PREMIÈRE PARTIE
[ESQUISSE GÉNÉRALE DES CHANGEMENTS MORPHOLOGIQUES QUE LES MALADIES PEUVENT PRODUIRE.
§ I. — Valeur générale «le la cellule par rapport à la maladie.
S’il est vrai que la dernière unité formative delà vie organique, la cellule, son existence et ses changements successifs, soient bien mieux connus que les atomes du physicien et du chimiste, cet avantage de la cellule sur l’atome, de l’élément morphologique sur l’élément physico - chimique , n’est qu’apparent et illusoire.
La cellule n’est, pour ainsi dire, que le réceptacle, tout actif et vivant, il est vrai, des changements qui s’opèrent dans le groupement physique et chimique des derniers éléments impalpables de la matière. En physiologie comme en pathologie, les phénomènes qui se rapportent aux changements microscopiques delà cellule sont donc, avant tout, la manifestation, peut-être le coefficient de l’action des lois physico-chimiques. Sans méconnaître, par conséquent, la valeur réelle d’une théorie cellulaire issue de l’observation et appliquée à la pathologie, celle-ci ne saurait expliquer à elle seule ni les fonctions normales, ni la nature fondamentale de la maladie et des maladies.
(1) Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine. Paris, 1855-1856, 2 vol. in-8. — Des effets des substances toxiques et médicamenteuses, 1857, in-8. — Physiologie et pathologie du système nerveux , 1858, 2 vol. in-8. — Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations pathologiques des liquides de l'organisme, 1859, 2 vol. in-8.
Il ne saurait donc pas plus être question d’une pathologie cellulaire exclusive que d’une pathologie purement physique ou chimique, ou clinico-empirique.
La forme et le changement moléculaire intrinsèque de la cellule, avec ses fonctions diosmotiques, par rapport à la substance intercellulaire, sont donc inséparablement liés ensemble, et ce n’est qu’en quittant tout point de vue exclusif, qu’on arrive, pour la cellule, aux grands principes biologiques dans lesquels le concours harmonique des forces et des lois diverses préside aux phénomènes de la vie.
Il est donc évident que l’étude de la cellule n’a de valeur pour les médecins que lorsqu’elle est faite conjointement avec celle des changements physico-chimiques, des éléments étiologiques, des phénomènes cliniques, et qu’il faut tout aussi bien, enfin, pour comprendre la valeur de la cellule, consulter la marche, les divers modes d’issue de la maladie, l’action même que peuvent exercer sur elle nos moyens thérapeutiques, tant hygiéniques que médicamenteux et chirurgicaux.
§ II. — Comparaison de la cellule animale avec la cellule végétale.
On a tour à tour exagéré l’analogie et les différences qui existent entre la cellule du règne animal et celle du règne végétal. Sur les limites des deux, il yen a bien qui sont soumises aux mêmes phénomènes de nutrition et de propagation. Un mouvement vif se trouve aussi bien dans quelques spores des algues que dans des infusoires, et les figures 3 et 4 de la planche CXGVII, représentant, l’une une Amoebe, de la tribu des Rhizopodes, et l’autre un Champignon unicellulaire d’une maladie du ver à soie, montrent des formes cellulaires sans type distinct l’un de l’autre; dans cette dernière, la division s’opère aussi d’après les mêmes lois que Ehrenberg a établies pour les animaux infusoires (1). Mais si nous jetons un coup d’œil rapide sur les plantes plus complètes et les animaux supérieurs, les vrais rapports cellulaires montrent des différences marquées.
La nutrition de la plante est beaucoup plus simple que celle des animaux supérieurs, et exige par cela même des appareils moins compliqués. La vie de la plante est essentiellement diosmotique, terme fort commode, sous lequel les botanistes désignent les phénomènes de l’endosmose et de l’exosmose, que nous adoptons pour la physiologie normale et pathologique.
Dans la plante, les éléments de l’eau et de l’air se combinent avec des composés de plus en plus complexes, avec la variation connue de l’exhalation périodique d’oxygène ou d’acide carbonique. L’ancienne forme sert, dans la plante, de terrain formatif à la substance nouvelle, et la formation cellulaire est par cela même moins variée. Les phosphates, les sels de potasse et d’autres substances, provenant du sol, ajoutent bien à la complexité des produits ; mais, au total, la métamorphose de la matière dans les végétaux est bien plus simple que dans les animaux d’un ordre élevé.
Amidon, inuline, gomme, dextrine, peetpse, gélatine végétale, sucre, huiles grasses, huiles éthérées, résine, cire, caoutchouc, tannin, gluten, chlorophylle, des alcaloïdes variés, des cristaux de substances protéiques, surtout de caséine, des cristaux de substances inorganiques, des sels à acide organique ou minéral, constituent la majeure partie des substances que peuvent produire les cellules végétales et les tissus qu’elles composent. Tout cela reste bien en arrière de la complexité de produits que présentent les animaux.
Si nous passons aux détails morphologiques de la cellule végétale, nous trouvons tout d’abord que la membrane primaire est exempte d’azote, et qu’elle naît du contenu de la cellule par une espèce d’accroissement de la surface. Nous trouvons ensuite des couches superposées, d’épaisseur inégale, entre lesquelles il y a des canaux ou pores ( Porencanaele des auteurs allemands), éléments qui tous ne se trouvent point dans la cellule animale type.
Ce n’est qu’ensuite, en examinant de dehors en dedans, que nous arrivons au protoplasme, substance granuleuse azotée qui se meut autour du noyau, et qui est délimitée au dehors par une membrane azotée. Celle-ci correspond bien plutôt à la paroi de la cellule animale. Le noyau et ses nucléoles diffèrent beaucoup moins de ceux de la cellule animale. Voilà donc quelques analogies à côté de profondes diffé-
(1) Mandl, Traité du microscope et de son emploi dans l'étude des corps organisés , suivi de Recherches sur l’organisation des infusoires,
par Ehrenberg. Paris, 1839, in-8.
CHANGEMENTS MOLÉCULAIRES PRODUITS DANS LE CORPS HUMAIN
rences. Quant au mode de multiplication de la cellule végétale, nous le mettrons plus loin en parallèle avec celui de la cellule animale.
Passons aux détails de la cellule animale, surtout telle que nous l'observons dans les produits de la maladie.
La cellule animale est constituée, dans son type primitif, par une vésicule plus ou moins sphéroïdale qui renferme une substance, le contenu cellulaire, différente chimiquement, selon les diverses espèces de cellules. Puis y vient le noyau avec un ou plusieurs nucléoles et son autre contenu.
§ III. — Membrane cellulaire et sa forme extérieure.
La membrane, vrai appareil diosmotique, opère l’échange de la matière de son contenu avec celle du milieu ambiant, de même que son contenu est derechef dans un rapport diosmotique avec le noyau et son intérieur. Celui-ci sert plus particulièrement à la propagation de la cellule, mais la membrane n’est point étrangère à cette fonction, vu qu’elle aussi se divise autour du noyau.
Les figures 1 à 4 de la planche CXCVII nous fournissent des exemples de celte forme cellulaire primitive. Dans la figure 1 on voit des cellules de l’intérieur de l’œuf non fécondé de la grenouille montrer la paroi, le noyau et le nucléole; le contenu cellulaire y est homogène, tandis que les cellules d’une tumeur cancéreuse de la figure 2 montrent, en outre, un contenu cellulaire finement granuleux. Les figures 3 et 4 sont des images d’animaux et de plantes unicellulaires, et dans cette dernière on voit fort bien leur mode de propagation par division.
