‹ Traité d'anatomie pathologique générale et spécialeChapitre 27 sur 165 · CCXC. — Méningite cérébro-spinale. (PI. XGV, fig. ù et · texte numérisé non relu

CCXC. — Méningite cérébro-spinale. (PI. XGV, fig. ù et

Un homme, âgé de vingt-quatre ans d’une forte constitution, d’une santé antérieure bonne, est pris d’un accès de frissons suivi de chaleur et de fièvre. Dès le début, il éprouve un mal de tète très intense, qui est surtout fort en arrière dans la région occipitale et le long des vertèbres cervicales, et qui s’étend à un moindre degré tout le long du dos. Dès le début, l’abattement est extrême, le malade est triste ; par moments il a du délire, et dans d’autres il tombe dans l’assoupissement, d’où les douleurs de tête le tirent en lui arrachant des plaintes. Le pouls est plein, 108 à 112 par minute, assez résistant. La figure est colorée. Le malade recherche l’obscurité, et le moindre bruit augmente ses maux de tête. Il ne peut rester assis, parce que, dans cette position, il est pris immédiatement de nausées et de vertiges. Lorsqu'il reste calme, il n’a pas envie de vomir. Malgré deux fortes saignées, l’application de vingt sangsues derrière les oreilles, l’usage du calomel à la dose de 10 centigrammes toutes les trois heures, des applications froides au front et des sinapismes répétés aux nu mbres inférieurs, l'état du malade s’aggrave; bientôt il tombe dans un coma profond, le pouls devient très fréquent, lâO par minute, presque imperceptible, et le malade meurt à la fin du quatrième jour.

A l’autopsie, il n’y a pas d'autre altération qu’une inflammation purulente intense des méninges cérébro-spinales. Celles-ci sont généralement très congestionnées, et l’on constate entre l’arachnoïde et la pie-mère une infiltration purulente, d'un jaune pâle et verdâtre, occupant surtout les méninges de la base et de la partie supérieure de la moelle épinière. 11 y a cependant aussi quelques taches sur la convexité du cerveau, surtout à gauche. Le maximum de cette infiltration se trouve à la base du cervelet et autour de l’entrecroisement des nerfs optiques. Outre l’infiltration sous-séreuse, on trouve de nombreux flocons pseudo-membraneux, dont quelques-uns sont aussi disséminés à la partie inférieure de la moelle. Au microscope, on constate les éléments cellulaires et fibrineux ordinaires de l’exsudation inflammatoire et purulente.

Ce malade était militaire; « t, à l’époque où j’ai recueilli ce fait, il régnait une petite épidémie de cette maladie dans plusieurs casernes de Paris. J’ai vu à cette même époque, dans le service de M. Çruveilhier, un autre militaire qui a présenté tous les symptômes indiqués, et de plus, des crampes et une perte passagère de la sensibilité dans les membres supérieurs. 80 ventouses scarifiées ont été successivement appliquées à la nuque et le long du dos. Ce malade a guéri. On sait que M. Boudin a obtenu, dans ces cas, de boas succès de l’opium à haute dose. Dans un cas que j’avais traité auparavant par les antiphlogistiques seuls, l’issue a été également funeste.

CCXCI. — Méningite cérébro-spinale dans le cours d'une pneumonie. (PI. XCVI, fig. 1-3.)

Une femme, âgée de quarante-neuf ans, arriva à l’hôpital de Zurich le 10 février 1855, atteinte d’une pneumonie du côté droit, dans presque toute la hauteur du poumon gauche. Les symptômes locaux ne présentèrent rien d’extraordinaire, et malgré l’intensité de la maladie, la malade, qui, avant l’invasion de sa maladie, avait joui d’une bonne santé, et qui était déjà affectée de pneumonie depuis quinze jours, alla rapidement mieux. La résolution parut s’opérer et faire des progrès rapides sous l’influence d’une abondante saignée et du tartre stibié à haute dose, lorsque, le 15 février, elle fut prise de délire, de maux de tête violents qui s’étendaient à la nuque, accompagnées d’un redoublement de fièvre. Malgré l’application de 2â sangsues derrière les oreilles, celle «le compresses froides sur le front, et l’usage interne du calomel, la malade tomba rapidement dans le coma, le pouls devint filiforme, et elle mourut le troisième jour après le début des accidents cérébraux, et le vingt et unième jour à peu près à partir du début de la maladie.

