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CINQUIÈME SOUS-CLASSE

Des métamorphoses et des productions cartilagineuses. (Gbondromes).

De même que les métamorphoses et productions fibreuses , les métamorphoses et productions cartilagi-

(i) La transformation du lipome en tissu fibreux ne me paraît pas impossible, au moins partiellement.

neuses sont une lésion générale qu'on rencontre dans tous les tissus, dans les parties molles comme dans les parties dures (1). Or, tantôt ces produits cartilagineux sont purs de tout mélange avec tout autre tissu morbide, tantôt ils sont associés au tissu osseux pour constituer les tumeurs ostéo-cartilagineuses.

L'affinité qui existe entre le tissu cartilagineux et le tissu osseux explique pourquoi les productions cartilagineuses présentent leur maximum de développement dans le tissu osseux, pourquoi un si grand nombre de ces tumeurs ont pour charpente du tissu osseux; c'est donc parles chondromes des os que je vais commencer l'histoire des productions cartilagineuses , que j'étudierai ensuite dans les membranes séreuses et synoviales, dans le tissu cellulaire, dans les muscles, dans les viscères, dans les glandes et dans les productions enkystées.

Disons d'abord que les productions cartilagineuses sont incapables de dégénération cancéreuse , bien qu'elles s'associent quelquefois au tissu cancéreux.

PREMIER GENRE

Des productions cartilagineuses des os (chondromes des os) (2).

Les productions cartilagineuses des os se divisent en deux catégories : V tantôt elles naissent du périoste et se présentent sous la forme de végétations ; je les ai désignées sous le nom de chonclrophytes lorsqu'elles sont pures de tout mélange, et sous celui d'osléo-chotidrophytes, lors-

(i) Les carlllages de nouvelle formation pre'sentent tous les caractères niicroscopifjups du cartilago normal , à savoir, une substance honiol'ène, solide, creusée de cavités contenant nn li([uide clair, des corpuscules ou des cellules.

(3) Lire à ce sujet l'excellent travail de Miiller sur rcnchondrome.

qu'elles sont associées au tissu osseux (1) (on pourrait encore les appeler périchondivmes) -, tantôt les productions cartilagineuses se développent dans l'épaisseur des os , probablement aux dépens de la membrane médullaire, ce sont les encJiondromes proprement dits.

Cette division n'est autre que celle de Mùller, qui désigne les enchondromes (c'est le nom qu'il donne à toutes les tumeurs cartilagineuses) en deux catégories : 1° en enchondromes des os avec coque osseuse (ce sont les enchondromes proprement dits) ; 2° en enchondromes sans coque osseuse (ce sont les chondrophytes ou périchondromes) ; elle correspond à la division des exostoses d'Astley Cooper en périostiques et en médullaires.

Que si l'on me demande si les productions cartilagineuses sont ou non formées aux dépens du tissu osseux qui se métamorphoserait en cartilage, je répondrai que telle n'est pas ma manière de voir, que la loi qui préside aux métamorphoses organiques, c'est que ces métamorphoses soient toujours ascendantes et jamais descendantes; de telle sorte que je regarde les productions cartilagineuses comme formées non aux dépens du tissu osseux qui aurait rétrogradé vers l'état cartilagineux, mais bien comme forme'es, savoir : les périchondromes ou chondrophytes aux dépens du périoste, et les enchondromes aux dépens de la membrane médullaire.

1^^ ESPÈCE. Des chondrophytes ou périchondromes des os.

On en trouvera deux beaux types [Anat pathoL, planches kei 5, liv. XXXIV), sous le titre à'ostéo-chondrophytes. L'une de ces tumeurs est constituée par une énorme

masse irrégulièrement ovoïde, bosselée, qui entoure de toutes parts les quatre cinquièmes supérieurs de l'hu-

(i) Voy. Jnalomie patlioloqicjue, avec planches ( XXXÏV* livraison , planches ^ et ^).

mérus qu'elle débordait en haut , si bien que l'habile professeur Roux, qui m'adressa cette pièce, avait cru que Tangle antérieur de l'omoplate , Tapophyse acromion et l'extrémité externe de la clavicule avaient été envahis, et qu'il s'était décidé à en faire l'ablation. Nous verrons plus bas que jamais ce ^enre de tumeurs ne franchit la limite articulaire , et que , si deux os voisins sont simultanément et successivement affectés, ce qui n'est pas rare, constamment il existe deux centres bien distincts d'altération. Cette loi s'applique aux chondrophytes aussi bien qu'aux enchondromes. L'autre tumeur, qui me fut adressée par le docteur Flaubert père (1), naissait de la face antérieure du corps et de la branche du pubis f^auche, débordait considérablement en haut et en bas le corps de cet os, et s'étendait jusqu'à sa face postérieure.

Voici le résumé de la description de ces deux tumeurs qui étaient identiques quant à leur conformation extérieure et à leur conformation intérieure, au moins dans leurs caractères essentiels, identiques avec toutes les tumeurs du même genre que j'ai observées depuis.

Conformation extérieure. Disposition lobuleuse et mamelonnée fort remarquable. Les lobules sont séparés les uns des autres par des sillons profonds que remplissent des brides fibreuses. La tumeur est enveloj)pée d'un kyste fibreux, espèce de gan^^ue très dense, d'inégale épaisseur, qui s'enfonce dans les sillons qui séparent les lobules et adhère intimement à la tumeur qu'elle isole parfaitement des parties environnantes. Ce kyste enlevé, la ligne de démarcation des lobules apparaît d'une manière bien plus évidente; en outre il se révèle la disposition mamelonnée ou tuberculeuse de la surface de chatpie lobule; l'indépendance des mamelons , dont le volume varie

(i) Chirur^jien très distingué de Rouen, dont le fils marche sur ses traces.

entre celui d\m grain de groseille et celui d'un grain de raisin, mamelons qui sont groupés par petites masses correspondant à chaque lobule, mais parfaitement distincts les uns des autres et simplement juxtaposés; enfin, on voit l'implantation de ces mamelons par un pédicule sur un noyau commun ; et chaque masse lobuleuse représente si exactement la disposition du chou-fleur, que cette comparaison est venue à l'esprit de tous ceux qui ont observé ce genre de tumeurs.

Du reste, toute la surface de la tumeur présentait l'aspect cartdagineux.