En général, parmi les cellules pathologiques, ce sont surtout celles de l’épi thélioma et du cancer qui montrent la vie morphologique la plus active.
Toutefois les fonctions de ces cellules sont encore tout à fait inconnues, et il est probable qu’elles forment un suc infectant qui, se propageant au dehors, à travers la membrane cellulaire, donne à la maladie, dont elles ne constituent qu’un seul élément, la faculté de se propager de proche en proche ou au loin. L’existence des animaux et des plantes unicellulaires d’un côté, la presque identité de quelques cellules pathologiques avec des modes d’être totalement différents des maladies qui les ont engendrées, prouve jusqu’à l’évidence combien la vie et ses fonctions doivent être variées et actives dans les cellules.
En pathologie, les cellules peuvent, en général, acquérir de plus grandes dimensions qu’en physiologie, mais ce n’est là qu’une apparence. Tandis que ces dernières varient de volume entre 1 /200e et 1 /30e de millimètre, les globes épidermiques de l’épithélioma (pl. CXCVII, fig. 20), les cellules mères du cancer et de l’épithélioma peuvent devenir beaucoup plus volumineuses; mais il y a alors plutôt un passage à la formation folliculaire et adénoïde, qui, à l’état normal aussi, naît d’hyperplasie cellulaire.
L’aplatissement des cellules est le même en pathologie qu’en physiologie, et les cellules de l’épithélioma ou du contenu des glandes sébacées hypertrophiées sont aussi aplaties (pl. CXCVII, fig. 5) que celles de l’épiderme ou de l’épithélium pavimenteux des membranes muqueuses. 11 en est de même des épithéliums de transition, de forme cylindrique, et de ceux qui sont munis de cils vibratiles (pl. CXCVII . fig. 6), que j’ai rencontrés parfois au milieu de kystes de nouvelle formation, une fois entre autres dans un kyste dermoïde clos du médiaslin antérieur. L’épithélium cylindrique est fréquent aussi en pathologie, il constitue même des tumeurs entières que M. E. Wagner a réunies dernièrement pour en former un groupe à part de produits accidentels.
Outre ces formes dues en partie aux modes de juxtaposition et de tassement, les cellules peuvent tout aussi bien, et cela grâce à leur vie intrinsèque, croître dans divers sens, et pousser des prolongements qui, dans les cellules fusiformes des tumeurs fibro-plastiques, sont bipolaires, comme dans les cellules ganglionnaires bipolaires, comme dans le tissu connectif en voie de formation. Nous trouvons à l’état normal, en avançant un peu plus loin, des prolongements multiples delà membrane cellulaire, allant jusqu’à des réseaux réguliers et étendus, comme dans les figures 16 et 17 de la planche CXCVII, représentant la formation des réseaux pigmentaires de la grenouille, et dans la figure 25 de la planche CXCVII, représentant des réseaux de cellules du tissu connectif d’un embryon de cochon. Eh bien !
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nous retrouvons ces mêmes prolongements multiples dans les tumeurs sarcomateuses et fibro-plastiques (pl, CXCVII, fig. 7), et ici encore l’hyperplasie cellulaire est bien plus considérable que dans le tissu connectif normal.
Ces réseaux qui constituent ensuite une grande analogie avec la formation des vaisseaux capillaires, peuvent, dans les produits accidentels aussi bien que dans les tissus normaux, servir à la propagation de sucs transparents, sans molécules solides. La mulliformité de la paroi cellulaire est même plus grande encore en pathologie qu’à l’état normal ; nulle part ailleurs elle n’atteint ce haut degré de variabilité, comme dans les tumeurs cancéreuses.
Semblable au protoplasma des cellules végétales, la paroi cellulaire chez l’homme et les animaux est azotée, caractère qui se retrouve aussi dans toutes les cellules pathologiques. Cette membrane montre surtout une grande analogie avec le tissu collagène élastique. L’importance chimique la plus grande, du reste, ne réside point dans la paroi, mais bien plutôt dans le contenu dont nous allons nous occuper.
§ IV. — Coufcuu des cellules en dehors du noyau.
Le contenu cellulaire peut remplir la cellule tout entière, comme dans la corde dorsale de l’embryon de la grenouille, et être parfaitement homogène, transparent, incolore; le plus souvent le contenu se trouve entre la paroi et le noyau.
Le contenu homogène peut offrir une très forte réfraction à la lumière, comme dans les cellules adipeuses (pl. CXCVII, fig. 9, B) ; il peut être coloré en jaune, comme dans les cellules rouges, ou plutôt jaunes, du sang (pl. CXCVII, fig. 10). Le plus souvent ce contenu est granuleux, finement grenu; ces granules incolores sont tantôt de nature albuminoïde, tantôt de nature plutôt graisseuse (pl. CXCVII, fig. 11), tantôt enfin colorées en jaune, en brun, presque en noir ou en vert ou en vert brun, par des pigments divers, dérivant tous plus ou moins de celui du sang, pigments que l’on trouve surtout dans les épanchements sanguins anciens et dans la mélanose, soit essentielle, soit cancéreuse, ainsi que dans le foie, après la stagnation prolongée de la bile (pl. CXCVII, fig. 13).
La transformation colloïde, amyloïde, avec production d’une substance semblable à la cellulose ou à l’amidon des végétaux ; des dépôts salins, calcaires, même des cristaux, soit de corps gras, de margarine (pl. CXCVII, fig.14-), soit d’hématoïdine (pl. CXCVII, 15), peuvent se trouver dans l’intérieur des cellules.
La membrane peut entourer le noyau d’une manière tout à fait étroite, comme dans les cellules de la lymphe, dans les cellules peu développées du pus, du cancer (globulins des fig. 16 et 17, pl. CXCVII). La membrane existe alors probablement de prime abord, mais elle se confond avec le noyau, et elle ne devient visible que lorsqu’au moyen de l’endosmose, un peu de liquide s’est interposé entre la paroi cellulaire et le jeune noyau.
Le plus souvent, dans les cellules bien développées, la paroi n’entoure le noyau que bien plus largement, sa périphérie étant séparée de lui par un espace bien appréciable. La position du noyau peut être centrale ou plutôt périphérique,
La surface de la cellule animale est lisse et homogène. Les canaux dits poreux que l’on a décrits pour les épithéliums de l’intestin grêle (pl. CXCVII, fig. 12) n’ont aucun rapport avec les canaux poreux des cellules végétales. Il s’agit probablement là d’une espèce de fractionnement de la surface semblable à celui que l’on observe dans les cellules à cils vibratiles. Je ne connais rien de semblable pour les cellules pathologiques.
Plusieurs fois j’y ai observé un épaississement considérable de la paroi cellulaire (pl. CXCVII, fig. 28), mais qui n’avait pas de rapport avec les couches déposées dans les cellules végétales.
Il n’est pas rare non plus que des cellules deviennent concentriques, plusieurs parois paraissant s’emboîter les unes dans les autres (pl. CXCVII, fig. 28 et 29). Ce phénomène est probablement d’origine diosmotique.
§ V. — Noyau «Se la cellule.
