIEME CLASSE. DES MHi AMOHPHOSES. 77o
parlaits cju'avaiit leur pénétration dans les [gaines uévromateuses.
J'ai fait remarquer, relativement aux nerfs pneumogastriques, que les nerfs du plexus pulmonaire et les nerfs de Testomac étaient dans l'état le plus naturel, bien que les troncs de ces nerfs présentassent une altération névromateuse si profonde. Eh bien, relativement aux nerfs sciatiques , les névromes, si considérables à la cuisse, devenaient moins nombreux à la jambe le long des branches des nerfs sciatique poplité externe et poplité interne, et disparaissaient complètement aux nerfs du pied qui étaient dans l'état le plus naturel.
Nerfs cruraux. J'ai étudié plus particulièrement le nerf crural gauche, qui présentait depuis sa sortie du plexus lombaire jusqu'au niveau de l'arcade fémorale un énorme volume et une disposition très irrégulière. C'était un gros cylindre inégalement renflé de dislance en distance et qui se terminait à la partie inférieure de la fosse iliaque interne par une très volumineuse tumeur ovoïde sur la face antérieure de laquelle le nerf crural avait été rejeté en un seul faisceau.
Le nerf satellite de l'artère fémorale offrait un renflement cylindroïde noueux dans une bonne partie de sa largeur.
Les nerfs cutanés de la région antérieure de la cuisse ont appelé mon attention par une disposition moniliforme flexueuse fort remarquable que M. Houel a très bien indiquée. Ces petits nerfs présentaient, en effet, sur toute leur longueur de petits renflements gangliformes , alternes, irréguliers, très rapprochés, donnant au nerf un aspect noueux en même temps qu'ils décrivaient des espèces de zigzag à la manière des petites veines variqueuses. H est bon de remarquer que, de même que les varices des veines (surtout les varices latérales) augmentent beaucoup l'apparence flexueuse de ces veines, de même les rende-
nu ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
ments ganglionnaires latéraux donnaient aux filets nerveux flexneux ou à peine flexueux une apparence de flexuositcs bien plus considérable que la réalité.
J'ai rencontré cette disposition flexueuse non-seulement sur des filets nerveux isolés, mais encore dans la dissection de névromes complexes qui étaient formés par l'agglomération d'un grand nombre de filets nerveux dont chacun présentait une disposition noueuse et comme flexueuse, à renflements très irréguliers.
Névromes musculaires. J'ai trouvé quelques névromes dans répaisseur des muscles de la cuisse.
Névromes du grand sympathique. Le cordon et les ganglions du grand sympathique n'avaient pas été épargnés. C'était la forme engainante qui dominait. La région thoracique était celle qui présentait l'altération la plus considérable. F.es ganglions et les cordons qui les unissent avaient triplé de volume; mais leur augmentation de volume n'était pas régulière. On trouvait çà et là quelques renflements fusiformes. Les cordons de communication des ganglions du grand sympathicjue avec les nerfs dorsaux et lombaires n'avaient pas été épargnés.
J'ai trouvé plusieurs renflements fusiformes sur les cordons qui vont former les nerfs grand et petit splanchni([ues. Un corps fibreux du volume d'un œuf de pigeon se voyait sur le trajet du cordon du grand sympathique au niveau du col de la douzième côte.
J'ai vu un certain nombre de petits renflements gangliformes le long des nerfs mésentériques.
La structure de tous ces névromes ou engainants ou sphéroïdaux était exactement celle que j'ai exposée dans les généralités de cette étude des névromes.
VI» GENRE
Corps fibreux du tissu cellulaire.
H n'est peut-être aucune région dans laquelle on n'ait rencontré des corps fibreux développés au milieu du tissu cellulaire libre; mais il est incontestable que ces corps affectent une sorte de prédilection pour les régions dans lesquelles le tissu cellulaire très dense a mérité le nom de tissu fibreux.
J'avais d'abord placé en première ligne comme siège de prédilection du corps fibreux la région parotidienne ou plutôt sous-auriculaire ou sous-lobulaire, entre le lobule de l'auricule et le sommet de l'apopbyse mastoïde ; mais la dissection de plusieurs de ces tumeurs m'ayant démontré qu'elles étaient essentiellement constituées par du tissu cartilagineux, j'ai dû reporter l'histoire de ces tumeurs au genre des chondromes. Cependant il est infiniment probable que plusieurs de ces tumeurs appartiennent aux corps fibreux.
