‹ Traité d'anatomie pathologique générale et spécialeChapitre 37 sur 165 · ARTICLE III. — DES ALTÉRATIONS ANATOMIQUES DU PALAIS ET DU PHARYNX · texte numérisé non relu

ARTICLE III. — DES ALTÉRATIONS ANATOMIQUES DU PALAIS ET DU PHARYNX

La membrane muqueuse des piliers est le siège des mêmes altérations inflammatoires que la muqueuse buccale; on y observe surtout l’angine érythémateuse et diphthéritique. Le palais, dans sa partie osseuse, est ensuite le point de départ de la destruction qui s’étend aux parties molles et qui ont pour conséquence des communications anormales entre les fosses nasales et la cavité buccale. Les ulcères syphilitiques des parties molles du palais peuvent s’étendre au loin, amener la destruction des piliers, d’une partie du voile, puis entraîner, par leur cicatrisation, des adhérences anormales et une grande gêne dans la déglutition. Les tumeurs des parties dures du palais proviennent, dans la majorité des cas, des maxillaires supérieurs, et ont été trouvées cancéreuses dans toutes les pièces de ce genre que nous avons eu occasion de disséquer. 11 en sera question à l’occasion des maladies de ces os, de même que nous passons sous silence également ici les tumeurs glandulaires du palais, dont nous avons déjà parlé à l’occasion des hypertrophies glandulaires en général.

Les amygdales peuvent aussi être le siège de maladies variées; elles sont peut-être le plus souvent le siège de l’inflammation, mais à des degrés variés. La forme la plus légère est :

1° L 'angine catarrhale simple , dans laquelle la membrane muqueuse est le siège d’une inflammation érythémateuse avec forte hypérérnie, tuméfaction légère et sécrétion muco-épithéliale augmentée. Cet étal se dissipe facilement, mais lorsque les malades la négligent ou s’exposent à de nouveaux refroidissements, l’inflammation se propage en étendue et en profondeur. Non-seulement il y a une tendance prononcée à l’envahissement successif des deux amygdales et des diverses parties du palais, mais le travail phlegmasique s’étend aussi en profondeur. Le tissu interfolliculaire sous-muqueux et la substance même des follicules deviennent le siège d’une hypérérnie inflammatoire; de là gonflement considérable, rougeur écarlate, infiltration œdémateuse de la muqueuse et surtout de la luette, et exsudation mucopurulenie plus ou moins abondante, qui, en se concrétant à la surface des amygdales, a plus d’une fois fait croire à l’existence d’une diphthérite. 11 n’est pa^ très rare non plus de voir des abcès se former dans le tissu sous-muqueux ou interfolliculaire, qui s’ouvrent ordinairement aussi spontanément, mais que j’ai aussi été obligé d’ouvrir avec le bistouri, lorsque la tuméfaction était telle qu’il y avait crainte de suffocation. Cette maladie est très sujette aux récidives, et bien des personnes ont chaque année une ou plusieurs fois des attaques d’angine tonsillaire fort incommodes, mais qu’on peut arrêter par la cautérisation au moyen du nitrate d’argent ou par une application de sangsues. Outre cette amygdalite plus générale, on observe aussi la phlegmasie partielle avec suppuration et ulcération d’un ou de plusieurs de ces follicules. L’angine simple peut se propager au pharynx et au larynx; elle est toujours bien différente de l’angine pseudo-membraneuse et diphthéritique, dont il sera question à l’occasion de la pharyngite, laquelle peut se montrer sous forme pseudo-membraneuse ou sous forme diphthéritique rongeante ; comme dans cette dernière, il y a souvent mélange de sang avec l’infiltration de l’ulcère; on l’a plus d’une fois confondue avec la gangrène, et la complication décrite comme angine gangréneuse, dans la scarlatine, n’est autre chose qu’une diphthérite. Les ulcères syphilitiques ont déjà été mentionnés plus haut et se caractérisent par la destruction d’une ou des deux amygdales, d’une partie du palais, de la luette, avec proportionnellement peu de phénomènes inflammatoires. Ici encore il faut distinguer les plaques muqueuses ulcérées, les gommes suppurées et les vrais ulcères secondaires.