Conformation intérieure. Les coupes faites à la tumeur présentaient les particularités suivantes : la plupart des lobules et mamelons ne sont cartilagineux qu'à la surface; pour quelques mamelons, la couche cartilagineuse est extrêmement mince, et la partie centrale complètement osseuse. D'autres mamelons sont cartilagineux dans toute leur épaisseur et même dans leur pédicule; mais le centre des lobules dont ils font partie est osseux ; enfin, il est des lobules qui sont entièrement cartilagineux. Parmi ces derniers (et ce sont les plus volumineux), il en est qui, moins résistants à la pression que les autres, sont creusés de cellules irrégulières ou de géodes à parois rugueuses, sans membrane de revêtement, en un mot, de cavités akystiques, et néanmoins ils sont remplis d'un liquide visqueux assez analogue à la synovie.

La coupe de ces tumeurs démontre que si, à leurs limites, elles ne sont que juxtaposées, contiguës à l'os dont elles émanent, elles sont véritablement implantées sur l'os dans la plus grande partie de leur étendue, et que cette implantation semble consister dans un épanouissement à larges mailles des couches superficielles de Tos, lesquelles s'enfonçaientetse perdaient dans l'épaisseur delà tumeur, pour constituer sa partie centrale.

Indépendamment du tissu osseux , il existait dans l'é-

7 8^ ANATOMIE PATHOLOGIQUE Ghî^ÉRALE.

paisseur de ces tumeurs une matière calcaire, laquelle ne présentait aucun caracière tFor^^anisation, matière calcaire disposée tantôt en grosses masses amorphes, tantôt en petits corps globuleux et granuleux , qui étaient enveloppés par des couches inégalement épaisses de cartilage ; ces concrétions plus ou moins dures semblaient supplémentaires du tissu osseux proprement dit, auquel elles faisaient suite et dont il était, d'ailleurs, extrêmement lacile de les distinguer.

La proportion entre la partie osseuse et la partie calcaire de la tumeur m'a paru très variable dans les diverses régions de ces tumeurs. Il est des régions dans lesquelles la matière phosphatique prédomine ; d'autres régions dans lesquelles c'est la portiou osseuse. Au reste, cette matière pliosphaticpie ne paraît pas exister constamment dans l'ostéo-chondrophyte.

Les coupes faites à ces tumeurs démontrent aussi que, dans un grand nombre de cas, la portion cartilagineuse n'est nulleuient limitée à la circonférence de la tumeur, et qu'il existe en même temps des masses centrales de cartilage , plus ou moins considérables, interposées aux masses de substance osseuse ou calcaire.

Soumises à la dessiccation, ces énormes tumeurs se réduisent à un volume beaucoup moindre, réduction qui est en rapport avec la proportion du cartilage superficiel. J'ai vu cette rérluctiou d'un bon tiers ; la différence est bien i)lus considérable encore quant à la déperdition du poids, ce qui s'explique facilement par la dessiccation de la portion centrale du cartilage. Ainsi la tumeur humérale représentée planche h, livr. XXXIV, avait perdu les deux tiers de son poids, preuve bien évidente que le tissu susceptible de dessiccation, à savoir le cartilage, entrait pour les deux tiers dans la composition de la tumeur. Je ferai remarquer ({ue par la dessiccation , ce tissu caitilagineux de nouvelle formation se réduisit ù de simples pellicules,

TREIZII'ME CLASSK. DES MÉ lAMORPIIOSES. 78 J

(ît qu'il ne conserve aucune trace de sa forme premièie, j)rouve évidemment que ce cartilage est pénétré d'une bien plus grande quantité de liquide que les cai-iilages normaux.

La coupe de ces tumeurs desséchées permet de voir les vides que la dessiccation a laissés au milieu de la portion dure de la tumeur. Elle permet aussi de distinguer dans celte portion dure la partie constituée par du tissu osseux de celle ([ui est formée par du phosphate calcaire. La portion calcaiie, qui est parfiiitemeut blanche, qui éclate souvent sous la scie en raison de sa duieté, qui s'écrase quand elle est molle , n'est bien évidemment qu'un agrégat plus ou moins compacte de petits grains de phosphate calcaire, déposés au milieu d'une gangue cartilagineuse; en un mot, les molécules constituantes de ces masses calcaires sont réunies par l'agrégation, et nullement par l'organisation.

Les vides (|ue laisse dans l'épaisseur de ces tumeurs la soustraction du tissu cartilagineux sont encore bien plus prononcés dans les pièces soumises à la macération jusqu'à destruction complète du tissu cartilagineux. On trouve, au musée Dupuytren , un ostéo-chondrophyle considérable du tiers supérieur du tibia qui a été traité de cette manière. Sa légèreté tient sans doute essentiellement aux nombreuses et irrégulières vacuoles laissées dans son épaisseur par II disparition du cartilage, mais elle tient aussi, en grande partie, à ce que la presque totalité de la portion dure est constituée par une matière calcaire amorphe et peu cohérente.

Voici les réflexions dont je fais suivre la description des deux ostéo-chondrophytes représentés, liv. XXXI V, pi. U et 5 (p. 2 du texte) :

« A quelle catégorie de lésions appartiennent ces tu- » meurs? Doit-on les considérer comme des dégénératious a des os, des ostéo-sarcômes ou cancers du tissu osseux, iii. 50

786 ANATOMiE Pathologique générale.

M 11 me semble résulter, de Texamen approfondi de ces

w tumeurs, qu'elles constituent puremeni et simplement

M des productious cartilagineuses et osseuses, susceptibles

» d'un accroissement indéfini, mais incapables de dégéné-

V ration. Ce sont des végétations, des excroissances, des

V parasites, nés du périoste et du tissu osseux lui-même, » appartenant à la classe si complexe des exostoses, et » auxquels peut très bien s'appliquer la dénomination » d'osteophyte, donnée par Lobstein à toute végétation qui »' naît soit à la surface des os, soit autour des articulations; w or, comme le tissu cartilagineux entre au moins pour » moitié dans la composition de ces tumeurs, et comme il M est impossible, sous le point de vue pratique, non y moins que sous le [)oint de vue théorique, de ne pas » faire mention de la présence du tissu cartilagineux, je » les désignerai sous le nom d'ostéo-c/iondrop.hyies. La » couleur blanc-grisâtre de la surface de la tumeur, cou- » leur due à la couche cartilagineuse qui la revêt, la w mollesse élastique de celles des parties de cette tumeur, M dans lesquelles dominait le cartilage, a dû en imposer » à beaucoup d'observateurs et leur faire croire à un » ostéo-sarcôme, alors qu'il n'existait qu'une production » cartilagineuse et osseuse. N'est-ce pas dans la catégorie » des ostéo-chondropliytes plutôt que dans celle des M maladies cancéreuses que nous devons ranger une tu- » iiieur de la cuisse, décrite avec beaucoup de soin j)ar » Boyer? » [Traité des mal. chirurg.^ liv. III, p. 600) (1).

