‹ Traité d'anatomie pathologique générale et spécialeChapitre 42 sur 165 · UI · texte numérisé non relu

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peu Visibles.

Dans le tissu colloïde, on rencontre de grandes cellules concentriques renfermant des noyaux quelquefois peu caractérisés, ce qui arrive aussi parfois aux autres éléments libres, non renfermés dans les grandes cellules concentriques. Toutefois un examen attentif complet conduit aussi, pour l’étude de ces productions, à la constatation de l’existence des éléments histologiques essentiels du cancer.

MALADIES DE L’ESTOMAC

2° Les fbres du cancer de l'estomac, parfois très nombreuses, n’offrent aucun caractère spécifique; elles paraissent tantôt libres, tantôt englobées dans une masse intermédiaire, comme demi-transparente, et elles sont quelquefois accompagnées d’éléments fibro-plastiques qu’un œil exercé distingue toujours aisément de ceux du cancer.

3° La graisse , ordinairement assez abondante dans toute espèce de cancer, se trouve sous forme de vésicules, de granules, de grumeaux, ou à l’état liquide; nous ne l’y avons pas trouvée sous forme cristalline, mais nous ne serions nullement étonné que l’on trouvât des cristaux de cholestérine dans le cancer de l’estomac.

k° La matière gélatineuse , qui constitue l’aspect propre du colloïde, ne montre en elle-même aucune structure appréciable au microscope; onia trouve le plus souvent traversée de fibres fines. Il n’est pas rare d’y rencontrer des cellules cancéreuses, mais ces éléments ne lui appartiennent pas en propre. On y voit le plus souvent de petits corpuscules granuleux sans type fixe.

5° Les éléments mélaniques sont rares dans le cancer de l’estomac; nous n’en avons vu qu’une fois à la surface d’un ulcère cancéreux de l’estomac, sous forme de taches et de granules.

Quant à la surface des ulcères, on y trouve des cellules cancéreuses qui, dans les cas douteux, peuvent servir en même temps à décider si l’on a affaire à un ulcère simple ou à un ulcère cancéreux. On y trouve en outre de la graisse, des fragments de fibres, parfois des vibrions et des filaments d’algues, des globules de sang, et, dans des cas rares, de la matière colorante de la bile.

Nous ne pouvons terminer ce que nous avons à dire sur les éléments microscopiques du cancer de l’estomac, sans mentionner un fait peu observé jusqu’à présent, c’est l’existence de nombreux vaisseaux lymphatiques très visibles à l’œil nu, que nous avons rencontrés une fois à la surface des poumons et une autre fois à la surface des paquets de glandes mésentériques cancéreuses, dans des cas de cancer de l’estomac. L’aspect jaunâtre, les dimensions notables de ces vaisseaux, la proximité du cancer, dans ce dernier cas principalement, tout portait à penser que c’étaient des lymphatiques remplis de suc cancéreux ; il n’en était rien pourtant. J’en fis un examen très attentif en présence de MM. Cruveilhier et Blot. Après avoir disséqué, dans une certaine étendue, plusieurs de ces lymphatiques, je compris une portion de chacun d’eux entre deux ligatures, je les divisai ensuite au-dessus et au-dessous de ces ligatures, et les plaçai sur une plaque de verre, où je les ouvris, afin d’en examiner le contenu au microscope: je ne fus pas peu surpris de n’y voir aucune trace de cellules cancéreuses. Le contenu de ces lymphatiques n’était autre chose qu’un liquide renfermant beaucoup de granules et des globules graisseux. 11 y avait donc ici, comme dans des cas analogues que j’ai examinés, une simple distension des lymphatiques par leur contenu normal, distension consécutive à l’état cancéreux des ganglions voisins, dans lesquels ils ne pouvaient plus verser librement le liquide qu'ils renfermaient. Cependant il n’est pas très rare non plus de trouver des réseaux lymphatiques remplis de suc cancéreux.

N. Adhérence de l'estomac cancéreux aux organes voisins. — Il n’est pas rare de trouver à la surface externe de l’estomac cancéreux des adhérences plus ou moins intimes avec tous les organes du voisinage, non-seulement dans le cas d’un ulcère perforant, auquel ces organes servent de fond, mais même sans qu’il y ait le moindre travail ulcéreux. Le cancer de l’estomac suit en cela une des tendances les plus prononcées du cancer en général.

