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XIV. — Cancer du cerveau

Les tumeurs cancéreuses crâniennes et intracrâniennes se composent le plus souvent d’un tissu mou et encéphaloïde, et présentent plus rarement l’apparence dure du squirrhe, variété que nous avons plutôt rencontrée dans les tumeurs cancéreuses de la dure-mère que dans celles des autres parties. L’élément fibreux dans ces cas est plus abondant. On rencontre enfin un tissu, d’aspect et de consistance lardacés, intermédiaire entre le cancer dur et le cancer mou. Le tissu encéphaloïde est ou mou et jaunâtre, ou d’un gris rosé, ou d’un rouge violacé, tirant quelquefois sur la teinte lie de vin, à cause du mélange du tissu cancéreux, très vasculaire, avec des épanchements sanguins.

Ces tumeurs, qui proviennent tantôt des os du crâne, tantôt des méninges et tantôt de la substance cérébrale, forment des masses isolées, plus rarement une infiltration diffuse qui, alors, occupe ordinairement une portion assez étendue d’un des lobes cérébraux ou cérébelleux. La multiplicité des tumeurs n’est pas rare lorsqu’elles sont cancéreuses. Quant à leurs dimensions, nous les avons vues varier entre celles d’un petit pois et celles du poing d’un adulte et au delà. Les tumeurs les plus volumineuses siégeaient autour de la partie convexe du cerveau ; celles de la base étaient généralement de dimension moyenne; les plus petites, enfin, étaient celles qui se trouvaient dans la substance de la protubérance et de la moelle allongée, parce qu’elles tuent avant d’atteindre un volume considérable. Quant à la

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T. II

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forme, il y a une variété qu’il faut signaler, c’est celle qui consiste en plaques étendues de tissu cancéreux, qui, d’un côté, dépriment les lobes du cerveau, et. d’un autre, tendent à perforer les os du Crâne. Leur forme aplatie lient évidemment au manque d’espace et à la conformation des parties entre lesquelles elles se développent.

Les éléments microscopiques ont été généralement caractéristiques. Dans six observations détaillées de ce genre, nous trouvons de grands noyaux et de grands nucléoles, et des parois cellulaires de forme variée, quelquefois fusiformes. La dimension moyenne des cellules a été de 0ran,,02 ; il n’y avait que les cellules mères qui fussent plus volumineuses. Les noyaux variaient, en moyenne, entre 0mm,0125 et 0mm,015; les nucléoles variaient entre 0mtn,0025 et 0mra,0033. Plusieurs fois nous avons rencontré des granulations d’un jaune terne au milieu du tissu cancéreux. Les cellules, alors, avaient subi l’infiltration granuleuse. Dans une tumeur hématode et hémorrhagique des méninges, les cellules cancéreuses étaient généralement de petite dimension, elles variaient entre 0mm,01 ét 0mm,01 25 ; les noyaux oscillaient entre 0mm,0075 et 0mm,01 ; les nucléoles avaient leurs dimensions ordinaires. L’épanchement hémorrhagique enfin, dans ce cas, présentait de fort beaux globules hématiques, formés d’une enveloppe cellulaire transparente et de globulins d’un jaune rougeâtre dans leur intérieur; il y avait en outre quelques cristaux hématiques.

