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DES PRODUCTIONS ÉPIDERMIQUES

Ce sont les cors et les productions cornées : les verrues sont à la fois des productions dermiques et papillaires, et des productions épidermiques. Je m'occuperai d'abord de ces dernières.

Des vernies.

Les verrues ne sont pas, comme les cors, des productions épidermiques et par conséquent non vivantes, ce sont à la fois des productions dermiques, papillaires et épidermiques, des excroissances ou végétations cutanées : elles occupent en général la face dorsale de la main et des doigts, et par conséc[uent elles ne sont pas, comme le cor aux pieds, le résultat mécanicjue d'une pression qui provoque une sécrétion surabondante avec modification de l'épiderme.

Les verrues sont vivantes, vasculaires, et fournissent du sang quand on les écorcbe. J'ai vu, en 1854, un paysan

limousin qui avait beaucoup de peine à arrêter les hémorrhagies de grosses verrues qui s'entaîiiaient souvent par le fait de son travail. Ce paysan, âgé de cinquante-six ans, qui portait sur la face dorsale de la main et des doigts et sur la partie latérale de ces derniers, surtout au voisinage de la région dorsale, un très grand nombre de verrues de toutes dimensions, m'a dit que ces verrues existaient chez lui depuis l'âge de douze ans, et que depuis cette époque elles s'étaient succédé continuellement ; il en avait de tous les âges. Celles qui étaient à Tétat naissant semblaient un petit épaississement dermique et épidermique; celles qui étaient plus anciennes constituaient des excroissances papillaires juxtaposées dont chacune était recouverte d'un étui épidermique. Les plus anciennes étaient comme tronquées, et leurs papilles munies de leurs étuis épidermiques beaucoup plus distinctes et même séparées les unes des autres, ce qui donnait à ces verrues un aspect fenddié.

Quand on coupe verticalement une verrue un peu volumineuse, prise sur le cadavre ou sur un individu qui a voulu s'en débarrasser, on voit que le chorion , l'épiderme et le corps papillaire concourent à sa production ; que la verrue est essentiellement constituée par une agglomération de papilles considérablement développées et juxtaposées, parallèles, indépendantes, fortement pressées les unes contre les autres et néanmoins faciles à séparer; que cha(|ue papille est pourvue de vaisseaux presque centralement placés qui parcourent toute sa longueur. Ou dit que le sang qu'elles fournissent a la propriété contagieuse. Cette opinion est trop généralement répandue pour qu'elle n'ait pas quelque fondement. Barruel père, chimiste distingué 5 m'avait montré dans le temps une traînée de verrues sur la face dorsale de sa main. Il affirmait qu'elles s étaient formées sur le trajet du sang qu'avait fourni la section d'une verrue.

Des cors.

Les cors sont des productions épidermiques circonscrites que Ton observe sur la face dorsale et sur la face latérale des orteils, au niveau des articulations phalangiennes, dans tous les points qui sont le sié^e d'une pression considérable par suite d'une chaussure plus ou moins serrée.

Voici ce que Tanatomie pathologique démontre :

Si l'on coupe un cor, ou mieux si on Textirpe, ce que certains pédicures font avec beaucoup d'habileté, on voit qu'indépendamment des couches épidermiques superficielles , le cor est essentiellement constitué par un noyau très dur, de consistance cornée, qui déprime plus ou moins profondément le derme , lequel est très aminci , comme atrophié à son niveau et semble même perforé.

Si Ton fait macérer l'orteil d'un cadavre qui porte un cor plus ou moins considérable, au bout de quelques jours le cor s'enlève avec facilité : une bonne partie, la partie superficielle, est convertie en farine, le centre, qui a résisté à la macération, est figuré comme un clou, et il n'est pas rare de voir le derme complètement perforé. On trouve assez souvent une petite bourse muqueuse entre le cor et l'os ; l'os lui-même présente quelquefois à ce niveau de petites végétations hypertrophiques ; jamais je n'ai vu de cor pénétrer dans l'articulation correspondante. Les filets nerveux correspondants sont quelquefois le siège d'une hypertrophie névriléraatique qui se révèle par de petits renflements gangliformes.