L’organe qui contracte le plus souvent ces adhérences est le foie : sur 20 cas où nous les avons notées, 12 fois l’estomac adhérait au foie. C’était ordinairement le lobe gauche du foie qui avait contracté des adhérences avec la petite courbure ou avec la région pylorique- Dans k cas il y avait en même temps des adhérences avec d’autres organes: une fois l’estomac adhérait au foie, à la rate, à l’épiploon, une fois au foie et au diaphragme, une fois au foie et à la face interne des parois abdominales, et une fois au foie, à la rate, au diaphragme et au poumon gauche, et il s’était établi même une communication entre la cavité de l’estomac et celle des bronches. M. Andral (l) décrit, dans sa Clinique médicale, un cas analogue fort curieux, dans lequel il existait une communication entre l’estomac cancéreux et l’intérieur du poumon gauche, frappé de gangrène; il y avait là un clapier dans lequel étaient compris

(1) Clinique médicale, t. II, p. 64-70.

T. II. — ANAT. PATHOL. — 28e LIVR.

MALADIES DU TUBE DIGESTIF ET DE SES ANNEXES

la plèvré, le diaphragme et la rate en grande partie détruite. Dans un cas enfin le foie et le pancréas adhéraient à là surface de l’estomac. Après le foie, c’est le pancréas qui est le plus souvent adhérent. Cetté adhérence a été constatée 7 fois sur 20: 3 fois c’était lé pancréas seul, une fois le pancréas et le foie, une fois le pancréas et le diaphragme, 2 fois le pancréas et l’épiploon; une seule fois enfin une adhérence s’était établie entre l’estomac et le côlon, et elle s’est terminée par une communication entre ces deux parties du tube digestif.

O. Péritoine. — Le péritoine est le siège d’altérations bien diverses dans le cancer de l’estomac; 5 fois sur les 57 cas analysés, il y avait un épanchement hydrôpique d’une sérosité citrine. 11 était peu considérable dans quelques cas, de deux à trois litres en moyenne, allant jusqu’à dix litres dans une de nos observations. 3 fois l’épanchement était de nature inflammatoire. Le liquide était trouble, floconneux, renfermait des fausses membranes et quelques débris même d’aliments; une fois il était coloré en noir. Dans ces trois cas, une perforation avait eu lieu, avec épanchement du contenu de l’estomac dans la cavité abdominale, et il s’en était suivi une péritonite suraiguë.

Dans 2 cas, nous avons rencontré de nombreuses petites tumeurs cancéreuses sur un grand nombre de points du péritoine; une fois c’étaient des tumeurs colloïdes, variant entre le volume d’un petit pois et celui d’une noisette, rondes, d’un gris jaunâtre, incomplètement transparentes et disposées par groupes. Dans un autre cas, les granulations, très nombreuses aussi, étaient d’un blanc mat et avaient quelque ressemblance avec les granulations tuberculeuses. Nous ne parlons pas ici de l’infiltration cancéreuse des glandes mésentériques, sur laquelle nous reviendrons plus loin.

L’épiploon, dans l’immense majorité des cas, était dépourvu du tissu graisseux qu’il renferme à l’état ordinaire, et ce n’est qu’une seule fois que celui-ci existait en quantité notable, ce qui s’expliquait par la marche rapide de la maladie : le malade avait succombé dans l’espace de quatre mois, et sa fin avait été de beaucoup accélérée par une gangrène survenue assez rapidement à la surface du foie, dans un endroit où il adhérait à l’estomac. Comme l’embonpoint de l’individu était conservé jusqu’à un certain degré, il n’est pas étonnant que l’épiploon contînt encore une bonne partie de son tissu adipeux.

P .Partie supérieure des voies digestives . — Les altérations de ces parties étaient rares et généralement non cancéreuses. Nous avons noté une fois l’existence d’une couche pseudo-membraneuse, qui, depuis la voûte palatine, s’étendait jusqu’au larynx. Dans un autre cas, une exsudation analogue occupait tout le pharynx et une partie de l’œsophage, dont la partie inférieure était élargie et couverte de nombreuses petites ulcérations. 2 fois nous avons trouvé les follicules de la partie inférieure de Lœsophage très développés, saillants, ayant jusqu’au volume d’une petite lentille, lésion que nous avons déjà décrite plus haut avec quelques détails. La membrane muqueuse, dans un de ces cas, était épaissie. 3 fois l’œsophage était dilaté, une fois à la partie supérieure et 2 fois à la partie inférieure; 2 fois enfin , les tuniques muqueuse et musculaire de l’œsophage étaient épaissies et hypertrophiées, ayant entre k et 5 millimètres d’épaisseur.

