ARTICLE II. — MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
§ I. — Hypércmle de la moelle épinière.
Déjà les anciens médecins, et plusieurs parmi les praticiens distingués du dernier siècle, tels que Ludwig, Fr. Hoffmann, avaient signalé les congestions de la moelle épinière comme cause des paraplégies incomplètes accompagnées de douleurs; mais ce n’est que depuis vingt ans que l’on a vraiment constaté anatomiquement les signes de cette congestion. La couleur de la moelle, dans ces cas, est plus rosée qu’à l’état normal, les veines des méninges et du cerveau sont gorgées de sang. Sur une coupe fraîche, on voit un sablé rougeâtre, des gouttelettes de sang nombreuses, et ordinairement l’hypérémie est accompagnée d’hémorrhagie capillaire. Cette congestion peut être générale ou se borner au pourtour d’un foyer de ramollissement, d’hémorrhagie, de tubercules, d’un produit accidentel quelconque. On a observé plusieurs fois les congestions générales après les hémorrhagies brusquement supprimées, ou comme hypérémie secondaire dans le courant des maladies aiguës graves et prolongées, et, comme pour le cerveau, l’apparition brusque des phénomènes morbides en a plusieurs fois imposé pour une affection organique; toutefois le retour fréquent à la santé et l’intensité moindre de tous les symptômes peuvent faire connaître cet état pendant la vie, et ces accidents cèdent bien plus facilement aux antiphlogistiques, aux purgatifs et aux douches que les paraplégies consécutives à une altération profonde.
g II. — Inflammation de la moelle épinière.
Les caractères de ce travail phlegmasique sont à peu près les mêmes que ceux de l’inflammation cérébrale. Lorsqu’on a affaire à une inflammation aiguë et intense, la coloration de la partie enflammée, qui ordinairement est circonscrite à quelques centimètres d’étendue, est d’un rouge plus intense qu’à l’état normal; en même temps le tissu enflammé est humide, infiltré de sérosité; en un mot, il y a ramollissement. Toutefois il y a une grande différence entre le ramollissement inflammatoire et celui qui ne l’est pas, et l’on peut dire que si l’inflammation ne peut guère avoir eu un certain degré d’intensité sans s’accompagner de ramollissement, d’un autre côté le ramollissement blanc, pultacé, dans lequel on ne trouve aucune trace certaine d’un travail phlegmasique antérieur, n’autorise nullement à supposer qu’une inflammation l’ait précédé. Au microscope, on trouve dans la moelle phlegmasiée les fibres encore intactes ou en partie brisées, mêlées de cellules granuleuses, et les vaisseaux gorgés de sang et
(1) Froriep’s chir. Kupfertafeln, t. LXVI.
MALADIES DE LA MOELLE ÉP1NIÉRE ET DE SES ENVELOPPES
inégaux de calibre. Celte inflammation peut atteindre un seul ordre de cordons de la substance blanche ou grise, ou toute l’épaisseur de la moelle. Il est assez rare de trouver du pus dans la moelle épinière, et c’est plutôt à la suite de contusions et de blessures que l’on en a observé. M. Velpeau a rencontré sur un blessé un abcès circonscrit du volume d’une noisette, dans l’épaisseur des cordons antérieurs de la moelle dorsale (1). M. Collini a trouvé vis-à-vis de la septième vertèbre cervicale une cavité remplie par une matière purulente d’un gris brun verdâtre, qui remontait, en formant une traînée légère dans l’épaisseur de la moelle, jusqu’au niveau de la quatrième vertèbre cervicale environ. Abercrombie a vu dans la moelle allongée un kyste dont la surface intérieure avait l’apparence ulcérée, et dont la cavité était remplie par un abcès d’apparence scrofuleuse. D’après des travaux récents de Rokitanski, il paraît qu’il peut y avoir dans la moelle épinière une espèce d’inflammation parenchymateuse, parlant surtout des éléments cellulaires du tissu connectif.
L’inflammation de la moelle épinière peut avoir une marche aiguë ou chronique, et, dans le premier cas, elle s’accompagne souvent d’accidents létaniformes. Les symptômes paralytiques, et surtout la paraplégie, prédominent. La forme aiguë peut se terminer par la mort dans l’espace de quelques jours ou au bout d’un mois seulement, ou guérir, ou enfin passer à l’état chronique. Les symptômes paralytiques varient selon que le siège est dans la partie cervicale, lombaire ou dorsale. Elle peut naître spontanément ou à la suite d’une contusion, ou encore dans le courant d’une carie vertébrale, à l’endroit qui correspond à l’altération des vertèbres. La syphilis peut la produire par suite d’exostoses intrarachidiennes. Billard dit l’avoir observée chez des nouveau-nés. Rilliet et Barthez l’ont surtout constatée pendant Ja seconde enfance. C’est dans la première moitié de la vie qu’on l’a le plus souvent rencontrée, plus souvent chez les hommes que chez les femmes.
Lorsque la maladie est aiguë, elle réclame le même traitement que la méningite rachidienne; dans la forme tétanique, l’opium est tout particulièrement indiqué, tandis que la forme chronique réclame les mêmes moyens que le ramollissement de la moelle épinière.
§ III. — De l’hcmoi’rliagle «le la moelle épîuière.
L’hémorrhagie de la moelle épinière est une maladie peu commune, surtout comparée avec celle de la substance cérébrale. Elle occupe tantôt la substance grise, tantôt la blanche, quelquefois les deux. On trouve des foyers circonscrits ou plus volumineux, variant entre les volumes d’un pois, d’une amande et au delà. L’hémorrhagie est circonscrite ou plus diffuse, avec conservation ou destruction de la substance nerveuse. On rencontre quelquefois ces foyers en voie de résorption, contenant une bouillie épaisse de couleur rougeâtre ou orangée. Le siège est tantôt à la partie supérieure, dans le bulbe rachidien ou la moelle allongée, tantôt à la région cervicale ou dorsale; on la trouve plus rarement à la partie lombaire. On l’observe bien plus fréquemment chez l’homme que chez la femme. Sur 12 observations rapportées par Ollivier, il y a 11 hommes et 1 femme. L’âge a varié entre 29 et 74 ans. Sur 11 cas dans lesquels l’âge est noté, il y en a 5 de 29 à 50, tandis qu’il y en a 6 après 60. L’âge a été, dans les 11 cas, 29, 36, 40, 46, 50, 61, 64, 65, 70, 72, 74 ans. Les symptômes sont les mêmes que ceux de l’apoplexie méningée. La mort est surtout prompte lorsque le siège est dans le bulbe, elle peut survenir au bout de quelques heures; tandis qu’elle n’a lieu, le plus souvent, qu’au bout de deux ou trois jours, lorsque le siège est plus bas, et la possibilité de la résorption, anatomiquement prouvée, démontre les chances de curabilité. Nous allons en citer quelques exemples :
1° M. Cruveilhier (2) a rapporté l’observation d’un homme âgé de trente-six ans, qui fut pris de douleurs subites dans la région cervicale, avec gêne des mouvements du côté gauche. Ces accidents disparurent au bout de trois mois. Cinq ans plus tard survint subitement une douleur semblable à la première, suivie de la paralysie des quatre membres, avec exaltation passagère de la sensibilité, qui fut ensuite aussi complètement abolie que le mouvement. Mort le quarantième jour.
Au niveau de l’origine des quatrième, cinquième et sixième paires cervicales du côté gauche existait une tumeur violacée, du volume et de la forme d’une grosse amande; les faisceaux postérieurs de la
(1) Ollivier, t. I, p. 330.
(2) Anatomie pathologique du corps humain, 3« livraison, pl. 6.
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moitié gauche de la moelle étaient, à ce niveau, pénétrés de sang, légèrement soulevés, non dissociés ni déchirés. Le foyer sanguin se prolongeait en dehors, avec les racines antérieures et postérieures des paires cervicales indiquées, les écartait, leur donnait une teinte violacée, mais n’avait point altéré leur continuité. Antérieurement le foyer apoplectique formait une saillie bien plus considérable que postérieurement; dans ce dernier sens, il ne dépassait pas la ligne médiane, mais cette ligne médiane était déjetée à droite, le sang paraissait être à nu sous la pie-mère. Il y avait déchirure, destruction des fibres nerveuses de la moelle épinière. Les filets des racines antérieures en contact avec le foyer sanguin étaient désorganisés et semblaient réduits à leur névrilème. 11 y avait au centre de la moelle du sang nouvellement épanché. La substance grise avait été remplacée par du sang concret qui occupait toute la longueur du cordon rachidien ; c’était au-dessus et au-dessous du foyer apoplectique que la quantité de sang épanché diminuait progressivement jusqu’à l’extrémité inférieure de la moelle. Les parois du canal dans lequel était contenu ce sang nouvellement épanché présentaient une couleur jaune-serin, indice d’un épanchement ancien.
Le foyer apoplectique était très compacte et d’une trame cellulo-fibreuse très dense; sa couleur offrait un mélange de nuances jaune orangé et brun marron; les mailles de cette trame celluleuse renfermaient du sang concret très noir.
2° M. Monod (1) a publié l’observation d’un homme âgé de vingt-neuf ans, pris subitement de douleurs et de frissons le long de la colonne vertébrale, à partir de la région lombaire. Fuis survinrent des douleurs dans les flancs, un affaiblissement des mouvements dans le côté droi!, perte de sentiment dans le côté gauche ; paralysie du rectum et delà vessie. Mort à la suite d’une cystite et d’une néphrite avec infection purulente.