Dans tous les produits morbides, le noyau de la cellule est pour le moins aussi important que la paroi et son contenu. Tandis que ce dernier fournit au dehors, par exosmose, la substance intercellulaire, tan-
T. II. — ANAT. PATHOL. — 41* L1VB. 167
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tôt liquide, tantôt plus consistante, qui probablement renferme aussi le suc infectant des produits capables de se reproduire ou de les propager au loin, à l’intérieur cette substance sert à la nutrition du noyau, élément essentiel pour l’endogénèse des cellules.
Dans les produits morbides, le volume du noyau varie entre t/400® et 1 /50e de millimètre. Sauf les cellules ganglionnaires, les cellules normales chez l’homme ne renferment point, en général, des noyaux aussi volumineux, qui peuvent devenir et deviennent souvent ceux du cancer. Nulle part, à l'état normal, le volume du noyau, par rapport à celui de la cellule entière, n’est aussi considérable non plus que dans le cancer.
Tandis que la membrane cellulaire est en général faiblement esquissée et offre des contours pâles, le noyau, au contraire, montre toujours des contours fortement accusés. Sa forme est sphérique ou sphéroïdale aplatie, et plus souvent encore ovoïde ou ellipsoïde. Il n’est très allongé que dans certaines formes du tissu fibro-plastique , et principalement dans les fibro-cellules musculaires organiques (pl. CXCVII, fig. 21 et 22), dans lesquelles il peut être même allongé et étroit en forme d’alène. Dans l’épithéliome et le cancer, le noyau est presque toujours ovoïde ou rond.
Le contenu du noyau est ordinairement homogène, sauf les nucléoles, dont il sera question tout à l’heure. Plus rarement il est granuleux, pigmenté, gras, albuminoïde, etc. Le contenu cellulaire peut masquer totalement le noyau, soit par de la graisse homogène, soit par de la graisse granuleuse, soit par des granules albuminoïdes, soit enfin par du pigment hématique, mélanique ou biliaire (pl. CXCVII, fig. 9, 11, 13, 18).
Si, d’un côté, on trouve souvent dans le cancer des noyaux libres, presque sans parois cellulaires distinctes, d’un autre côté, on voit en pathologie des cellules incomplètement développées ou racornies, dans lesquelles la différenciation entre les cellules et le noyau n’existe point. Nous avons déjà appris à connaître cet état pour de jeunes globulins dans le pus et dans le cancer. Dans le pus bien formé, il n’est pas rare non plus de trouver des cellules en tout semblables à celles du pus, avec leurs noyaux caractéristiques, mais sans que l’on puisse y découvrir de noyau. Gardons-nous de dire qu’il ne s’agit là que d’une phase régressive de développement. J’ai observé tout aussi bien cet état dans de jeunes cellules du pus en voie de formation. Ce sont là les cellules que j’ai décrites depuis longtemps sous le nom de pyoïdes. il en est de même, le plus souvent, des éléments corpusculaires du tubercule, dont nous apprendrons à connaître plus loin le mode de formation. Le noyau peut enfin disparaître aussi dans l’intérieur des cellules dans lesquelles il a existé préalablement. C’est le cas surtout dans la cornification des cellules.
§ VI. — Des nucléoles.
Les nucléoles manquent rarement dans les noyaux des cellules provenant de produits morbides. Ce n’est que dans ceux des cellules du pus que leur absence est la règle. Leur volume varie entre 1 /500e et 1 /200e de millimètre. C’est encore dans le cancer que j’ai observé généralement les plus volumineux; ils y ont aussi un aspect luisant particulier. Leur nombre varie de un à trois; il y en a rarement davantage.
Plusieurs fois j’ai observé, dans les nucléoles des cellules cancéreuses, devenus très volumineux, de 1/200® de millimètre et au delà, de petits nucléoles secondaires. Sans pouvoir le prouver, je serais porté à croire que les nucléoles peuvent arriver à devenir des noyaux et à remplir alors leurs fonctions hyperplasiques.
§ VII. — De la constitution chimique et des fonctions de la cellule.
Ce sujet est encore plein d’obscurité.
La membrane cellulaire est azotée, semblable au tissu élastique, insoluble dans l’eau, dans l’alcool, dans l’éther ; l’acide acétique et d’autres acides végétaux, la rendent tellement transparente, que l’on croirait qu’elle a disparu; cependant, en y ajoutant un liquide fortement coloré, elle reparaît. Les acides minéraux ne l’attaquent que faiblement, les alcalis encore moins; l’acide nitrique la colore en jaune, et si l’on ajoute ensuite de l’ammoniaque, la coloration devient orange ; la solution de nitrate de mercure, enfin, la colore presque en rouge.
La membrane cellulaire éclate assez facilement, par imbibition d’eau, mais elle est assez résistante à la putréfaction et à la décomposition. L’ébullition l’altère peu et ne fournit point de gélatine.
Le noyau cellulaire offre des réactions chiihiques différentes de celles de la membrane cellulaire. Fortement azoté, il se dissout dans les solutions alcalines un peu concentrées, tandis qu’il résiste aux acides végétaux, surtout à l’action de l’acide acétique. De même que la membrane, le noyau devient plus résistant encore aux réactions chimiques, lorsque toute la cellule est en voie de racornissement, de cornification.
Le noyau servant plutôt à la propagation de la cellule par endogénèse et par division, la membrane ayant surtout une fonction diosmolique, on comprend aisément que ce doit être le contenu de la cellule, entre la paroi et le noyau, et à un moindre degré seulement, le contenu de celui-ci, qui doit avoir la plus grande importance chimique, physiologique et pathologique aussi. En effet on y trouve, dans les diverses espèces de cellules, toute la série des corps albuminoïdes (substances protéiques), des graisses de nature diverse, des sels alcalins et terreux (calcaires), des métaux, tels que le fer, etc. Mais, en outre, le grand nombre de substances organiques, propres à la vie normale ou morbide, se forme dans la cellule et se répand au dehors, grâce à l’intervention diosmotique de la cellule. C’est ainsi que la syntonine, se trouvant dans les dérivés cellulaires du muscle, de la mucine et de la glutine dans les cellules du tissu connectif, passent surtout dans la substance intercellulaire par exosmose.
Les cellules jouent un rôle actif dans la formation des ferments nécessaires aux fonctions de la vie animale, comme par exemple pour ceux de la diaslase buccale, pancréatique, de la pepsine, des ferments actifs, dans la transformation de la substance glycogène du foie en sucre, dans la formation de la bile, etc. On observe déjà ces phénomènes dans la physiologie végétale, qui offre, par exemple, par le contact de l’amygdaline et de l’émulsine, la formation de glycose, d’huile d’amandes amères et d’acide cyanhydrique, par le contact de la salicine et de l’émulsine, la formation de sucre et de saligénine, acte peutêtre important dans la maturation des fruits.
Il est probable qu’en pathologie aussi les ferments et l’acte de la fermentation jouent un rôle important dans la production de beaucoup de maladies.
Il y a là, sans doute, deux grands ordres de phénomènes pour les maladies miasmatiques et pour les maladies infectieuses, se rapportant à des ferments venant du dehors et à ceux qui se développent dans le sein de nos tissus et de nos organes, surtout pour ce qui louche à leurs sucs liquides.
D’après les recherches récentes de M. Pasteur, il devient probable que pour les fermentations connues et bien étudiées il y a intervention d’un germe végétal ou animal, extrêmement petit, tout à fait microscopique, et dont la vie s’effectuant aux dépens des substances mises en contact avec des germes, en modifie la composition moléculaire et atomistique.
