PREMIÈRE DIVISION
Atrophie congénitale du cerveau.
On peut dire cVune manière générale que l'atrophie congénitale porte le plus liabiluellement sur les circonvolutions cérébrales qui sont absentes en totalité ou en parlie, ou bien amoindries et comme ratatinées. Nous verrons que , dans une certaine forme d'atrophie, les circonvolutions sont converties en vésicules ou kystes. J'ai vu les circonvolutions antérieures absentes des deux côtés, et les ventricules ouverts. J'ai vu également les circonvolutions postérieures manquer complètement , et le cervelet à découvert dans toute sa face supérieure.
L'atrophie peut porter d'un seul côté ou des deux côtés.
On a vu les hémisphères remplacés par un kyste sans communication avec les ventricules. Il faut bien distinguer ce cas de Thydropisie ventriculaire congénitale, dans laquelle la voûte des hémisphères est remplacée par une poche formée par les méninges tapissées par une lame médullaire très mince.
Lorsque l'atrophie porte sur la couche optique et sur le corps strié, elle pr.rte nécessairement aussi sur les hémisphères ; mais ceux-ci peuvent manquer, et la couche optique et le corps strié être très développés.
L'atrophie congénitale , soit partielle soit générale du cerveau , est bien plus fréciuente que celle des autres parties de l'encéphale.
Dans une première espèce, l'atrophie porte non seulement sur le cerveau, sur la masse encéphalique en général, mais encore sur le crâne, qui est réduit à d'extrêmement petites dimensions , d'où le nom de microcéphalie.
4»* SOLS-ESPÈCE. Microcéplialie.
Dans une première variété, il y a microcéphalie sans épanchement séreux dans le crâne; dans une deuxième
16/l ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
variété, la microcéphaiie s'accompagne d'épanchement séreux dans le crâne.
Première variété. — Microcéphaiie sans épanchemenl séreux dans le crâne. Dans cette première variété, le crâne est réduit à d'extrêmement petites dimensions, à la moitié, au tiers, au quart de son volume et de sa capacité ordinaires. Son ossification est extrêmement avancée. Le cerveau remplit exactement le crâne; il est parfaitement organisé : c'est un cerveau humain en miniature, ou plutôt c'est un cerveau qui semble appartenir à une espèce très inférieure. Le cuir chevelu présente des plis très prononcés : les choses se passent comme si, a une certaine époqne de la vie intra-utérine, le crâne et le cuir chevelu étaient revenus sur eux-mêmes en même temps que le cerveau.
J'ai vu le type de cette disposition chez un enfant qui mourut à l'âge de dix-huit mois, au milieu de convulsions auxquelles il était sujet depuis sa naissance : sa tête représentait celle d'un animal; son angle facial était extrêmement aigu , comme chez le chien ; les téguments du crâne présentaient en arrière plusieurs plis très considérables ; Tossification du crâne était très avancée; tous les os qui le constituaient, surtout ceux de la voûte, étaient épais et soudés sans suture; l'occiput offrait, au niveau de la protul)érance occipitale externe et de la ligne demi-circulaire supérieure, une crête transversale très proéminente, analogue à la crête occipitale des animaux; le diamètre vertical du crâne était d'un pouce. Cet enfant n'avait donné aucun signe d'intelligence : ses membres étaient sans cesse eu mouvement; il exprimait ses besoins par des cris.
Deuxième variété. — Microcéphaiie avec épanchemetit séreux [micro- hydrocéphalie). Bien que le crâne soit réduit à de petites dimensions, réduction (|ui est toutefois moins considérable (juedans la microcéphaiie sans épanchement, il y a (le IVau dans celle cavité. Or, la micro-hydrocéphalie
DOUZIÈiME CLASSE, DES ATROPHIES. 165
présente deux variétés bien distinctes : dans une première sous-variété, le cerveau, rapetissé, induré, mais reconnaissable dans toutes ses parties, ne remplit pas la cavité du crâne, dont le vide est occupé par le liquide sousarachnoïdien ; dans une deuxième sous-variété, le cerveau, dont il n'existe que des débris, est remplacé par de la sérosité.
