XV. — Parasites du cerveau
On ne rencontre dans le cerveau humain et dans ses enveloppes que des vers cystiques, des scolex de ténia, surtout des cysticerques, et plus rarement des échinocoques. Le cœnure, si fréquent chez les ruminants, n’a point encore été observé chez l’homme, mais j’ai vu chez un jeune homme d’Ollon, dans le canton de Vaud, une maladie en tout semblable au tournis chez les animaux.
Nous allons d’abord citer quelques exemples de cysticerques dans le cerveau de l’homme. 1° Laënnec (2) a observé en 1803 un cysticerque à la partie postérieure et inférieure de l’hémisphère droit, chez un homme âgé de soixante ans, qui en avait également dans les muscles et dans le tissu cellulaire du médiaslin. 2° Himly (3) trouva en 1809 des cysticerques dans le cerveau d’un homme qui en avait aussi dans les muscles et dans le foie. 3° J’ai vu en 1843 un cysticerque isolé dans le cerveau d’un homme âgé de trente-cinq ans, qui le portait à la partie supérieure de l’hémisphère droit; la tumeur avait le volume d’une noisette et était entourée d’un kyste fibreux fourni par le tissu cellulaire interméningien. Ce malade avait eu de fréquents accès d’épilepsie. 4° J’ai observé avec M. Leudet des cysticerques dans le cerveau et dans les muscles d’une femme âgée de vingt-huit ans, atteinte depuis vingt-deux mois d’attaques, épileptiques dans l’intervalle desquelles sa santé était assez bonne, sauf des maux de tête habituels et une altération de la vue. Nous rapporterons ce cas avec détail à l’occasion de l’explication des planches. On nota comme circonstance fort curieuse chez cette malade l’existence d’un ver solitaire. A la suite d’une dernière attaque, cette femme mourut dans le coma. On trouva dix-sept cysticerques sous la pie-mère et dans la substance corticale, un dans la couche optique et un dans le corps strié gauche, trois à la partie supérieure du cervelet. Il y avait de nombreux cysticerques dans les muscles. 5° M. le docteur Sangalli, de Milan, m’a communiqué un fait de névromes multiples observés chez une femme âgée de trente-cinq ans, morte dans une attaque convulsive, et chez laquelle on trouva de nombreux cysticerques dans les diverses parties du cerveau. 11 n’est pas dit s’il n’y en avait pas en même temps dans les muscles. 6° M. Andral (4) décrit un cas où de nombreux cysticerques se trouvaient dans les circonvolutions des hémisphères chez un homme d’un âge moyen. 7° Le même auteur cite un cas de M. Calmeil (5), qui a trouvé chez un aliéné âgé de quarante-sept ans un cysticerque dans le tissu cellulaire sousarachnoïdien d’un des hémisphères, un second à la surface de l’autre, enfin un troisième dans le lobe postérieur. Successivement on en découvrit un certain nombre enfoncés entre les circonvolutions, et, en outre, un entre la couche optique et le corps strié, et un autre entre les deux tubercules quadrijumeaux. 8° M. Günsburg (6) décrit avec détail le fait d’un homme âgé de quarante-neuf ans, atteint de delirium tremens, qui plus tard devint tubercqleux, présenta les signes d’une affection thoracique grave, et qui, sans avoir offert le moindre symptôme du côté du cerveau, succomba et montra à la surface de l’hémisphère droit, huit cysticerques, deux autres à la surface de la couche optique et du corps strié du même côté, de plus une pleurésie purulente droite et un pneumothorax. 9° M. Cruveilhier (7) dit avoir observé des cysticerques dans les plexus choroïdes, dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, dans l’épaisseur des
(1) Dictionnaire de médecine , art. Fongüs de la dure-mère, t. IX, p. 521.
(2) Mémoire sur les vers vésiculaires [Mémoires de la Faculté de Paris , 1812).
(3) Journal de médecine de Hufeland, 1809.
