DES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ CONGÉNITALES
Parmi les nombreux vices de conformation que présente lenfant nouveau-né , un des plus intéressants , bien que le nombre en soit très limité, est sans contredit la solution de continuité.
Or les solutions de continuité congénitales se divisent en plusieurs genres :
i" genre, — Le premier genre comprend la non-réunwn de pièces d'ossijicaiion , non-réunion qui peut être primitive , qui peut être consécutive. Comme exemple de nonréunion primitive je citerai la séparation permanente des deux moitiés de Tos frontal; la séparation permanente del'acromiouy qui, dans ce cas, constitue comme un os intermédiaire à la clavicule et à Tomoplate; et comme exemple de non-réunion consécutive je citerai la nonréunion des os du crâne par suite de rhydrocéphalie ; des lames vertébrales ou spina-bifida dans le cas de hernie de la moelle; des différentes pièces du sternum dans les cas de hernie du cœur. Il faut bien distinguer cette non* réunion des pièces d'ossification des perforations congénitales, telles que la perforation de la portion large de Toccipital dans certaines encéphalocèles.
2* genre. — [^e deuxième genre renferme la persistance Couvertures et de canaux naturels presque tous vasculaires , qui, dans Tétat régulier, deviennent inutiles après la nais-
PBEMIÈBB CLASSE. DES SÛLUTIÛNS DE CONTINUITÉ. !9S
sance, se rétrécissent peu à peu et finissent par disparaître au moment où, avec la respiration, sV,fablit une circulation nouvelle : telle est la persistance du canal artériel, du trou de Botal, du canal veineux, de la veine ombilicale, des vaisseaux omphalo-mésentériques ; telle est aussi la persistance de lorifice de communication de la tunique vagiuale avec la cavité péritonéale, la persistance de Fou* raque. Ce ne sont pas là des solutions de continuité proprement dites, mais bien des canaux persistants par suite de circonstances qu'il n'est pas toujours facile de déterminer. 3* genre, — Divisions par scissure. Gomme exemples de celte division des organes par des scissures plus ou moins profondes, je citerai la division des poumons et du foie en un nombre de lobules plus considérable que dans l'état naturel et celle de la rate par des scissures 'plus oti moins profondes , lesquelles vont quelquefois jusqu'à la séparation complète d'ime partie, de plusieurs parties de la rate, d'où les rates surnuméraires.
A la rigueur, la non-réunion des pièces d'ossification, la persistance d'ouvertures ou de canaux naturels, la division des organes par des scissures plus ou moins profondes, plus on moins multipliées , ne peuvent pas être considérées comme des solutions de continuité; ce sont des anomalies de développement. Il n'en est pas de même du quatrième genre qu'il me reste à étudier, et quia pour objet \esjissiires.
k^ genre.'^ Des fissures. Division presque toujours médiane qui ccmsiste tantôt dans une simple perforation, tantôt dans une division longitudinale plus ou moins con«' sîdërable soit de canaux excréteurs, soit des parois d'une cavité. Ce genre comprend le plus grand nombre des solutions de continuité congénitales prc^rement dites. Ce sont : !• \jBL fissure iriennej fissure qui occupe constamment la moitié inférieure de la circonférence de l'iris et toujours la ligne médiane de l'œil. Il n'y a pas de perle de sub- I. 13
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stance , bien qu un écartement Gonsidérable existe entre les lèvres de la division. J'ai eu plusieurs occasions de m assurer que la vue n ^tait nullement troublée.
si« 1a fissure palpArale^ qui consisterait dans la division médiane de la paupière supérieure; mais Fexistence de cette division congénitale ne me parait pas suffisamment démontrée.
Z^ La fissure buccale , fissuVe verticale qui part de Toi^ bite et s'étend jusqu'à la commissure de la lèvre correspondante. On a vu la fissure buccale exister des deux côtés de la bouche et coïncider avec d'autres lésions (i).
4"^ La fissure linguale. .Je place la bifidité de la langue » qui rapprocherait la langue de l'homme de celle des sei^ pents et de la plupart des sauriens , dans la catégorie de» faits douteux.