Première sous-variété , — Micro- hydrocéphalie par atrophie du cerijeau remplissant à peine la moitié du crâne ; vide rempli par la sérosité sous-arachnoïdienne (1). Chez un idiot âgé de trois ans, crâne notablement moins volumineux que dans Tétat naturel, déprimé en avant; plus de traces de fontanelles; épaisseur notable de ses parois, surtout en avant; ëminences mamillaires, impressions digitales bien prononcées. La dure-mère incisée, il s'écoula une grande quantité de sérosité limpide, contenue à la fois et dans la cavité de Tarachnoïde et entre cette membrane et la piemère (2). La masse encéphalique remplissait à pciine la moitié de la capacité du crâne; son poids et son volume sont à peu près le quart de ce qu'ils doivent être chez les enfants du même âge; les circonvolutions sont réduites à des lames extrêmement minces, séparées les unes des autres par la sérosité qui remplit les anfractuosités; le corps calleux, très aminci et très dense, comme une feuille de parchemin , est fortement soulevé par la sérosité accumulée dans les ventricules latéraux; les corps striés, les couches optiques et la voûte à trois piliers sont en rapport avec le peu de développement des hémisphères; le cerveau tout entier est remarquable par sa consistance, qui est beaucoup plus considérable que dans Tétat naturel: pyramides antérieures atrophiées, ainsi que la protubé-
(i) V* livr., pi. 4? p. 4 ^*^ texte.
(2) Je maintiens ma rédaction, faite la pièce sous les yeux ; mais il e»t probable que la totalité de la sérosité était située sous l'arachnoïde.
166 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉllALE.
Dérance annulaire ; corps olivaires saillants ; cervelet un peu moins développé que de coutume.
Évidemment ici c'est à l'atrophie avec induration qu'il faut rapporter cet état du cerveau. Je regarde la sérosité très abondante contenue dans le crâne non comme la cause de l'atrophie du cerveau, mais comme un effet de retrait de cet organe; cette sérosité est destinée à remplir un vide, de la même manière que la graisse liquide qui entoure le cerveau des poissons ; le vide était rempli ici et par la sérosité sous-arachnoïdienne si abondante el par l'épanchement séreux dans les ventricules.
Deuxième sous-variété. — Micro'-'hydrocénhaliepar atrophie du cerveau sans Jiémisphères ; sérosité renrplissanl la presque totalité de la cavité crânienne. Dans cette sous-variété, la sérosité remplace les hémisphères, dont il n'existe que des débris dans les circonvolutions de la base. Les corps striés et les couches optiques sont à nu. On trouve des traces non équivoques de lésion morbide du cerveau dans la couleur jaune, la déformation, l'induration des parties restantes de l'encéphale, en sorte qu'il est infiniment probable que Cette atrophie est la conséquence d'un travail morbide qui s'est produit à une époque très peu avancée de la vie intrautérine. Le crâne a éprouvé un retrait qui a été limité par ia présence de la sérosité.
C'est cette association de l'hydrocéphalie, avec la destruction prescjue complète du cerveau , que j'ai décrite sous le nom d'anencéplialie hydrocép lia ligue (1), la(|uelle coïncide le plus souvent avec le développement considérable du crâne; le lait suivant peut servir de type (2).
Sur un enfant mort-né à terme, dont le crâne n'avait pas la moitié du volume ordinaiie, et dont l'ossification était, comme de coutume, très avancée, j'ai trouvé;,au lieu deceiveau, une [)Oche remplie de sérosité limpide. Dans la
(i) Voyez XV*-' livr., pi. f
(2) Voyez XXXIX'- livr., explication tie la planche i, ï\{]. i.
partie qui tapissait la voûte, cette poche était foniiëe par une membrane vasculaire tachetée de plaques d'une couleur brun orangé, comme on Tobserve dans certaines cavernes apoplectiques cicatrisées. Une membrane très dense et brunâtre recouvrait toute la portion restante du cerveau , c'est-à-dire la base. Cette base était réduite : 1° à des corps striés, indurés, colorés en brun, et inégau?( en volume; 2° à peine entre ces deux corps striés volumineux découvrait-on les couches optiques, réduites à de très petites dimensions; 5° quelques circonvolutions delà base du cerveau étaient indurées, cartilagineuses, et comme déposées çà et là par petites masses ; à la surface interne de la membrane pie-mère les nerfs olfactifs étaient atrophiés; à peine vestige de la commissure optique ou chiasma; à peine trace des pyramides antérieures, qui se présentaient sous l'aspect d'une traînée grisâtre , et qu'on voyait s'enfoncer dans l'épaisseur de la moelle ; olives et tubercules quadrijumeaux naturels; cervelet petit, mais sain, de même que la protubérance et les pédoncules cérébelleux.