Q. Intestins. — Ils n’ont pas toujours été examinés avec l’attention nécessaire, mais dans les cas où on les a soumis à une observation plus minutieuse, on y a presque toujours trouvé quelques altérations importantes. Sans compter les caillots sanguins provenant de l’estomac, ainsi qu’un liquide noir, semblable à celui des vomissements, il n’était pas rare de trouver dans l’intestin grêle et dans les gros intestins les signes non douteux de l’inflammation. Tantôt c’était une injection vive, avec un léger ramollissement de la muqueuse, tantôt un ramollissement bien prononcé, avec une rougeur moins vive. Dans d’autres cas, la muqueuse était molle et épaissie, presque sans rougeur. Il va sans dire que nous nei comptons pas comme lésion l’imbibition rougé ou violacée résultant de la présence dans lès intestins de sang plus ou moins altéré provenant de l’estomac. Dans un cas tout récent nous avons trouvé de nombreuses tumeurs cancéreuses sous lal muqueuse de l’intestin grêle. Bien souvent les intestins étaient revenus sur eux-mêmes et avaient assez notablement diminué de calibre, sans qu’il existât de rétrécissement partiel. On se rend facilement compte de ce fait lorsqu’on considère combien la quantité des aliments, qui, à l’état de santé, arrivent aux intestins, est diminuée par les vomissements, si fréquents dans le cancer de l’estomac. Il nous reste enfin à noter que, dans l’intestin grêle surtout, les altérations

MALADIES DE L’ESTOMAC

inflammatoires né se rencontrent guère dans le duodénum et près du pylore, alors même que celui-ci est malade, mais bien plutôt dans la partie inférieure de l’intestin grêle. Ce fait serait étonnant si, comme quelques auteurs l’ont pensé, le squirrhé du pylore était une maladie d’origine inflammatoire, car, dans Ce cas, celle-ci devrait souvent se propager par continuité vers le duodénum.

R. Foie. — Cet organe est, sans contredit, celui qui participe le plus souvent aux affections cancéreuses de l’estomac, et il n'est pas rare qu’il soit en même temps atteint de cancer. Nous avons vu plus haut aussi que le foie formait assez souvent le fond des ulcères perforants de l’estomac; mais ses altérations sont bien plus variées encore. Voici le résumé de nos observations sur ce sujet :

1° Quatre fois nous avons trouvé le foie plus ou moins augmenté de volume, dépassant les côtes de deux à trois travers de doigt et s’étendant dans l'épigastre; mais cette simple hypertrophie ne fait pas atteindre au foie le volume considérable qu’il acquiert lorsqu’il est lui-même le siège du cancer. Deux fois sur ces quatre cas le foie était gras, et une fois surtout d’une manière bien prononcée, chez un malade qui était en même temps atteint d’une entérite chronique.

2° Deux fois cet organe était atrophié, il avait à peine le tiers de son volume normal.

3° Une seule fois nous avons noté des abcès multiples dans le foie, et l’on sait combien il est rare d’observer l’infection purulente en même temps qu’un cancer non opéré.

4° Deux fois la portion du foie qui adhérait à un ulcère de l’estomac était le siège d’une gangrène assezprononcée pour être réduite en putrilage noirâtre et fétide. La portion de l’estomac qui touchait cette partie était également gangrenée. Nous insistons sur ce fait, parce qu’on sait que les cas de véritable gangrène du foie sont rares dans la science.

5° Nous avons déjà parlé plus haut de 12 cas dans lesquels le foie formait le fond de l’ulcère dé l'estomaC ; il n’y avait dans ces cas d’autres particularités à noter que des brides d’adhérences, une infiltration cancéreuse, une teinte noirâtre du pourtour, et parfois une ulcération superficielle de la substance même du foie.

6° Nous avons noté 2 fois aussi des cicatrices à la surface et dans l’intérieur du foie, fait qui prend dé l’importance aujourd’hui, que l’école de Prague a commencé à fixer l’attention des pathologistes sur ces cicatrices, que les uns attribuent bien à tort à la guérison spontanée du cancer du foie, et d’autres à une affection syphilitique.