Bien que mes études sur les parasites microscopiques du règne végétal et animal m’aient conduit à envisager les maladies parasitiques comme un groupe à part, je ne serais pas étonné si par la suite on trouvait, pour les maladies miasmatiques se développant par l’intervention d’un élément venant du dehors, tout un ordre d’êtres infiniment petits, capables ou de traverser les membranes, ou d’opérer par diosmose un travail de modification dans le groupement des atomes, arrêtés, par exemple, dans les cellules pulmonaires, et agissant sur les liquides qui se trouvent séparés de leur contact par des membranes très minces, ou enfin les traversant peut-être en y pénétrant de dehors en dedans, par leur germination ou par diosmose, s’il s’agit de corps chimiques non vivants. Quoi qu’il en soit de ces hypothèses, que l’avenir les ratifie ou les rejette, il n’est pas moins vrai qu’il y a beaucoup d’analogie entre l’action des ferments et l'action de beaucoup de causes morbigènes.
Comme dans la fermentation, nous voyons dans la production des maladies miasmatiques une action constante, identique pour chaque maladie, différente d’une manière tout aussi régulière pour l’effet de chaque miasme ou agent infectieux venant du dehors. Nous ne retrouvons également point la présence d’un agent étranger dans les liquides et les solides du corps malade, de même que les ferments n’entrent point dans les produits de leur action. Si nous constatons que dans la syphilis, dans la morve, dans le cancer, il se fait une infection locale d’abord, qui s’étend et enveloppe peu à peu l’organisme tout entier, et que cela arrive pour chaque maladie virulente d’une manière particulière, à elle propre, soumise à des
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lois spéciales, il devient infiniment probable que les maladies miasmatiques, virulentes même, ainsi que les affections infectieuses qui ne sont nullement transmissibles et ne permettent point d’admettre un agent spécial venant du dehors, puissent développer un ferment qui modifie les parties voisines et leurs tissus d’abord, puis le corps tout entier, de façon à produire un agent infectieux, toxique localement ou généralement.
Hâtons-nous de dire que pour la vaccine, comme pour la petite vérole, la syphilis, lat morve, pour la fibroplastie généralisée, l’infection cancéreuse, l’examen microscopique est absolument insuffisant pour nous dévoiler la cause infectante. Il faut donc chercher plus loin, et les études chimiques faites avec la plus grande rigueur, tant dans la méthode que dans l’interprétation, doivent intervenir là où lès études morphologiques et cliniques seules ne font que constater notre ignorance, tout en ayant fait reculer un peu ses limites. Peut-être trouvera-t-on un jour des séries de corps homologues, soit chimiques, soit organiques, qui expliqueraient à la fois la raison d’être des groupes et des espèces différentes de toutes ces maladies dans lesquelles un agent infectieux quelconque paraît être en jeu.
Que la cellule soit le foyer de ces actions, personne ne saurait en douter, car nous verrons plus tard, après avoir passé en revue le mode de propagation des cellules, que la substance intercellulaire et les cellules ne font qu’un. Mais tout en admettant ce fait, nous ne nous trouvons que tout à fait à la superficie de cette grave question.
Des ferments interviennent probablement aussi lorsque nous voyons dans les maladies survenir des dédoublements de composition atomistique qui provoquent la formation de leucine, de tyrosine, de xanthine, d’hypoxanthine, d’urée, d’acide urique, d’inosile, de sucre, de créaline, de créatinine, de cystine, etc., dans des tissus et des organes qui, à l’état normal, n’en renferment point, et même dans les excrétions et dans des produits de l’inflammation, de la formation de tissus accidentels, dans des concrétions, etc. (1).
Nous avions donc raison de dire que la cellule, tout en offrant déjà bien des notions précises et satisfaisantes, nous était cependant presque inconnue pour la plupart des modifications profondes qu’elle subit et qu’elle fait subir au corps dans les diverses maladies.
§ VIII. — Do anode de multiplication des cellules.
Un des points les plus importants pour la valeur des changements cellulaires en pathologie est leur mode d’accroissement et de multiplication.
L'accroissement ordinaire de la cellule par endosmose, par intussusception, par élaboration, pour ainsi dire, des matériaux qui lui sont amenés par les sucs nutritifs, est connu depuis longtemps, et ne diffère en rien à l’état morbide de ce que l’on observe à l’état physiologique.
Mais ce qu’il faut étudier, c’est leur endogénèse et le rapport de celle-ci avec leur formation primordiale. C’est là une des questions des plus graves et des plus belles à la fois des lois physiologiques et pathogéniques.
11 y a peu d’années encore toutes nos écoles, et moi comme tout le monde, nous professions la doctrine de Schwann, d’après laquelle les cellules naissent à l'état libre dans un liquide appelé blastème, dans lequel les atomes ou les molécules constitutives de la cellule se réunissent , se groupent ensemble et la forment ainsi de toutes pièces.
En physiologie, la théorie des sécrétions : en pathologie, celle de l’inflammation, celle des tissus de nouvelle formation et bien d’autres, devaient nécessairement dépendre de la théorie cellulaire régnante.
Toutefois on ne se rendait pas compte que celte théorie était complètement isolée dans les lois de la vie organique, et différait totalement de celles surtout qui régissent la propagation et la multiplication des êtres vivants, habitué comme on l’était encore à admettre pour les parties constituantes de l’organisme d’autres lois que les lois générales de la nature.
La question de la génération cellulaire doit donc nécessairement faire partie de celle de la génération en général. Pour celle-ci en particulier, M. Pouchet (2) n’a pas pu nous convaincre, et nous repoussons
(1) Voyez Ch. Robin et Verdeil, Traité de chimie anatomique et physiologique normale et pathologique. Paris, 1853, t. III.
(2) Hétérogénie ou génération spontanée. Paris, 1859.
énergiquement, à mesure que nos connaissances avancent, la génération spontanée comme hypothétique, comme contraire à tous les faits connus.
Nous ne nions point que, sur ce terrain, il n’y ait encore bien des points obscurs ; à chaque révolution du globe, après chaque soulèvement de chaînes étendues de montagnes, et en tous cas une fois au commencement du monde, des êtres vivants ont dû se produire sans que nous sachions comment, et par ce mode que l’on appelle génération spontanée.
Toutefois la création primitive une fois achevée, cette loi fondamentale de la vie organique formulée par Linné, omne vivurn ex ouo, repousse toute espèce d’exception, à mesure que nous connaissons mieux la génération des êtres les plus simplement organisés et qui pourraient le plus facilement naître spontanément, et l’helminthologie, qui paraissait, il y a peu de temps encore, apporter à la génération spontanée les plus solides appuis, la réduit aujourd’hui à néant, grâce aux belles découvertes sur la migration, sur la génération alternante de ces êtres nomades qui, aux diverses périodes de leur développement, habitent des milieux et des animaux totalement différents (1).
Et la cryptogamie est-elle aujourd’hui autre chose qu’une véritable cryptopsie? Ne connaissons-nous pas pour des champignons d’un ordre tout à fait inférieur souvent deux espèces de spores plutôt qu’une (2), et ne savons-nous pas que, pour les algues même, il y a aussi bien des éléments mâles que des femelles? Sont-ce bien ces moyens de propagation que nous avons vus à l’œuvre et en pleine voie de développement sur une multitude d’espèces, que l’on oserait rejeter, pour revenir à la plus stérile des hypothèses?