Cette association de la présence de Teau dans le crâne, avec destruction presque complète du cerveau, peut coïncider avec un volume considérable du cervelet, et coïncide le plus souvent avec un développement considérable du crâne, quelquefois cependant avec un volume moindre. Comment se rendre compte de la microcéphalie ?
Lorsque l'atrophie du cerveau a lieu à une époque peu avancée de la vie intra-utérine, avant que les diverses pièces osseuses, dont la réunion constitue le crâne, soient arrivées au contact, et si en même temps le déficit du cerveau n'est pas remplacé par un liquide, les os du crâne éprouvent un retrait proportionné à l'atrophie. Si, au contraire, l'ossification des os du crâne étant ou n'étant point terminée, la sérosité remplace en volume la portion
maïKjuimte du cerveau, ou même dépasse beaucoup ce volume; alors le crâne peut présenter son volume naturel ou même dépasser de beaucoup ce volume, comu]edans certaines hydrocépbalies congénitales, en l'absence de la presque totalité du cerveau. Nous verrons, à Foccasion des atropbies du cerveau postérieures à la naissance, la rétraction des os du crâne se faire dans quelques cas aux dépens de la table interne seulement, et les parois du crâne acquérir alors une très grande épaisseur.
2c sous-ESpècE. Atrophie congénitale tlu cerveau par transformation telluleuse et kysfeuse.
Les deux faits suivants peuvent servir de type à cette altération :
Premier fait : Idiotie par atrophie de la presque totalité de t hémisphère droit du cerveau chez une petite fille de sept ans. 2 r ans formation de cet hémisphère en cellulosité dans les mailles de laquelle était déposée une grande quantité de sérosité^ et en kystes séreux. Induration et disposition ra^ meuse de quelques fibres cérébrales (1).
Le crâne, qui présente son développement normal, est exactement rempli par le cerveau. L'hémisphère (gauche est dans son état naturel; Thémisphère droit, au contraire, bien qu'il ait le même volume que le gauche, est transformé dans sa presque totalité en un kyste à patois minces, demi-transparentes, sur lesquelles se dessinent, comme des lignes sinueuses, les traces des circonvolutions et des anfractuosités. Cette transformation kysteuse avait respecté les circonvolutions les plus internes et les circonvolutions antérieures et postérieures de l'hémisphère.
Le kyste ouvert , il s'en échappe une grande (juaniité de sérosité limpide, dont partie était conteiuie dans des
(i) Voyez |Ve livr., |.l. \ du texte.
douzièmj: classe, des athopiiies. 169
espèces de kystes, et partie infiltrée clans un tissu cellulaire extrêmement délié : ces kystes, ou plutôt ces poches celluleuses irrégulières ne communiquaientpas entre elles et ne communiquaient pas non plus avec le ventricule latéral, lequel était extrêmement dilaté. Le corps strié et la couche optique du même côté étaient atrophiés et indurés. Le nerf optique correspondant (droit) était atrophié en deçà du chiasma ; au delà c'était le nerf optique gauche. L'hémisphère atrophié du cerveau ne formait pas en poids et en volume la dixième partie de l'hémisphère sain.
Bien que les parois du kyste cérébral eussent la ténuité d'une feuille de papier, il m'a été permis d'y retrouver les vestiges des circonvolutions atrophiées dont chacune était représentée par deux lamelles extrêmement minces, superposées et distinctes l'une de l'autre au moyen d'un tissu cellulaire très délié. 11 est donc évident que les circonvolutions ont existé, mais qu'elles se sont atrophiées. Au milieu du réseau celluleux extrêmement délié, en lequel était converti l'hémisphère, se voyaient en grand nombre des filaments blancs, ténus, mais très denses, que j'ai facilement reconnus pour des filaments nerveux qui avaient échappé à la destruction.
Dans le cas précédent, l'atrophie occupait , si je puis ainsi parler, le corps même de l'hémisphère cérébral ; dans le cas suivant, l'atrophie portait exclusivement sur les lobes antérieurs, de telle sorte que chaque circonvolution était transformée en un kyste séreux à peine transparent, qui m'avait donné au premier abord l'idée de kystes hydatiques (1).