7° Le cancer du foie a coïncidé 15 fois sur 67, c’est-à-dire dans plus d’un quart des cas, avec lé cancer de l’estomac; 11 fois sur 15, la substance même du foie renfermait des tumeurs multiples, parfois disséminées à travers toute la substance du foie, d’autres fois plus nombreuses dans le lobe droit que dans la portion gauche; le volume de l’organe avait toujours augmenté et quelquefois atteint jusqu’au double de celui qu’il présente ordinairement. Une fois ce cancer disséminé a coïncidé avec une oblitération de la veine porte dans la majeure partie de son étendue, déterminée par des caillots intimement adhérents à ses parois. Une fois le tissu cellulaire qui entoure la veine ombilicale oblitérée était squirrheux, ét la même altération existait sur plusieurs points de la capsule de Glisson ; dans un autre cas de tumeurs cancéreuses placées dans le sillon de la veine ombilicale, le foie était beaucoup plus petit qu’à l’état normal, ce qui n’infirme pas la généralité du fait signalé plus haut, que le cancer du foie est ordinairement accompagné d’une augmentation de son volume; car, dans le fait dont nous parlons, il n’y avait point de masses cancéreuses dans la substance même du foie. Une fois du cancer colloïde existait non-seulement autour, mais dans la veine porte elle-même. Nous citons enfin un dernier fait dans lequel une végétation cancéreuse oblitérait le canal cholédoque, près de son embouchure dans le duodénum. Le foie était volumineux, et les conduits biliaires généralement dilatés. Nous avons trouvé des dépôts cancéreux secondaires dans le foie, 6 fois sur 11 de nos observations récentes, ce qui porterait la proportion dé l’infection à près d’un tiers.

Nous n’avons cité ici que très en abrégé les altérations cancéreuses du foie qui coïncident avec lé cancer de l’éstomac, pour y revenir avec beaucoup plus de détails dans la section spéciale consacrée au cancer du foie. Nous ajouterons seulement que la bile offrait peu de variations d’abondance et de coloration, et renfermait parfois des calculs biliaires. Du reste, pour juger à fond les changements qu’éprouve la bile, il aurait fallu le secours de l’analyse chimique.

MALADIES DU TUBE DIGESTIF ET DE SES ANNEXES

S. Pancréas el raie. — A part les adhérences signalées pins haut, qui existaient entre cet organe et le fond des ulcères cancéreux de l’estomac, nous n’avons noté que 2 fois un dépôt cancéreux dans cet organe; mais nous ne l’avons jamais rencontré dans un état d’inflammation ni d’hypertrophie. Nous pouvons en dire autant de la rate, qui, à part les adhérences, très rares encore, n’a point été trouvée malade; et il est curieux de constater combien cet organe participe peu au cancer de l’estomac.

T. Organes de la respiration. — Dans près de la moitié des cas, 24 sur 57, les organes de la respiration offraient des altérations assez légères parfois, graves et étendues dans d’autres. Parmi les altérations sans importance, nous notons 5 cas d’adhérences entre la plèvre costale et pulmonaire; deux fois nous avons noté l’emphysème pulmonaire à un léger degré ; 3 fois des épanchements pleurétiques purulents et pseudo-membraneux avaient hâté la terminaison funeste, et une fois il y avait en même temps une hépatisation grise du poumon; 7 fois des dépôts cancéreux ont été constatés dans les poumons, soit sous forme de plaques cancéreuses déposées entre la plèvre pulmonaire et la surface des poumons, soit sous forme de granulations, de tumeurs cancéreuses disséminées en plus ou moins grand nombre à travers les poumons. Une fois le cancer était surtout déposé dans les glandes bronchiques. Dans un cas, les vaisseaux lymphatiques de la surface des poumons étaient très développés.