2° Le cancer des amygdales et du palais est une affection peu fréquente; nous en avons distingué autrefois deux formes, le cancer diffus et le cancer enkysté, mais ce dernier n’est, d’après nos connaissances actuelles, qu’une hypertrophie glandulaire considérable. Le cancer diffus tend ordinairement à être volumineux, occupant peu à peu la partie postérieure de la bouche dans toute son étendue, et envahissant les parties situées au-dessus de l’ouverture supérieure des organes respiratoires et digestifs. Delà proviennent même ses principaux symptômes fâcheux. La surface de ce cancer montre, lorsqu’elle est intacte, une teinte rouge foncée allant jusqu’au violet. Lorsque le cancer est ulcéré, ce qui n’est pas

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le cas le plus fréquent, l’ulcère présente des végétations fongueuses, molles, rougeâtres, saignant facilement. On observe quelquefois, dans le carcinome du palais, une altération assez curieuse des rapports de position du voile du palais. La production accidentelle, après avoir poussé celui ci d’abord vers la base de la langue, le fait ensuite saillir en avant et le pousse peu à peu tellement dans cette direction, qu’il finit par former un angle aigu avec les parties osseuses du palais. Dans un cas très remarquable observé par M. Durând-Fardel, des adhérences avaient commencé à s’établir entre la muqueuse du voile et celle de la voûte palatine. La consistance de ces carcinomes est ordinairement plutôt molle; il est cependant bon de noter qu’elle est plus élastique et plus ferme sur le vivant qu’après l’extirpation ou à l’autopsie, ce qui provient de ce que la tumeur renferme, pendant la vie, une quantité plus grande de sang; parfois ce tissu cancéreux, mou et élastique, renferme des portions plus dures et plus consistantes, mais nous y rencontrons généralement plutôt la forme encéphaloïde que la forme squirrheuse. Lorsqu’on examine cette substance sur une coupe fraîche, on y trouve une teinte d’un jaune mat, une vascularité très peu notable, et tantôt une charpente fibreuse très apparente, remplie d’une substance molle, tantôt une substance d’une mollesse uniforme, sans fibres distinctes à l’œil nu. Une légère compression fait toujours sortir aisément une quantité abondante de suc cancéreux blanchâtre, trouble et lactescent, dans lequel le microscope fait reconnaître de nombreuses cellules cancéreuses, rondes ou allongées, ayant de 0mm,0l5 à 0inm,02 et renfermant un noyau de 0mm,01 à Oram,OI5. Les noyaux atteignent surtout ce dernier diamètre lorsqu’ils ne sont pas entourés d’enveloppes; parfois celles-ci les entourent si étroitement qu’il faut le secours de forts grossissements pour en reconnaître l’existence. Les noyaux renferment toujours des nucléoles volumineux de 0mm,0025 à 0mm,0033, ternes et opaques dans leur intérieur. Dans un cas nous avons rencontré des noyaux offrant seulement, en moyenne, 0mm,0075. On trouve en outre dans ce tissu des fibres cellulaires, des éléments graisseux, de la cholestérine, etc. Ce cancer peut parfois s’étendre aux piliers et même aux amygdales, d’autres fois il fait disparaître ces parties par la compression qu’il exerce sur elles. Parfois les glandes lymphatiques du cou, de la région sous-maxillaire ou des autres régions du cou se tuméfient et deviennent cancéreuses. L’infection générale de l’économie avec dépôts de matière cancéreuse dans xTaulres organes n’a ordinairement pas lieu dans le cancer du palais, ce qui ne peut s’expliquer que par la terminaison funeste avant que l’infection générale puisse s’opérer. Parmi les lésions concomitantes non cancéreuses, on a signalé la pneumonie, qui, ainsi que la pleurésie, termine souvent les maladies chro* niques les plus diverses. Dans le cas de M. Durand-Fardel, cité plus haut, une tumeur ossiforme volumineuse a été trouvée dans la substance du cœur.