ANAT. PATHOL. — 25' LIVR. 30

T. II

MALADIES DE L’ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES

Autopsie faite vingt-quatre heures après la mort. — Après avoir enlevé le crâne, nous trouvons les méninges couvertes d’une exsudation purulente, qui a son siège principal sous l’arachnoïde, et qui recouvre la surface des deux hémisphères; elle s’étend ensuite tout le long de la moelle épinière, provenant également de la pie-mère, surtout à sa face postérieure; le siège est aussi bien entre l’arachnoïde et la pie-mère qu’entre celle-ci et la surface des centres nerveux. Leur substance est infiltrée d’un peu de sérosité, et par cela même plus molle qu’à l’état normal, mais ses fibres sont intactes et sa vascularité peu augmentée, tandis que la pie-mère cérébro-spinale est considérablement liypérémiée et présenle par places quelques ecchymoses. L’exsudation purulente ne montre que bien peu de cellules épithéliales en voie de métamorphose granulo-graisseuse, mais beaucoup de cellules du pus. Vers la partie antérieure du lobe cérébral gauche se trouve un petit épanchement sanguin d’environ un centimètre de largeur. La pie-mère, avec toute la couche d’exsudation inflammatoire,; présente une épaisseur de 1 millimètre 1/2 à 2 millimètres. Là où l’exsudation est peu abondante, l’hypérémie est plus marquée, et l’on voit beaucoup de petits vaisseaux d’un calibre inégal. A la face interne de l’hémisphère se trouve un second épanchement sanguin sous-arachnoïdien, un peu plus étendu que le premier. La base du cerveau est également couverte d’e.xsudation, mêlée par places de, concrétions pseudo-membraneuses, et présentant dans d’autres l’aspect d’une infiltration comme séreuse et gélatineuse. Le cerveau est généralement hypérémié dans sa totalité, d’une consistance plutôt molle; il renferme dans chaque ventricule latéral environ 15 grammes d’un liquide séreux et sanguinolent. La moelle épinière est saine.

La muqueuse du larynx et de la trachée, hypérémiée par places, est couverte d’un mucus puriforme. La muqueuse, bronchique, généralement hypérémiée, offre dans le poumon gauche une injection plutôt tachetée, due en partie à une forte injection et en partie à des ecchymoses. Les deux tiers supérieurs du lobe supérieur droit présentent un état d’hépatisation rouge, mais beaucoup moins compacte que dans l’hépatisation ordinaire. La coupe est encore grenue, mais les granulations commencent à se flétrir; aussi n’y trouve-t-on, à l’examen microscopique, que des cellules exsudatives en petite quantité, un peu racornies, et de nombreux épithéliums détachés, en voie de transformation granuleuse. Au milieu des parties hépatisées se trouve un petit abcès du volume d’une noisette, rempli d’un pus verdâtre, entouré d’une membrane pyogénique fine, peu vasculaire, verdâtre. Le reste de ce lobe, ainsi que le moyen, est fortement hypérémié. Il y a au sommet du poumon gauche une hépatisation circonscrite, du volume d’une grosse noix environ. Le cœur renferme, à droite, des caillots fibrineux. Rien d’anormal dans les autres organes, sauf quelques concrétions crétacées dans les glandes mésentériques, des petites ecchymoses avec une injection vive dans le grand cul-de-sac de l’estomac, et une petite tumeur fibroïde dans la matrice.

CCXCII. — Otite interne, signes de méningite. Mort. — Infiltration purulente des méninges, phlébite du sinus latéral. (PI. XCVI, fig. h et 5.)

