CCCLXXI. — Polypes du rectum. (PI. CXXI, fig
Un enfant avait souffert depuis quelque temps d’une diarrhée qui présentait quelques-uns des caractères de la dysenterie; il était survenu un léger prolapsus de la muqueuse du rectum. En examinant de plus près, on voit que ce mal est entretenu par la présence de plusieurs polypes d’un rouge jaunâtre, de 1 centimètre à 15 millimètres de longueur sur 5 à 9 millimètres de largeur. L’excision de ces polypes faite, l’enfant a promptement guéri. Nous les trouvons entièrement composés d’une hypertrophie locale de la couche glandulaire de la membrane muqueuse. Les polypes sont étroits, presque pédiculés à leur base, qui n’a que 2 à 3 millimètres de largeur. Des réseaux vasculaires nombreux se ramifient sur leur surface, leur donnent une teinte rouge uniforme qui, jointe à leur surface irrégulière et grenue, les fait ressembler à de petites fraises. — A leur surface on voit une multitude de petits trous qui correspondent à l’ouverture des glandules, qui ont 1/2 jusqu’à 2/3 de millimètre de longueur sur 1/5 environ de largeur. Leur surface est entourée d’arborisations vasculaires fines. A leur surface interne se trouve une couche de cellules épithéliales cylindriques disposées verticalement; les cellules ont jusqu’à 1/20 de millimètre de longueur sur T/100 au plus de largeur, et renferment un noyau oblong. On trouve mêlées à ces cylindres des cellules arrondies de 1/80 de millimètre de largeur, qui renferment un noyau de 1/100 de largeur. Quelques cylindres épithéliaux sont allongés et presque fusiformes. Dans quelques endroits les orifices des glandules convergent, tandis que leurs extrémités s’écartent, ce qui leur donne l’aspect de glandes lobées à digitations multiples.
CCCLXXII. — Polypes multiples sur toute la surface interne du côlon, épaississement de ses tuniques; pneumonie disséquante du lobe moyen droit. — Diarrhée incoercible, pneumonie gangréneuse. — Mort. (PI. CXX1I, fig. 1 et 2.)
Une femme, âgée de trente-deux ans, habituellement bien portante, souffre depuis un an d’une diarrhée opiniâtre, pour laquelle elle ne sait indiquer aucune cause. Elle est mère de trois enfants, dont le dernier âgé de deux ans. Elle a eu des couches heureuses, mais depuis les dernières ses règles n’ont plus reparu. Au commencement de sa maladie, elle n'a eu que trois ou quatre selles liquides par jour, sans coliques, mais ensuite elle en a eu en moyenne dix à douze et quelquefois davantage. Son appétit s'est assez bien conservé, mais ses forces et son embonpoint ont beaucoup diminué. Elle entre à l’hôpital de Zurich le 7 octobre 185â. Pendant tout le premier mois de son séjour, elle a bonne mine, bon appétit, pas de fièvre, une langue nette, mais remarquablement lisse et rouge. Elle reste levée toute la journée, et elle n’a point de fièvre. Elle a tous les jours huit à dix selles d’un blanc jaunâtre liquides, offrant parfois des éléments purulents, mais ne tenant ordinairement en suspension que des épithéliums et des masses granuleuses, jamais du sang. Les selles ne sont accompagnées ni de coliques, ni de ténesme; le ventre n’est point douloureux à la pression, et ne fait apercevoir aucune tumeur. Elle n’a jamais eu ni nausées ni vomissements. En introduisant le doigt dans le rectum, on sent à quelques centimètres au-dessus de l’anus une multitude de petits corps arrondis, du volume d’un petit ou d’un gros pois, à base trop solide pour qu’on puisse en enlever avec l’ongle. La malade reste pendant deux mois et demi à l’hôpital. Pendant ce temps on emploie sans succès les préparations opiacées, le cachou, le nitrate d’argent, le sous-nitrate de bismuth, l’acétate de plomb. Les astringents et les opiacés ont été également employés en lavements. La poitrine n’a rien offert d’anormal. A partir du commencement de novembre, l’appétit diminue, la soif devient vive, et l’amaigrissement fait des progrès. La langue devient encore plus rouge et plus lisse. Vers le milieu de novembre, pendant qu’elle prenait le cachou à la dose d’un à deux grammes par jour, la diarrhée a un peu diminué; elle n’avait que de quatre à huit selles par jour. Mais ce mieux n’a duré que pendant une semaine environ. Déjà dans la seconde moitié de novembre, elle ne peut plus quitter le lit que pendant quelques heures par jour; les garderobes s’accompagnent de coliques et quelquefois de frissons. L’anorexie est complète; le pouls est habituellement de 8â. Puis survient aussi du ténesme. La région du côlon transverse devient douloureuse à la pression, il y a souvent du gargouillement dans la région iléo-colique, les urines sont rares, foncées, sans albumine, d’une pesanteur spécifique de 8 à 10. — Pendant la première moitié de décembre, la malade tombe promptement dans un marasme complet. La langue et la muqueuse buccale deviennent le siège d’une exsudation blanchâtre, couenneuse, avec difficulté pour avaler et raucité de la voix. On cautérise les parties blanches accessibles avec Tacide chlorhydrique, qui, en effet, fait disparaître une partie des exsudations. Mais à partir du 12 décembre, la malade exhale une odeur fétide par la bouche ; pour la première fois elle tousse et rend des crachats jaunâtres, dont quelques-uns de couleur de rouille. La fièvre s’établit; la faiblesse devient extrême, au point qu’on ne peut ni l’ausculter ni la percuter. La diarrhée pendant les derniers jours est réduite à deux selles dans les vingt-quatre heures. On prescrit, bien que Ton soupçonne une pneumonie, une décoction de quinquina, du vin de Malaga, 1 à 2 centigrammes d’acétate de morphine pour le soir, et pour nourriture du lait et du bouillon. Le collapsus cependant fait des progrès incessants, et, après une longue agonie, la malade succombe le 19 décembre.
