SIXIÈME SOUS-CLASSE
Dc8 métaniorpliOëc.H et productions osseuse».
Les métamorphoses et productions osseuses sont , sans contredit, une des lésions les plus fréquentes de l'économie. Je ne connais qu'une exception à cette loi de transformation osseuse morbide des tissus, c'est dans le
système nerveux (je parle de la fibre nerveuse proprement dite).
Disons d'abord qu'il faut bien distinguer les métamorphoses et productions osseuses des concrétions ou incrus^ talions calcaires, qui ne sont autre chose que des dépôts pulvérulents de phosphate calcaire sans trame vivante propre, ou bien des agrégations plus ou moins résistantes, tandis que les métamorphoses et productions osseuses sont de véritables ossifications qui partagent l'organisation et la vie du tissu osseux normal. On pourrait désigner toutes les concrétions ou incrustations calcaires sous le nom d'osiéides.
Je dois également faire observer que si , dans une ossification régulière, normale ou morbide, le cartilage est un intermédiaire nécessaire à travers lequel doivent passer les tissus pour devenir des os; dans les concrétions ou pétrifications, le phosphate calcaire se dépose d'emblée dans tous les tissus sans trame cartilagineuse. D'après cette manière de voir, la présence ou l'absence d'une trame cartilagineuse serait le caractère différentiel entre l'os et la pétrification. Cela est certainement la règle pour l'ossification normale , mais je n'oserais affirmer qu'il en fût toujours ainsi dans l'ossification morbide; ossification qui m'a paru , dans beaucoup de cas , envahir le tissu fibreux sans intermédiaire cartilagineux.
Le dépôt de phosphate calcaire dans nos tissus, ou, qu'on me passe cette expression, la phosphatisatioti, est un phénomène beaucoup plus général et bien plus important dans l'économie qu'on ne le croit ordinairement ; on peut même dire qu'après la sécrétion du pus et la sécrétion de la matière dite tuberculeuse, la sécrétion du phosphate calcaire est un des produits morbides les plus fréquents ; l'affinité qui existe entre la matière tuberculeuse et le phosphate calcaire est telle, qu'un grand nombre de tubercules et de foyers tuberculeux ne guérissent que par
le remplacement de la matière tuberculeuse par le phosphate calcaire, dont Tapparition coïncide presque toujours avec la cicatrisation du foyer morbide. Il serait donc désirable de trouver un moyen thérapeutique qui favorisât cette substitution du phosphate calcaire à la matière tuberculeuse ; et j'ai quelques raisons d'espérer qu'en saturant l'économie d'éléments calcaires, en particulier du phosphate de chaux porphyrisé, préparé par la calcination des os, on pourrait arriver à ce résultat.
La théorie qui considère les transformations et productions osseuses , ou , pour parler d'une manière plus générale , le dépôt du phosphate calcaire dans nos tissus , comme le résultat d'une inflammation , est une théorie erronée. La sécrétion du phosphate calcaire peut être considérée comme consécutive à l'inflammation chronique, comme une de ses terminaisons les plus éloi^^nées ; mais elle ne saurait être admise comme un des produits directs de l'inflammation.
Enfin, il n'y a pas incompatibilité entre le phosphate calcaire et le suc cancéreux. Ainsi on trouve des lésions complexes présentant du tissu osseux parfaitement organisé à côté du tissu cancéreux. Chose bien remarquable , le tissu osseux accidentel de même que le tissu fibreux accidentel ne deviennent jamais cancéreux, tandis que le tissu osseux et le tissu fibreux naturels sont bien souvent envahis par le cancer.
L'affinité du phosphate calcaire pour le tissu cartilagineux et pour le tissu fibreux morbide est démontrée par une foule de faits ; de là les tmneurs osléo- fibreuses, chondro-osseuses^ osléo - chondro -fibreuses ^ les kystes 05/eofibreux.
Quant au mécanisme de l'ossification , on admet qu'elle se produit par un plasma qui s'infiltre dans les tissus, ou qui est déposé à leur surface; plasma qui tantôt devient cicatrice fibreuse et tantôt se pénètre de phosphate cal-
Caire. N'est-ce pas là le suc ossifiable de Haller, le produit pseudo-membraneux organisable des modernes? Le point important, c'est de déterminer dans quelles conditions la pseudo-membrane devient osseuse. Or la principale condition me paraît être la contiguïté de ce produit pseudomembraneux avec un os.
Cela posé, étudions successivement les métamorphoses et productions osseuses dans tous les tissus.
i" ESPÈCE. Ossification accidentelle du tissu cartilagineux.
L'affinité du tissu cartilagineux pour le phosphate calcaire est si grande qu'il ne faut pas s'étonner de la fré(juence de l'ossification des cartilages. Les os ne sont autre chose que des cartilages, plus du phosphate calcaire. Une seule espèce de cartilage est complètement réfractaire à la métamorphose osseuse, qu'elle ne subit dans aucun cas : ce sont les cartilages d'encroûtement des articulations diarthrodiales. Jamais ni dans l'état régulier, ni dans l'état pathologique , ces cartilages ne sont envahis par l'ossification.
On a pu croire ([ue les lames éburnées qui revêtent quelquefois les surfaces articulaires malades (parexemple, dans le cas d'usure des cartilages articulaires) ; on a pu croire, dis-je, que ces lames éburnées étaient formées aux dépens du caitilage et le résultat de sa transformation: point du tout, ces lames éburnées succèdent à l'usure, àla destruction des cartilages articulaires ; elles sont formées aux dépens du tissu osseux lui-même, et résultent des pressions et frottements auxquels sont soumises les extrémités osseuses dépouillées de leur cartilage ; aussi ces lames éburnées se raient-elles dans le sens des mouvements.
C'est sur cette usure toute mécanique des cartilages articulaires sans réaction qu'est en grande partie fonilée
la doctrine que j'ai soutenue (1), et que je soutiens encore sur la non-organisation de ces cartilages.
Dans Tankylose elle-même, il n'y a jamais pénétration des cartilages articulaires par le phosphate calcaire. L'ankylose par adhésion ou fusion des extrémités articulaires suppose Tabsorption ou destruction du cartilage d'encroûtement. Il y a donc une énorme différence entre les cartilages des articulations à surfaces contiguës et les cartilages des articulations à surfaces continues ou synarthroses. Ces derniers ne sont autre chose qu'un prolongement du cartilage d'ossification : aussi s'ossifient -ils nécessairement par les progrès de l'âge (2).
Les cartilages qui servent à former des organes ou des cavités s'ossifient très fréquemment, si bien que l'ossification de ces cartilages entre dans le domaine de l'anatomie normale; tels les cartilages costaux, cricoïde, thyroïde.
L'ossification des cartilages costaux se fait suivant un double mode : tantôt elle est périphérique, tantôt elle est centrale. L'ossification périphérique procède par plaques osseuses qui recouvrent une partie plus ou moins considérable de la circonférence et quelquefois toute la circonférence du cartilage. Dans d'autres cas elle procède par points centraux d'ossification à la manière de l'ossification normale. Le premier mode d'ossification est incomparablement plus fréquent que le second. Il n'est pas rare de les trouver tous deux réunis. C'est au moyen d'un cal osseux en forme de virole que se réunissent les fractures des cartilages.
L'ossification des cartilages thyroïde et cricoïde procède
(i) Archives générales de médecine^ 1821, i'"' série, t. IV. — Diction' naire de médecine et de chirurgie pratiques^ (maladies des) Articulations, Paris, 1829, t. IIF, p. 5i4.
(2) Je n'ai trouvé de sels calcaires dans les cartilages d'encroûtement que chez les goutteux. Les sels calcaires tantôt forment une couche très adhérente, de la blancheur de la craie, à la surface du cartilage, tantôt ils sont comme déposés dans leur épaisseur.
presque toujours du centre vers la circonférence. Celle ossification, qui est naturelle chez les vieillards, s'observe presque constamment dans l'inflammation chronique du larynx. Elle débute par un point osseux jaunâtre et par des vacuoles qui se remplissent bientôt de suc médullaire. Cette ossification s'étend peu à peu et finit par envahir toute l'épaisseur du cartilage. Quelquefois un noyau cartilagineux est environné de tous côtés par une couche osseuse.
Les cartilages aryténoïdes s'ossifient bien plus rarement que les cartilages thyroïde et cricoïde , si bien que Morgagni ne les a jamais vus ossifiés [quas nunqiiam osse- Jactas videre potuimiis). Je ne les ai jamais trouvés ossifiés dans Tétat physiologique, môme chez des individus très avancés en âge ; mais leur ossification est fréquente , même chez de jeunes sujets, dans le cas d'inflammation chronique du larynx (1) avec ou sans ulcération, avec ou sans dénudaiion de ces cartilages.
L'épiglotte elle-même s'ossifie , ainsi que j'en ai vu plusieurs exemples; mais comme son ossification est très incomplète, et que l'élément cartilagineux domine toujours, cette lame cartilagineuse conserve encore en grande partie son élasticité, c'est ce qui explique pourquoi l'ossification de l'épiglotte a })u échapper aux observateurs.
J'ai rencontré plusieurs fois en même temps que l'ossification incomplète de l'épiglotte , l'ossification également incomplète de la trachée et des bronches, chez des vieillards et même chez des adultes affectés de broncho-trachéites chroniques. Ainsi pénétrés d'une certaine quantité de phosphate calcaire, les cerceaux cartilagineux sont bien plus résistants, bien plus épais que dans l'état naturel, quoique toujours élastiques. Ils sont aussi plus ou moins
(i) J'en ai cité trois exemples {Essai sur fanatomie pat/tolo(jicjue ^
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déformés : le phosphate calcaire est (Failleurs très régulièrement déposé à la surface interne du cartilage sous la forme de pointes aiguës. J'ai vu une fois cette ossification incomplète des cerceaux cartilagineux par petites pointes aiguës, occuper toutes les ramifications bronchiques jusqu'aux petits noyaux cartilagineux qui se trouvent à fangle de bifurcation des dernières divisions.
2* ESPÈCE. Métamorphoses osseuses du (issu fibreux.
L'histoire des métamorphoses osseuses du tissu fibreux est importante. J'étudierai d'abord les métamorphoses du tissu fibreux fascicule, pour m'occuper ensuite du tissu fibreux membraneux.
i" sous-RSPÈGE. Tissu fibreux fascicule.
J'ai vu plusieurs fois les ligaments des articulations goutteuses pénétrés de concrétions calcaires ; mais ce ne sont pas là de véritables ossifications.
Toutes les fois qu'un tendon est soumis à des Frottements rudes, sur un des points de sa longueur, il s'y développe un os sésamoïde; voilà pourquoi il y a des sésamoïdes constants et des sésaraoïdes accidentels.
J'ai vu sur un paysan limousin un os sésamoïde oblong, aplati, bosselé, développé dans l'épaisseur du tendon de l'extenseur propre du gros orteil, au niveau de l'articulation tarso-métatarsienne. Cette ossification était probablement le résultat de la pression exercée par la bride du sabot, chaussure habituelle des gens de la campagne dans le Limousin.
