‹ Traité d'anatomie pathologique générale et spécialeChapitre 50 sur 165 · MALADIES DU TISSU CELLULAIRE RÉTRO -PÉRITONÉAL · texte numérisé non relu

MALADIES DU TISSU CELLULAIRE RÉTRO -PÉRITONÉAL

que dans d’autres conditions. Ordinairement l’inflammation se propage au péritoine, qui, à son tour, peut montrer toutes les altérations indiquées à l’occasion de la péritonite. Le tissu cellulaire du phlegmon pelvien montre toujours une vive injection, une induration plus ou moins marquée; lorsque la suppuration en a été la terminaison, une membrane pyogénique en revêt les parois, et en outre le pus peut exister à l’état d’infiltration entre les muscles voisins, dans le psoas, le carré des lombes et l’iliaque. J’ai vu cette inflammation se propager et provoquer une phlébite suivie d’infection purulente. Plusieurs fois ces abcès se sont formés sous l’influence de la péritonite tuberculeuse.

L’abcès peut s’ouvrir de bien des façons diverses : nous l’avons vu se frayer une issue par les parois abdominales, dans la région inguinale, dans les régions lombaires ou fessières, dans le vagin, la vessie et proportionnellement souvent dans le rectum ; une fois même, dans un de nos faits, il a perforé le péritoine et amené une péritonite mortelle; on cite enfin des perforations dans l’articulation coxo -fémorale. Lorsque le pus vient de s’ouvrir à l’extérieur, même en dehors des intestins, il offre généralement une odeur fécale, à cause de la proximité de ces organes. Quant aux intestins, ces abcès s’ouvrent plus rarement dans le cæcum ou dans le côlon ascendant; j’ai vu une fois la perforation simultanée à travers la vessie et à travers le rectum dans la période de convalescence d’une scarlatine; la jeune malade a parfaitement guéri. On a cité des exemples d’abcès qui se sont ouverts par le col utérin, dans la veine cave même. Dans dés cas heureux, le pus une fois évacué, la cavité de l’abcès se resserre et se cicatrise peu à peu; malheureusement ce foyer devient volontiers le siège d’une exsudation purulente prolongée, c,e qui peut entraîner les accidents de l’infection putride, ou l’épuisement par une espèce de fièvre septique, ou une recrudescence inflammatoire dans les parois du foyer. La gangrène, enfin, a terminé plusieurs fois cette maladie. Nous avons rencontré l’inflammation du tissu cellulaire ou péricæcal plus fréquemment chez les hommes que chez les femmes, tandis que le tissu cellulaire profond du bassin s’enflamme de préférence chez les femmes, soit après les couches, soit après les fausses couches, soit encore en dehors de tout, état puerpéral. C’est entre vingt et trente ans que cette maladie a sa plus grande fréquence- Nous nous trouvons généralement bien de traiter au début ces affections par les antiphlogistiques; l’opium et les vésicatoires volants peuvent rendre de grands services plus lard, en épargnant du sang. Quant aux abcès, nous ne les ouvrons que lorsque la fluctuation extérieure est manifeste. Dans tous les autres cas, nous abandonnons cette ouverture à la nature.

11 ne nous reste plus qu’à donner quelques détails sur les kystes hydatiques du bassin, qui ordinairement se trouvent en dehors du péritoine, dans le tissu cellulaire, qui le double extérieurement. Nous exposerons l’état actuel de la science sur ce sujet, d’après un beau travail de notre savant ami M. le docteur Charcot (1) :

« Les kystes hydatiques du petit bassin ne sont pas tout à fait rares; en effet, sur 4-3 cas de kystes hydatiques développés dans diverses régions du corps, et relatés dans les Bulletins de la Société anatomique (de 1828 à 1849), on trouve trois cas de kystes hydatifères extrapérilonéaux du petit bassin, et un cas de kyste hydatique ovarique tombé dans le cul-de-sac recto-vaginal et y adhérant intimement.

» Si l’on s’en tient aux observations publiées dans le même recueil, ces tumeurs viennent, par leur fréquence, immédiatement après celles de même nature qu’on trouve dans le parenchyme du cerveau et dans celui du poumon.

» Sur les 12 cas qui font le sujet de ce travail, 6 appartiennent à la femme, 5 à l’homme; dans un cas, le sexe n’a pas été noté. Sur les 6 exemples où la femme a été atteinte, nous voyons 2 fois les hydatides naître primitivement dans l’ovaire; dans les 4 autres exemples, le tissu cellulaire souspéritonéal du petit bassin a été le siège primitif du développement des acéphalocysles. Les malades dont nous avons analysé l’histoire avaient généralement plus de trente ans, bien que l’âge n’ait pas toujours été indiqué avec précision.