Un homme, âgé de vingt-deux ans, menuisier, est apporté à l’hôpital de Zurich, le 25 octobre 1853, comme atteint de fièyre typhoïde, Ce malade, bien portant auparavant, avait eu depuis un an et demi de fréquentes douleurs dans les oreilles, accompagnées quelquefois d’un écoulement purulent. Depuis ce temps, son caractère, autrefois gai, est devenu sérieux et taciturne, surtout lorsqu’il y avait des exacerbations des douleurs d’oreilles. Le 18 octobre, le malade est pris en travaillant d’un accès de frisson, suivi de chaleur et de maux de tête. Il ne peut plus se tenir debout, et restant toujours dans le même état de fièvre, de maux de tête et d’abattement, on le conduit à l’hôpital. Il est dans un état d’apathie, il se plaint de douleurs dans toute la tête et de bourdonnements dans les deux oreilles; la peau est sèche et chaude, le pouls à 92, médiocrement plein ; la langue est humide, couverte d’un enduit épais, jaunâtre. Il a un peu de peiné à avaler, sans rougeur à la gorge; il est constipé. Le ventre n’est pas gros, point de tachts rosées ni de douleurs dans la région iléocæcale. Par moments le malade est extrêmement agité et se tourne constamment dans son lit. (Émulsion simple, 10 centigrammes de calomel le soir, sinapismes.) Le 27, il a une selle abondante et se sent soulagé, mais le 28, à neuf heures du matin, il est pris d’un nouveau frisson qui dure pendant une heure et demie, après lequel il a de la chaleur et une transpiration abondante. Pendant les jours suivants, ces accès de fièvre reviennent à la même heure. Dans l’intervalle et pendant leur durée, les maux de tête sont intenses et de plus en plus continus. Le 30 octobre, on trouve quelques gouttes de pus dans le conduit auditif droit; l'examen de l’oreille est très douloureux, et l’on peut se convaincre de l’absence de la membrane du tympan. Partout où la sonde peut atteindre, on constate la présence du pus. On applique douze sangsues derrière l’oreille droite, puis des cataplasmes; toutes les trois heures, 10 centigrammes de calomei. Dès les premiers jours de novembre, le malade tombe dans le coma, il a de fréquentes envies de vomir. Il répond encore assez bien aux questions, mais d’une manière brève et saccadée. La surdité, qui avait été constatée pour l’oreille droite, dès l’entrée du malade, devient plus complète. Il a encore en tout trois accès v-agues de frissons.

A partir du 8 novembre, l’état soporeux fait place à un coma complet, et l’on observe des paralysies alternatives du mouvement et du sentiment aux membres du côté gauche et du côlp droit. Toutefois la paralysie gauche persiste, bien qu’à un léger degré. Les membranes externes de l’œil gauche s’injectent ; la cornée devient terne, montre une infiltration jaunâtre et purulente, et se ramollit à sa surface comme chez les animaux auxquels on a pratiqué la section intracrânienne de la cinquième paire. Le coma devient de plus en plus profond, les pupilles se contractent, des deux côtés il y a un assez fort larmoiement. La figure est rouge et chaude, surtout à droite. La moindre pression sur le côté droit du crâne arrache des cris au malade au milieu de son assoupissement, d’où l’on peut le tirer encore par moments en lui criant dans l’oreille gauche; il porte alors la main à la région temporale droite, sur laquelle il n’ose jamais se coucher, et indique qu’il a froid et qu’il désire être couvert davantage. La peau devient fraîche, le pouls presque normal, à 72, assez plein. On s’aperçoit qu’il ne peut plus marcher et qu’il s’affaisse dès qu’il veut sortir de son lit. Des vésicatoires derrière les oreilles, des ventouses scarifiées à la nuque, des purgatifs restent sans action aucune ; à plusieurs reprises, il a eu des convulsions pendant la nuit, et le 13, il a eu un accès violent épileptiforme pendant l’après-midi, après lequel survient une fièvre abondante. LVndolorissement du côté droit de la tête fait place à une insensibilité complète. Les convulsions reviennent à plusieurs reprises ce jour et le lendemain, et les sueurs abondantes persistent. Dans l’après-midi du 14 novembre, l’agonie commence, et il succombe à huit heures et demie du soir.

Autopsie faite quatorze heures api'ès la mort. — En ouvrant le crâne, il s’écoule environ 100 grammes do pus. La surface convexe du cerveau du côté droit est tellement couverte de pus, que la substance cérébrale en est masquée et déprimée; ce pus a son siège à la surface supérieure et inférieure de la pie-mère. La partie droite de la tente du cervelet est couverte de pus et épaissie; la partie droite de la base du crâne montre également du pus et des fausses membranes. La dure-mère y est moins adhérente qu’à l’état normal. Les sinus transverses et pétreux sont remplis de pus, et leur surface interne est ramollie, friable, s’enlevant au moindre grattage. Le tissu