Dans plusieurs de nos dissections, nous avons rencontré des portions de tissu cancéreux assez étendues, d’un jaune pâle et terne, et qui n’étaient autre chose que le tissu phymatoïde que nous avons déjà plusieurs fois eu occasion de décrire. M. Durand-Fardel rapporte (1) une observation fort remarquable dans laquelle le tissu cancéreux d’une tumeur des méninges, ainsi que de plusieurs autres organes de l’économie, était entièrement composé d’une substance de couleur vert-pomme. Nous avons observé un cas analogue (mars 1851) que nous avons décrit (t. Ier, p. 323). Nous avons également mentionné un fait analogue observé par Balfour. 11 nous reste à déterminer la proportion de généralisation pour les tumeurs cancéreuses. En éliminant toutes les observations qui, sous ce rapport, n’offrent pas de détails suffisants, nous arrivons au chiffre 48. Sur ce nombre, il y a eu 16 cas où des cancers secondaires ont été observés : ainsi, dans un tiers des cas, proportion inférieure il est vrai au chiffre des cancers les plus infectants, mais supérieure de beaucoup à celui indiqué dans les auteurs pour le cancer cérébral; on comprend du reste que le mal tue souvent avant que l’infection ait pu avoir lieu. Ce chiffre de 16 pourra encore éprouver une diminution, si l’on élimine 3 cas dans lesquels il est probable que le cancer cérébral a été secondaire, tandis qu’il a été primitif dans les 13 autres. Nous serions évidemment arrivé à un chiffre bien plus élevé si nous avions compris ici tous les faits dans lesquels la multiplicité des tumeurs existait dans toute l’économie; mais nous n’avons voulu faire entrer ici en ligne de compte que les observations dans lesquelles tous les principaux organes du corps ont été examinés avec soin à l’autopsie.

Dans cinq autopsies, le cancer du cerveau était unique, mais il y avait plusieurs cancers secondaires dans les parties molles et les os; une fois dans les deux poumons, une autre fois dans la rate et le tissu cellulaire, autour du rectum, une troisième fois dans les poumons, le foie et les deux reins, et une fois enfin dans le rein gauche et dans un grand nombre d’os du squelette, y compris ceux du crâne.

Dans trois autopsies, la multiplicité des tumeurs n’existait qu’à la tête; dans un cas, il y avait multiplicité à la fois dans les os du crâne, les méninges, le cerveau, et sur divers points du squelette et des parties molles. Dans ce nombre il y avait surtout un cas fort remarquable par la multiplicité des dépôts cancéreux qui existaient à la fois à la partie interne de la voûte crânienne, à la surface du cerveau, à la partie postérieure du sternum, sur le trajet des gros vaisseaux, sous la plèvre, dans les poumons, dans le foie et à la surface du pancréas.

Parmi les trois cas, enfin, dans lesquels le cancer cérébral était secondaire, il était deux fois multiple dans le cerveau ; il était, dans le premier cas, consécutif à un cancer du sein, dans le second à un cancer du pylore, et dans le troisième à un cancer de la matrice.

Nous dirons, en terminant, qu’outre ces altérations cancéreuses secondaires, l’autopsie nous a révélé plusieurs fois l’existence de ces phlegmasies terminales des voies respiratoires, que l’on observe, du jci (l) Bulletins de lu Société anatomique , t. XI, p. 195-199.

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reste, dans beaucoup d’autres affections cancéreuses, et en général dans la période ultime des maladies les plus diverses.

Tout en distinguant les tumeurs cancéreuses des tumeurs fibro-plastiques, nous n’arriverons cependant point à des différences bien notables dans la marche de ces deux ordres d’affections. On le comprendra aisément si l’on réfléchit que toute espèce de tumeur incapable de disparaître spontanément et douée de la propriété de s’accroître, doit provoquer une irritation permanente dans les parties encéphaliques avec lesquelles elle est en contact, sans que la nature du tissu y influe notablement. On pourrait croire que, sous ce rapport, une tumeur dure et de consistance squirrheuse dût exercer une action plus fâcheuse qu’une tumeur molle et élastique. Mais par une sorte de compensation, les tumeurs molles, beaucoup plus vasculaires, et par conséquent bien plus gorgées de sang et plus volumineuses pendant la vie que l’autopsie seule ne permet de le constater, exercent une action nuisible sur les parties voisines.

Toutefois, si la différence entre le cancer et la tumeur fibro-plastique de l’encéphale n’est pas grande par rapport à la durée, elle n’en est pourtant pas moins réelle. Nous avons noté la durée totale chez onze malades atteints de cancer cérébral. La durée moyenne a été, pour le cancer, de dix-sept mois et sept onzièmes, un peu moins d’un an et demi. Nous trouvons un peu plus de la moitié des faits où la durée totale n’a pas dépassé six mois; mais, d’un autre côté, chez quatre malades, elle a varié entre deux et cinq ans.