5* Fissure nasale. Il en est de méme<le la bifidité du nés, bien qu'on conçoive très bien la possibilité deFécartemenl des lames cartilagineuses qui forment la sous-cloison de cet organe. Il est même possible que les cas décrits sous le nom de nez double appartiennent à un simple écartement médian des cartilages des lobules. Il est une race de chiens , il est quelques rongeurs qui présentent normalement cette division médiane du nez et de la lèvre supérieure. Quant au cas décrit par Bartholin sous le nom de nez double , il consbtait dans une tumeur pathologique surmontant le nez normal.
6* Fissure du pénà. La fissure médiane du pénis, qui jurait pour conséquence un double gland ^ une double verge , ne me paraît pas suffisamment constatée.
7* Fissure de la pointe du cœur. La pointe du cœur pré-
<i) La connaitia«C6 de cette fi«dre «at daa k Nicati : Vojn ane diaierlalion qui a po«r titra t ^^ecimeh anatomieo^pathQiogieÊtm imni^aMilr de iabii Itporini naîurd et origine^ Amsterdam, iSaa , io-8. ^Vojes anaat Laroche, Dissertation sur les monstruosités de la face, — Itid. Geoffroy»* Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière des anomalies de Vorgani* smtion, Paris, f 8Sa, 1. 1, p. 598.
sente chez quelques sujets une division asses prononcée} mais cette bifidité du cœur, dont la possibilité est établiii par I anatoniie normale , ne dépasse jamais le sommet de Torgane.
8* Fissure de la luetie. La bifidité de la luette est un fait qae j'ai constaté un assez grand nombre de fois. Cette bn fidité, qui est plus ou moins complète, s'explique par Texistence de deux muscles palato-staphylins qui ont été décrits à tort comme un seul muscle sous le nom d*azyyoÊ^
9* Division congéniale du diaphragme , ou plutôt absent congénitale dtune portion du diaphragme. Toujours acQonpagnëe de hernie du diaphragme, c est-à-dire du pasaagô des viscères abdominaux dans la cavité thoracique, cette solution de continuité occupe rarement la ligne médiane* On Ta toujours observée à gauche du diaphragme , jamais i droite, sans doute à cause de la présence du foie. Elle est probablement la conséquence de la présence des viscères dans la cavité thoracique et non la cause du dépi»» cernent de ces viscères.
10^ Fissure médiane du stemum. On a vu des cas de bifi« dite complète du sternum, le cœur restant en place* A la blBdité du sternum nous devons rapporter : i* la division de la partie inférieure du sternum en deux moitiés latérales; a* les perforations que présente le sternum sur divers points de sa hauteur. Ces fissures médianes du sternum ont été à juste titre invoquées pour appuyer la théo« rie di| développement des os médians par deux moitiés latérales ; mais nous avons vu ailleurs (Voyez Anaêoniie iei* cnptivey 1. 1, p. 5o) que cette théorie ne s'appliquait qu'à un certain nombre de faits, et que le sternum se développait en partie par des points médians, en partie par des points latéraux. La fissure médiane du sternum s'accompagne souvent de la hernie du cœur. Dans nn cas que j'ai ob* serve, la division du sternum était exactement moulée snr le pédicule constitué par les gros vaisseaux du cosur.
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Dans les exemples de hernies^ du cœur rapportes par dif* férents auteurs, le sternum était divisé ou absent.
1 1^ Fissure médiane de f abdomen. Elle peut occuper : A. la région ombilicale; B, la région hypogastrique.
jé. La fissure ombilicale s^accompagne constamment d'une hernie ou éventration dont les enveloppes sont con* stituées et par le péritoine et par les membranes trans* parentes du cordon , lesquelles membranes sont tantôt intactes, tantôt lacérées au moment de la naissance. La lacération des membranes peut avoir lieu pendant la vie intra-utéiîne ; elle peut aussi avoir lieu au moment de raccouchement. Dans Texomphale congénitale, les parois abdominales ne font pas défaut; elles sont seulement' écar« tées et refoulées de chaque côté de la ligne médiane.
B. hà/issure hypogastrique^ qui consiste en une division de la ligne blanche , s'accompagne presque toujours de la séparation des pubis. Cette fissure présente divers degrés : quelquefois la vessie est intacte, sous-cutanée. Le plus souvent la vessie est divisée sur la ligne médiane et renversée sous la forme d'une tumeur fongueuse. Le canal de l'urètre est court, divisé en gouttière ouverte à sa partie supérieure.