Le cancer des amygdales est tantôt primitif, tantôt secondaire. Ce dernier point n’est pas toujours aisé à décider, et les observations que nous avons consultées à ce sujet ne renfermaient pas de détails suffisants sur la succession dans le développement des diverses tumeurs cancéreuses trouvées à l’autopsie. Le cancer peut occuper une amygdale ou les deux à la fois; on le rencontre ordinairement sous forme de tumeur développée dans l’épaisseur de ces glandes; à une période plus avancée, il se présente sous l’aspect d’un ulcère étendu qui offre tous les caractères de l’ulcère carcinomateux. Nous avons observé cette forme chez une femme très âgée qui a succombé dans l’espace de quelques mois à celle maladie, sans présenter, à l’autopsie, de localisation de cancer dans d’autres organes. Les glandes du cou se tuméfient aussi dans cette affection et deviennent le siège de dépôts cancéreux. Des tumeurs cancéreuses peuvent en outre se développer dans le voisinage du dépôt primitif, ce dont Lobstein cite un exemple curieux.

Le cancer du pharynx est une maladie d’autant moins bien connue qu’on l’a assez souvent confondu avec des tumeurs qui, développées dans le palais ou dans les amygdales, faisaient seulement saillie dans le pharynx, sans y avoir pris naissance. Il faut, par conséquent, se méfier des observations que l’on rencontre dans les auteurs sous le nom de cancer du pharynx. Comme le véritable carcinome de cette partie ne diffère guère que par le siège de celui de l’œsophage, nous n’entrerons dans aucun développement anatomique à son sujet.

Comme pour le cancer en général, la cause de la production du cancer de la partie supérieure des voies digestives nous est tout à fait inconnue. L’influence du sexe ne nous paraît pas marquée; sur six

cas, trois ont eu lieu chez des hommes et trois chez des femmes. La maladie paraît plutôt propre à l’âge avancé. Sur les six cas mentionnés, un seul avait rapport à une femme de quarante ans, un à une femme de cinquante et un ans, un à un homme de soixante-trois ans; les trois autres se trouvaient entre soixante et dix et quatre-vingts ans. L’âge moyen a été soixante-quatre ans.

3° Affections de la luette. Tout ce que nous avons dit des affections inflammatoires et ulcéreuses des amygdales s’applique aussi à la luette. Nous l’avons vue quelquefois presque entièrement détachée et même tout à fait détruite par suite de l’ulcération; nous l’avons vue aussi s’allonger outre mesure et s’élargir en même temps par l’hypertrophie de ses glandüles, mais nous croyons que l’on a généralement exagéré l’influence de son allongement. J’ai vu cet allongement coïncider avec une pharyngite chronique, et après avoir enlevé la luette, ce qui a été suivi d’une vive inflammation, la pharyngite ne s’est point améliorée.

La pharyngite aiguë n’offre rien de particulier, mais il nous reste à parler de la pharyngite chronique et de la pharyngite pseudo-membraneuse.

4°. L’ inflammation chronique du pharynx a une importance toute particulière par la gêne qu’elle produit dans l’exercice prolongé de la parole; aussi l’observe-t-on fréquemment chez les hommes livrés à des professions qui demandent, sous ce rapport, un exercice habituel et prolongé, tels que les avocats, les professeurs, les hommes d’église, les officiers, etc. Aussi les Anglais appellent-ils cette affection mal de gorge des membres du clergé. On l’observe cependant aussi en dehors de ces circonstances, en même temps qu’il existe des maladies de la peau. La membrane muqueuse offre une coloration rouge intense, quelquefois violacée; elle est parsemée de points saillants dont le volume varie entre celui d’une tête d’épingle et celui d’une lentille, et qui ne sont autre chose que des glandüles dilatées, fournissant une sécrétion muco-purulente habituelle; de là l'expulsion d’un mucus grisâtre et filant. J’ai vu plus d’une fois cette pharyngite chronique donner lieu à des erreurs de diagnostic et être confondue avec la phthisie tuberculeuse. L’erreur est d’autant plus facile qu’il n’est pas rare de rencontrer ces deux affections ensemble. Le repos, la cautérisation avec une solution concentrée de nitrate d’argent, les bains sulfureux et les purgatifs doux en triomphent ordinairement.