Les circonvolutions des lobes antérieurs du cerveau sont transformées en kystes , à parois excessivement
(i) C'est un cas de ce genre qui fait le sujet de la planclie I'% XVIP livr., sous le titre suivant : Idiotie^ demi-flexion permanente avec rigidité' des membres thorai:i(jues et abdominaux. Immobilité. Mort par suite de pneumonie.
minces, transparentes, contenant une sérosité limpide. On dirait autant de kystes séreux. Tous ces kystes communiquent avec la cavité cellulaire commune, si bien ([ue Fouverture de l'un de ces kystes fut suivie de Tévacuation de la totalité du liquide. Les parois des kystes alfaissées , plissées sur elles-mêmes, représentent assez bien Faspect d'une dentelle, au centre de laquelle je découvre quelques rares fibres nerveuses qui avaient échappé à la cieslruction. Les circonvolutions adjacentes sont atrophiées, déformées et indurées. On voit çà et là une coloration brun jaunâtre semblable à ceh'e qu'on observe autour d'anciens foyers apoplectiques.
Cette atrophie des circonvolutions cérébrales dans laquelle chaque circonvolution constitue une petite poche ou kyste à parois celluleuses communiquant avec les poches ou kystes qui représentent les circonvolutions voisines, doit être rapprochée des cas d'hydrocéphalie, dans lesquels chaque hémisphère est converti en une poche uniloculaire à parois excessivement ténues , transparentes, et doit tenir aux mêmes causes.
5e SOUS-ESPÈCE. Atrophie tlu cerveau par hydrocéphalie venlricnlaire (0.
L'hydrocéphahe conjjénitale ventriculaire présente de nombreuses différences, lesquelles sont relatives : 1*^ à la quantité du liquide (|ui est en rapport avec la ca[)aci(é du crâne; 2° à l'état du cerveau.
Sous le premier point de vue, le crâne peut présenter 1'^ une capacité beaucoup plus considérable que dans l'état naturel (c'est le cas le plus ordinaire) ; 2° une éf^ale capacité; 3° une capacité moindre.
L'état du cerveau n'est pas moins vai iable. Ainsi, il est des hydrocéphalies ventriculaires avec intéj^rité parfaite du cerveau, seulement la masse hémisphérique est plus
(i) Voyez Analouiic palhologique^ avec planches, XV* livr., pi. 4-
OU moins atrophiée. Il est, au contraire, des hydrocéphalies qui s'accompagnent de destruction plus ou moins complète du cerveau, ou anencéphalie. Or, Tanencéphalie hydrocéphalique porte tantôt exchisivement sur la voûte des ventricules et sur toutes les circonvolutions supérieures, la base de cet organe étant intacte; tantôt elle jorte à la fois et sur la voûte et sur la base. Le plus souvent, dans ce cas, le cervelet a été respecté; d'autres fois il est lui-même détruit avec ou sans vestiges. Chose bien remarquable , c'est surtout dans Thydrocéphalie avec petite tète ( hydromicrocéphaîie ) que l'on rencontre la destruction la plus considérable de l'encéphale : ainsi , sur deux enfants mort-nés microcéphales, que j'ai eu occasion de voir à la Maternité , le crâne était rempli d'eau, il n'existait ni cerveau, ni cervelet, ni protubérance annulaire proprement dite , mais seulement un noyau induré et amorphe sur la gouttière hasilaire.
Il y a deux espèces d'anencéphalie : 1° Fanencéphalic hydrocéphalique, par conséquent avec intégrité du crâne ; 2° Tanencéphalie avec absence de la voûte crânienne ou plutôt avec déjettement, déformation, destruction incomplète des os de la voûte. Dans l'un et l'autre cas, l'absence du cerveau doit être produite par la même cause, une aberration de nutrition , une fluxion séreuse ou inflammatoire dirigée sur la substance cérébrale; et si des circonstances étrangères au cerveau lui-même, telles que des compressions mécaniques , ont pu être invoquées dans le cas d'anencéphalie avec ouverture du crâne; cette opinion n'est-elle pas réfutée par Tanencéphalie hydrocéphalique ?