Autopsie faite trente-six heures après la mort. — Marasme extrême. Liquide cérébro-spinal notablement augmenté; cerveau un peu mou, anémique, normal du reste. En ouvrant la poitrine, on trouve en avant, à droite dans la moitié inférieure, un foyer purulent, limité par le sternum, le diaphragme, et la plèvre costale. Les deux poumons sont œdématiés, et le lobe moyen droit est en grande partie détruit par le foyer indiqué, autour duquel se trouvent de petits foyers qui varient entre le volume d’un pois et celui d’une noix. Le lobe inférieur participe à cette altération, mais à un moindre degré que le moyen. Toutes les parties malades exhalent une odeur putride, et dans le foyer principal se trouvent un grand morceau et plusieurs petits de tissu pulmonaire du volume d’un œuf, qui sont libres dans une bonne partie de leur circonférence, et ne tiennent que par des pédicules et par des filaments aux parois du foyer. Ces morceaux nécrotisés sont infiltrés de pus. Le cœur est très petit et renferme un caillot fibrineux, et un. autre plus petit dans le ventricule gauche ; le bord de la valvule mitrale offre un léger épaississement fibreux. Le foie, la rate et les reins sont normaux, très anémiés. L’estomac montre une muqueuse pâle, mais normale. La muqueuse de l’intestin grêle offre quelques endroits hypérémiés; elle est saine dans ses deux tiers
OBSERVATIONS
supérieurs, ramollie et amincie dans son tiers inférieur, et surtout dans le voisinage du cæcum. Mais au-dessous de la valvule et dans tout le trajet des gros intestins, la membrane muqueuse est d’un jaune grisâtre, ou d’un gris ardoisé, et offre une multitude de petites tumeurs qui varient entre les volumes d’une lentille, d’un pois et d’un haricot, de couleur rouge foncée, brune, grise ou noirâtre. Avant de donner des détails sur leur structure, nous ajouterons que dans les gros intestins toutes les tuniques sont épaissies, injectées, légèrement indurées, dans un état d’inflammation chronique. Ce n’est que dans le proche voisinage de l’anus que l’on constate une vive injection.
Les petits polypes, qui existent par centaines, ou sont pédiculés, ou présentent une large base. On n’y reconnaît point de glandules. A leur surface on voit de nombreux vaisseaux dont quelques-uns forment des arborisations en huit de chiffre, comme des petites papilles. Les glandules de la muqueuse circonvoisine sont normales. La structure des polypes est fibroïde avec quelques noyaux allongés çà et là, quelques granules et vésicules de graisse, et beaucoup de grains pigmentaires noirâtres, que l’examen chimique fait reconnaître comme composés de suflate de fer et comme résidu probable de sang extravasé. — Le pseudo-pigment est promptement soluble dans l’acide chlorhydrique dilué. A la surface des polypes se trouvent de nombreux cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien.
CCCLXXIII. — Péritonite tuberculeuse avec altération graisseuse du foie. (PI. CXXIII, fig. 3-4.)
Je n’ai que des renseignements incomplets sur l’état du malade pendant la vie. Je sais seulement qu’il s’agit d’un homme qui a succombé avec tous les signes d’une tuberculisation générale, avec prédominance pendant les derniers temps d’une péritonite tuberculeuse.
A l’autopsie, on trouve les poumons et les plèvres parsemés de tubercules granuleux. Le péritoine est le siège d’une inflammation sèche, provoquée- par des dépôts tuberculeux très nombreux à l’état de granulations jaunâtres. Il n’y avait ni exsudation ni ascite, la péritonite était pour ainsi dire sèche. La vascularité était partout très prononcée ; à la surface de l’intestin grêle elle était par places telle, qu’elle lui donnait une teinte écarlate, marbrée de petites granulations tuberculeuses d’un blanc jaunâtre. Dans le mésentère et à la surface de la vésicule du fiel, l’injection des petits vaisseaux existait surtout à l’état de nombreux îlots, qui au premier aspect ressemblaient à des ecchymoses dans lesquelles un examen plus attentif faisait reconnaître une multitude de petits vaisseaux tortueux, dilatés, de calibre inégal. Par places, une imbibition rougeâtre entoure ces petits vaisseaux gorgés de sang. Il n’y a pas d’exsudation liquide, mais bien une exsudation fibrineuse, assez abondante pour que la plupart des anses intestinales soient réunies par des adhérences. On trouve de plus, à la surface des parties enflammées, de nombreuses pellicules jaunâtres qui ne sont que des pseudo-membranes composées d’éléments fibroïdes et fibrineux sans globules de pus. Les granulations tuberculeuses varient entre le volume d’une lentille et celui d’un pois, et sont fermes, résistantes, renfermant dans un stroma fibreux les corpuscules caractéristiques du tubercule. Tout autour d’eux, ainsi que dans toute l'étendue du péritoine, cette membrane est épaissie, dépolie et inégale. Des granulations tuberculeuses se trouverit disséminées à la surface du foie et de la vésicule. Le foie est gras; dans son intérieur il est d’un jaune pâle, d’une consistance pâteuse, et ses cellules sont en bonne partie remplacées par dos vésicules de graisse, mais sa surface péritonéale offre une injection générale, moins intense cependant que dans le reste du péritoine.