Des productions cornées.

En anatomie pathologique, on donne le nom de productions cornées a des excroissances ou à des lames d'appa-

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lence cornée , qui naissent accidentellement sur divers ])oints de la peau.

Renvoyant pour les détails aux fi^uircs et au texte relatifs à ces productions (pi. 6, VIlMivr.,etpl.3,XXIV'^livr.), je me contenterai ici d'une description succincte.

i^ Des ongles en forme de corne de bélier. Les ongles des orteils présentent quelquefois un développement extraordinaire qui porte à la fois sur leur longueur, sur leur épaisseur, sur leur forme et sur leur direction : celle-ci est reniar- ([uable , elle est curviligne et contournée en spirale à la manière d'une corne de bélier. Nous verrons que cette forme en corne de bélier est commune à toutes les productions cornées. Tel est Fongle du gros orteil, représenté figure 2 et 2', planche 6, VU*' livraison.

La face dorsale ou convexe de l'ongle est lisse et sillonnée par des stries parallèles à concavité postérieure dirigée du côté de la racine de Fongle. La face palmaire de Fongle est rugueuse, sans cohérence, et se morcelle avec la plus grande facilité : la coupe de Fongle présente des lignes ou stries qui attestent qu'il est constitué par des lamelles ou écailles superposées qui correspondent aux stries de la face dorsale.

Cette hypertrophie de Fongle (qu'on me passe Fexpression) ne doit pas être considérée comme le développement normal de Fongle abandonné à lui-même, mais il constitue un état morbide qui est la conséquence, moins du défaut de section de Fongle que d'une irritation exercée sur les papilles sécrétantes. Ainsi les ongles en corne de bélier du gros orteil s'observent souvent chez les vieillards qui gardent le lit depuis longues années, il me paraît infiniment probable que, dans ce cas, le poids des couvertures en appuyant sur l'extrémité libre de Fongle, détermine, par le fait de la compression, un tiraillement douloureux sur les papilles, d'où une sécrétion beaucoup plus active.

Productions épidermiques cornées accidentelles,

i'^ Production cornée Icunelleusc. Ce sont de véritables productions cornées que les lamelles dures qui recouvrent quelques cicatrices : ainsi j'ai vu plusieurs fois des cicatrices de la jambe revêtues d'une lame cornée tout à fait semblable à un ongle. Une cicatrice située au devant du tibia , mentionnée dans mon premier ouvrage (l), était recouverte d'une espèce d'ongle qui avait un pouce de long sur un demi-pouce de large.

Productions cornées en forme de cornes de bélier.

Sous le rapport du siège, les productions cornées présentent une particularité fort remarquable, c'est qu'on les rencontre au moins aussi souvent à la partie postérieure et interne des cuisses, au-dessus du creux des jarrets, que dans toutes les autres régions réunies, y compris même la face et le crâne. Plusieurs faits que j^ai observés à la Salpêtrière m'ont donné la clef de ce phénomène. C'est, en effet, du milieu de vergetures linéaires noires comme la peau du nègre, (jue j'ai vu naître plusieurs de ces concrétions cornées. Or ces vergetures attestent que la peau a été le siège d'une irritation répétée par l'usage immodéré de la chaufferette : c'est donc chez les femmes du peuple et dans les pays où l'usage des chauffeiettes est très lépandu qu'on rencontre le plus souvent ces productions cornées.

Du reste, les })roductions cornées peuvent occuj)er tous les points de la surface de la peau : nous assistons bien souvent à de semblables productions à la région faciale , où rien n'est plus commun que la formation de cornes en forme d'ergots de coq ou de griffes de chien, recouvrant

(l) Esiaiy t. ir, p. 200.

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des pa])illes plus ou moins pïoéminentes , tombant et se reproduisant avec la plus grande facilité.