L(îs phalanges des doigts, que nous verrons dans un instant être très sujettes aux enchondromes médullaires, pré-

(i) Aprèsavoir rapporté la description de Boyer, j'ajoutais qu'en lisant attentivement et en interprétant convcnal^lement certains points vagues de la description de cette tumeur, que Boyer n'hésitait pas à considérer comme iippartenant à une maladie cancéreuse ^ on trouve une analogie évidente entre I(;s dé'ads denniptifs de cette tumeur et les osleo-chondropliytes fjue j';ii dcrits.

sentent quelquefois des ostéo-chondropbytes: tel estle cas suivant, qui a pour sujet un ostéo-chondrophyte de la première phalange du deuxième orteil (jauche (1).

Ostéo-chondrophyte de la première phalange du deuxième orteil. La tumeur sphéroïdale, bosselée , était du volume d'une petite pomme : elle naissait de la face supérieure et des bords de la première pbalange , qu'elle débordait beaucoup en anièie et de ( baque côté, si bien qu'elle couvrait 1° en dedans la première pbalangedu gros orteil, qu'elle débordait encore, 2** en dehors la première phalange du deuxième orteil > et en arrière, la tête des os métacarpiens correspondants.

La coupe de cette phalange présentait trois choses bien distinctes : 1° une portion cartilagineuse ; 2° une portion osseuse ; 3** une portion calcaire.

La portion cartilagineuse, qui était la plus superficielle, formait une couche mamelonnée , mais à surface lisse , d'inégale épaisseur, ici mince, là plus épaisse, et envoyait, dans l'épaisseur de la tumeur, des prolongements considérables.

La portion crétacée, subjacente à la portion cartilagineuse, était reconnaissable à sa grande blancheur et à sa grande compacité. Elle formait des masses amorphes plus ou moins irrégulières, qui avaient l'aspect éburné, nullement poreux ou spongieux.

Au-dessous de la portion crétacée qui constituait le noyau de chaque mamelon ou bosselure, se voyait du tissu osseux, qui formaitla plus grande partie de la tumeur et qui présentait à son centre des vestiges de canal médullaire dans des géodes irréguhères remplies de suc médullaire ou de matière grasse.

Il n'y avait point de ligne de démarcation appréciable

(i) Je dois la communication de cette pièce anatomicjue à l'ohli^jeance de M. le professtv Denonvilliers fjui \enail de l'cxiirper»

788 ANATOMU-: PATHOLOGIQUK GÉNÉKALE.

entre la portion hypertrophiée de la phalange et Tostéochondrophyte.

F^ariétés. Tous les ostéo-chondrophytes ne présentent paslamaiièrecrétacéeque je viens d'indiquer; il en est un Jjon nombre qui ne sont constitués que par deux éléments ou tissus, à savoir: le tissu osseux et le tissu cariilanineux; les proportions diverses de ces deux tissus établissent les principales différences de ces productions organiques.

Ostéo-chondropJiyte des métacarpiens. J'ai eu occasion d'étudier un ostéo-chondrophyte monstrueux du volume de la tète d'un fœtus à terme, du poids de trois livres deux onces, qui occupait la main tout entière. C'était chez une jeune fdle de la campagne , âgée de vingt-cin({ ans. La main n'était reconnaissable que par les dernières pliahmges des doigts , prodigieusement écartées les unes des autres et saines, qui émergeaient de la circonférence de la tumeur comme autant de petits appendices. Ces phalanges étaient sans mouvement. Cette tumeur avait débuté six ans auparavant par une tumeur du volume d'une noisette , située à la paume de la main : lami^utation de l'avant-bras pouvait seule débarrasser la malade de ce poids incommode. Elle fut habilement pratiquée par M. Velpeau.

Avant l'opération, j'avais reconnu qu'on avait affaire à un ostéo-chondrophyte et non à un ostéo-sarcome. La dissection démontra que la tumeur, bosselée et mamelonnée, était profondément sillonnée à sa face dorsale par les tendons extenseurs. L'une de ces rigoles était si profonde que les tendons extenseurs correspondants étaient complètement enveloppés par la tumeur. I^es tendons des fléchisseurs et les nerfs de la paume de la main étaient également enveloppés dans toute leur circonférence par la tumeur.

La surface de la tumeur était mamelonnée, à mamelons irréguliers pour le volume, d'un aspect cartilagineux.

THEIZIÈME f:LASSK. DtS MKTAVlOr.PHOSES. 7 80

Les mamelons étaient entièrement constitués par du cartilage, à Texception de quelques-uns qui présentaient à leur centre un noyau osseux : des masses cartilagineuses étaient en outre disséminées dans l'épaisseur de la tumeur et comme infiltrées au milieu du tissu osseux , qui constituait la base de cette tumeur.

La section de cette tumeur montra qu'elle était formée aux dépens de trois métacarpiens : celui de Tindex, celui du médius et celui de l'annulaire. Le premier et le cinquième métacarpien , de même que les phalanges de ces doigts, étaient recouverts par la tumeur, mais sans adhérence et d'ailleurs parfaitement sains.

Les chondromes périostiques des os ont-ils nécessairement pour charpente des osiéophytes ? Non certainement ; mais la charpente osseuse est la règle, et son absence Texcepiion. Il est plus que probable d'ailleurs que , dans le principe , les ostéo - chondrophytes sont purement cartilagineux.

Un des points les plus importants de Thistoire des chondromes périostiques des os est relatif à leur pédicule^ qui peut être plus ou moins considérable. Or, s'il est des périchondromes qui naissent par une très large base, aussi étendue que la portion d'os (ju'ils recouvrent, il en est qui naissent par un pédicule grêle et qui se renversent sur l'os dont ils proviennent , ou sur les os voisins à la manière d'un champignon. Il j^eut donc se faire qu'une tumeur qui parait naître par une large surface , ait en réalité un pédicule peu considérable ; et c'est sans doute parce qu'ils étaient pédicules que plusieurs ostéo-chondrophytes ont été décrits comme des tumeurs primitivement nées ou développées dans le tissu cellulaire avoisinant un os, les(pielles ne seraient devenues adliérentes à cet os que consécutivement, ce que je nie absolument. Ce point de vue de l'étude des ostéo-chondrophyies, à savoir : (ju'il ne faut pas toujours mesurer le volume du

pédicule d'un chondropliyte par la portion d'os qu'il recouvre, me paraît des plus importants , sous le rapport thérapeutique ; car, si après avoir mis la lumeur à nu, on reconnaissait qu'elle était pédiculée, on pourrait peut-être, au lieu de pratiquer l'amputation du membre , faire purement et simplement l'ablation de la tumeur : or, dans quelques cas , le pédicule d'une tumeur osiéo-cartilagineuse est purement cartilagineux : dans d'autres cas , le tissu osseux ne forme qu'une partie de ce pédicule, de telle fiiçon qu'on peut , par une traction forte , arracher la tumeur en totalité ou en partie.