5° ho pharyngite pseudo-membraneuse est une affection bien autrement grave. Déjà connue des anciens, désignée par Arétée sous le nom d ’ulcus syriacum ou ulcus œgyptiacum, elle a été décrite de nouveau en 1557 par Pierre Forestus. Elle a régné vers le milieu du xvi° siècle, dans une grande partie de l’Europe, et entre autres à Zurich, à Bâle, à l’époque des grandes épidémies de peste; elle a fait de grands ravages dans le midi de ITtalie et en Espagne, au commencement du xvne siècle, et même en Espagne on lui a donné le nom de garotillo, parce que les malades mouraient suffoqués. Dans le xvme siècle, cette même affection a régné à différentes reprises à Paris et à New-York, où Samuel Bard l’a décrite avec beaucoup de soin; mais personne n’a fait de celte cruelle maladie une étude aussi suivie, aussi complète sous tous les rapports, que M. Bretonneau (de Tours), qui, depuis l’épidémie de la Flèche (ainsi depuis plus de trente ans), n’a cessé de s’en occuper, et qui lui a même donné le nom de diphthérite, auquel aujourd’hui on a donné une autre signification. Au moins les anatomo-pathologistes allemands désignent-ils sous le nom d 'exsudation diphthérilique une exsudation dans le tissu même des membranes muqueuses, qui alterne souvent avec l'exsudation pseudo-membraneuse, ce qubfait qu’il ne peut pas rester de doutes sur l’identité de leurs causes.

Dans cette maladie, on rencontre à la surface des amygdales et du pharynx des fausses membranes d’un blanc jaunâtre qui adhèrent ordinairement d’une manière assez ferme à la muqueuse sousjacente, et dans lesquelles nous avons trouvé les éléments de la fibrine, des cellules du pus et des cellules d’épithélium. Dans le pharynx même, la fausse membrane peut être plus étendue, et on la voit quelquefois se prolonger dans les fosses nasales ou eu bas, du côté du larynx et de l’œsophage. Comme l’inflammation qui donne lieu à cette exsudation détermine quelquefois des hémorrhagies capillaires, le produit exsudé peut avoir une teinte d’un gris sale ou brun; et comme toutes les exsudations de la bouche s’accompagnent volontiers d’une mauvaise odeur, ces fausses membranes ont souvent été prises pour les produits de la gangrène. Je n’ai point observé jusqu’à ce jour les lamelles superposées de ces fausses membranes, signalées par les auteurs que nous venons de citer. Je les ai vues parfois très minces,

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entre autres deux fois dans ce dernier temps, une fois chez un homme atteint de choléra, et chez lequel les fausses membranes occupaient le pharynx, descendaient dans l’oesophage, jusque près de l’estomac et dans la partie supérieure du larynx. Ces fausses membranes étaient minces aussi chez un jeune homme atteint de croup, qui en avait aux amygdales, au pharynx et sous la langue, et qui a bien guéri. Toutefois elles étaient assez consistantes pour que j’aie pu en enlever de grands lambeaux pour l’étude microscopique. Cependant elles peuvent atteindre 1 ou 2 millimètres d’épaisseur.

