XIII. — Tubercules du cerveau
Cette maladie est surtout propre à l’enfance ; cependant nous en avons observé un certain nombre d’exemples dans l’âge adulte. Nous en trouvons une description très complète dans le Traité des maladies
(1) Virchow, Wurzburger verhandlungen, t. II, p. 167.
(2) Bulletins de la Société anatomique, t. XXII, p. 66.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES
des enfants de MM. Rilliet et Barthez (1), auquel nous emprunterons quelques détails tirés de l’analyse de 36 observations, et nous ajouterons celle de 12 faits, plus complets que les autres, en ce sens que l’examen microscopique y a été fait avec soin. 10 de ces derniers faits nous appartiennent et 2 sont empruntés au travail déjà plusieurs fois cité de M. Friedreich, sur les tumeurs cérébrales.
On peut distinguer, quant au siège, les tubercules de la surface du cerveau et ceux de la substance. Les deux, du reste, sont souvent réunis. Les tubercules de la première catégorie sont petits, miliaires, ou plus volumineux, ordinairement en petit nombre, ne dépassant guère dix, quinze ou vingt au plus; lorsqu’ils sont réunis, ils peuvent former une masse mamelonnée. Ils ont le même siège que les granulations des méninges, mais on les rencontre plus fréquemment à la face convexe et sur l’hémisphère gauche.
On trouve ordinairement autour des tubercules une assez vive injection ; lorsque le siège est à la face interne de la dure-mère, les membranes sont adhérentes entre elles ou même avec la surface interne du cerveau, disposition que l’on rencontre surtout à la base. Il est rare que ces petites tumeurs produisent une impression dans les os, tandis qu’elles dépriment davantage la surface du cerveau ; elles peuvent surtout s’enfoncer tellement entre les circonvolutions, qu’au premier abord on serait tenté de croire qu’elles ont leur origine dans la substance cérébrale. Ces tubercules de la surface, qui, la plupart du temps, tirent leur origine de la pie-mère, sont beaucoup plus fréquents à la convexité, existent souvent des deux côtés, plus rarement dans le cervelet.
La seconde variété des tubercules de la substance cérébrale se trouve dans l’intérieur même de la pulpe encéphalique. Dans des cas rares on y rencontre des tubercules gris, demi-transparents, qui ont alors une teinte légèrement rosée; mais ils ont une tendance à devenir volumineux, et offrent alors une apparence jaune, caséeuse, légèrement verdâtre; ils atteignent le volume d’une noisette, d’une noix, d’un œuf de poule et au delà, et c’est alors qu’on les voit comprimer la substance du cerveau ou faire saillie, même dans les ventricules. Je les ai trouvés plusieurs fois ramollis à leur centre, renfermant une pulpe demi-liquide, qui, par places, avait un aspect puriforme ; mais en général la structure du tubercule n’est nulle part mieux caractérisée que dans ceux d’un certain volume qui existent dans le cerveau; là, on peut fort bien se convaincre que les parties ramollies ne renferment point de cellules du pus, mais seulement des globules tuberculeux, un peu arrondis et un peu plus volumineux qu’à l’état normal. Je n’ai point constaté la structure de la couche concentrique signalée par MM. Rilliet et Barthez, ni l’état crétacé que ces auteurs ont rencontré.
On ne trouve qu’un petit nombre de tubercules lorsqu’ils sont volumineux; il y en a un plus grand nombre lorsqu’ils sont plus petits; le siège le plus fréquent est dans les hémisphères et dans le cervelet, plus rarement dans les couches optiques, les corps striés et la protubérance annulaire. Le côté gauche en offre plus souvent que le côté droit.