Qu'on me permette de dire ici toute ma pensée , que je soumets entièrement à ceux de mes confrères qui s'occupent avec tant de succès de la |)ratique de la chirurgie , parce qu'ils ont pris pour règle invariable de marcher toujours à la lumière du flambeau de l'anatomie pathologique ; et certes, ce ne sera pas moi qui leur donnerai des conseils de témérité. Eh bien , les ostéo-chondrophytes étant certainement des tumeurs inoffensives , incapables de repullulation, pourquoi donc, au lieu d'une amputation du membre, n'attaquerait-on pas directement le mal par la scie à chaînette, par la gouge et le maillet? Cette idée m'est venue en étudiant un ostéo-chondrophyte du tibia pour lequel l'amputation de la cuisse avait été pratiquée.

La tumeur très volumineuse qui entourait le tiers supérieur du tibia, débordait en haut l'aiticulation fémorotibiale dans l'étendue de plusieurs centimètres : on pratiqua l'amputation de la cuisse, parce qu'on craignait que le fémur ne fût compromis. Mais aujourd'hui que les ostéo-chondrophytes sont mieux connus, et qu'on n'est puis exposé à confondre ce genre de tumeur avec les ostéosîu'comes , on n'aujait plus la même ajipichension ; car on sait que les choud'r()j)hytes et ostéo-chondrophytes ne se propagent jamais d'ini os à |'os voisin ; que le

cartilage articulaire reste toujours intact comme une barrière infranchissable.

La tumeur dont je parle était divisée en lobules ou [jrosses masses séparées les unes des autres par des sillons superficiels, et les lobules eux-mêmes étaient divisés en mamelons à la manière du chou-fleur.

La coupe de la tumeur m'a montré qu'elle naissait par des milliers d'ai(]uiiles osseuses et cartilagineuses de la surface de l'extrémité supérieure du tibia et du tiers supérieur environ de son corps, que la portion cartilagineuse l'emportait de beaucoup sur la portion osseuse, en sorte qu'en écartant avec violence la tunneur de l'os , je parvins à l'enlever en grande partie par arrachement. La surface du tibia mise à nu présentait des inégalités , de petites excavations ou petits godets, qui annonçaient que cet os avait subi une perte de substance dans ses couches superficielles en même temps qu'il avait été le siège d'un grand nombre de végétations.

La portion cartilagineuse l'emportait d'ailleurs sur la portion osseuse dans toute l'étendue de la tumeur. L'extrémité supérieure du tibia avait subi une hypertrophie, non dans son volume, mais dans sa texture, qui était extrêmement compacte.

OstéO'chondrophytes naissant du corps du pubis. C'est aux ostéo-chondrophytes pédicules , nés par un pédicule très étroit, que je rapporte la tumeur extirpée sur une femme âgée de cinquante ans, par M. Denonvilliers, à la partie supérieure et antérieure de la cuisse, tumeur qui s'appuyait sur le corps du pubis (1).

Cette tumeur, grosse comme la tête d'un enfant à terme, était enveloppée d'un kyste fibreux adhérent , qui la circonscrivait parfaitement.

La coupe de la tumeur nous a présenté une structure

(i) Pièce présentée à la Société anatomique par M, Lebert.

7 92 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉISÉIIALE.

ostéo-carûlagineuse. Li poriion cartilagineuse, de même que la portion osseuse, ne formait pas une masse continue; le cartilage était disposé en petites masses ou fragments dont les intervall(^s étaient remplis par du tissu osseux. Dans Tépaisseur de la tumeur, il y avait une vaste poclie sanguine.

J'ai été consulté pour deux cas de tumeur sphéroïdale d'une dureté pierreuse , nées de la fosse iliacjue interne, au voisinage de l'épine iliaque antéiieure et supérieure, et offrant trait pour trait les mêmes caractères cliniques : Tune de ces tumeurs , qui a pour sujet un client que j'ai souvent occasion de voir, a le volume du poing ; elle soulève les muscles de la paroi antérieure de l'abdomen , à travers laquelle elle peut être facilement explorée. Sa surface est légèrement bosselée. J'ai dissuadé ce malade de se faire extirper cette tumeur, qui me paraît tenir à la fosse iliaque par un pédicule étroit, et qui d'ailleurs ne l'incommode en aucune manière. Il y a onze ans que j'ai été consulté pour la première fois et la tumeur n'a pas augmenté de volume. J'ai considéré ces tumeurs comme des ostéochondropbytes.

Doit-on admettre que ces tumeurs pelviennes se sont développées primitivement dans le tissu cellulaire au voisinage du corps du pubis, et que ce n'est (pie consécutivement qu'elles ont contraclé adhérence avec les os ?

Je ne saurais nullement admettre cette interprétation, qui a été applicpiée à un certain nombre de tumeurs ostéo-cartilagineuses pédiculées.

Existe-t-il des exemples de cliondropbytes périostiques parfaitement purs, je veux dire exempts de tout mélange de tissu osseux ? Oui certainement, mais le nombre de ces cas est bien plus limité (pie (elui des ostéo-cliondrophyles. Voici les |)rincipaux cas (|ue j'ai eu l'occasion d'étudier :

1° Péricliondrome pur du aacrum. Ce cas a été présenté

TiltfZIÈME CLASSE. DES MÉTAMOllPHOSES. 1 9'6

à la Société anatomiqnc , sous le nom d'enchondrome , par M. Deville, en novembre 18A9. C'était chez un jeune homme. Une tumeur purement cartilagineuse était appliquée contre la face antérieure du sacrum dont elle remplissait la concavité au niveau des deux dernières vertèbres sacrées. Celte tumeur, formée aux dépens du périoste , avait atrophié, usé la couche superficielle du corps de ces vertèbres : elle était molle, comme gélatineuse et fragile dans une certaine étendue.

'2^ Péi'ichondromc pur des côtes. Celte pièce intéressante a été présentée à la Société anatomique en mars 1852 : elle consistait dans plusieurs tumeurs chondroïdes, dont chacune enveloppait comme une gaine vohimineuse , ovoïde, chacune des cinq dernières côtes. Ces tumeurs étaient très irrégulièrement bosselées sur toute leur surface. La coupe de la tumeur a montré 1*» que ces tumeurs, qui étaient très dures , présentaient tous les caractères du tissu cartilagineux le plus pur ; 2° qu'il n'y avait pas dans leur épaisseur vestige de tissu osseux : la portion de côte correspondante avait été complètement remplacée par du tissu cartilagineux. Dans une petite partie de leur étendue, ces tumeurs présentaient des cavités anfractueuses sans parois ou géodes , comme creusées dans l'épaisseur du cartilage , et remplies par un liquide synoviforme, ici transparent, là semblable à du blanc d'œuf épaissi. Les cartilages avaient donc subi dans quelques points un commencement d'altération consécutive.