Quoi qu’on ait dit de l’incompatibilité entre les tubercules pulmonaires et le cancer, nous avons rencontré simultanément ces deux affections dans un certain nombre de cas de cancer de l’estomac, 1 1 fois sur 57 (près d’un cinquième des cas). Mais comme il était important de déterminer si les deux maladies se sont développées à des distances éloignées l’une de l’autre ou en même temps, nous avons eu soin de noter à quel état se trouvaient ces tubercules pulmonaires : 5 fois sur les 11 nous avons constaté que cette affection était de date assez récente et avait poursuivi sa marche en même temps que le cancer, ou s’était même développée pendant le cours de l’affection carcinomateuse. C’étaient ou des granulations grises demi-transparentes, ou des tubercules jaunes crus ou ramollis; parfois il y avait même des cavernes, et 2 fois le tissu pulmonaire environnant était enflammé et hépatisé. Dans les 26 cas mentionnés de l’hôpital de Prague, il y avait également 4 fois des tubercules pulmonaires, dont une fois de date récente et 3 fois de date ancienne. Le cancer de l’estomac donne donc un nouveau démenti à cette prétendue loi d’incompatibilité ; et si l’on veut rester dans les bornes d’une sage réserve, on peut dire tout au plus que le cancer et les tubercules se rencontrent rarement ensemble, mais ne s’excluent point absolument.

Nous citons enfin, comme une dernière lésion des organes respiratoires, le cas très rare, observé une fois seulement, d’une fistule pulmonaire provenant d’une communication anormale établie entre l’estomac et l’un des poumons.

Nous avons rencontré, dans nos cas récents, trois nouveaux faits de tuberculisation pulmonaire récente et progressive, coïncidant avec le cancer de l’estomac; ce qui porte la proportion en tout à près de 10 pour 100.

U. Organes de la circulation. — Si nous regardons comme une coïncidence rare et tout à fait accidentelle, l’hypertrophie du cœur, l’altération des valvules, il n’en est plus de même de la diminution de son volume; et c’est un fait très digne de remarque que, 7 fois sur 57, nous avons trouvé le cœur notablement atrophié : il était d’un tiers ou de la moitié plus petit que ne le comportait la taille de l’individu; son tissu, du reste, était toujours ferme et résistant. Nous soupçonnons même que la diminution de son volume est plus fréquente que le chiffre indiqué.

Quant aux plaques ossiformes qui se rencontrent dans l’aorte, nous les avons constatées souvent, mais on sait combien elles sont fréquentes dans les maladies les plus diverses. Plusieurs fois nous avons trouvé dans la veine crurale une oblitération avec épaississement des parois et forte adhérence des caillots. 2 fois l’artère crurale était oblitérée, ce qui avait produit, dans un cas, le sphacèle du pied, tandis que dans un autre cas analogue, la gangrène sèche s’était développée dans les mêmes circonstances. Serions-nous en droit de regarder comme un cas d’inflammation de la veine porte la coïncidence une fois observée entre les abcès du foie el l’oblitération de la veine porte par des caillots adhérents? Il est bon d’ajouter que les veines spléniques et mésentériques étaient aussi en grande partie oblitérées dans les cas dont il s’agit.

MALADIES DE L’ESTOMAC

V. Lésions diverses. — Les altérations que nous allons mentionner nous paraissent tout à fait accidentelles. Deux fois la matrice renfermait des tumeurs fibreuses qui, chez une des malades, étaient en partie remplies de concrétions calcaires; il y avait en même temps des polypes muqueux dans la cavité de la matrice. Dans un autre cas, tout l’utérus était rempli par un polype de forme triangulaire, composé du tissu hypertrophié de la membrane muqueuse utérine. Deux fois l’ovaire contenait des kystes séreux, et la matrice renfermait en même temps des corps fibreux. Le rein droit, dans un cas, avait considérablement diminué de volume, l’uretère était dilaté; le rein gauche était hypertrophié. Chez un de nos malades, nous avons constaté un vice de conformation curieux, mais pas très rare : les deux reins étaient réunis en un seul, placé en travers, sur la colonne vertébrale. Chez deux malades, il existait un ramollissement cérébral; chez un autre, une méningite ancienne, et un de nos sujets, enfin, était atteint en même temps de carie vertébrale.

