PREMIÈRE DIVISION
Des monstres doubles par adhésion.
Chaque monstre double présente à considérer: 1^ Le lieu de VadhéHon^ c'est-à-dire la région du corps par laquelle les deux individus sont conjoints. Le lieu de la séparation est une conséquence de la détermination précise du lieu de Tadbésion ;
^^ Le mode de tadhésion. Elle peut être superficielle, pariétale, marginale. On peut encore distinguer parla pensée ce qui appartient à Tun des fœtus de ce qui appartient à lautre fœtus. Elle peut être profonde, viscérale, parenchymateuse, suivant lexpression de Barkov^, de telle manière qu'il est impossible d'établir la ligne de démarcation entre les deux fœtus : il y a fusion des organes. L anatomie pathologique des monstres doubles a appris que les coalitions qui paraissent au premier abord les plus superficielles étaient profondes, intimes, et que tout projet de séparation des deux individus devait être abandonné. Je ferai remarquer que dans toutes les adhésions congéniales ou coalitions de fœtus à fœtus , comme aussi dans les adhésions
126 INATOMIE PATHOLOGIQUE GiftNÉRALE.
entre les difïiérentes parties d'un même fœtus, il n'y a pas la moindre trace d adhésion par cicatrice, voire péme de ces raphés, de ces lignes blanches que Ton considère en anatomie normale comme le vestige et la preuve de la formation des organes par deux moitiés latérales. Toute dis* tinction est impossible, en sorte que Tidée de la conformation primitivement vicieuse des germes a dû se pré» senter à Tesprit des premiers observateurs.
S* lie degré de développement des deux jietus. Les deux fotus peuvent être également ou inégalement développés, et Tun des deux fœtus peut présenter tous les vices de conformation qu'on rencontre dans les foetus simples.
Je dois faire observer que la monstruosité double a tou* jours lieu entre des fœtus du même sexe, bien que les grossesses doubles présentent quelquefois deux fœtus de sexe différent.
Gela posé, voici la classification que j'ai adoptée dans mes cours depuis plusieurs années :
Elle est fondée sur le lieu de l'adhésion qui est le point fondamental dans la monstruosité double; le lieu de la séparation, le mode de séparation en sont la conséquence.
Les adhésions des monstres doubles peuvent se réduire à trois genres bien distincts :
Premier genre. — Adhésion de la tête, céphatotfymie.
Deuxième genre. — Adhésion du tronc, somodymie.
Troisième genre. — Adhésion de la tête et du tronc , cé^ phalo'Somodymie.
Quant aux adhésions des membres, elles sont une conséquence nécessaire de Tadhésion de la région du tronc à laquelle ces membres appartiennent. Ainsi les adhésions ou fusions des membres supérieurs supposent l'adhésion ou fosion de la partie supérieure du thorax; les adhésions ou fusions des membres inférieurs supposent l'adhésion ou la fusion du bassin et de la région sous-ombilicale de l'abdomen. Jamais l'adhésion des membres n'a Ueu dans
In monstruosité double isolément et indépendamment des troncs.
Les adhésions des diverses parties du corps se subdivisent, d'ailleurs, en postérieures, en antérieures et en latéraies, suivant quelles ont lieu par telle ou telle de ces régions.
PRKUISR QWV».
Géphalodymie»
La céphalodymie ^ ou monstruosité double par adhésion cëphalique, les autres parties du corps des deux iùetus étant parfaitement libres, présente deux espèces.
Première espèce, — Adhésion par la région frontale » frontodymie.
Deuxième espèce. — Adhésion par la région du vertex ou du bregma, Bregmatodymie,
i'* BspftiSB. Frontodfmie.
On trouve daqs les œuvres de Paré une %^^^ représeptant deux jeunes filles réunies par la région frontale et séparées par tout le reste du corps. Ce fait, qui a été reproduit par tous les observateurs du temps, est extrait de la co^^mographic de Miïnster, docte hébraïsant, et par conséquent d'une autorité médicale plus que douteuse. Il me parait cependant revêtu de tous les caractères de lauthen* ticité. Ces deux filles étaient opposées front à front, en sorte qu'elles nç pouvaient voir les objets que de côté. Elles vécurent jusqu'à dixans. On dit que Tune d'elles étant morte, on se détermina à débarrasser celle qui survivait du cadavre de sa sœur, mais que l'opération n'eut aucun succès.
Du reste, la monstruosité double par adhésion frontale parait excessivement rare chez l'homme et chez les ani* maux. On serait même autorisé à suspendre son jugement
s 38 AMATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
nu sujet de sa réalité, si quelques faits analogues, bien qu'incomplètement décrits, n'existaient dans la science* On ne saurait d ailleurs révoquer en doute le fait de Tiedff inann qui a décrit et fait représenter deux jeunes canards opposés face à face et qui moururent après avoir brisé la coquille de leur œuf.
2* BSPÈCB. Bregmatodyaiie.
L'espèce bregmatodymie a été parfaitement décrite et figurée en 1 8a i par Barkow qui en a fait le sujet de sa dissertation inaugurale ( De monslris dupUcibus vertke inter se unctîs). La même monstruosité a été observée, par M. le docteur Villeneuve en iSag et déposée dans le musée de la Faculté, où j ai pu Tétudier sur deux fbetus ( ce sont des fœtus mâles) bien conformés et placés bont à bout presque en ligne droite, tenant Tun à l'autre par le vertex, avec cette circonstance remarquable que le front de Fun des fœtus répond à Tocciput de l'autre, de telle façon que les faces des deux sujets sont dirigées en sens inverse, que la région antérieure de l'un des fœtus fait suite à la région postérieure de l'autre, et réciproquement; les bords du frontal de l'un des sujets s'unissaient aux bords de l'occipi* tal de l'auti'e , les bords du pariétal droit de l'un aux bords du pariétal gauche de l'autre. I^s deux cavités crâniennes communiquent donc entre elles; mais les deux cerveaux distincts ont chacun leur dure-mère. Si dans cette espèce de monstruosité double la fusion des deux crânes était plus complète, on aurait un exemple de monocépbalie avec deux corps parfaitement distincts, genre de monstruosité dont il n'existe aucun exemple dans la science : dans tous les cas de monocépbalie il y avait en même temps fiision plus ou moins complète du tronc.
DBUXitME CLASSE. DES ADHÉSIONS. S29
II* GENRE
Soniodymie*
Le genre somodymie embrasse toutes les duplicités monstrueuses par adhésion du thorax, de 1 abdomen, de la colonne vertébrale et du bassin. Il comprend six espèces.
Première espèce. — Adhésion par la colonne vertébrale, vertébrodymie.
Deuxième espèce. — Adhésion par le bassin et plus particulièrement par les tubérosités de Tischion , ischiodymie.
Troisième espèce. — Adhésion par le sternum , stemo^ dymte.
Quatrième espèce. — Adhésion par la région sus-ombilicale, sus^mphalodymie.
Cinquième espèce. — Adhésion par la région sus et sousombilicale, sus et soustomphalodjrmie.
Sixième espèce, — Adhésion par le sternum et par la région sus et sous-ombilicale, sterno^mphalodymie.
1** tsrèci. Vertébrodymw.
Bien que le monstre double par adhésion dorsale, représenté par A. Paré et celui de Christill {de gemellorum coalitorum^ etc., Strasbourg « >7^>)> n oiFre pas tous les caractères d'authenticité désirables; cependant je ne vois pas pourquoi on repousserait 1 adhésion par les vertèbresde la région dorsale; ladhésiou par la région sacrée et même par les dernières vertèbres lombaires qui ne saurait être contestée, ne permet-elle pas d'établir à^r/ori la possibilité de l'adhésion par la région lombaire , par la région dorsale et même par toute la longueur de la colonne vertébrale?
Un mot sur la variété sacrodymie (pygopagie de M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire de «uÇ, irvyeçt fesse , pygodidymie de Gurlt).
L'exemple le plus célèbre est celui d'un monstre double
SSO AHATOMK FATHOLOGIQrE CÉKÉftALC.
bifemelle , né en Hongrie en 1701, baprisé sons les noms cTHélène et de Jadith , qui fut offert a la curiosité publique à Fàge de sept ans et qui parcourut successivement TAllemagne, Tltalie, la France, TAngleterre et la Pologne. Ce monstre fut placé à neuf ans par les soins charitables de Tarcbevéqne de Scrigonie, dans un couvent de Presbonrg , où il mourut à Tâge de vingt-deux ans. Plusieurs Ibis décrit par les naturalistes et même célébré par les poètes , il présentait un exemple d*adbésion par les régions sacrée et fessière, et par la partie inférieure de la r^on lombaire. Voici les détails de Tantopsie: les deux vulves étaient confondues entre les quatre cuisses. Le vagin, unique à sa partie inférieure, se divisait en deux vagins distincts qui aboutissaient chacun à un utérus distinct, lequel était pourvu de tous ses annexes. A un seul anus aboutissaient deux rectiuns. Les deux rachis n*étaient unis Tun à Tautre qn*à partir de la deuxième pièce du sacrum et aboutissaient à un coccyx unique. Les deux aortes et les deux veines caves étaient unies à leurs extrémités inférieures ; de là une large communication entre les organes circulatoires des deux sujets ; de là une communauté de vie et de fonctions digne de fixer toute Tattention des physiologistes. Lliistoire de ce monstre double est touchante.
