‹ Traité d'anatomie pathologique généraleChapitre 27 sur 38 · TROISIÈME DIVISION · texte numérisé non relu

TROISIÈME DIVISION

Des monstres doubles dont la daalité est établie par des membres •

oa des organes sarnuméraires.

Des degrés insensibles conduisent de la monstruosité double qui n'est autre chose que l'association de deux êtres parfaitement distincts , excepté dans le point de conjugaison, ayant chacun leur contingent de vitalité, et cependant condamnés à une vie commune par une adhésion viscérale, soit de circulation, soit de digestion; des degrés insensibles, dis-je, conduisent de ceite monstruosité double au monstre double unitaire dans lequel l'unité

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individuelle est maintenue dans tonte sa plénitude , et la dualité primitive n^est trahie qne par un membre, un organe surnuméraire. Quelle est la ligne de démarcation qui sépare la monstruosité double unitaire de l'anomalie par excès? Suivant la judicieuse remarque de M. Geoffroy Saint-Hilaire , il y a cette grande différence entre les ano« roalies par excès et les monstruosités doubles , que les pre« mières ne portent aucune atteinte à Tunité individuelle et consistent tantôt dans la division des organes, ex., utérus double; tantôt dans le développement considérable de parties naturellement peu développées ou rudimentaires, ex., plusieurs prétendus hermaphrodites ; tantôt dans Tad* dition de parties surnuméraires peu importantes, ex., une côte, une vertèbre surnuméraire ; ces parties accessoires faisant d'ailleurs toujours partie d'im appareil d'organes, tandis que dans les monstres doubles, on trouve , et cela même dans les cas les plus simples, des appareils d'organes ou des organes composés surajoutés à ceux de l'individu porteur, appareils qui ne sauraient être considérés comme dépendant de l'organisation de l'individu porteur, qui constituent une individualité ou nn débris d'individualité distincte plus on moins complète. Cette distinction répond amplement à la doctrine hasardée qui considère le monstre double comme constitué par un seul individu ehex lequel nn second corps, une seconde tète, deux nouvelles paires de membres se seraient produits accidentellement.

•Le seul moyen de lever toute espèce de difficulté , c'est d'étudier avec le plus grand soin , non seulement la con* formation extérieure, non seulement les os du squelette, mais encore la conformation intérieure des individus porteurs de membres ou de parties surnuméraires : il est plus que probable que, dans le cas où ces membres et parties surnuméraires seront le débris d'un être qui a en quelque sorte été absorbé par l'individu porteur, on trouvera dans t. 25

3M ANATOMIS PATVOLOOIQDP GÉNÉftAU.

lorganisalion ioiéineiiredes traces aon équivoques de da* plication moDstrueuse. Tel était le cas présenté à la So« ciété anatomique par M. Pigné, conservatear an musée Dupuyfren (i).

Il existait, dans les cabinets de la Facolté, un foetus uni* taire, parfattement bien conformé extérieurement , seule» ment, l'un des bras portait deux avanl^bras terminés chacun par une main : la séparation commençait un peu au-de»* sous de la partie moyenne de l'avant-beas. Or, la dissection a démontré i^ que la duplication avait lieu non seulement ii la main et à Tavant^bras, mais encore au bras et à Tépaule. Il y avait deux omoplates réunies par leurs borda postérieurs, deux clavicules accolées, mais distinctes; deux humérus, ebacuti entouré de ses muscles, de ses nerfs , de ses vaisseaux (deux plexus brachiaux , deux artères humérales) ; bien |^us , les visoèrss abdominaux présentaient les signes les plus inooolestablea de duplica* tîon DMDstrueuse ; il y avait deux foies dont Tun était atrophié, deux rates, deux paires de reins (deux reins superposés de chaque côté), deux ooccums, deux rectums terminés par une ouverture commune, une vessie divisée en deux loges. Tune antérieure, lautre postérieure par une cloison transvei*sale incomplète : dans le thorax, quatre poumons , dont deux antérieurs ti*ès développés , Jeux postérieurs atropliiés ; deux cœurs , l'un antérieur tK*s développé, l'autre postérieur très petit, lequel se présentait sous Taspect d'une petite masse charnue dans laquelle on reconnaissait des colonnes analogues à celles du cseur.

Dans un autre cas, également présenté à la Société anatomique par M. Pigné, le lioetus, complètement uni» taire extérieurement, contenait deux langues dans la cavité buccale , chacune pourvue de son frein. Eh bien , il

(i) BulUtins de la Société anatomique ^ ai* année, 1846 , p. 907.