Voici quelques exemples des corps fibreux développés dans diverses régions du tissu cellulaire :
Premier fait. — Corps fibreux en partie crétacé situé sur le dos du pied. J'ai observé tout récemment ce corps fibreux qui était situé sous l'aponévrose dorsale du pied, au niveau de la rangée antérieure du tarse et de l'extrémité postérieure des premier et deuxième métatarsiens (1), au devant du ligament annulaire dorsal du tarse.
Cette tumeur, légèrement lobuleuse, qui a le volume d'un petit œuf de poule, est demi-ovoïde, aplatie qu'elle est par sa face j rofoude : elle a 3 centimètres l/2 dans son plus grand diamètre, qui est antéro-postérieur, 3 centi-
;i) Je dois cette pièce à l'obligeance de M. Jarjavay.
77 6 ANATOMlt: PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
mètres dans son plus (jrand diamètre transversal , ei 1 centimètre 1/2 d'épaisseur.
Convexe par sa face supérieure ou cutanée , elle est séparée de la peau par Taponévrose dorsale du pied et par le rameau cutané de la branche musculo-cutanée péronière; e!le répond par sa face inférieure aux tendons du muscle extenseur des orteils, à l'artère , aux veines et au nerf pédieux , et au faisceau interne du muscle pédieux.
Deux bourses séreuses parfaitement distinctes, Tune en dedans, l'autre en dehors, la séparaient de ces parties.
La tumeur est donc contenue dans la gaine des tendons des muscles extenseur commun des orteils et pédieux.
Elle est libre de toutes parts, excepté en dedans oii elle tient par un pédicule fibreux uiince et rubané au périoste et à la couche fibreuse ([ui revêt le premier cunéiforme et l'extrémité postérieure du premier métatarsien.
Structure, La densité de ce corps fibreux est extrême. On coupe difficilement son tissu, qui crie sous le scalpel , comme s'd contenait des concrétions pierreuses interposées au tissu fibreux. La lacération de ce tissu est extrêmement difficile.
La coupe de ce corps présente un aspect fibreux nacré, pelotonné, et en outre des points osseux ou crétacés disséminés. La couche superficielle de la tumeur présentait une plus grande quantité de matière crétacée que la partie centrale. On peut même dire (|ue la couche la plus superficielle contenait autant de matière crétacée que de tissu fibreux.
Deuxiènie Jait. — Corjjs fibreux à la nuque , ramollisse^ ment de ce corps. Je dois à fobligeance du regrettable professeur lilandin une tumeui fibreuse ([u'il avait extirpée à la paitie inféiieure de la niupie et([u il croyait êire un lipom(?. C-ette tumeur était molle, avait assez exactemet]l la consistance et la disposition lobuleuse de
la viande mammaire; son tissu était fibreux, d'un blanc mat, à forme pelotonnée. Il criait sous le scalpel à la manière du tissu fd^reux. Sa mollesse était probablement due à une infiltration séreuse, ainsi que nous lavons vu pour les corps fibreux utérins et mammaires.
Troisième fait. — Corps fibreux du cordon testiculaire, M. Lenoir a extirpé et déposé au musée Dupuytren un corps fibreux ovoïde d'un volume beaucoup plus considérable que le testicule, corps fibreux qui était développé dans fépaisseur du cordon testiculaire dont tous les éléments disséminés étaient parfaitement intacts. Ce corps fibreux est d'un aspect nacré extrêmement dur, on dirait (fun corps fibreux de futérus. Le testicule était placé au - dessous de la tumeur dont il était complètement indépendant. M. Lenoir a cru devoir enlever le testicule en même temps que le corps fibreux.