On voit quel([uefois chez fhomme les tendons s ossifier dans une bonne partie de leur longueur, comme chez quelques volatiles. La plus intéressante observation de ce genre est due à Vislingius, qui trouva tous les tendons de la jambe et du pied d'un vieillard presque entièrement
osseux. J'ai vu les tendons des muscles de la jambe ossifiés dans un cas d'éléphantiasis.
Le type de rossification des tendoi^s, et de toutes les parties fibreuses et celluleuses qui entourent les articulations, se voit dans les articulations anciennes non réduites, comme aussi dans la maladie que j'ai décrite sous le nom d'usure des cartilages articulaires. Des jetées osseuses , des capsules osseuses incomplètes , des apophyses, des tubercules, des stalactites osseuses, voilà ce qu'on observe dans toutes les parties péri-articulaires qui sont le siège de pressions, de frottements, de tractions, et, en particulier, dans les ligaments articulaires et dans les tendons.
Rien de plus fréquent que Tossification des ligaments articulaires : tels les ligaments du bassin , les ligaments vertébro-costaux, le grand surtout ligamenteux antérieur de la colonne vertébrale, les ligaments de toutes les articulations dans Tankylose périphérique.
Je rapprocherai de Tossification des tendons des muscles de la vie de relation l'ossification des cordages tendineux du cœur, des valvules et des zones fibreuses des orifices de cet organe; en un mot, de tout l'appareil fibreux du cœur. Je ferai toutefois observer que l'ossification du tissu propre du cœur est tellement rare, que je ne crois pas l'avoir jamais observée : ce qu'on appelle ossification du cœur est une véritable incrustation ou pétrification.
2« SOUS-ESPÈCE. Ossification du tissu fibreux membraneux.
Je ne connais aucun exemple d'ossification des aponévroses de contention. Il n'en est pas de même des membranes fibro-séreuses qui protègent et lubrifient certains organes, tels que la dure-mère, le péricarde.
Ossification de la dure-mère. Je conserverai cette dénomination, qui a cours dans la science : je me hâte de dire
que ce n'est pas la lame fibreuse de la dure-mère qui est le siège primitif de cette ossification , mais bien la lame arachnoïdienne qui tapisse sa face interne ; que jamais, ou presque jamais, Tossification de la dure-mère ne procède du dehors au dedans, mais bien du dedans au dehors.
Mais est-ce bien aux dépens de Tarachnoïde pariétale que sont formées les productions osseuses connues sous le nom d'ossification de la dure-mère? Approfondissons cette question. Il est positif que dans l'immense majorité des cas, on trouve ces ossifications recouvertes à leur surface interne par une membrane lisse extrêmement mince, qui a toutes les apparences de Varachnoïde avec laquelle elle se continue : mais cette membrane lisse et ténue est-ce Farachnoïde? ne serait-ce pas plutôt une fausse membrane organisée? C'est cette dernière manière de voir qui ressort de la plupart des faits que j'ai observés; et il m'a paru que lorsque la dure-mère proprement dite était envahie par l'ossification , c'était toujours consécutivement (1).
C'est le plus souvent aux dépens de la faux du cerveau et plus particulièrement au niveau de son bord supéiieur, au voisinage du sinus longitudinal , que se développent ces ossifications, qui varient beaucoup par leur forme et par leurs dimensions : quelquefois ces ossifications, qui ont lieu par plaques ou par aiguilles stalactiformes, sont tellement minces ([u'elles augmentent à peine l'épaisseur de la duremère , et alors leur surface est lisse : d'autres fois leur épaisseur est si grande qu'elles dépriment sensiblement le
(i) Cétait entre les os de la voûte du crâne et la dure-mère, et parfaitement distincte de l'une et de l'autre, qu'était située une très (grande placme ossiforme déposée au musée Diipuytren par Blandin. Il est à rerretter qu'aucun renseignement n'ait été donné sur le sujet de cette observation , et que les os du crâne et la dure-mère n'aient pas été conservés.
cerveau. C'est surtout dans ce dernier cas qu'elles sont couvertes d'aspérités épineuses, mamelonnées, si bien qu'on a peine à croire qu'elles puissent être complètement inoffensives pour le cerveau.
Ce sont bien de véritables ossifications que les lésions connues sous le nom d'ossifications de la dure-mère. L'œil nu ou armé d'une forte loupe y reconnaît tous les caractères du tissu compacte des os. Le microscope y démontre l'existence de ces points noirs avec radiations linéaires, en pieds de mouche, qu'on a appelés corpuscules osseux, et que l'on considère aujourd'hui comme des cavités.
Voici quelques exemples des formes principales des ossifications de la dure-mère :
Première forme. — Forme granuleuse. J'ai décrit dans mon premier ouvrage (1) une espèce d'ossification de la duremère, qui consiste dans une foule de granulations osseuses semblables à des grains de mil, irrégulières à leur surface, fixées à la face interne de la dure-mère par un pédicule très mince, en sorte qu'e//e5 semblent formées aux dépens de C arachnoïde. De plus, chez le même sujet, la dure-mère offrait à la base de la faux plusieurs ossifications par plaques irrégulières. La superficie de l'hémisphère droit du cerveau était convertie , dans l'épaisseur d'un pouce , en bouillie blanche , sans aucune extravasation sanguine. J'appris que cet individu, âgé de soixante-dix ans, qui était entré à l'Hôtel-Dieu pour une gangrène sénile , était tombé pendant les quatre ou cinq derniers jours de sa vie dans un coma profond dont on n'avait pas pu deviner la cause. Quelques jours auparavant, j'avais observé le même ramollissement en bouillie blanche sur deux apoplectiques qui m'avaient offert une hémiplégie du côté opposé à cette altération (2).
(i) Essai sur ianatotnie pathologique, t. IF, p. 21, 18 16. (2) Ces trois cas de ramollissement blanc du cerveau sont les premiers qui aient fixé mon attention.
Deuxième forme. — Aiguilles ou stalactites osseuses. Un individu non épileptique, qui n'avait jamais rien éprouvé du côté du cerveau, m'a présenté à l'autopsie un grand nombre d'ossifications de la dure-mère, situées à la face interne de cette membrane, le long du sinus longitudinal supérieur, de chaque côté de la base de la faux du cerveau. Toutes proéminaient à la face interne de la duremère. Il y avait un certain nombre de ces ossifications dont la surface interne était entièrement recouverte par une membrane séreuse : d'autres ossifications étaient libres par leur face interne; seulement elles étaient encadrées, comme enchatonnées à leur circonférence par une membrane très mince, d'apparence séreuse. Il semblait que, dans quelques points, cette membrane séreuse d'encadrement était fortifiée par de petits faisceaux fibreux. Les ossifications étaient constituées par des aiguilles ou stalactites osseuses, extrêmement irrégulières, tuberculeuses, bifides, trifides. Quelques-unes présentaient des pointes aiguës, très aiguës. Leur face libre était profondément sillonnée. Leur face adhérente était également sillonnée, et les sillons remplis par de petits faisceaux fibreux. Bien qu'il y eût adhérence intime avec la duremère, la séparation de plusieurs de ces ossifications se faisait sans solution de continuité.
En étudiant cette pièce, il semblait de la dernière évidence que ces ossifications étaient développées dans le tissu cellulaire intermédiaire au feuillet séreux pariétal de l'arachnoïde et à la dure-mère.
Dans d'autres cas, au contraire, il m'a semblé non moins évident que les productions osseuses avaient leur siégea la lace interne de laracbnoïde pariétale , aux dépens d'une fausse njembrnne organisée de nouvelle formation, •l'ai déjà dit (]uo cette interprétation était celle (jui réunissait en sa laveur le plus grand rH)nd)re des faits.
Un fait général relalil A l'évolution de ces productions
osseuses de la dure-mère, c'est qu'elles ne passent jamais par un intermédiaire cartilagineux, c'est que leur ossification se fait d'emblée ; ce qui m'aurait fait douter de leur caractère osseux , si d'autres faits n'établissaient pas que l'intermédiaire cartilagineux n'est pas toujours nécessaire.
Pourquoi ces irrégularités, ces rugosités, ces mamelons, ces pointes aiguës, ces sillons de la surface libre de ces ossifications ? J ai pensé que non-seulement les circonvolutions et anfractuosités du cerveau n'y étaient pas étrangères, mais encore qu'elles étaient la seule raison anatomique de cette disposition en apparence si irrëgulière.
Troisième forme. — Ossification par larges plaques. Ces ossifications occupent dans le plus grand nombre des cas la faux du cerveau. J'en ai vu un assez grand nombre d'exemples.
Un mode qui peut servir de type pour ce fait d'ossification a été présenté à la Société anatomique le 26 janvier 1855. Cette ossification provenait d'un épileptique.
Les deux tiers postérieurs au moins de la faux du cerveau avaient subi cette transformation qui occupait toute son épaisseur. La plaque osseuse falciforme était comme encadrée dans une très grande perte de substance de la faux dont il ne restait que des vestiges, à savoir : un liséré supérieur qui formait le bord supérieur de la faux, et un liséré encore plus étroit du bord inférieur.
Cette grande plaque osseuse falciforme s'est séparée en presque totalité des débris de faux qui l'encadraient par suite de la traction nécessaire pour enlever la dure-mère.
La transition était brusque entre la portion osseuse et la portion fibreuse de la faux ; la portion osseuse présentait une circonférence très régulière en bas et très irrégulièrement déchi(juetée à son bord supérieur : la portion fibreuse correspondante était déchiquetée de la même manière et s'adaptait exactement à l'ossification.
8/iO ANATOMIE l'ATHOLOGlQUK GÉNÉRALE.
Cette faux osseuse était constituée par une laine de tissu compacte, à surface lisse et libre , sur les deux faces de laquelle était appliquée , dans le tiers environ de leur étendue, une masse osseuse bosselée.
Il était on ne peut plus évident que dans ce cas Tossification avait eu lieu aux dépens de toute Tépaisseur de la faux du cerveau , y compris les deux feuillets séreux qui la recouvrent. Quelques vestiges de tissu fibreux se voyaient encore sur certains points du voisinage de la circonférence de cette plaque. Tout le reste était à nu. Point de traces de membrane séreuse.
Quant à la question de savoir quels accidents produisent les ossifications de la dure-mère , on peut affirmer qu'il n'y a rien de positif à cet égard. On a trouvé ces ossifications sur le corps d'individus qui n'avaient jamais rien éprouvé du côté du cerveau, de même que chez des individus qui avaient été sujets à des céphalalgies, à âei^ accès d'épilepsie , ou qui avaient succombé à une attacjue d'apoplexie : Neque negaverim ejusniodi aut alia ossa posse interdum morhis capitis, si aliœ accédant causce, apoplexiœ nominalim occasionern prœhere. (Morgagni.)
Les plaques cartilagineuses intermédiaires à rarachnoïde et à la pie-mère racliidienne ne s'ossifientque très rarement. Il existe dans les cabinets une plaque osseuse formant le tiers environ d'un cylindre attaché à la fiice interne de la dure-mère; c'est le seul exemple que je connaisse en ce genre. Les concrétions osseuses sont aussi rares dans la dure-mère spinale qu'elles sont fréquentes dans la duremère crânienne.
Ossification du péricarde. On ne saurait contester l'analogie qui existe entre les ossifie ations du péricarde et celles de la dure-more; mais il y a cette grande différence, que les ossifications du péricarde se produisent toujours au milieu d'adhérences fibreuses serrées, tandis que je n'ai jamais vu d'ossification de dure-mère avec adhérences.