» C’est dans le tissu cellulaire sous-péritonéal du petit bassin que, suivant nous, les kystes hydatiques de la région pelvienne prennent le plus souvent naissance. Chez l’homme, ils n’ont pas d’autre siège primitif; le plus généralement alors, c’est entre le rectum et le col de la vessie qu’ils se développent,

(1) Mémoins de la Société de biologie, t. IV, p. 117.

MALADIES DU TUBE DIGESTIF ET DE SES ANNEXES

en les refoulant chacun de leur côté; ils peuvent cependant encore se développer entre le péritoine et la face postéro-supérieure de la vessie (obs. de Richter). Chez la femme, c’est entre le rectum d’une part, le vagin et l’utérus de l’autre, sous le péritoine qui unit la fin de l’intestin aux organes génitaux, qu’ils naissent et s’accroissent. On conçoit cependant qu’ils siègent dans les ligaments larges (obs. de Roux), et alors la tumeur qu’ils déterminent dans le vagin sera située à droite et à gauche de l’axe de ce conduit.

» Mais chez la femme encore, nous voyons l’ovaire transformé en kyste hydatique, tomber dans le cul-de-sac recto-vaginal, se développer plutôt du côté du périnée que du côté de l’abdomen, adhérer aux parties voisines, et venir constituer, en définitive, une tumeur du petit bassin. Ce n’est d’ailleurs qu’à la condition d’adhérences solides amenant l’irréductibilité de la tumeur et de son développement vers le périnée plutôt que du côté de l’abdomen, que nous l’admettons dans le champ d’étude que nous nous sommes proposé ; la proéminence de tumeurs ovariques dans le vagin et dans le rectum est en effet chose commune, et les kystes hydatiques de l’ovaire peuvent, à cet égard, se comporter comme les autres tumeurs de la même glande; mais tant qu’ils sont mobiles, réductibles, qu’ils changent de place par les diverses attitudes du corps, bien que, par une de leurs extrémités, ils proéminent le bassin, ils diffèrent assez des véritables tumeurs de celte région pour qu’on les étudie à part.

» Dans les kystes extrapéritonéaux, on trouve la membrane enveloppante constituée par du tissu fibreux dense, muni de vaisseaux. Le kyste a contracté des adhérences toujours assez intimes avec les organes voisins. Le rectum- a été comprimé, ses fibres musculaires se sont développées pour lutter contre l’obstacle au cours des matières fécales. L’utérus a été déplacé en totalité, porté en haut et en avant contre le pubis; son col, ne participant pas toujours à ce mouvement d’ascension, s’est aplati et allongé. Chez l’homme, la vessie urinaire, directement comprimée au niveau de son col, s’est hypertrophiée, comme il est de règle en pareil cas.

» Quand, chez la femme, les kystes hydatiques ovariques ont pris place parmi les tumeurs du petit bassin, des adhérences se sont établies entre la tumeur et les parties voisines; le cul-de-sac recto-vaginal a, par suite, cessé de faire partie de la grande cavité péritonéale. Par suite, en même temps que ces tumeurs ont confondu leur histoire symptomatique avec celle des kystes du tissu cellulaire, elles ont été soumises aux mêmes indications chirurgicales.

» Dans plusieurs cas, les kystes du petit bassin étaient multiples, et en particulier, dans celui qui nous est propre, un des deux kystes s’était ouvert par le rectum, tandis que l’autre était resté complètement clos.

» Tant que ces kystes ne sont pas assez volumineux pour gêner dans leurs fonctions les organes voisins, aucun phénomène particulier ne révèle leur présence. Toutefois on conçoit qu’ils causent certains accidents plus ou moins graves, alors même que leur volume n’est pas très considérable; les kystes hydatiques, en effet, sont soumis à une loi d’évolution dont le but est l’élimination des hydatides; alors, quand l’époque de l’évacuation du contenu est arrivée, époque que rien ne peut faire prévoir, soudain le liquide où nagent les acéphalocystes devient lactescent, purulent, les parois du kyste enveloppant s’ulcèrent et les hydatides plus ou moins altérées sont expulsées dans une cavité voisine.

» Mais tout cela s’est accompagné de phénomènes locaux et de phénomènes généraux plus ou moins intenses, qui ont souvent appelé pour la première fois l’attention du malade sur une lésion déjà ancienne et dont il n’avait pas soupçonné l’existence. Ce travail spontané, imprévu, est pour ainsi dire l’apanage exclusif des tumeurs hydatiques. Rien de semblable, en effet, ne se rencontre dans les divers kystes hydatiques de la région qui nous occupe.

» Quant à la voie par où s’éliminent spontanément les hydatides, c’est, chez l’homme, souvent le rectum, quelquefois la vessie. Chose à noter : chez la femme, le rectum leur a donné issue, mais non le vagin. Il est assez probable, cependant, que beaucoup d’hydatides rendues par le vagin ou même par l’utérus provenaient de kystes du bassin.

» Nous n’avons pas trouvé d’exemples de kystes hydatiques du petit bassin ouverts dans le péritoine. »

DES HÉMORRHOIDES.

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