Des esprits paresseux répondront peut-être qu’il n’y a rien d.e plus brutal que les faits. Qu’ils réfléchissent un peu, et ils trouveront que les faits qui ont présenté ce caractère « brutal », contradictoire à tous les autres faits connus, ont été, la plupart du temps, trouvés fautifs, après un examen approfondi.
Jetons donc à présent un coup d’œil sur les faits.
Après qu’en 1835 Hugo de Mohl eut prouvé que dans le Conferva glomerata les cellules naissaient des cellules par division, dès 1842 Nægeli a défendu énergiquement et avec plein succès, contre Schleiden, le contemporain et le partisan des opinions de Schwann, la propagation des cellules par division, comme loi générale. Ainsi, depuis vingt ans bientôt, les botanistes sont d’accord à rejeter la génération spontanée ou blastématique des cellules.
M’objectera-t-on peut-être que les botanistes parlent encore deformation cellulaire libre? L’objection est plus spécieuse que réelle.
Ce que les botanistes appellent formation cellulaire libre n’a pas le moindre rapport avec la formation spontanée dans un blastème. Depuis Nægeli on distingue comme propagation cellulaire par division celle qui consiste dans un fractionnement complet, dans une division intégrale de tout le contenu cellulaire, tandis que la formation cellulaire libre consiste en ce qu’une partie de la cellule mère est seulement employée à la formation de cette seconde génération, qui est aussi bien endogène, non blastématique, que dans la division intégrale. La division nucléaire précède aussi dans la cellule végétale la division de la paroi.
Non moins que pour le règne des plantes, la formation cellulaire endogène, non blastématique, tend de plus en plus à s’ériger en loi générale pour tout acte formatif de la cellule animale.
Dès 1841, Remak (3), après avoir décrit la multiplication des cellules du sang dans l’embryon du poulet, comme ayant lieu par division, indique dans son beau travail sur le développement des animaux vertébrés (4), le mode de multiplication cellulaire comme général pour la formation embryonnaire primitive. Je dois ajouter ici que déjà dans le travail que j’ai publié avec M. Prévost (de Genève), sur le développement des batraciens (5), j’ai démontré que beaucoup d’éléments histologiques primitifs : le sang, le pigment, les muscles du cœur et du mouvement volontaire, le cartilage, etc,, naissaient par une transformation directe des cellules embryonnaires primitives, auxquelles j’avais donné, à cause de cette
(1) Davaine, Traité des entozoaires et des maladies vermineuses de l’homme et des animaux domestiques. Paris, 1860.
(2) Cli. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur L’homme et les animaux vivants. Paris, 1853.
(3) Berliner medicinische Vereinszeitung, 1841.
(4) Ueberdie Lntwieklung der Wirbelthiere. Berlin, 1851.
(5) Annales des sciences naturelles , Zoologie. Paris, 1844.
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qualité même, le nom d'organo-plastiques. M. Remak publia, en 1852, un mémoire sur la multiplication des cellules par division (1), dans lequel il passa en revue la structure de beaucoup de tissus, et il réclame déjà comme urgente la révision de toute la doctrine de l’exsudation. Peu de temps après, il indique pour la formation de certaines tumeurs, comme élément essentiel, la division de cellules normales et les changements ultérieurs de ces éléments; enfin, en 1855, il formule (2) la division cellulaire comme leur seul mode d’origine et de multiplication.
Bientôt des observations semblables furent faites sur l’origine et la multiplication des cellules pathologiques. Virchow, His, Fôrster, Billroth, Weber (de Bonn), et d’autres, publièrent une série de travaux sur ce sujet, parmi lesquels un des premiers, celui de His, sur l’inflammation de la cornée (3), a le grand mérite d’avoir montré que l’exsudation inflammatoire n’y consiste qu’en une hyperplasie cellulaire avec division des noyaux surtout.
C’est toutefois à Virchow que revient l’honneur d’avoir, après toutes ces recherches antérieures, formulé le premier, pour l’état morbide, Yomnis cellula e cellula (4), application véritable du célèbre dogme linnéen. En niant ainsi (5) toute formation autogène, spontanée ,‘ blastématique de la cellule dans les produits morbides, il a rompu complètement avec la tradition, et toute hardie que parut cette parole au premier abord, les trois années qui viennent de s’écouler, loin de l’affaiblir, lui ont au contraire apporté chaque jour de nouvelles forces. Malgré les nombreuses lacunes qui existent encore sur ce terrain, rien n’est venu soutenir l’ancien dogme de l’origine blastématique de la formation spontanée de la cellule pathologique. Beaucoup de faits sont venus, d’un autre côté, démontrer leur origine par division et par multiplication de cellules normales préexistantes.
Pourquoi n’avouerais-je pas que c’est en cherchant des preuves pour réfuter Yomnis cellula e cellula que je suis devenu un des défenseurs convaincus.
J’ai pu constater ainsi l’origine du pus, du tubercule, des tumeurs fibro-plastiques, de l’épithéliome, du cancer, comme provenant, dans leurs cellules caractéristiques, de l’hyperplasie et des modifications ultérieures des cellules du tissu connectif.
Le meilleur type de la division cellulaire est fourni par les cellules du cartilage ; toutefois ce sont des cellules entourées d’une capsule, ce qui rend l’acte de division un peu plus compliqué. Il est probable cependant qu’une observation plus complète et plus détaillée montrera des modes de division en tout analogues à ce type physiologique pour les cellules concentriques de l’enchondrome, de l’épithéliome, du cancer, etc., et d’autres produits pathologiques.
C’est le nucléole qui se divise en premier lieu ; les deux nucléoles ainsi nés s’éloignent l’un de l’autre (pl. CXCVII, fig. 30, n° 2). Il se forme ensuite un étranglement dans le milieu du noyau, qui s’est allongé et qui a pris la forme d’un biscuit, puis d’un huit de chiffre (fig. 30, n°3). Bientôt cette division devient plus complète (fig. 30, n° 4). Les deux noyaux ainsi formés s’éloignent l’un de l’autre. La membrane cellulaire subit bientôt un travail semblable d’étranglement, médiocre d’abord (fig. 30, n° 5), et bientôt la cellule tout entière se trouve divisée en deux (fig. 30, n° 7). Chaque nouvelle cellule peut de nouveau se diviser en deux, et ainsi de suite (fig. 30, nos 8 et 9). Une cellule a de cette manière donné naissance, en dernière analyse, à un grand nombre d’autres qui l’égalent ou la surpassent en grandeur. Si, comme dans les cartilages, il a existé une capsule autour de la cellule première, celle-ci ne se divise point, mais elle augmente, lorsque son contenu s’accroît, et que la cellule s’est partagée en deux, quatre, huit, etc. Elle constitue alors une cellule mère.
Le fractionnement du vitellus qui préside à tout développement embryonal ovigène, dans le règne animal, n’est autre chose que. l’application du mode décrit de division et de multiplication cellulaires.
On appelle aussi cellule mère une cellule qui a eu d’abord un noyau simple qui s’est divisé, et duquel
(1) Muellers Archiv fur Physiologie, 1851.
(2) Sur le développement des animaux vertébrés, dernière livraison, 1855.
(3) Beitrüge zur normalen und pathologischen Histologie der Hornhaut. Base], 1856.
(h) Cellular-Pathologie. 'Berlin, 1858. — La pathologie cellulaire basée sur l’ étude physiologique et pathologique des tissus, trad. de l’allemand, par P. Picard. Paris, 1861.