TREIZIÈME CLASSE. DES MÉTAMORPHOSES. SUi
Les ossifications du péricarde se font le plus souvent d'emblée, c'est-à-dire sans intermédiaire cartilagineux , comme les ossifications de Ja dure-mère. Cependant j'ai cité plus haut un cas d'ossification , ou plutôt de pétrification dn péricarde développée au sein d'un cartilage.
Jf n'ai jamais vu de concrétions calcaires dans Ja dure-mère, mais toujours des ossifications. Par opposition les concrétions calcaires m'ont paru au moins aussi fréquentes au péricarde que les ossifications proprement dites.
Les plaques osseuses ou ossiformes du péricarde sont en général irrégulières, fragiles, tuberculeuses, jaunâtres, développées au milieu d'un tissu fibreux plus ou moins dense, quelquefois adhérentes au cœur par un tissu cellulaire lâche. Cependant j'ai cité plus haut un cas dans lequel une concrétion du volume et de la forme d'une muscade avait pénétré dans l'épaisseur du tissu du cœur.
Ossification de la plèvre ou plutôt pétrification des fausses membranes organisées intermédiaires à la plèvre costale et à la plèvre pulmonaire. Cène sont point de véritables ossifications pleurales que celles qui se présentent sous la forme de plaques plus ou moins considérables intermédiaires aux côtes et aux poumons ; ce sont des concrétions calcaires accolées aux parois costales sur lesquelles elles jouissent d'une certaine mobilité. Elles sont en général moins intimement unies aux poumons, sur lesquelles elles glissent facilement , qu'aux côtes. Toutes ces concrétions sont formées non point aux dépens des plèvres, mais aux dépens des fausses membranes organisées, qui sont la suite fréquente des pleurésies chroniques : cependant ces plaques calcaires s'observent toujours au milieu de couches fibreuses très denses, quelquefois en forme de plastron.
Ces plaques sont extrêmement irrégulières à leur circonférence, qui est dentelée; elles peuvent se développer
sur tous les points de la circonférence des poumons , et sont toujours entourées d'une espèce de gangue fibreuse très résistante, ])résentant tous les caractères du tissu fibreux accidentel.
Voici une description qui peut servir de type :
Sur un sujet, j'ai trouvé une plaque ossiforme très considérable, véritable cuirasse qui tapissait la partie antérieure et latérale des côtes gauches, et la partie voisine de leurs cartilages. Cette large plaque se terminait par une circonférence très irrégulière, d'où partaient des prolongements fibreux très denses qui allaient se perdre sur la face interne des côtes.
La face interne de cette cuirasse était tapissée par une membrane fine parsemée de points noirs, laquelle pouvait être détachée avec facibté. Ces points noirs n'indiquent-ils pas que cette membrane était la séreuse pulmonaire. Sous cette membrane noire était une couche fibreuse disposée en petits filaments longs et parallèles , dont quelques-uns étaient pierreux. Débarrassée de cette couche fibreuse, la surface interne de la cuirasse calcaire présentait un aspect très irréguher, rugueux , et une couleur jaunâtre très prononcée.
La face externe ou costale de la cuirasse était revêtue d'une couche épaisse de tissu fibreux (jui la sé[)arait des côtes. Cette face externe était beaucoup moins inégale que la face interne. Il y avait glissement facile de la plaque sur les côtes.
Sur le même sujet, il existait encore :
lo Une autre plaque osseuse costale qui présentait beaucouj) de graimiations osseuses à sa surface externe et à sa circonférence qui était irrégulièrement quadiilatère.
2° Une placpie osseuse diaphragmaticjue qui occupait à la fois le centre aponévroticpie et la j)ariie voisine des fibres charimes. L'adhérence était intime entre l'aponévrose et la pla(|ue dont elle était cependant parfaitemeqt
distincte. La surface adhérente présentait beaucoup de rugosités ou tubercules disposés linéairement suivant la direction des fibres aponévrotiques et charnues.
Je n'ai pas noté sur ce sujet Télat des côtes; mais sur un autre sujet qui présentait une plaque osseuse costale moins considérable, terminée par une très longue pointe, et qui était lisse à sa surface interne , sauf un gros tubercule ossiforme, les côtes correspondantes étaient très hypertrophiées; il y avait même quelques ostéophytes costaux (1).
Toutes ces plaques sont ossiformes et non osseuses ; elles sont très fragiles se brisent comme du verre, et ne présentent ni canalicules ni les points noirs en forme de mouche caractéristiques.
Ossification des enveloppes de la rate. Ce sont des pétrifications ou incrustations calcaires. Je n'ai jamais vu d'ossifications proprement dites. J'ai déjà parlé des coques cartilagineuses de la rate. On rencontre quelquefois dans les mêmes circonstances soit des coques ostéo-fibreuses soit des coques chondro-osseuses incomplètes; l'ossification ou plutôt la pétrification se fait par petites masses irrégulières dont les unes proéminent à la face externe et dont les autres proéminent à la face interne de l'enveloppe. Il est rare que la coque osseuse de la rate soit complète; presque toujours elle est constituée par des plaques osseuses juxtaposées, réunies par du tissu fibreux : leur surface externe est rugueuse, leur surfxice interne bosselée.
(i) Dan"? d'autres cas , j'ai trouvé les côtes atrophiées, non qu'elles eussent diminue' de volume ; mais leur tissu était rarétié, les cellules plus vastes, la substance médullaire plus abondante: les muscles intercostaux sont souvent atrophiés, grêles ; quelquefois ils passent à l'état graisseux; qu;ind les cuirasses ossiformes font en (juelque sorte corps avec les côtes et s'opposent à leurs mouvements, on conçoit qu'il doive en résulter une atrophie plus considérable que lorsque les côtes peuvent glisser sur la membrane osseuse accidentelle.
SUU ANATOMlli PATHOLOGIQUE GÉîNÉHALE.
On trouve quelquefois des concre'tions pierreuses dans l'épaisseur de la rate. Lobstein , qui dit avoir rencontré dans une rate une trentaine de ces concrétions , les a assimilées aux phlébolithes qu'on rencontre quelquefois dans les veines des autres parties du corps. Je me suis assuré que ces concrétions pierreuses n'étaient pas, en général, contenues dans les canaux veineux de la rate. Je ne nie pas toutefois la possibilité des pblébolitbes de cet organe.
Ossification du périoste. Les belles expériences de Duhamel et de Troja sur l'ossification du périoste, un instant attaquées au commencement de ce siècle, ont triomphé de toutes les dissidences. J'ai fait à ce sujet un assez grand nombre d'expériences consignées dans mon premier ouvrage (1).
Les partisans de Tossification du périoste disent (jue cette membrane s'ossifie dans trois circonstances principales : 1° lorsqu'elle est détachée de l'os ; 1^ lorsqu'on a détruit la membrane médullaire; 3^ dans le cas de fractures, pour la formation du cal.
Les faits suivants me paraissent répondre à ces questions d'une manière affirmative.
L Le périoste s'ossifie-t-il lorsqu'il a été décollé de l'os? Il résulte des expériences consignées dans mon premier ouvrage, que le périoste détaché de l'os se recolle souvent sans ossification , ainsi d'ailleurs que l'avait établi Tenon.
Sur deux lapins, j'ai incisé la peau et le périoste qui recouvre la face interne du tibia ; j'ai décollé ce périoste avec le manche d'un scalpel, dans les deux tiers au moins de la circonférence et de la longueur de l'os, et j'ai abandonné l'animal h lui-même. Un mois, deux mois après , j'ai été bien étonné de voir le périoste recollé et le tibia de ce côté ne différer en rien du tibia du côté opposé :
(i) Voy. Esmi sur l'anatomie pathologique^ i8i6, t. II, p. 26,
seulement j'ai observé un léger épaississement aux limites du décollement du périoste.
Sur trois lapins , je détachai le périoste des côtes dans toute leur circonférence : j'avais négligé de noter les côtes sur lesquelles j'avais opéré ; au bout de deux mois ayant sacrifié ces animaux qui m'avaient servi à d'autres expériences, il me fut impossible de reconnaître les côtes sur lesquelles j'avais pratiqué le décollement.
Sur d'autres lapins , j'ai détaché le périoste du cartilage thyroïde et des cartilages costaux ; mêmes résultats.
L'un de ces lapins sur lesquels j'avais décollé le périoste sur toute la circonférence du fémur, et qui mourut deux mois après, avec une tuméfaction considérable de la cuisse, m'a présenté les particularités suivantes :
La plaie extérieure était cicatrisée , mais l'os dénudé était environné, dans les deux tiers de sa circonférence, d'une grande quantité de pus semblable à de la matière caséeuse. Il y avait nécrose des couches superficielles du fémur dans toute cette étendue. Le fémur était trois fois plus épais à l'endroit de cette nécrose que dans le reste de sa circonférence. La portion du fémur sur laquelle le périoste s'était recollé, était recouverte par une couche osseuse de nouvelle formation de laquelle partaient deux végétations ou productions osseuses , lisses à leur surface interne, offrant près d'un pouce de largeur et se portant en arrière comme des ailes en s'écartant du corps de l'os. Or ces ailes osseuses étaient bien évidemment formées par le périoste décollé.
Pour éviter le recollement du périoste, et pour prévenir toute objection, j'imaginai d'interposer un corps étranger entre le périoste et l'os.
Sur un très jeune lapin, je décollai le périoste dans toute la circonférence et dans toute la longueur du tibia. Deux fils de laiton furent passés entre le périoste et l'os. L animal sacrifié, un mois après, présenta une diminution con-
sidërable du volume de l'os à l'endroit des anneaux de laiton. Un léger effort suftit pour rompre l'os dans ces points. Une couche cartilagineuse et osseuse recouvrait les anneaux : le périoste s'était recollé dans tout le reste de la longueur de l'os.
Donc le périoste décollé est susceptible de s ossifier ; mais pour cela, il faut que le périoste n'ait pas subi l'inflammation suppurative : le périoste en contact avec le pus ne s'ossifie jamais , et c'est là la seule conséquence qu'on puisse tirer des faits invoqués par Léveillé pour prouver le défaut d'ossification du périoste.
II. Le périoste s'ossifie-t-il dans le cas de destruction de la membrane médullaire ? Il résulte d'un grand nombre de faits d'anatomie pathologique que la destruction de la membrane médullaire entraîne tantôt la nécrose de toute l'épaisseur de l'os , et tantôt la nécrose des couches les plus profondes. Dans le premier cas , il y a constamment ossification du périoste.
Ces faits ressortent également d'une série d'expériences consignées dans mon premier ouvrage (1), et qui établissent positivement ([ue la destruction par broiement de la moelle, et par conséquent l'inflammation de la membrane médullaire n'exerce aucune influence remarquable sur le périoste ; mais que si, au lieu de détruire purement et simplement cette moelle, on introduit de la charpie dans la cavité de l'os , le périoste se détache , une couche gélatiniforme , véritable suc osseux de Maller, plasma des modernes, se produit entre l'os et le périoste, et (]ue ce plasma gélatiniforme s'ossifie avec le périoste pour constituer un os nouveau.