Du reste, l'existence d'un travail fluxionnaire sanguin , souvent inflammatoire du cerveau dans l'anencéphalie hydrocéphalique, n'est-elle pas démontrée de la manière la plus péremptoire : 1" par la coloration brun marron, jaune orangé , qui atteste un épanchement sanguin préa-
^^2 ANATOMIK l>ATHOLOGiyiiE GÉ^ÉllAL^;.
Jable et un travail de cicatiisation analogue à celui qui s opère dans les cerveaux apoplectiques ; T par la densité quelquefois cartilagineuse de ces débris (1).
L étude de lanencéphalie hydrocéphalique montre d'ailleurs jusqu'à quel point Torganisme peut supporter, pendant la vie fœtale, la perte d'un organe important à la vie. Sans doute, après la naissance, la vie est comj)a« tible avec des altérations organiques bien graves, pourvu qu'elles soient graduellement opérées; mais aucune de ces altérations n'est comparable, quant à l'étendue et au degré, à celles que l'on observe soit dans la masse encéphalique , soit dans les poumons du fœtus.
Les deux observations suivantes sont le ty|)e, la première, de l'atrophie du cerveau, du cervelet, des tubercules quadrijumeaux par hydrocépalie avec conservation de toutes les [)ariies constituantes de l'encéphale ; la deuxième, d'hydrocéphalie considérable, avec disparition de la plus grande partie du cerveau, et intégrité du cervelet, de l'isthme de l'encéphale , de la moelle.
Première observation. — Jtrophie du cerveau, du cervelet, des tubercules quadrijumeaux par hydrocéphalie ventriculaire très considérable. Cet enfant, qui pesait treize livres et demie, avait trois ans et ne présentait que le développement d'un enfant de six mois. La tête était énorme; le
(i) C est surfout M. Lallemand, dans ses Lettres sur les maladies de l'encéphale^ qui a cherché à étabhr que les atrophies congénitales du cerveau devaient être attribuées à l'inflammation , laquelle se serait produite à une époque peu avancée de la vie intra-utérine , de telle façon qu'il n'en resterait plus de traces; mais si quelques unes de ces If'sions peuvent être rapportées à rinllammation , d'autres sont évidemment la conséquence de l'hydropisie, et probablement quelques unes de l'hémorrhagie cérébrale. Ce (pi'il y a de certain , c'est que toutes les atrophies cérébrales congénitales sont la conjé(piencc d'une maladie épr(juvé(; pendant la vie intra-utérine et ne résultent en aucune façon d'un défaut «le formation du cerveau, comme le mot agénésie^ fjénéraleinent employé de nos jours pour caractériser cet ordre de faits, sendjierait l'indiquer.
cerveau et le cervelet étaient convertis en deux vastes poches à parois très épaisses, qui contenaient au moins deux litres de sérosité ; dans le cerveau , les trois ventricules étaient réunis en une seule cavité. Point de septum luciduni.Le corps calleux, soulevé et aminci, était presque au niveau de la surface des hémisphères; les couches optiques et les corps striés avaient acquis un grand développement d'avant en arrière; ils étaient d'ailleurs amincis et aplatis ; Faqueduc de Sylvius était tellement dilaté, que les tubercules quadri jumeaux ne présentaient pas leur saillie accoutumée; ils s'étaient allon^jés en tous sens et amincis pour constituer les parois de cet aqueduc. La face interne de la boîte crânienne présentait des bosselures correspondantes aux anfractuosités , et des enfoncements au niveau des circonvolutions du cerveau : la profondeur des anfractuosités cérébrales était diminuée; mais il n'y avait pas déplissement.
Voilà un exemple de l'atrophie du cerveau, du cervelet et des tubercules quadrijumeaux par compression. Je regrette de n'avoir pas pesé la masse encéphalique après l'évacuation du li(|uide. J'ai la conviction que cette masse aurait à peine présenté la moitié en poids de la masse encéphalique dans l'état ordinaire. Il y avait évidemment atrophie par compression. Quant aux circonvolutions et anfractuosités du cerveau, il n'y avait pas déplissement, mais aplatissement : les anfractuosités avaient la même profondeur que de coutume , mais les circonvolutions étaient atrophiées, réduites à des lames plus ou moins minces (1).