Les veines rachidiennes sont gorgées d’un sang liquide brunâtre, mêlé de gaz, et le tissu cellulaire qui remplit en arrière le canal vertébral a une couleur brunâtre; le tissu des vertèbres a lui-même une coloration semblable. La moelle rachidienne, dont l’aspect, la couleur et la consistance sont les mêmes qu’à l’état normal, au niveau du bulbe supérieur, offre en avant, le long du sillon antérieur, une strie rouge, bleuâtre, qui, commençant à un centimètre et demi au-dessous du bulbe supérieur, se termine à l’extrémité inférieure de l’organe. Celte strie n’est visible qu’en écartant légèrement les cordons antérieurs, après avoir incisé longitudinalement leur membrane propre. Au-dessus du renflement crural, celte strie s’élargit et se convertit en une bouillie rouge brunâtre, qui remplit le sillon antérieur dans l’étendue de 6 centimètres environ. De plus, vis-à-vis de l’origine des racines antérieures et postérieures des derniers nerfs dorsaux du côté droit, dans la même étendue, la membrane propre a une couleur violacée, noirâtre, irrégulièrement circonscrite. La consistance de la moelle est sensiblement diminuée dans ce point. En faisant des coupes transversales de la moelle, et en déplissant les cordons antérieurs, il a été facile de s’assurer qu’au niveau de l’origine des derniers nerfs dorsaux, dans l’étendue indiquée plus haut, existe un épanchement de sang dans la substance grise centrale, qui a commencé dans la portion droite et s’est ensuite infiltré à gauche; que ce sang, mêlé au détritus de la moelle, forme une bouillie brunâtre à la circonférence, rouge dans le centre de l’organe; cette bouillie s’est étendue principalement dans les deux cornes grises, qui, du côté droit, se rendent aux nerfs rachidiens, et a ainsi déterminé la coloration extérieure de la membrane propre; que les parois du foyer apoplectique sont formées par de la substance blanche beaucoup plus épaisse à gauche qu’à droite, où la moelle est presque entièrement détruite; que la substance blanche des parois est fort molle; qu’à partir du foyer, le sang s’est épanché dans le cordon gris central droit, jusqu’au niveau de la deuxième paire dorsale; qu’il a conservé sa fluidité, et que c’est en s’infiltrant au-dessus de la commissure qu’il a coloré le fond du sillon antérieur. Les membranes rachidiennes n’offrent pas d’altération notable.
3° M. Gaultier de Claubry (2) a rapporté le cas d’un homme âgé de soixante et un ans, qui mourut subitement après avoir présenté, pendant six mois environ, des douleurs dorsales et un sentiment de pesanteur et d’engourdissement dans les membres inférieurs. Tous ces symptômes s’étaient rapidement accrus avant la mort. A l’autopsie, on trouva sous l’enveloppe de la moelle comme une bouillie d’un
(1) De quelques maladies de la moelle épinière (Bulletins de la Société anatomique, t. VII, p. 70, observation III').
(2) Journal général de médecine, 1808.
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rouge sang de bœuf, et qui se voyait depuis la partie inférieure de l’os sacrum jusqu’à là troisième ou deuxième vertèbre dorsale, où l’on commençait à apercevoir sinon la moelle, au moins un corps un peu plus formé, ne présentant pas cependant une figure bien régulière. Comme j’ouvrais les enveloppes à mesure que je montais vers la base du crâne, j’arrivai à la septième vertèbre cervicale, ou je commençai à trouver la moelle épinière dans son intégrité quant à la forme, mais d’une couleur rouge très foncée; en voulant la fendre dans sa longueur, pour connaître si le sang avait pénétré dans son intérieur, et l’avait teinte comme à son extérieur; en voulant, dis-je, la fendre, elle s’écarta sous mes doigts et le scalpel, il n’y avait qu’à son extrémité supérieure qu’elle conservait encore un peu de sa forme naturelle et de sa consistance; je trouvai à l’intérieur la même teinte qu’à l’extérieur, mais allant en diminuant à mesure que l’on montait vers la base du crâne et le trou occipital. Dans une assez grande longueur, environ du milieu des vertèbres dorsales jusqu’au bas du sacrum, les membranes étaient séparées très distinctement; de sorte qu’on pouvait voir le canal vertébral et deux autres canaux, mais membraneux, remplis de sang.
§ IV. — Itiiinollssscincni de la moelle épinière.
Nous nous sommes déjà expliqué sur la diversité de l’origine du ramollissement et sur ce fait qu’il pouvaitbien se développer sans qu’il y eût inflammation antérieure. Dans ce cas, la couleur est ordinairement blanchâtre, quelquefois tirant sur le gris, et exceptionnellement seulement rosée. Ordinairement le ramollissement est tout à fait pullacé, on le sent déjà avec le doigt, même à travers la pie-mère intacte; on s’en assure encore mieux lorsqu’on veut couper des tranches, ce qui est impossible; enfin un filet d’eau jeté sur les parties ramollies les désagrégé en une multitude de fragments. Quelquefois la circonférence de la place malade paraît augmentée, ordinairement elle n’est point modifiée. Le ramollissement peut être borné aux cordons antérieurs et postérieurs ou latéraux. Les cordons postérieurs paraissent plus souvent malades, et il n’est pas rare de trouver le ramollissement dans toute l’épaisseur. La portion ramollie a ordinairement plusieurs centimètres de longueur, quelquefois même elle est plus étendue; d’autres fois on trouve plusieurs places ramollies à la fois. Au microscope on trouve les fibres de la moelle épinière brisées, avec interposition de beaucoup de cellules granuleuses, quelquefois des éléments hématiques s’il y a eu des hémorrhagies capillaires. La structure est, du reste, semblable à celle du ramollissement cérébral. Il est rare d’observer des complications avec la méningite et une hémorrhagie spinale. Dans les cas de marche rapide, on trouve les caractères de la myélite à côté de ceux du ramollissement. Celui-ci se montre également autour des produits accidentels, tumeurs fibro-plastiques, cancéreuses, tubercules, etc. Le ramollissement est très fréquent aussi au niveau des altérations profondes de la colonne vertébrale, et déjà, en 1826, M. Louis (1) a prouvé que, dans cinq observations de carie vertébrale, ce ramollissement existait au niveau de la carie, fait que j’ai pu vérifier dans un grand nombre de cas.
Les causes de celle maladie sont souvent bien obscures, surtout lorsqu’il n’y a eu ni signes d’une inflammation, ni lésion traumatique, ni produits accidentels, ni carie vertébrale. La cause dernière du ramollissement nous échappe dans un grand nombre de cas aussi bien pour la moelle épinière que pour le cerveau. La maladie est un peu plus fréquente chez les hommes que chez les femmes; sur 15 cas il y avait 9 hommes et 6 femmes. C’est une maladie qui se montre déjà chez des jeunes enfants dans quelques cas. J’en ai observé un avant l’âge de 5 ans. MM. Rilliet et Barlhez ont signalé, pour l’enfance, l’âge de 6 à 15 pour la plus grande fréquence. Je l’ai trouvée ensuite à peu près uniformément distribuée de l’âge de 15 à 45 ans, et seulement trois fois de 45 à 60 ans. Voici le tableau :
De 1 à 5 ans . 1
15 à 20 ans . 2
20 à 25 ans . 2
30 à 35 ans . 2
35 à 40 ans . 3
A reporter. ... 10
Report. ... 10
De 40 à 45 ans . 2
Zi5 à 50 ans . 1
50 à 55 ans . 1
55 à 60 ans . 1
Total . 15
(1) Mémoires et recherches anatomo-pathologiques. Paris, 1826, p. 410 et suiv. T. IL — ANAT. PATHOL. — 25e LIVR.
98 MALADIES DE L’ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES
Nous avons peu de chose à ajouter au sujet des symptômes, qui sont les mêmes à peu près que pour la myélite chronique, et comme il est très rare qu’un seul ordre de cordons soit ramolli, il n’est guère possible de tirer des inductions théoriques et physiologiques des faits observés. La complication avec le ramollissement cérébral a été observée quelquefois, mais encore c’est un fait rare. La possibilité de la guérison de cette affection ne saurait être douteuse. J’ai cru guérir un certain nombre d’individus qui avaient présenté tous les signes du ramollissement; toutefois il reste encore beaucoup d’études anatomiques à faire sur ce point. D’abord je suis bien loin d’avoir une opinion arrêtée sur le fait plusieurs fois signalé de l’infiltration celluleuse de la substance grise centrale, comme devant être l’analogue de l’infiltration celluleuse du cerveau. Ensuite je ne connais point d’exemples d’enkystement ou de résorption du ramollissement de la moelle. Il est probable qu’ici encore l’étude de l’inflammation parenchymateuse jettera du jour sur bien des cas observés.
Le traitement de cette affection par des révulsifs énergiques, les bains sulfureux, les douches, les laxatifs, lorsqu’il y a un état congestif, l’emploi des préparations de noix vomique, de la strychnine surtout, est généralement connu. J’ai observé plusieurs fois des succès inespérés par l’application réitérée de la cautérisation au moyen du fer rouge, en combinant la cautérisation superficielle et transcurrente tout le long de l’épine dorsale, avec la cautérisation profonde entre les épaules et à la région lombaire. Voici quelques exemples de ramollissement de la moelle épinière.
Un jeune homme âgé de dix-neuf ans, d’une bonne constitution et fortement musclé, a été bien portant jusqu’à la lin du mois de janvier 1843 ; il n’a eu d’autres maladies auparavant que des amygdalites de temps en temps. Après avoir éprouvé des frissons suivis de chaleur, il eut de la peine à mouvoir la cuissedroite et ne put point uriner. Il fut sondé et mis dans un bain. Le lendemain même traitement. Le surlendemain il ne put sortir seul de son bain. A partir de ce moment, les membres inférieurs furent paralysés dans leurs mouvements. 11 en fut de même au commencement pour la sensibilité des membres pelviens ; ensuite elle était au contraire exaltée, et plus, tard elle revint à son état normal. Les membres inférieurs devinrent le siège d’une infiltration séreuse qui, en arrière, s’étendit jusqu’à la partie moyenne de la région dorsale. Plus tard une eschare de la grandeur d’une pièce de cinq francs se forma à la partie interne de la fesse gauche. De temps en temps il eut des soubresauts involontaires dans les muscles des membres inférieurs. La vessie se paralysa complètement, ainsi que le sphincter de l'anus. Les selles devinrent involontaires. Du reste, ia colonne vertébrale n’a jamais été douloureuse, ni spontanément, ni à la pression. Point de maux de tête, intelligence bonne, appétit et digestion normales; la respiration bonne, le pouls régulier, d’abord à 76, ensuite à 96 par minute.
Les urines devinrent de plus en plus épaisses, l’eschare s’agrandit; il eut de temps en temps des frissons, la lièvre devint continue, le visage prit une teinte terreuse, il survint de la difficulté pour avaler et des vomissements. Dans cet état, le malade succomba trente-trois jours après l’invasion de la maladie. Il avait d’abord été soigné chez lui, ensuite à l’hôpital de la Pitié, dans le service de M. le professeur Bérard, et plus tard chez M. Clément, dont l’interne, Ern. Cloquet, eut l’obligeance de me communiquer les détails de cette observation.