CCCLXXIV. — Ver solitaire ( tamia solium). (PI. CXX1V, fig. 5 et 6.)
Nous avons déjà décrit et fait figurer les diverses espèces de tænia ( tome Ier, p. 407, pl. LVII) ; nous avons fait figurer ici de nouveau cette tête de lænia pour montrer l’aspect qu’elle présente souvent, savoir : l’absence totale de crochets et une forte pigmentation noirâtre autour des suçoirs. (Comparez Da vaine, Traité des entozoaires et des maladies vermineuses de V homme et des animaux domestiques. Paris, 1859, page 93 et suiv.)
Une malade, âgée de quarante-trois ans, habituellement bien portante, sauf quelques indispositions passagères, a depuis dix-huit mois les signes d’une cardialgie légère, accompagnée de coliques et de diarrhée, et a rendu de temps en temps, depuis cette époque, des fragments d’un tænia que l’on a vainement cherché à faire partir. Le 5 décembre 1855, elle prit le matin, à six heures, un mélange de 15 grammes de kousso avec 45 grammes de miel, qui lui occasionna des nausées, pas de vomissements; trois heures après, elle prit 60 grammes d’huile de ricin, et à onze heures du matin elle rendit le tænia tout en paquet. Pendant les jours suivants, elle eut l’estomac un peu dérangé, ainsi qu’un peu de diarrhée, dont elle se remit promptement. Le ver rendu était entier, très long, la tête et les quatre suçoirs parfaitement conservés, l’ouverture des organes génitaux sur le côté des articulations ; mais la tête manquait complètement de crochets, et elle était généralement parsemée d’un pigment noirâtre.
CCCLXXV. — Cancer colloïde de TS iliaque, du péritoine, des glandes tnésentériques et mésocoliques, (Pl. CXXIII, fig. 5-9, et PL CXXIV, fig. 1-4.)
Je n’ai pas de renseignements précis sur ce malade pendant la vie, je sais seulement qu’il avait présenté les symptômes d’une entérite chronique avec dépérissement rapide, et qu’il était arrivé au dernier degré du marasme. A l’autopsie, nous trouvons dans la partie inférieure de l’intestin grêle un développement notable des glandes solitaires, La membrane muqueuse du côlon est généralement épaissie, ramollie, et couverte de nombreuses petites ulcérations folliculaires; les autres tuniques sont également épaissies. Toute la portion du gros intestin, à partir de 6 centimètres environ au-dessus, jusqu’à 4 centimètres au-dessous de l’S iliaque, montre toutes les membranes intestinales remplacées par un tissu gélatini forme, parsemé de nombreux réseaux blanchâtres. Le tissu colloïde était d’un jaune verdâtre, transparent dans bien des endroits, presque opaque et grisâtre dans d’autres; il offre un aspect grenu et lobuléux. La substance fibreuse qui le traverse en tous sens est composée de réseaux de fibres fines avec quelques noyaux allongés entre elles. Dans le tissu colloïde on voit une multitude de grandes cellules de 1 /20e à 1/10' de millimètre, atteignant même jusqu’à 1/5', de forme ovale. Leur paroi est unie ou lamelleuse; elles renferment un grand nombre de noyaux de 1/100“ à 1/80° de millimètre, dans lesquels on voit beaucoup de granules et peu de nucléoles distincts. Nous trouvons, en outre, de ces mêmes cellules moins grandes dans lesquelles les parois lamelleuses ont pris un aspect de concenlricité régulière, et ne renferment qu’un ou deux grands noyaux de 1/50' de millimètre; plusieurs de ces grands noyaux ont des noyaux secondaires, et dans ceux-ci un ou deux nucléoles ; on voit enfin un certain nombre de noyaux libres. Toute la T. II. — ANAT. PATHOl. — 31' LITB. 80
MALADIES DES ORGANES DE LA DIGESTION ET DE LEURS ANNEXES
surface péritonéale du côlon et un grand nombre des glandes lymphatiques du mésocôlon et du mésentère renferment une substance colloïde qui, dans les tumeurs du péritoine, offrent tout à fait l’aspect gélatineux, tandis que dans les glandes lymphatiques, dont le volume varie entre celui d’unefève et celui d’une amande, le tissu morbide n’est plus transparent, mais plutôt gris ou tirant sur le brun ; toutefois on trouve tous les passages entre cette substance et la matière colloïde gélatineuse. Leurs éléments microscopiques sont du reste jos mêmes, et l’on voit en outre un grand nombre de cellules cancéreuses simples, mieux caractérisées encore que dans le tissu morbide de l’S iliaque.
CCCLXXV1. — Ulcération de la vésicule du fiel avec perforation, dans un cas de fièvre typhoïde. (PL CXXIV, fig. 9.)
Le cas a été présenté à la Société anatomique parM. Archambault, qui l’a observé dans le service de M. Blache. Voici les détails qu’il donne. Cet enfant, dont le frère était mort quelques jours auparavant de la fièvre typhoïde, contracta la même maladie et entra à l’hôpital des Enfants malades. Au trentième jour de la maladie, quand la convalescence semblait commencer, il se déclara subitement des symptômes du côté du péritoine, dans un point circonscrit à l’hÿpochondre droit. On diagnostiqua une perforation intestinale. L’enfant mourut douze jours après cet accident. A l’autopsie, on constata une perforation du fond de la vésicule. Des traces de péritonite partielle existaient. Le foyer de l’épanchement et de l’inflammation était circonscrit par la face supérieure du foie en bas, l’abdomen et le diaphragme en haut, le ligament suspenseur et le ligament coronaire en arrière et sur les côtés, enfin le côlon transverse en avant. Des fausses membranes verdâtres existaient dans tout cet espace et des adhérences sur le bord. La vésicule du fiel était dilatée. La surface interne villeuse présentait un certain nombre d’ulcérations très manifestes, et dont l’une avait causé la perforation, comme on pouvait le constater sur les bords de celles-ci. Enfin, en cherchant à introduire un stylet dans le canal cholédoque, on constatait que celui-ci était oblitéré; il est donc probable que cette oblitération a déterminé une rétention de bile dans la vésicule, et, partant, un travail ulcérafif sur ses parois : ce fait est rare. Des ulcérations n’ont pas été signalées dans la vésicule pendant le cours des fièvres typhoïdes ; il faut donc l’enregistrer avec soin.