Hélène et Judith se portaient une tendre affection. Cependant il leur arrivait souvent pendant leur enfance de se quereller et même de se frapper à coups de poing. Quelquefois la plus irritée et la plus forte soulevait Tautre sur ses épaules et remportait malgré elle. Hélène était plus grande, plus belle, plus intelligente et plus douce. Judith avait été atteinte à Târje de six ans d^une hémiplégie. Elle était restée un peu contrefoite, d*un esprit lourd. Elle avait appris trois langues comme sa sœur, le hongrois , Tallemand et le français. I^s règles parurent à Tâge de seize ans, mais non à la même époque pour toutes
deux; elles présentèrent depuis de nombreuses difFérences pour la durée, Tëpoque et la quantité de Tévaciiation menstruelle , malgré Tunité de rorifice extérieur. Les deux^sœurs éprouvaient séparément le besoin d'uriner, mais en même temps celui d'aller à la selle. Elles pouvaient marcher, s'asseoir, en faisant éprouver à leur corps une sorte de torsion. L*une étant éveillée , on voyait quelquefois Tautre dormir, ou bien Tune travailler pendant que Tautre se reposait. Elles avaient eu en même temps la rougeole et la petite vérole ; et lorsqu'une maladie attaquait Tune des deux sœurs, l'autre éprouvait un grand malaise intérieur. Il n'était cpie trop évident que la mort de Tune de ces malheureuses enfants entraînerait celle de l'autre. Dans une grave maladie qu'éprouva Judith, à l'âge de dix-neuf ans , on crut devoir préparer à la mort Hélène pleine de vie et lui administi*er les derniers sacrements. Judith se rétablit , mais trois ans plus tard se vérifièrent les cruelles prévisions des médecins. Judith ayant été prise d'une maladie du cerveau et des poumons, Hélène perdit tout à coup ses forces et succomba prescpi'au même moment que sa sœur.
On ne saurait révoquer en doute que l'observation de Treyling {Jeta ac. nat. cur,^ t. V, p. 44^ > o^s. i33), intitulée : Gemellœ mediantibus ossibus coccygis sibi invicem connatœ ne doive être rapportée au même genre. Ce monstre double naquit un an avant Hélène et Judiih. La mort qui arriva le quatrième mois après la naissance, fut proba. blement provoquée par une tentative bien imprudente, bien téméraire, faite par un chirurgien qui conçut le projet de séparer l'une de l'autre les deux enfents. Les contemporains attribuent ce revers moins à l'imprudence de la tentative qu'au procédé qui fut employé , la cautérisation. Malheureusement nous n'avons aucun détail sur l'état des organes intérieurs , l'ouverture cadavérique n'ayant pas été laite. Nous savons seulement que l'anus
SS2 ANlTOlflB PATHOLOGIQUE GÉNÉRALe.
était commun ; circonstance qui suppose des communications plus profondes, et qui doit éloigner toute idée de séparation artificielle.
On trouve dans les Bulletins de la Faculté de médecine de PariSy t. VI, p. 3, rObsei*vation de deux jumeaux mâles accolés dos à dos par la région sacro-coccygienne. Leur conformation était parfaite jusqu^à la dernière vertèbre lombaire. Au milieu des quatre fesses étaient si tuées les parties de la génération du sexe masculin , savoir : un scrotum plus volumineux que de coutume contenant quatre testicules, et une seule verge qui naissait entre eux; il n'y avait qu un seul anus situé entre la fçsse gauche de Tun des enfonts et la fesse droite de lautre. L un de ces enfants était beaucoup phis fort et plus vivace que l'autre. La Société apprit avec regret que ces enfonts étaient morts le neuvième jour de leur naissance, et qu'on n^en avait pas feit louverture.
III* GENRE
SasHMOphalodyniie.
Dans ce gent*e, Tadliésion a lieu par la région 5usH>mbi^ licale. Elle est limitée en haut par l'appendice xyphoïde (d'où le nom de xyphopagicj Is. Geoffroy Saint-Hilaire), en bas par l'ombilic qui est commun aux deux foetus. Le type de cette adhésion qui est une des plus fréquentes est l'être double désigné sous le nom des Frères Siantois, qui a excité à un si haut degré la curiosité publique dans les pays nombreux qu'il a parcourus. Né en 1811 de pauvres parents chinois établis dans le royaume de Siam, ce monstre double, appelé Chang-£ng, a été vu et décrit successivement à Boston, à New-York en 1829, en i83o à Londres et en i835 à Paris.
Inégaux pour la taille et pour la force, les deux frères tiennent l'un à l'autre par une bande flexible étendue de
rombiiic à l'appendice xyphoïde. Il est probable que dans le principe, au moment de la naissance, la bande qui les unit était moins considérable, ou plutôt que les deux Frères étaient opposés face à face, comme dans tous les monstres doubles de la même espèce. Les mouvements qu^ils ont ftiits pour se placer dans une position relative moins incommode ont dû allonger peu à peu le moyen d'union, et transformer ladbésion immédiate et face à face en une adhésion à distance, qui leur permet de se placer de côté et à angle droite position qui leur est devenue naturelle et qui explique leur indépendance de locomotion , Tun {pouvant se baisser pendant que 1 autre reste debout, et leur mode de progression tel, qu'ils suivent la diagonale de l'angle qu'ils forment entre eux; ils peuvent également tourner comme sur un pivot sur la bande qui les unit. On conçoit que les membres antérieurs, savoir : les membres supérieurs et inférieurs du côté droit chez l'un, du côté gauche chez l'autre, doivent prendre la plus grande part à leur locomotion, tandis que les membres postérieurs doivent rester en arrière; d'où leur défaut de dévelopfiement; les membres supérieurs et postérieurs étant presque toujours entrelacés autour de leur cou et de leur poitrùic^ et les membres inférieurs et postérieurs cagneux , faibles et maigres, restant toujours en arrière à la manière d'un point d'appui.
Je ne pense pas que la bande flexible d'union soit uni* quement formée par la peau , comme quelques médecins l'ont supposé, et il est plus que probable que dans son épaisseur on trouverait quelque organe important à In vie. Ladouleurqueressentaientlesdeux jumeauxtoutes les fois qu'onexerçaitunecertarnepression sur cottebande, douleur telle qu'ils n'ont pas voulu permettre à Paris qu'on fit la moindre tentative à cet égard, vient ù lappui de cette opinion. Je pense donc que Topci^ation qui leur a été proposée, et à laquelle ils ne se sont refusés qui* par le sentiment d'une
S5& ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉMÉKALE.
afFection mutuelle qui leur fait chérir le lien qui les unit, je pense, dis-je, que cette opératioo est essentiellemeotcontreindiquée, et je ne doute pas qu elle ne fût suivie de la mort.
Jusque dans ces derniers temps, les seules Botions anatomiques que possédât la science sur la sus-omphalodjmie étaient consignées dans une observation fort aDcienne et fort incomplète publiée par Dorsten {Diss.de monstris humants. Marbourg, 1684)9 et par Valentin {Eph. naiur. cur.^ dec. Il,ann.III,obs. 9o).Ladhésionéiaitexactementlimitéa à la portion du tronc intermédiaire à Tombilic et à lappendice xyphoïde. Bien qu'elle parût superficielle , cette adhésion s'étendait jusqu'aux viscères abdominaux. Il n*y avait, en effet, qu'un seul foie, mais double et pourvu de deux vésicules biliaires. Les intestins étaient également confondus en un seul dans la presque totalité de leur portion grêle. Il y avait deux rates, deux estomacs , deux cœurs et deux veines ombilicales.
Les recherches anatomiques de Barkow ( Monstra animaliadupliciaperanatomenîndagata^ t. I, p. 76, pi. IX} sur im agneau double bimâle ont parfaitement confirmé les observations précédentes. Ainsi, il existait deux cœurs inégaux enveloppés chacun d*un péricarde propre. Les deux foies formaient une seule masse, mais pourvus de deux ligaments suspenseurs et de deux vésicules biliaires. Les d^ux diaphragmes ne faisaient qu^une seule cloison à centre tendineux unicpe. Les intestins, les estomacs et tous les autres organes abdominaux étaient doubles.
J'ai fait représenter (i) etjai décrit avec les détails les plus circonstanciés un fbetus double femelle par adhésion siis-ombilicale, dont j'ai étudié avec le plus grand soin la conformation intérieure. Voici le résumé de ce fiiit :
L'adhésion a lieu par la région antérieure de l'abdomen.
(1) Anat, pathol. avec planches, XXV* lÎTraisoii, pi. 5 et 6.
DKUXIÊME CLASSF.. DES ADHÉSIONS. US
ElJe esc limitée à la région sus-ombilicale. Un cordon unique aboutit à un ombilic commun qui présente une eiompkale avec déchirure de la membrane demi-transparente qui formait la poche herniaire.