Autopsie faite trente-quatre heures après la mort. — Les veines intrarachidiennes sont gorgées de sang. Le tissu cellulaire qui sépare la dure-mère des lames vertébrales est infiltré d’une sérosité sanguinolente. Les enveloppes de la moelle n’offrent aucune altération . La moelle elle-même est beaucoup moins consistante au niveau des cinquième, sixième, septième et huitième vertèbres dorsales ; ramollissement borné à sa partie antérieure. Dans ce point, la moelle est diftluente et présente une teinte grisâtre. Quelques vaisseaux serpentent à travers la matière du ramollissement. Les faisceaux inférieurs sont sains dans toute leur étendue. La portion du faisceau antérieur ramolli étant soumise à l’action du jet d’eau, se désagrégé avec la plus grande facilité, et de nombreux détritus sont entraînés par l’eau ; elle présente sous ce rapport des différences marquées avec les parties non ramollies de la moelle. La muqueuse des gros intestins est rouge dans quelques points, celle de la vessie est considérablement épaissie, sans altération. Les membres inférieurs sont infiltrés de sérosité, et la substance musculaire en est un peu décolorée et moins consistante que dans son état normal.
Il était important d’examiner au microscope les altérations pathologiques delà partie malade de la moelle épinière. En comparant les éléments de la moelle ramollie avec ceux de la moelle saine, on trouve que ce sont surtout les fibres larges de 0mm,01, à doubles parois d’enveloppe, qui y sont le mieüx conservées, variqueuses par places, plutôt par l’action de l’eau que par altération morbide. Les fibres fines, à parois simples, de ümro,0025 à 0mm,0033, ont en grande partie disparu; on en voit bien par-ci par-là des fragments, mais la plupart sont réduits en un liquide granuleux, dans lequel on voit des globules grenus à l’aspect framboisé, de 0m”,015 à 0mn,,0l75, remplis de granules, ne montrant point de noyaux. Telle a été la destruction de cette partie de la moelle qu’on n’y reconnaît presqueplus les vaisseaux capillaires.
Je donne ce fait, ainsi que le suivant, en bien court extrait ;
Un homme, âgé de cinquante ans, est depuis longtemps atteint d’emphysème pulmonaire. Environ un mois avant sa mort, il présente quelques accidents du côté de la tête, et il survient une paralysie du bras gauche, avec fourmillement et engourdissement dans les jambes. La paralysie diminue les jours suivants dans le bras, mais la main gauche reste a peu près au même point. La sensibilité est intacte dans les parties inférieures, tandis qu’elle a diminué dans les membres supérieurs, qui, peu à peu, redeviennent faibles, tout en réagissant contre la faradisation électrique. Il survient une stomatite pultacée, avec développement d’une multitude de filaments d’algues. Outre la paralysie, le malade ressent, vers la fin, des frémissements dans les membres, qui, par moments, sont douloureux. Les membres inférieurs s’affaiblissent aussi, l’épine dorsale devient douloureuse, depuis le milieu de ia colonne dorsale jusqu’à la troisième vertèbre lombaire. Le malade s’affaiblit et meurt le 10 mars 1851, un mois après le début de la paralysie, qui est toujours restée incomplète, et six semaines après les premiers signes d’engourdissement.
MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE ET DE SES ENVELOPPES
On constate à l’autopsie l’existence d'un emphysème pulmonaire avancé et une dilatation des bronches avec carnification partielle des membres inférieurs. La muqueuse bronchique, dans les divisions de troisième ordre, est hypertrophiée, hypérémiée et couverte de muco-pus. Par places il y a des ampoules bronchiques. Le cerveau, examiné avec le plus grand soin, n’offre aucune altération notable; il est généralement un peu hypérémié. Le cervelet, la moelle allongée et la protubérance sont également sains. La moelle épinière offre dans son tiers supérieur un peu moins de consistance que plus bas. Au niveau environ du bulbe dorsal, un peu au-dessous du tiers supérieur, on sent déjà, à travers les membranes intactes, une portion molle et tout à fait dépressible dans l’étendue d’un centimètre environ, et paraissant occuper toute l’épaisseur. En ouvrant la moelle dans toute sa longueur, on trouve en effet, à ce niveau, un ramollissement pulpeux, occupant toute l’épaisseur à peu près, et sans altération aucune de coloration. Ce ramollissement qui se voit et se sent, est surtout marqué lorsqu’on y fait passer un filet d’eau. La substance qui résiste tout autour, s’étale en lames régulières et en fragments minces et ténus au niveau du ramollissement. Rien autre chose de particulier dans la moelle ni dans ses membranes. L’estomac est dans son état naturel, seulement petit.
L’examen microscopique de la portion ramollie de la moelle n’y démontre d’autres altérations que de nombreuses fibres brisées et des fragments enroulés de fibres, tandis qu’au-dessus et au-dessous on voit extrêmement bien les fibres larges et étroites, avec leurs caractères physiologiques. Absence de globules granuleux et de tout produit phlegmasique.
Nous rapporterons, à l’occasion de l’explication des planches, l’observation du ramollissement de la moelle épinière avec affection tuberculeuse des vertèbres.
Le fait suivant est intéressant par la disparition presque complète de la substance grise de la moelle ; il est emprunté à Ollivier (1) :
Un homme âgé de trente-huit ans eut d’abord dans le doigt indicateur de la main gauche un sentiment de froid et d’engourdissement, qui s’étendait ensuite à cette même main et au membre entier ; plus tard mêmes phénomènes dans l’autre membre. Au bout d’un an, engourdissement des extrémités inférieures, suivi 'de leur paralysie; persistance d’une sensibilité obtuse, contracture permanente des quatre membres. Mort dans la huitième année.
Au-dessous de la moelle allongée, qui avait un volume moindre que d’ordinaire, la diminution de volume de la moelle était évidente; elle offrait au toucher, dans toute sa longueur, une mollesse analogue à celle qui eût résulté de la fluctuation d’un liquide contenu dans son centre. En effet, en détachant la pie-mère du sillon antérieur de la moelle, on pénétra dans un canal contenant une notable quantité de sérosité infiltrée dans un tissu cellulaire grisâtre à mailles larges. Ce canal régnait ainsi dans toute l’étendue de la moelle épinière, offrant une capacité différente dans les diverses portions de cet organe. C’était surtout dans la région cervicale qu’il offrait sa plus grande largeur. On n’y voyait plus aucune trace de la substance grise centrale, de sorte que la moelle formait un long canal résultant du rapprochement des quatre cordons de substance blanche qui les composent. Les faisceaux antérieurs et postérieurs de chaque moitié de la moelle n’étaient pas séparés par un sillon latéral; seulement, à leur jonction, la substance nerveuse formait une couche peu épaisse, presque transparente, qui laissait voir le liquide infiltré dans l’intérieur de la moelle.
Rien de remarquable dans les autres organes, si ce n’est quelques traces de phlegmasie dans le tube digestif, et une rougeur de la surface interne de la vessie.
Rokilansky (2) décrit plusieurs cas semblables; nous citerons le suivant :
Un homme âgé de vingt-deux ans eut, à la suite d’une chute sur la tête, d’abord une céphalalgie vive, puis une légère incurvation de l’épine dorsale, et seulement, tout à fait vers la lin, une paraplégie. A l’autopsie, on ne trouva d’autre altération qu’environ une livre de sérosité dans l’abdomen, des érosions hémorrhagiques dans l’estomac, une incurvation dorsale de l’épine, en arrière et à droite, et la moelle épinière, molle, fluctuante, offrant, au lieu de la substance grise, une gélatine grisâtre dans un tissu celluleux; cette altération s’étendait depuis un peu au-dessous de la moelle allongée jusqu’au renflement lombaire.
§ — De l’atrophie de la moelle épinière.
On a, à différentes reprises, attaché une très grande importance à l’atrophie de la moelle épinière, dont on a singulièrement exagéré la fréquence et la portée. C’est surtout en Allemagne que l’on a décrit, sous le nom de tabes dorsalis, une affection caractérisée par un affaiblissement général, et celui des membres inférieurs en particulier, que l’on attribuait surtout à l’abus des plaisirs vénériens. Mais on a confondu sous cette dénomination vague des maladies bien différentes les unes des autres, telles que les paralysies essentielles, hystériques, celles causées par un ramollissement, par des produits accidentels, etc. L’atrophie de la moelle épinière, chez les aliénés, a été mieux constatée dans la maladie que l’on appelle paralysie générale progressive. Mais dans cette affection encore, le cerveau s’atrophie en même temps, et l’altération de la moelle épinière est loin de constituer l’élément essentiel de la maladie. On a depuis longtemps insisté sur la diminution des dimensions de la moelle épinière chez les vieillards. Chaussard et Desmoulins ont érigé ce fait comme règle générale pour la vieillesse. Ollivier est arrivé au même résultat. M. Cruveilhier l’a plutôt rencontré chez des vieillards longtemps immobiles, chez
(1) Op. ctt., t. II, p. 388, observation CXXIV.
(2) Op. cit., t. II, p. 862-866.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES
lesquels, alors, le vide laissé par l’alrophie était rempli par le liquide rachidien. L’atrophie sénile porte aussi bien sur la longueur que sur la largeur de l’organe. Nous ne pouvons plus admettre comme complets les anciens exemples de Th. Bonet (de Cotugno), parce que, dans ces cas, le cerveau n’est pas décrit. Le fait signalé par Morgagni (1), d’après une observation de Wepfer, que, dans l’hémiplégie, le côté correspondant de la moelle était atrophié, n’a point été confirmé par M. Cruveilhier (2). L’alrophie peut être consécutive à toute espèce de compression, par un anévrysme, par des tumeurs, etc. Mais les faits d’atrophie idiopathique sont toujours rares et s’accompagnent ordinairement d’induration. M. Cruveilhier rapporte les deux exemples suivants de cette altération rare :
Le premier cas a pour sujet une femme âgée de quarante-sept ans, qui avait présenté pendant sa vie une paraplégie presque complète du sentiment et du mouvement des membres inférieurs ; je trouvai pour toute lésion, dit-il, une diminution notable du volume de la moelle, avec aplatissement d’avant en arrière. Le névrilème enlevé, je reconnus que le tissu de cette moelle était considérablement induré, plus dur que celui d’une moelle qui a macéré dans l’alcool concentré. L’alrophie avait porté sur la substance grise plus que sur la substance blanche. Cette substance grise avait presque complètement disparu, et ce qui restait était un peu plus blanc que de coutume. En outre, les racines des nerfs qui naissaient de la portion indurée et atrophiée, étaient atrophiées. Le bulbe rachidien supérieur était sain, le bulbe rachidien inférieur moins atrophié que le reste de la moelle. Le cervelet et l’isthme de l’encéphale étaient parfaitement sains.