III. Le périoste s'ossifie-t-il dans la formation du cal ? Cette ossification , démontrée par les belles expériences de Duhamel, attaquée par Maller et Dethleef, rejetée par
(i) Essai (t. II, p. 3i et suiv.). Je reviendrai sur celle ([uestion dans la classe des gangrènes.
Bordenave et Bichat, renouvelée et modifiée par Dupuytren, réhabilitée dans toute sa pureté par les beaux travaux de M. Flourens, m'a été démontrée par une foule d'observations et d'expériences (1) dont j'ai présenté le résumé à l'article Cal (classe des Adhésions).
Ossification de la membrane médullaire des os. Duhamel l'avait notée. Je l'ai observée dans mes expériences sur le cal , sur le décollement du périoste et dans un grand nombre de fractures parvenues à divers temps de leur consolidation.
Ossification des artères. Je place ces ossifications à côté de celles du système fibreux , à cause de l'analogie qui existe entre la membrane propre des artères , qui me paraît le siège constant de ces ossifications, et le système fibreux. N'oublions pas que c'est à Dupuytren surtout que nous devons le rapprochement de la membrane piopie des artères avec les ligaments jaunes des vertèbres et avec le ligament cervical postérieur des quadrupèdes. C'est en effet le même aspect, la même couleur, la même élasticité.
Les ossifications des artères sont tellement communes que dans les amphithéàties on s'accoutume à les regarder plutôt comme un phénomène naturel, suite des progrès de l'âge, fjue comme une lésion proprement dite.
Je me hâte de dire que les artères ne sont pas susceptibles d'une véritable ossification, mais bien de pétrifications ou incrustations calcaires, lesquelles se présentent sous deux formes bien distinctes qui répondent à une différence de siège.
1° Tantôt, en effet, ces ossifications se présentent sous l'aspect de plaques circulaires jaunâtres de la dureté et de la fragilité du verre , articulées les unes avec les autres , libres à leur surface interne ou recouvertes par une pelli-
(i) Voy. Essai^ t. II, p. 89.
sus ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
cule extrêmement mince, adhérentes par leur face externe aux fibres circulaires de la tunique propre dentelles sont souvent séparées par une matière stéatomateuse , plâtreuse, jaunâtre, quelquefois noire. 2" Tantôt Tossification procède circulairement le long des fibres circulaires de la tunique pro|)re des artères.
J'ai dit que cette différence de forme répondait à une différence de siège, ce qui ne veut pas dire <jue ces deux modes d'inciustation occupent deux tuniques différentes, mais bien deux couches distinctes de la même tunique. L'anatomie de texture de la tunique propre démontre en effet (1) « que la tunique moyenne propre des artères » peut être séparée en plusieurs couches ou stratifications «distinctes, sans être pour cela indépendantes; que » tandis que les couches les plus externes présentent une » disposition linéaire, fibreuse , circulaire des plus pro- » noncées , les couches les plus internes offrent une dis- » position lamelleuse non moins évidente , si bien que les » auteurs ont considéré comme une dépendance de la » tunique interne la couche de tissu jaune qui avoisine » la membrane interne proprement dite. »
Il suit de laque les deux modes d incrustation occupent la tunique moyenne des artères, avec cette différence que Tincrustation par plaques circulaires occupe la couche interne ou lamelleuse, et l'incrustation circulaire la couche composée de fibres circulaires et par conséquent la plus externe.
Les pétrifications de forme circulaire sont d'ailleurs les seules (|ui soient susceptibles de former des portions de cylindre ou des cylindres complets.
J'ai eu occasion d'observer une troisième espèce d'ossification ou de concrétion artérielle, je veux parler de l'oblitération des artères par une tige calcaire si intime-
(i) Anatomie ffesciiptlve, t. If, p. 568,
ment unie aux j)arois artérielles, qu'il est impossible de Ten séparer sans déchirure. Cette oblitération par aiguilles on tige calcaire me paraît la conséquence d'une artérite obbtérante.
Toutes [es parties de l'arbre artériel peuvent être le siège de ces pétrifications ou incrustations artérielles , depuis l'aorte jusqu'à ses dernières divisions. Je signalerai surtout comme un des sièges de prédilection de la lithiase artérielle , l'origine des artères , c'est-à-dire l'angle de séparation des branches soit collatérales, soit terminales, et la convexité des flexuosités artérielles.
Un des effets de cette pétrification , c'est la diminution du calibre des artères ; et comme la tunique moyenne de ces vaisseaux est relativement d'autant plus épaisse que les vaisseaux sont plus petits, il en résulte que le rétrécissement des artères pétrifiées est bien plus sensible dans les petites artères que dans les moyennes , dans celles-ci que dans les grosses artères ; aussi ai-je vu des gangrènes spontanées qui reconnaissaient pour cause l'oblitération par concrétion calcaire des artères capillaires ; et ce qui) y a de remarquable, c'est que cet envahissement calcaire des capillaires artériels peut coexister avec une intégrité parfaite ou presque parfaite du reste du système artériel.
Je signalerai comme à la fois très susceptibles de pétrification et de rétrécissement les artères coronaires du cœur : j'ai même vu un cas de gangrène partielle du cœur par suite de l'oblitération de la portion correspondante des artères coronaires
Quant à l'influence des concrétions calcaires artérielles sur la formation des anévrysmes, je crois que bien loin de favoriser la dilatation des artères, les concrétions la préviennent : j'ai même vu plusieurs fois des coques calcaires qui m'ont paru d'anciennes petites poches anévrysmales guéries par pétrification.
850 ANATOMIL PArHOLOGlQUF GÉNÉRALE.
Les artères pétrifiées sont d'ailleurs exirêmement fragiles ; de là des ruptures : c'est à cette pétrification que je rapporte la rupture assez fréquente des artères cérébrales. L'analyse chimique a démontré que ces concrétions calcaires étaient essentiellement constituées par du phosphate de chaux avec addition d'une petite quantité de carbonate de chaux.
Ossification des veines. Nous venons de voir que rien n'est plus commun que l'incrustation calcaire des artères; or, rien n'est plus rare (jue celle des veines, opposition qui s'explique parfaitement par la différence de structure et surtout par l'absence dans les veines de la tunique jaune que nous avons vue être le siège exclusif de la hthiase artérielle (1).
Gomme par une sorte de compensation, les veines sont très sujettes à une espèce de lithiase qui consiste dans la production, dans leur cavité, de globules ossiformes jaunâtres, de dimensions diverses, depuis celui d'un grain de mil jusqu'à celui d'un gros pois et même davantage.
On les observe le plus ordinaiiement dans les varices ampullaires, circonférencielles ou latérales, des membres inférieurs, dans les plexus veineux variqueux hémorrhoïdaux, vésicaux, utérins, ovariens, vaginaux: la stagnation tu sang païaît, en effet, une condition indispensable de leur développement. La preuve, c'est que je n'en ai jamais observé dans les membres supérieurs, excepté dans le cas de tumeurs érectiles.
Il est des j)hléboliihes qui sont constitués par un seul
(i) La preuve que l'inciustation calcaire des artères tient à la membrane jaune de ces vaisseaux , c'est qu'on la rencontre quelquefois dans les artères pulmonaires , tandis qu'il est sans exenqile que les veines pulmonaires aient jamais éprouvé une pareille altération. Telle n'était pas la pensée de IJichat ; mais je crains que cet ingénieux physiologiste ne 86 soit laissé égaicr par sou amour pour la généralisation qui lui avait suggéré un ropprocheu»ent entre les veines pulmonaires, vaisseaux à sang rouge, et les artères.
globule [phléboliihes simples) \ il en est de composés [pliléboUlhes composés) qui résultent de l'agglomération de trois , quatre , cinq ou six globules sontlés les uns aux autres, soit par concrétion osseuse, soit par une couche membraneuse plus ou moins épaisse, plus ou moins dense. La forme de ces globules composés est bosselée. J'ai vu une coque osseuse très mince envelopper plusieurs globules.
Si l'on écrase ces globules, on trouve qu'ils sont constitués par une coque très dure , assez semblable à Tendocarpe d'un noyau de cerise, et dans cette coque par une matière calcaire amorphe.
On trouve ces phlébolithes tantôt libres par toute leur surface, tantôt enveloppés de caillots sanguins stratifiés, plus ou moins décolorés; tantôt ils sont pédicules, tantôt ils sont sans adhérence aucune avec les parois de la veine.
Le mécanisme de la formation de ces phlébolithes me paraît établi par la série des faits.
Ainsi: 1** les phlébolithes ne s'observent jamais que dans les veines variqueuses, surtout dans les varices ampuUaires (circonférencielles ou latérales); donc la stagnation du sang est une condition nécessaire de leur production; 2*^ ces phlébolithes se développent au milieu de caillots sanguins, et Ton peut suivre tous les degrés de leur développement. Ainsi, à côté de varices contenant des phlébolithes, on voit des varices qui contiennent des caillots sanguins sphéroïdaux plus ou moins denses, plus ou moins décolorés , constitués par des couches concentriques d'autant plus denses et plus décolorées qu'on approche davantage du centre. A un degré plus élevé, le centre du caillot sanguin est occupé par une concrétion calcaire du volume du plus petit grain de mil; puis un phlébolithe plus volumineux est recouvert de couches sanguines qui quelquefois n'occupent qu'une partie de sa
circonférence, ce qui semblerait indiquer que le phlébolithe dans ce cas ne s'est pas développé au centre du caillot sanguin. Ailleurs il n'est recouvert que par une pellicule mince transparente, comme s'il s'était formé au-dessous de la membrane interne des veines qu'il aurait soulevée pour s'en former une enveloppe , ainsi que l'a pensé M. Andral (1).
Il y a donc des pblébolithes pédicules et des phlébolithes non pédicules; mais il est infiniment probable que tous sont pédicules, car le pédicule est tellement délié qu'il n'est pas étonnant qu'il se rompe par le seul fait de la préparation anatomique.
Les deux faits suivants compléteront les détails qui peuvent manquer dans cette description générale :
1° Sur un vieillard mort d'une rétention d'urine par bypertropbie de la prostate , j'ai trouvé une concrétion globuleuse du volume d'un pois tenant [)ar un pédicule étroit à une des veines prodigieusement dilatées qui entouraient le col de la vessie. Ce globule était enveloppé par une membrane très mince. Je l'ai écrasé. C'était une spbère à tissu très compacte, très fragile , contenant une matière calcaire.
2** Sur une vieille femme, j'ai trouvé les veines ovariennes dilatées remplies de caillots sanguins: les uns cylindroïdes, occupant une certaine longueur de la veine et même se ramifiant avec elle ; les autres ovoïdes, quelques-uns du volume d'un pois chicbe : ces derniers étaient composés de coucbes concentriques, formées par de la fibrine blanc jaunâtre; au centre était un petit noyau beaucoup plus dense, mais non ossifié. Au centre d'un gros caillot ovoïde était une matière brunâtre puUacée , altérée , comme il arrive quelquefois aux caillots des anévi ysmes : en outre, il existait dans ces
(i) Précis cVanatomle pntholofjiquc^ Paris, iSap,
veines ovariennes des phlébolithes simples et des phlébolithes composés.
