Hypertrophie du corps pituitaire
Les exemples de cette altération sont très rares; nous allons en citer quelques-uns :
1” Abercrombie (1) rapporte le fait d’un officier qui, ayant été longtemps au service, eut une violente céphalalgie qui se calma et laissa un sentiment de tension au travers du front. Après six à huit mois il perdit la vue de l’œil droit, et ensuite de l’œil gauche. La vue de l’œil gauche se rétablit par l’action d’un émétique, mais elle cessa de nouveau au bout d’une heure. La cécité resta complète, les pupilles étaient insensibles, mais le malade n’éprouva aucun autre accident qu’un dérangement dans les fonctions de l'estomac ; il avait fréquemment des envies de vomir. Il mourut dans le coma, au bout de deux ans.
Les ventricules contenaient quatre onces de fluide. Une tumeur du volume d’un œuf de poule, remplie d’un liquide épais, purulent, se trouvait sous la partie antérieure du cerveau et était interposée entre les nerfs optiques, qui se trouvaient ainsi très écartés l'un de l’autre. Cette tumeur adhérait en dessous à la glande pituitaire, qui était très molle et avait cinq ou six fois son volume naturel. (D. Powel, Med. Trans., vol. Y.)
Nous trouvons plusieurs faits de ce genre dans le mémoire de M. Rayer sur les maladies de l’appendice sus-sphénoïdal (2). L’absence de tumeurs dans d’autres parties du cerveau et dans le reste de l’économie, l’absence de toute infiltration par du suc cancéreux me fait supposer que dans les cas dans lesquels l’augmentation de volume de cet appendice cérébral était la seule altération, il s’agissait plutôt d’une hypertrophie ou d’un squirrhe.
2° Le fait principal observé par M. Rayer se rapporte à un homme âgé de quarante-sept ans, devenu depuis quelque temps paresseux et insouciant ; sa mémoire est diminuée, la tête est lourde, la vue affaiblie; il est constipé, de temps en temps il a des vomissements; sa paresse va en augmentant, ses facultés baissent; il devient aveugle, les forces diminuent; il tombe dans le coma, avec roideur du tronc; les selles et les urines deviennent involontaires, et il meurt dans un coma profond. A l’autopsie, on trouva les organes sains, quelques fausses membranes entre les méninges de la base. La glande pituitaire, beaucoup plus volumineuse que dans l’état normal, avait 4 centimètres de diamètre. Le tissu de cette glande était plus dense, plus résistant que dans l’état normal, et pour ainsi dire amalgamé avec une autre matière molle pulpeuse, d’un blanc rosé, parsemée de petits points rougeâtres, sans odeur, et insoluble dans l’eau. Les vaisseaux sanguins étaient très injectés dans le voisinage de la tumeur, et la portion de l’arachnoïde qui correspond à la surface supérieure de la glande pituitaire était opaque en plusieurs points. Les ventricules latéraux contenaient environ 30 grammes de sérosité. Toutes les autres parties de l’encéphale paraissaient dans l’état sain, même celles qui correspondaient à la tumeur. Les nerfs optiques, comprimés à leur entrecroisement, étaient aplatis, jaunâtres, demi-transparents, peu résistants et atrophiés. La rétine, les autres membranes de l’œil et les humeqrs de cet organe n’offraient aucune altération appréciable.
3° Mentionnons aussi une observation déjà bien ancienne de Vieussens (3) , qui trouva chez le cardinal de Bondv, âgé de soixante et douze ans, après les signes d’une longue maladie cérébrale avec convulsions, amaurose de l’œil gauche et diminution des fonctions intellectuelles.
(1) Op. cil., p. 471,
(2) Archives générales de médecine, 1" série, 1823, t. 111, p. 350.
(3) Novum vasorum corporis humani syslema. Amstelodami, 1705, p. 248 et suiv. , in-12,
T. II. — AXAT. PATHOL. — 24e LIVR.
MALADIES DE L'ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES
l’intégrité de tous les organes, mais dans le cerveau, outre un ramollissement, un engorgement du corps pituitaire du volume d’un œuf de poule. Cette tumeur était un peu molle, de couleur cendrée, simulait par sa forme la tête d’un champignon, et contenait dans son intérieur une humeur blanchâtre et cendrée, non fétide et glutineuse; elle comprimait le nerf optique du côté gauche. Les vaisseaux du corps pituitaire étaient très dilatés et quelques-uns présentaient une dureté cartilagineuse.
4° Le quatrième fait, plus curieux encore, est celui de Heslop (1). 11 s’agit d’un jeune homme âgé de vingt-six ans, qui fut pris de céphalalgie vive en février 1848, et qui eut ensuite des accidents cérébraux variés avec des intervalles de grande amélioration; puis il tomba dans un état d’indifférence et dans la stupeur, il eut des convulsions ; tous ces accidents se dissipèrent de nouveau complètement, mais il restait une perte presque complète de la mémoire et une paralysie des sphincters. Le malade succomba environ huit mois après le début à une pleurésie chronique. A l’autopsie, on trouva les altérations de la pleurésie. En détachant l’encéphale, on trouve la seconde paire de nerfs presque enveloppée par une tumeur mollasse et d’un gris foncé, grosse comme une forte noix, occupant la situation du corps pituitaire sur la selle turcique, mais s’étendant bien au delà de l’espace occupé par ce corps, surtout en arrière et sur les côtés. En le détachant, quoique avec difficulté, il s’en écoula en petite quantité un liquide épais, d’un rouge foncé et comme purulent ; le corps pituitaire remplissait tout l’espace interpédonculaire, se portant en arrière jusque vers le pont de Varole, s’étendant en avant et latéralement vers le commencement de la scissure de Sylvius, et refoulant en dehors les pédoncules du cerveau; il était creusé d’une espèce de cavité renfermant le liquide purulent dont il a été parlé plus haut. Au-dessous du corps pituitaire, il y avait une petite quantité d’un liquide très clair et légèrement rougeâtre. Les ventricules latéraux renfermaient de 12 à 14 drachmes de sérosité, les tubercules quadrijumeaux étaient aplatis dans le sens antéro-postérieur, par la pression de la tumeur. Les os qui entrent dans la formation de la fossette moyenne de la base du crâne étaient couverts de stalactites ou d’exostoses de 3 à 4 lignes de longueur, qui se logeaient dans les anfractuosités du lobe moyen du cerveau.