12^ Fissure de F urètre. Le canal de Turètre peut être ouvert par sa partie supérieure immédiatement au-devant de la symphyse. Cette solution de continuité, extrêmement rare, porte le nom iVépispadias. Il peut éti*e ouvert à sa partie inférieure: cette solution de continuité, qui est on des vices de conformation les plus fréquents , prend le nom dihypospadias. Elle présente plusieurs variétés :
A. Vhjrpospadias du gland, dans lequel le méat urinaire» au lieu doccuper l'extrémité du gland, se voit sur sa face inférieure où il constitue tantôt un simple pertuis, tantôt une fente dont l'extrémité antérieure aboutit au niveau du méat urinaire dans l'état normal.
B, Vhypospadias scrotal ^ dans lequel l'ouverture do
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canal de Tiirètre a lieu au niveau du scrotum. Les deux moitiés du scrotum séparées ressemblent assez bien aux grandes lèvres; c'est dans des cas de ce genre qu on a pi| croire à Thermaphrodismc. Dans ce vice de conformation, toute la partie du canal de Turètre antérieure à Touvertare est divisée inférieurement sous la forme, d'une gout« tière.
Il est des solutions de continuité congénitales qui ont pour but de remédier à des oblitérations : telle est Touverture du rectum dans la vessie chez Iboaune, dans le vagin diez la femme I lorsqu'il y a absence d anus.
1 3* Utérus bifide. Dans ce vice de conformation généralement connu sous le nom îïuiérm double^ Vutérus divisé en deux moitiés latérales représente exactement Tutérus bicorne des animaux. Les degrés de cette division constttnent autant de variétés(i).
io II y a une simple écbancrure médiane qui occupe le fond de l'utérus; la bifidité n'est en quelque sorte qu'indiquée;
a® La bifidité occupe le coips de l'utérus » le col étant intact;
3^ Il y a bifidité du corps, cloisonnement du col ,
4^ Il y a bifidité du corps et du col;
5® Il y a bifidité du corps et du (jdI et cloisonnement du vagin ;
6* Les deux moitiés de Tutéius ne sont pas égales en volume, comme dans la variété précédente; mais l'une des divisions est atraphiée.
i4* Division congénitale de la lèvre supérieure. Il n'existe pas d'exemple authentique de division congénitale médiane de la lèvre inférieure et de l'os maxillaire inférieur, bien que ce dernier os se développe par deux points d'os»
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Bification latéraux. L'impossibilité de se rendre compte scientifiquement de ce fait a conduit à Texpliquer par une cause finale, et l'on a dit que la lèvre inférieure constituant une espèce de chaussée pour la salive , Técoulement inévitable de ce liquide dans le cas de division de la lèvre itifërienre aurait eu de graves inconvénients.
La division congénitale dé la lèvre supérieure porte le fiotn assurément bien impropre de bec> de-lièvre , dont voici les principales variétés :
A. Bec^de-iièvre simple. Division verticale de la lèvre supérieure se prolongeant quelquefois jusque dans la narine correspondante. L'intervalle qui sépare les deux bords de la fente représente un triangle isocèle dont la base est en bas. Cet intervalle, qui varie suivant que les fibres musculaires de la lèvre sont contractées ou reift» chéesy n'est nullement la conséquence d*une peite de snb* stànce. Dans le bcc-de-lièvre il y a division pm*e et simple sans perte de substance. Il résulte des observations de Ghaussier que dans le bec-de-lièvre la fissure occupe non la ligne médiane, mais Tun des bords de la gouttière médiane. Je ne connais aucun fait positif qui établisse que la division occupe la ligne médiane proprement dite. Meckel a signalé et le docteur Nicati a confirmé Texistence d*une variété de bec-de-lièvre dans laquelle la fissure occuperait non la ligne médiane j non le niveau de la ligne de séparation de Tincisive externe et de la canine, mais bien le niveau de Tintervalle qui sépare les incisives moyennes des incisives latérales. Je crains bien que cette distinction ne soit une pure subtilité.
B. Bec'dt' lièvre doubk. Dans le bec-de -lièvre double, chaque solution de continuité occupe Fuu des bords de la rainure médiane, et Tespèce d'appendice charnu qui •épare les deuxdivisions 081 formée par la portion de lèvre qui correspond à la gouttière.