Une grosse concrétion bosselée a appelé mon attention. Pinsieiirs des bosselures étaient formées par des concrétions sanguines à couches concentriques sans noyau ossiforme; d'autres étaient formées par des phlébolithes. Six phlébolithes ovoïdes ou sphéroïdaux étaient agglomérés et unis entre eux à Taide d'une couche ou de plusieurs couches membraneuses très denses.
J'ai rencontré d'autres concrétions composées exactement de la même manière , c'est-à-dire formées de deux , trois, quatre phlébolithes, et par des caillots sans phlébolithes au centre.
Les grosses concrétions composées adhéraient aux parois de la veine par plusieurs pédicules , comme si chaque phlébolithe avait son pédicule; mais plusieurs phlébolithes en étaient dépourvus.
Phlébolithes du tissu ërectile. Les phlébolithes s'observent non-seulement dans les veines variqueuses, mais encore dans les tissus érectiles accidentels. Et une chose remarquable, c'est qu'à Texception de la rate, on en ait pas rencontré, que je sache, dans les tissus érectiles naturels. Jamais je n'ai vu un aussi grand nombre de phlébolithes que chez une vieille femme de la Salpêtrière, dont le membre supérieur présentait une multitude de tumeurs érectiles (voy. pi. m et iv, XXXIIT livr.).
Voici les particularités que m'a offertes la dissection de ces tumeurs, au milieu desquelles on pouvait suivre pour ainsi dire pas à pas le développement des phlébolithes :
10 Ici se voyait un tissu caverneux ou érectile parfaitement sain , dans lequel le sang était en circulation comme dans le tissu caverneux de la verge.
2» A côté, tissu caverneux avec sang concret, arrondi en globules ou diversement configuré , suivant la forme
des aréoles ou cellules dans lesquelles il était contenu.
3^ Plus loin, globules ossiforuies ou phlébolithes jaunâtres, de dimensions diverses, depuis le volume d'un grain de mil jusqu'à celui d'un gros pois, présentant d'ailleurs toutes les variétés de forme et d'aspect des phlébolithes si communs dans les varices hémorrhoïdales, vésicales et ovariques.
Zio Les phlébolithes miliaires étaient contenus au centre des caillots sanguins. Les phlébolithes volumineux n'étaient entourés de caillots sanguins que sur un des points de leur surface : ces caillots étaient pour la plupart décolorés.
Pour compléter ce qui a trait à l'ossification ou pétrification des veines, je dirai que j'ai rencontré plusieurs fois des aiguilles osseuses ou ossiformes très adhérentes, dans des veines qui avaient été autrefois affectées de phlébites oblitérantes; aiguilles osseuses tout à fait semblables à celles que j'ai décrites dans les artères oblitérées.
Métamorphose osseuse du tissu musculaire.
La distinction entre les ossifications et les pétrifications ou incrustations calcaires doit être maintenue pojir le tissu musculaire comme pour les autres tissus. Ainsi, il n'est pas rare de rencontrer dans lépaisseur des muscles des concrétions ossiformes ordinairement régulières, entourées de tous côtés par du lissu cellulaire ou même par un kyste qui les isole; concrétions qui s'écrasent avec plus ou moins de facilité, et (|ui ne sont soutenues par aucune trame vivante.
J'ai montré à une de mes leçons une concrétion de ce genre, ellipsoïde, qui était située dans l'épaisseur du muscle sous-scapulaire (1).
(i) Ce soiil (les cas de ce genre qui ont fait dire à Meckel qu'il avait vu dans la substance des muscles des concréiions analogues à celles qu'on retire de la vessie.
D'un autre côté, il est bien plus fréquent de rencontrer au milieu des muscles des ossifications proprement dites qui affectent tantôt la forme de plaques osseuses , tantôt , et le plus ordinairement surtout dans les muscles longs, la forme d'aiguilles ou tiges osseuses quelquefois de plusieurs pouces de longueur, qui présentent tous les caractères du tissu osseux le plus pur.
Comme exemple de métamorphoses osseuses par plaques, je citerai l'exemple (Tune grande plaque osseuse développée dans l'épaisseur du vaste interne, au voisinage d'une exostose fémorale qui faisait une saillie considérable.
C'est dans le cas d'anciennes luxations non réduites , et aussi dans la maladie (jue j'ai décrite sous nom d'usure des cartilages articulaires^ qu'on rencontre le plus souvent de pareilles métamorphoses.
Ainsi , j'ai trouvé une aiguille osseuse de plusieurs centimètres de long dans l'épaisseur du grand adducteur, chez un individu qui mourut avec une ancienne luxation coxo-fémorale , en haut et en dehors , non réduite ; d'autres fois ce sont des masses osseuses irrégulières.
Un cas d'usure des cartilages articulaires occupant l'articulation coxo - fémorale , (|ui a été présenté à la Société anatomique par M. Barth en janvier 1855, nous a offert un des plus beaux types possibles de transformation osseuse du tissu musculaire.
Il existait dans l'épaisseur de la longue portion du triceps fémoral (grand droit antérieur de la cuisse) une tige osseuse conoïde de 24 centimètres de long, de 7 centimètres de circonférence à sa base (1), qui s'articulaii par amphiarihrose avec 1 os coxal (2), au voisinage de l'épine iliafjue antérieure et inférieure.
Cette tige, qui était lisse à sa surface comme le fémur,
(i) La circonférence du fémur était de 8 centimètres r/2. (î) Dans d'autres cas que j'ai observés il y avait soudure.
856 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉKALE.
sauf quelques petites végétations, marchait parallèlement à cet os, et se terminait inférieurement au milieu des chairs par une pointe au-dessous de laquelle existaient deux ou trois petits tubercules osseux.
Point de tissu cartilagineux. Je n'ai pas noté la présence d'un périoste à la surface de l'os de nouvelle formation; la fibre musculaire semblait en tenir lieu.
La transformation fibreuse et osseuse du tissu musculaire joue le plus grand rôle dans la production des coques osseuses et fibreuses des articulations nouvelles qui se produisent soit dans les luxations non réduites, soit dans les usures articulaires avec déplacement, soit dans les néarthroses, suite de fractures.
J'ai consigné dans mon premier ouvrage (1) un cas d'éléphantiasis qui m'a offert l'association de la métamorphose adipeuse et de la métamorphose osseuse des muscles. « Les muscles de la jambe avaient perdu leur w rougeur, plusieurs avaient éprouvé la transformation » graisseuse ; la couche profonde des muscles de la région » postérieure de la jambe était transformée en un tissu » très dense fibro-cartilagineux, et se continuait avec une » production osseuse de nouvelle formation, qui envoyait » des prolongements dans leur épaisseur et était évidem- » ment formée aux dépens de ces muscles. On voyait la » transformation osseuse s'opérer par degrés insensibles, » à peu près comme pour le cal. Je trouvai en outre une « lamelle osseuse, isolée de toutes parts, au milieu d'un » muscle. La production osseuse dont je viens de parler M ne tenait au péroné que par (juelques points : elle était w libre dans le reste de son étendue, et séparée de cet os M par une substance fibro-cariilagineuse et j)ar l'artère » j)éronière. Sa surface était très inégale et son tissu très » spongieux , comme celui de la plu|)art des ossifications
(i) Essai, {. Il, p. 73.
M accidentelles. Une espèce de membrane dense, fibro- » cartilagineuse, Tenvironnait de toutes parts, s'enfonçait » dans les pores de sa surface et lui servait de périoste. » L'extrémité inférieure du tibia offiait des végétations » inégales et lamelleuses (1). »
Ce qu'on a dit sur les ossifications du cœur, sur les pierres du cœur, doit en général se rapporter à l'incrustation calcaire si fréquente aux orifices et dans l'épaisseur des valvules de cet organe. Dans un certain nombre d'anévrysmes partiels du cœur, la poche fibro-carlilagineuse était pénétrée de phosphate calcaire. Comme Boerhaave, j'ai vu les cordages tendineux du cœur semblables à des brins de paille osseux, velui fesiucas osseas ; mais je n'ai jamais trouvé au cœur d'ossifications proprement dites : ce sont des incrustations.
Un des faits les plus remarquables de métamorphose morbide du tissu musculaire, c'est sans contredit la transformation des muscles lacérés qui entourent une fracture avec déplacement en tissu cartilagineux d'abord , puis en tissu osseux pour la formation du ca!. J'ai dit ailleurs (2) par quelle série de faits j'avais été conduit à admettre comme théorie de la formation du cal, cette proposition que le cal est formé par Vossificalion de toutes les parties molles, lacérées, qui entourent les fragments , et en particulier des muscles, qui revêtent successivement et rapidement le caractère cartilagineux et le caractère osseux.
Le tissu nerveux est-il susceptible d'ossification ? Je crois pouvoir répondre négativement à cette question, relative-
(i) Je ne parlerai pas de tous les exemples de diaphragmes osseux, de muscles intercostaux osseux rapportés par Haller, Lieutaud et autres. J'ai des raisons de croire que ces prétendues ossifications musculaires s'appliquent à des concrétions calcaires ou ossiformes de la plèvre diaphraymatique ou de la plèvre costale.
(2) Voy. Essai sur fanatomie pathologiriue, t. I, p. 4^? et t. H, p. 89, et Anatomie pathologique générale, Paris, 1849, t. I, p^ 242.
ment à la masse encéphalique. Tous les exemples de ce genre que j'ai lus, tous les faits que j'ai observés se rapportent soit aux membranes du cerveau , soit aux os du crâne; quelques-uns à des concrétions pierreuses qui ont été rencontrées soit dans l'épaisseur, soit à la surface de cet organe.
Quant aux nerfs ossifiés^ il n'en existe aucun exemple. On a beaucoup parlé à' ossification de la rëiine ; mais l'analyse des principaux faits relatifs à cette ossification, Fétude attentive que j'ai pu faire sur la nature de quelques-uns de ces faits, me paraissent établir que les coques osseuses (elles m'ont paru osseuses et non point ossiformes), trouvées dans l'œil sous la choroïde, n'appartiennent nullement à la rétine, mais plutôt à la couche profonde de la choroïde, ou^ s'il existait une membrane séreuse souschoroïdienne, à cette membrane séreuse elle-même (1).
Ossification du tissu cellulaire, des membraties séreuses et synoviales.
1® Ossification du tissu cellulaire. On pourrait à la rigueur rapporter au tissu cellulaire toutes les métamorphoses osseuses des autres tissus et même des organes
(i) Voici un cas très exactement décrit que j'ai observé en 1814. ïl est consi{;në dans mon premier ouvrage (Paris, 1816, t. H, p. 89) :
Un aveugle mourut à l'Hôtel-Dieu dans la salle Saint- Paul, à la suite de l'opération de la taille. Nous examinâmes ses yeux avec soin. Voici les particularités qu'ils nous offrirent : Volume à peu près naturel; cornée opaque sur l'un des yeux, iransparente sur l'aulre. L'inoision circulaire de l.« scléroli<jue ne donna issue qu'à une 1res petite quantité de liquide. Sous elle était la choroïde ayant ses caractères accoutumés. La membrane iris était dans son état naturel sur l'un des yeux; sur l'autre, elle adhérait en bas à une lame mince, cartilagineuse, qui revêtait la (ace postérieure de la (bornée. Derrière l'iris, à la place du crist.dlin, était un globule hlanrbàtre, ayant à peine le tiers du volume d'un ciistallin ordinaire, offrant dans l'un des yeux une lamelle osseuse très mince, irrégulière, et dans l'autre une multitude de points blancs. Sous la choroïde était une membrane osseuse, concentrique aux autres men)branes de l'œil. Cette membrane était rugueuse par sa face externe ou convexe,
composés ; mais il ne s'agit ici que du tissu cellulaire libre, lequel certainement peut être partout le siège d'ossifications ou de pétrifications. Je me contenterai de signaler ici les petites concrétions ossiformes qu'on rencontre très souvent sur la face interne du tibia , concrétions identiques, pour la forme et le volume, avec les petites masses adipeuses isolées qu'on trouve dans la même région.