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y avait deux duodénums et deurx reeiunis. Ce tiœttis était âgé de sept mois.

Un antre faih non bbomis mpertant est dû au anétne observateur. Il existait depuis longtemps dans les cabinets de la Faculté un fbstus anencépbale qui présentait à renterieur tous les signes d une bonne eonformation, à Texceptien d'une double verge, Tune supérieure d'nn volume normal , lautre inférieure très petite , mais d*aiUeurs bien confirmée. La dissection de cet enfiint a démontré deux ossurs juxtaposés à peu près égaux en volume, dont chaoïm enveloppé de son péricarde; chacun de ces cœurs était entouré de deux poumons, en tout quatre poumons; les deux aortes sorties des deux cosurs décrivaient leur coarbure accoutumée , ibumissaient les artères carotides et sotts-clavières , et se réunissaient au niveau de la quatrième vertèbre dorsale sur la Kgne médiane. Le reetmn est volinnineux; il y a deux estomacs, Ttm à droite, 1 autre à gauche ; une seule rate , un foie volimnoeux occupant les deux hypochondres et toute la région sosombilicale 1 son lobe gauche eet aussi volumineux que son lobe droit; on y voit encore trois reins, dont un sur la ligne médiane; la vessie seqable divisée en deux vessies, lune antérieure » lautre postérieure , séparées par une cloison incomplète ; il a*y a que deux testicules ( i )«

Ainsi, dans ce cas , la dualité n était accusée extérieu* rement que par un pénis incomplet. Le plus ordinairement cest par des membres surnuméraires que cette dualité se manifeste h Textérieur. Ces membres sont thoraciques ou abdominaux , et insérés sur des régions diverses du fœtns porteur. M. Geoffroy Saint-Hilaire lea appelle des monstres JoMes pofyméétens, c est-à-dire à phiN

(i) CeUe dissection est rendue inexactement dans le» BulUûns Je la SociéU anatom'ufue ^ 1846 , p. 1 10. Cest sur les pièces mêmes que la description que je donne a été faite.

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sieurs inerabres (fuXoç, membre). Les espèces sont constituées par le lieu de Tinsertion (i).

Dans une première espèce, un ou deux membres surnuméraires sont insérés à l'hypogastre , derrière ou entre les membres pelviens. Cette espèce , rare chez Tbomroe et diezles mammifères , commune chez les oiseaux, a été nommée pygomélie par M. Geoflroy Saint-Hilaire (iroÇ, région fessière).

Dettxième espèce, — Un ou deux membres surajoutés insérés sur labdomen {yasiromèk). On n'en connaît pas d exemple chez Thomme.

Troisième espèce, — Insertion sur le dos, ou plutôt sur la colonne vertébrale {notomèle^ de vwroç, dos) (a). Il existe dans les cabinets un dessin représentant un membre inférieur parfaitement conformé : cuisse , jambe et pied naissant de la région lombaire.

Quatrième espèce. — Insertion sur la tête {céphalomèk) observé pour la première fois par M. Geoffroy Saint-Hilaire sur un canai'd.

Cinquième espèce. — Insertion sur les membres normaux.

En général, les membres surnuméraires sont plus ou moins difformes, si bien qu'il est quelquefois difficile de savoir s'ils doivent être rapportés aux membres supérieurs ou aux membres inférieurs : dans le plus grand

( i) Je ne ferai qn^éoain^rer les espèces, d'enraot plot que ce çenre de nioDstnio«icé n*a ^té que fort rarement obêerré chei i'bonme.

(a) Ce vice de conformation a ^té observe sur une vache que l'on montrait par curio?(iic comme ayant cinq jambes et une fi(jure humaine. Cette prétendue S{pire n*était autre chose qu'une tumeur informe reposant sur U dos , de laquelle naissait un membre surnuméraire mal conformé. La dissection montra que c'était uo membre supérieur, que le métacarpe et les doigts offraient seuls une conformation normale , que les os de l'avantbras et l'humerai étaient difficifrment reconnaissables , que ce membre ne s*articulait avec aucun os, mais était attaché à Taide de li(]ramenfs aui dernières vertèbres rervicales et aux premières dorsale».

okuxikmë cla:$s£. des adhésions. 589

sombre des cas, ils out paru appartenir aux membres infé* rieurs. Us sont toujours plus petits que dans l'état régulier et leurs aiticulaiiona sont soudées entre elles. Les muscles sont remplacés par du tissu adipeux. 11 nest pas besoin de dii*e que les membres surnuméraires sont une occasion de gène au lieu d*étre un avantage pour Tindividu porteur.