Coiial digestif. Chaque fœtus a son estomac, son duodénum; mais les deux duodénum aboutissent à un intestin grêle commun, lequel se bifurque à peu près au niveau de la partie n.oyenne de cet intestin. Chaque branchede la bifurcation va se rendre à un gros intestin particulier pour chaque fœtus, de telle sorte que le canal digestif double supérieurement devient commun au niveau de la partie delmtestin grcle qui porte le nom de jéjunum, pour redevenir double à sa partie inférieure. H y a donc deux iléons, deux cœcum$,deux appendices vermiculaires,deux gros intestins ; il y a également deux pancréas. Il y a un foie double ou plutôt deux foies, Tun antérieur, l'autre postérieur, qui adhèrent entre eux par leur bord postérieur; tons deux bilobcs, tous deux pourvus d'un ligament suspenseur, d'une vésicule biliaire, d'une veine ombilicale. Il est trrs difficile de se rendre compte au premier abord de cette disposition; mais si Ton considère que ce double fœtus avait deux parois abdominales, l'une antérieure, Fauire postérieure; que la paroi antérieure de Tabdomen commun était formée par la conjugaison de la moitié droite de l'abdomen du fœtus droit avec la moitié gauche delabdomendufœtus gauche, que la paroi postérieure était constituée par la moitié droite du fœtus gauche et par la moitié gauche du fœtus droit, on concevra que le foie, fidèle ù la région des parois abdominales qu'il occupe habituellement, a dû rester en place pour le fœtus droit (c'est le foie antérieur), et c|ue pour le fœtus gauche il a i^Ilu nécessairement qu'il présentât son bord postérieur en avant, et par conséquent qu'il opposât son bord postérieur au bord postérieur du foie antérieur. Du reste, Tunion des deux foies navait lieu qu'au tiers moyen du
556 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉBALE.
bord postérieur de ces organes. De chaque côté, se voyaient deux profondes échancrures qui répondaient h la partion libre des bords du foie. Le foie antérieur et le foie postérieur présentaient ceci de remarquable, qu'ils n'occupaient pas seulement Thypochondre droit, mais bien toute la zone épigastrique ; que leur ligne médiane répondait à l'axe des deux foetus, que les deux lobes de chaque foie étaient i peu près égaux en volume et semblables par la forme.
Voies génitO'Urînaires. Dualité parfaite. Deux paires de reins et de capsules surrénales ; deux vessies ; deux utérus et annexes , deux vagins.
Il suit de là que, quant aux viscères abdominaux, il n'y a réellement de commun que la portion d'inlestio grêle connue sous le nom de jéjunum et qu'il y a deux foies accollés par le tiers moyen de leur bord postérieur.
Organes thoraciques. Les deux poitrines sont complètement distinctes Tune de l'autre. Il y a deux sternums pariaitement séparés. Chaque foetus a son thymus, ses deux poumons ; mais les deux cœurs sont confond us en un seul organe horizontalement situé, imparfaitement symétrique, dont la moitié droite est contenue dans la cavité thoracique du fœtus droit, et la moitié gauche dans la cavité thoiticiqne du fœtus gauche; son bord supérieur concave répond a la base des deux thorax au niveau des appendices xyphoïdes; son bord inférieur convexe repose sur le diaphragme. I.e cœur est double ; il y a quatre auricules, deux aortes, deu\ veines caves supérieures et deux veines caves inférieures. Ce cœur était constitué par deux ventricules aortico-pulmonaires et une cavité auriculaire commune. Le ventricule supérieur appartenait au fœtus droit, le ventricule inférieur au fœtus gauche. Les deux foetus étaient donc dans les conditions circulatoires des poissons. Leur circulation ventriculaire était distincte; leur circulation auriculaire était commune.
Il n'y avait quun seul diaphragme, ou plutôt les deux
OËCXIÈME CLASSK. DK5 iDHÉSIO^S. 337
diaphragmes étaient réunis. Chacun d'eux avait son centre aponévrotique et ses trous distincts.
Il résulte de ce qui précède que chez ce monstre double il n*y avait véritablement de commun que le jéjunum et le cœur.
Les détails de cette description montrent combien se» rait dangereuse toute tentative de séparation des deux iœtusdans Tadhésion sus-ombilicale. Ici, il y avait séparation complète des deux thorax, et cependant les deux cœurs étaient confondus; le cœur double occupait précisément le lieu de la réunion des fœtus : si ce monstre double avait vécu, si la bande sus(>mbilicale qui les unissait s'était allongée, il est probable que ce monstre double femelle eût été dans des conditions à peu près semblables à celles des frères Siamois.
On ne saurait donc trop s'élever contre Tidée d opérer à Taide de Tinstrument tranchant ou de la ligature une séparation dont le résultat certain serait la mort des deux indi* vidus.
Le fait de Konig, intitulé : Gcmclli sibi invicem adnati fel citer separatij ne saurait nous ressurer à cet égard. L époque a laquelle il a été recueilli (i) me fait suspecter son authenticité, malgré les deux figures qui représentent les deux filles avant et après la séparation, et c'est peut-être sur un simple ouï-dire que Konig parle de ces deux filles unies Tune à l'autre depuis lappendice xyphoïde jusqu a l'ombilic, et qui furent heureusement séparées d'abord à l'aide d'une ligature de plus en plus serrée, puis par l'instrument tranchant. . •
J'ai In profonde conviction que les adhésions sus*ombilicales sont toujours viscérales en même temps que pariétales; l'intestin, le cœur, le foie peuvent être adhérents même dans les cas oti la séparation paratt aussi complète
(i) Ëphem, nat.cur.f ohi. i45, dér. ann. 1689.
158 ANATOMfK PATIIOLOGIQUK GÉNÉBALE.
c{tie possible. Si jo m'en rapporte à la description des frères Siamois faite à New-York (i), les deux frères Siamois ont une hernie ombilicale , et je loue M. Andersoii d'avoir dissuadé de la diérèse ou séparation les praticiens moins prudents ou moins éclairés qui voulaient la pratiquer sur ce monstre double.
Lors donc que les fcBtus jouissent d'une bonne santé , il ne faut pas songer à la séparation : elle ne devrait être tentée que comme un moyen fort douteux dans le cas où Tun des individus viendrait à périr.
La coalition des foies dans les adhésions^sus-ombilicales a paru à M. Serres un caractère tellement important que cet auteur a cru devoir grouper autour de ce caractère qu'il appelle la condition fondamentale des monsti^es doubles^ toutes les autres circonstances d'organisation de ces monstres qu'il appelle des hépaiodjrmes : les deux foies sont-ils confondus en un seul , le monstre prend le nom d'hépatodyme complexe. Les deux foies sont-ils séi^rés , c'est un hépatodyme acomplexe.
Le foie, d'après M. Serres, exercerait une très grande influence sur les mouvements des organes dans la monstruosité double. Ce serait lui qui commanderait en quelque sorte toutes les évolutions que l'on remarque dans les viscères de l'abdomen et de la poitrine. Sa transposition commande aux autres organes leur transposition ; son absence fait cesser toute harmonie dans les rapports. Sa duplicité commande une harmonie nouvelle dont il est le centre, le mobile, le régulateur. Je ferai remarquer que cette vue d'embryologie est bien diftérente de la doctrine que j ai cherché à étabUr dans mon Traité d'anatomie descriptive, savoir qu'aucun organe ne se moule plus facilement que le foie sur les parties environnantes et ne subit plus impunément que lui des changements de forme, qu'il
(i) And historicat nccount of the SiamUi twin-BroUieis^ ^iew-York,
DfcrXIbME CLAS^St. DIuS ADHÊi»ION£». 559
est ductile et malléable sous TinHueitce d^une pression lentement exercée.
M. Serres, dans un ouvrage ( i ) où Ton reconnatt le taleul d'induction et la maniùre ingénieuse de lauteur des lois de Tostéogéonie , cherche à établir comment des conditions d'organisation aussi superficielles, en apparence, que la réunion ou la séparation des deux foies peuvent exercer une influence si prépondérante sur l'organisation des monstres doubles.Ces idées j>eu vent s^appliquer aux faits que lauteur avait sous les yeux , mais il est plus que douteux que la coalition des Foies soit le fait fondamental dans la duplication monstrueuse, et qu'elle ait plus d'importance que la coalition de riniestin, que la coidition du cœiu* (a).
IV« GENRE
SUmo sus-omphalodyniM oit starnodyaie.
, SlcinopiiKie. I«. CcofTrtty Stiul-Hilairc.
