Z^N CITY HO
D'après ce principe, que la présence des poils suppose nécessairement la présence d'un bulbe formateur, et par conséquent celle de la peau, il semblerait que tous les kystes pileux ovariques ou autres dussent constamment présenter dans leurs parois des traces de tissu cutané. Il n'en est pas cependant ainsi dans les kystes pileux de Tovaire. L'absence du tissu cutané est la règle, et sa présence l'exception, et encore jamais le kyste pileux n'est tapissé en entier par une membrane cutanée. Ce n'est que dans une région très circonscrite qu'on observe une peau parfaitement constituée, et voilà pourquoi la présence de ce tissu cutané dans les kystes pileux de l'ovaire a écbappé à la plupart des observateurs.
On trouvera dans la XVII I*^ livraison de V Anatomie pathologique ^ avec plancbes , deux exemples de kystes pileux de l'ovaire avec tissu cutané, qui peuvent servir de type pour ce genre de lésions.
Le premier (pi. III, fig. h) offre, à côté d'une plaque osseuse, une petite tumeur pédiculée , criblée de trous ^ par lesquels sortent des poils pourvus cbacun d'un bulbe. Cette petite tumeui-, examinée avec le plus grand soin, m'a présenté tous les caractères du tissu cutané.
Dans les figures 1, 2, 3 de la planche 5, on voit une masse pileuse ovoïde formée par des cheveux intriqués et comme feutrés, d'une longueur extiaordinaire, tenant aux parois du kyste à Taide d'une mèche bien peignée, dont la couleur était d'un châtain foncé. La partie du kyste d'où naissait la mèche était convexe et formait deux tumeurs séparées Tune de l'autre par un sillon vertical. Toute la surface de ces tumeurs était criblée de trous dont chacun correspondait à un follicule pileux. Une partie de cette surCace était dégarnie de poils; mais m. 58
/ '^ 914 XiSATOMlE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
sur la partie qui en était pourvue, on les voyait sortir V au fond de ces trous ou pores. Il ne m'a pas été difficile de reconnaître dans la membrane d'où naissaient ces poils un tissu cutané parfaitement organisé. En outre, Tune de ces tumeurs, bifurquée à son extrémité inférieure, présentait deux petits étuis cornés, un véritable tissu unguéal qui revêtait les extrémités de cette bifurcation.
Je ferai remarquer : 1° que les poils des kystes pileux ont généralement beaucoup plus de rapport avec les cheveux qu'avec les poils proprement dits, et que dans les cas rares, où j'ai rencontré des portions de peau sur les parois de ces kystes, ces portions de peau présentaient une identité parfaite avec la peau du cuir chevelu.
Mais dans Timmense majorité des cas, il n'y a pas vestige de tissu cutané dans les kystes pileux de Tovaire. Les parois de ces kystes sont très résistantes, de structure fibreuse : leur surface interne, quelquefois lisse, est le plus souvent inégale , rugueuse , parsemée de plaques cartilagineuses ou crétacées. A cette surface interne sont attachés en plus ou moins grand nombre des poils tantôt isolés, tantôt groupés eu petites mèches.
Les poils des kystes de l'ovaire sont adhérents ou libres. Les poils libres sont disséminés au milieu d'une matière grasse, à la manière de la bourre dans du mortier. Les poils adliéients tiennent par une de leurs extrémités (ce cas est le plus rare), ou par un des points de leur longueur : les premiers sont pourvus d'un bulbe pileux, et s implantant dans un tissu cutané; les seconds sont dépourvus de bulbe et sont maintenus par un anneau ou cylindre fibreux, ou bien par une couche fibreuse très ténue et comme transparente, formée par les parois du kyste, quelquefois à l'aide de plaques crétacées.
Les kystes ovariques pileux contiennent souvent des dents et des portions de mâchoires dans lesquelles elles sont implantées. Ainsi, le contenu d'un kyste consiste ;
TREIZIÈMK CLASSE. DES MÉTAMOKPHOSES. 915
1° dans une matière grasse; 2° dans des poils libres; 3<^ dans des poils adhérents soit par une de leurs extrémités, soit par un des points de leur longueur.