U est plus que probable que, dans tous les cas de membres surnuméraires, il existe à Tintérieur des traces non équivoques de dualité : une dissection attentive de^ parties intérieures aussi bien que des parties extérieures pourrait seule écbirer à cet égard. Le mode de nutrition de ces membres surnuméraires devra aussi fixer l'atten* tion. Sont-ils simplement greffés à la manière des para* skes y ou bien reçoivent-ils de gros vaisseaux qui émanent des vaisseaux des pâmes sur lesquelles ils sont implantés, et leur nutrition est-elle aussi complète que celle des membres normaux ?

Si les membres surnuméraires sont une pretive de du* plication monstrueuse , en est-il de même des doigts surnuméraires ? Que devons-nous penser de Tindividu au» quel appartenait le pied gauche dont le squelette est conservé dans les cabinets de la Faculté , où il a été déposé par Lassus. Ce pied, inscrit ^^ c, présente huit orteils soutenus par autant d*os métatarsiens. 11 n'y a qu un seul gros orteil. Le deuxième, le quatrième et le sixième oi*teiis sont un peu plus petits que les orteils qui les avoisiuent/ Le tarse présente cinq cunéiformes , dont deux sumumé^ raires qui ressemblent au deuxième cunéifoi*rae , et par conséquent au plus petit.

Certes, je suis disposé à croire, avec M. Pigné, que ce pied appartenait à un monstre double ; mais en est-il de même i* de l'individu auquel appartenait le pied inscrit sous les lettres ^^e, qui présente six orteils pourvus de six métatarsiens; i^ de l'individu auquel appartenait la main inscrite sous les letti*es ^^6, qui présente six doigts avec

^90 AAATOBIIE PATHOLOGIQUE StHÈÊiàUL.

six uiéucarpieiiSy sans augineniatioD du nombre «ios os du caqie; el, enfin , si i'on adnieilait que là présence d'im seul doigt summnéraire avec son méiacarpien sofSt poor attesâer aue duplication monstrueuse, poonpioî ne pas admettre la même doctrine pour un doigt ou orteil sumo* méraires qae constituent deux ou trois pludaages atro> phiées. La difficultë est sérieuse et la limite impossible à établir dans Técat actuel de la soi^iœ. Si l'obsenratioii des laits nous permet d admettre certaines perties Iiulu* riantes chez iles êtres simples ou unitaires, comme uo sixième doigt et un sixième orteil , pounru ou non pourvu de son métacarpien , elle impose des boraes à cette production, et Tanatomie patbologicfoe , plus avancée, ne tardera pas i résoudre les difficultés qui sont encore insolubles dans 1 état actuel de la science.

Théorie de rinclasion.

La théorie la plus probable de Tinclusion est la suivante: deux germes ont été fécondés simultanément : par lefFet de causes difficiles à apprécier, Tun de ces germes, plus ou moins altéré, plus ou moins retardé dans son dé» ^^eloppement , pénètre dans l'épaisseur de lauire, s'y greffe, puise dans les vaisseaux de la partie à laquelle il adhère les matériaux de sa nutrition, senkyste et s'isole des parties environnantes. Cette interprétation lie le fiut de l'iiiclttsion aux laits des autres monstruosités doubles, et par conséquent au grand Êiit de ladhésion congéniale: ainsi, dans le degré le plus avancé, le fœtus parasitaire est totalement indus; dans un degré moindre , Finclusion est incomplète; dans un degré moindre encore, les deux foetus sont unis superficiellement entre eux.

Une autre liy|>othèse non inoins vraisemblable que la précédente, est la suivante qui a été soutenue par Himly, c'est celle de la réiuiioo primitive deâ deux germes dans

0BUXIÈMË CLA;i8Ë. UKi» AUHBSIOM8. 391

le loéae ovule : on sait qu il n'est pas rara de reaooncrer deux germes dans une graine on dans un oeuf doiiieau. lun de ces germes fécondés prend de la prédominance Tautre, il grandira en comprimant son congénère arrêté dans son développement, ybâs eu moies altéré dans sa suiiolure , qui adhérera à sa surface ou pénétrera dans son intérieur.