OBSERVATIONS SUR LES MALADIES DES CENTRES NERVEUX

cellulaire ambiant est noir, friable, infiltré de pus. La substance cérébrale est saine, mais légèrement liypérémiée, surtout à droite. L’arachnoïde et la pie-mère sont épaissies au point que les deux membranes accolées ont jusqu’à 1 millimètre et demi d’épaisseur. Elles montrent çà et là des ecchymoses. Les ventricules latéraux renferment chacun environ 15 grammes de liquide. La surface de l’os temporal est cariée dans la portion pétreuse qui correspond à l’oreille interne. La cavité du tympan est remplie de pus, qui se propage vers les fenêtres ronde et ovale. La membrane du tympan est détruite, les osselets de l’ouïe ne sont presque plus fixés, l’enclume est en partie détruite, l’étrier et le marteau sont érodés à leur surface. Tous les muscles montrent une coloration rouge brun. Le thymus est assez bien conservé, du volume d’un œuf de poule. Le péricarde renferme 60 grammes d'un liquide transparent. Le ventricule droit contient un sang noirâtre, liquide et des caillots gélatineux qui se continuent dans l’artère pulmonaire. Des caillots semblables se trouvent dans le cœur gauche. Adhérences au sommet du poumon droit, glandule< trachéo-bronchiques très développées, ramollissement léger de la muqueuse des petites bronches, mucus purulent dans plusieurs bronches du poumon droit, sommet gauche emphysémateux. Rien d’anormal dans l’estomac et les intestins. Foie volumineux, 30 centimètres de largeur, 19 de hauteur à droite, 17 à gauche, 7 d’épaisseur. La surface est d’un gris bleuâtre parsemé de taches plus claires; l’intérieur, normal, gorgé de sang; consistance ferme. La rate, accompagnée de deux petites rates accessoires peu volumineuses, a 17 centimètres de longueur sur 8 de largeur, et 8-4 millimètres d’épaisseur. La consistance est ferme, les reins hyperémies sont normaux. Quelques ecchymoses dans le tissu cellulaire souspéritonéal.

CCXCIII. — Coloration gris verdâtre de la surface inférieure de l'encéphale chez un individu qui a succombé à une phlébite des sinus.

(PI. XCVII, fig. 1.)

Nous avons déjà décrit ce cas avec détail, à l’occasion des maladies des voies circulatoires. Il s’agit du cerveau d’un malade qui avait également succombé à. une inflammation des sinus cérébraux, par suite d’une otite interne, avec infection purulente, La partie inférieure et postérieure du cerveau et la partie antérieure et inférieure du cervelet offrent une coloration d’un gris verdâtre, et au premier abord on pourrait croire à une inflammation purulente. Cependant, en examinant de plus près, on voit qu’il n’y a ni suppuration, ni même inflammation, et que la consistance de l’encéphale y est normale. Il y a donc là une simple décoloration située dans la proximité des sinus enflammés et remplis de pus, et de leur tissu cellulaire ambiant enflammé. Peut-être y a-t-il eu dégagement d’hydrogène sulfureux par suite de l’altération du pus.

CCXCIV. — Inflammation de la substance cérébrale à la suite d'un érysipèle de la face. (PI. XCVII, fig. 2.)

Un homme, âgé de trente-neuf ans, est pris d’un érysipèle de la face, qui, vers le cinquième jour, se complique des signes d’une inflammation cérébrale. Outre l’état fébrile, on observe des douleurs de tête vives et continues, des nausées, une extrême sensibilité à la lumière, un délire continuel, qui bientôt fait place à un coma profond. Malgré un traitement antiphlogistique énergique, le malade succombe quatre jours après le début de ces accidents.

A l’autopsie, on trouve les méninges gorgées de sang, très hypérémiées, mais sans exsudation liquide. La surface convexe du cerveau montre des deux côtés, mais surtout à droite, plusieurs places de 2 à 4 centimètres carrés d’étendue, qui sont le siège d’une inflammation delà pulpe cérébrale, inflammation qui ne s’étend qu’à 4 ou 5 millimètres de profondeur, dans la plupart des endroits, et qui, nulle part, ne dépasse l’épaisseur de la substance grise. Ces ilôts inflammatoires diffèrent déjà au premier aspect de la substance cérébrale environnante par leur coloration foncée, d’un rouge brun, et par leur consistance beaucoup plus molle. A l’œil nu et à la loupe, on y voit une injection vasculaire très abondante, et si dense par places, que la rougeur en devient presque homogène. Il y a en outre de nombreuses petites ecchymoses delà grosseur d’une tête d’épingle, disséminées dans ces parties. Les petits vaisseaux des parties phlegmasiées sont de calibre fort inégal et montrent de nombreuses petites dilatations cylindroïdes et ampullaires. L’examen microscopique de la pulpe cérébrale enflammée rend très bien compte de son ramollissement, dont on constate deux degrés. Le premier est constitué par un écartement des fibres cérébrales intactes, au moyen d’que exsudation séreuse, par places teinte en rouge, tandis qu’au second degré on trouve les fibres cérébrales brisées, et leurs fragments mêlés avec le liquide séreux indiqué. Il n’y avait pas encore la métamorphose graisseuse de la pulpe cérébrale malade et de ces cellules granuleuses que l’on observe à un degré plus avancé du ramollissement inflammatoire ou autre du cerveau.