Le contenant est un kyste fibreux, souvent parsemé de plaques crétacées, et présentant dans un grand nombre de cas, des dents de divers ordres, des portions de mâchoires faciles à reconnaître, et même des débris plus ou moins informes d autres parties du scjuelette : dans un petit nombre de cas, des fragments de tissu cutané tapissant la surface interne de la poche. Voilà tous les éléments dont se composent les kystes pileux ovariques.
Au plus bas degré de féchelle se voient des kystes à peine plus volumineux que des ovaires ordinaires, contenant une matière grasse et des poils libres ou adhérenls. Au plus haut degré, ce sont des kystes contenant des poils libres, des poils adhérenls par leur extrémité bulbeuse, un tissu cutané parfaitement constitué, ressemblant au cuir chevelu, des dents en plus ou moins grand nombre de première dentition, et suivant quelques auteurs de deuxième dentition, des portions de mâchoires facilement reconnaissables, et même quelquefois d'autres portions confuses du squelette : telle est la série des faits qui me paraissent établir (1) : V que la présence des poils dans les kystes de fovairene peut s'expliquer que par la présence d'un tissu cutané; que si Ton ne trouve pas constamment du tissu cutané, c'est que ce tissu auia été détruit ou plutôt transformé en tissu fibreux, par suite du travail morbide ([ui a lieu nécessairement dans ces poches accidentelles.
La production des poils dans les kystes pileux pourrait donc s'expliquer par la production d'un tissu cutané de nouvelle formation. Mais avec cette théorie comment se
(i) Voy. Anatoniie patholociique avec planches^ XVIJI* livr , texte des planches 3, 4^ ^i *^^ ^'^Y Adhésions^ kystes parasitaires^ t. I, p. 3(33; Kystes pileux ovariijues^ t, III, p. 58o.
rendre compte des kysles pileux avec présence de dents , présence d'alvéoles, de portions parfaitement distinctes d'os maxillaires, du squelette. Or, je crois avoii" établi que la conception extra-utérine dans l'immense majorité des cas (1), que l'inclusion parasitaire, dans quelques cas, répondent pleinement à tous les faits, et que lidentité de la lésion n'excluait pas ce double mode d'origine ; car ce qui importe essentiellement ici , c'est la présence d'un germe fécondé. Comment donc se rendre compte de la présence d'nn tissu cutané à la surface interne des parois du kyste de TovairePCe tissu cutané, comme les dents, comme les fragments de squelette, est le vestige d'un germe fécondé qui a été détruit en presque totalité dès les premiers moments de sa formation, et dont les débris vivants ont contracté adhérence avec la poche dans laquelle ils étaient contenus.
Ces débris vivants ont pu se développer ; les bulbes pileux de la portion crânienne de peau conservée ont produit les cheveux ; les germes dentaires contenus dans les alvéoles ont produit les dents de première dentition d'abord, puis de deuxième dentition; et enfin les |)ortions du germe fécondé qui devaient faire le squelette, conservées, fusionnées, ont produit ces masses osseuses informes qu'il est presque toujours impossible de déterminer.
Le fait d'inclusion scrotale que j'ai observé dans le service de M. Velpeau ("1) vient à l'appui de ces considérations. Chez cet individu, la tunieur scrotale présentait une zone de peau complètement insensible, contrastant en outre par sa blanchcui-, j)ar sa finesse, par l'absence de j)lis, par le duvet fin qui la recouvrait, avec la couleur brune, les j)lis, les poils longs et contournés du scrotum ; on eût dit d'un cas d'autoplastie dans le(|uel on amait
(i) \\\{\o. 58o, livr. III; — pajre 367, livr. I. (2) Toino 1, p. '^74-' «'i'-^-^»' «''"S Adhcsious,
TKEJZIÈME CLASSE. UES MÉTAiMOHPHOSES. 917
transporté sur le scrotum un lambeau considérable de peau appartenant à la face antérieure du bras. En outre, en arrière de la tumeur, existaient trois ouvertures fistuleuses, d'où suintait une matière crasse. Par une de ces ouvertures s'écbappait une touffe de poils excessivement fins, cpie le malade disait avoir observés dès la plus tendre enfance.
Évidemment les kystes pileux de Tovaire à parois cutanées appartiennent exactement à la même catégorie que ce cas d'inclusion scrotale, et trouvent dans ce fait une explication toute naturelle.