Des rapports intimes unissent ce genre au précédent. L observation démontre en effet que si l'adhésion sus-ombilicale peut avoir lieu indépendamment de ladhésion sternale, ladhésion sternale ne peut pas a voir lieu sans adhésion sus-ombilicale. Du moins je ne connais pas d'exemple au- Uientique d adhésion sternale indépendante de ladhésion sus-ombilicale; et, chose remarquable, bien qu'à ;;rtori il
[i) Bechenhes danaiomie trmnsêfndante et pathologiiiue, Parif, i8Ji,
iii-{, p. 95-
('j)Le fait rf présenté pi. 5 et 6, XXV« livraison, Anat. path. avec planches, me parait à beaaconp «Têtards en opposition avec la manière de \oii' de M. Serres. En effet, il y avait réunion des dans foies : la niuiintre c'taii djtic une hépaloclymic complexe, et lepeodani les fœtits étaient uuis non par lej flancs mais face a face- I«e sternum était double ain«i que les vi«tcère« alxlominaui et pelviens. En outre, M. Serreu <4iercbe à établir (loc. rif., p. 96) que dans leur coalition^ les foies se pénètrent constamment par leurs titrëroités, et le fait représente pi. 5 rt (> établit un mode d'adhésion bien difféient, puisque, dans ce cas, ces oiganessVuient réunis par leurs bords poilerieuit.
3/l0 ANATOMIË PATIlOLOCigUI-: GKNKIlArK.
semble que dans la stemo-sus-oiupliaiodyinie, la fusion des poitrines doive être plus complète que dans la susomphalodyinie , puisque les deux sternums sont soudés entre eux ; cependant tous les faits connus établissent que les viscères contenus dans la cavité thoracique ne sont pas plus intimement confondus dans la première que dans la seconde de ces duplications monstrueuses.
Nous avons vu que dans le genre précédent la moitié droite de la région sus-ombilicale de Tun des fœtus se trouve conjointe à la moitié gauche de la même région de Vautre fœtus et réciproquement, de telle manière qu*il y a véritablement deux parois abdominales, Tune antérieure, Fautre postérieure. De même dans la stemody* mie, il y a, indépendamment de l'adhésion sus-ombilicale, deux sternum Tun antérieur, l'autre postérieur; Tun et Tautre constitués par deux demi-sternum, un demi-sternum droit et un demi-sternum gauche , de telle façon que la face antérieure et la lace postérieure du double thorax pré* sentent la disposition normale.
La stemodymie ou sterno-sus-omphalodymie présente deux variétés. Dans \a première variétéydonioti trouve un bel exemple au musée Dupuy tren, les deux fœtus (ce sout deux femelles) sont placés fucc h face. Il y a quatre membres su* périeurs, deux cordons ombilicaux distincts qui viennent se rendre à un ombilic commun. Une dépression médiane répond au point de conjonction des deux poitrines. Dans la deuxième variété^ les deux fœtus sont latéralement placé$i les deux tètes, au lieu d'être opposées face à fisice, sont situées Tune A droite, Tautre à gauche. On a dit que, dans la première variété, il y avait adhésion par la région antérieure des deux fœtus , et dans la deuxième, adhésion par la région latérale; c'est une erreur. L'adhésion sternale, de même que l'adhésion sus-ombilicale , se fait toujours par la région antérieure ; seulement dans un cas l'adhésion moins intime n'occupe pas toute la hauteur des sternum.
llKliXIKMK Ct.ASSE. IIM ADJJK.SlONS. 5/!|l
c|ui sont libres supérieurement; les deux cous sont parfaitement libres et alors les deux télés, de même que les troncs, sont situées face contre face ; dans Taulre cas , Tadhcsion occupant toute la hauteur des sternum, les £oetus semblent adhérer par la partie inférieure du cou; il semble, en outre, qu une violence extérieure ait porté en arrière les deux troncs de manière à opérer le rapprochement des deux colonnes vertébrales , et par conséquent à atrophier le sternum postérieur et les côtes intermédiaires aux deu^ colonnes vertébrales. Des degrés insensibles conduisentdu cas où il y a une poitrine double bien complète, deux sternum, quatre membres supérieurs, vingt-quatre côtes antérieures et vingt*quatre côtes postérieures parfaitement conformées, aux cas où Ton neirouve plus que des vestiges du sternum postérieur et des côtes correspoudanles et où les deux membres supérieurs et postérieurs sont réunis en un seul membre composé, tantôt très développé, tantôt atrophié. Le dernier terme de cette fusion est le cas où il y a unité de poitrine avec un seul sternum, douze côtes, deux membres supérieurs ; mais la dualité est constamment accusée par la présence d'une double colonne vertébrale ; Lorsque les sternum adhèrent entre eux dans toute leur hauteur, le sternum antérieur et le «temum postérieur sont réunis par leurs extrémités supérieures de manière à former une voûte a concavité inférieure ; lorsque les stet*num n adhèrent entre eux que par leur moitié, leurs a/3, leurs 3/4 inférieurs, alors la partie supérieure libre du sternum est horizontale , et lu partie inférieure adhérente est verticale. La premier |)artie appartient en propre a chaque fœtus, la deuxième partie, formée par le dédouble* ment de chaque sternum, appartient à la fois aux deux fœtus. (Voir pour cet objet plusieurs squelettes du musée d anatomie pathologique de la Faculté.)
Du reste, dans la sternoilymie, les viscères thoraciques et abdominaux présentent les mêmes dispositions quedans
t&2 ANATOMie PATHOLOGlQfTE CRNÉRALR.
In soiis*Dniphalodymie, et, je le réprie, In fusion des organes thoraciques nest pas plus complète c|ue dans ce dernier genre. On trouve quatre poumons , un cœur double, un diaphragme double, deux foies réunis par leur bord postérieur, deux canaux digestifs unis au moyen d'un jéjunum commun, etc. Relativement h Tëtat du cceur dans la sous-omphalodymie comme dans la stemodymie, je ferai remarquer que si on rencontre le plus souvent un cœur composé, il n'est pas rare de trouver un cœur ordinaire parfaitement conformé, avec ses quatre cavités, en sorte qu'on serait tenté de croire à l'unité du cœur dans certains cas de ce vice de conformation; mais si l'on dissèque avec soin tous les organes contenus dans la cavité thoracique , on verra qu'au-dessous et derrière le cœur normal, il existe un second cœur atrophié. M. Pigné, qui a étudié avec beaucoup de soin la plupart des cas de monstruosité double des cabinets delà Faculté, tiôus a démontré sur plusieurs pièces présentées à Ja Société anatomîque l'existence de cette disposition.
V« GENRE
Sus et soos^mphalodyinie.
il n'existe pas d'exemple de monstre double par adhésion sou»ombilicale seulement ; dans tous les cas observés, radhétton sous-ombilicale était accompagnée soit de l'adhésion sus-ombilicale, soit de l'adhésion pelvienne.
Il existe un bel exemple de sus et sous-omphalodymie au Musée Dupuytren. Les deux foetus disposés face à iace sont réunis par les parois abdominales seulement, lesquelles sont incomplètes , en sorte qu'il existe une hernie du fdte et des viscères abdominaux. Il y a deux poitrines parfaitement distinctes, quatre membres supérieurs, deux bassins, deux appareils génitaux, et cjuatre membi^s inférwiftrt. Il n'y a de commun que la cavité abdominale. Je
ne connais |)a6 d exemple de dissection de cette monstruosité ; mais 1 analogie suffit pour faire admettre que la fusion doit avoir lieu aux dépens des foies et d'une partie plus ou moins considérable de Tintestin grêle.
VI* GENRE
Il n'existe pas d'exemple d'adhésion par le bassin seulement; dans tous les cas observés jusqu'à ce jour, il y avait en même temps adhésion ou fusion sous-ombilicale. L adhésion pelvienne présente deux sous-genres tellement distincts, qu'il semble au premier abord n'exister aucun rapport entre eux. Dans le premier sous-genre, l'adhésion a lieu par les tubérosités de Tischionien sorte que les fœtus se continuant par les détroits inférieurs des bassins, sont situés sur le même plan horizontal : ce sont les ischiodytnes. Dans le deuxième sous-genre, les fœtus placés en face ou à côté l'un de l'autre, ne présentent qu'un seul bassin avec vestige de dualité; ce sont les monopelvidymes. L'unité du bassin entraîne toujours l'unité dans les membres inférieurs.
PREMIBR SOirs-GIRRB. IwhiodymM.
Ce genre, établi par M. Dubnieil, professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier, sous le titre d'tschiadelphie, parait avoir été plusieurs fois confondu avec la sacrodymie dont il diffère cependant à beaucoup d*égards.
Dans cette monstruosité dont vous trouverez plusieurs figures assez exactes dans les Œuvres de Paré, les deux foBtns, placés bout à bout sur un plan horixontal, sont accolés par les tubérosités de l'ischion, le périnée , les pnbis, par la région sous-ombilicale de l'abdomen et constituent un éu^e double qui présente à sa partie moyenne deuxabdomens continus, un seul ombilic commun central,
3/|4 AXATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
deux paires de merabres inférieurs rejetés sur les parties latérales du tronc, Tuue àdraite, l'autre à gauche, deux appareils génitaux, dont un pour chaque paire de membres inférieurs, être double qui se termiue à chaque extrémité par une tête, im col et un thorax parfeilemenl conformés , chaque thorax supportant deux membres supérieurs.