CCXCV. — Inflammation de la surface du cerveau et de la protubérance annulaire; tubercules disséminés dans le cerveau ; altération des granulations de Malpighi de la rate. (PI. XCVII, fig. 3-8.)

Une jeune fille, âgée de vingt-quatre ans, a eu dans sa famille plusieurs membres qui ont été aliénés, et sa mère vit encore dans cet état. Son père est mort sans qu’on ait pu savoir de quelle maladie. La malade a eu, pendant son enfance, plusieurs manifestations scrofuleuses de peu de gravité. Elle s’est ensuite bien portée. Toutefois, depuis six mois, rile se plaint de maux de tête presque continuels, mais de peu d’intensité, et dans ces derniers temps, les maîtres chez lesquels elle étail en service ont observé quelque chose de singulier, de triste et d’absorbé dans sa disposition. Le 6 juillet 1853, elle est prise de frissons suivis de chaleur et de maux de tête très violents; la fièvre devient intense ; elle a des nausées presque continuelles et ne va pas à la garderobe. La peau est chaude et sèche, le pouls très accéléré; elle ne peut point dormir. Sous l’influence d’une dose de calomel, elle a plusieurs selles liquides, mais sans que cela soulage sa tête. Comme son état s’aggrave de jour en jour, on l’amène à l'hôpital le 13 juillet, la croyant atteinte de fièvre typhoïde. Dans la matinée de ce même jour, elle avait encore donné des réponses sensées, mais déjà, à midi, elle ne répondait plus aux questions, et lorsqu’on la lui demandait, elle sortait la langue, mais incomplètement et avec peine. Lorsque, à plusieurs reprises, on lui adresse une question, elle finit par balbutier quelques paroles incohérentes. Elle a la bouche ouverte et présente un ronflement particulier en respirant. Les yeux sont demi-clos, fixes, immobiles, de largeur normale. La malade ne peut ni se soutenir, ni marcher, cependant il n’y a pas de paralysie; les bras et les jambes sont le siège fréquent de mouvements qui n’ont rien de convulsif. La sensibilité générale de la surface du corps paraît un peu obtuse. Cœur et poumons à l’état normal ; pouls plein et dur, à 96 par minute; langue sèche, rouge, couverte d’un léger enduit blanchâtre; ventre souple et indolent, rate non tuméfiée, absence de roséole; quelques taches et plaques d’urticaire; tête et figure chaudes, Joues très colorées. (Saignée du bras de 400 grammes, 12 sangsues derrière les oreilles ; toutes les trois heures 10 centi-

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grammes de calomel, applications froides et vinaigrées sur la tête, sinapismes aux jambes.) Pendant la journée du 14, son état va en s’aggravant, elle tombe dans un état soporeux ; la pupille droite est plus large (pie la gauche, on observe une légère chute de la paupière supérieure droite. Les lèvres et les joues sont cyanosées; la respiration est un peu gênée, sans être très accélérée, 26 par minute. E le ne répond plus aux questions et ne peut plus sortir sa langue, de temps en temps elle pousse des plaintes inarticulées; elle a eu deux selles molles. Les urines sont rares, rougeâtres, troubles; le pouls, petit, régulier, à 96. On fait encore successivement une application de ventouses à la nuque et de huit sangsues aux tempes. Mais dans la journée du 15, le coma devient plus profond, il survient un collapsus général ; le pouls devient filiforme, très accéléré ; les évacuations deviennent involontaires, la respiration slertoreuse, et elle succombe le 16 juillet, à trois heures du matin.

