VIII. — Des kystes dermoïdes
Il existe dans la science un certain nombre de faits qui prouvent que les méninges peuvent être le siège d’une véritable production pileuse accidentelle, et les détails que nous trouvons à ce sujet dans les auteurs que nous allons citer sont assez précis pour ne pas laisser de doute sur la formation pileuse sur place, ainsi que sur l’absence de toute conception anormale.
1° Un premier exemple de ce genre a été rapporté par Menghini (4), qui a trouvé, dans le ventricule latéral gauche d’une femme âgée de cinquante ans, une masse pileuse à poils implantés, du volume d’un pois, et renfermant en outre des petits corps blanchâtres.
2° Morgagni (5) parle d’un cas où il a trouvé des poils implantés à la surface interne de la dure-mère. Ce même cas, décrit avec plus de détails dans ses lettres anatomiques (6), se rapporte à un fœtus chez lequel la substance de la tente du cerveau renfermait un kyste qui contenait de la matière grasse et des poils.
3° Virchow cite le fait de Otto (7). Une tumeur renfermant de la graisse et des poils, située entre les méninges, faisait saillie jusque dans le ventricule latéral. La paroi de la tumeur brillait comme de la nacre ; l’ouverture de la substance cérébrale dans le ventricule avait près de 3 millimètres, mais la tumeur elle-même n’était pas ouverte.
(1) Bulletins de la Société anatomique , t. V, p. 79.
(2) Yelloly, Medico-chir. Transactions. London, 1809, 1. I, p. 183.
(3) Voyez L. Bauchet, Histoire anatomo-pathologique des kystes (Mêm. de U Acad. imp. deméd., Paris, 1857, t. XXI, p. 21, 82 et suiv.).
(4) De Bononiensi scientiarum et artium Instituto atque Academia. Bonon., 1745, t. II, pars prima, p. 184.
(5) De sedibus et causis morborum, epist. XIV, 4.
(6) Epist. anat., XX, n° 58.
(7) Lehrbuch der pathologischen Anatomie, 1830, t. I, p. 433.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
4° Rokitansky dit (1) avoir trouvé une fois dans une tumeur cholestéatomateuse des méninges des poils microscopiques très fins.
5° Le même auteur cite le cas d'une femme âgée de cinquante ans, chez laquelle on trouva près du chiasma des nerfs optiques, sous l’arachnoïde, à gauche, une tumeur du volume d’une fève, qui renfermait de la graisse et des poils longs de h lignes, pâles et délicats, et qui avait des renflements bulbaires.
6° Paget (2) rapporte le fait d’un homme mort subitement à l’hôpital de Saint-Barthélemy, à l’autopsie duquel il trouva une masse de graisse granuleuse, mêlée avec des poils courts et roides, dans le tissu de la pie-mère, sous le cervelet. Il est probable qu’il s’agissait également là d’un kyste graisseux et pilifère. A cette occasion il rapporte la description d’une pièce du Musée de l’hôpital Saint- George, provenant de la collection de Hawkins (3), où une masse de matière grasse, avec une boucle de cheveux foncés, de 3 à h centimètres de longueur, était attachée à la surface interne de la dure-mère, près du. pressoir d’Hérophile. Cette pièce provenait d’un enfant âgé. de deux ans et demi et paraissait avoir été congénitale.
7° Nous avons pu examiner, grâce à l’obligeance de M. Leblanc (4), un des vétérinaires les plus distingués de Paris, les pièces provenant d’un kyste pileux intracrânien, observé et décrit par lui en 1831. En voici le résumé : Un cheval noir, soupçonné de morve, portant la tête toujours baissée et inclinée à gauche, tirant toujours à gauche pour marcher, est abattu. A l’autopsie, on trouve un kyste sous le lobe gauche du cerveau, comprimé et creusé de ce côté. La saillie du kyste a à peu près le volume d’un demi-œuf de poule. Les méninges qui le recouvrent sont saines. Le contenu est formé par des poils blancs, rougeâtres ou bruns, déliés et courts. Les poils sont entourés d'une substance d’un brun rougeâtre. Une partie du kyste est ossifiée; sur plusieurs points de sa face interne, on trouve des poils implantés. La capacité du kyste entier, qui a creusé et déplacé les os du crâne, est du volume d’un œuf de poule. Sur quelques points les poils implantés, de 5 à 15 centimètres de longueur, ont la rigidité des crins.