Dans le deuxième cas, qui a pour sujet une femme âgée de soixante ans, ayant une paralysie incomplète des membres inférieurs, une paralysie moindre des membres supérieurs, maladie qui datait de dix-neuf ans, j’ai trouvé, dit M. Cruveilhier, la moelle épinière atrophiée, aplatie, extrêmement dure. On aurait dit d’une moelle durcie par la macération dans l’alcool. Rien dans le cerveau et le cervelet. Je n’ai pas noté dans ce cas si les racines des nerfs spinaux étaient atrophiées. Cela est plus que probable.
L’atrophie celluleuse de la substance grise a déjà été mentionnée à l’occasion du ramollissement, dont elle n’est qu’une des terminaisons à tendance plus rapide, opinion aussi émise par M. Cruveilhier. L’atrophie idiopathique générale est donc une affection des plus rares.
L’atrophie partielle de la moelle est également loin d’être fréquente; on l’observe surtout chez les individus paraplégiques de très bonne heure, que l’on appelle culs-de-jalte, et chez les individus depuis longtemps paralysés par suite d’une autre affection. Hulin (3) a observé un fait remarquable se rapportant à un homme âgé de quarante-neuf ans, rachitique, présentant une atrophie et une difformité considérables des membres abdominaux, chez lequel la moelle épinière, à partir de l’origine de la huitième paire des nerfs dorsaux, commençait à augmenter de consistance et à diminuer de volume ; à la partie inférieure, au lieu d’offrir un renflement, comme cela a lieu dans l’état normal, elle était réduite au volume d’une plume ordinaire et elle avait acquis une dureté très considérable, depuis les nerfs lombaires; il était impossible d’y distinguer la substance grise; les nerfs, très grêles, très minces, étaient jaunâtres, secs et durs.
L’atrophie de la moelle épinière générale et partielle peut avoir lieu sans changements bien appréciables de structure, où la partie atrophiée, en se durcissant, se transforme en une substance d’un gris rougeâtre, et lorsque cette altération locale avance encore, les fibres paraissent interrompues à ce niveau, et ici encore se présente l’idée qu’il peut quelquefois s’agir, en pareil cas, de la guérison par atrophie, induration et ratatinement d’un ramollissement antérieur, altérations dont on observe les analogues pour le cerveau. Quelquefois la transformation grise occupe l’épaisseur d’un ou de plusieurs faisceaux; d’autres fois une plus grande étendue de bandes d’un tissu gris jaunâtre ont été observées aussi tout le long de la moelle épinière, ce dont M. Cruveilhier a rapporté des exemples. Les racines sont ordinairement atrophiées lorsque les cordons qui leur donnent naissance le sont. Cette atrophie avec induration grise peut s’étendre jusqu’à la base du cerveau. Je n’ai pas encore pu faire de recherches microscopiques sur ce tissu, mais il est probable qu’il s’agit de la transformation en un tissu connectif,
(1) Op. cit., epist. XI, n° 10.
(2) Anatomie pathol . du corps humain, XXXIIe liv. , pl. I; Traité d'anatomie pathologique générale . Paris, 1856, U III, p. 155, 156, 157.
(3) Bulletins de la Société anatomique, t. II, 1827, p. 161.
MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE ET DE SES ENVELOPPES
dans lequel l’examen microscopique démontrera peut-être la présence de noyaux, de corps fusiformes et des éléments cellulaires et autres du tissu connectif en voie de formation, lequel, en se contractant de plus en plus, doit tendre à diminuer toujours davantage le volume des parties affectées.
§ VI. — Hypertrophie de la moelle.
Il s’agit encore ici d’une maladie rare. Laënnec (1) a vu plusieurs fois la moelle épinière assez volumineuse pour remplir la cavité du canal vertébral avec endurcissement considérable de son tissu. M. Ollivier a cité des cas d’hypertrophie dans ses observations 90 et 92. M. Àndral (2) a constaté, chez un enfant épileptique, une hypertrophie notable de la moelle bornée à la région cervicale. Deux observations semblables sont rapportées par M. Hutin (3).
La première est celle d’un homme âgé de trente et un ans, atteint d’une hyperesthésie générale très grande, qui pouvait amener des convulsions épileptiformes. Sa démarche était sautillante, tous ses mouvements très agités; l’agitation allait en croissant; pendant les quinze derniers jours de sa vie, il eut de la diarrhée et des vomissements, et il succomba dans des convulsions horribles. A l’autopsie, on trouva le cervelet atrophié. La moelle épinière présentait, depuis le trou occipital jusqu’au milieu de la région dorsale, une hypertrophie telle qu’elle remplissait complètement la cavité de la dure-mère; dans le reste de son étendue, son volume était également exagéré, mais d’une manière moins remarquable; son tissu avait acquis une densité très considérable et ressemblait exactement à du fromage de Hollande; dans la partie inférieure, il était bien moins dur, et cependant il l’était encore beaucoup plus que dans l’état naturel, car sa consistance égalait au moins celle du mésocéphale.
La face interne de l’arachnoïde était adhérente à elle-même dans presque toute son étendue; inférieurement elle offrait de larges plaques cartilagineuses.
Les nerfs rachidiens avaient acquis un peu de densité; du reste ils n’offraient aucune autre altération. Les poumons étaient parfaitement sains, ainsi que le cœur; ces deux organes se trouvaient gorgés de sang. L’estomac et la fin de l’intestin grêle présentaient des traces évidentes d’inflammation de la membrane muqueuse.
Le second fait se rapporte à un homme âgé de soixante-dix-neuf ans, atteint de cécité, d’agitation convulsive du tronc, de tremblement des membres supérieurs avec exaltation de leur sensibilité. Sa mort a été subite et inattendue. A l’autopsie, on trouva les altérations suivantes : Le cerveau et ses membranes, les nerfs optiques et les yeux n’offraient rien de particulier, seulement les tubercules quadrijumeaux étaient ramollis, diffluents. La moelle de l’épine, depuis le milieu de la région dorsale jusqu’à son extrémité inférieure, avait acquis une densité très grande, sans avoir éprouvé le moindre changement dans son volume, tandis qu’elle était renflée d’une manière extraordinaire jusqu’au trou occipital; dans toute la région cervicale, son tissu était très évidemment injecté et ramolli; en cet endroit, la pie-mère et la membrane propre étaient épaissies, opaques, grisâtres. Poumons œdémateux, plèvres phlogosées, épaissies; cœur adhérent au péricarde dans toute son étendue. Traces évidentes de gastrite chronique.
Il faut, du reste, se garder d’envisager comme hypertrophie toute augmentation de volume qui peut survenir dans la moelle épinière.
M. Charcellay a communiqué à Ollivier (4) le fait suivant : Il s’agit d’une femme âgée de quarantetrois ans, atteinte de douleurs lombaires datant de six semaines, suivies de secousses convulsives, puis de faiblesse dans les membres inférieurs; paralysie complète du mouvement dans le membre inférieur gauche, incomplète dans le droit, engourdissements et diminution de la sensibilité dans les deux; trois semaines plus tard, paralysie de l’intestin et de la vessie. Elle meurt trois mois après le début des accidents.
Ouverture du cadavre. — Crâne et rachis. Le cerveau et ses membranes étaient dans l’état sain. Vers la fin de la région dorsale, on trouva un développement très notable de la substance grise de la moelle
(1) Leçons orales, 1824.
(2) Dictionnaire de médecine , 1" édition, art. Mofxle, t. XIV.
(3) Bulletins de la Société anatomique, t. II, 182G, 6e observation, p. 70, et 10e observation, p. 183.
(4) Op. cit., t. II, p. 451.
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épinière, qui était rosée, injectée, ramollie ; cette sorte d’hypertrophie avec ramollissement remontait jusqu’au niveau de la cinquième vertèbre dorsale et même au-dessus de ce point; la substance grise était plus développée que dans l'état normal, et peut-être aussi un peu molle. Cette altération se prolongeait jusqu’à la terminaison de la moelle épinière, et elle était particulièrement manifeste vis-à-vis des deux dernières vertèbres dorsales et de la première lombaire. Dans cette étendue, la substance grise n’était plus recouverte que par une couche mince de substance blanche, à sa face postérieure; dans un point de la moelle, au niveau de la douzième vertèbre dorsale, on ne trouvait plus, en arrière et au milieu de sa largeur, qu’une pellicule de substance blanche, en sorte que la substance grise n’eût pas tardé à former un affleurement à la surface de la moelle épinière, si la malade eût vécu plus longtemps.
Cette altération particulière de la substance grise avait envahi complètement les faisceaux postérieurs de la substance grise, et également à droite comme à gauche, tandis que les faisceaux antérieurs étaient en partie intacts. Thorax : tous les organes sains. Abdomen : la vessie était distendue par de l’urine et le rectum par des matières fécales.
Il existe enfin deux observations fort remarquables appartenant à mon ami M. le docteur G. Monod (1). La première se rapporte à un homme âgé de quarante-huit ans, qui, depuis l’âge de trente-cinq ans, a eu des douleurs dans les membres inférieurs, suivies bientôt de contractions convulsives et de paralysie incomplète, laquelle se propage graduellement des extrémités inférieures au tronc et aux membres thoraciques, avec diminution de la sensibilité. Au bout de trois ans la maladie reste stationnaire. Deux ans avant la mort, il devient aveugle de l’œil droit, les attaques convulsives persistent, et il meurt le 29 juillet 1827, à la suite d’une cystite à laquelle se joignit une pleuro-pneumonie.
A l’autopsie, on trouva le cerveau volumineux, ferme, le cervelet petit, les méninges rachidiennes peu altérées ; la moelle était aplatie d’avant en arrière, élargie. A la face postérieure régnait, dans toute la longueur, une bande d’un gris foncé, qui occupait la place du sillon médian ; terminée inférieurement en pointe, elle s’arrêtait supérieurement au-dessous du calamus. Au niveau des deux renflements, cette bande s’élargissait un peu ; deux petites bandelettes fort étroites bordaient supérieurement le ruban gris, elles se perdaient en pointe vers la partie moyenne du renflement cervical. Plus en dehors se trouvaientles cordons postérieurs de la moelle séparés du ruban gris par un sillon profond. Le cordon postérieur droit présentait au niveau du renflement cervical une tache grisâtre, d’une forme triangulaire, dont la base s’appuyait sur le sillon indiqué ci-dessus, et dont la pointe se portait transversalement au dehors et se perdait au niveau du ligament dentelé. La face antérieure de la moelle n’offrait rien de notable. La consistance de cette moelle était telle que je pus enlever la membrane propre dans toute son étendue, sans que l’organe perdit ni sa forme, ni sa dureté, qui était tout à fait analogue à celle du cerveau durci par le sublimé.