(5) Op. cit., p. 25.
est né ensuite un nombre plus ou moins grand de noyaux, sans que la membrane cellulaire ait entouré chaque noyau d’une membrane propre (pl. CXCVIII, fig. 1, 2 et 4). Cependant il arrive aussi que dans ces cellules à noyaux multiples on aperçoit une ou deux cellules complètes dont le noyau est entouré d’une membrane cellulaire bien isolée. Je ne me rends pas bien compte de ce mode de formation. Je l’ai observé cependant dans l’épithéliome, dans les tumeurs fibro-plastiques, dans le cancer (pl. CXCVIII, fig. 2, e, et fig. 5). Les plaques à noyaux multiples que l’on croit à tort propres à la moelle des os et aux tumeurs qui en proviennent, plaques auxquelles on a donné le nom de myéloplaxes, ne sont autre chose que des cellules du tissu connectif, à division nucléaire multiple. J’ai observé ces plaques ou cellules aussi bien dans des tumeurs fibro-plastiques des méninges et du tissu cellulaire sous-cutané que dans celles qui provenaient de l’os, et je n’y vois par conséquent nullement un élément spécifique ni pour une espèce particulière de tumeurs, ni pour une origine constante du système osseux.
J’ai observé plusieurs fois aussi la division nucléaire sans qu’il me fût possible de constater une division préalable du nucléole, qui n’existait même pas distinctement dans chacun des noyaux provenant de la division.
11 est probable que la division nucléaire s’accompagne d’une absorption plus abondante de matériaux nutritifs; de là gonflement inégal, étranglement et séparation en deux; toutefois ce n’est là qu’un des phénomènes, et la dernière cause de la division cellulaire ne nous est point connue encore.
Le bourgeonnement des noyaux cellulaires, en vertu duquel il se forme sur le côté d’un noyau une espèce d’excroissance qui, en grandissant, s’en détache de plus en plus et finit par s’en séparer complètement, s’observe aussi dans les cellules pathologiques ; je l’ai vu plusieurs fois dans les cellules du cancer et des tumeurs fibro-plastiques (pl. CXCVIII, fig. 1, cellules à cinq noyaux, dont un, plus petit, est né par bourgeonnement). Il a également son type physiologique. Remak l’avait signalé dans les cellules embryonales du foie, etKôIliker pour les grandes cellules de la rate de jeunes mammifères (1).
Plusieurs fois dans mes études expérimentales sur la formation du pus chez la grenouille, et un assez grand nombre de fois dans le cancer, j’ai observé toute une série de cellules répandues irrégulièrement dans le champ du microscope, offrant tous les passages d’un petit globulin, sans type ni nucléaire, ni cellulaire, à un noyau plus nettement accusé, à une cellule à membrane étroitement collée au noyau, à une cellule nettement accusée, à une cellule type complète, et enfin jusqu’à la dégénération granulo-graisseuse de la cellule (pl. CXCVII, fig. 16 et 17). Ces divers éléments n’étaient-ils qu’acciden tellement ensemble, ou constituaient-ils une série de développements progressifs d’un globulin issu de division ou de bourgeonnement nucléaire d’une cellule du tissu connectif à une cellule complète, volumineuse, en voie de dégénération même? Voilà une question importante dans l’histoire de la multiplication et du développement des cellules, que des études ultérieures seules pourront élucider.
Lorsqu’une cellule est devenue multinucléaire par division, par hyperplasie, la paroi, au lieu de se fractionner et d’entourer les noyaux à mesure qu’ils naissent, éclate souvent, et l’on voit alors un grand nombre de noyaux sortir libres, répandus sur le champ visuel; une partie d’entre eux provient aussi de cellules simples qui ont éclaté par suite d’une trop forte distension diosmotique. C’est dans le cancer et dans les tumeurs fibro-plastiques que l’on trouve proportionnellement le plus grand nombre de noyaux libres.
Il faut, du reste, mettre une grande réserve dans l’explication et dans les théories générales, par rapport à tout cet ordre de faits. Je citerai un exemple qui le prouve à l’évidence. His n’avait pour ainsi dire parlé que de la division nucléaire. Rindlleisch, reprenant les mêmes expériences (2), a trouvé qu’en irritant la cornée de la grenouille, l’hyperplasie cellulaire qui conduisait à la formation du pus avait lieu avec division aussi bien de la membrane cellulaire que du noyau provenant des cellules connectives.
La règle générale dans la multiplication cellulaire est donc la division intégrale de tous les éléments essentiels de la cellule, mais sans que l’on soit en droit de l’ériger en loi, puisque actuellement il existe encore bien des faits qui paraissent lui faire exception.
(1) Würzburger Verhandlungen, Bd. VII, p. 186.
(2) Untersuchungen ueberdie Entstehung des Eiters [Virchow' s Archiv, Bd. XVII, p. 239).
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Une autre règle d’une plus haute importance en pathologie, que je formule d’après Virchow, Forster, E. Wagner, His, E. Weber, Billroth, Rindfleisch et mes observations personnelles, est la suivante :
Le tissu connectif non-seulement est dans sa totalité le point de départ de la formation des tissus pathologiques, mais c’est en particulier des cellules du tissu connectif que naissent, par division et par hyperplasie, beaucoup de produits morbides ; toutefois les cellules épithéliales et d’autres probablement peuvent aussi leur donner naissance.
J’ai pu confirmer, pour ma part, l’origine de cellules du tissu connectif pour le tissu fibro-plastique provenant des produits de l’inflammation, et, en particulier, pour la cornée, pour les tumeurs fibroplastiques, pour le pus, le tubercule, l’épithéliome, le cancer. Toutefois, pour le pus, les cellules épithéliales des membranes muqueuses sont au moins aussi importantes que les cellules connectives. Au moins ai-je vu souvent tous les passages entre les cellules épithéliales jeunes et celles du pus, et la propagation des premières par division pour donner ainsi naissance à celles du pus.
Les figures 9 à 16 de la planche CXCY1II montrent les détails de ces transformations successives.
Les figures 9 et 10, d’après His, montrent la division nucléaire d’abord, puis, dans la figure 10 surtout, une hyperplasie exubérante des cellules de la cornée. La figure 11 montre fort bien la division des cellules du tissu connectif et la formation du pus, d’après Virchow. J’aurais pu fournir pour ces faits mes propres observations; mais, à mon grand regret, toutes ne sont pas accompagnées de bons dessins.
Dans les figures 12, 13, 14, 15 et 16 j’ai fait représenter, d’après mes dessins, les passages successifs des cellules rondes, puis allongées, puis fusiformes du tissu connectif, à la division, puis à l’hyperplasie, puis à la formation d’un tissu à cellules racornies, mal développées, dans le tubercule (fig. 12 et 13); ensuite à la formation de cellules, au contraire bien plus développées, du cancer (fig. 14 et 16), tandis que des dessins antérieurs des planches CXCV1I et CXCVI1I montrent, dans les produits fîbroplasliques, la cellule primaire du tissu connectif multipliée par hyperplasie.
De même qu’en histologie normale il n’existe point de délimitation ontologique nette et tranchée entre les diverses espèces de cellules du tissu connectif, cartilagineux, épithélial, etc., en pathologie aussi une délimitation trop absolue serait tout à fait artificielle. Les maladies du cartilage nous prouvent, entre autres, combien il se trouve de passages des cellules du tissu connectif à celui du cartilage.
