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ALTÉRATIONS DES CAVITÉS MAXILLAIRES, FRONTALES ET NASALES

grave; et il indique comme un moyen de diagnostic, à une époque où le mal local peut facilement être détruit, l’engorgement des ganglions sous-maxillaires correspondants du côté affecté. Lorsqu’on a occasion d’examiner la muqueuse nasale dans cette maladie, on la trouve rouge, d’une manière générale ou par un pointillé disséminé. Cependant cette rougeur a disparu lorsque la maladie s’est prolongée. La membrane muqueuse n’est rii ramollie, ni ulcérée, mais des fausses membranes non douteuses se trouvent disséminées ou réunies en larges expansions; elles peuvent avoir un ou plusieurs millimètres d’épaisseur, se laissent facilement détacher, et sont composées d’une substance fibrineuse qui renferme une multitude de cellules purulentes ou pyoïdes, ainsi que quelques cellules épithéliales. L’élément fibrineux peut aussi dominer au point qu’il n’y ail presque pas de cellules. Dans le voisinage des fausses membranes, la membrane muqueuse est le siège d’une exsudation muco-purulenle simple. lYI. Bretonneau a vu les pseudo-membranes se prolonger, sous forme filamenteuse, dans l’intérieur même des follicules. Oq ne rencontre guère cette maladie sans qu’il existe quelque autre affection grave, telle qu’une pharyngo-laryngile pseudo membraneuse; MM. Rilliet et Barthez ont observé une pneumonie double dans un cas, et une gangrène dans l’autre. Les enfants ou les adultes qui en meurent succombent plutôt à la complication de la maladie. L’enchifrènemenl , l’engorgement des ganglions lymphatiques sous-maxillaires, le caractère régnant de la maladie, pourront faire distinguer cette affection du coryza simple, et dès qu’on aura reconnu sa nature, il faudra faire des cautérisations réitérées dans la fosse nasale affectée avec une solution concentrée de nitrate d’argent. Selon MM. Rilliet et Barthez, cette affection est aussi fréquente après qu’avant cinq ans, mais plus fréquente chez les garçons que chez les filles. La proportion a été de 9 à 3.

IL Les ulcères des fosses nasales méritent une attention toute particulière; ils peuvent être de nature scrofuleuse, syphilitique ou morveuse; avoir leur siège dans la muqueuse, dans le périoste ou dans les os. On doit surtout distinguer ici la carie et les ulcères de la muqueuse proprement dite, Yozène et la morve.

1° L ’ozène, caractérisé par un écoulement nasal fétide, dont l’odeur ressemble à celle des punaises, tient à peu près constamment à une carie des os qui entourent les fosses nasales, et les principales différences qui existent entre les ozènes scrofuleux et syphilitique doivent plutôt être cherchées dans leur étiologie et dans leurs complications que dans leur siège et les altérations matérielles. La membrane muqueuse est dans un état d’inflammation chronique; elle est épaissie, mamelonnée, soulevée par des petits abcès sous-muqueux. Elle est le plus souvent ulcérée. Les ulcérations sont petites et ont leur siège le plus fréquent à la partie antérieure de la cloison, à la réunion des parties cartilagineuses et osseuses; mais on peut aussi les rencontrer plus haut, vers la racine du nez et dans la continuité des os, qui, à leur niveau, sont cariés, infiltrés de pus, quelquefois nécrosés. C’est le vomer qui en ressent le plus souvent de profondes atteintes. On a également observé cette affection après l’arrachement de polypes, aussi bien après des ulcérations traumatiques qu’après celles d’origine scrofuleuse ou syphilitique, et c’est surtout dans celle dernière affection que les os propres du nez peuvent s’affaisser, ce qui entraîne une difformité permanente. 11 va sans dire qu’en cas pareil il faut avant tout traiter la diathèse générale par l’iodure de potassium, les mercuriaux, etc. Mais j’ai obtenu aussi quelquefois de beaux résultats par des solutions concentrées de nitrate d’argent, ou en cautérisant les ulcères avec la pierre solide, lorsque les ulcères étaient accessibles.

2° Les ulcères morveux , connus depuis longtemps chez les animaux, ont surtout été étudiés depuis vingt ans chez l’homme (1); mais l’affection nasale n’est ici qu’un des phénomènes de la maladie. Un travail récent et très complet sur cette matière est celui de Virchow (2).

Cette maladie est toujours propagée des animaux domestiques, et du cheval surtout, à l’homme; elle est caractérisée par l’éruption de petites tubérosités qui, plus tard, se transforment en ulcères, et puis se localisent sur la membrane muqueuse nasale, dans les glandes lymphatiques, à la surface de la peau, dans le poumon et dans d’autres organes.

(1) Rayer, De la morve et du farcin chez l'homme. Paris, 1837, in-4. — A. Tardieu, De la morve et du farcin chronique chez l’homme. Paris, 1843, in-4.

(2) Handbuch der speciellen Pathologie und Thérapie. Erlangen, 1855, t. II, 1" partie, p. 405 et sq.