X. Dépôts cancéreux dans d’autres organes, chez les individus qui ont succombé au cancer de l’estomac. — Le cancer de l’estomac a été accompagné, 32 fois sur 57, de la formation de tumeurs cancéreuses dans d’autres parties (à peu près dans les 4/7es des cas). Les parties qui entourent l’estomac sont celles que nous avons le plus souvent trouvées atteintes de cancer, principalement l’épiploon et le foie. Quant à l’épiploon, il était tantôt seul malade, tantôt entouré de glandes cancéreuses, du côté de la veine cave ou du pourtour de l’estomac, sans compter les cas d’adhérence. Il a été 9 fois atteint de cancer. Les glandes lymphatiques de toutes les parties voisines de l’estomac, celles qui entourent les gros vaisseaux, celles du mésentère, ainsi que les glandes bronchiques, étaient aussi cancéreuses, dans le quart des 32 cas de généralisation du cancer. Quelquefois seules malades, et formant alors des masses volumineuses, ces dépôts dans les glandes étaient d’autres fois accompagnés de cancer dans plusieurs autres organes. Pour le cancer du foie, nous avons déjà vu plus haut que son degré de fréquence était de 15 sur 32 (près de la moitié), et nous avons vu qu’il n’était pas rare non plus que les gros vaisseaux du foie ou le tissu cellulaire qui les entoure extérieurement fussent devenus le siège du dépôt cancéreux. Le péritoine était plusieurs fois recouvert de granulations squirrheuses ou colloïdes. Le tissu cellulaire sous-pleural, ainsi que les poumons, ont été secondairement atteints de cancer chez les sujets qui offraient des dépôts dans un assez grand nombre d’organes. Deux fois plusieurs os du squelette étaient devenus cancéreux, au point que des fractures s’en étaient suivies.

Pour donner une idée de la multiplicité des dépôts cancéreux dans quelques-unes de nos observations, nous citerons quelques faits très en abrégé: 1° Tumeurs cancéreuses dans les intestins, dans les poumons, dans le cerveau, dans la vulve et dans les glandes inguinales ; 2° petites tumeurs cancéreuses dans l’épiploon, autour du pylore, à la surface du foie, autour des gros vaisseaux, dans le pancréas, autour des canaux cystique et cholédoque, à la surface de la rate, des intestins et des reins, ainsi qu’à la surface et dans l’intérieur des poumons; 3° tumeurs cancéreuses dans l’épiploon, dans les glandes mésentériques et bronchiques, à la surface du péritoine, dans la peau et dans plusieurs os du squelette; 4° cancer du pancréas, de la base du crâne et de plusieurs os des membres, avec fracture consécutive.

Dans nos 1 1 observations récentes, nous avons constaté 9 fois l’existence des cancers secondaires, siégeant surtout dans le foie (une fois dans la veine porte), le péritoine, les glandes lymphatiques delà cavité abdominale, plus rarement dans les voies respiratoires et les glandes lymphatiques superficielles du corps.

Dans un cas tout récent, les poumons étaient parsemés de granulations et de tubercules de nature cancéreuse, et le cancer avait envahi les bronches jusque dans les petites ramifications; tout autour de l’estomac, le pancréas, les glandes mésentériques, l’épiploon, le diaphragme et les intestins offraient de nombreuses granulations ou tumeurs cancéreuses.

La lecture attentive des 26 cas mentionnés dans les rapports de l’hôpital de Prague nous montre aussi 14 fois l’existence du cancer dans d’autres organes que dans l’estomac. Outre les points de l’économie dans lesquels nous en avons signalé l’existence, nous trouvons mentionnés dans ces rapports quelques points dans lesquels nous ne l’avons jamais rencontré, tels que le périoste d’une des vertèbres lombaires, la paroi antérieure du rectum. Nous y trouvons signalée l’existence simultanée du cancerdans l’estomac, dans la valvule de Bauhin, dans le rectum, le péritoine, le mésentère, les glandes bronchiques, les ovaires et les trompes de Fallope.

MALADIES DtJ TUBE DIGESÏIF ET DE SES ANNEXES.

Si le cancer produit, comme nous venons de le voir, dans plus de la moitié des cas, des dépôts secondaires dans un assez grand nombre d’organes, nous n’avons cependant pas rencontré jusqu’à présent un seul cas dans lequel le cancer de l’estomac se fût développé comme cancer secondaire; ainsi c’est donc à la fois un des organes des plus souvent atteints du cancer, et un des plus constamment atteints de localisation primitive du cancer. Quant à la généralisation secondaire, nous rencontrons le foie en première ligne; viennent ensuite les glandes lymphatiques, l’épiploon, le péritoine, le pancréas, les organes respiratoires et génitaux, ainsi que le système osseux.