Voici, du reste, Tanatomie j>athologique de ces productions cornées : Quels que soient leur forme et leur volume, elles présentent à leur base d'implantation une cavité remplie par une très grosse papille, qui est Torgane formateur, la matrice de cette production. Cette grosse papille est le résultat de l'agglomération de papilles filiformes pressées les unes contre les autres. Chaque papille est Forgane formateur d'une production cornée filiforme, et de l'ensemble de ces productions cornées filiformes résultent les productions cornées totales.

Ce mécanisme de la formation des productions cornées me paraît parfaitement démontré par le fait suivant : Pendant que j'étais médecin du Bureau central des hôpitaux, une femme se présenta à ma consultation avec une aréole de végétations cornées autour du mamelon. Les étuis cornés étaient bien distincts les uns des autres : ils étaient noirs et très durs, taillés à facettes, (jui correspondaient les unes aux autres : ils avaient deux lignes de longueur, leur extrémité était comme tronquée. Ils adhéraient intimement à la peau, du corps de laquelle ils semblaient naître : les papilles cutanées étaient d'une sensibilité telle que la malade disait qu'elle se trouverait mal et qu'elle mourrait peut-être si on lui arrachait un de ces étuis cornés.

Dans les productions cornées ordinaires, les papilles, au lieu d'être isolées comme dans le cas précédent, sont groupées de telle manière que leurs produits, quoique distincts, restent agglutinés à la manière des poils dont l'agglutination constitue le sabot du cheval. Du reste, il m'a paru évident que le mécanisme de la formation de ces cornes accidentelles était identique avec celui de la formation des cornes , des dents, des poils et des ongles, et consistait dans une succession d'étuis emboîtés à la manière des

cornets d'oubliés ; de telle sorte que ce sont les cornets le plus récemment formés qui touchent et emboîtent la papille, tandis que les cornets qui sont le plus anciennement foimés occupent Textrémité libre de la corne.

Quatre productions cornées des plus remarquables sont figurées planche 3, XXI V^ livraison. Deux de ces productions cornées, présentées à TAcadémie de médecine par M. Lozes, qui en avait fait l'extirpation sur un sujet de quarante-cinq ans, ont la forme d'une corne de bélier; elles ont au moins cinq pouces de lon^^ sur un de diamètre à la base : l'une était située à la ré[;ion postérieure de la jambe [jauche; l'autre à la ré{»ion fessière droite au-dessous du grand trochanter.

Sur ces quatre productions cornées, on ne voit nullement les anneaux ou stries circulaires que présentent les cornes des animaux , mais bien des stries longitudinales parfaitement distinctes. Cette disposition striée longitudinale , de même ({ue l'absence de lignes circulaires, se voit parfaitement aussi dans les coupes que j'ai fait faire de ces quatre productions cornées. La partie centrale de ces cornes est beaucoup moins dure que la couche superficielle : on y leconnaît çà et là quelques vides qui attestent (ju'il y a eu dans la partie corresj)ondante altération de sécrétion.

Une macération prolonée dans l'eau les ramollit et sépaie les fibres ou faisceaux longitudinaux qui les cou stituent.

L'analyse de cette substance faite par M. Dublanc , pharmacien, établit une grande analogie entre elle et la substance que Fourcroy et Hatchet ont décrite sous le nom (Vaibumine oxygénée^ laquelle, selon ces savants, forme la totalité de l'épiderme, des ongles, des écailles, des tuyaux de plumes, et des cornes de bœuf et de mout(3n qu'ils ont analysés.

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Le cas rejDrésenté planche 6, Vil** livraison (1), est, je crois, un des pins cuiieux qui existent dans la science. A la ré^jion dorsale de la main et de l'avant-bras se voient des écailles épidermiques et cornées extrêmement multij)liées ; et de la face palmaire de la main naissent nn grand nombre de productions cornées volumineuses dont la longueur varie depuis un pouce jusqu'à huit , et qui tendent à se recourber à la manière d'une corne.