Les kystes pileux ovariens à parois cutanées, dont je viens de parler, ne sont pas les seuls qui contiennent des poils. On trouve aussi des poils, mais sans parois cutanées, soit à la suite de conceptions extra-utérines, quel que soit leur siège (les grossesses ovariennes y comprises), soit dans les inclusions parasitaires (1), lorsque le fœtus, libre de toute adhérence avec les parois du kyste, n'a succombé qu'après avoir parcouru le plus grand nombre des périodes de la vie fœtale. Il n'est pas rare de voir dans ce cas, à la suite d'un travail d'élimination, les cheveux du fœtus rendus par touffes avec les autres débris de son corps. Ce n'est que dans les kystes ovariques qu'on a trouvé des fragments de peau et de squelette adhérents aux parois de l'ovaire.
Kystes pileux sous-cutanés.
Renvoyant à ce que j'ai dit plus haut sur les kystes sébacés pileux (2), je me contenterai de rappeler que j'admets deux modes de productions de ces kystes pileux :
(i) J'ai dit rjue le jeune Bissieu, qui m'a servi d'exemple poui- linelusion parasitaire péritonéale, avait rendu par les selles une tuutïe de poils roulés sur eux-mêmes (livr. î, 377).
(2) Tome III, p. 340, classe des Métqmorplioses.
918 ANATOMIE PATMOLOGIQUK GÉNIÎKALE.
1° des kystes pileux constitués aux dépens d'un follicule pileux dons la cavité duquel s'accumule un nombre plus ou moins considérable de poils libres pelotonnés ; 2° des kystes pileux par production de toutes pièces d'un tissu cutané nouveau.
Des poils sur les membranes muqueuses.
J'ai dit que la présence des follicules pileux était le caractère le plus (général et le plus constant de la peau, et leur absence le caractère des membranes muqueuses. Cela est vrai en [général : cependant il y a quelques exceptions à cet é^ard, et sans parler des poils normaux de la caroncule lacrymale, des poils qu'on pourrait considérer comme normaux de la face interne des grandes lèvres ; de ceux qu'on rencontre (juelqueiois sm^ la conjonctive palpébrale, Tanatomie comparée nous en fournit un exemple remarquable dans les voies di[]estives des grands aniu)aux herbivores et surtout chez le cheval. Des faits de ce genre ont été plusieurs fois l'objet de communications à la Société anatomique par M. Maillet, chef de clinique à Técole d'Alfort, médecin vétérinaire des plus gïandes espérances (1).
Ces faits que j'ai étudiés avec beaucoup de soin, et dont je puis garantir Tauthenticité , établissent (ju'il existe des poils apparents, à la vue simple, chez presque tous les chevaux : 1° au pylore et à l'origine de l'intestin grêle; 2" dans la portion repliée de Tare du côlon , surtout vers les courbures pelvienne et gastiique : chez beaucoup de chevaux, mais moins fréquemment que dans les régions
(i) Voy. Bulletins de la Société anatomique, i 836, Bulletin n" 8, et le Compte rendu des travaux ppiidanl la niêm(; année, p. SyS. Les observations de M. Maillet ont été faites sur prèa de ?.oo chevaux : il lui a été impossible de les découvrir sur lo ou 12 clievaux ; il est vrai (|ue toutes ses observations ont été' faites a la vue simple. De nouvelles recherches doivent êfre faites avec des loupes (grossissantes.
précédentes , on trouve des poils : 1° dans toute l'étendue de l'intestin côlon; 2° dans le cœcum, surtout vers l'insertion de rintestin grêle; 3° dans Tintestin grêle, au voisinage des canaux biliaire et pancréatique; jamais ni dans le tiers moyen de Tintestin grêle, ni dans le rectum, presque toujours dans la portion pylorique ou épithéliale de Testomac, jamais dans la portion cardiaque ou épiderraique de cet organe.
Quant aux caractères des poils intestinaux, leur longueur est très variable; le plus ordinairement elle ne dépasse pas une ligne et demie, deux lignes ; il est des poils qui sont si petits qu'ils sont presque imperceptibles. Les plus longs sont en général ceux qui se trouvent sur des groupes de follicules muqueux ; ils sont plus longs au pylore que dans le colon, et dans celui-ci que dans le cœcum.