Les malades, ordinairement parvenus déjà à la seconde moitié de la vie, ou même dans un âge avancé, sont pris, au milieu d’une santé passable, de troubles de la digestion, qui devient lente, difficile et s’accompagne de rapports simplement gazeux ou aigres, d’éructations et de nausées. Des douleurs plus ou moins vives se manifestent souvent dès le début dans la région de l’estomac; elles sont surtout pénibles pendant la digestion et augmentées par la pression. Bientôt il survient des vomissements, d’abord rares, une ou plusieurs fois par semaine, ensuite tous les jours, et souvent même plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. Les matières vomies se composent d’abord d’aliments plus ou moins bien digérés, ou d’un liquide glaireux, jaunâtre ou acide, ou d’un liquide verdâtre, amer, renfermant de la bile. Lorsque les vomissements ont persisté pendant quelque temps, les matières vomies présentent une teinte plus ou moins foncée, brune, couleur de chocolat, noire comme de la suie délayée, ou offrant l’aspect de marc de café, ou enfin d’un brun rougeâtre, mêlé de grumeaux et de caillots sanguins.

Malgré le mauvais étal de la digestion, la langue reste nette et n’offre que vers la fin un enduit léger, de la sécheresse ou des exsudations pultacées. Les garderobes deviennent plus rares dès le début, et la constipation est un des symptômes ordinaires de la maladie commençante; mais, vers la fin, elle est souvent remplacée par une diarrhée plus ou moins abondante. Quant aux douleurs épigastriques, elles s’étendent, à mesure que le mal fait des progrès* vers l’hypochondre droit, plus rarement vers l’hypochondre gauche, puis sur toute la partie supérieure de l’abdomen, et quelquefois au dos. L’appétit est le plus souvent altéré; quelquefois conservé au début, il est bientôt remplacé par une anorexie plus ou moins complète; il est rare que les malades soient tourmentés par la soif, si ce n’est quelquefois tout à fait vers la fin.

Un des signes importants pour reconnaître le cancer de l’estomac est l’existence d’une tumeur dans la région qu'il occupe. Celle-ci manque, il est vrai, dans un certain nombre de cas, mais elle existe le plus souvent, et devient alors un signe pathognomonique. On la rencontre plus fréquemment dans la région du pylore, près des fausses côtes droites, sous lesquelles elle ne s’enfonce pas; d’autres fois elle se rencontre à l’épigastre, plus rarement à gauche. Lorsque l’estomac est dilaté ou déplacé, la tumeur se fait sentir plus bas, autour de l’ombilic ; lorsque le palper ne fait pas découvrir de tumeurs, il n’est pas rare de rencontrer, dans la région de l’estomac, une rénitence particulière. Le volume de ces tumeurs varie entre celui d’un œuf de pigeon et celui du poing, leur surface est ordinairement irrégulière. A ces signes locaux se joignent de bonne heure des symptômes généraux d’une grande importance : tel est le teint pâle, anémique ou jaune-paille, si fréquent dans les affections cancéreuses. Les malades maigrissent rapidement, ils perdent leurs forces; bientôt ils sont obligés de cesser toute occupation. Leur disposition d’esprit devient sombre et soucieuse, leur caractère irritable; leurs souffrances, de plus en plus continues, les privent de sommeil : mais, au milieu de tous ces signes fâcheux, il ne se déclare pas de fièvre; le pouls reste à peu près normal, ainsi que la température du corps, qui, souvent même, est au-dessous de ce qu’elle est à l’état de santé. 11 va sans dire que des symptômes fébriles surviennent si des tubercules pulmonaires se développent, si une inflammation des voies respiratoires ou du péritoine complique le cancer; mais nous ne voulons pas entrer, dans cette courte esquisse, dans les détails des symptômes fournis par ces diverses complications.

Après une durée qui, en moyenne, est à peu près d’une année, quelquefois de deux, rarement au delà, la mort survient, mais auparavant les malades sont arrivés au dernier degré de marasme, tout en conservant le plus souvent leur parfaite connaissance presque jusqu’à la fin.

La marche de la maladie est souvent latente pendant quelque temps, mais ces symptômes se prononcent de plus en plus,

Maladies de l’estomac.