Voici quel a été le siège dans mes douze cas : Une fois il existait des plaques tuberculeuses sous la piemère, sur la convexité des deux côtés, qui étaient recouverts de granulations; une autrefois il y avait des granulations dans toute la pie-mère, mais des tubercules plus volumineux à la surface de l’hémisphère droit; et dans un troisième cas il y avait des tubercules entre les circonvolutions de la surface et dans le lobe postérieur droit du cerveau. Dans un quatrième cas, douze tubercules variant entre le volume d’une lentille et celui d’un pois étaient disséminés entre la partie convexe, dans la substance grise des deux hémisphères. Voilà donc quatre cas pour les tubercules superficiels méningo-encéphaliques. Dans les autres, la substance cérébrale était principalement atteinte. Mon cinquième cas se rapporte à des tubercules dans les deux hémisphères, variant entre le volume d’une noisette et celui d’un œuf de pigeon et commençant à se ramollir. Dans le sixième cas ils étaient aussi disséminés dans les deux hémisphères. Dans le septième, il y avait, dans les deux hémisphères, des tubercules qui variaient entre les volumes d’une noisette et d’une amande. Dans le huitième, huit tubercules du volume d’une petite noisette étaient disséminés dans diverses parties du cerveau, en même temps qu’il y avait une méningite tuberculeuse. Dans un neuvième cas, le lobe gauche du cervelet renfermait un tubercule volumineux. Dans le dixième, le siège était le même, le volume celui d’un œuf de pigeon, la couleur d’un jaune blanchâtre,
(1) Op. cit. , t. III, p. 529.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
et dans l’intérieur il y avait une cavité de la grosseur d’un pois, remplie d’un liquide puriforme. Le onzième cas se rapporte également à un tubercule du lobe gauche du cervelet, du volume d’une noisette. Dans le douzième cas, enfin, il y avait des tubercules dans l’hémisphère gauche et dans plusieurs parties du cervelet.
Parmi les effets que provoquent les tubercules dans leur voisinage, nous pouvons signaler, dans les méninges, une très forte hypérémie qui peut aller jusqu’à l'inflammation, mais sans exsudation purulente. Un autre effet presque constant est l’hydropisie ventriculaire, due à la gêne de la circulation veineuse. Autour des tubercules volumineux, on observe aussi du ramollissement, et dans des cas rares, des hémorrhagies ; nous en avons trouvé chez le même sujet sous forme de foyers anciens et récents. Dans la complication avec la méningite granuleuse, nous avons observé une inflammation de la substance corticale du cerveau, et une fois une inflammation des plus manifestes de la protubérance, sans qu’il y eût de tubercules dans le voisinage.
Lorsque les tubercules existent en grand nombre dans les autres organes, la marche de la maladie peut être latente; lorsqu’il y a des symptômes cérébraux, on peut observer des accidents méningiliques ou une marche plus latente semblable à celle des autres tumeurs cérébrales, se distinguant par la fréquence des convulsions épileptiformes. On observe en outre dans la forme chronique tous les symptômes de l’hydrocéphalie, surtout chez des enfants très jeunes. La forme méningilique peut entraîner la mort dans l’espace de peu de jours à une ou deux semaines ou au delà, tandis que la forme chronique peut varier entre trois à six mois et un à deux ans. La possibilité de la transformation crétacée fait supposer celle de la guérison, quoique rare.
Nos 12 cas se rapportent à 8 garçons et 4 filles; ainsi les premiers sont plus prédisposés. L’âge a été 5 fois entre 2 et 7 ans, 3 fois entre 10 et 20 ans, 1 fois de 37 ans, et 1 fois de 50 ans. Voici les relevés statistiques de MM. Rilliet et Barthez.
Age et sexe de 12 enfants atteints de tuberculisation céphalique avec symptômes :
De 3 à 5 ans . 6 Garçons, h ; filles, 2.
6 à 10 ans et demi . U Garçons, 3; filles, 1.
11 à 15 ans . 2 Garçons, 1 ; filles, 1.
32 exemples de tuberculisation latente des méninges et du cerveau ont donné les résultats suivants pour l'âge et le sexe :
De 1 à 2 ans et demi.
3 à 5 ans et demi.
6 à 10 ans et demi 11 à 15 ans ....
6 Garçons, 3; filles, 3.
18 Garçons, 13; filles, 5.
6 Garçons, 3; filles, 3.
2 Garçons.