Autopsie faite dix-huit heures après la mort. — La dure-mère est injectée, le sinus longitudinal renferme du sang noir et un caillot fibrineux. Le cerveau est généralement congestionné, surtout dans la substance grise. Les circonvolutions de la surface paraissent, un peu aplaties ; l’arachnoïde et la pie-mère sont généralement congestionnées. La substance grise de la partie convexe de l’encéphale renferme une douzaine de petits tubercules, du volume d’une lentille à celui d'un petit pois, un peu plus nombreux à gauche qu'à, droite. Leur coloration est d’un jaune terne, deux d’entre eux paraissent comme enkystés. La substance cérébrale qui les touche immédiatement est rouge, injectée, non ramollie. Ils sont composés au microscope des corpuscules caractéristiques du tubercule. La protubérance annulaire est parsemée, dans la moitié de son étendue, de points rougeâtres du volume d’une tête d’épingle, et plus petits encore, d’un rouge violacé, qui, par places, sont confluents, et autour desquels la substance est ramollie, d’un jaune rosé. Nous regrettons de, ne pas avoir fait l’examèn microscopique de celte portion, qui présentait, à l’œil nu, un aspect qui permettait le doute entre l’existence d’un foyer inflammatoire et d’une agglomération de petites apop'exies capillaires. Les poumons sont gorgés de sang, montrent aux deux sommets quelques tubercules anciens; le cœur est normal, le foie gorgé de sang, très volumineux. La rate a 10 centimètres de longueur,

6 de largeur et 3 d’épaisseur; son tissu est de consistance normale, d’une coloration foncée. Dans son intérieur se trouvent plusieurs corpuscules du volume d’une lentille, blanchâtres, consistants, et qui adhèrent à la pulpe splénique et surtout à ses vaisseaux. Un de ces corpuscules atteint même le volume d’un très petit pois. Ces granulations, qui, par leur aspect, rappellent celles de Malpighi, se composent d’une enveloppe fibroïde, épaisse d’environ 1 millimètre, et d’un contenu grumeleux, amorphe et riche en matières grasses.

Nous avons affaire ici à un cas remarquable de tubercules cérébraux idiopathiques, car les tubercules des poumons étaient anciens et en très petit nombre. Les accidents cérébraux, promptement mortels, étaient dus probablement à la maladie de la protubérance.

CCXCVI. — Ramollissement pullacé du cervelet. (PI. XCVI11, fig. 1 et 2.)

Je n’ai que peu de renseignements sur la malade, qui était une vieille femme de la Salpêtrière et avait présenté pendant la vie les altérations ordinaires du sentiment et du mouvement que l’on observe dans cette maladie. A l’autopsie, ou ne trouve d’autre altération qu’un ramollissement qui occupe près des deux tiers d’un des lobes du cervelet. Les méninges de la surface sont vivement injectées, et toute la substance grise périphérique de ce lobe participe à un léger degré au ramollissement; cependant celui-ci n’est pour ainsi dire que le reflet du ramollissement pidtacé et presque diffluent de la substance blanche, et surtout des parties centrales du lobe. La mollesse est telle qu’un filet d’eau désagrégé cette pulpe, que l’on peut enlever demi- liquide avec un scalpel. D’un blanc jaunâtre dans une gra de partie de son étendue, sa coloration est dans d’autres d'un gris verdâtre et ressemble à une infiltration puriformé. Cependant, à l’examen microscopique, on ne trouve pas de traces des éléments du pus. On ne voit autre chose que des fibres cérébrales très distinctes, désagrégées pour ainsi dire, et dépourvues de toute substance consistante; les unes larges, d’autres plus étroites, quelquesunes intactes sur une grande étendue, d'autres enroulées à leurs bouts, et un certain nombre brisées en petits fragments, droits ou enroulés, sous forme globuleuse ou sous celle de globules annulaires et concentriques. On trouve entre ces fibres une multitude de granules graisseux et beaucoup de globules de 1/200' à 1 /50e de millimètre de largeur, arrondis, sphériques, tous composés de ces granules. Quelques-uns de ces globules ont subi une espèce d’imbibition par du liquide; cette imbibition a eu pour conséquence que la membrane d’enveloppe s’est éloignée du contenu granuleux, qui, dans quelques-uns, a pris la fausse apparence d’un véritable noyau. Les vaisseaux de la partie malade n’ont malheureusement point été examinés.

CCXCVIJ. — Ramollissement du cerveau ayant présenté, pend ant la vie , les signes d'une apoplexie. (PI. XCVII, fig. 9-14.)