Voici le tableau synoptique :

De 3 à 6 mois . 6

6 à 9 mois . 1

9 mois à 2 ans . 2

A reporter. . . 9

Report. . . 9

De 2 à 4 ans . 1

4 à 5 ans . 1

Total. . . 11

Le sexe a été noté dans 23 cas, dont 13 hommes et 10 femmes. Relativement à l’âge, nous dirons d’abord que le cancer du cerveau se rencontre, proportionnellement aux autres cancers, à une période moins avancée de la vie; c’est ainsi que nous trouvons 5 cas (ainsi plus d’un cinquième) entre 5 et 30 ans, et 12 en tout (plus de la moitié) avant 45 ans. Si nous prenons les tumeurs encéphaliques dans leur totalité, nous avons le chiffre de 78 cas, dont 20 (plus d’un quart) avant l’âge de 30 ans, et 38 (près de la moitié) avant l’âge de 45 ans. Nous trouvons cependant les deux chiffres de la plus grande fréquence entre 45 et 50 ans, et entre 60 et 65 ans. En thèse générale, les tumeurs cancéreuses sont donc incontestablement plus fréquentes dans la seconde moitié delà vie; mais, d’un autre côté, on les observe fréquemment dans le jeune âge et assez souvent même pendant l’enfance, surtout dans sa seconde moitié, car il n’est pas rare de les rencontrer avant l’âge de 10 ans. L’âge moyen a été, pour le cancer, 44 ans et l/23e.

Voici le tableau synoptique de l’âge de nos malades :

10 à 15 ans . 1

15 à 20 ans . 1

20 à 25 ans . 1

25 à 30 ans . 1

30 à 35 ans . 3

35 à 40 ans . 1

40 à 45 ans . 3

A reporter. . . 12

Report. . . 12

De 45 à 50 ans . 2

50 à 55 ans . 3

55 à 60 ans . 1

60 à 65 ans . 3

65 à 70 ans . . . . . 1

70 à 75 ans . »

75 à 80 ans . 1

Total ... 23

Avant de terminer, nous rapporterons un passage emprunté à notre Traité des maladies cancéreuses, au sujet de la perforation des parois crâniennes par ces tumeurs et de leur saillie au dehors. Nous avons recueilli nous-même 5 faits de ce genre se rapportant tous à des cancers qui prenaient leur point de départ sous la voûte osseuse, et nous ajouterons ensuite 13 cas à origine mixte, empruntés à d’autres auteurs. Voici d’abord ce que nous avons observé nous-même :

Dans l’une, le milieu des deux pariétaux, ainsi que le sommet de la tête, était occupé par une tumeur

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fibro-plastique parsemée de réseaux de tissu osseux et provenant du péricrâne sans perforation aucune de la boîte crânienne. Le second cas était celui d’un cancer multiple du système osseux, où l’altération de la boîte crânienne avait pris pour point de départ le diploé de presque toute la partie convexe, dans laquelle étaient disséminées un certain nombre de tumeurs parvenues à divers degrés de développement; es unes encore renfermées entre les deux tables de l’os, d’autres qui avaient perforé les deux tables, et une qui avait fini par s’étendre sur la portion correspondante de la dure-mère.

Le troisième cas était aussi un exemple d’infection multiple de toute l’économie. Le cancer avait débuté par la surface externe des os du crâne, où avaient paru plusieurs tumeurs isolées, qui, plus tard, sont devenues confluentes et ont perforé la région sincipitale. A l’autopsie, nous avons constaté les altérations suivantes, fort remarquables: Des adhérences intimes existent entre la dure-mère et le sommet de la voûte crânienne; la substance osseuse des deux pariétaux a disparu sur une étendue de 12 centimètres de longueur sur 6 à 7 de largeur ; tout cet espace est occupé par une tumeur bosselée à sa surface externe, lisse à sa surface intérieure, et renfermant des plaques osseuses dans une enveloppe fibro-celluleuse; les bords de la perte de substance des os sont fortement déprimés; une tumeur beaucoup plus petite que la première existe un peu plus loin, à la surface interne de la boîte crânienne, dont la table interne a disparu à ce niveau. La principale tumeur dont nous avons parlé avait déprimé le lobe droit du cerveau sur une grande étendue, surtout dans sa partie inférieure; une petite tumeur cancéreuse, enfin, s’était développée à la surface interne de la dure-mère et avait déprimé deux circonvolutions de la partie moyenne du lobe droit. Ce qu’il y a de fort remarquable encore dans ce cas, c’est que toutes ces altérations avaient existé sans donner lieu à des symptômes cérébraux.