Voici quelle était la disposition intérieure de cette moelle singulière. Dans sa moitié antérieure, la substance blanche n’offrait rien de particulier; en arrière, les deux cordons restaient séparés et se repliaient dans les sillons latéraux qui bordaient le ruban gris. Les deux bandelettes blanches qui existaient supérieurement sur les côtés du ruban gris me parurent les débris de ces deux petits faisceaux blancs que quelques auteurs décrivent sous le nom de cordons 'postérieurs médians. La substance grise formait une masse qui remplissait la gouttière constituée par la substance blanche. Inférieurement sa disposition était fort simple, et la coupe de la moelle présentait la disposition à peu près normale pour la partie antérieure, tandis qu’en arrière on ne voyait aucun prolongement de substance grise vers les racines postérieures. Cette substance remplissait simplement et exactement l’intervalle des deux cordons postérieurs. Mais, vers la partie supérieure, la disposition était moins simple. Les deux petits faisceaux médullaires qui bordaient le ruban gris divisaient la substance grise en trois portions, dont la moyenne formait le ruban gris visible à la face postérieure ; elle se prolongeait en pointe vers le centre de la moelle, et se confondait là avec les deux autres, qui avaient la forme de deux croissants se regardant par leur convexité et dirigeant leurs pointes vers l’origine des nerfs rachidiens ; ils étaient réunis entre eux par une lamelle excessivement mince, à peine grisâtre, débris de la commissure grise normale. En
(1) Bulletins de la Société anatomique , 7e année, 1832, p. 56 et suiv.
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pénétrant dans la moelle allongée, la substance grise se divisait en six faisceaux et offrait une disposition qui avait quelque analogie avec celle que présente la moelle du fœtus à terme. La couleur de cette substance était beaucoup moins foncée dans le centre de la moelle qu’à la superficie, où elle avait une teinte bistre. Les racines antérieures des nerfs rachidiens étaient normales; les racines postérieures se trouvaient nécessairement plus écartées de celles du côté opposé que dans l’état normal. Celles de la queue de cheval étaient petites, grisâtres et comme atrophiées. Les vaisseaux de la moelle étaient peu nombreux.
Quant aux altérations des viscères thoraciques et abdominaux qui déterminèrent la mort, je crois inutile de les détailler ici, parce qu’elles sont étrangères au sujet qui nous occupe.
M. Monod rapporte un second fait semblable dont nous nous contentons de citer le titre. Il s’agit d’un homme âgé de quarante-deux ans, atteint de paralysie incomplète du mouvement des membres thoraciques, puis du tronc et des membres inférieurs; affaiblissement moins marqué du sentiment. Mort à la suite d’une pneumonie. Écartement des cordons médullaires postérieurs; substance grise hypertrophiée et altérée, à nu, à la face postérieure de la moelle (1).
On voit, d’après ces faits isolés, que les cas d’hypertrophie de la moelle, quoique rares, ne sont pourtant pas si exceptionnels qu’on pourrait le penser au premier abord. Il est probable que lorsqu’on examinera la moelle épinière dans tous les cas dans lesquels il y aura eu épilepsie, paralysie des deux côtés du corps, douleurs fixes sur un point du rachis, etc., on trouvera un bien plus grand nombre de faits de maladies de la moelle épinière. Il est intéressant de constater que les faits remarquables que MM. Hutin et Monod ont recueillis proviennent de l’hospice de Bicêtre, tandis que la Salpêtrière, qui a fourni de si riches matériaux sur les maladies du cerveau, a bien moins fait avancer nos connaissances sur celles de la moelle épinière. Or, le premier de ces établissements étant exclusivement consacré aux hommes, tandis que le second ne renferme que des femmes, la conséquence logique en est la fréquence beaucoup plus grande de l’affection dont nous parlons chez le sexe masculin que chez l’autre.
§ VII. — Bcs produits accidentels de la moelle épinière.
La science est bien moins avancée pour les produits accidentels de la moelle que pour ceux du cerveau. Toutefois elle en possède un certain nombre, épars dans les recueils périodiques et réunis en partie dans l’ouvrage de M. Ollivier.
Nous passerons en revue les principaux d’entre eux, auxquels nous ajouterons quelques-uns d’inédits. La réunion de près de cinquante faits de ce genre nous donnera occasion de signaler à la fois la variété de ces produits, les règles que l’on peut établir sur leur siège, leur point de départ et leur nature, et les lacunes bien plus nombreuses encore qu’offrent, sur ce sujet, nos connaissances actuelles.
D’après les matériaux que nous avons sous les yeux, nous pouvons diviser les faits en tumeurs non tuberculeuses, en tubercules et en parasites de la moelle ou de sa surface. Le premier groupe est bien vague, mais nous verrons tout à l’heure que les faits ne sont pas assez complets pour permettre déjuger, dans un bon nombre de cas, quelle a été la nature du tissu morbide. Cependant nous pouvons dire dès à présent que l’on a observé des tumeurs fibreuses, fibro-plastiques, des kystes séreux, la mélanose, le tissu colloïde et le cancer avec ses formes diverses.
Nous allons parler d’abord des tumeurs des membranes de la moelle épinière.
A. — Tumeurs non cancéreuses et cancéreuses.
Nous citerons en bien court résumé les faits de ce genre, et nous y ajouterons ensuite quelques conclusions générales :
1° Le premier fait que nous connaissions appartient à Lecat (2). Le nommé Georges Joly, cordonnier, reçut, en 1750, un coup violent sur les lombes, à la suite duquel il se développa dans cette région une
(1) Voyez le fait curieux communiqué à l’Académie de médecine par M. le docteur L.-J. Bégin, sous le titre : Observation de plaie par instrument piquant et tranchant au cou, avec lésion partielle d’une des moitiés de la moelle épinière ( Bulletin de l’Académie de médecine , Paris, 1840, t. VI, p. 201 etsuiv.).
(2) Traité de l’existence , de la nature et des propriétés du fluide des nerfs, etc., ouvrage couronné, 1753, p. 53.
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tumeur carcinomateuse. Cette maladie détruisit les apophyses épineuses des quatre premières vertèbres lombaires et une partie de la gaine de la moelle épinière. Toutes ces parties nerveuses, dilatées en champignons, formaient la tumeur. On l’extirpa en 1751. Le sujet était jeune, courageux et plein de vigueur. Il n’y eut aucune hémorrhagie, mais il se fit au-dessus de la moelle épinière un suintement nervo-lymphatique si prodigieux, que les appareils les plus épais, les plus tamponnés, et les draps en alèze même en étaient percés. Le sujet périt d’épuisement en deux jours. Il est probable que c’était une tumeur cancéreuse.
2° Collin (1) a publié l’observation d’une femme âgée de cinquante-deux ans, qui présentait au début des douleurs lancinantes dans l’abdomen et la poitrine, puis dans le bassin et les membres inférieurs; plus tard impossibilité de marcher et mouvements convulsifs dans ces derniers, immobilité et flexion avec rigidité de ces extrémités, qui sont le siège d’élancements très douloureux. La mort est survenue après environ quatre ans et demi de durée. A l’autopsie, on trouve les poumons tuberculeux, avec des cavernes, du pus dans plusieurs articulations, le long du bord du cervelet une bandelette fibreuse; la moelle épinière offre, au niveau de la sixième vertèbre dorsale, une tumeur en dehors de l’arachnoïde, provenant très probablement de la dure-mère, de près de 5 centimètres de longueur, légèrement bosselée, assez ferme, vasculaire, granuleuse. Elle n’adhère point à la moelle, qui est ramollie à son niveau, et qui, vers le point le plus volumineux de la tumeur, semble coupée transversalement. Cette description se rapporte parfaitement aux tumeurs fibro-plastiques.
3° Wolf (2) rapporte le fait d’un jeune garçon âgé de dix ans, qui, après une chute sur le dos, éprouve des douleurs en marchant, puis de la difficulté de se mouvoir; il devient paraplégique. Deux tumeurs se manifestent, l’une à la région dorsale, l’autre à la région lombaire, et le malade meurt.
A l’ouverture du canal rachidien, on remarque d’abord que les apophyses épineuses des deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième, septième et huitième vertèbres dorsales ont complètement disparu; les apophyses transverses de ces mêmes vertèbres sont cariées. Les deux tumeurs qui faisaient saillie pendant la vie sont formées par deux masses blanchâtres assez dures, adhérentes à la moelle épinière; celle-ci n’a subi elle-même aucune altération notable; à peine remarque-t-on un léger ramollissement dans les parties correspondantes aux deux tumeurs; mais les enveloppes de ce cordon nerveux sont détruites dans ces mêmes endroits. La tumeur inférieure pèse environ 250 grammes; après une macération de vingt-quatre heures dans l’eau, son aspect est celui de la substance cérébrale, mais sa consistance est plus grande que celle de ce tissu. La nature cancéreuse du tissu me paraît très probable.
4° M. Serres (3) a observé le fait d’un homme âgé de vingt et un ans, délicat, adonné à la masturbation, qui est d’abord pris de palpitations, puis de signes de péritonite et d’entérite, et ensuite d’une paraplégie complète des mouvements, plutôt avec hyperesthésie, paralysie de la vessie, eschare au sacrum; mort au bout de six mois et demi. A l’autopsie, on trouva un tubercule ramolli dans l’hémisphère droit. Le corps de la troisième vertèbre dorsale est légèrement altéré. La portion correspondante de la dure-mère offre une dégénération comme cancéreuse, qui s’étend depuis le corps de la troisième vertèbre dorsale jusqu’au niveau de la cinquième vertèbre cervicale. Le corps de toutes les vertèbres, en rapport avec cette altération, est blanchâtre, un peu inégal, ramolli à un faible degré; le ligament vertébral antérieur est détruit. La dure-mère, dans l’étendue indiquée, est fongueuse, dégénérée en une masse inégale, d’un jaune verdâtre, ayant la consistance des tubercules pulmonaires non ramollis. Cette altération était bornée à la moitié antérieure de l’enveloppe fibreuse.