Troisième foit. — Périchondrome pur de la dernière phalange du pouce. Au moment oîi je corrige l'épreuve de cet article, M. Adolphe Richard (1) a fait présenter à la Société anatomique une tumeur cariilagineuse très remarquable,

(i) Jeune chirurgien des plus grandes espérances, tils de notre excellent et à jamais regrettable collègue, Achille Richard , professeur de botâni(jue à la Faculté.

formée aux dépens de la dernière phalange du pouce , qu'il venait d'extirper à Thôpital Saint-Louis, sur un jeune homme âgé de vingt ans, lequel faisait remonter sa maladie à 1 âge de quinze ans. C'est une masse cartilagineuse, ellipsoïde, du volume d'une prune de reine-Claude, intimement adhérente à la peau qui revêt l'extrémité unguéale delà phalange (1). Cette tumeur est légèrement bosselée ou plutôt inégale à sa surface. Sa face supérieure , qui répondait à la première phalange du pouce, était un peu excavée, complètement dépourvue de cartilage articulaire.

Ce cartilage était très dense , comme grenu , de couleur légèrement rosée : la section de ce cartilage a montré à son centre la phalange singulièrement atrophiée et constituant comme le noyau de la tumeur.

Il a été bien évident pour tous que l'on avait affaire à une production cartilagineuse périostique ( périchondrome). La phalange atrophiée n'envoyait aucun prolongement dans l'épaisseur de la tumeur que constituait le cartilage le plus pur (2).

Quatrième fait. — Périchondrome de l'omoplate. M. Richet (3) a présenté à la Société de chirurgie et déposé au

(i) Celte adhérence était telle, qn'en voulant séparer la peau de la tumeur, celle-ci s'est déchirée et qu'un fragment assez considérable de la tumeur est resté adhérent à la peau ; si bien que quelques personnes ont pu croire (jue l'altération cartilagineuse s'était propagée à la peau ; mais un examen approfondi m'a montré qu'il y avait seulement adhérence intime avec atrophie de la peau par distension.

(2) Comme complément d'opération, M. Richard a cru devoir pratiquer la section de l'extrémiié phalangienne du premier métacarpien, laquelle était parfaitement saine. On sait , en effet, que jamais les productions cartihigineuses ne franchissent l'articulation contiguë. On s'est demandé ce qu'était devenue l'épiphyse de la phalange unguéale, épiphyse qui se soude en général de dix-huit à vingt ans (Voy. AnaU descrîpt.^ t. I, p. 179); mais elle devait être soudée , bien que le malade fît remonter le principe de la maladie à l'âge de quinze ans.

(3) Voy. Gazette des hôpitaux du 19 juin i855.

musée Dupuytren un périchondrome du volume de la tête d'un adulte, implanté sur Tomoplate droite dont il remplissait la fosse sous-épineuse tout entière.

L'opération a consisté dans Tablation de la tumeur et de toute la portion de l'omoplate qui lui donnait naissance, c'est-à-dire de toute la portion de l'os située au-dessous de l'épine scapulaire.

La tumeur naissait de toute l'étendue de la face postérieure de la Cosse sous-épineuse. Sa coupe présentait au centre de la tumeur, un vaste foyer purulent rempli par une matière pultacée; ce foyer purulent et gangreneux communiquait à l'extérieur par un conduit fistuleux. Les parois de ce foyer étaient constituées par une couche épaisse de tissu cartilagineux qui avait par places de 2> k ti centimètres d'épaisseur ; à ces parois étaient attachés les débris de la matière j)ultacée dont je parlais tout à l'heure, preuve bien évidente que cette matière pultacée, inégalement cohérente, était formée aux dépens des couches profondes du cartilage. Comme complément de preuve, je dois ajouter qu'on voyait tous les degrés de transition depuis la portion cartilagineuse de la tumeur jusqu'à cette matière pultacée.

Le fond du foyer appuyait sur l'omoplate de la surface duquel se détachait une grande quantité de cette matière pultacée, et auquel adliéraient les débris de cartilage qui avaient été respectés par l'altération consécutive.

La surface de l'omoplate était érodée ; mais aucuue aiguille osseuse ne s'en détachait; et les espèces de géodes que présentait la surface de l'os étaient remplies de substance cartilagineuse.

J'ai été curieux d'examiner la face costale duscapulura. Cette face était recouverte par une couche mince de cartilage qui adhérait intimement à l'os, lequel était rugueux, comme excavé, sans présenter aucune trace de carie; et ses excavations étaient remplies de cartilage.

796 ANATOMIL l'ATHOLOGIQUL GÉNKKALIÎ.

L'omoplate avait subi une hypertrophie ibrt remarquable dans sa densité et dans son épaisseur.

Ainsi dans ce cas , bien h)in que Tos qui supportait hi production cartilagineuse présentât des productions osseuses qui servissent en quelque sorte de l)3se à la tumeur, c'était le cartila^je qui semblait tendre à pénétrer l'os dont il avait déprimé la surface.

Quant à la structure de ce cartilage (je parle de la portion intacte de ce cartilage) , elle présentait une forme qu'on peut appeler aréolaire , c'est-à-dire que sa suriace externe comme sa coupe représentaient assez bien i'asj)ect d'un kyste aréolaire de l'ovaire à mailles très serrées ; ainsi des portions parfaitement transparentes et un peu molles du cartilage étaient séparées les unes des autres j)ar des cloisons épaisses blanches et opatpies , entrecroisées sur toutes sortes de directions : la partie transparente était molle, mais sans diffluence et ne s'écoulait pas des cellules ouvertes. Cette variété de cartilage morbide peut s'appeler aréolaire (1).

Ce fait établit un mode d'aUération très rare dans les tumeurs cartilagineuses, une espèce de mortification avec purulence et fistule.

La portion de cartilage qui avoisinait le foyer pultacé décrit présentait des conduits sans parois à travers lesquels on faisait suinter le pus. Aucun travail inflammatoire ou autre , aucune vascularisation ne pouvait d'ailleurs se reconnaître dans les parois du foyer.

Cela posé sur les chondrophytcs, ou périchondromes des os, je vais m'occuper de la deuxième espèce de productions cartilagineuses, à savoir : des enchondromes .