CCCLXXVII. — Empoisonnement par l'arsenic; calculs biliaires dans la vésicule du fiel, et un en voie de traverser le canal cystique.
(PL CXXIV, fig. 10. )
Au commencement de décembre 1854, on nous amène à l’hôpital de Zurich une femme mourante du choléra, disait-on. Cette femme, accusée de vol, avait été prise devant le tribunal de vomissements et de diarrhée. On la transporte à l’hôpital , où elle meurt en arrivant. Comme pendant le mois de novembre un certain nombre de cas de choléra s’étaient présentés à Zurich, on a cru qu’il s’agissait de cette maladie.
Autopsie faite dix-sept heures après la mort. — Cerveau et méninges extrêmement hypérémiés et gorgés de sang. Les veines de la base du crâne présentent un aspect complètement cyanosé; le cerveau est sain, du reste. L’estomac renferme environ 200 grammes d’un liquide noirâtre, dans lequel il y a un corps mou, recouvert de concrétions calcaires. La membrane muqueuse gastrique est parsemée de nombreuses ecchymoses, surtout visibles au sommet des plis de l’estomac. La muqueuse, tout en étant très injectée, est de consistance nor-' male. L’inte.'tin grêle renferme un liquide rougeâtre, le côlon un liquide jaune. La muqueuse intestinale est généralement hypérémiée, mais de bonne consistance. Les glandes isolées etagminées de l’intestin grêle sont très développées. Le foie a 27 centimètres de largeur, 24 de hauteur à droite, 14 à gauche, 6 d’épaisseur à droite et 3 à gauche. Sa substance est gorgée de sang, sa consistance est normale. La vésicule renferme une bile claire, presque aqueuse, et contient beaucoup de petits calculs, et trois plus volumineux, ayant les dimensions de petites et de grosses noisettes, d’un blanc jaunâtre, à forme irrégulière. Un quatrième calcul, qui présente le même aspect, est tellement engagé dans le conduit cystique, que celui-ci en est complètement oblitéré. Les autres organes abdominaux sont sains.jLa surface interne du péricarde est très hypérémiée, le cœur flasque; le ventricule droit renferme un sang mou, noirâtre, le gauche est vide. Un caillot mou, noirâtre, se continue dans l’origine de l’artère pulmonaire. Les poumons et la membrane muqueuse bronchique sont gorgés de sang. La lèvre antérieure du col utérin est le siège d’un ulcère granuleux à grosses granulations saillantes. La vessie est vide, du reste normale. Ce cas n’ayant présenté ni la marche ni les altérations que l’on observe dans le choléra, j'ai fait analyser le contenu de l’estomac, dans lequel je soupçonnais de l’arsenic, qui y a été en effet trouvé par M. le professeur Stædler.
CCCLXXV1II. — Hydropisie de la vésicule du fiel chez une femme morte de fièvre typhoïde. (PI. CXXIV, fig. 11.),
Une femme, âgée de quarante-neuf ans, faible et maigre, n’a plus ses époques depuis trois ans ; elle a eu depuis ce temps de fréquents rhumes. Elle est prise de fièvre typhoïde le 16 août 1853, et elle entre à l’hôpital le 26. Elle est en délire ; sa langue est sèche et rouge, le pouls est petit et très accéléré (116), son regard est terne; elle offre plusieurs pétéchies sur les parois du thorax et de l’abdomen. Le ventre est météorisé; il y a du gargouillement dans la région iléo-cæcale, la rate est tuméfiée ,' elle a eu une ou deux selles floconneuses jaunâtres dans les vingt-quatre heures. Elle tousse peu, et à l’auscultation on entend quelques râles en arrière ; urine involontaire. (Décoction de quinquina, vin de Malaga, quelques cuillerées de bouillon plusieurs fois par jour.) Le 28 août, la prostration fait de notables progrès, elle a de la mussitation, le pouls est presque imperceptible; il se relève un moment sous l’influence du vin et d’une émulsion camphrée, mais bientôt le collapsus fait de nouveaux progrès, et la malade meurt le 30 août.