2^ Ossification des membranes séreuses. C'est aux membranes séreuses qu'il faut rapporter ce que j'ai dit sur l'ossification des membranes fibro-séreuses : ainsi c'est à l'aracbnoïde qui la tapisse qu'appartiennent les ossifications de la dure-mère; à la séreuse péricardique l'ossification du péricarde; à la plèvre, ces cuirasses osseuses ou ossiformes qui revêtent la face interne de la poitrine; au péritoine, les tubercules osseux et coques osseuses de la rate, etc.
J'ai déjà discuté la question de savoir si ces ossifications ou concrétions calcaires n'étaient pas plutôt développées aux dépens de fausses membranes organisées qu'aux dépens de la membrane séreuse elle-même.
3° Ossification des membranes synoviales. On ne saurait révoquer en doute l'ossification des synoviales dans l'an-
très adhérente à la choroïde, surtout dans quelques points, moins rugueuse, inégale, à sa face interne, intimement unie à une membrane cartilagineuse qui la tapissait dans toute son étendue. Son bord ou limbe était inéf,al et se prolongeait en avant jusqu'au cercle ciliaire, au moyen d'une substance cartilagineuse. La cavité que constituait cette membrane osseuse et cartilagineuse était fermée par une membrane cartilagineuse concave en avant, convexe en arrière , recevant dans sa concavité le globule blanchâtre , vestige du cristallin ci-dessus mentionné. Cette cavité était remplie par une humeur limpide contenue dans dt's loges séparées par des cloisons cartilagineuses imparfaites. On voyait aussi plusieurs filets nerveux rassemblés en cordon pulpeux , passer à travers un trou de la membrane osseuse, et se perdre dans les cloisons cartila^^ineuses.
Aux dépens de quelle partie était formée cette ossification ? J'aurais pensé que c'était aux dépens de la rétine, si je n'avais vu le cordon pulpeux traversant la membrane osseuse se continuer manifestement avec le nerf optique.
kylose. J'ai déjà jDarlé des corps étrangers articulaires, osseux, chondro-osseux , développés aux dépens des franges synoviales, à Textrémité libre desquelles ils sont appendus. J'ai vu dans l'articulation du coude un corps étranger du volume et de la forme de l'os crochu , qui tenait par un mince pédicule à la région antérieure de la synoviale.
Ce sont bien des os que ces corps étrangers appendus aux synoviales qu'on rencontre si souvent dans le cas d'usure des cartilages articulaires. C'est dans l'articulation coxo-fémorale qu'on rencontre les corps étrangers les plus volumineux. J'ai déjà dit qu'on trouve au musée Dupuytren un de ces corps qui remplit l'arrière-cavité cotyloïde.
Ossification du tissu glanduleux.
Le tissu glanduleux s'ossifie-t-il ?Rien de plus rare. On pourrait même soutenir que le tissu glanduleux proprement dit ne s'ossifie jamais : les ossifications qu'on y a quelquefois rencontrées appartiennent plutôt au tissu cellulaire ou au tissu fibreux qui entrent dans la composition des glandes qu'aux granulations glanduleuses ellesmêmes. Cependant j'ai vu dans le foie des granulations osseuses ou ossiformes , tantôt isolées, tantôt groupées , c{ui m'ont paru des concrétions calcaires formées aux déj)ens des grains glanduleux.
[J ossification des ovaires chez les femmes avancées en âge est un des modes d'atrophie les plus ordinaires de cet organe ; mais il faut établir une distinction entre les ovaires pétrifiés et les ovaires ossifiés.
Ossification de la glande thyroïde. Très fréquente, elle est la conséquence de l'atrophie de cet organe. J'ai vu bien souvent la glande thyroïde tout entière convertie en une masse calcaire unique , ou en une multitude de ])etites masses calcaires infiltrées au milieu d'un tissu fibreux. Dans (pielques cas, c'était une coque calcaire
remplie par une matière gélatiniforme; dans un cas présenté à la Société anatomique par M. Fano, le lobe gauche de la thyroïde était remplacé par un corps osseux du volume d'une (grosse noisette. Ce corps osseux, divisé à l'aide de la scie, a présenté des cloisons osseuses qui le partageaient en compartiments à la manière d'une grenade : les vacuoles étaient remplies par une matière solide.
Testicules. On dit avoir vu des testicules osseux ou pierreux. Guerbois fait mention de deux testicules osseux dans leur centre, c[ui furent extirpés par Antoine Dubois.
Mamelles. On a parlé de mamelles osseuses : mais la densité des corps fibreux mammaires peut en avoir imposé à cet égard. D'un autre côté, les corps fibreux mammaires peuvent s'ossifier ou se pénétrer de phosphate calcaire. On conçoit que ces corps fibreux ossifiés aient pu en imposer pour la glande elle-même.
Ossification des ganglions lyjnphaligues. Rien de plus commun que de voir les ganglions lymphatiques pénétrés de phosphate calcaire. Ces incrustations calcaires ne s'observent guère qu'à la suite de la tuberculisation de ces organes. La substitution du phospliate calcaire à la matière tuberculeuse, voilà , ai-je dit , le grand moyen de guérison des tubercules. Or, on rencontre tous les jours cette lithiase dans les ganglions bronchiques et dans les ganglions mésentériques. Dans les ganglions bronchiques la matière calcaire se trouve mêlée à la matière noire. Quelquefois ces ganglions conservent leur forme et leur volume , d'autres fois ils sont plus petits; dans d'autres cas les ganglions pétrifiés sont beaucoup plus considérables que les ganglions normaux. J'ai vu ces ganglions pétrifiés occuper non-seulement l'angle de la bifurcation de la trachée , mais encore longer la partie libre des bronches , pénétrer l'épaisseur des poumons avec les tuyaux bronchiques auxquels ils adhèrent intimement.
et avec lesquels j'ai vu communiquer ces espèces de foyers de matière pierreuse ou calcaire.
Qui n'a observé des ganglions lymphatiques du mésentère pénétrés de phosphate calcaire disposé en fragments compactes et fragiles, ou en bouillie calcaire. C'est le mode deguérison lepiusordinairedestubercules decesganglions.
J'ai vu à Taine d'une vieille femme une tumeur du volume d'un œuf de dinde en grande partie pétrifiée. C'était un ganglion lymphatique.
Ossification des poumons.
J'ai vu un cas bien positif d'ossification des poumons. L'os était spongieux et présentait tous les caractères du tissu osseux normal. La lithiase des poumons est aussi fréquente que son ossification est rare; aussi Bayle avait-il admis une phthisie calculeuse qu'il faisait consister dans le développement de concrétions pierreuses, lesquelles sont quelquefois rendues par l'expectoration. Or la filiation des faits a démontré que, bien loin de constituer une espèce de phthisie, les concrétions phosphatiques, crayeuses, d'une dureté pierreuse, quelquefois teintes en noir, sont un des principaux modes de guérison des tubercules pulmonaires ; d'où la fréquence de ces concrétions au sommet du poumon. Ces concrétions pierreuses pulmonaires coïncident d'ailleurs presque toujours avec des concrétions pierreuses bronchiques , lesquelles aussi ont été quelquefois rendues par l'expectoration.
Ossification de l'utérus.
Je ne connais aucun exemple d'ossification du tissu propre de l'utérus. Les pierres ou concrétions de cet organe ne sont autre chose que des corps fibreux qui se sont pénétrés de phosphate calcaire. Cette pétrification est le mode le plus ordinaire de l'atrophie des corps fibreux utérins. Or voici les trois formes principales que présente
TREIZIÈME CLASSE. DEvS MÉTAMORPHOSES. 863
cette pétrification : V Une croûte calcaire (juelquefois extrêmement épaisse enveloppe le corps fibreux, lequel subit alors presque toujours une altération dans son tissu, tantôt une sorte de momification, tantôt une décomposition putride. 2° Point de croûte calcaire, mais des ostéides disséminés dans l'épaisseur du corps fibreux : ces ostéides sont plus ou moins nombreux, réguliers ou irré(]uliers dans leur forme, quelquefois globuleux. S*^ Le corps fibreux tout entier est converti en une pierre plus ou moins compacte, avec ou sans interstices remplis de tissu fibreux. J ai vu des cas dans lesquels le col, et surtout le corps de l'utérus, semblaient au premier abord avoir été transformés en une masse pierreuse ; mais une dissection attentive m'a démontré que cette prétendue transformation du tissu de Tutérus n'était autre chose qu'un corps fibreux pétrifié, entouré du tissu de Tutérus atrophié.
Ossification du placenta (i).
Rien de plus commun que de voir le placenta ossifié ou plutôt pétrifié. Toutes ou presque toutes ces pétrifications ont lieu du côté de la face utérine du placenta. On peut en distinguer deux espèces : dans Tune, c'est une coque pierreuse ayant deux, quatre, six millimètres d'épaisseur, recouvrant uniformément ou par larges plaques la face utérine du placenta sans pénétrer dans son épaisseur; dans l'autre, ce sont des espèces d'aiguilles osseuses qui pénètrent le placenta et qui le traversent dans tous les sens, en procédant toujours de la face utérine vers la face fœtale. Le siège des ossifications par plaques paraît être dans la membrane fibreuse extrêmement ténue qui recouvre chaque cotylédon, tandis que le siège des concrétions en aiguilles distinctes ou groupées, pénétrant dans l'épaisseur du placenta, est bien
(i) Voy. Anatomie pathologicfue du corps humain^ XVI* livr., explication de la planche i.
évidemment dans les vaisseaux artériels. Le placenta, dont Ja vie ne doit durer que neuf mois, présente souvent cette pétrification sénile qui n'exei ce pas sur la santé du fœtus une aussi grande influence qu'il le semblerait au premier abord. Il est probable cependant qu'elle doit être la cause de plusieurs accoucbements prématurés.
Pétrification du fœtus.
Ce qu'on appelle pétrification du fœtus ne doits^entendre que d'une croûte calcaire plus ou moins épaisse qui enveloppe le fœtus en totalité ou en partie. Tous les tissus, tous les organes sont desséchés, momifiés, absolument comme si le fœtus avait été conservé sous un sable brûlant.