Une femme, âgée de cinquante-cinq ans, mère de six enfants, a joui généralement d’une bonne santé. Depuis quelque temps déjà ses facultés intellectuelles avaient un peu baissé, surtout la mémoire; son humeur était devenue mauvaise. Le 21 octobre 1854, elle est prise de vertiges et tombe, mais elle se relève sans peine et sans paralysie. Le lendemain, elle est prise, dans la rue, d’un accès semblable, après lequel elle ne peut marcher qu’avec peine, en traînant la jambe gauche. Le bras du même côté est aussi incomplètement paralysé. Pendant toute la journée elle a des vertiges et des douleurs de tête. Après avoir été traitée sans grande amélioration par les purgatifs, elle entre le

7 novembre à l’hôpital. Elle a les apparences d’une forte constitution. La paralysie de tout le côté gauche est devenue complète; la bouche est oblique, mais elle tire la langue dans la direction droite. Les vertiges persistent; la tête est chaude et elle est le siège de douleurs continues. Les membres paralysés sont le siège d’un léger œdème. Elle présente au mollet droit une ulcération superficielle qui correspond à un sinapisme. On en avait appliqué aux deux mollets, mais celui du côté paralysé seul s’est ulcéré, fait que nous ayons observé à la même époque dans un autre cas de ramollissement cérébral. Toutes les autres fonctions et organes paraissent être normales. Son sommeil est bon, absence de fièvre. Le 8 novembre, elle est prise de douleurs lombaires à droite, et le 10, de dyspnée, avec douleurs du côté droit, dans la poitrine. On avait traité la malade parquelques émissions sanguines, par des pilules de calomel et d’aloès à dose purgative; on avait successivement appliqué un vésicatoire et un séton à la nuque. Les membres paralysés ont été frictionnés avec du Uniment ammoniacal et camphré. Des ventouses scarifiées, enfin, ont été appliquées sur la partie inférieure droite du thorax et sur la région lombaire.

Néanmoins nous constatons, le 12 novembre, les signes évidents d'une pleurésie. Les douleurs thoraciques sont toujours vives; le tiers inférieur et postérieur, à droite, donne à la percussion un sou mat; on y entend une respiration faible et un bruit de frottement. Dyspiée; pouls à 11'-', faible; respiration, 26; mauvais goût à la bouche, anorexie, soif vive. (Émulsion gommeuse avec 8 grammes de nitrate de soude, limonade pour boisson.) Après i nc amélioration passagère, la pleurésie augmente de nouveau du 17 au 18; du reste

OBSERVATIONS SUR LES MALADIES DES CENTRES NERVEUX

elle tousse peu et ne crache point. A gauche, on constate également de la matité en arrière et en bas, avec respiration faible et bruit de frottement ; des deux côtés, dans les parties supérieures, on entend des râles sibilants et sous-crépitants.

A partir du 2 4 novembre, la malade est presque toujours assoupie, elle laisse aller les urines sous elle. Vers le 27. la respiration devient trachéale, le pouls filiforme et intermittent, et elle meurt le 29 novembre, à deux heures du matin.