Si nous avons fait ressortir la réalité et l’importance de cette origine commune de beaucoup de produits morbides, nés de préférence des cellules du tissu connectif, il convient de mettre le lecteur en garde contre toute fausse application, nous dirons même contre la portée trop étendue de ce beau fait d’histologie pathologique.
L’ancien dogme, que le tissu cellulaire servait de point de départ essentiel aux produits morbides, est confirmé, et plus particulièrement appliqué à ses cellules constitutives, sans que ce rôle leur soit exclusivement dévolu. Mais ce fait nous permet-il de soupçonner seulement pourquoi la cellule du tissu connectif donne naissance, dans des circonstances données, à des cellules du pus, dans d’autres à celles du sarcome, de l’épithéliome, du tubercule, du carcinome? Pourquoi les tissus de ces produits si différents gardent-ils des éléments cellulaires et un aspect et des caractères physico-chimiques si différents? Lorsqu’on tient compte, d’un autre côté, de la marche clinique si différente pour la suppuration, pour l’affection tuberculeuse, pour les tumeurs fibro-plastiques, épithéliales, cartilagineuses, pour le cancer, on doit confesser la profonde ignorance dans laquelle nous laisse l’origine morphologique de ces maladies par rapport à leurs causes et à leur nature. Les faits nouveaux, si intéressants, laissent donc toutes ces lois qui régissent l’origine, la marche, le mode d’être, l’issue de ces maladies, complètement inexpliquées. Ils ne nous éclairent pas davantage non plus sur l’action si différente des produits morbides, bien que nés de ces mêmes cellules, par rapport à leur extension locale ou à leur généralisation. Pourquoi la suppuration est-elle tantôt locale, tantôt diathésique? pourquoi la tumeur cartilagineuse reste-t-elle le plus souvent un mal tout à fait local, tandis que l’épithéliome cherche à attaquer de proche en proche tous les tissus ambiants et les glandes lymphatiques voisines; que les tumeurs fibro-plastiques, les tubercules, le cancer envahissent même l’économie tout entière avec de nombreux dépôts, sans rapport aucun ni de continuité, ni d’homogénéité de tissus?
Admettre un suc infectant intercellulaire, issu de la cellule par diosmose, est à coup sûr rationnel.
Mais connaissons-nous ce suc infectant dans ses caractères physiques et chimiques? Savons-nous distinguer le sérum filtré du pus du chancre et de la gonorrhée de celui du pus phlegmoneux ordinaire, le suc filtré du cancer de celui de l’épithéliome, de l’hypertrophie glandulaire? A coup sûr non, et voilà donc problème sur problème !
La valeur des caractères connus des éléments cellulaires des divers tissus des produits morbides pour le diagnostic n’est nullement modifiée non plus par ces notions nouvelles, malgré leur incontestable valeur.
J’ai toujours dit que ni le corpuscule du tubercule, ni la cellule du cancer, ne nous rendaient compte de leur nature; mais ce que j’ai soutenu, qu’il y avait là un élément important de diagnostic, je le soutiens encore. On doit admettre, en effet, un hétéromorphisme dans la production de tissus différents de ceux de l’état normal, tels qu’on les observe dans le tubercule et le cancer. Y a-t-il autre chose que de l’hétéromorphisme, lorsque la cellule du tissu connectif devient le point de départ du tubercule ou du cancer? Je croirais plutôt qu’il faudrait, du moment que l’on abandonne la théorie blastématique, étendre considérablement l'hétéromorphisme, puisque l’homœomorphie ne doit comprendre que la formation de cellules et de tissus homologues tout à fait à l’état normal. Le pus, malgré l’extrême ressemblance de ses cellules avec les cellules blanches du sang, devient hétéromorphe, du moment qu’il se développe dans les cellules du tissu connectif, du tissu cellulaire sous-cutané, du périoste, dans les cellules épithéliales des membranes muqueuses ou séreuses, etc. L’épilhéliome d’une glande lymphatique n’est pas moins hétéromorphe que ne l’est le cancer.
L’ hétéromorphie s'étend donc à tout produit morbide qui naît des cellules du tissu connectif, ou d’autres cellules normales, en dehors de leur mode de propagation ordinaire en tant que cellules et en tant que tissus constitués par elles.
Dans l’ancienne théorie blastématique de Schwann, la substance intercellulaire, sortie liquide du torrent circulatoire, formait la cellule de toutes pièces. Sans nier la fréquente intervention de la diosmose vasculaire, dans la transsudation simple, on peut cependant formuler le fait suivant, comme d’une fréquente application en pathologie.
Il y a dans les tissus vivants, tant normaux que morbides, un courant de diffusion constant, une diosmose non interrompue, en vertu de l’ attraction extra et intercellulaire. Par conséquent, la substance intercellulaire, liquide ou solide, est en grande partie le produit diosmotique des cellules. C'est pourquoi aussi la substance intercellulaire peut acquérir, par la constitution physico-chimique différentielle des cellules, des caractères bien différents et disséminer de près ou de loin le produit cellulaire.
Cet échange diosmotique, cette influence prépondérante de la cellule sur la substance intercellulaire explique la plupart des fonctions physiologiques, des sécrétions, des excrétions, l’oxygénation de la matière, l’échange atomistique et les modifications de son groupement, de l’accroissement, et les changements morphologiques rétrogrades des tissus et des organes. En pathologie, son influence n’est pas moins grande. Lorsque dans l’inflammation une hyperplasie cellulaire a lieu, des substances passent des cellules dans la substance intercellulaire, qui très probablement sont la cause la plus essentielle des modifications que subissent alors le sang et les sucs divers, et ensuite les sécrétions, la production de la chaleur, etc.
S’il est déjà probable que, dans le chancre, dans la morve, dans le cancer, le suc intercellulaire renferme un principe infectant d’une action rapide ou lente, locale d’abord, puis générale, la lymphe de la vaccine nous en fournit la preuve la plus convaincante. Que se passe-t-il, en effet, dans la vaccination? Le liquide provenant d’une maladie particulière du pis delà vache est inoculé sous l’épiderme; il y produit une hyperplasie cellulaire, ayant pour siège probable le réseau de Malpighi, avec ses jeunes cellules d’épideroue. Au bout d’une semaine à peine, ce travail d’irritation a produit un suc contenu dans les compartiments d’une pustule, suc qui ne renferme point de cellules, ni de corpuscules microscopiques quelconques; et pourtant ce suc garantit le corps de la petite vérole, ët, inoculé de nouveau, il produit encore ce même travail d’irritation locale, avec ce même produit intercellulaire à la fois infectant, comme vaccine, et préservatif par rapport à la variole.
Voilà donc des faits qui corroborent tout à fait cette thèse, que la fonction morphologique de la cellule n'est nullement sa pr incipale fonction et qu’elle est dominée par des lois physico-chimiques bien plus importantes, lois dont l’existence est probable, d’après leur action , mais qui sont inconnues dans leur nature et leur essence.
T. Il - ANAT. PATHOL. — Al' L1VR. 169
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Nous avons appris à connaître les cellules dans leur mode d’être à l’état parfait et dans leur mode de développement. Il est tout aussi essentiel pour la pathologie de les suivre aussi dans leurs évolutions rétrogrades, dans leurs métamorphoses régressives.