Autopsie faite trente et une heures après la mort.— Cerveau hypérémié et de bonne consistance. Rien d'anormal dans les poumons, si ce n’est de l’emphysème dans le lobe moyen droit, et quelques anciens tubercules dans le sommet. Cœur de consistance moyenne, renfermant peu de sang noirâtre. Déjà en ouvrant l’abdomen, on voit la vésicule du fiel très notablement dilatée; elle a 14 centimètres de longueur, 7 de largeur et 4 d’épaisseur; elle est presque transparente, jaunâtre, couverte de nombreuses arborisations vasculaires, dont plusieurs sont entourées d’une imbibition de matière colorante du sang. Le conduit hépatique est dilaté, le cystique est oblitéré. La muqueuse de la vésicule est amincie, pâle, de bonne consistance. Au-devant de l’embouchure du conduit cystique on trouve un réseau trabéculaire des plis saillants; on ne peut passer une sonde fine à travers le conduit de la vésicule. La bile était d’un jaune pâle, trouble, laiteuse, et a laissé déposer une substance muqueuse. Le liquide d’environ 200 grammes, est faiblement alcalin, et offre une pesanteur spécifique de 1,008; le résidu fixe est solide et d’environ 18 pour 1000. Le liquide renferme peu d’albumine et une assez grande quantité de pyine, et point de matières colorantes de la bile. Les selles n’ont point été analysées. Au microscope, on y trouve des épithéliums et des petites cel-
OBSERVATIONS
Iules granuleuses. Le foie a 22 centimètres, 19 de hauteur dans le lobe droit, et 18 1/2 <fens le lobe gauche; sa plus grande épaisseur est de 5 centimètres. Sa substance est d’un brun clair, de bonne consistance. La rate a 13 centimètres de hauteur sur 9 de largeur, et 4 d’épaisseur; elle est très molle, violacée. Rien d’anormal dans les reins. Les glandes mésentériques sont molles, d’un rouge foncé, à peu près doublées de volume. L’estomac montre un léger ramollissement de la muqueuse près du pylore. Les glandes duodénales sont très développées. L’intestin grêle renferme un liquide jaune, et montre dans son tiers inférieur de nombreuses ulcérations des follicules isolées ou agminées, dont quelques-unes offrent des eschares et d’autres des bords irréguliers et décollés. C’est près du cæcum que ces altérations sont le plus avancées et entourées d’une muqueuse ramollie. Le côlon est normal. ;
CCCLXXIX. — Ramollissement du foie avec engorgement considérable. (PI. CXXV, fig. 1-4.)
Une femme, âgée de trente-quatre ahs, d’une constitution faible, d’une santé délicate, est malade depuis dix mois. Elle a perdu l’appétit, s’est affaiblie graduellement, n’a plus eu ses règles depuis trois mois, et a eu souvent des vomissements, surtout le matin à jeun. L’appétit a graduellement diminué, et lorsque nous l’examinons pour la première fois, le 6 janvier 1851, elle est déjà trop affaiblie pour donner des renseignements complets sur ses antécédents. Elle est pâle, faible; son pouls est à 116 ; on entend un souffle intermittent à la région gauche du cou et continu à droite; pas de bruit anormal au cœur. Pouls à 124, respiration à 24; quelques râles disséminés dans la poitrine. (Vin de quinquina, 100 grammes; infusion de camomille.) Le 7 janvier, je trouve de la matière colorante de là bile dans les urines; la peau est chaude, le pouls à 116. Le foie dépasse les fausses côtes de 3 centimètres, et remonte en haut jusqu’au mamelon. Les vomissements n’ont été continus pendant plusieurs semaines qu’il y a huit mois et trois mois. Us ont cessé depuis, mais l’appétit restait très mauvais. Les jours suivants, les conjonctives deviennent un peu jaunes ; il survient de la diarrhée, trois ou quatre selles parj our, mais sans coliques. Le ventre n’est pas douloureux à la'pression, pas même dans la région du foie. La langue est humide, blanchâtre. Les bruits anémiques deviennent plus éclatants au cou. M. Andral prescrit un gramme de sous-carbonate de fer, un bain tiède et une portion. Cependant les urines contiennent toujours davantage des principes de la bile, le pouls reste très accéléré, la diarrhée et la soif augmentent; elle est agitée la nuit et ne dort pas; elle a eu jusqu’à dix selles dans les vingt-quatre heures. (Eau de riz, lavement laudanisé; deux soupes.) Du 18 au 21 janvier, tous ces symptômes persistent, lorsque la malade est prise de délire et de toux. Le pouls monte à 128; on entend des râles ronflants dans toute la partie postérieure de la poitrine, et dans le tiers inférieur droit du râle sous-crépitant avec matité; pas de crachats; dyspnée considérable, figure décomposée. On applique un vésicatoire de 12 centimètres sur le côté droit de la poitrine. La malade cependant tombe bientôt dans le collapsus, et elle succombe le 23 janvier.
Autopsie faite vingt-quatre heures après la mort. — Méninges et cerveau à l’état normal. Le cœur, de volume et .à l’état normal, renferme un sang noirâtre, d’une consistance de gelée de groseilles, 'et dans le ventricule droit un caillot fibrineux teint en jaune par la bile. Au sommet du poumon droit se trouve une masse tuberculeuse du volume d’une noisette, et quelques tubercules rares dans les deux autres lobes; il contient çà et là quelques épanchements sanguins de 2 à 4 millimètres de. diamètre, et de nombreuses ecchymoses se trouvent sous la plèvre. Le lobe inférieur droit est à l’état d’hépatisation rouge ; le poumon gauche est sain. La muqueuse bronchique est généralement injectée, mais non ramollie, couverte çà et là d’un mucus rougeâtre. Le foie remonte en haut jusqu’à la quatrième côte, en bas jusqu’au niveau de l'ombilic, à gauche jusqu’au rebord des fausses côtes; il a 32 centimètres de largeur, 26 de hauteur à droite, 16 à gauche, 8 centimètres dans sa plus grande épaisseur; sa surface est normale. La vésicule renferme environ 30 grammesd’unebile foncée; les canaux biliaires sont parfaitement perméables ; la capsule de Glisson est, par places, un peu terne et épaissie. Le tissudu foie est uniformément jaune, couleur de bile; sa consistance est molle, les granulations peu visibles, la vascularité un peu moindre qu’à l’état normal. Aussi l’aspect de la coupe est-il presque homogène. A l’examen microscopique, on voit un mélange de granules et de vésicules graisseuses d’un côté, et des cellules du foie d’un autre côté, qui sont infiltrées de matière colorante biliaire; beaucoup d’entre elles renferment tellement d’éléments gras, qu’elles sont à peine reconnaissables. La mollesse du foie est générale, et il graisse partout le scalpel.