Dans 30 cas, la durée moyenne n’a pas été tout à fait de 13 mois; dans 7 cas, elle n’a pas dépassé 6 mois; dans 11 cas, elle a été de 6 mois à 1 an; dans 11 autres cas, elle a varié entre 1 et 2 ans, et une seule fois elle a été de 3 ans et 2 mois. Voici le tableau de cette durée :

De 3 mois . 2

3 à 6 mois . 5

6 à 9 mois . 6

9 à 12 mois . 5

Report. . . 18

A reporter. . . 18

De 12 à 18 mois . 4

18 à 24 mois . 7

24 à 38 mois . 1

Total ... 30

La marche a été plus rapide encore dans nos observations récentes; la durée avec des symptômes prononcés a été notée 10 fois : elle a été 3 fois de 3 à 6 mois, 4 fois de 6 à 9 mois, une fois de 18 mois, une fois de 3 ans et une fois de 4 ans ; la durée moyenne a été 14 mois 7/1 0es, mais on voit qu’il n’y a eu que 3 cas de durée de 18 mois à 4 ans, tandis que 7 fois la durée a varié entre 3 et 9 mois.

La terminaison a été fatale dans tous les cas que j’ai observés.

Le cancer de l'estomac est sans contredit un des plus fréquents; d’après M. d’Espine, de Genève, il en meurt I /38e delà population génevoise. Celte maladie est un peu plus fréquente chez les femmes que chez les hommes d’après le même auteur, qui, sur 116 cas, l’a observé 54 fois chez les hommes et 62 fois chez les femmes; en comptant mes observations récentes, j’ai, sur 51 cas, 25 hommes et 26 femmes.

Cette maladie est rare avant l’âge de 35 ans, et sa fréquence va en croissant jusqu’à l’âge de 60 ans. Voici deux tableaux comparatifs, celui de M. le docteur d’Espine et le mien ; j’ai ajouté dans ce dernier, entre parenthèses, les chiffres récents, en laissant ainsi intact mon ancien tableau :

Lkbeut. d’Espine. Totaux. | Lebert. d’Espine. Totaux.

De 21 ans .

A reporter.

30 à 50 ans . .

35 à 40 ans . .

65 à 70 ans . .

40 à 45 ans . .

70 à 75 ans . .

45 à 50 ans . .

75 à 80 ans . .

50 à 55 ans . .

80 à 85 ans . .

55 à 60 ans . .

85 à 90 ans . .

Report .

Totaux.

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le?

L’âge moyen, d’après notre statistique ancienne, est de 54 ans et 25/42es ; mais nous avions, à cette époque, recueilli un grand nombre d’observations à l’hospice de la Salpêtrière, tandis que nos observations récentes, recueillies dans un hôpital destiné à tous les âges de la vie, ont donné une moyenne de 44 ans.

L’influence du séjour à la ville ou à la campagne, ainsi que celle des saisons, n’est pas encore nettement établie; la richesse, loin d’en préserver, a paru offrir à M. Marc d’Espine une plus forte proportion que le contingent fourni par la classe pauvre. L’influence d’une mauvaise alimentation et même des excès alcooliques est pour le moins douteuse. L’hérédité est plutôt l’exception que la règle.

Le traitement de cette maladie, ordinairement incurable, ne peut être que palliatif et symptomatique. Une alimentation légère, d’une digestion facile, des repas peu abondants, des eaux gazeuses contre les vomissements, des narcotiques, parfois les sangsues contre des douleurs vives, des alcalins contre les aigreurs, des opiacés et des lavements astringents contre la diarrhée, de légers antispasmodiques contre les symptômes essentiellement nerveux : tels sont les. principaux moyens à l’aide desquels l’art peut procurer un soulagement passager à ces malades, auxquels il ne peut pas donner de guérison.

Nous terminons ici tout ce que nous avions à dire sur les maladies de l’estomac : nous aurions bien pu entrer dans quelques détails encore sur certains états que les anatomo-pathologistes décrivent comme essentiels, tels que le rétrécissement, la dilatation, l’hémorrhagie de cet organe; mais comme nous n’envisageons ces sortes d’altérations que comme symptomatiques et consécutives à des maladies essentielles de nature tout à fait différente; comme le cancer, par exemple, peut à lui seul provoquer le rétrécissement, l’ampliation, des hémorrhagies, etc., nous avons préféré ne point parler à part de ces lésions en les rapportant plutôt aux maladies primitives et essentielles.

MALADIES DU TUBE DIGESTIF ET DE SES ANNEXES

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