Dans tous les cas connus, ladhésion avait lieu non seulement par le bassin, mais encore par la région sous-ombilicale, de sorte qu'on peut admettre comme loi de cette monstruosité que ladhésion ischiatique entraîne ladhésion sous-ombilicale. Nous avons déjà vu que ladhésion sous-ombilicale pouvait avoir lieu indépendamment de Tadhésion ischiatique. La dénomination àischio-sous-om^ phalodynue que j'avais d'abord adoptée comme plus complète que celle d*ischiodymie n'est donc pas nécessaire.
Le genre ischiodymie est un de ceux qui ont été le plus fréquemment observés : on pourrait même dire qu'il est un des mieux connus sous le point de vue anatomique. Les observations de Palfin , de Duvemey, de Prochaska , de M. Dubrueil et de MM. Geoffroy Saint-Hilaire père et fils, ont jeté sur ce sujet un jour qu'on désire vainement pour d'autres genres de monstruosités.
Un iscliiodyme vivant, né le 6 août i845 dans l'arrandissement de la Châtre (Indre), ayant été présenté à l'Académie royale de Médecine le 26 août suivant (1), je fus désigné comme rapporteur par la commission, et je pus faire les observations suivantes :
Les deux enfants placés sur la même ligne, de manière
(i) Ce monstre double a été adressé k rAcadémie (BtUletin de tAcaJémie roynle de médecine^ toro. X, pag. 1019} avec uoe notice par M. le doctear Decerfe , médecin k La Cbàtre, avec des détails très circonstanciés. La mère, douée d'une forte constitution, avait trente-bnit ans; elle était mère de six rnfaiiis tous vivants et bien conformés. L*acroucheinent avait été heureux et facile. Les deux jumeaux étaient nés ib lenuf*. n iry avait qu*un %en\ placenta, un s«ul cordon ombilical.
DRUXIKMK CI.AS8K. I>KS AIHIt^SIONS. ^hS
à prés^enter un axe commun , se tenaient et par le détroit inférieur du bassin et ])ar la région sons^imbilicale de l'abdomen : ies têtes, les thorax, les membres supéneurs, les régions sus*ombilicalesdel abdomen, présentaient tous les caractères de Tétat normal. Les membres inférieurs ^ rejetés sur le côté comme dans tous les cas de ce genre, étaient au nombre de trois seulement, deux à gauche, un seul à droite; mais ce dernier, qui présentait tons les caractères de la monopodie ou sirénie, résultait évidemment de la fusion des deux membres inférieurs ; car il présentait sept orteils , deux fémurs et deux tibias. Les deux membres inférieurs qui occupaient le bord gauche de Tenfent avaient une direction perpendiculaire à celle du tronc, et, d*ailleurs, affectaient Tun par rapport à Tautre la même disposition que les membres inférieurs droit et gauche d*un individu ordinaire. De ces deux membres, Tun appartenait au fœtus droit, Tautre au fœtus gauche, ainsi qu'il fui facile de le constater en pinçant ou en chatouillant succès* sivement les deux membres inféiîeurs. Entre ces deux membres inférieurs se voyait une ouverture unique, espèce de cloaque qui servait à la fois au passage des urines et à celui des matières fécales. Cette ouverture présentait d'ailleurs tous les caractères des organes génitaux femelles. Du côté du membre inférieur unique , il n'y avait pas vestige d organes génitaux externes, la fusion des deux membres inférieurs ayant amené la disjNirition de ces organes. L'ombilic unique n'occupait pas exactement le milieu de l'intervalle qui séparait les deux extrémités céphaliques des troncs; il était de deux centimètres pins rapproché de l'une des extrémités.
La mère qui les allaitait les tenait habituellement sur ses genouxdans une position hori7X)ntale, une tète adroite, et l'autre tête à gauche ; elle les entichait de la même ma* nière dans leur berceau. Une seule des enfants prenait le sein ; l'autre l'a constamment i*efusé , bien que la bouche
."^Aô ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
et la langue fussent parfaitement conformées , en sorte que ralimentation propre de cette dernière eofent se réduisait à quelques gouttes de Jait que la mère lui projetait dans la bouche; et, chose très remarquable, la nutrition paraissait plus active chez elle que chez sa sœur qui prenait directement le mamelon; elle paraissait aussi plus vivace et poussait seule des vagissements.
Les parents de ce monstre double' étaient de pauvres paysans qui sont restés quelque temps à Paris. On m avait promis de me prévenir lorsque le monstre viendrait à succomber. J^ignore où et quand il est mort, et si quelqu'un plus heureux que moi a pu faire profiter la science de Texamen anatomique circonstancié de ce fait* Au reste, la dissection extrêmement soignée du cas observé par M. Dubrueil peut y suppléer.
Un des points les plus remarquables de la conformation de rischiodymie c'est la situation des membres inférieurs de chaque côté du tronc, et celle des organes génitaux, qui, au lien d*étre placés Tun à la suite de l'autre sur la région médiane du corps, sont rejetés comme les mem» bres inférieurs sur les parties latérales du bassin aux extrémités de son diamètre transverse , sur la même ligne que lombilic : ce qui n est pas moins remarquable, c'est que chaque paire de membres appartient à la fois aux deux sujets et que chaque organe génital externe parait également constitué par les deux sujets à la fois, à savoir la moitié droite par le foetus droit, la moitié gauche par le fœtus gauche. Il y a un seul bassin , mais an bassin composé qui résulte de la fusion des deux bassins et qui présente deux symphyses pelviennes situées latéralement Il y a deux vessies pourvues chacune de deux uretères; un rectum commun.
Comment se rendre compte de cette disposition et plus particulièrement de la position latérale des organes génitaux? M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire donne de ce fait une
DEUXIÈME CLAS'SR. DES ADHÉSIONS. Sft7
explication fort ingénieuse que voici. Tout organe, tout appareil médian, peut être divisé par la pensée (comme il le serait primitivement dans la réalité, d'après la loi du développement excentrique de M. Serres) en deux demi-organes similaires et latéraux droit et gauche : on peut considérer la région pelvienne du fœtus double comme composée de quatre demi-appareils sexuels , de quatre demi-appareils urinaires , de quatre demi-bassins dont deux droits et deux gauches : or, chaque demi^ap* pareil droit, au lieu de s'unir en avant avec le demi-appareil gauche du même sujet, est rejeté latéralement et vient s*unir au demi-appareil gauche de l'autre sujet, pareillement rejeté sur le côté. Chaque demi-bassin a été accompagné par une demi-vessie, un demi-appareil génital , mi uretère, en sorte que chaque appareil génital et chaque vessie appartiennent à la fois aux deux sujets. Quant à la monopodie ou sirénie qui n été observée plusieurs fois dans ce cas , elle s'explique de la même manière que la monopodie ou sirénie des monstres unitaires et peut en présenter tous les degrés avec cette particularité que les deux membres inférieurs confondus n'appartiennent pas au même fœtus.
II* SOUi-GBlIRB. Mono^pelvidymie.
Je donnerai à ce sous-genre le nom de mono-pelvU dymie. Dans ce sous-genre , pour la formation duquel les deux êtres constituants semblent réunis latéralement, mais se sont, en effet, rencontrés par leur face antérieure» il y a deux téteSy deux thorax, deux régions sus-ombilicales parfaitement distinctes ; la fusion ne commence qu'à partir de l'ombilic. Les deux abdomen séparés supérieurement se terminent inférieurement par deux membres abdominaux très bien conformés, appartenant chacun au Foetus correspondant. Il n'y a qu'un anus commun, un seul organe
548 AN.\TOMIK l*ATll()UK;igi;K (;KNKi:Ai,K.
sexuel, il y a vestige d'un deuxièuie bassin et quelqueruis d^un troisième membre inférieur. Il existe deux colonnea vertébrales distinctes jus(|u a la région lombaire : là, tantôt elles marchent juxtaposées jusqu'au coccyx; tantôt elles se confondent à la base du sacrum. Les viscères thoraciques sont parfaitement distincts; les viscères abdominaux sont doubles supérieurement , uniques inférienrement.
Cette monstruosité est fort lare. Les détails descriptif^ qui nous manquent seront facilement suppléés par ceux du genre suivant.
VU- GENRE
Stemo-pelvidyniie.
Ce genre résulte de la combinaison de la stemodymie et de la pelvidymie. liappelons <|uc l'adhésion sternale snp|H>se toujours ladhésion sus-ombilicale, de même que l'adhésion mono-pelvienne entraîne toujours, d'une part, l'adhésion sous-ombilicale et, d une autre part , ladhésion des membres inférieurs , en sorte que ce monstre double tend à l'unité ; la dualité n'existant que pour les têtes , les cous et la partie supérieure des thorax.
Le monstre double bi-femelle, devenu célèbre sous le nom de Rita-Christina, mort à Paris, à l'âge de huit mois et demi, peut être considéré comme le type de cette adhésion.