J'ai fait représenter et décrit avec détail (XVIH" livr., pi. IV ) un fœtus encroûté de phosphate calcaire et momifié, observ hez une femme de soixante-dix-sept ans , morte quarante-sept ans après avoir éprouvé tous les symptômes d'une grossesse extra-utérine probablement ovarienne; et dans la XXXVP livraison, planche i, j'ai également fait représenter im cas de grossesse péritonéale chez une femme qui mourut dix-huit ans après avoir éprouvé tous les signes d'une grossesse. Ce dernier cas m'a offert les caractères suivants :
Au-dessous du kyste d'enveloppe, qui n'était autre chose que la membrane de l'œuf exactement moulée sur le corps du fœtus, se voyait une croûte calcaire, que l'analyse chimique a démontré être presque uniquement composée de sels de chaux. Cette croûte enveloppait la totalité du fœtus autour duquel elle formait une coque de 2 niillimètres, et même, dans quelques points, de k millimètres d'épaisseur : au-dessous de cette coque se voyaient la peau et tous les organes parfaitement conservés dans un état de mollesse et de flexibilité qui aurait permis leur dissection ; le cerveau et la moelle épinière étaient seuls convertis on une matière {»ra«se concrète.
Des kystes osseux en (jénéral.
Rien de plus fréquent que de voir les kystes de tovaire transformés en kystes osseux, mais cette pétrification ne s'observe que dans les kystes d'un petit volume.
Sur le cadavre d'une vieille femme , j'ai vu une tumeur osseuse attachée à l'angle supérieur {jauche de l'utérus : c'était un kyste osseux ou plutôt pétrifié, dont les parois avaient de 3 à 4 millimètres d'épaisseur; il contenait un liquide gélatiniforme.
Dans un autre cas que j'ai eu occasion d'observer, un kyste pierreux de l'ovaire du volume des deux poings réunis, était tellement épais et résistant qu'on fut obligé de l'ouvrir à l'aide de la scie.
Rien de plus fréquent que de trouver ossifiés en totalité ou en partie les kystes adventifs des acéphalocystes ; mais, pour cela, il faut que les acéphalocystes soient mortes, et par conséquent que le kyste ne soit pas soumis à des causes permanentes de distension. Je considère l'ossification ou la pétrification complète des kystes comme un mode de guérison spontané des kystes acéphalocy stc 3. Il existe dans les cabinets delà Faculté un kyste osseux du volume d'une petite pomme contenu dans l'épaisseur de la raie. J'ai la conviction que ce kyste avait contenu des acéphalocystes.
Il n'est pas rare de rencontrer dans les kystes sébacés de la matière calcaire sous forme de sable, de gravier, de petites masses.
Il est plus rare d'en voir se produire dans un hygroma ; en voici un exemple : Dans un hygroma du coude, du volume d'une orange, qui m'a été donné par M. Jarjavay, il existait une grosse masse calcaire peu régulière, conoide, de 2 pouces 3 lignes de long sur 13 lignes de largeur et 11 lignes d'épaisseur; concrétion ([ui naissait des parois du kyste par son extrémité la plus considérable et n'avait pas partout la même dureté. Une matière crétacée pul- III. 55
vérulente remplissait le reste de la poche. Il aurait été curieux de savoir si celte pièce pathologique avait appar tenu à un goutteux.
On peut classer parmi les kystes osseux le cas d'une vésicule biliaire convertie en une coque osseuse remplie de calculs biliaires : bien entendu que cette vésicule était complètement isolée des voies biliaires : dans un autre cas , la vésicule également osseuse était divisée en deux parties par un rétrécissement.
Ossification ou pétrification des lipomes. Les lipomes présentent quelquefois des concrétions calcaires. Tai vu un lipome situé à la région fessière qui contenait dans son épaisseur des concrétions ossiformes. J'ai supposé que ces concrétions étaient le résultat de la pression exercée sur ce lipome dans l'attitude assise. Dans un autre cas présenlé à la Société anatomique , un lipome divisé par des cloisons fibreuses offrait dans l'épaisseur de ces cloisons non point de simples concrétions, mais de petits osselets dont plusieurs avaient la forme du marteau. On voyait aussi, dans divers points, de petites productions cartilagineuses.
Ossification ou pétrification des corps fibreux. Ce sont de véritables incrustations calcaires que les ossifications des corps fibreux dont j'ai indiqué ailleurs les diverses variétés (voy. Corps fibreux). C'est à ces pétrifications qu'il faut rapporter les pierres de l'utérus dont il est question dans les Mémoires de l'Académie de chirurgie.
Pour terminer cette étude des métamorphoses et productions osseuses , il me reste à dire quelques mots sur les exostoses et sur les ostcophytes.
Des productions osseuses (exostoses, osleophytcs).
On chercherait vainement à établir une autre différence qu'une différence de forme et d'implantation entre Xexos*
tose et Yostéophyte (1). Toutes deux sont des hypertrophies circonscrites qui naissent d'un os : mais tandis que Texostose naît par une large base et fait corps avec l'os, dont elle semble n'être que le développement hypertrophiqiie, Fostéophyte est une végétation, une excroissance accolée, implantée sur les os dont elle semble ne point faire partie constituante et auxquels elle ne tient souvent que par un pédicule étroit : mais je le répète, cette différence n'est qu'une différence de forme, d'implantation; car on pourrait dire à la rigueur que les exostoses ne sont autre chose que des ostéophytes à large base, de même que les ostéophytes ne sont autre chose que des exostoses pédiculées.
Les ostéophytes peuvent être simples, c'est-à-dire exclusivement constituées par du tissu osseux ; ou bien ils peuvent servir de base à d'autres productions et plus particulièrement aux productions cartilagineuses ; d'où les ostéochondrophytes dont j'ai déjà parlé : on peut également admettre des ostéofibrophytes, des ostéochondrophytes. Il faut bien se garder de confondre ces diverses espèces d'ostéophytes, lésions inoffensives, avec les tumeurs ostéocancéreuses (2).
Ainsi, le mot exostose {cjuod ex ossibus nascitur)^ mot générique, doit s'appliquer à toutes les excroissances des os. Le mot ostéophyte est particulièrement réservé aux exos-
(i) C'est Lobstein qui a introduit dans la science la dénomination à' ostéophy tes {Anatomie pathologicjue, t. 11^ ip. i4o}j sur lesquels Albers, professeur de médecine à Bonn, a fait un très bon ménioire. Voy. aussi le mémoire du professeur Roux Sur les exostoses et sur les opérations qui leur conviennent (Revue médico-chirurgicale y février 1847).
(2) Je ferai remarquer à ce sujet que, de même qu'il existe un cancer fibreux^ lequel a pour charpente le tissu fibreux le plus dense, il existe aussi un cancer cartilagineux qui a pour charpente du cartilage et qu'on pourrait, par conséquent, appeler cancer cartilagineux ^ et un cancer osseux qui a pour charpente du tissu osseux. L'élément cartilagineux et l'élément osseux ne sont pas plus exclusifs de la dé;;énéiation cancéreuse que l'élément fibreux : les uns et les autres jouent dans ce cas le rôle de charpente et rien de plus.
toses pédiculées ou végétantes, à la manière d'apo}3liyses, de tubercnles ; et le mot exostose aux tumeurs osseuses à large base. Les uns et les autres sont solitaires ou multiples.
Structure générale des exostoses et ostéophytes.
A. Exostoses. Les exostoses peuvent être spongieuses ou compactes dans toute leur épaisseur; et leur spongiosité, de même que leur compacité, peut présenter divers degrés. Il est des exostoses compactes dont la compacité et la densité dépassent de beaucoup la compacité et la densité du tissu compacte naturel des os ; ce sont les exostoses éburnées. H est un grand nombre d'exostoses qui sont compactes dans leurs couches superficielles, et spongieuses dans leurs couches profondes. Il en est d'autres qui sont , au contraire, spongieuses à leur surface, compactes et ménje éburnées à leur centre : tel était le cas d'une exostose née du bord postérieur de la mâchoire inférieure, qui me fut remise par Blandin. Cette tumeur était spongieuse dans sa couche superficielle et complètement éburnée, semblable au rocher dans le reste de son épaisseur, il en est dont la coupe présente une sorte de mélange de tissu compacte et de tissu spongieux. Enfin, il est des exostoses creuses, kysteuses ou celluleuses à larges mailles, des exostoses niulliloculaires.
Comme type d'exostoses kysteuses, je renvoie à deux pièces du musée Duj)uytren , précieux héritage de TAcadémie royale de chirurgie : ce sont deux énormes tumeurs qui semblent la répétition Tune de l'autre , toutes deux formées aux dépens de l'os maxillaire supérieur : ces tumeurs sont creusées d'une cavité considérable qui devait contenir un corps fibreux. J'ai vu une exostose à coque du volume d'une noix, qui avait été enlevée de la surface d'un os (je n'ai pas noté lequel), à l'aide d'un trait de scie, chez un jeune homme de vingt-deux ans. La matière con" tenue était seml)lal)le à du mastic de vitrier.
Il est des exostoses périosliques , des exostoses tnédullaires ou énostoses et des corps osseux enkystés.
i^ Les exostoses périosticjues ou exostoses proprement diles snni les plus fréquentes : ce sont des monticules ordinairement hémisphériques plus ou moins considérables qui naissent de la surface d'un os par une large base. Elles sont uniques ou multiples : c'est surtout au crâne et à la face qu'on rencontre des exostoses multiples.
Le développement des exostoses circonscrites me paraît se faire par superposition, c'est-à-dire par l'application de couches successives intermédiaires au périoste et à l'os. Ce mode de formation se démontre aisément par l'étude de l'évolution des exostoses dont le tissu poreux [)luiôt que spongieux, et comme grenu dans les premiers temps de sa formation, n'a pas encore acquis la compacité des os sur lesquels elles sont implantées.
Il est d'ailleurs fort rare que les os qui servent de support à l'exostose ne soient pas eux-mêmes hypertrophiés. Lorsque l'exostose a acquis tout le degré de densité dont elle est susceptible , on dirait que sa couche corticale se continue avec la lame superficielle de l'os d'implantation.
2° Les énostoses ou exostoses médullaires sont des végétations qui naissent des parois du cylindre osseux des os longs et qui proéminent dans sa cavité. On peut les diviser en circonscrites et en non -circonscrites : celles-ci remplissent tout le cylindre tandis que les exostoses circonscrites n'en occupent qu'une partie. Il est encore des énostoses qui ont la forme pyramidale, à base adhérente. Ne pourrait-on pas considérer comme des énostoses, par rapport aux os du crâne, les exostoses qui naissent de la surface interne de ces os? La voûte du crâne est le siège le [)lus ordinaire de ces énostoses ou exostoses internes. On trouve au musée Dupuytren, sur le même crâne, deux exostoses très volumineuses, Tune frontale, l'autie pariétale, dont chacune présente son tiers externe implanté
87 0 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉHALE.
sur Ja surface externe, et ses deux tiers internes implantés sur la suriace interne des os du crâne ; ou plutôt on dirait qu'une portion du crâne a été remplacée par un énorme tampon sphéroïdal dont la structure est éburnée : ici poreuse, là non poreuse.