Deuxième observation. — Hydrocéphalie avec disparition de la presque totalité du cerveau et intégrité dn cervelet^ de V isthme de [encéphale et de la tiioelle. L'enfant avait vécu neuf mois. Le crâne avait un volume très considérable.
(i)XV' livr., i>l. 4, P« 3 (Ui texte.
17/i ANATOMIE PATMOLOGIQUE GÉNÉRALE.
Sa circonférence, prise au niveau des bosses frontales et occipitales supérieures , était de deux pieds ; la fontanelle antérieure avait un diamètre transverse de quatre pouces et demi. L'écartement des deux pariétaux était d'un pouce huit lignes.
Dans la cavité crânienne, nous trouvâmes deux litres de sérosité limpide.
Les hémisphères étaient représentés par quelques circonvolutions occupant les fosses occipitale et temporale, et par une membrane extrêmement mince, grisâtre, transparente, appliquée contre la faux du cerveau. La circonférence des débris des circonvolutions est indurée , comme froncée , et la surface interne d'un biun jaunâtre. Les corps striés et les couches optiques , la voûte à trois piliers, le cervelet, la protubérance, les pédoncules, etc., sont dans Tétat régulier. On ne saurait révoquer en doute que, dans ce cas, Tatrophie du cerveau n'ait été la conséquence de la compression exercée par le liquide accumulé en si grande quantité dans la cavité crânienne.
/«e soiiS-ESPècE. Atrophie congénitale du cervelet.
L'atrophie congénitale du cervelet est beaucoup plus rare que celle du cerveau : il peut y avoir atrophie générale, c'est-à-dire atrophie de toute la masse du cervelet; atrophie partielle bornée à un lobe ou à une partie de ce lobe. Dans la microcéphalie sans épancheraent, le cervelet subit une atropliie notable, mais proportionnellement moindre que le cerveau. Dans la microcéphalie avec épancliement ( hydro-microcéphalie), le cervelet est toujours moins profondément affecté que le cerveau ; cependant, au plus haut degré de l'anencéphaliehydrocéphalique, le cervelet disparaît comme le cerveau. Dans Thydrocéphalie ventriculaire , avec augmentation considérable du crâne , le cervelet m'a toujours paru intact, il
échappe même en général à rhydrocéphalie ; cependant dans Je cas d'hydrocéphalie que j'ai rapporté plus haut(l), le cervelet était converti en une vaste poche qui communiquait avec la poche formée par le cerveau dilaté à travers l'aqueduc de Sylvius , lequel avait également acquis de grandes dimensions. Le cervelet, de même que le cerveau , avait subi une grande atrophie par compression. Dans un cas d'idiotie absolue , représenté planche 5, V« livraison, il y avait à la fois atrophie de l'hémispère gauche du cerveau et atrophie du lobe gauche du cervelet ; ce lobe gauche cérébelleux n'avait pas la moitié du volume du lobe cérébelleux droit.
r.e foit d'absence complète du cervelet chez une jeune fille morte dans sa onzième année (2) me paraît devoir être rapporté à l'atrophie congénitale. Voici la description de ce fait si curieux :
Le cerveau, vu par sa face inférieure, est parfaitement sain. On ne trouve d'autres vestiges du cervelet qu'une petite masse située au-dessus du bulbe rachidien. Point de protubérance , ou plutôt absence complète de toutes les fibres transversales de la protubérance, lesquelles sont la véritable commissure du cervelet ; point de pédoncules cérébraux, qui ne sont autre chose que les fibres transversales de la protubérance ramassées sur ellesmêmes : le bulbe rachidien se continue avec l'étage supérieur de la protubérance ; la saillie des corps olivaires est à peine marquée. Les fosses occipitales inférieures avaient un peu moins de capacité que de coutume; elles étaient remplies de sérosité. Plusieurs considérations d'un haut intérêt se présentent à l'occasion de ce fait. Y a-t-il eu absence congénitale du cervelet? ou bien le cervelet a-t-il été atrophié? Et, dans cette dernière hypothèse, l'atrophie
(i) XV® livr., explication de la planche 4? p. 3.
(2) Voyez XV* livr, , pi. 5 , pièce présentée à la Société anatomique par M. Combette.
a-t-elleété congénitale on bien postérieure à la naissance? Les débris du cervelet , la présence des fosses occipitales inférieures ne dénotent-ils pas que cet organe a existé et qu'il a subi Tatrophie par destruction?