Loi*sque cet être double fut présenté à la Faculté de médecine , deux mois environ avant sa mort , je pus faire les observations suivantes, lesquelles concordent parbitement avec celles de M. Serres cpii a tracé de cette monstruosité une description aussi complète que possible accompagnée de figures (i). La première chose qui frappait à la vue de
(i) Rechetvftes tranatomie tntnsrenJante et patl%ohgi<iue appliifttét't à tanatomie de la duplicité monsirucute. t'aris, i83i, «e-4 et atlas*
DKrXIKMK CLASSE. DKS ADHESIONS. 3/|9
ce monstre, c élait ia clifFcrence qui existait entre les deux êtres dont la vie était si intimement nnie. Rita, maigre, jaune, avec coloration bleuâtre de la face, exprimait sa souffrance par des cris. Christina, vive , forte et gaie, avait tous les attributs d'une bonne santé. La dualité était complète supérieurement ; il y avait deux têtes et deux thorax, lesquels libres à leur partie supérieure se confon* datent inférieurement et supportaient quatre membres thoraciqnes et quatre mamelles. Les deux thorax se terminaient parun abdomen unique; il n'y a vattqu'un seul bassin, une seule ouverture anale, une seule vulve , deux membres inférieurs. Les observations physiologiques faites sur ce monstre établissaient que le membre inférieur gauche et la moitié gauche de Fabdomen appartenaient à Christina , et que le membre inférieur droit et la moitié droite de labdomen appartenaient à Rita. M. SeiTes a, en outre, observé que les organes extérieurs de la génération couformés comme pour un seul enfant, appartenaient par moitié et en propre à chacune des petites filles : le même observateur avait déjà fait remarquer que chez un monstre double bimàle du niéir.o grnre, avec unité de la moitié inférieure du corps, il n'existait qu'un pénis, dont la moitié provenait de l'un des garçons , l'autre moitié de son fr^re, et (|ue deux testicules, dont le droit appartenait à l'enfcint de droite, le gauche i\ l'enfant de gauche.
Le froid de l'hiver détermina chez Rita une bronchite aiguë dont il fut impossible d'arrêter les progrès. Elle était a l'agonie depuis plusieurs heures, et Christina, pleine de vie et de santé, venait de prendre le sein avec avidité, lorsque tout à coup , sa sœur ayant expiré, elle mourut au même instant.
L'autopsie de ce monstre double , faite avec beaucoup de soin par M. Serres , a montré :
1° Que relativement au système osseux, il y avait deux colonnes vertébrales parlaiteroent distinctes dans
550 ANATOMIi:; PATIIOLOGIQCK GÉMÉAÂLE.
toute leur hauteur, y compris le sacrum; un seul bassin , avec deux sacrums , et entre ces deux sacrums , une pièce osseuse en forme de plastron, vestige du bassin postérieur atrophié; qu'il y avait un vaste thorax avec deux sternums réunis supérieurement en voûte à concavité inférieure, et quarante-huit côtes , dont les postérieures étaient un peu moins développées que les antérieures.
2^ Relativement au système circulatoire et respiratoâre, il y avait deux cœurs inégaux en volume contenus dans le même péricarde; le cœur était normal chez Christina; chez Rita , Tune des veines caves supérieures (car il y en avait deux) s ouvrait dans loreillette gauche : en outre, la cloison auriculaire était perforée de tix>is ouvertures béantes et sans valvules , en sorte que les deux oreillettes n'en faisaient qu'une, disposition qui explique Tétat cyanique de Tenfant. Il y avait quatre poumons, un seul diaphragme.
3^ Relativement aux viscères abdominaux , les deux foies étaient réunis en un seul foie complexe : il y avait deux estomacs, deux rates, deux pancréas, deux duodé* num , deux jéjunum, lesquels se rendaient dans un iléon unique: il y avait unité du gros intestin dans toute sa longueur.
4^ Appareil génito-urinaire : il y avait deux reins et quatre capsules surrénales. L'un des reins était à Christina, Tautre était à Rita. La vessje était unique comme le rôctum. H y avait deux utérus, dont Tun était parlaitement développé et Tautre imparfait. Le premier était situé derricre la vessie, et pourvu de ses deux trompes, de ses deux ovaires et de ses ligaments (i). M. Serres admet que cet utérus, comme la vessie, appartenait aux deux enfants , ainsi que le vagin unique
(I; Ce fdii pourrait concourir à prouver rindcpeiMlance de:» capsules tui rénales ei des reins*
DKUXIKME CLk^S^. DKS ADHÉSIONS. 551
dans lequel s'ouvrait Tutérus; les deux corps caverneux du olitoris^ les grandes et petites lèvres, appartenaient par moitié aux deux foetus; celui des appareils génitaux qui était moins bien développé, était situé derrière le rectum; il consistait en un utérus pourvu de deux ovaires et de deux trompes. I^ cavité utérine était oblitérée au museau de tanche et contenait un liquide jaunâtre. Le vagin était remplacé par un tissu fibreux dense.
La sterno-pelvidymie dont Rita et Christina est un type fort important , présente beaucoup de degrés qui consti* tuent autant de variétés de cette monstruosité. Ain^i le monstre double , décrit par Darkow sous le titre de 7i*ibraehiaUs et représenté dans une très bonne figure, nous offre deux membi*es inférieurs i un seul abdomen , un seul thorax en basqui sebifurquesupérieurement pour soutenir deux oouf , deux têtes et trois bras. Le troisième bras, situé en arrière entre les deux cous et les deux têtes, est extrémemetit complexe et résulte d'une fusion des deux membres supérieurs tout à fait analogue a celle qui, pour les membres inférieurs, constitue la sirénie. Ainsi, il y a un bras, un seul avant-bras et une main, composée de dix doigts; les petits doigts placés de chaque côié de la ligne médiane et le pouce en dehors. Dans ce cas, les deux individus ne sont pas situés face à face, mais ils semblent adhérer par leurs parties latérales ; ce qui a fait admettre deux variétés dans ce genre de monstruosité : dans la première, les fœtus sont placés face contre face; dans la deuxième, les fœtus sont latéralement placés ; cette distinction peut être admise pourvu qu'il soit bien convenu que dans Fun et lautre cas il y a adhésion antérieure et non adhésion latérale^ et que 1 adhésion latérale n'est qu'apparente. La seule différence, c est que dans le cas d'adhésion latérale apparente, une cause quelconque a porté les fœtus latéralement, et ({u'alors les côtes postérieures et le sternum postérieur se sont plus ou moins atjophiés, et
352 ANATOMIB PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
que les membres supérieurs correspondants se sont atrophiés, soudés, ou même ont complètement disparu. Dans un autre cas du même genre que celui de Barkow, les deux membres supérieurs, situés en arrière, n étaient soudés que par les bras; les avant-bras et les mains étaient parfaitement distincts.
La sterno-pelvidymie a pour résultat extrême Tunité apparente de poitrine, Tunité d'abdomen, Tunité de bassin , avec deux membres supérieurs et deux membres inférieurs. Tel est un moule en plâtre qui existe à la Fa« culte et qui vient de TAcadémie royale de chirurgie. On dirait au premier abord d'un corps unitaire supportant deux tètes et deux cous, placés lun à côté de l'autre; mais avec un peu d'attention, on voit sur la face postérieure du tronc la trace de deux colonnes vertébrales qui , écartées supérieurement , se rapprochent Tune de l'autre inférieurement : on voit, en outre, supérieurement entre ces colonnes une grosse proéminence conoïde qui doit être le vestige des membres supérieurs postérieurs.
Chez tous les sujets qui ont pu être considérés comme des monstres unitaires avec une tète surnuméraire, la dissection a constamment démontre , et dans le squelette et dans les viscères, des preuves non équivoques de duplication : d'ailleurs l'étude comparative des monstres doubles, qui nous conduit par degrés insensibles depuis le monstre double le plus complet jusqu'au monstre double le plus voisin de l'unité, nous permettni d'éviter toute espèce d'erreur.
Il existe dans les cabinets de la Faculté plusieura squelettes qui sont très propres à marquer la transition. L'un de ces squelettes (marqué biï. 5i6, P) présente deux têtes, deux colonnes vertébrales parallèles et latéralement placées. Un thorax double pourvu de deux sternum à chacun desquels aboutissent vingt-quatre côtes. Ce thorax «supporte trois membres supérieurs, dont deux latéraux
DEUXIÈME CLAASE. t>ES ADIIesiOKS. S 53
occupent leur position accoutumée, un postérieur coui'^ plexe , occupant la ligne médiane , au niveau du sternum postérieur : ce membre supérieur postérieur est composé de deux omoplates , d*un seul humérus volumineux , de trois os de Tavant-bras, de six doigts complets. I^ bassin est unique 9 mais complexe. îl y a deux os coxaux antérieurs, deux os coxaux postérieurs; ces derniers incomplets mesurent riotervalle qui sépare les deux os sacrum. A ce bassin incomplet est attaché un membre inférieur unique complet, mais u'offrant aucune trace de duplication.