L’estomac renferme un liquide verdâtre teint de bile, la muqueuse est de bonne consistance. L’intestin grêle montre quelques arborisations vasculaires ; à sa partie inférieure, les follicules isolés sont un peu engorgés. La muqueuse des gros intestins est d’un rouge brun, un peu épaissie, généralement ramollie. La rate et les reins n’offrent rien d’anormal. A la surface du corps de l’utérus se trouve un petit corps fibreux. Le péritoine du cul-de-sac utéro-rectal est recouvert de petites vésicules demi-transparentes d’un demi-millimètre de diamètre, formées par le tissu connectif et un contenu séreux.
CCCLXXX. — Adénite cervicale gauche suppurée, pyohémie. — Mort. — Abcès métastatiques dans le foie et les poumons. (PI . GXXV, fig. 5.)
Un militaire, âgé de vingt-cinq ans, entre le 23 août 1852 dans le service de M. Larrey, à l’hôpital du Val-de-Grâce. Il offre un nasonnement de la voix sans ulcération, sans maladie du voile du palais, qui est un peu abaissé. Il porte sous l’apophyse mastoïde gauche une adénite suppurée qui se ramollit peirà peu; le 26 septembre, on fend la tumeur par une incision. Le nasonnement cesse. Tout, parait bien aller, mais dans la seconde moitié d’octobre un nouvel abcès se forme près du bord antérieur du sterno-masloïdien . Le pus est évacué, le foyer se déterge. Le 12 novembre, on ouvre le troisième abcès à l’angle de la mâchoire. Le 14, le malade est pris de frissons suivis de sueurs et de chaleur. Malgré l’emploitiu sulfate de quinine, les frissons se répètent le 16 et le 17, et bientôt la fièvre devient continue; le malade est faible, et à partir de ce moment l’état général s’aggrave de plus en plus. Le 21, les douleurs surviennent dans les deux genoux et dans les articulations tibio-tarsiennes. Les plaies du cou fournissent une suppuration sanieuse, leurs bords se décollent. Le pouls est très fréquent, la soif vive, la peau chaude ; un peu de diarrhée se manifeste. Le 23 novembre, le faciès est profondément altéré;, le malade se plaint de douleurs thoraciques, et surtout abdominales; les genoux sont aussi douloureux. La peau est d’un gris sale terreux ; le météorisme est prononcé, les sueurs abondantes et persistantes. Les plaies du cou sont blafardes et sèches ; la suppuration est complètement tarie. La mort arrive le 24, à deux heures du matin.
Autopsie faite vingt-quatre heures après la mort. — Les poumons renferment un certain nombre d’abcès, surtout dans les lobes inférieurs, ne dépassant guère le volume d’une noisette, et entourés d’une infiltration sanguine ou d’une hépatisation lobulaire; ils sont crépitants dans le reste de leur étendue. Le cœur renferme des caillots d’un sang noirâtre, mou et diffluent. Le foie est parsemé d’abcès et d’infillra? tions purulentes; en moyenne, ces abcès varient entre le volume d’un pois et celui d’une noisette, mais les plus volumineux sont capables de loger une noix ou une pomme. Dans les infiltrations purulentes, les éléments hépatiques sont encore reconnaissables ; dans les foyers.
MALADIES DES ORGANES DE LA DIGESTION ET DE LEURS ANNEXES
ils ont disparu, et le tissu tout autour est ramolli, presque sain cependant à une certaine distance des abcès, mais d’une consistance un peu molle. Les globules du pus sont peu distincts dans les foyers. Les deux genoux renferment une synovie purulente. Rien d’anormal dans les autres organes. — Voyez H. Larrey, Mémoire sur l'adénite cervicale observée dans les hôpitaux militaires, et sur l’extirpation des tumeurs ganglionnaires du cou ( Mémoires de l'Académie de médecine, Paris, 1852, t. XVI, p. 273 et suiv.).
CCCLXXXI. — Symptômes d'hépatite, de pyohémie et d'abcès pulmonaires. — Mort. — Inflammation suppurative des conduits hépatiques par suite de nombreux calculs ; abcès dans les poumons et la rate. (PL CXXV, fig. 6.)
Une femme, âgée de vingt-sept ans, entre le 23 décembre 1853 à l’hôpital de Zurich. Elle est malade depuis trois semaines; sa maladie a commencé par des frissons suivis de fièvre, avec douleurs dans les membres et grande prostration des forces. A son entrée à l’hôpital, elle offre une dyspnée considérable, une cyanose de la face et des lèvres ; sa langue est sèche, elle a une toux fréquente sans expectorer. L’examen de la poitrine ne montre rien d’anormal, seulement l’inspiration est courte et rude dans presque toute la poitrine. Le foie est augmenté de volume, et dépasse les fausses côtes de deux travers de doigt ; il est le siège de douleurs sourdes qui augmentent les jours suivants, en même temps que le foie devient plus volumineux, et atteint le niveau de l’ombilic. Le 26 et le 27 décembre, la malade ades frissons répétés et intenses. Elle devient ictérique; toutefois les urines ne renferment pas de matière colorante de la bile ; les selles, qui sont rares, ne sont pas décolorées non plus. La touxaugmente, mais reste sèche; la soif est ardente. (Trois fois par jour, 5 centigrammes de calomel, lavement purgatif, limonade.) Le 28 décembre, on constate de la matité en arrière et à droite, accompagnée de râles crépitants et de bruit de frottement. Le 30 décembre, on entend dans la fosse sous-épineuse droite des râles muqueux, une expiration bronchique, et de la bronchophonie. Plus tard, les gros râles font place à un gargouillement, en même temps le son devient plus clair, presque tympanique à ce niveau. Il survient une expectoration muqueuse et sanguinolente; l’haleine devient fétide; pouls filiforme, extrêmement fréquent. La malade tombe dans une prostration extrême, et meurt le 8 janvier 185â. Le traitement a été purement symptomatique pendant les derniers huit jours.