La couleur de ces poils est en général de la même nuance que celle de la peau. îl y en a qui ont la grosseur d'un crin; d'autres, et ce sont les plus nombreux, sont excessivement déliés ; tous ont à leur base un renflement bulbaire. Relativement à leur nombre, on en voit des miU liers vers le pylore, on en trouve aussi beaucoup dans les courbures pelvienne et gastrique du côlon, beaucoup moins au cœcum et dans le reste du côlon où ils sont clair-semés.
Ces poils existent-ils cbez les animaux autres que le cheval? M. Maillet les a cherchés inutilement sur la muqueuse digestive de la chèvre et du mouton. Il en a trouvé une fois dans le feuillet d'une vache.
Les poils manquent chez les carnivores, sur le chien en particulier. Je les ai cherchés inutilement dans l'espèce humaine; et je suis porté à croire , avec M. Maillet, que les usages des poils sur la muqueuse des grands herbivores sont de protéger mécaniquement cette muqueuse.
920 ÂNATOMIE PATHOLOGIQUi: GÉNÉRALK.
contre l'action irritante des aliments fibreux dont ils se nourrissent (1).
Un mot sur la pilimiction (2) : V II n'est pas douteux ([ne des kystes pileux ovaricpies ou autres , suite de conception extra-utérine ou d'inclusion parasitaire, jkîuvent s'ouvrir dans la vessie comme ils s'ouvrent dans le rectum, et devenir la source d'un pilimiction. Le cas si remarquable observé par le bien regrettable professeur Delpech est un type de ce genre (3).
(i) Ces poils ont été trouvés par MM. Rayer et Davaine, et ('tudic's par eux avec beaucoup de soin sur la portion pylorique de l'estomac du cheval.
(a) Lire à ce sujet l'excellent mémoire de M. Rayer, sur le trîchiasis lies voies urinaires^ et sur la pilimiction {Gazette médicale de Paris j i85)).
(3) Observation d'une pilimiction reconnaissant pour cause un kyste pileux faisant saillie dans la cavité' vésicale. {Chir. clin, de Montpel' lier, t. II, p. 52 1, 1828). En voici le résume' : Femme de vingt-quatre an? , jrrosse pour la deuxième fois; douleurs vives de vessie; émission avec les urines de poils dont plusieurs sont chargés de concrétions 5alines. Les urines charriaient toujours des poils dont plusieurs furent extraits j)nr le mnri de la n)alade avec un crochet introduit dans l'urètre; elle accouche heureusement. Peu de temps après, Delpe(;h , appelé, soupçonnant la pre'sence d'un calcul ve'sical, fend la partie supérieure du canal de l'urètre et retire un petit calcul avec plusieurs mèches de poils. Le doigt, porté dans la cavité de la vessie, reconnaît d'autres poils qu'on extrait avec une pince à pansement : la malade va de mieux en mieux. Deux mois après, nouvelles douleurs avec expulsion de poils. On explore la vessie et l'on retire un corps gros comme un œuf de poule, présentant à l'une de ses extrémités un fragment de peau à Inquelle étaient implantés des cheveux, et renfermant un os semhlahle à V apophyse zygomalique. Cet os présentait un alvéole dans laquelle était logée une petite dent molaire. — Je rapprocherai de ce hiit le cas non moins remarquable publié par notre si honorable et si excellent collègue M. Hipp. Larrey {Mémoires de V Académie de médecine^ t. XII), et dont voici le résumé : Femme de trente-trois ans, trois grossesses ; tumeur du volunu; d'un œuf dans la région iliaque j;auclje ; abcès à Ihypogastre, suivi d'une hstule d'où sortaient du ;?u« , des poils et de ["urine. Émission <les poils avec Xurine; calcul ayant des poils pour noyau; extraction d'une tumeur pileuse et d'un calcul. Guerison,
TKEIZIÈME CLASSE. DKS MÉTAMORPHOSES. 921
2° Il est également hors cle doute que des poils ont été trouvés au centre d'un calcul urinaire, et la présence de ces poils pourrait sans doute être la conséquence de Touverture d'un kyste pileux dans la vessie; raais dans le cas suivant, qui est le seul de ce genre que je connaisse et que j'ai rapporté dans mon premier ouvrage (1), il estplus que probable, il est même certain que la mèche de cheveux qui servait de noyau au calcul avait été introduite par le canal de l'urètre par une main monomaniaque. Voici cette observation :