La muqueuse sous-jacente est le plus souvent intacte, comme dans le croup, très injectée, présentant même des ecchymoses, lorsque la mort a été prompte ou lorsque l’on examine l’arrière-gorge sur le vivant, à une époque rapprochée du début. Cependant il n’est pas très rare d’observer, dans quelques endroits, des érosions et même des ulcères. Toutefois j’ai cru quelquefois qu’il y avait des ulcères, à cause de l’adhérence des fausses membranes, mais la muqueuse boursouflée était intacte au-dessous d’elles. Les ulcérations sont parfois plus profondes sur les amygdales; toutefois, comme le font remarquer MM. Rilliet et Barthez, l’ulcération est bien plus fréquente dans la diphthérite secondaire. D’après M. Becquerel, la gangrène succéderait parfois à cette angine. Cependant sa description laisse des doutes et peut aussi bien s’interpréter comme celle d’une ulcération diphlhéritique profonde et sanieuse. Un dernier caractère anatomique de cette maladie est la tuméfaction des glandes lymphatiques sousmaxillaires, qui peuvent acquérir jusqu’au volume d’une noisette, d’une amande et au delà, et qui ne tendent guère à suppurer. Nous avons déjà vu plus haut que M. Bretonneau avait fait la même remarque dans le coryza pseudo-membraneux, et qu’il en a tiré un bon parti pour le diagnostic; même pour l’angine pseudo-membraneuse gutturale, ce signe nous paraît avoir une très grande valeur, par la raison que, chez de très jeunes enfants, on a quelquefois beaucoup de peine à examiner l’arrière-gorge ; mais lorsqu’on constate l’existence de ces engorgements glandulaires, il ne faut se laisser rebuter par aucun obstacle, car la vie de l’enfant peut dépendre de la destruction de ces fausses membranes et de la modification de la membrane muqueuse par les caustiques.

L’angine pseudo-membraneuse et ulcéreuse secondaire se rencontre quelquefois dans la scarlatine, plus rarement dans la fièvre typhoïde et la rougeole. Nous empruntons, pour la décrire, le passage suivant au travail de MM. Rilliet et Barthez (1) :

« 1° La membrane muqueuse offre au plus haut degré les caractères de l’inflammation : ainsi elle est d'un rouge très vif et le plus souvent chagrinée, dépolie, inégale à sa surface, très épaissie et très molle; les amygdales, volumineuses et molles, inégales et souvent déchiquetées, sont infiltrées de pus. En outre, on voit quelquefois la membrane muqueuse entamée par des ulcérations plus ou moins profondes, de forme variable, sinueuses et analogues aux traces que les vers laissent sur le drap; elles s’étendent en serpentant aux différents points du pharynx, ou bien circulaires, de la dimension d’une pièce de 50 centimes à 1 franc, elles intéressent toute l’épaisseur de la membrane muqueuse et du tissu sous-muqueux; leurs bords sont rouges, tuméfiés, taillés à pic, non décollés; leur fond est constitué par les fibres musculaires, tantôt saines ou de couleur rosée, tantôt vivement injectées, mais jamais épaissies ni ramollies. L’ulcération est quelquefois limitée à la face interne des amygdales, qui paraissent alors profondément excavées. Ces différentes altérations de la membrane muqueuse sont presque toujours accompagnées d’une sécrétion pseudo-membraneuse.

» 2° Fausses membranes. On voit en différents points de l’arrière-gorge, et plus rarement dans toute son étendue, des fausses membranes d’ordinaire assez minces et molles, blanchâtres, grisâtres ou jaunes, disposées çà et là par fragments; presque jamais on ne peut les enlever en lames étendues; elles sont très fragiles. On retrouve aussi du liquide purulent abondant qui baigne toutes les parties enflammées. Quelquefois les fausses membranes, petites et minces, occupent la partie inférieure ou supérieure du pharynx, tandis que toutes les parties intermédiaires sont vivement enflammées et couvertes d’une couche de pus très abondant. Quand la maladie revêt la forme ulcéreuse, la muqueuse environnant les ulcérations présente une inflammation bien moins intense.

» Les ganglions sous-maxillaires, gros, rouges et mous, sont évidemment enflammés. »

L’angine pseudo-membraneuse primitive se complique souvent avec la diphthérite des autres : (1) Op. ciV.j't . I, p. 247.

membranes muqueuses et de la peau, surtout avec le coryza et la laryngite croupale. Celte marche envahissante de haut en bas est la règle dans l’angine épidémique. Dans quelques épidémies, les malades étaient quelquefois entraînés par des hémorrhagies, soit du nez, soit de diverses autres parties. La gangrène est une complication vague; enfin une broncho-pneumonie peut aussi survenir comme complication. La maladie sporadique est moins grave que l’épidémique, et ce n’est pas toujours la propagation au larynx qui devient la cause de la mort. M. Bretonneau et MM. Rilliet et Barthez en ont cité des exemples, et j’en ai observé un dont voici, en quelques mots, le résumé :