(i) I/examen inici oscopi((ue, tail par MM. Giralclès, Brocn el Vernenil , a (leinoiitré qui; la tumeur était exclusivcmcnl lorrnëe par tlo larije.s cellules et des noyaux cartilagineux. M. Riche t vient de ni'apprendre que, son malade étant mort, il avait trouve plusieurs tumeTjrs de même nature allacliees aux viscères abdominanx.

9.' ESPÈCE. Des enchoutli ornes proprement dits ( production cartilagineuse, médullaire, interstitielle des os).

C'est cette forme de production cartilagineuse des os qui a surtout occupé Mûller (1) et qu'il a si parfaitement décrite sous le nom à'enchondrome a coque osseuse. En effet, le cartilage accidentel développé dans l'épaisseur des os soulève en famincissant la couche osseuse sous laquelle il est situé et la convertit en une coque ovoïde ou sphéroïdale, à contours assez ré(]nliers, et qui acquiert quelquefois un volume extrêmement considérable.

C'est cette forme ovoïde assez ré(]ulière , à surface plus ou moins lisse , c'est cet enkystement parfait dans l'épaisseur de l'os qui établit le caractère différentiel entre l'enchondrome et le périchondrome ou chondrophyte, celuici étant presque toujours bosselé , irrégulier, sillonné , mamelonné.

Siège de fenchondronie. Tandis que le chondrophyte a été surtout observé autour des os longs les plus volumineux, fémur, tibia, humérus, ou aux os du bassin , l'en chondrome n'a été observé qu'aux phalanges des doigts et des orteils, aux métacarpiens et aux métatarsiens.

Une chose remarquable, c'est que l'enchondrome débute presque toujours dans le jeune âge, sans doute à cause de la vitalité plus grande des os à cette époque de la vie.

Anatomiquement considéré, fenchondrome se présente rarement sous l'aspect d'une masse cartilagineuse continue enveloppée d'une coque osseuse formée par l'os dilaté. Dans le plus grand nombre des cas, la portion cartilagineuse est divisée en un grand nombre de petites masses

(2) Millier fait observer avec beaucoup deve'rité que les enchondromes des os avec coque osseuse se rapportent aux cas que sir Astley Cooper, dans son Essai sur las exostoses ^ appelle excstoses carlllr niueuses niéduliaires^ par opposition aux exostoses périostaies.

irrégulières , interposées dans des proportions diverses au tissu osseux ; et ce tissu osseux m'a paru toujours spongieux, jamais compacte. Il y a donc le plus souvent à la fois enostose et enchondrome, de même que nous avons vu qu'il y avait à la fois ostéopbyte et cliondrophyte.

Lorsque Tenchondrome se dévelo])pe centralement , c'est-à-dire au centre de Tos, Tos tout entier concourt à la formation de la coque osseuse ; loisque, au contraire, Tenchondrome se développe latéralement ou sous la couche superficielle de l'os , rencliondrome se présente sous la forme d'une exostose latérale.

Je suis de temps en temps consulté par un jeune homme âgé de vingt ans , pour une tumeur hémisphéroïdale du volume d'une très grosse noix implantée par une très large base sur la face pahnaire , et sur le bord externe de la première phalange de l'index de la main gauche. Sa hauteur est de k centimètres, sa largeur et son épaisseur de 3 centimètres. Cette tumeur est extrêmement dure, sous-cutanée : la peau glisse librement sur sa surface, qui est égale et parfaitement lisse. Cette facilité de glissement de la peau pouvait induire en erreur sur la question de l'adhérence ou de la non-adhérence de la tumeur; après quelques hésitations, je constatai l'adhérence.

Le malade fait remonter sa tumeur à Page de huit ans , et à l'introduction sous la peau d'une écharde de bois qui fut extraite immédiatement avec !a pointe d'un canif. Quelques jours après, il s'aperçut d'une petite élevure qui est longtemps demeurée stationnaire et du volume d'un pois. Cette j)etite tumeur a grossi peu à peu, ce qu'il attribue à son état de graveur qui l'obligeait à tenir constamment un instrument de bois lequel exerçait une forte pression sui- la partie antérieure de la pbalange malade : la tumeur faisant sans cesse de nouveaux progrès, il avait

renoncé à sa profession de graveur, et depuis celte éporjue (deux ans) la tumeur était restée stationnaire.

Cejeune homme voulut avoir mon avis sur l'opportunité d'une opération qui lui avait été proposée. Comme cette tumeur ne l'incommodait en aucune manière, et que d'ailleurs elle restait stationnaire depuis trois ans qu'il m'avait consulté pour la première fois , je lui ai conseillé dene faire rien autre chose que de comprimer cette tumeur à l'aide d'un petit appareil. Si l'opération devenait nécessaire , je serais d'avis qu'au lieu d'amputer la première phalan^je, c'est-à-dire le doigt tout entier, on fît l'excision de la tumeur par un trait de scie. Je ne doute nullement que cette tumeur ne soit un enchondrome formé sous les couches les plus superficielles de la face palmaire et du bord externe de la première phalange. Le côté interne et la face dorsale de l'index présentent la disposition la plus régulière.

Lorsque l'enchondrome fait des progrès, et c'est le cas le plus ordinaire , si les parois de la coque osseuse offrent une égale résistance à son développement , la co([ue est parfaitement régulière; mais s il arrive que tel ou tel point de la coque présente une résistance moindre, alors la tumeur offre des bosselures plus ou moins nombreuses, plus ou moins irrégulières , plus ou moins résistantes sous le doigt. Il arrive même quelquefois que telle ou telle bosselure étranglée à sa base par la présence des tendons restés en place , se pédiculise et constitue une espèce d'appendice qui pourrait en imposer pour une tumeur indépendante. Cette disposition peut être la conséquence de la résistance moindre que présente une partie de la coque, indépendamment de toute cause de compression. îl n'est pas rare de voir les veines souscutanées laisser leur empreinte sur la surface de la coque.

Celte disposition bosselée , lobuleuse plus ou moins superficielle, s'observe surtout dans les cas où, au lieu de

800 ANATOMIE PATHOLOGIQUE Gl'lNKIî AI.F.

chondrine, il se sécrète clans Tëpaisseur du cartilage un li(juide transparent , visqueux , analo^jue au corps vitré. Dans ce cas, la coque osseuse, si résistante, se tianslorrne dans les points correspondants en une lame mince d'écaillé qui cède sous le doigt et se relève par son élasticité , et qui, en dt:finitive , peut s'user, se perforer, si bien que la production encliondromateuse peut s'échapper en partie à travers la perforation et faire des progrès au dehors.