Le 2 3 juillet 181 /i, un chirurgien anglais nous montra, à la clinique de Dupuytren, un calcul urinaire formé par du phosphate de chaux et du phosphate ammoniaco-magnésien, ayant pour noyau une nièche de cheveux. Cette mèche était très longue : une de ses extrémités était bouclée et semblait se terminer par un tissu lanugineux; Tautre extrémité était roide, encroûtée de phosphate calcaire qu'on avait pu prendre pour les bulbes des poils. Cette pierre avait été retirée, à Londres, de la vessie d'une dame de qualité, de mœurs pures, qui assura ne s'être jamais rien introduit dans la vessie. Le chirurgien anglais était persuadé que la mèche de cheveux s'était formée dans cet organe, d autant plus, disait-il, que sa couleur n'était pas celle des cheveux de la malade : mais il nous a paru beaucoup plus probable qu'elle y avait été introduite. Il est des fenunes qui, pour satisfaire des goûts dépravés, ont poussé par mégarde des corps étrangers jusque dans la vessie. On a vu des malheureuses le faire pour prolonger leur séjour dans les hôpitaux. Mais il en est chez qui c'est une espèce de folie. Telle était une dame qui, sans aucun motif raisonnable, faisait accroire à son mari que des morceaux de porcelaine se formaient dans sa vessie, et continua longtemps son manège, malgré les douleurs
(i) Essai sur l'anat. pathol.^ i8i6, t. II, p, 178,
que devait causer rintroduction et l'expulsion de ces corps étrangers. Telle était encore cette femme qui fut reçue à Ihôpital Saint-Antoine , du temps de Brasdor, et opérée par le bas appareil, pour retirer des petits cailloux qu'elle avait fait parvenir jusque dans la vessie. A peine guérie, elle répéta la même introduction, nouvelle opération. Enfin elle en introduisit un si considérable qu'on fut obligé de recourir à la taille hypogastrique à laquelle elle succomba.
M. Rayer, alors mon collègue d'internat à l'Hôtel-Dieu et qui assista, à la clinique de Dupuytren le jour de la présentation du calcul, ajoute un détail (1) que j'ignorais, et qui établit le fait de l'introduction des cheveux d'une manière positive, c'est qu'il fut reconnu plus tard que les cheveux étaient liés par un fil.
Mais les poils peuvent-ils se former dans les voies urinaires ? L'anatomie pathologique se tait complètement à cet égard. M. Rayer, dans ses savantes recherches , n'a trouvé (jue le passage suivant de Bichat (2), (jui établisse la possibilité de Texistence des poils dans les voies urinaires et sur les muqueuses en général. « Quelquefois, dit » Bichat, il se forme des poils à la surface interne des » membranes muqueuses : on en a vu dans la vessie, » l'estomac, les intestins; divers auteurs en citent des » exemples : ]en ai trouvé sur les calculs du rein ; la vési- » cule du fiel m'en a offert aussi une douzaine d'un pouce à » peu près et qui étaient évidemment implantés à sa » surface. »
J'ajouterai , avec M. Rayer, qu'il est regrettable qu'en présence d'un fait aussi rare Bichat se soit borné à un sim[)le énoncé, et n'ait rien dit de l'état de la membrane
(i) Loco citaio^ V'^Q^ 4^«
(i) Buthal {Atiatomie qénérale)^ nouvelle (Mlilion, i83o, t. II, p. 534»
muqueuse du bassinet , et des calices (1) dans le cas de calculs rénaux qu'il a observés.
A défaut de preuves directes du développement des poils sur la muqueuse des voies urinaires et sur la vessie en particulier, peut-on admettre comme preuve indirecte de ce développement la présence de poils au milieu de calculs urinaires, ou certains cas de pilimiclion?
La présence de poils au milieu des calculs urinaires est-elle suffisamment établie par l'observation suivante de Maurice Hoffmann (2)?