Un enfant âgé de cinq ans fut atteint de diphthérite qui, traitée par la cautérisation avec le nitrate acide de mercure, et par l’usage intérieur du carbonate d’ammoniaque, parut s’amender notablement pendant quelques jours. Cependant la maladie se prolongea ; les plaques cautérisées se guérirent, mais il survint d’autres exsudations tout autour et dans plusieurs parties de la muqueuse nasale et pharyngienne; les amygdales devinrent le siège d’altérations profondes, et l’enfant succomba, après s’être graduellement affaibli, sans éprouver une gêne dans la respiration, ni fièvre bien forte. Les fausses membranes de la muqueuse des fosses nasales et du pharynx, ainsi que les abcès des amygdales, furent les seules lésions que révéla l’autopsie.

Ces produits d’exsudation étaient formés de globules pyoïdes renfermés dans une substance hyaline stratifiée, sans trace de fibration élastique; montrant, du reste, l’apparence fibreuse bien moins que ce n’est ordinairement le cas dans les fausses membranes qui ne sont pas tout à fait récentes, ils avaient plutôt la consistance et la cohérence de la gélatine.

On a souvent discuté la question de la contagion de la maladie, mais elle ne saurait être révoquée en doute. M. Bretonneau cite l’observation de M. Herpin (de Tours), qui a pris la maladie en traitant un enfant qui en était atteint, et nous devons déplorer la perte récente de notre ami M. le docteur Valleix, dont les travaux ont rendu tant de services à la science. M. Valleix, après avoir cautérisé un enfant atteint d’angine, a gagné la maladie et en est mort(l). M. Blache a perdu aussi un fils qui donnait les meilleures espérances, par cette triste maladie, qu’il avait prise en cautérisant un enfant qui en était atteint. C’est surtout par le crachement des enfants que des parcelles diphthériliques sont entraînées et se déposent probablement en premier lieu sur la muqueuse nasale ou pharyngée. L’affection est plus fréquente chez les garçons que chez les filles, et on l’observe de préférence entre deux, huit et dix ans. Quant a la pharyngite ulcéro-membraneuse secondaire, nous avons déjà vu plus haut qu’elle s’observait de préférence dans la scarlatine, dans laquelle on l’a décrite comme angine gangréneuse. MM. Rilliet et Barthez l’ont observée dans la rougeole et la fièvre typhoïde ; je l’ai vue survenir dans la dysenterie aiguë, et une fois aussi dans la forme chronique. J’en ai vu un exemple dans la dernière épidémie de choléra qui a régné à Zurich. Déjà Virchow avait attiré l’attention, dès 1848, sur la fréquence des affections diphthéritiques dans le choléra.

6° Des abcès rétro-pharyngiens. En faisant abstraction des collections purulentes rétro-pharyngiennes qui sont la conséquence d’une altération vertébrale, soit osseuse, soit articulaire, il reste encore un bon nombre d’exemples de phlegmons sous-muqueux du pharynx, dans lesquels le tissu cellulaire est le siège d’une inflammation purulente primitive, et nous préférons, pour cette maladie, le nom de phlegmon péripharyngien à celui d’abcès rétro-pharyngien, vu que la partie postérieure du tissu cellulaire qui entoure le pharynx est loin d’être le siège exclusif de ces collections purulentes. Il est vrai que l’abcès rétro-pharyngien est plus facilement reconnu, et j’en ai observé plusieurs exemples qui, après avoir formé des saillies considérables, en gênant fort la déglutition et la respiration, se sont ouverts spontanément et se sont guéris assez promptement. Lorsqu’en cas pareil les accès de suffocation ne sont pas tels que la vie soit en danger, il vaut mieux abandonner leur ouverture aux efforts de la nature; une petite ouverture vaut mieux, dans ces circonstances, qu’une incision trop étendue, contre laquelle M. Cruveilhier met avec raison les praticiens en garde. La quantité de pus qui s’écoule par ces ouvertures peut être très considérable. Nous ne connaissons pas, sous ce rapport, de fait plus curieux que celui rapporté par M. Priou (de Nantes), cité par M. Vidal (2). Le sujet était un homme âgé de trente-six ans, venant d’avoir un érysipèle qui disparut spontanément. Le cou était très gonflé,

(1) ’ Né à Toulouse, le 14 janvier 1807, François-Louis-Isidore Valleix, médecin de Thôpital de la Pitié, à qui de nombreux travaux assignaient une place si élevée dans la science, est mort à Paris, le 12 juillet 1855. Voyez la Notice publiée sur sa vie et ses travaux par le docteur Woiliez [Mémoires de la Société médicale d’ observation, Paris, 1856, t. III).

