‹ Traité d'anatomie pathologique générale et spécialeChapitre 19 sur 165 · XII. — Tumeurs syphilitiques du cerveau · texte numérisé non relu

XII. — Tumeurs syphilitiques du cerveau

Il est toujours bien difficile de déterminer rigoureusement la nature syphilitique d’un produit morbide, aussi ne saurait-on y mettre trop de réserve; toutefois j’ai observé un cas qui différait de tous les autres faits de tumeurs cérébrales que j’ai vus, et dans lequel le produit accidentel avait une grande analogie dans sa structure avec celle des tumeurs gommeuses. Je rapporterai ailleurs ce fait avec détail. Je mentionnerai seulement ici que c’était celui d’un homme âgé de vingt-huit ans, présentant les traces d’une maladie vénérienne, qui, apporté mourant au Val-de-Grâce, offrit, à l’autopsie, une tumeur du volume d’une noisette, d’un jaune pâle, élastique, enveloppée d’un tissu cellulo-vasculaire, composée de petits granules et de globules déformés, de beaucoup de cristaux de cholestérine; les autres organes étaient sains. L’aspect de cette tumeur était en tout semblable à celui des tumeurs gommeuses.

J’ai vu, en 184.7, présenter à l'a Société anatomique, par M. Courtin (2), le cerveau d’une femme âgée de trente-huit ans, anciennement atteinte d’une syphilis, dont les traces se trouvaient aux organes génitaux; cette femme était atteinte de céphalalgie droite avec affaiblissement de la vision, état qui s’améliora sous l’influence d’un traitement mercuriel; toutefois les accidents cérébraux reparaissent, la malade tombe dans le coma et meurt. A l’autopsie, on trouve les viscères thoraciques et abdominaux sains, mais à la base du cerveau existent des masses dures, adhérentes à la dure-mère, avec inflammation correspondante à la pie-mère. Les nerfs de la base sont en partie ramollis. Voici comment M. Courtin décrit le tissu morbide : « Irrégulièrement ovoïde, épais de 0,n,018 et long de 0m,028 dans son plus grand diamètre, beaucoup plus dur que la substance cérébrale normale, mais friable; il est d’un rouge brun à peu près uniforme, traversé par de nombreuses ramifications vasculaires, qui tranchent en rouge vif ou en noir sur la teinte générale. Sur sa face inférieure il adhère intimement aux méninges, confondues en une plaque de consistance cartilagineuse de 2 millimètres à 2 millimètres 1/2 d’épaisseur. La face supérieure, cachée dans l’épaisseur du lobe, présente plusieurs contours très nets, rappelant ceux de la substance grise des circonvolutions. La substance blanche la plus voisine de ce noyau est fortement poinlillée, ramollie, d’une teinte rosée, plus haut seulement ramollie, et enfin, dans la couche supérieure du lobe, à peu près normale. Sur la circonférence, le noyau est continu à la substance grise ramollie, épaisse, confondue enfin avec le feuillet viscéral de l’arachnoïde et la pie-mère, et se réduit, à 10 ou 15 millimètres plus loin, à une couche désorganisée dont les limites ont été définies plus haut et décroissent d’épaisseur à mesure qu’on s’éloigne davantage du point central. La substance du noyau est formée de petites masses pour la plupart comparables, pour le volume, à des graines de chènevis, et la plus grosse à un noyau de cerise, groupées au nombre de trois ou quatre, très dures au toucher, et constituant les nodosités indiquées. Sur la plupart des coupes on distingue une périphérie d’un blanc mat, de consistance fibreuse, sans apparence de fibres, et un centre jaunâtre ou nlême jaune, moins dense et presque liquide, séparé par une ligne de démarcation franche. On ne peut méconnaître, dans ces nodules, des collections purulentes à divers degrés. Rien dans les autres parties de l’encéphale. »

M. Courtin, après avoir rappelé que cette femme présentait aux organes génitaux des traces de syphilis antérieure, raconte qu’il a montré cette pièce pathologique à M. Ricord, qui n’a pas hésité un instant à y trouver les caractères du tubercule syphilitique du cerveau.

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