IX. — Des tumeurs perlées et des hétéradénies simples des méninges.
Sous ce nom nous signalerons les faits décrits par divers auteurs comme cholestéatomes des méninges, et c’est encore aux recherches de l’infatigable Virchow que nous devons des connaissances plus approfondies sur cette matière. Nous verrons tout à l’heure qu’il existe déjà un certain nombre d’observations curieuses sur ces productions : ce sont celles réunies par Müller, qui a décrit ces productions sous le nom de cholestéatomes, croyant que la quantité considérable de cholestérine, déjà constatée par MM. Cruveilhier et Barruel, en était l’élément essentiel. On a plus tard voulu rayer complètement les cholestéatomes du nombre des tumeurs, parce qu’en effet on les trouve quelquefois comme une simple variété d’une altération de nutrition des tumeurs sébacées; mais c’est avec raison que Virchow revendique pour elles une place spéciale, et qu’en leur donnant le nom de tumeurs perlées, il indique déjà qu’il ne s’agit pas d’un simple amas de cholestérine entouré ou non d’un kyste : il les rapproche des kystes dermoïdes, et d’un autre côté ils me paraissent avoir quelque analogie avec les formations glandulaires nouvelles et hétérotopiques que M. Ch. Robin décrit sous le nom de tumeurs hétéradéniques, et que nous désignerons sous le nom d’hétéradénies composées.
Voici à présent une série de faits qui se rapportent à la localisation de ces tumeurs dans les méninges, et que nous empruntons au travail de Virchow.
1° M. Cruveilhier (5) a trouvé chez une jeune fille âgée de dix-huit ans, à la base du crâne, sous l’arachnoïde, une tumeur perlée, granuleuse, d’un éclat métallique, comme argentée, qui, dans l’intérieur, avait l’aspect de la cire molle. Les parties ambiantes étaient comprimées, mais la pie-mère était intacte. Barruel y trouva une substance albumineuse, de la cholestérine et une substance semblable à la stéarine.
2° Rullier a rencontré à la surface interne du quatrième ventricule une tumeur semblable.
3° Le Prestre (6) a trouvé dans le mésocéphale d’un soldat âgé de quarante ans une tumeur perlée et mamelonnée, composée de lamelles concentriques d’apparence adipocireuse. Ces deux faits sont cités par M. Cruveilhier.
4° Müller (7) indique trois cas de tumeurs de ce genre : l’une, du diamètre de deux pouces, provenait du ventricule du cerveau, et l’autre de la partie supérieure et moyenne de l’hémisphère droit, tandis que la troisième était située entre les méninges.
5° Virchow ajoute les faits suivants, dont nous ne donnons qu’un bien court extrait : Un homme âgé de cinquante-trois ans est atteint de toux, de cirrhose du foie et d’ascite avec ictère, maux auxquels il succombe. A l’autopsie, on trouve à la surface du cervelet, sous l’arachnoïde, une tumeur perlée du volume d’une graine de moutarde, adhérente à la face interne de l’arachnoïde.
6° Ce même auteur a trouvé chez un homme âgé de trente-quatre ans, mort de delirium tremens, avec foie gras, des kystes renfermant de la cholestérine sur les plexus choroïdiens du cerveau.
7° Une femme âgée de soixante-six à soixante-huit ans, atteinte d’un cancroïde de l’utérus, présente à la base du cerveau, à gauche delà protubérance et du cervelet, une tumeur perlée de 6 centimètres de longueur sur 2 1/2 de largeur; elle était couverte
(1) Op. cit., 3e édition, p. 421.