Enfant de six ans. Ténesme vésical ; de temps en temps, expulsion de quelques poils avec les urines. L'enfant étant mort, on trouva dans la vessie deux calculs (que l'auteur a fait figurer) dont l'un était reçu dans l'excavation del'autre. Ce calcul double paraissait formé par une matière blanchâtre comme du plâtre. Des poils minces se trouvaient ça et là soit droits^ soit enroulés et parsemés de particules Jibro- muqueuses assez dures.
S'agissait-il de véritables poils ? Ces poils avaient-ils été formés aux dépens de la muqueuse de la vessie ou de celle du bassinet et des uretères?
Je crois devoir résoudre avec M. Rayer la première question par l'affirmative. Les données pour résoudre la deuxième question nous manquent complètement.
Quant aux cas de pilimiction , je n'en ai observé par moi-même qu'un seul exemple que je regarde comme positif. Il a pour sujet une dajue étrangère de la plus
(i) Relativement a»ix poils trouvés dans la vessie, J.-Fie'tl. Meelkel , après avoir dit {Mém. sur les poils^ Joiirn. complémentaire, t. IV) qu'il n'e'tail pas rare que la vessie fût he'risse'e de poils, ajoute que l'autopsie cadavérique n'a, dans aucun cas, démontré satjs réplique que ces poils se fussent formés réellement dans la vessie ou même seulement dans les voies urinaires.
(2) Trichiasis cum calcul© vesicae {jenuino sibi in medio incumbenti [Ephemerides nat. cur. cent. V et VI, obs. 4^, rapporté par M. Rayer, op. cit^ page '3),
j>rande distinction et de la plus haute vertu , âgée de cin- (juanle ans, d'une forte constitution, à système pileux très noir et très développé. Cette dame éprouvait quelquefois de légères coliques néphrétiques. Je la priai de me conserver ses urines. Quel ne fut pas son étonnement de trouver avec du sable rouge une certaine quantité de petits poils comparables aux poils des cils ! Je constatai le fait; mais je fus loin d'être convaincu sur l'origine des poils ; je crus même que c'étaient quelques poils détachés des parties génitales qui étaient tombés dans le vase de nuit. Je priai la malade d'uriner chaque fois dans un vase bien propre et de verser ses urines sur un fdtre. Toujours même phénomène. J'épuisai toutes les hypothèses pour expliquer le fait ; je soupçonnai même une monomanie qui aurait porté la malade non à introduire des cheveux coupés fins dans sa vessie, mais à en jeter dans son urine. Pendant trois ans au moins que cette malade est restée soumise à mon observation , le même phénomène s'est ju^oduit, et j'ai dû admettre le fait comme positif, sans pouvoir m'en rendre compte.
N'est-ce pas à la même catégorie que doit être rapporté le fait de M. le docteur Paulin décrit avec délail par M. Rayer (1) ?
Une dame de province fut toute surprise de voir de [)etits poils dans le vase (pii avait reçu l'urine de son enfant. Tves précautions les plus grandes furent prises pour éviter toute erreur. Le même phénomène se reproduisit pendant j)lusieurs jours. Vivement préoccupée de ce phénomène, celte more conduisit à Paris son enfant pour consulter M. Paulin, son médecin ordinaire, qui fit uriner l'eufant en sa présence, et constata à son tour la présence de petits poils avec le s/diment de l'urine.
M. Paulin accompagna la mère et l'enfant chez
(i) Oj). cit., pa{;e 3|.
M. Rayer, auquel il remit une partie du sédiuient urinaire qu'il avait recueilli. Exauiiné au microscope, ce sédiment présentait de petits poils isolés, des fragments de poils plus ou moins volumineux et de nombreux cristaux d'acide urique. Ces poils étaient reconnaissables au microscope par leur enveloppe cornée et par leur substance médullaire. Malheureusement l'enfant n'a pas pu uriner en présence de M. Rayer. Mais on ne saurait élever le moindre doute sur le fait de l'émission des poils avec Turine : le témoignage de la mère, celui de M. Paulin, les précautions dont ils s'étaient entourés, enfin la petitesse et la finesse de ces poils qui n'avaient point leurs semblables sur le corps de l'enfant , toutes ces circonstances entraînèrent la conviction de M. Rayer; plus tard la pilimiction disparut complètement.