La surface de toutes ces végétations est rugueuse et fendillée comme Técorce d'un vieux chêne. On voit sur cette pièce, indépendamment des stries longitudinales, des stries annulaires ou circulaires, qui sont le vestige des stries circulaires des ongles de Thomme, des griffes et cornes des animaux.

Au reste, la consistance de ces productions épidermiques est de beaucoup inférieure à celle des cornes et des ongles. C'est un tissu corné imparfait qui tient le milieu entre le tissu corné normal et les concrétions épidermiques qui résultent d'une sécrétion morbide.

Un des i^its les plus importants relatifs aux productions cornées, c'est que le tissu cutané qui les supporte peut dégénérer en cancer. C'est ainsi que j'ai enlevé sur une femme, en février 1817, une tumeur cancéreuse du volume d'un œuf de poule, située à la joue gauche; tumeur surmontée par une production cornée en forme d'ergot. Celte tumeur avait commencé par une petite excroissance cornée, analogue à plusieurs végétations de même nature (jue la malade portait à la joue droite. Cette excroissance, arrachée plusieurs fois, s'était plusieurs fois reproduite. La peau de la joue, (pii lui servait de supj)ort, prit un grand développement et forma une tumem* ([ui ne tarda pas à acquérir le volume d'un œuF de poule.

(i) Celle pièce, (inl faisait paitio de la coHec.'ion <le Héelard, a éié ilénos<'e nu musre DiH)iiyti( ii par M. liera ni nîne'.

TREIZIÈME CLASSE. DES iMÉrAMOniMIOSES. 93 3

L'examen anatoii^ic|ue de la tuincur emportée m'a montré qu'elle était constituée par du tissu squinlieux , dont le sommet présentait le caractère encéphaloïde. La production cornée adhérait fojt peu à la tumeur : elle n'avait d'ailleurs que la couleur et la forme de la corne sans en présenter les caractères anatomicjues : elle n'offrait ni lames ni fibres longitudinales régulièrement et parallèlement disposées. Cette production cornée pouvait être considérée comme un intermédiaire entre le pus ou le mucus desséché et le tissu corné.

Si le cancer cutané a été , dans un certain nombre de cas, consécutif à la formation de productions cornées, il n'est pas rare de voir la production cornée se produire sur un cancer naissant : c'est ce que j'ai observé tout dernièrement chez un malade affecté de cancer cutané à la lèvre inférieure. Une corne en forme d'ergot s'était développée sur la portion non ulcérée du cancer.

Des nuances insensibles conduisent du mucus ou du pus desséché ou solidifié dont se recouvre la peau dans certames maladies aux productions cornées. On aurait pu considérer comme couvert de productions cornées un jeune enfant de dix à douze ans, que A.-C. Baudelocque me montra dans son service à l'hôpital des Enfants, il y a déjà bien des années. Des concrétions stalactiformes de diverses dimensions s'élevaient de toute la surface du corps : des myriades de poux étaient nichées dans les crevasses que présentaient ces produits solidifiées de sécrétion.

C'est dans la même catégorie, c'est-à-dire au mucus ou au pus desséché qu'il faut rapporter le fait d'excroissance cornée et d'ongle développé sur le gland, rapporté par Meckel (1). Sur un individu dont le prépuce cancéieux avait été extirpé, et dont quelques j)arti"es affectées du

(i) Journal complémentaire des sciences médicales, t. IV,

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gland avaient été cautérisées, on vit s'élever de la cicatrice du gland un corps blanc, dur, insensible, qui, dans Tespace de dix mois, s'accrut en longueur et en largeur de manière à égaler presque le volume du gland, et qui en même temps acquit la dureté d'une substance cornée.

C'est sans doute à des faits semblables de mucus ou de pus épaissi qu'ont fait allusion les auteurs qui ont j)rétendu qu'il n'existait pas de véritables productions cornées, et que les observations publiées sur ce sujet deviîient être rapportées à des ulcères cancéreux ou scrofuleux , couverts d'une matière purulente concrète.

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