Autopsie faite trente-trois heures après la mort. — Teinte ictérique des méninges; sang liquide, noirâtre, avec caillots fibrineux dans les sinus; glande pituitaire du volume d’un haricot; petit kyste séreux au-devant de la moelle allongée ; liquide des ventricules coloré en jaune; cerveau normal, jaunâtre. Le péricarde renferme un liquide citrin en petite quantité. Nombreuses adhérences à la surface du poumon droit; à la partie inférieure de son lobe supérieur se trouve un abcès du volume d’une noix, dont les parois sont tapissées par une membranebrunâtre; il y a également des abcès dans les lobes moyen et inférieur; au sommet droit se voient des fausses membranes très vascularisées et renfermant plusieurs abcès. Poumon gauche sain partout, seulement il renferme quelques abcès du volume d’un pois, dans plusieurs endroits. Hypérémie générale de la muqueuse trachéo-bronchique. Le cœur renferme des caillots fibrineux, fermes et jaunâtres, qui se continuent dans les divisions de l’artère pulmonaire avec empreinte des valvules. Le foie a 28 centimètres du largeur, 27 de hauteur, 12 d’épaisseur; à sa surface se voient déjà de nombreux abcès sous-séreux. Le conduit cyslique, très dilaté, de 7 à 8 millimètres de largeur, est rempli par un calcul. La substance du foie est le siège de nombreux abcès, dont le plus volumineux a le volume d’une noisette; le tissu de l’organe est mou, jaunâtre, d’un brun tirant sur le rouge à la surface. Le conduit hépatique et ses racines sont très dilatés, et montrent par places une inflammation purulente avec destruction de leurs parois. Beaucoup de conduits volumineux sont, à la lettre, remplis de calculs qui se touchent par des facettes, au point de former des cylindres presque continus. Les calculs sont, dans certains points, remplacés par un mortier d’un jaune rougeâtre, formé par des concrétions biliaires. La veine porte est saine. La rate a 17 centimètres de longueur sur 13 de largeur et h d’épaisseur. Elle renferme un abcès du volume d’une noix. Les reins sont normaux ; rien de morbide dans l’estomac et les intestins.
CCCLXXXII. — Inflammation de la veine porte chez un chien, à la suite d’une injection de mercure. (PI. CXXV, fig. 7.)
Dix grammes de mercure sont injectés dans la veine mésentérique d’un chien. L’animal devient triste, a de la fièvre; il perd l’appétit ; le ventre se tuméfie et devient très douloureux. Au bout de vingt-deux heures il succombe. A l’autopsie, nous trouvons la plaie enflammée, infiltrée de pus, des abcès dans l’épiploon, une péritonite générale, une hypérémie de la muqueuse gastro-intestinale. Le foie est mou, d’un brun rougeâtre ; toute la veine porte est enflammée, ses parois ramollies, la membrane interne en partie détruite, couverte de fausses membranes et de pus. On y voit par- ci par-là des molécules de mercure. Dans quelques branches il y a des caillots. La substance du foie est ramollie et ses cellules sont infiltrées de graisse.
CCCLXXXIII. — Carie de l'os iliaque avec abcès s'ouvrant au dehors ; pyohémie et infiltration purulente du foie. (PL CXXVI, fig. 1. )
Un homme, âgé de cinquante-quatre ans, a eu depuis huit ans, chaque automne, pendant deux à trois semaines, des douleurs lombaires de la région iliaque gauche, accompagnées de diarrhée. Ordinairement il s’est bien rétabli, mais en 1855 le mal a commencé les premiers jours de septembre et n’a plus cessé; la diarrhée a persisté et a été quelquefois sanguinolente; il s’est affaibli, il a beaucoup maigri et a pris un teint pâle. Reçu à l’hôpital de Zurich, le 12 novembre 1855, il présente, outre un aspect cachectique général, une tumeur dans la région lombo-abdominale gauche, adhérente à la crête iliaque et s’étendant de l’épine antérieure et supérieure jusqu’au delà du milieu de la crête en haut. La tumeur dépasse la crête iliaque de 5 centimètres, et atteint presque le bord des fausses côtes; elle est circonscrite, mais pas mobile. Les autres organes n'offrent rien d’anormal; le pouls est à 76. L’appétit est bon. La diarrhée alterne toujours avec la constipation. On ne sent aucune tumeur par le rectum. Les urines sont un peu foncées ; la pesanteur spécifique est de 25 ; elles sont riches en sels uratés. Le malade a souvent des douleurs dans la tumeur qui l’empêchent de dormir. (On donne à l’intérieur l’iodure de potassium avec l’huile de foie de morue, et le soir un centigramme d’acétate de morphine; on fait sur la tumeur des frictions avec une pommade d’iodure de potassium.) Pendant les jours suivants, la diarrhée devient plus forte et cède à des pilules de nitrate d’argent. Au commencement de décembre, la tumeur paraît se ramollir, et l’on sent dans la région inguinale gauche deux tumeurs fluctuantes, l’une au-dessus, l’autre au-dessous du ligament de Gimbernat. Ces abcès, qui proviennent évidemment de la tumeur iliaque, communiquent entre eux. Le malade a des douleurs vives dans toute cette région, ainsi que dans les deux mollets, et l’on sent dans le mollet gauche une veine obstruée. Le malade est très faible; on lui donne du vin de quinquina et un peu de vin de Malaga. Le