Dans un autre squelette, les deux têtes placées Tune à côté de lautre sont supportées par deux colonnes vertébrales qui vont se rappi'ocbant et se réuuissant à augle aigu au niveau des dernières vertèbres dorsales et restent juxtaposées aux régions lombaire et sacrée. Il n'y a plus vestige àfi sternum postérieur; quelques côtes n existent qu a Tétat de vestige et mesurent Tintervalle qui sépare les deux colonnes vertébrales; ii n'y a pas vestige des membres supérieurs postérieurs, par conséquent il n'y a que deux membres supérieurs latéraux comme Ai ns un monstre unitaire. Il n*y a pas non plus vesiige du bassin postérieur et du membre inférieur postérieur, si bien que, sauf le sacrum qui est double , on dirait d'un ba&siu ordinaire.
I^ juxtaposition ou fusion de la région dorsale des denx colonnes vertébrales est donc nécessaire pour qu'il y ait unité parfiaite de poitrine, absence complète des côtes et des membres supérieurs postérieurs , de incme qne la juxtapo* sition ou fusion des deux sacrum est néoessaiie pour qu'il y ait unité parfaite de bassin, absence complète du bassin postérieur et des membres postérieurs inférieurs. Dans ce cas, iln*y a point fusion des deux poitrines et des deux bassins en une seule poitrine et en un seul bassin , mais disparition complète de la poitrine et du ba.ssin postérieur I. 21
35A ANATOMIIi PAÏIIOLUGI^UK GEM^IHALR.
et des membres qu ils sont destinés à soutenir. La présence d'un bassin rudimentaire suppose donc toujours un intervalle entre les deux os sacrum ; car c'est cet intervalle qu'il occupe. Des membres inférieurs rudiroeniaires pourraient-ils exister sans bassin rudimentaire?
A la sterno-pelvidymie je rapporte le genre dérodymie de M. Frétl. Lauth, genre adopté par M. Geoffroy Satnt- Hiiaire. Ici , les deux sternums , au lieu d'adhérer entre eux par leur partie inférieure seulement, adhèrent dans toute leur hauteur, si bien que la partie inférieure des deux cous parait commune : d où le nom de dérodymie. Mais, en réalité, les deux régions cervicales sont parfaitement distinctes et ne sont unies entre elles que par le tégument commun* Dans cette variété, les colonnes vertébrales sont très rapprochées, à part la région cervicale, et il nV a qu'un thorax supportant deux membres supérieurs, un seul abdomen, un seul bassin, deux membres inférieurs : les côtes intermédiaires aux deux colonnes vertébrales sont à l'état de vestige et représentent des apophyses transverses. Lorsque les colonnes vertébrales ne sont pas très rapprochées , il y a un troisième membre supérieur et un troisième membre inférieur rudimentaire. Du reste , on trouve dans les viscères des traces non équivoques de duplication.
Comme annexe de la sterno-pelvidymie, je mentionnerai le genre cervico-slerna-pelvidyniie ^ ou par abréviation cer^ uico'pelvidy mie ^ dons lequel l'adhésion des cous n'a pas lieu seulement paries téguments, mais encore par les vertèbres œrvicaies qui sont soudées ou confondues entre elles. Cette adhésion a encore été considérée à tort comme latérale. Je puis rapporter à ce genre un squelette qui existe dans les cabinets de la Faculté. Deux têtes latérales sont supposées par deux cous qui se réunissent h angle aigu au niveau de b septième vertèhre cervicale. Il n'y a qu'une poitrine, deux membres supérieurs, un ^eul bassin, deux membres
DËUXIËMi: CLASSK. DES ADHÉSIONS. 355
inférieurs sans aucun vestige des parties manquantes. L aU-» hésion des deux colonnes vertébrales m a pai%i coaunenoer à la septième vertèbre cervicale. £lle conlinue au niveau de la tnoiiië supérieure de la colonne dorsale; il y a écarte^ ment léger au niveau de la pfirtie iuférieure du dos , puis contiguïté au niveau des régions lombaire et sacrée. Le volume des têtes des fœtus humains me panait devoir être un obsuuile invincible à la fusion des vertèbi^es cev* vicales qui sont au^iessus ^e la septième, à moins quil nV ait fusion des têtes : aussi la fusion complète des deux colonnes cervicales n'a-t-»elle été observée que ches les animaux -, et dans ce cas tantôt les tètes sont simplement contiguës , tantôt elles sont oontinues. La contiuMÎtéou tusion des têtes appartient i un autre genre de moti- 5U*uQpité double. Lorsque les tétea sont simplement ooiltiguës, elles sont supportées par un atlas doi^^le au par deux adas distincts : d'où le nom dtallodymie donné ù ce genre par M. Geoffroy Saint-Hilaire , c{ui Ta établi sur Texamen de deux monstres doubles appartenant à la classe des serpents, dont Tuo loi avait été donné |>ur de Lacépède, et Tautre par H. Dutrochet. Meckel et Gnrlt ont décrit ce genre chez le veau. La première vertèbre cervicale est double, dit Meckel, la deuxième est demi -double. Gurlt a appelé ce genre dktphatus biatlaniictis.
L'adhésion cervicale est uue transition entre la moustruosité double par adhésion isolée des troncs et lu monstruosité double par adhésion simultanée des troncs et des tètes, qui constitue le troisième ordre de la nion.itruosité double.
Vlll* GENRE, Céplialo«60iiiodjrmie.
A Texception du genre br^uatodymie et du genre frontodymie, les adhésions de la tète s'observent constant-
iS6 AtiATOMlE PATHOIjOGIQL C GENERALE.
ment avec les adhésions de la n *gion cervicale ei de la partie sns^mbilicale du troDC Une loi préside à ces adhésions, c est que les adhésions du dronc ne sont nullement en rapport direct et nécessaire avec les adhésions de la tête , je veux dire que la fusion complète apparente on réelle des tètes n'entraîne pas la fusion oomplèle, apparente ou réelle des troncs, et qu'an contraire la fusion des tètes et celle des troncs semblent avoir lien en sens inverse Tun de lautre. Les genres sont établis sur la région de la tète par laquelle se fait l'adhésion , et les variétés sur le degré de la fusion.
Sous le rapport de la région de la tète par laquelle se fait ladhésion, on pourrait admettre trois caté«pories : I* ladhésion fSeiciale; a^ 1 adhésion crânienne; 3^ l'adhésion ladale et crânienne': L adhésion faciale comprend deux genres : i <^ la sous-maxillo-siemodynùe; 3® la /nvsopostemodymie ou momtre Janus.
(MMPHM. ^ OmAoj SateuHiiMn.)
ta monstruosité double par sous^maxillo-sternùdymie résulte de 1 association de l'adhésion des os maxillaires inférieurs et de l'adhésion stemodyinic. On n'a pas oublié que Fadhésion des sternums entraîne nécessairement celle des régions sus-ombilicales. Dans cette monstruosité il y
a Jonc sous-maxillo-cervico-sterno-suS'-omphalodymie. On trouve dans les cabinets de la Faculté un bon dessin représentant ce genre de monstre double. Les deux têtes qui se tiennent par leur partie latérale, postérieure et inférieure, sont comme renversées en dehors, distinctes par les crânes , distinctes par les régions nasale et oculaire, et par conséquent par les régions sus-maxillaires: elles sont au contraire confondues par la bouche c|ui se présente sous Taspect d un large hiatus informe et par lu
DEUXIÈME CLASSR. DKS AOII^.SIONS. 357
mâchoire inférieure : il y a quatre oreilles , dont deux antérieures très écartées, deux postérieures qui sont juxtaposées. Il n*y a pas de cou apparent : le thorax iait immédiatement suite à lu face. Les deux thorax et les ré* gions sus-ombilicales sont réunies par leur partie antérieure, comme dans la stemodymie. Il y a donc une poitrine double , un sternum, et vingt-quatre côtes antérieures , un sternum et vingt-quatre côtes postérieures, quatre membres supérieurs parfaitement conformés ; un ombilic commun ; dualité parfaite à partir de Tombilic.
Un exemple de même geni*e appartenant également à Tespèce humaine se trouve représenté dans Touvrage de BarkoWy qui a donné sur la dissection de ce monstre bimâle des détails très précis qui rappellent exactement la disposition du genre sternodymie. Ainsi, il avait deux colonnes vertébrales 9 une poitrine double à deux sternums et quatre rangs de côtes, un double diaphi'agme , quatre poumons, deux trachées, un seul œsophage, un seul pan* créas, un seul duodénum , un seul jéjunum, mais deux rates et deux foies.
a* BsriCB. Prosopo-ttemodymie.
( Jauiu, Janicepi.)
Dans la prosopo ^ sternodymie la fusion des tètes est bien plus prononcée que dans le genre précédent (d'où le nom de sycéphaliens , Is. Geoffroy Saint-Hilaire), et ce monstre à tète unique complexe, à deux faces opposées , Tune antérieure , lautre postérieure « représente exactement Tétre mythologique connu sous le nom de Janus : aussi les dénominations de Janus, Jankeps^ Janiforme se sout*elles présentées à lesprit des premiers observateurs qui font décrit.
Cette fusion des téies se trouve toujours coïncider avec la stemodymie et par conséquent avec la séparation de
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la moitié sous-ombilicale du tronc et des membres inférieurs : voici doncla forme générale du monstre Janus qui résulte de lassociation de la sternodymie el de la monocépbalie janiforme.