Avant tout, elles peuvent perdre leur caractère type, soit en général, soit dans leurs diverses parties constitutives. La disparition du noyau est, sous ce rapport, bien importante. La membrane cellulaire se modifie chimiquement de façon qu’elle ressemble surtout à la substance cornée, d’autres fois plutôt à la substance élastique. La membrane peut aussi éclater, lorsqu’elle est trop distendue, et laisser sortir un ou plusieurs noyaux viables, c’est-à-dire aptes à la multiplication par division. D’autres fois il s’agit plutôt d’une diffluence, simple ou granuleuse, dans laquelle les parties constituantes de la cellule perdent toute vie, toute viabilité. C’est encore là une phase régressive d’une haute portée pathologique. C’est par ce mode de destruction cellulaire que des amas de liquides corpusculaires peuvent se préparer à la résorption, disparaître même complètement des cavités ou du sein des organes, ce qui aurait été impossible avec l’intégrité des cellules, même non en voie d’hyperplasie.
Parfois, au lieu de perdre sa forme typé, la cellule subit des modifications partielles en vertu desquelles des vésicules parfaitement transparentes sortent de sa substance, et restent dans l’intérieur en la distendant, ou en sortent comme des gouttelettes pâles, diaphanes, probablement de nature albuminoïde. Il s’agit alors d’une altération hydropique, pour ainsi dire, de la cellule ; tandis qu’au contraire, dans une altération opposée à celle-ci, la cellule peut se racornir, diminuer notablement de volume, perdre ses contours arrondis, prendre même des contours cristalloïdes, comme dans le jaune d'œuf cuit dur. Lorsque ce ratatinement n’est pas la conséquence d’une déperdition rapide d’eau, comme dans la cuisson du jaune d’œuf, la membrane change de nature, et devient cornée ou élastique, comme nous l’avons indiqué plus haut.
Une autre altération des cellules que j’ai surtout observée dans celles de l’enchondrome et du cancer, est un épaississement considérable de leurs parois.
Le contenu des cellules peut être le point de départ d’altérations variées et considérables. L’infiltration par une multitude de granules albuminoïdes fins, solubles dans de l’acide acétique, peut donner lieu à une augmentation de volume et à un aspect terne presque opaque, et accompagne souvent l’inflammation. On observe surtout bien ce fait au- commencement de la néphrite albuminurique; je l’ai vu aussi dans cette affection si énigmatique du foie qui accompagne l’ictère grave, et dans laquelle le foie peut diminuer rapidement de volume et perdre plus tard presque toutes ses cellules.
La métamorphose granulo-graisseuse des cellules est probablement un degré plus avancé encore de l’altération que nous venons de décrire. Depuis longtemps déjà, depuis les premiers travaux de Reinhardt et de Virchow, de 1846 et 1847, on les a envisagées généralement comme signe et produit d’une métamorphose cellulaire régressive, je dirai destructive. Ces observations ont déjà réfuté aussi l’opinion, accréditée alors, qu’il s’agissait de cellules granuleuses propres au travail phlegmasique en général. Virchow a surtout démontré, le premier, qu’il y avait là un travail intra-cellulaire semblable à celui que l’on observe dans l’altération ou la décomposition chimique des substances protéiques, qui alors se séparent des éléments graisseux.
Frerichs, dans son beau travail sur les maladies du foie (1), a plus particulièrement insisté sur la nécessité de ne pas confondre cette altération profonde, toujours régressive, avec la simple infiltration graisseuse venant du dehors, et qui, tout en pouvant devenir permanente et altérer ainsi profondément la vie cellulaire, peut cependant tout aussi bien n’être que temporaire et disparaître sans dommage quelconque pour les cellules qui en étaient le siège : à preuve le foie des jeunes animaux pendant le temps de la lactation.
L’infiltration pigmentaire, à l’état normal comme dans les produits morbides, détruit aussi la vie cellulaire et ôte aux cellules le pouvoir hyperplasique. Ces pigments, qu’ils soient mélaniques ou d’un jaune rougeâtre, ou plutôt tirant sur le vert de la bile, dérivant tous plus ou moins des pigments hématiques dont celui de la bile n’est probablement qu’une modification, constituent un des modes de
(1) Traité pratique des maladies du foie , trad. de l’allemand par Pellagot et Dumesnil. Paris, 1861.
destruction des cellules. Lorsque nous trouvons dans les cellules des dépôts calcaires, comme dans les tumeurs sébacées en voie de calcification, ou dans le mortier purulent d’anciens épanchemènts épaissis des membranes séreuses, etc., ou des cristaux de corps gras, comme ceux de margarine ou d’acide margarique, ou des cristaux hématiques, ces cristaux ou substances salines amorphes détruisent également la vitalité cellulaire, et doivent être comptés parmi les changements destructifs.
Une forme particulière d’altération cellulaire est celle découverte par Virchow, dans laquelle il se forme dans l’intérieur une substance amyloïde, présentant, au moyen de l’action de l’acide sulfurique et de l’iode, les mêmes réactions que l’amidon et la cellulose, sans que cela constitue la preuve de leur nature amylacée. Il faut en distinguer l’altération colloïde, due probablement à un dérivé des substances albuminoïdes; on en séparera également plus tard l’altération lardacée ( speckige Degeneration ), qui n’est pas toujours identique avec la colloïde. Tous ces changements, dont le rapport mutuel reste encore à déterminer, sont à coup sûr des altérations cellulaires profondes.
Il faut ajouter, pour terminer ce que nous avons à dire sur les transformations des cellules, qu’en pathologie, comme en physiologie, les dérivés cellulaires peuvent constituer des tissus plus complexes. Toutefois il y a, sous ce rapport, deux catégories distinctes. Dans l’une, nous observons de préférence une tendance finale à la métamorphose destructive, et en tous cas l’absence de tendance au développement de tissus hautement organisés. De ce nombre sont, entre autres, la production de tissu connectif dans l’inflammation, le pus, le tubercule, la mélanose, le carcinome, etc. D’autres fois, au contraire, les maladies nous montrent une plasticité remarquable. Non-seulement les cellules d’origine pathologique peuvent devenir des fibro-cellules organiques, des cylindres musculaires, nerveux, des réseaux capillaires ou autres, capables de donner naissance à la circulation ou au moins à la propulsion des sucs homogènes produits par les cellules; mais nous voyons même des os, du cartilage, des papilles, des cheveux, des glandes de toute espèce, naître pathologiquement dans le voisinage de ce tissu, ou spontanément, là où, dans l’état normal, on n’en trouve jamais, pas même par contiguïté. Des productions accidentelles diverses, cancéreuses ou non cancéreuses, peuvent aussi affecter la forme glandulaire, offrir un aspect adénoïde. En un mot, la pathologie nous offre tous les passages depuis les tissus les plus élémentaires, les simples amas de cellules même, jusqu’à des organes d’une structure très complexe.
Un coup d’œil jeté en terminant sur la cellule pathologique, dans toute l’étendue des phénomènes qu’elle présente, nous montre donc d’un côté les mêmes lois fondamentales que pour la physiologie ; mais, d’un autre côté, des apparences extérieures quelquefois bien différentes, bien que, dans le fond, nées des mêmes grandes lois physiologiques.
L’étude de la cellule, comme celle de la pathologie dans son ensemble, détruit toute délimitation ontologique entre l’état normal et morbide; mais elle laisse tant de phénomènes de la plus grande importance inexpliqués par la morphologie seule, que ce simple coup d’œil conduit encore à la conviction que la cytologie pathologique n’est nullement une pathologie cellulaire, et ne constitue qu’un des nombreux éléments dont l’ensemble peut seul constituer la physiologie pathologique.