MALADIES DU TUBE DIGESTIF ET DE SES ANNEXÉS

Elles sont composées d’une matière jaune, caséeuse, et varient de volume entre celui d’un grain de chanvre et celui d’un petit pois; elles sont isolées ou groupées ensemble et ont de la ressemblance avec des tubercules. On trouve une matière granuleuse et amorphe avec des éléments cellulaires et fibreux. J’ai eu l’occasion d’observer un grand nombre de fois la morve chez des animaux, et quelquefois aussi chez l’homme, et j’ai toujours pu constater le pus à l’état frais ou plus ou moins desséché dans les localisations morveuses. On trouve sur la muqueuse nasale un état catarrhal, du gonflement et de l’hypérémie autour des tubérosités morveuses, et quelquefois des petites hémorrhagies capillaires. Il en résulte un écoulement séreux ou séro-purulent, quelquefois teint de sang. L’exsudation, dans les glandes lymphatiques, est plutôt gélatineuse; dans les poumons, elle est amorphe et provoque des hépatisations lobulaires. Les cellules de l’exsudation morveuse deviennent d’abord granuleuses et se désagrègent ensuite en une espèce de détritus. La petite tumeur se ramollit et devient tout à fait purulente, à caractères cependant toujours plus ou moins concrets. Plus tard il se forme des ulcères qui constituent des pertes de substance plutôt profondes qu’étendues dans la muqueuse. On les trouve tantôt indurées, à bords légèrement résistants, tantôt plus plates, pâles, à fond jaunâtre. En même temps d’anciennes tumeurs se ramollissent, et il s’en forme de nouvelles. Quelquefois le fond de l’ulcère peut offrir un aspect gangréneux et nécrosé, et le travail destructeur atteint alors les cartilages et les os. La suppuration est sanieuse. Dans d’autres circonstances, tandis que quelques ulcères arrivent à ne plus constituer que des cicatrices rayonnées, d’autres tumeurs parcourent les phases destructives. Les divers ulcères sont quelquefois réunis par des cordons lymphatiques; d’autres fois ils sont si rapprochés, qu’ils finissent par devenir confluents. Dans les poumons ils peuvent provoquer une espèce de fonte, une vraie phthisie ulcéreuse. Le liquide morveux est, à ne pas en douter, très contagieux. On a même trouvé dans ce liquide un parasite particulier, un Puccinia; toutefois Virchow ne voit dans cette plante parasitique qu’un élément accessoire. Le virus de la morve peut se transmettre nonseulement à l’homme, mais aussi au chien, à la chèvre, à la brebis, aux lapins. Les ânes y sont tout particulièrement prédisposés, et chez eux la maladie affecte presque toujours une marche aiguë. Nous serions entraîné trop loin si nous voulions entrer plus avant dans la pathologie de la morve.

III. L’ hémorrhagie nasale a un intérêt plutôt pathologique qu’anatomique; on n’a guère eu occasion de s’assurer par quel ordre de vaisseaux le sang est fourni, et l’anatomie pathologique nous a plutôt éclairé sur les circonstances dans lesquelles cette affection survenait en dehors des conditions normales chez les enfants et les jeunes gens. On l’observe bien plus fréquemment lorsqu’il existe une altération du sang, comme dans la fièvre typhoïde commençante, dans le scorbut, que chez les individus vraiment pléthoriques. Cependant j’ai observé un cas à Bex, dans lequel un homme très vigoureux a perdu cinq à six livres de sang en peu de jours, par des saignements de nez. On l’observe aussi chez des individus prédisposés aux hémorrhagies en général. Aussi, sauf les cas rares d’épistaxis chez un pléthorique, ai-je depuis longtemps pris l’habitude de tamponner la fosse nasale correspondante dès qu’un saignement de nez devient assez abondant pour affaiblir le malade. Une espèce de saignement mécanique est commun à la suite des quintes de coqueluche. Morgagni parle même de saignements de nez épidémiques observés dans l’Étrurie. Nous avons vu des hémorrhagies nasales très inquiétantes déterminées par les tumeurs des fosses nasales, soit que celles-ci fournissent directement l'hémorrhagie, soit que les vaisseaux dilatés du voisinage en fussent le point de départ.

IV. On a souvent parlé de parasites des fosses nasales, mais chez l’homme ce sont, dans nos climats, presque toujours des pseudo-parasites introduits accidentellement dans les fosses nasales, des larves de mouches ou d'œstres dont les œufs ont été déposés à l’entrée, ou des larves des diverses espèces d’insectes qui se sont introduites pendant le sommeil. Quant aux concrétions calculeuses, les rhinolithes, nous en avons déjà parlé dans la partie générale, à l’occasion des concrétions.

V. Produits accidentels. — Les polypes des fosses nasales ont déjà été décrits comme hypertrophie locale de la membrane muqueuse et du tissu cellulaire sous-jacent, et nous avons vu qu’on les observait surtout à la paroi supérieure et externe, plus rarement aux cornets inférieurs (tome I, p. 102). On les rencontre avec une égale fréquence chez les hommes et les femmes, et plus souvent entre vingt et trente ans qu’aux autres âges.

J’ai également décrit ailleurs les tumeurs fibreuses des fosses nasales provenant ordinairement du tissu sous-muqueux ou du périoste (tome I, p. 172). Les tumeurs fibro-plastiques proprement dites ne seront donc guère rencontrées dans les cavités des fosses nasales. Le cancroïde papillaire s’y observe rarement. J’en ai cité un exemple dans la partie générale de cet ouvrage (tome I, p. 148, obs. LX). Quant aux tumeurs cancéreuses, elles proviennent plutôt des maxillaires ou de la base du crâne, quelquefois de l’intérieur du crâne, après avoir perforé l’os ethmoïdal.

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