5° M. Guersant fils (4) a communiqué à M. Ollivier le fait suivant. Il s’agit d’un jeune homme âgé de onze ans et demi, qui est pris d’abord de céphalalgie, revenant par accès irréguliers, avec renversement de la tête en arrière, pendant six mois. Au bout de ce temps, ces symptômes augmentent d’intensité: agitation générale, mouvements convulsifs; état douloureux des membres, qui ne sont pas
(1) Revue médicale, avril 1824.
(2) Observation recueillie par le docteur Wolf jeune ( Gazette médico-chirurgicale, publiée par Nep. Ehrart, Inspruck, mai 1825; extrait dans le Bulletin des sciences médicales de M. de Férussac, janvier 1826).
(3) Journal de physiologie expérimentale de Magendie. Paris, 1825, t. Y, p. 254.
(4) Ollivier, op. cit., t. II, p. 490.
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paralysés; impossibilité de rester assis; renversement du tronc en arrière, sans roideur. Mort dans le sixième mois. Tumeur encéphaloïde au centre du cervelet. Encéphalite et méningite de la base du cerveau, avec épanchement de sérosité dans les ventricules. A l’ouverture du canal rachidien, les membranes parurent distendues par un peu de sérosité ; après avoir enlevé la moelle épinière avec ses membranes, nous trouvâmes la dure-mère saine, l’arachnoïde saine; mais au-dessous de celle-ci, dans toute la longueur de la moelle, existait, sous forme de demi-canal cylindrique, une couche d’un tissu accidentel, formant une demi-enveloppe, bornée à la partie postérieure de la moelle. Elle avait l’épaisseur de 2 millimètres 1/2 dans la plupart des points; dans quelques autres elle était un peu plus épaisse; sa consistance était celle du tissu encéphaloïde non ramolli; elle était assez ferme, résistante, et parcourue par de petits vaisseaux; elle présentait partout une teinte uniformément rosée. Cette couche de tissu accidentel s’amincissait sur les parties latérales de la moelle et semblait se confondre avec l’arachnoïde. Le tissu de la moelle paraissait généralement moins consistant que dans l’état normal, surtout à la fin de la région dorsale.
Abercrombie (1) cite les deux faits suivants :
6° Un jeune homme, âgé de quatorze ans, tombe d’un deuxième étage sur le dos. Le quatrième jour, douleurs vives dans le dos et les cuisses; une tumeur se forme sur les vertèbres lombaires, augmente graduellement d’étendue, s’ulcère, devient le siège d’hémorrhagies répétées; il se développe une paraplégie, puis surviennent des évacuations involontaires ; il maigrit, et il meurt six ans après l’accident. On constata à la dissection du cadavre, que la tumeur lombaire consistait en une masse fongueuse considérable, qui ressemblait à la substance médullaire du cerveau. Cette masse tirait son origine de la moelle épinière et avait pris une telle extension en haut et en bas, qu’elle s’étendait de la troisième vertèbre dorsale jusqu’au coccyx. Plusieurs des vertèbres dorsales et lombaires étaient profondément cariées à leur partie postérieure, et quelques-unes des vertèbres lombaires avaient tout à fait disparu. 11 y avait un ramollissement général de tous les os de l’épine du sacrum et de l’iléum. 11 est probable que c’était un cancer; toutefois la longue durée et l’absence d’autres tumeurs pourraient faire croire qu’il s’agissait d’une tumeur fibro-plaslique.
7° Un jeune homme, âgé de quatorze ans, reçoit un coup entre les épaules ; bientôt il est pris de douleurs profondes dans la poitrine, d’affaiblissement dans les membres inférieurs, puis, un mois après, de paralysie du bras, d’incontinence de la vessie et du rectum; il meurt au bout de trois mois. A l’autopsie, une grande quantité de sérosité sanguinolente s’échappe du canal vértébral; une substance molle de 9 à 10 centimètres de longueur est déposée entre les vertèbres et la moelle. Lorsque cette substance est enlevée et plongée dans de l’eau, une grande partie s’y dissout. Des prolongements de ce tissu accidentel sortent du canal spinal, entre les apophyses transverses des quatrième et cinquième vertèbres, et forment deux tumeurs extérieures, des deux côtés de l’épine, dans les gouttières vertébrales. La plus volumineuse de ces tumeurs a environ 9 à 10 centimètres de longueur sur 4 de largeur et environ 3 d’épaisseur. La moelle épinière et les vertèbres sont saines.
En lisant ce fait, on reste dans le doute sur la nature du tissu, à savoir s’il s’est agi d’un vrai cancer ou plutôt d’une végétation fibro-plastique, production qui, quelquefois, se développe à la suite d’une violence externe.
8° Abercrombie cite (2) un fait analogue, ayant rapport à un jeune homme âgé de vingt-deux ans, amputé autrefois pour une affection du genou, et qui, au commencement de 1820, fut pris de douleurs et de roideur dans le cou, puis de déglutition difficile, de dyspnée, de paralysie de la langue, delà paupière supérieure gauche, et enfin de rétention des urines et des matières fécales, de paralysie successive des membres supérieurs et inférieurs. A l’autopsie, on trouva les apophyses de la première vertèbre cariées, les téguments en partie détruits, le bulbe rachidien aplati, et une tumeur attachée à la surface interne de la dure-mère, qui, sur ses parties antérieures et latérales, occupait le grand trou occipital. Cette tumeur était spongieuse, d’une couleur jaune grisâtre, et offrait une structure analogue à celle du
. (1) Op. cit., p. 538, 539 et 543. — Comparez les faits rapportés par M. Ségalas ( Bulletins de l’Académie de médecine , Paris, 1844, t. IX, p. 1101 et suiv.)
(2) Op. cit., p. 570.
loft
MALADIES DE L’ENCÉPHALE Ëï HE SES MEMBRANES.
fortgüft héttratodë. Il est très probable qu’ici encore il s’agit d’une de ces végétations fibro-plastiques qtti entourent si souvent les os cëriés.
9° M. Hardy (1) a publié le fait d’üne femme âgée de cinqüarite-^ciuq ans* qui, au mois d’août 1831, fût prise d’un affaiblissement douloureux des membres inférieurs, qui s’améliora au commencement de 1832; puis survint Une paraplégie complète avec contracture des genoux, selles et urines involontaires; augmentation des symptômes; mort le 26 octobre 1833, environ vingt-six mois après le début. A l'autopsie, Un trouva tous les organes sains ; mais au niveau de la deuxième vertèbre dorsale, à gauche ët en arrière, existait Une tumeur olivaire de 5 centimètres 1/2 de longueur sur 1 de largeur, provenant dè la pie-mère. Elle était inégale à sa surface, ferme, blanchâtre, vasculaire, molle dans l’intérieur. La portion comprimée de la moelle était réduite d’un tiers environ. Ici encore je serais plutôt porté à Voir une tumeur fibro-plastique qu’un cancer.
10° Le cas suivant, bien qu’incomplet, est cité par Ollivier (2) : Une femme déjà cancéreuse fut frappée d’une paraplégie subite, sans qu’il eût existé jusque-là aucun symptôme de compression de la moelle épinière, et sans qu’on eût soupçonné le développement d’une tumeur semblable, qui ne devint apparente, vers le milieu de la région dorsale, que plusieurs semaines après la paralysie, dont la malade avait été frappée inopinément. Des prolongements de la masse encéphaloïde pénétraient dans le canal rachidien par l’intervalle qui existait entre les apophyses épineuses de deux vertèbres, et la moelle épinière était complètement ramollie dans le point correspondant. 11 est probable, d’après la marche envahissante de la tumeur, qu’il s’est agi d’un cancer; pourtant il manque trop de détails pour pouvoir en juger.
11° Le même auteur cite le fait d’une femme qui portait une tumeur cancéreuse sur la partie latérale gauche du cou, accompagnée d’une paralysie incomplète du mouvement dans le membre thoracique de Ce côté, avec conservation de la sensibilité, douleurs vives et engourdissement dans le membre du côté opposé. La malade meurt dans le marasme. A l’autopsie, on reconnut que la tumeur cancéreuse avait pénétré par le trou de conjugaison dans la portion cervicale du canal rachidien. Le tissu cellulaire qui recouvre la dure-mère était devenu cancéreux, depuis la deuxième vertèbre cervicale jusqu’à la quatrième dorsale. Ce tissu offrait les caractères de l’encéphaloïde. Ici tout dénote la nature cancéreuse de la maladie.
12° Le Catalogue du musée de l’hôpital de Saint-Barthélemy, à Londres (3), contient la description d’une tumeur fibreuse située à la face externe de la dure-mère, au niveau de la queue de cheval, provenant d’un homme âgé de trente-trois ans, atteint depuis deux mois d’une paralysie croissante des membres inférieurs, avec eschare au sacrum. C’est le seul cas dans lequel nous trouvons la tumeur expressément désignée comme fibreuse.
13° J’ai vu au mois d’octobre 1855, à l’hôpital Pourtalès, à Neuchâtel, chez M. le docteur Cornaz, une tumeur de la partie cervicale de la pie-mère du côté gauche, qui avait comprimé la moelle et qui avait provoqué chez la malade, âgée de quarante et quelques années, une paralysie du bras gauche. L’examen microscopique de la pièce me l'a fait envisager comme fibro-plastique.
B. — Tumeurs de la substance de la moelle épinière.
14° Un enfant, âgé de sept ans, et qui présentait depuis quelque temps les signes d'une affection chronique du cerveau, mourut sans qu’il y eût eu paralysie. A l’autopsie, on trouva des masses encéphaloïdes dans la partie postérieure et inférieure du cervelet; elles descendaient dans le rachis en comprimant la moelle en haut et en arrière, de manière que les corps resliformes et olivaires étaient eux-mêmes altérés et comme transformés en matière cérébriforme. Ces détails ont été communiqués par M. Guersant (4). Cette tumeur était probablement cancéreuse.
(1) Archives générales de médecine, 2e série, 1834, t. V, p. 229.
(2) Op. cû., t; II, p; 489.
(3) Catalogue of the anatomical Muséum, of S. Bartholomews hospital. London, 1846, p. 210.
(4) Archives générales de médecine , t. VII, mars 1825.
MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE ET DE SES ENVELOPPES. 107
15° M. Velpeau (1) décrit le cas d’une femme âgée de trente-six ans, qui est prise, un an avant sa mort, de mouvements convulsifs passagers, de douleurs vives dans le bras gauche, suivies de la paralysie du mouvement, puis de convulsions dans les membres inférieurs; plus tard, paraplégie complète; apparition de douleurs dans le membre supérieur droit, dont les mouvements deviennent de plus en plus difficiles. En enlevant la moelle de son canal, on découvre, en haut de la région dorsale, une production accidentelle qui couvre toute la face antérieure du cordon médullaire, depuis la sixième paire cervicale jusqu’à la troisième dorsale.
La couleur de cette production est d’un rouge jaunâtre, comme rouillée et ferrugineuse; elle est placée entre la moelle et l’arachnoïde, de manière à presser fortement la première, à laquelle elle paraît être intimement unie, en sorte qu’il y a continuité de substance entre le tissu naturel et le corps accidentel. Il est impossible de retrouver la membrane propre du cordon rachidien. Cette végétation est aplatie et plus épaisse à gauche qu’à droite; dans le premier sens, elle a bien 5 millimètres, tandis que dans le second, elle en offre tout au plus 2 et demi. On peut la renverser de ce dernier côté vers l’autre, jusqu’au sillon antérieur latéral gauche, d’où elle paraît particulièrement tirer son origine, et où les racines correspondantes des nerfs ne peuvent plus être distinguées. Les racines postérieures de ce côté sont visibles encore, mais évidemment altérées; à droite, les racines antérieures sont tellement comprimées, qu’on ne distingue plus que quelques filets. Les postérieures correspondantes sont dans l’état normal. En somme, la moelle est fortement aplatie par cette espèce de fongus, mais plus particulièrement du côté gauche. La nature de ce corps paraît être cérébriforme.
16° M. Hutin (2) a publié le fait d’un homme âgé de trente-sixans, malade pendant un an, avec agitation convulsive des membres supérieurs et inférieurs, paralysie complète de la sensibilité, cécité. A l’autopsie, on trouva des tubercules crus dans le sommet des poumons, les signes d’une inflammation gastrointestinale, mais nulle part des tumeurs cancéreuses. La moelle épinière, depuis le trou occipital jusqu’à son extrémité inférieure, dans toute sa moitié postérieure, y compris la substance grise jusqu’à la commissure centrale, était convertie en une matière jaunâtre, transparente, brillante, comme une forte solution de gomme, et parfaitement semblable à de la corne ramollie ou à de la gélatine. Cette matière faisait une légère saillie sur toute la partie postérieure du cordon rachidien; lorsqu’on y pratiquait une section transversale, elle se renversait de tous côtés en forme de champignon. Du reste, cette matière n’offrait plus aucune trace d’organisation. Tout le reste de la moelle, c’est-à-dire la partie antérieure, avait acquis une dureté assez considérable, peut-être un peu plus grande que celle du mésocéphale dans l’état naturel; d’ailleurs il n’existait aucune autre altération. Les membranes étaient saines.
Les racines nerveuses postérieures participaient à la dégénérescence de la partie correspondante de la moelle; elles avaient pris une teinte d’un jaune grisâtre. Les racines antérieures étaient au contraire dans l’état d’intégrité le plus parfait. Il est probable qu’il s’agit ici d’une altération colloïde non cancéreuse, vu l’absence de caractères certains et de tumeurs dans d’autres points.
17° Dans un mémoire inédit, adressé par M. Reynaud à l’Académie royale de médecine (3), ce médecin a rapporté très succinctement l’exemple d’un malade qui mourut à la Charité après avoir présenté les symptômes d’une lésion dans la moelle épinière, consistant en une faiblesse très prononcée des quatre membres, qui étaient parfois le siège de roideurs générales. Une paralysie complète avait existé dans les derniers jours qui précédèrent sa mort. Chez ce malade, on rencontra une altération semblable à la précédente; mais ici la matière colloïde était disséminée en petits foyers creusés dans le bulbe rachidien et dans la partie supérieure de la portion cervicale de la moelle. Chacun de ces petits dépôts, d’une à trois lignes de surface, était formé par une matière semblable à de la gelée de viande un peu ferme; il y en avait six ou sept sur la partie antérieure du pont de Varole, qui pénétraient à plusieurs lignes dans l’épaisseur de la moelle. Il n’y avait pas de ramollissement au pourtour de chacun d’eux, et l’on voyait les fibres blanches des parties saines qui se perdaient dans la matière gélatiniforme. Dans quelques
(1) Archives générales de médecine , t. VII, janvier 1825.
(2) Bulletins de la Société anatomique , t. II, p. 177.
(3) Ollivier, Maladies de la moelle épinière , t. II, p. 513.
108 MALADIES DE L’ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES
points, des filets blancs traversaient cette matière, ainsi que des stries rouges, vasculaires, qui en altéraient l’homogénéité. La substance nerveuse offrait la même transformation dans l’éminence olivaire gauche, laquelle était atrophiée. Enfin la même dégénérescence se faisait remarquer dans la moelle épinière, jusqu’à la naissance du renflement cervical, sur divers points de ses faces antérieure, postérieure et latérale.
18° La douzième observation du mémoire déjà cité de M. Hutin (1) se rapporte à un jeune homme âgé de vingt ans, atteint depuis un an et demi environ de paraplégie, et mort d’hydrocéphale aiguë. A l’autopsie, on trouva la moelle épinière ramollie, depuis la deuxième paire cervicale jusqu’à la première dorsale, puis depuis la quatrième dorsale jusqu’au renflement lombaire. Son tissu était converti en une substance mollasse, d’un gris jaunâtre, exactement semblable à du lard très cuit; on y distinguait une infinité de filaments celluleux, qui devenaient de plus en plus visibles par le lavage. Dans toute cette étendue, les racines nerveuses antérieures contenaient encore un peu de pulpe médullaire, tandis que les racines postérieures étaient atrophiées et réduites au névrilème. Le renflement était excessivement atrophié et fort consistant; les nerfs qui en partent étaient grêles, mais ils contenaient encore un peu de substance médullaire. La description de ce tissu se rapporte en effet plus au cancer qu’à aucune autre altération.
19° La treizième observation du même auteur (2) est celle d’un homme âgé de soixante et dix-neuf ans, atteint depuis de longues années d’une atrophie légère des membres supérieurs et inférieurs, sans paralysie. A l’autopsie, on trouva tous les organes sains, excepté la moelle épinière, qui, au niveau de la deuxième paire des nerfs dorsaux, présentait une tumeur fusiforme circonscrite par une membrane assez résistante, cellulo-vasculaire et occupant toute l’épaisseur de la moelle, dont la substance se trouvait complètement interrompue. Divisée par une incision parallèle aux sillons longitudinaux de la moelle, cette tumeur nous offrit deux moitiés latérales parfaitement symétriques; la surface divisée avait un aspect granuleux et légèrement rugueux au toucher ; le tissu était d’un blanc mat, grisâtre, lardacé dans sa circonférence, plus concret et demi-friable dans le centre; il contenait du reste, dans son épaisseur, plusieurs petits foyers d’un sang noir et endurci qui lui donnaient un aspect graniteux.
Au-dessus de cette grosseur jusqu’au niveau de la troisième paire des nerfs cervicaux, la substance médullaire avait complètement disparu; elle était remplacée par de la sérosité extraordinairement limpide, qui donnait dans cet endroit au cordon rachidien un aspect glacé à peu près semblable à celui du corps vitré. La forme de la moelle n’avait subi aucune altération. Tous ces caractères se rapportent aux productions fibro-plastiques.
20° Nous citons enfin une dernière observation de M. Hutin (3). 11 s’agit d’un homme âgé de soixante et quatorze ans, atteint depuis longtemps de paraplégie, et chez lequel on ne trouva d’autres altérations qu’une augmentation de volume du renflement lombaire de la moelle ; il remplissait exactement le canal lombaire; il était arrondi et fort dur. Incisé dans son centre, il offrit, à la place de la substance médullaire, une tumeur du volume d’une grosse aveline, blanchâtre, très dense et véritablement fibreuse ; dans le centre, son tissu avait quelque analogie avec celui des fibro-cartilages intervertébraux; sa circonférence était tapissée par une membrane plus molle, vasculaire, qui se confondait en haut et en bas avec la partie organique de la moelle, dont il était cependant assez facile delà séparer. La membrane propre était également confondue avec elle. Cette tumeur offrait tous les caractères des productions accidentelles fibreuses.
21° M. Duplay (4-) a publié l’observation de l’acteur Tiphaine, atteint d’une paraplégie ancienne, et qui succomba à la suite d’une attaque d’apoplexie cérébrale. Il mourut à l’âge de cinquante-six ans, et sa paralysie remontait à cinq ans environ. A l’autopsie, on ne trouva guère d’autres altérations, pour l’expliquer, que deux tumeurs dans la moelle épinière. A la partie supérieure, il existait, au-dessous de la pie-mère et près du côté droit de la moelle, une petite tumeur du volume d’un pois ordinaire, irrégulièrement arrondie, présentant de petites bosselures à sa surface extérieure, qui était lisse et comme
(1) Bulletins delà Société anatomique , t. III, p. 17.
(2) Ibid., t. III, p. 23.
(3) Ibid., t. III, p. 14.
(4) Archives de médecine, 2e série, t. VI, 1834, p. 493.
MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE ET DE SES ENVELOPPES
recouverte d’une membrane séreuse. Cette petite tumeur incisée paraissait formée d’un tissu lardacé rougeâtre. Vers la partie inférieure de la moelle, au niveau de la troisième vertèbre lombaire, le canal vertébral était occupé par une tumeur de même nature que la précédente. Cette tumeur, de forme irrégulière, lisse comme la précédente, avait plus du double de son volume. Incisée, elle présentait entièrement le même aspect et la même nature. Elle flottait au milieu des nerfs qui forment la queue de cheval, sans être cependant entièrement libre au milieu du canal et tenant à un filet nerveux sur lequel rampait une petite veine gorgée de sang. En haut et en bas de la tumeur, les deux extrémités du nerf se retrouvaient, arrondies et libres; sur les côtés, le filet nerveux s’aplatissait et semblait se confondre intimement avec elle, ce qui porterait à croire qu’elle s’était développée dans l’épaisseur du cordon nerveux. Les nerfs environnants étaient généralement peu volumineux. Nous retrouvons encore ici les caractères des tumeurs fibro-plastiques tels que nous les avons souvent constatés.