Dualité parfaite de la moitié sous-ombilicale du tronc , dualité du bassin et des membres inférieurs; adhésion des régions sus-ombilicale et sternale dans toute leur hauteur comme dans la sternodymie « avec opposition face à face des deux êtres constituants; par consé({uent, il y a deux sternums et quarante-huit côtes , quatre membres supérieurs , deux à droite, deux à gauchei un ombilic commun : une seule tète à deux faces opposées, Tune antérieure, l'autre postérieure, et à deux crânes opposés , Tun latéral droit, l'autre latéral gauche, deux oreilles antérieures, deux oreilles postérieures. 11 résulte de cette disposition de la tète que les axes des deux faces sont sur la même ligne que les axes des sternums, et que les axes des crânes sont sur la même ligne que les axes des colonnes vertébrales, et par conséquent des troncs.
Comment se rendre compte de la formation du monstre Janus , de cette opposition entre les faces et les crânes, entre les axes des faces et les axes des troncs? M. Is. Geoffroy Saint-Uilaii*e a appliqué à ce monstre lu théorie qui lui avait servi à interpréter la fusion des bassins dans la pelvidymie, la fusion des poitrines dans la sternodymie , et cette théorie rend admirablement compte des faits. Supposons un monstre double 9t6rtiodyne avec opposition face à face des troncs et des iMés, sttpposens que la même cause qui a agi sur la partie sus^ombilîcalè de labdomen et sur le sttfraum , ihende ^ pdnr ee opérer la fîiaioo, son action sur lés fiaces ; divisons également par la pensée chaque face en deux demvfiices hitérales \ une droite ^ une gauche; nous unroiH castra damt4ace$^ deux en avantf deux en arrière.
DKI^XIKMR CLASSE. UKS ADHÉSIONS. ."(59
Cela posé, admettons que les deux demi-fuces correspondantes de cha(|ue fœtus s'écartant l'une de Taulre sur le crâne immobile à peu près comme les feuillets d'un livre dont le dos resterait en place, exécutent sur ce crâne un mouvement de quart de rotation, il en résultera que la demi-face droite de Tun des fœtus viendra s'unir à la demi-face gauche de l'autre fœtus et réciproquement, de manière à former deux ixices complètes , Tune antérieure , l'autre postérieure ; mais qui , relativement à l'axe du tronc de chacun des individus composants , sont tout à fait latérales. U suit de là que les deux faces sont constituées chacune par moitié par les fœtus composants, absolument comme les deux poitrines de la sternoaymie et les deux bassins de la pelvidymie.
Les variétés du itionstre Janus sont établies d'après les degrés de fusion des faces. D'ordinaire Tune dès! faces, l'antérieure, est parFaheraent conformée, tandis que la postérieure présente tous les caractères de la cyclopie avec ses variétés. Ainsi il existe dans les cabinets de la Faculté un exemple dans lequel la face aniérieure du Janus est on ne peut plus régulière; tandis que la face postérieure présente les caractères suivants de la cyclopie avec astomie et monotie. Sous une trompe nasale cylindroïde se voit une fissure verticale qui est le vestige de la cavité orbitaire, dans laquelle on chercne vainement un œil ou des yeux rudimentaires. Point de mâchoire inférieure, point de bouche, et au bas de la face, sur la ligne médiane, deux auricules réunies par leurs extrémités inférieures formant un croissant à concavité supérieure et à convexité inférieure. La disposition des viscères tlioraciques et abdominaux est d'ailleurs celle de la sternodymie. Il y a deux cerveaux et deux cervelets.
Dans les deux espèces précédentes de céphalo-somodymie, 1 adhésion des têtes n'avait lieu qu'aux dépens des faces. Dans les genres qui suivent , cette adhésion a
SCO ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉfiALE.
lieu tout a la fois et aux dépens des crânes et aux dépens des faces. Ces espèces sont au nombre de trois.
3* BfpècB* Temporo-pelviilymie (mono-céphalo-somodyinie).
Dans l'espèce temporo-pelvidymie dont il existe un bel exemple dans les cabinets de la Faculté , il y a unité de tête et unité de corps, deux membres supérieurs et deux membres inférieurs, monocéphalie et monosomie, association de Tadhcsion des tètes avec le degré le plus avancé de la steriiudyuiie et de la pelvidymie. L*adhé* sion a lieu par les parties latérales des têtes : il y a en même temps adhésion crânienne et adhésion faciale. Les deux têtes sont soudées en une volumineuse masse qui présente deux faces complètes, Tune droite, l'autre gauche, dont chacune est pourvue de deux yeux, d'un nez et d'une bouche. Il n'y a que deux oreilles» l'une droite, lautre gauche ; le vestige des deux oreilles qui correspondent à la face adhérente des deux têtes me parait être un permis qui se voit à la partie inférieure et médiane de la face double. Les deux yeux, situés de chaque côté de la ligne médiane , présentent toutes les variétés de disposition qu'on observe dans la cyclopie. Ainsi, tantôt (comme dans le sujet des cabinets) les deux yeux sont contenus dans la même cavité orbitaire et ne sont sépares l'un de l'autre que par une bride verticale qui parait un vestige de paupière; tantôt les deux yeux sont réunis t n un seul œil ou complexe ou unitaire. Les deux bouches, très espacées chez le sujet des cabinets, eu raison de Tobliquitc divergente des axes de la face, sont quelquefois très rapprochées et même confondues. Chez le sujet des cabinets , chaque bouche présentait un becde-lièvre simple; les deux cerveaux ont été trouvés dis* tincts.
Je considère comme une variété de ce genre la disposition dans laquelle les deux tètes sont réunies latéralement
par les os occipitaux et par la partie voisine des pariétaux et des temporaux (i). Le nombre des oreilles varie suivant que Tadhésion atteint ou n'atteint pas la région auriculaire. Ordinairement les deux oreilles contiguës se réunissent en une seule oreille médiane, d autres Fois elles disparaissent complètement.
Le genre temporo-pelvidymie présente le degré le plus élevé de fusion qu'il soit possible de voir dans la monstruosité double : il n'y a qu un seul corps et une seule tcte. Il semble qu'il n'y ait qu'un pas à faire pour arriver à l'unité. Mais nous allons voir qu'à mesure que la fusion des têtes devient plus complète, la séparation des corps va tendre à s'effectuer comme pour attester la dualité. La dissection de ces monstres doubles monocépbales et monôsomiens montre d'ailleurs et dans la tète et dans le tronc des traces non équivoques de duplication.
4* ESPÈCK. Monocéphalodymie.
Dans l'espèce monocéphaiodynue les tètes sont non senlement réunies , mais encore confondues de manière à représenter une tête uni(|ue offrant l'aspect extérieur d'une tète ordinaire ; mais une monocéphalie aussi complète n'existe jamais seule, elle est toujours accompagnée d'une adhésion des troncs qui consiste tantôt dans la steruodymie , tantôt dans la sterno-sousoinphalodymie. Ce sont ces ilifFérences dans la hision des corps qui ont servi à la détermination des sousespèces que nous pouvons considérer connue de simples
variétés.
La dernière variété de Janus dans laquelle l'une des
(i) Oue Tariëté constitue le genre miodymie de M* Geoffroy Saint- HiUire ,(v2oy, parlie pofléiieure de la télé) par opposition auifeoro o/wéymie^ monatre Janus du même auteur, dans lequel les foetus sont unis latéralement.
362 ANATOMIR PATHOI.OGIQIÎR OKNÉRALR.
faces, la face postérieure qui manque presque entièrement est représentée par une oreille, conduit à la monocéphalie.
Dans une première variété appelée par M. Geoffroy Saint-Hilaire déradelphie (Jcptj, cot) , il y a association de la monocéphalie avec la stemo-sus-oniphalodymie , par conséquent séparation complète de la région sous-ombilicale du tronc, quatre membres inférieuts, tantôt quatre membres supérieurs, tantôt trois seulement par la fusion des deux membres postérieurs correspondants. Les deux colonnes cervicales sont réunies sous un tégument commun mais distinct ; il y a donc deux trous occipitaux.
Dans une deuxième variété ^ qui n'a jamais été observée chez rhomme {thoradefphïe de M. Geoffroy Saint-Hilaire), il y a association de la monocéphalie et de la cervico-stemodymie. Les ^deux colonnes vertébrales sont confondues dans toute la région cervicale et dans la moitié supérieure de la région dorsale: il n*y a que deux membres thoraciques.
Dans une troiêiéme variété ( synadelphie dt M. Geoffroy Saint-Hilaii^e), il y a association de la monocéphalie et de la sierno-sus et sous-omphalodymie. Il n'y « pas d'adhésion pelvienne > et cooséqueroment la dualité inférieure est très prononcée. On a constaté quatre membres sapérieurs et deux ombilics.
Je n ai point eu occasion d'observer de monstres doubles monocéphaliens.
Je passe maintenant à l'étude du deuxième ordre de monstruosités doubles à celle des monstres panisiiaires ou par implantation.