Il y a bien longtemps que j'ai été consulté pour une jeune personne de seize ans dont la première phalange de l'index de la main droite était monstrueuse, du volume et de la forme d'un gros œuf de poule. I^es deux dernières phalanges étaient d ailleurs parfaitement saines, ainsi que le métacarpien corresj)ondant. Cette tumeur était bosselée sur toute sa surface, mais surtout au voisinage de son extrémité inférieure : là, plusieurs de ces bosselures étaient transparentes , tant la j^eau d'une part, tant les débris de la coque osseuse, d'une autre part, étaient amincis. Ces points transparents cédaient sous le doigt sans pouvoir se relever.

J'ignorais alors l'enchondrome , je n'en avais jamais vu : l'idée d'un cancer aréolaire et gélatiniforme de l'os se présenta à mon esprit, mais je ne m'y arrêtai pas un seul instant : la comparaison de cette tumeur bosselée et trans[)arente , évidemment vésiculaire ou aréolaire, aux kystes vésiculaires et aréolaires de l'ovaire, me païul bien plus légitime. Je conseillai la première fois des moyens insignifiants, un emplâtre de Vigo et la compression; mais , à une seconde visite, je ne pus résistera la pensée de vider par une petite incision la bosselure la plus molle, la plus transparente et la j)lus proéminente de la tumeur, celle qui avoisinait la deuxième phalange, petite tumeur qui paraissait d'ailleurs j)réte à s ouvrir. Cette peiite incision, à peine sentie par le malade , me permit de i\\ive sortir, à

Taide d'une pression latérale , nne matière visqueuse parfaitement transparente, ayant exactement l'aspect du corps vitré.

J'étais préoccupé des suites de cette petite opération ; mais quatre jours après, je fus rassuré par la présence de la malade , qui me raconta qu'elle avait elle-même fait sortir par la petite ouverture restée béante une assez grande quantité de liquide vitriforme; et en effet, les deux bosselures les ])lus saillantes s'étaient complètement vidées, et aucun travail morbide n'avait été la conséquence de ce qui avait été fait. Encourag^é par la jeune malade, je pratiquai la même opération sur une deuxième bosselure molle et transparente, et les choses se passèrent de la même manière. J'ouvris ainsi successivement cinq ou six bosselures, et lorsque toute la portion molle de la tumeur eut été réduite à sa plus simple expression, je pratiquai une compression permanente qui , au bout d'un certain temps, me parut réduire notablement le volume de ce qui restait de la tumeur. J'estime à une réduction de moitié au moins le résultat obtenu par ces évacuations successives et par la compression. Je regrette d'avoir perdu de vue cette jeune personne qui était pensionnaire à Paris, et que ses parents rappelèrent auprès d'eux à la fin de son éducation.

Le liquide hyalin n'est pas propre aux enchondromes, ou chondromes médullaires; on l'observe aussi , et quelquefois dans de très grandes proportions, dans les chondrophytes ou chondromes périostiques , mais jamais je ne l'ai rencontré d'une pureté aussi remarquable.

Ce liquide hyalin ou vitriforme est-il une altération consécutive du cartilage, ou bien est-il un produit de sécrétion distinct qui succède à la sécrétion de la chondrine ou qui se produit simultanément? Cette dernière manière de voir me paraît bien plus probable. Au reste , on voit pour ainsi dire dans ces tumeurs tous les degrés interméin. 51

802 ANATOMTE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

diaires au cartilage proprement dit et au liquide hyalin ou vitriforme. Ainsi, MùUer compare cette substance distincte du cartilage au cartilage hyaloïde des poissons cartilagineux ; quelquefois elle a la consistance d'une gelée très ferme, d'une masse friable qui peut être enlevée facilement de fintérieur des cellules dans lesquelles elle est contenue, et comme le cartilage hyaloïde des poissons cartilagineux^ elle conserve sa transparence dans falcool. La masse hyaloïde, examinée au microscope par Millier, lui a présenté tous les caractères du cartilage.

Un des grands caractères des enchondromes , comme aussi des chondrophytes, c'est d'être incapables de dégénération cancéreuse. Je ne connais pas d'exemple positif de chondrophytes multiples ; mais les enchondromes multiples ne sont pas rares : or, la multiplicité d'une lésion dans le même appareil d'organes n'est nullement une preuve de la nature cancéreuse de cette lésion ; elle constitue une diaihèse limitée à un tissu , à un appareil , tels les névromes ou corps fibreux multiples des nerfs.

La maladie cancéreuse ne se concentre jamais dans un seul tissu, elle les envahit tous sans exception , et elle les envahit de toutes manières, c'est-à-dire par continuité de tissu aussi bien cjue par une infection générale (|ui se manifeste par masses disséminées. Or, il est peut-être sans exemple que le chondrophyte aussi bien que l'enchondrome se soient généralisés ou développés dans d'autres organes que les os, et jamais ils ne se propagent par continuité de tissu aux tissus ambiants.

Des enchondromes multiples.

Je dois à l'obligeance de M. Lenoir une observation d'encliondrome multiple (pii peut servir de ty|)e, et quant à la (luestion de multiplicité de l'enchondrome, et (|uant

TREIZIEME CLASSE. DES METAMORPHOSES. vS03

aux questions de marche et de structure de ces productions.

Pujol, vingt-six ans, qui présentait des traces non équivoques de rachitisme (1), portait de nombreuses tumeurs aux deux mains, mais surtout à la main droite.

Main droite. A la main droite , le pouce seul avait été respecté dans ses phalanges et dans son métacarpien.

Première tumeur. La plus volumineuse des tumeurs avait apparu la première, à Tâge de trois ans, et occupait la première phalange du médius. Il paraît qu'elle resta stationnaire jusqua lage de huit ans; qu'à cette époque elle prit de Taccroissement jusqu a lage de quinze ans, et que depuis elle était restée stationnaire. C'est à cette même époque qu'ont commencé à se développer d'autres tumeurs , et à la main droite et à la main gauche.

Au moment où M. Lenoir fut consulté (ainsi qu'on peut le voir, et sur le moule en plâtre pris à cette époque et sur la tumeur conservée), la première phalange du médius monstrueuse formait une masse irrégulièrement sphéroïdale qui faisait une plus grande saillie à la face dorsale de la main qu'à la face palmaire, qui présentait quatre pouces et demi de diamètre , et qui recouvrait les phalanges des doigts voisins. En dedans, cette tumeur offrait un appendice du volume d'une noix, séparé de la tumeur principale par un sillon profond circulaire. La surface de la tumeur était parcourue par de grosses veines qui correspondaient toutes à des sillons plus ou moins prononcés, lesquels étaient bien évidemment déterminés par leur

(i) Ce fait et quelques autres faits analogues, cette circonstance que les enchondromes se produisent presque toujours dans lenlance et dans la première jeunesse, c'est-à-dire à l'époque du développement des os , ne semblent-Us pas indiquer que l'aberration de nutrition qui constitue l'enchondrome a quelque affinité avec le rachitisme et constituerait un rachitisme local; cette opinion est partagée par M. Lenoir, qui prépare depuis longtemps une monographie sur l'enchondrome.