Autopsie faite trente-deux heures après la mort. — Rien d’anormal à la surface du cerveau. Sur le côté droit du centre ovale, on voit déjà un ramollissement qui s’étend dans tout le corps strié. Il existe en outre un autre point ramolli sur le bord antérieur de la couche optique. Le maximum du ramollissement se trouve dans la partie antérieure et externe du corps strié; la mollesse y est telle qu'un filet d’eau l’enlève facilement et qu’il y a dans cette substance plusieurs creux irréguliers. La coloration de la masse ramollie est d’un gris sale, tirant sur le jaune. A la partie antérieure se trouvent quelques points, du volume d’une tête d’épingle jusqu’à celui d’une lentille, d’un rouge violacé et entourés d’une zone jaunâtre. A l’examen microscopique, on trouve dans la partie ramollie une multitude de fibres cérébrales brisées, désagrégées par petits fragments et entourées d’une multitude de granulations et d’agminations globuleuses de molécules de matière grasse. Une des artères de la partie ramollie est athéromateuse et infiltrée de matière grasse dans ses parois. Dans les parties d’un rouge violacé, que l’on pourrait prendre au premier abord pour des apoplexies, il n’y a autre chose qu’un fort développement vasculaire, avec inégalité du calibre et dilatation fusiforme de plusieurs petites artérioles. Le reste du cerveau est sain. Le péricarde renferme un peu plus de liquide que dans l’état normal. Le cœur est volumineux, il a 13 centimètres de hauteur sur 10 de largeur. Le ventricule droit, dilaté mais peu épaissi, renferme du sang noirâtre, liquide ou coagulé; l’oreillette droite renferme un caillot fibrineux. Le ventricule gauche, hypertrophié et dilaté, contient des caillots noirs et mous; les valvules sont normales. La plèvre gauche contient environ 60 grammes de liquide, la plèvre droite environ 150 grammes, cernées par des adhérences et occupant à peu près ia partie moyenne de la cavité pleurale. Dans le tiers inférieur il y a des adhérences récentes au moyen de fausses membranes organisées, une injection vasculaire très dense du tissu cellulaire sous-pleural et de nombreuses petites ecchymoses. Le lobe inférieur du poumon droit est comprimé, les deux autres œdématiés. Le poumon gauche est normal et renferme également beaucoup de liquide spumeux. La rate est un peu augmentée, elle a 14 centimètres de longueur, 8 de largeur et 3 d’épaisseur; sa consistance est ferme, sa couleur d’un rouge marbré de gris; les granulations de Malpighi sont augmentées de volume et paraissent comme infiltrées de matière colloïde. L’enveloppe péritonéale de la rate est épaissie par places. Le foie est volumineux aussi ; il a 29 centimètres de largeur, 26 de hauteur à droite, 15 à gauche, 6 d’épaisseur à droite et 3 à gauche ; son enveloppe péritonéale est, par places, épaissie, sa substance est ferme, très vasculaire, jaune et rouge, de la couleur d’une noix de muscade coupée. Les deux reins sont de volume normal, la substance corticale est un peu décolorée. L’estomac, les intestins, la vessie et l’utérus n’offrent rien d’anormal.

CCXCVIII. — Petits anévrysmes des artères cérébrales dans un ramollissement du cerveau. (PI. XCVII, fig. 11.) — Il y a dans ce dessin des préparations qui se rapportent aux observations CCXCVII et CCXCVIII.

Nous avons déjà décrit ce fait dans une observation des maladies des voies respiratoires, à l’occasion de la gangrène pulmonaire qui avait fait succomber cette malade, atteinte depuis plusieurs mois d’un ramollissement cérébral. Le siège principal du ramollissement était dans le corps strié gauche. L’examen des artères de cette partie ramollie montre de nombreux petits anévrysmes fusiformes ou sphériques, et quelques vaisseaux montrent même des dilatations qui alternent avec le calibre normal et donnent un aspect moniliforme à ces vaisseaux. Un certain nombre de ces branches artérielles a subi la transformation athéromateuse. Lorsqu’à l’état frais on examine ces vaisseaux sous l’eau, les parties non dilatées se décolorent promptement, tandis que celles qui sont dilatées montrent encore longtemps une coloration rouge. A l’examen microscopique, je constate que, dans plusieurs, la membrane interne est rompue au niveau des dilatations, et que le sang siège entre la membrane interne et moyenne. Celle-ci et la membrane externe sont parsemées de nombreux granules graisseux.

CCXCIX. — Ramollissement gélatiniforme disséminé dans plusieurs points du cerveau. (PI. XCVIII, fig. 3-5.)

Un homme arrive à l’hospice de la Charité, à Paris, dans le service de M. Andral; il présente une agitation extrême, quelques signes de folie, par moments une roideur comme tétanique des membres, et il succombe après quelques jours de séjour à l’hôpital. A l’autopsie, on trouve une quantité notable de sérosité dans les ventricules et dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, et dans l’intérieur du cerveau, au-dessus des ventricules latéraux, cinq ou six plaques irrégulièrement disséminées, du volume d’un noyau d’amande, dans lesquelles la substance cérébrale offre à la fois un aspect rouge et injecté et une demi-transparence comme gélatiniforme. Examiné avec de faibles grossissements, ce tissu montre beaucoup de vaisseaux et une substance pâle dans laquelle on reconnaît de nombreuses granulations plus opaques. Au microscope, avec de plus forts grossissements, on ne reconnaît plus de fibres cérébrales dans cette substance, seulement des fibres très fines de tissu cellulaire, des petits globules pâles et sans noyaux, des globules plus volumineux, très pâles également, et, enfin, de nombreux globules granuleux de 0mn*,02 environ de largeur.

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