(2) Vidal, Traité de pathologie externe. Paris, 1855, t. III, p. 622.

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il y avait de l’oppression; la suffocation devint imminente. C’est alors, dit M. Priou, que le doigt, porté le plus profondément possible dans le gosier, fit reconnaître de la fluctuation dans les parois du pharynx. Une lancette fut dirigée sur le point présumé de l’abcès, mais elle fut repoussée par la langue. Le lendemain M. Priou se servit du pharyngotome. A peine les parois du foyer purulent furent-elles ouvertes, qu’une quantité prodigieuse de pus de bonne nature fut rendue par la bouche et le nez. La première portion, dit M. Priou, pouvait être évaluée à un demi-litre. Le lendemain il fallut revenir à une nouvelle ponction. 11 sortit encore une grande quantité d’humeur, mais alors elle fut couleur lie de vin, rouge, d’une odeur très fétide et d’une saveur très désagréable. La même ponction fut répétée encore trois fois, et le vingt-cinquième jour de la maladie, le malade était guéri.

Des abcès peuvent se développer aussi à la face antérieure du pharynx, entre celui-ci et le larynx; j’en ai observé un exemple chez un étudiant en médecine qui, après avoir eu un érysipèle de la face des plus violents, fut pris d’un engorgement phlegmoneux entre le larynx et le pharynx; après des souffrances assez vives, il fut promptement soulagé par l’ouverture spontanée de l’abcès, qui se vida dans le pharynx.

Un cas semblable a été rapporté par Béclard. Voici ce fait : Un étudiant, rétabli d’une fièvre typhoïde, sort par un temps pluvieux. La voix devient rauque, la déglutition difficile, la respiration gênée, douloureuse, et bientôt des menaces de suffocation engagent Béclard à pratiquer la trachéotomie. L’opération est sans avantages, le malade meurt. A l’ouverture du cadavre, on reconnaît une infiltration purulente dans la paroi antérieure du pharynx.

Les abcès des parois latérales du pharynx sont plutôt l’effet d’une vulnération ou de la présence d’un corps étranger.

Les phlegmons du cou, qui peuvent avoir leur siège dans le tissu cellulaire qui entoure la langue ou les glandes salivaires, ou dans les divers interstices musculaires, sont plutôt importants sous le rapport chirurgical que sous celui de l’anatomie pathologique; celle-ci ne distingue que les deux principales formes, l’inflammation plastique, l’induration et l’inflammation suppurée, qui peut alors fuser au loin, perforer même la cavité thoracique, ses divers organes, ou verser ses produits dans la cavité buccale, et entraîner ainsi des accidents variés. C’est donc plutôt dans les traités de chirurgie que l’on doit en parler avec détail.

Les kystes du cou ont déjà été mentionnés à l'occasion des kystes séreux en général, ainsi qu’en parlant des maladies de la glande thyroïde. Les fistules congénitales du cou, que l’on rencontre surtout sur le bord externe du muscle sterno-mastoïdien, sont aussi plutôt du domaine de la tératologie, et l’on est généralement d’accord à les regarder comme des restes des fentes branchiales, qui existent d’une manière passagère chez l’embryon du mammifère, aussi bien que dans les autres classes des animaux vertébrés, et que j’ai vues chaque fois que j’ai disséqué des embryons jeunes de quadrupèdes. C’est surtout chez ceux de la chauve-souris, que l’on peut se procurer facilement dès le commencement du développement, que j’ai pu suivre leur apparition, leur état et leur disparition.

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