HOk ANATOMÎE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

présence. Les deux dernières phalanges du médius apparaissaient comme un petit appendice à Textrémité inférieure de la tumeur.

Deuxième tumeur. Une tumeur de moitié moins volumineuse que la précédente, mais présentant exactement le même caractère, occupait la première phalange de Tindex.

3*", ^'^, 5^, 6* tumeurs. Deux petites tumeurs ovoïdes et fusiformes se voyaient sur la première phalange de Tannulaire, et enfin deux petites tumeurs de même forme existaient, l'une aux dépens de la première phalange de l'auriculaire , Tautre aux dépens du cinquième métacarpien. A ces tumeurs , je dois en ajouter une septième qui n\i pu être découverte qu'après l'opération. Elle occupait l'extrémité supérieure de la deuxième phalange du médius et se manifestait par un renflement peu considérable. La section de cette tumeur a montré cinq très petites masses cartilagineuses disséminées dans Tépaisseur du tissu spongieux de Tos évidemment hypertrophié. Ce sont bien là les premiers rudiments de 1 enchondrome.

Main gauche, ha main gauche présentait : 1° trois petites tumeurs sur la face dorsale des trois derniers métacarpiens ; 2'^ en outre la première phalange du médius , la deuxième de l'annulaire et la première de l'auriculaire , offraient une tuméfaction fusiforme dans toute leur longueur. Eu tout six tumeurs pour la main gauche et sept pour la main droite; mais ces tumeurs sont d'un petit volume et ne causent que de la difformité, sans gêne aucune dans les mouvements.

Pied droit. Deux tumeurs de même nature se voyaient sur le premier et le cincjuième métatarsiens. Une autre tumeur, mais d'une nature douteuse, se voyait à la réunion du tiers inférieur avec les deux tiers supérieurs du tibia du n)êmccôt('. En tout quinze lumeui s, dont quatorze

|)résentaient tous les caractères de l'encliondrorne , dont une était douteuse.

M. Lenoir, qui connaissait l'excellent mémoire de M. Mûiler sur renchondrome, reconnut de suite la nature de la maladie. Les tumeurs du médius et de l'index de la main droite, tumeurs très incommodes par leur poids non moins que par leur volume , étaient les seules qui s'opposassent à ce que ce malheureux put pourvoir à sa subsistance par son travail. M. Lenoir proposa au malade qui accepta, de lui enlever ces deux doig[ts en lui conservant le reste de la main. Il y avait lieu, en effet, d'espérer que les autres tumeurs resteraient stationnaires , attendu que depuis dix ans aucune d'elles n'avait au^jmenté de volume.

Cette amputation n'eut aucune suite fâcheuse. Les prévisions de M. Lenoir se sont parfaitement justifiées ; car depuis cette époque (18/i8) jusqu'à ce jour (1855), aucime tumeur n'a pris le moindre accroissement. C'est ce qui résulte d'un moule en plâtre que le malade reconnaissant a adressé depuis peu à son habile et sage opérateur.

Les deux tumeurs extirpées par M. Lenoir, ayant été soumises à l'ébuUition , sont devenues excessivement légères, de très lourdes qu'elles étaient avant l'ébuUition ; car c'était surtout par leur poids qu'elles incommodaient le malade.

La coupe de ces tumeurs présente une coque mince , constituée par une lame de tissu compact. Cette coque est remplie par un tissu osseux s})ongieux à mailles très déliées, présentant çà et là des vides ou vacuoles qui, avant l'ébuUition, étaient remplis par du tissu cartilagineux. Il m'a paru (jue dans ce cas il n'y avait nullement production osseuse. La coque et le tissu spongieux ne semblent pas dépasser en poids la |)halange correspondante. Dans ce cas , la substance cartilagineuse était tlisséminée par fragments dans l'épaisseur du tissu spongieux central de

l'os; et j'ai dit plus haut que cette disposition était bien plus fréquente (jue celle qui consiste en une masse cartilagineuse unique , contenue dans une coque osseuse uniloculaire sans vestige aucun de tissu spongieux central. Cette dernière disposition existait sur l'une des deux tumeurs que présentait la main d'une jeune femme morte d'une maladie étrangère à l'enchondrome ( cette main a été conservée par M. Lenoir). L'une des tumeurs occupait la face dorsale de la première phalange de l'index : c'est une tumeur ovoïde du volume d'un œuf de pigeon parfaitement régulière. La coupe de cette tumeur m'a montré une coque complètement vide, la dessiccation ayant réduit la substance cartilagineuse à un état membraneux. L'autre tumeur du même genre, que présente la première phalange du médius , contient au contraire une certaine quantité de tissu spongieux.

Il résulte d'un grand nombre de faits que les tumeurs enchondromateuses peuvent , sous le rapport du développement, se diviser en deux classes : les unes qui restent stationnaires après un certain degré de développement ; les autres qui sont susceptibles d'un accroissement indéfini. Dans le premier cas , s'il n'en résulte qu'une simple incommodité, une légère difformité, il est d'un praticien prudent de s'abstenir de toute opération.

Ces tumeurs sont-elles susceptibles de s'atrophier? Cela ne me paraît pas impossible, et c'est dans cette espérance que j'ai conseillé à plusieurs personnes qui en sont affectées d'exercer sur ces tumeurs une compression continue. On sait que le tissu osseux , malgré sa dureté , finit par devenir en quelque sorte ductile sous l'influence de pressions ou de tractions peu considérables , mais exercées d une manière permanente.

llelativcnicnt aux altérations consécutives qu'éprouvent les enchondromes , je nc' connais d'une manière positive que la transformation du cartilage en liquide vitriforme ,

je veux dire analogue à Thumeur vitrée, encore n'est-il pas positif que la présence de ce liquide soit le lésultat d'une véritable transformation. Je serais porté à le considérer comme un produit de sécrétion surajouté à la production cartilagineuse.

L'enchondrome est-il susceptible d'ossification? Seraitil dans quelques cas la première période de Texostose? Les faits me semblent répondre négativement à cet égard, d'où Ton doit conclure que les cartilages morbides diffèrent à quelques égards des cartilages normaux, lesquels sont tous, moins les cartilages articulaires , susceptibles de se pénétrer de |)hosphate calcaire.

Il n'existe dans la science aucun exemple de production cartilagineuse qui ait subi la dégénérescence cancéreuse.

L'enchondrome des os est une production cartilagineuse déposée au sein du tissu osseux et non une transformation cartilagineuse du tissu osseux lui-même (1).

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