(4) Précis d’anatomie pathologique, t. II, p. 849.
(5) Journal hebdomadaire de médecine. Paris, 1828, t. I, p. 45. — Voyez aussi le fait rapporté par M. Bouvier [Bulletin de l'Académie de médecine, Paris, 1840, t. IV, p. 558).
(6) Die pathologische Gewebslehre, t. II. Leipzig, 1848, p. 137.
(7) Traité d’anatomie pathologique générale. Paris, 1852, t. II, p. 88.
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circonvolutions et sous la membrane ventriculaire. Il rapporte plus loin la description du cerveau d’un épileptique qui en a renfermé au moins cent, dont une cinquantaine dans le cervelet, puis un certain nombre dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, dans l’épaisseur des circonvolutions du cerveau et des lamelles du cervelet; un plus petit nombre occupait le centre médullaire des hémisphères; tous étaient pourvus d’un kyste séreux très mince. Le tissu cérébral environnant était sain. Le même sujet avait présenté des cysticerques dans la moelle épinière et dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien spinal.
On voit d’après ces détails que les cysticerques du cerveau peuvent siéger exclusivement dans cet organe, ou se trouver en même temps dans d’autres, et notamment dans les muscles. Rarement isolés, quelquefois même très nombreux, ils peuvent se rencontrer sous les membranes ou dans la substance médullaire, ou dans la substance corticale du cerveau ou du cervelet, et même dans la moelle épinière. Quelquefois latents, ils donnent surtout lieu à des attaques épileptiformes, dans l’intervalle desquelles les malades ou se portent bien ou ont une céphalalgie habituelle. Ils sont beaucoup plus fréquents chez l’homme que chez la femme, puisque, sur 8 cas dans lesquels le sexe a été noté, il y a eu 6 hommes et 2 femmes. On les observe plutôt dans la seconde moitié de la vie. Le plus jeune malade (c’était une femme) avait 28 ans, deux avaient 35 ans, un 47, un 49 et un 60 ans.
Les échinocoques sont bien autrement rares; nous n’en avons vu qu’un seul cas, présenté à la Société anatomique par M. Barth (1 ) : 1 0 II s’agissait d’une femme âgée de vingt-cinq ans, apportée à l’hôpital dans un état d’hébétude, paralysée du bras droit depuis quatre mois. La malade indiquait par signes qu’elle 'souffrait du côté gauche de la tête. Elle mourut subitement. A l’autopsie, on trouva les circonvolutions aplaties sur l’hémisphère gauche. La pulpe donnait une sensation de fluctuation très apparente. M. Barth crut à l’existence d’un ramollissement, mais en enlevant couche par couche d’abord les membranes d’enveloppe, puis la substance cérébrale elle-même, il arriva sur la face externe d’une membrane fine formant un kyste libre et contenant un liquide transparent. C’était une hydatide unique. L’hydatide était en contact immédiat avec la substance propre du cerveau, qui était refoulée, sans être tapissée d’une membrane particulière, et formait une cavité à loger une petite pomme, située au-dessus du ventricule latéral, mais sans communication avec lui. On ne trouva point d’échinocoques. 2° C’est à des hydatides renfermant des échinocoques qu’il faut rapporter le fait décrit par Zeder (2). Cet auteur raconte qu’une jeune personne, qui employait à la lecture une partie de la nuit, fut prise de céphalalgie, de tournoiement de tête, avec impossibilité de supporter la moindre lumière un peu vive et de se tenir debout sans vaciller, comme les moutons attaqués de tournis. Elle mourut, et, à l’ouverture du cadavre, on trouva beaucoup de sérosité dans les ventricules latéraux, et dans le troisième et le quatrième, une douzaine d’hydatides, dont quelques-unes avaient le volume d’un œuf de poule. La paroi droite du quatrième ventricule offrait un endurcissement de la substance cérébrale, gros comme une amande et de couleur jaune. Les hydatides étaient du genre Polycephalus.