Onacberobé d ailleurs (Himiy, OUivier) à expliquer la pénétration d'ua individu dans un autre, par l'adhéDenoe du sujet inclus nua intestins du sv^et principal, à l*épo(|ue de la vie embryonnaire à laquelle œs intestins sont , dtt^ on, suspendus hors de labdomen. Bien que cette expi»cation ingénieuse ait été accueillie avec beaucoup de 6i^ veur, etqu aux yeux de beaucoup de personnes elle ait la valeur d'une explication définitive, je crois devoir la repousser par plusieurs motifs : car, d abord, la pénétration d'an germe fécondé dans un autre germe a lieu probablement à une époque antérieure à celle où le canal intestinal est formé. Kn second lieu, cette exj>lication ne pourrait rendre compte que des inclusions abdominales et nulle* ment des inclusions sous^cutanées. En troisième lieu, il nest rien moins que dém ntré (i) qiik une époque donnée de la vie intra*utériue, les intestins soient flottants hors de la cavhé abdominale.

Ainsi, la pénétration d'uu germe itksondé dans Tautre germe féconde , Tintussusception , pour me servir de Tes* pression de Dupuy tren , dans le cas de conception double, si bien qae le fioetiis inclus est frère et contemporain dn fœtus porteur et conçu dans le même acte générateur: telle est la seule théorie qui me paraisse réunir toutes les probabilités en sa faveur. Un mot sur les autres théories.

L^bypotbèse de la conjbrr^tion primitivement vicieuse des

(0 Voyes itfiMfomiff dete^îpiive, Splmnchnùto^iê j %' édHicni , Paris,

S92 ANâTOMIfi PATUULOGIQte GÉKÉtALE.

germes est purement gratuite et en quelque sorte une fin de non-reccvoir. Elle est encore adoptée par qneiqnes auteurs.

hBkprodue^H de FenAryott éncius par te sujet principal , est une hypothèse non moins gratuite que la précédente , et on ne conçoit pas que Mediel ait pu attacher quelque importance à une prétendueyiwve dejbmuuion luxuriante, 11 fendrait donc admettre une génération sans le concours des deux sexes, iucina mé eancubiiu, soit par une sorte de superfétation de nutrition , soit par une excitation des organes sexuels chez le fœtus mâle ou chez le fœtus femelle^ et à quelle époque, je le demande? pendant la vie intrautérine!

La reproduction par bouture des végétaux, celle des polypes y ne sauraient étra invoquées : car cette faculté qu'ont les parties des végétaux et celles de certains animaux de reproduire un individu semblable à celui dont elles ont été séparées, n a aucun rapport avec un fœtus enkysté isolé au sein des organes. Comment supposer que ce fœtus inclus dont lorganisation est quelquefois si complexe ait été produit par une espèce de germe ou bourgeon analogue à la reproduction des membres de la salamandre ?

L*extréme inégalité des deux sujets dans rinctusion |Kirasitaire a fait admettre que cette inclusion était le produit d'une superfétation. Mais la su|)erfétation me parait devoir être un obstacle invincible à luiclosion, attendu que ce n est qu'à Tétat embryonnaire ou sous embryon* nair€,ou mieax encore à letat de germe fécondé, que la pénétration de Tun des fœtus par l'autre peut avoir lieu. Pourqnela superfS6tation devint cause d'inclusion , \\ faudrait que le fœtus plus ancien avukU le fœtus plus récent , et que celui-ci perforât le canal intestinal du premier pour se porter dans le scrotum, dans la région sacro-périiiéale ou ailleurs. Cette ihéoiîc, excepté dans le cas d'inclusion parasitaire dans le canal alimentaire, ne me parait

TROISIÈME CLAS8£. nUS DÉPLACEMENTS PAR LUXATION. 395

nQllemeul déiaoDtrée par le fait de Bnysb, qui est relatif à une inclusion gasiriC|ue.

La diéorie de remboitement des germes de Bonnel, d*après laquelle il y aurait fécondation simultanëe d'ovules appartenant à plusieurs générations , ne s'appliquerait qu aux foetus femelles » et par conséquent ne pourrait expliquer rinclusion chez les foetus mâles.

Hors de la théorie de la pénétration de deux germes fécondés Tun par Tauire» il est impossible de se rendre compte des faits de la monstruosité double.

Après avoir étudié, d'une manière générale, le groupe des lésions dans la continuité , que nons avons divisée en solmons et en adhésions ^ nous allons nous occuper du groupe des lisions dans la contiguïté j ou des déplacements.

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