Le quatrième cas était celui d’une perforation du pariétal par une tumeur qui avait pris son origine à la surface de la dure-mère. Le cinquième, enfin, était celui d’un polype cancéreux sorti par les fosses nasales et prenant son point de départ à la face interne de la base du crâne.

Si à présent nous jetons un coup d’œil sur les tumeurs du même genre que nous avons rencontrées dans nos autres matériaux, en dehors de nos observations propres, nous avons encore 13 faits à ajouter. L’origine, dans ceux-là, était tantôt exclusivement dans le système osseux, tantôt mixte, provenant des os, des méninges ou de la substance cérébrale. Voici en quelques mots les caractères anatomiques principaux dans ces 13 cas: 1° Tumeur cérébrale et crânienne, ayant perforé la région pariétale et ayant produit en outre de nombreux petits trous dans les os environnants, trous qui n’allaient cependant pas jusqu’à la perforation; 2° tumeurs multiples de la boîte crânienne, ayant leur siège à la région fronto-pariétale; 3° perforation du pariétal droit, cancer des os et du cerveau; 4° perforation de la suture fronto-pariétale, perte de substance très étendue, tumeurs provenant de la dure-mère et du diploé; 5° cas analogue en tout au précédent; 6° large perforation du coronal par une tumeur qui prend son origine dans la substance cérébrale; 7° perforation du temporal par une tumeur qui provient des méninges de la base ; 8° trois fois les tumeurs provenant des méninges de la base avaient perforé l’os ethmoïdal et avaient fait saillie dans les fosses nasales; dans une de ces observations il y avait en même temps perforation du coronal et saillie des prolongements de la tumeur dans les sinus frontaux; 9° une fois une tumeur méningienne avait fait saillie au dehors, à travers le trou occipital; 10° deux fois enfin les tumeurs provenant des os avaient détruit une portion restreinte de la partie osseuse de la base du crâne. Chez l’un de ces sujets, c’était le pourtour du conduit auditif interne, chez l’autre la substance osseuse de la selle turcique.

Ainsi, dans ces 18 cas, nous en comptons 16 où le crâne a été perforé au dehors; 5 fois c’était l’un ou les deux pariétaux, 4 fois l’os ethmoïdal, dont 1 fois en même temps le coronal, 3 fois le temporal, 2 fois la région fronto-pariétale, 1 fois le coronal seul et 1 fois saillie à travers le trou occipital.

Il nous reste à rechercher à présent quelle est la proportion, dans ces 18 cas, del’origine différentielle de ces tumeurs, du tissu osseux, des méninges, du cerveau, ou de plusieurs de ces points à la fois. Sept fois les méninges et surtout la dure-mère en étaient seules le point de départ, proportion analogue à celle que nous trouvons dans le mémoire de Louis, lorsqu’on le soumet à une analyse critique rigoureuse; 5 fois c’étaient les os seuls, 4 fois les os et les méninges, 1 fois les os et le cerveau et 1 fois le cerveau seul.

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Lorsqu’on médite sur la valeur de ces chiffres, on est frappé de la nécessité d’abandonner à tout jamais toute doctrine exclusive sur l’origine et le point de départ de ces tumeurs crâniennes. Il n’est donc pas juste de désigner ces tumeurs sous le nom de fongus de la dure-mère.

Par rapport au siège, M. Velpeau (1) est arrivé à des proportions très rapprochées des nôtres : « Sur 51 exemples où ce siège est indiqué, j’en trouve, dit-il, 13 pour les régions pariétales, 8 pour les tempes, 7 au front, 7 dans la région orbito-nasale, 7 à l’occiput, 5 au vertex, 3 sur le rocher et 1 dans l’épaisseur de la faux du cerveau. »

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