3° Exostoses interstitielles. Existe-t-il des exostoses interstitielles, c'est-à-dire des exostoses qui se développent dans répaisseur des os, aux dépens de la couche intermédiaire à la table externe et à la table interne des os du crâne, ou au milieu de Tépaisseur des parois des os longs ? C'est une question qui ne me paraît pas encore résolue d'une manière positive. Ainsi j'ai vu des exostoses circonférentielles, je veux dire occupant toute la circonférence d'un os long et se présentant sous la forme d'un renflement ovoïde considérable, dont la coupe, à l'aide d'un trait de scie vertical, offrait les particularités suivantes :
La couche superficielle de la tumeur, très compacte, semblait se continuer avec la lame la plus superficielle de l'os sain ; sous cette croûte compacte se voyait un tissu spongieux, puis du tissu compacte, puis enfin du tissu spongieux. J'ai constaté la uiéine disposition pour des exostoses circonscrites à un point de la circonférence de l'os. Or, pour moi, les exostoses dites interstitielles ne sont autre chose que des exostoses périostiques.
k^ Corps osseux enkystés. I^es seules exostoses interstitielles que je connaisse sont des corps osseux développés dans l'épaisseur d'un os, masse sphéroïdale plus ou moins régulière, déposée en quelque sorte au sein des os à la manière des corps fibreux au sein de l'utérus : ces corps osseux soulèvent les couches osseuses (|ui les recouvrent au fur et à mesure qu'ils se développent, les amincissent et finissent par les détruire : or, bien que ces corps osseux ne m'aient j)as paru présenter de continuité manifeste avec la coque osseuse dans laquelle ils sont contenus, il est bien probable qu'ils y tiennent par quelque point.
Ces corps osseux sont mamelonnés à leur surface et les mamelons séparés par des sillons plus ou moins profonds; leur tissu est très dense; leur grain très fin. Ils sont plutôt poreux que spongieux. Ces pores sont bien évidemment des conduits vasculaires.
Les trois cas de corps osseux enkystés que j'ai observés appartenaient à la région fronio-orbito-ethmoïdale. Le premier qui a été présenté à la Société anatomi(jue par M. Weiss, était développé dans le sinus frontal auquel il ne paraissait adhérer par aucun point de sa surface. Le deuxième fait est celui qui a été extirpé si habilement par M. Maisonneuve, chez un individu affecté d'exophthalmie : l'opération a eu le plus grand succès. La tumeur est conservée au musée Dupuytren, sous le n^ 384 A : elle a été adaptée à une base de crâne, afin de bien faire comprendre sa disposition. Une moitié était contenue dans la cavité orbitaire droite; l'autre moitié dans la narine> La troisième tumeur, déposée au musée par M. le professeur Jobert, sous le n° 384 B, est énorme. Une partie proémine dans le crâne au niveau de la lame criblée et soulève la dure-mère, c'est la moindre partie; la principale partie proémine dans la fosse nasale et a détruit la table antérieure du frontal dont il ne reste que des vestiges. Cette partie frontale, qui est énorme, est irrégulièrement mamelonnée; et les mamelons inégaux sont séparés par des sillons plus ou moins profonds. Cette masse, du volume d'une pomme moyenne m'a paru adhérente à la face profonde de l'os frontal, mais adhérente à la manière d'une végétation qui reçoit simplement de l'os ses matériaux de nutrition par un j)oint très circonscrit de la surface.
B. Un mot sur les ostéophytes.
Les végétations qui naissent de la surface d'un os à la manière d'une plante parasite sont extrêmement fréquentes, bien plus fréquentes que les exostoses pro-
prement dites, et présentent des formes bien plus va riées.
Elles se produisent dans un très grand nombre de cii'constances.
!« Elles forment, dans des proportions diverses, la charpente de la plupart des chondrophytes , qui méritent presque toujours le nom d'osîéochondrophytes. Rappelons ici que, dans beaucoup de cas, à la production osseuse s'associe un dépôt amorphe de phosphate calcaire plus ou moins considérable.
2° Les ostéophytes se rencontrent quelquefois dans le cal des fractures , surtout lorsqu'il y a eu déplacement considérable : ce sont des crêtes , des pointes saillantes qui proéminent à la surface du cal ; souvent encore ce sont des masses irrégulières qui remplissent les intervalles (\u'i séparent les fragments; d'autres qui égalisent la surface du cal. J'ai vu dans des cas de ce genre des ostéophytes creux, à cavité unique ou à cavité multiloculaire.
S*' Ce sont des ostéophytes qui constituent les ankyloses invaginantes. Ex.:ankyloses invaginantes des vertèbres. Des pointes osseuses ou des tubercules osseux naissent souvent de la surface des gaines osseuses, des ponts osseux, ou des jetées osseuses (|ui sont les moyens d'union.
/*• Les ostéophytes constituent la base des articulations nouvelles ( néarthroses ), soit (|ue ces articulations nouvelles soient la conséquence d'une fracture non consolidée, soit qu'elles soient le résultat d'une luxation non réduite. La puissance ostéogéuique de l'économie n'apparait nulle pari d'une manière plus remarquable que dans le cas de luxation non réduite du fémur.
5» Cette réflexion s'applique, et à plus forte raison, aux cas de maladies articulaires par usure des cartilages d encroûtement ^ lorsque à l'usure des lamelles cartilagineuses succède celle des couches osseuses subjacentes : dans ce cas il se produit autour de l'articulation des végétations
qui semblent destinées à suppléer aux couches osseuses détruites ; végétations qui s'articulent entre elles, qui prolongent, élargissent les surfaces articulaires en même temps qu'elles les déforment : or ces végétations osseuses, ces tubercules osseux, ces tumeuis osseuses, se com- |)ortent de diverses ir.anières : les uns se séparent de Tos et constituent des corps étrangers, libres, articulaires; les autres, qui restent adhérents à Tos , s'usent à leur tour, bien qu'ils soient revêtus d'un cartilage de nouvelle formation ; les autres sont articulés avec les os auxquels ils sont unis par du tissu fibreux, si bien qu'on a pu croire que quelques-unes de ces masses osseuses étaient le résultat d'une fracture, d'une rupture de l'os, et non point une production nouvelle. J'ai vu une tête de fémur complètement détruite par la maladie que je décris, des végétations osseuses considérables entourant les débris du col de l'os, et constituant une grosse tumeur irrégulière, qui était reçue dans une cavité cotyloïde de nouvelle formation faisant suite à l'ancienne cavité cotyloïde extrêmement déformée.
6° Quelle source féconde d'ostéophytes dans les nécroses superficielles, interstitielles, profondes, partielles, de toute l'épaisseur des os, et dans ces caries et nécroses moléculaires, qui peuvent également occuper les mêmes régions.
1^ Les ulcères chroniques des parties molles , les phlegmasies du périoste, du tissu osseux, toutes les lésions morbides des parties qui avoisinent les os, et enfin le cancer des os, ne doivent pas être oubliés dans cette énumération des causes des ostéophytes.
8® Enfin il est des ostéophytes, et ceux-ci sont toujours multiples , qui tiennent à une diathèse particulière. k\ns\ Lobstein parle d'un vieillard de quatre-vingts ans dont lesos des extrémités supérieures et inférieures étaient tous alfeciés d'exostoses ou d'ostéophytes : il cite encore le cas
plus curieux d'ostéophytes amorphes innombrables sur la plupart des os du squelette observés chez une fille de quarante ans, sourde et muette de naissance.
J'ai été consulté pour une demoiselle suisse du Valais, âgée de douze ans, qui présentait un grand nombre d'exostoses et d'ostéophy (es survenus, disait-on, depuis trois ans : deux au tibia gauche, l'un pédicule, l'autre à base large ; il y en avait un troisième à base large au tibia droit; deux à riuimérus, Tun à la face interne , Tautre à la face postérieure de cet os ; plusieurs petites exostoses aux côtes et à l'omoplate. On m'a assuré que la sœur de cette jeune personne, moins âgée qu'elle, avait déjà des exostoses. J'ai soupçonné qu'une maladie syphilitique du père , incomplètement traitée, pouvait bien ne pas être étrangère à cette lésion. J'ai prescrit l'iodure de potassium.
Le squelette n» ^36 du musée Dupuytren , squelette d'homme, donné parRreschet, présente le type le plus intéressant qu'on puisse voir d'exostoses ou d'ostéophytes qui naissent de presque tous les os du squelette, et cela d'une manière presque symétrique. Il est aussi à remarquer que ces exostoses occupent en grande partie les attaches des muscles, comme si elles avaient été produites par traction ou bien par l'ossification des tendons. Je dois dire cependant qu'il en est un bon nombre qui ne sauraient s'expliquer de cette manière, car elles ne répondent nullement aux insertions tendineuses.
Le plus grand nombre de ces osténphytes se présentent sous la fi)rme d'apophyses styloïdes à base large, à direction rcctiligne, quelcjuefois unciforme, tantôt isolées, tantôt grouj>ées; d'autres se présentent sous l'aspect de mamelons, de tubercules plus ou moins considérables : du reste leur tissu est exactement semblable à celui de l'os : on dirait des apophyses normales.
Ces productions osseuses sont surtout remarquables 3ur la face exleme des os iliaques le long de la crête
de ces os : ce sont des monticules, des tubercules, des mamelons multiples : en arrière de la crête se voit une grosse tumeur du volume d'une noix dont la structure est spongieuse (1).
Les humérus présentent un groupe d'ostéophytes styloïdes ou tuberculeux au niveau et au voisinage de Tempreinte deltoïdienne : les fémurs en présentent plusieurs, surtout à leur partie inférieure, qui est déformée, comme aplatie d'avant en arrière: deux apophyses styloïdes naissent en dedans au-dessus de Textrémité inférieure du fémur gauche ; une seule naît de la même région du fémur droit. Une tumeur considérable du volume d'une grosse noix , sphéroïdale , à tissu spongieux , naît en arrière de la tête du péroné. Les parties inférieures du tibia et du péroné sont soudées par des jetées osseuses.
Formes des ostéophytes. Sous le rapport de la forme et delà structure, les ostéophytes peuvent se diviser en deux catégories : les uns ont une forme re^w/ière, naissent de Tos à la manière d'une apophyse naturelle , et ne présentent ni à leur surface, ni dans leur épaisseur les traces d'une production morbide; lesautres affectent les formes les plus variées, les plus irrégulières, et présentent les traces d'une origine morbide; ce sont les ostéophytes amorphes: ces derniers s'observent dans le cas de maladies propres des os (caries ou nécroses), ou lorsque les os sont situés au voisinage d'un travail morbide quelconque siégeant dans les parties molles. Ces ostéophytes sont crevassés à leur surface, hérissés d'aspérités, de lames, de lamelles irrégulières, percés de trous, sillonnés dans tous les sens : on pourrait les désigner collectivement sous le nom d'o5téophytes slalactiformes.
Parmi les ostéophytes les plus réguliers, je citerai ceux qui se produisent sous la forme styloïde et sous la forme
(i ) Il existe aussi sur ce squelette une exustose proéminente et mousse 9 la face postérieure de la symphyse.
pédiculée : leur siéjje de prédileciion est sans contredit la face interne du fémur, immédiatement au-dessus du condyle interne où ils se présentent tantôt sous la forme d'un sphéroïde soutenu par un pédicule pins on moins long, plus ou moins étroit , tantôt sous celle d'une apophyse styioïde cpii se termine soit en pointe, soit en
massue.
Je mentionnerai parmi les ostéophytes les plus intéressants, ceux qui naissent de la partie antérieure de la fosse iliaque interne (l),et ceux bien plus frétjuents qui se dévelopj^ent sur la face postérieure ou sur la face antérieure du rocher. Ces derniers naissent par des espèces d'aiguilles qui vont en rayonnant et se terminent au milieu d'une gangue fdDreuse; leur surface est en général mamelonnée.