(2) On Tumours, 1855, 1. 1, p. 221 .
(3) Cal. ofthe Muséum of St.-Barthol., p. 203.
(4) Kyste dermoïde trouvé dans le crâne d’un cheval [Journ. de méd. vétér.). Paris, 1831, deuxième année, p. 23.
(5) Anatomie pathologique du corps humain , t. I, 2” livr. , pl. VI.
(6) Archives gén. de médecine, lre série, t. XVIII, p. 19.
(7) Ueber denfeineren Bau der Geschwueste, 1838, p. 50.
de l’arachnoïde et se composait de petites productions perlées sphériques, d’un reflet argenté, variant entre les volumes d’un grain de chènevis et d’un petit pois, groupées par demi-douzaines les unes à côtés des autres. Les parties ambiantes du cerveau étaient refoulées ou aplaties; la structure de ces tumeurs était lamelleuse, d’apparence sébacée. Dans l’intérieur il y avait des cloisons qui délimitaient les divers corps sphéroïdes qui s’ouvraient en dedans par une ouverture. La face externe de l’arachnoïde montrait des petites villosités à base large, puis plus étroites et qui se terminaient en forme de massues. Quelques-unes étaient pédiculées. La longueur variait entre un tiers et deux cinquièmes de millimètre, la largeur entre deux et quatre cinquièmes. Ces corps étaient composés d’un tissu connectif finement strié et renfermaient à leur extrémité un corps calcaire. Plusieurs de ces villosités étaient comme ramifiées. La tumeur était composée de feuillets membraneux, de cellules plates, polygonales, d’apparence épidermoïdale, la plupart sans noyaux, puis de grains brillants, anguleux, luisants comme de la graisse.
8° Un homme âgé de trente-quatre ans meurt de phthisie pulmonaire, et présente, à l’autopsie, à gauche de la protubérance, vers le cervelet et dans la pie-mère, une tumeur lobulée, d’un blanc jaunâtre; les lobules périphériques se composent de petites masses luisantes et comme perlées, mais outre la masse principale on trouve des petits corps perlés isolés. L’arachnoïde passait au-dessus de la tumeur sans y adhérer. Des cloisons en partie atrophiées séparaient les tumeurs, qui étaient composées de couches concentriques de cellules polygonales, sans noyaux, et entre celles-ci de corps anguleux à reflet graisseux, surtout vers l’intérieur; il y avait aussi des globules granuleux et par places un détritus athéromateux avec très peu de cholestérine. Les masses plus jeunes montraient des tubes d’apparence glandulaire à bords arrondis et renflés, à parois connectives, revêtues de cellules épithéliales, et des globes brillants et graisseux. La forme de ces corps variait et quelques-uns étaient même ramifiés. Ces corps glandiformes avaient de la ressemblance avec les glandules sébacées ou sudoripares. Ces follicules étaient disséminés, isolés dans le tissu connectif, puis il y en avait de plus volumineux, groupés ensemble, offrant la même structure que dans les grandes tumeurs. M. Virchow fait dériver ces corps glanduliformes des simples cellules de tissu connectif, qui, par des changements successifs, montraient tous les passages intermédiaires.
Ces tumeurs perlées ont de préférence leur siège sous l’arachnoïde, dans le tissu de la pie-mère, surtout à la partie postérieure de la face, et plus rarement dans la substance du cerveau. On les trouve isolées ou par agminations confluentes d’un beau reflet argenté, pouvant atteindre jusqu’à 5 centimètres de diamètre, et se développant, d’après Virchow, de tubes glandiformes renfermant des corps gras, tubes qui dériveraient de simples cellules connectives. Dans 6 cas le sexe est indiqué : 4 fois c’étaient des hommes et 2 fois des femmes. On les a également vues à des âges bien différents, à l’âge de 18, de 34, de 40, de 53 et de 66 ans.