Quatrième fait. — Corps fibreux considérable dans le tissu cellulaire sous • aponévrotique de la cuisse ; morcellement spontané. J'ai trouvé sur un cadavre, sous l'aponévrose fémorale, à la région externe, un corps fibreux du volume du poing , divisé en lobules parfaitement distincts. Cette tumeur, extrêmement mobile, était enveloppée d'un kyste d'isolement adhérent par sa face interne. Plusieurs sections faites dans cette tumeur permettent de constater qu'elle est divisée en petites masses globuleuses ou sphéroïdales, de volumes divers, naissant d'une espèce de gangue fibreuse j)ar un pédicule; chacune de ces masses globuleuses est entourée à la manière d'un vêtement par un kyste non adhérent dont elle est séparée par une couche de liquide.
Cette disposition représentait exactement celle que j'ai si souvent observée dans les corps fibreux utérins infiltrés de sérosité, sérosité (jui les décompose en leurs éléments: cette altération des corps fibreux peut être considérée connue un morcellement spontané ([ue nous avons
VU être si favorable A l'expulsion spontanée ou à Tarracbement des corps fibreux de l'utérus (1).
Cinquième fait. — Corps Jibreux situé sous le trapèze. Cette tumeur, (jui avait été très péniblement extirpée à cause des adhérences intimes qu'elle avait contractées avec les parties voisines, avait le volume de la tête : elle était bosselée , mollasse ; son tissu présentait tous les caractères du tissu fibreux pelotonné; sa mollesse était due à de la sérosité infiltrée qui avait incomplètement dissocié les masses fibreuses distinctes qui entraient dans sa composition.
Je terminerai par la description d'une tumeur, sur le caractère de laquelle le professeur Blandin, qui l'avait extirpée (octobre 1848), désira connaître mon avis, et que j*ai considérée comme une tumeur fibreuse qui avait subi une altération consécutive.
Sixième fait. — Tumeur fibreuse sous-cutanée implantée sur [aponévrose du fascia lata. Cette tumeur était implantée par une large base sur l'aponévrose du fascia lata qui a été extirpé avec elle. Elle avait le volume de la tête d'un fœtus de six mois ; sa surface était sillonnée et divisée en lobules d'inégal volume ; sa forme était ovoïde ; une membrane fibreuse qui l'enveloppait avec adhérence présentait, au fond des sillons, des épaississements qui semblaient par leur étreinte avoir déterminé la disposition lobuleuse, d'ailleurs superficielle de la tumeur.
La consistance de cette tumeur était dure dans la plus grande partie de son étendue , molle dans un certain nombre de ses lobules.
(i) Il a été présenté à la Société anatomique, en juillet )854, une tumeur scrotale du volume de la tête d'un enfant nouveau-né, qui était tout à fait indépendante du testicule , lequel était contenu dans sa tunique va(*inale intiicte. Cette tumetir, qui était dans \\n état de putréfaction commençante, m'a paru n'être autre chose qu'une tumeur fibreuse infiltrée et décomposée en petites masses , bien évidemment de nature fibreuse, séparées par de la sérosité.
La couleur de la tumeur était généralement d'un jaune clair de diverses nuances, moins jaune que la graisse. Je crus d'abord que c'était une tumeur graisseuse ; mais il me fut facile de voir qu'elle ne contenait pas un atome de graisse; il y avait, au voisinage du centre de la tumeur, une masse fibreuse très considérable , très dense , sur laquelle l'instrument résonnait comme sur un cartilage. De ce noyau fibreux ou fibro-cartilagineux partaient des prolongements qui disparaissaient bientôt. Tout le reste de la tumeur était infiltré d'nn liquide séreux assez abondant, ce qui lui donnait une grande mollesse et une disposition aréolaire à mailles peu prononcées. A la surface de la tumeur seulement, on voyait des vacuoles ou kystes contenant de la sérosité. En étudiant ce tissu infiltré, j'ai vu qu'il était constitué par du tissu fibreux dont les éléments avaient été dissociés.
Méfions-nous de la coloration jaune des tissus morbides ; cette coloration, qui tient le plus ordinairement à des modifications éprouvées par la matière colorante du sang, en impose souvent pour de la graisse. Un examen superficiel aurait pu faire croire ici à un lipome altéré , et l'on aurait décrit cette tumeur sous le nom de lipome à noyau fibreux (1). L'implantation de la tumeur sur l'aponévrose fascia lata vient encore à l'appui de sa nature fibreuse; elle est d'origine fibreuse.