22° Une observation curieuse, malheureusement bien incomplète, est rapportée par M. Pigné (1). C’était une dégénérescence mélanique de la moelle épinière, siégeant au niveau de la partie inférieure de sa portion dorsale et occupant le centre de l’organe. Le malade était paraplégique depuis plusieurs mois.
23° M. Ollivier (2) rapporte le fait d’une dame atteinte depuis longtemps de douleurs lombaires et d’une affection intestinale, qui, plus lard, est prise d’une faiblesse des membres inférieurs et meurt d’une pneumonie. A l’autopsie, on trouve une hypertrophie du cœur, une dilatation de l’estomac, et dans la partie de la région sacrée de la moelle, à droite, trois kystes du volume d’une fève, situés sous le névrilème des nerfs sacrés postérieurs, dans l’épaisseur même de la pulpe nerveuse, interrompue à son niveau et renfermant un liquide limpide. Le renflement lombaire est plus volumineux qu’à l’état normal. Toute la moelle est plus dure. Il s’agit donc ici de kystes séreux simples.
24° Foerster (3) cite le fait d’une tumeur fïbro-plastique composée de corps fusiformes, située dans la partie cervicale de la moelle, dont la pulpe était ramollie au-dessus et au-dessous. La tumeur était finement lobulée, grenue, molle, d’un gris rosé, homogène. On ne saurait élever des doutes sur la nature fibro-plastique de cette production.
Résumons en quelques remarques générales tous les détails des faits précédents :
Nous trouvons d’abord une variété de nature beaucoup plus grande qu’on ne l’aurait supposé d’après les doctrines régnantes. Dans trois faits (obs. 12, 20 et 21), les tumeurs étaient fibreuses; dans quatre (obs. 2, 13, 19, 24), elles étaient fibro-plastiques. Dans un cas, il s’est agi d’un tissu colloïde (obs. 16) qui, d’après tous les détails donnés, me paraît plutôt une transformation fibreuse occupant toute la longueur de la moelle, qu’un cancer dont aucun autre organe n’était atteint. Le 22e fait, fort incomplet il est vrai, est signalé par M. Pigné comme mélanose. Dans le 23e, il y avait, à n’en pas douter, plusieurs kystes séreux sur le trajet des nerfs sacrés. Nous trouvons ensuite 5 observations dans lesquelles la nature cancéreuse des tumeurs est indiquée par les auteurs, mais nous paraît très douteuse. Dans le 4e fait, il est très possible qu’il y ait eu des tubercules; pour les 5e et 6e, nous hésitons entre un cancer et une tumeur fibro-plastique; pour les 7e et 8e, nous sommes à nous demander si l’on n’a pas pris des végétations fongueuses et fibro-plastiques qui accompagnent les maladies des os et des articulations pour des tumeurs cancéreuses. Nous donnons enfin comme des cancers probables les faits 1, 3, 10, 11, 14, 15, 17 et 18. On voit, d’après cela, qu’abslraction même faite des tubercules et des aeéphalocystes, les tumeurs cancéreuses n’entrent guère que pour un tiers en ligne de compte parmi les produits accidentels.
Quant à leur origine, nous la trouvons d’une fréquence à peu près égale pour les enveloppes et pour la substance, 13 pour les premières, 11 pour la seconde. Dans les faits d’origine méningienne, la duremère en a été le point de départ le plus fréquent, 6 fois sur 13 ; la pie-mère, 3 fois; les méninges en général, sans indications précises, 2 fois; et 2 fois enfin des tumeurs ont pénétré de dehors en dedans, dans le canal rachidien, par les trous de conjugaison. Nous constatons un rapprochement curieux avec
(1) Bulletins de la Société anatomique , t. XVI, p. 236.
(2) Op. cit., t. Il, p. 551.
(3) Op. cit., p. Ul\ .
MALADIES DE L'ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES
les tumeurs des méninges encéphaliques dans cette circonstance, que trois fois ces produits accidentels des méninges rachidiennes ont été perforants et ont fait saillie au dehors, après avoir usé une partie de la colonne vertébrale. Parmi les 11 cas de tumeurs provenant de la moelle, il y en a un dans lequel il y avait en même temps une tumeur naissant de la pie-mère.
Quant à la région, nous constatons une plus grande fréquence pour les régions cervicale et dorsale qu’on ne l’observe pour les tubercules. Sept fois le siège était dans la région cervicale, dont 3 fois dans la cervicale supérieure, 2 fois dans la moyenne et 2 fois dans la cervico-dorsale; 9 fois c’était à la région dorsale, 3 fois dans sa partie supérieure, 4 fois dans sa partie moyenne et 2 fois dans sa partie inférieure; 3 fois c’était la région lombaire, 2 fois la queue de cheval; 2 fois l’altération s’étendait tout le long de la moelle, et 1 fois il y avait deux tumeurs, dont l’une était située au niveau de la quatrième vertèbre dorsale et une sur la queue de cheval.
Ces tumeurs ne sont généralement pas volumineuses, variant entre les volumes d’un pois, d’une noisette, d’une fève, d’une olive, d’un œuf de pigeon; toutefois les tumeurs cancéreuses peuvent atteindre des dimensions beaucoup plus considérables. Les autres caractères physiques de ces tumeurs, leur consistance et leur structure, ont déjà été assez souvent décrits dans d’autres chapitres pour que nous n’ayons pas à les résumer ici. Nous n’avons rien à ajouter non plus sur les symptômes qui, sauf les cas de tumeurs perforantes, faisant saillie au dehors ou envahissant le rachis de dehors en dedans, présentent les signes ordinaires des maladies chroniques de la moelle, avec prédominance des symptômes paralytiques. Une analyse complète de tout ce qu’on peut dire à cet égard nous conduirait trop loin. Nous n’avons pas trouvé, par rapport à la durée, autant de différence entre les tumeurs cancéreuses et non cancéreuses que nous aurions pensé. Dans les deux cinquièmes la durée n’a pas dépassé six mois, dans un autre cinquième elle a été de six mois à un an et demi, dans un autre de dix-huit mois à trois ans, et dans un dernier cinquième, seulement de quatre à six ans. Voici le tableau :
De 1 à 3 mois . 3
3 à 6 mois . 3
6 mois à I an . 2
1 à 18 mois . 1
8 mois à 2 ans . 1
A reporter. . . 10
Report. . . 10
A3 ans . 2
4 ans 1/2 . . 1
5 ans . 1
6 ans . 1
Total. . . *15
Ces produits accidentels paraissent beaucoup plus fréquents chez les hommes que chez les femmes ; dans nos observations il y avait 1 6 hommes, 5 femmes, et 3 cas sans indication de sexe. L’âge a été noté dans 18 cas, et ces produits se trouvent répartis d’une manière à peu près uniforme sur les divers âges de la vie. C’est ainsi que 6 ont été observés jusqu’à 20 ans, 6 de 20 à 45, et 6 autres de 45 à 80. Voici le tableau :
De 5 à 10 ans . 2
10 à 15 ans . 3
15 à 20 ans . 1
20 à 25 ans . 2
30 à 35 ans . 1
35 à 40 ans . 2
A reporter. . . 11
Report. . . 11
De 40 à 45 ans . 1
50 à 55 ans . . 2
55 à 60 ans . 1
70 à 75 ans ... . . 2
75 à 80 ans . 1
Total ... 18
On a indiqué dans plusieurs observations une chute ou une violence externe comme point de départ de la tumeur, mais comme la nature histologique des produits n’a point pu être déterminée rigoureusement dans ces cas, on ne saurait en tirer de conclusions pour l’étiologie.
Nous ne pouvons passer sous silence, parmi les produits accidentels, les plaques cartilaginiformes que l’on observe si souvent à la surface de l’arachnoïde. Ces plaques sont disséminées à la surface externe, atteignent jusqu’à un centimètre et au delà de longueur, et un peu moins de largeur. Leur examen microscopique a démontré qu’elles étaient composées de tissu fibreux dense. On les trouve ordinairement à la face postérieure. M. Ollivier les a observées à la face antérieure, et M. Andral a trouvé des corps analogues plus franchement fibreux à la surface externe et postérieure de la dure-mère. Des feuillets
MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE ET DE SES ENVELOPPES. 1U
ostéoïdes se trouvent aussi quelquefois sur l’arachnoïde, et des végétations ossqusçs g lg sqrfaçe de la dure-mère, dans la carie vertébrale.
C. — Des tubercules de la moelle épinière et de ses enveloppes.
Nous aurons occasion de parler ailleurs des tubercules des vertèbres; nous passerons ici rapidement en revue l’analyse de 20 faits de tubercules de la moelle et de ses enveloppes. Nous n’entrerons pas dans les détails de ces faits, vu que le diagnostic anatomique ne saurait être douteux dans ces cas.
On observe le tubercule idiopathique assez rarement dans les méninges. Un de nos faits se rapporte à un tubercule de la dure-mère, de la grosseur d’une noisette, au niveau de la troisième vertèbre cervicale, un autre à une méningite granuleuse de la pie-mère, semblable à celle de la pie-mère eérébrale. Dans les autres cas la moelle en était le siège: 4 fois à la partie supérieure, près de la protubérance, 2 fois à la portion cervicale, 2 fois à la portion dorsale, et 10 fois à la portion lombaire; ce qui indique une prédilection des plus marquées pour le siège. Les tubercules varient de dimension entre un pois, une fève, une noisette et même une petite noix. Dans plusieurs cas on en a trouvé deux, et dans le fait de M. Serres il y avait, sur un espace de 5 centimètres, tout un chapelet de tubercules. Ordinairement la moelle épinière était ramollie autour d’eux. Dans la plupart des cas, les individus étaient atteints en même temps de tubercules des poumons. Dans ces 20 faits, 9 se rapportent à des hommes, 5. à des femmes, 2 à des enfants. Dans 3 cas le sexe n’a point été indiqué, et dans un des faits il s’agit d’un cas de pathologie comparée : c’était un lapin paralysé des quatre membres pendant la vie, et qui présentait à la surface interne de la dure-mère, au niveau des troisième et quatrième vertèbres dorsales, un tubercule du volume d’un haricot adhérent à la moelle. La structure de ce tubercule était exactement la même que pour ceux que nous avions observés chez l’homme.
On observe ces tubercules aux divers âges de la vie, mais avec une prédominance marquée entre 15 et 25 ans, 6 fois sur 15; 2 fois seulement ils existaient avant l’âge de 15 ans, 4 fois entre 25 et 40, et 2 fois après 40 ans. Cette affection est donc rare dans la vieillesse. Voici le tableau :