OBSERVATIONS
16 décembre, j’ouvre les deux abcès; il en sort environ 250 grammes d’un pus extrêmement fétide qui, comme en général le pus des abcès de cette région, a une odeur fécale prononcée. Pendant les jours suivants le pus s’écoule, et il se forme deux autres petites fistules; toutes les ouvertures communiquent et conduisent dans la fosse iliaque gauche. La diarrhée persiste, la tumeur de la crête iliaque a disparu. On peut se convaincre que l’odeur fécale du pus ne provient en aucune façon du mélange avec la sécrétion intestinale. On fait, à cause de l’extrême fétidité du pus, sur cette région, des applications trempées dans un mélange de 500 grammes d’eau avec 60 grammes de vinaigre aromatique et 2 grammes de créosote. Vers la fin de décembre, le pus n’est plus fétide, il est lié, jaunâtre; l’ouverture principale qui lui donne issue montre au fond, comme disséqués, le muscle oblique interne et la partie supérieure du couturier, ainsi que le ligament de Poupart. L’appétit est revenu, la diarrhée a cessé, il n’y a plus de douleurs ni de fièvre. Nous concevons un moment l’espérance de voir le malade se rétablir, mais le U janvier il est pris d’un frisson qui dure pendant deux heures, suivi d’une forte fièvre; la veille de ce frisson, nous avions fendu la peau décollée qui couvrait les ouvertures, sans que cette petite opération eût présenté quoi que ce fût d’insolite. Les jours suivants, la fièvre continue, le malade s’affaiblit;, il a de nouveau perdu l’appétit, il se plaint de douleurs lancinantes dans les deux régions inguinales ; le ventre est très météorisé, la diarrhée revient une ou deux fois par jour. Pendant les quinze jours qui suivent, les mêmes symptômes persistent, le malade s’affaiblit graduellement et arrive au dernier degré de marasme; il a par moments du délire; le pouls devient filiforme, extrêmement accéléré, et la mort arrive après une longue agonie, le 20 janvier 1856, à six heures du soir.
Autopsie faite seize heures après la mort. — Le cadavre est extrêmement émacié, la cavité de l’abcès paraît agrandie; la substance du muscle iliaque interne renferme plusieurs abcès ; la crête iliaque gauche et la partie voisine de la face interne de l’os iliaque sont cariées, rugueuses, ramollies, et c’est ici qu’aboutissent tous les trajets fistuleux. Le côlon descendant montre à la place correspondante de la carie des adhérences filamenteuses avec le péritoine, et à ce même niveau le calibre de l’intestin est notablement rétréci, ainsi-qu’au dessous, tandis qu’au contraire l’intestin au-dessus est très dilaté. On trouve, en outre, un certain nombre d’abcès métastatiques. Il y en a un sous la peau, au-dessous du mamelon gauche, rempli de sanie; un second abcès du volume d’un œuf de poule se trouve au milieu du foie, mais le pus y paraît plutôt infiltré que réuni en foyer; un troisième, tout aussi volumineux, et beaucoup de petits foyers colorés en jaune par place, se trouvent dans le lobe gauche du foie. L’épiploon gastro-hépatique offre une infiltration purulente et plusieurs foyers. 11 y en a aussi dans la substance des glandes mésentériques.
Le liquide sous-arachnoïdien est généralement augmenté, presque gélatineux : le cerveau est mou, anémique, œdémateux à sa surface. Le cœur renferme, à droite, des caillots fibrineux. Le sommet du poumon gauche renferme d'anciens tubercules crétacés. L’estomac offre dans sa partie pylorique une muqueuse épaissie, mamelonnée, grisâtre; à la partie postérieure de la petite courbure se trouve un petit ulcère de la largeur d’une pièce de 50 centimes , très enfoncé, entouré d’un tissu rayonné, couvert çà et là d’ecchymoses : cet ulcère était en voie de cicatrisation. L’intestin est normal, sauf fa portion rétrécie du côlon dont nous avons déjà parlé. Le calibre y est réduit de moitié. La muqueuse y est plissée, épaissie, légèrement indurée, d’un gris ardoisé, ecchymosée par places. Le foie, dont nous avons déjà indiqué plus haut les abcès, est très volumineux. Il a 30 centimètres de largeur, 20 de hauteur et 7 1/2 d’épaisseur à droite, et 16 de hauteur et 6 1/2 d’épaisseur à gauche ; son tissu est d’un rouge brun, assez ferme. La bile y est très liquide, d’un jaune brun. La rate est très petite. Les reins sont normaux, sauf quelques traces d’anciennes hémorrhagies à leur surface.
CCCLXXXIV. — Hypertrophie considérable du foie. [ PI. CXXVII, fig. 1-3.)
Une femme, âgée de trente ans, a joui d’une bonne santé pendant sa première jeunesse. Elle a été réglée à dix-huit ans. A cette époque, elle devint chlorotique, et fut guérie par les préparations de fer. Mariée à vingt-trois ans, elle a eu deux enfants. Après les secondes couches, il y a cinq ans, elle eut de la diarrhée pendant quelques semaines ; toutefois sa santé redevint bonne, seulement de temps en temps elle eut de nouveau du dévoiement, qui devint persistant depuis la fin de.1852. A partir de janvier 1853, son appétit, ses forces et son embonpoint diminuèrent. Elle cessa d’avoir ses règles au mois de février. Tous les jours elle avait cinq ou six selles liquides, qui ne furent point modifiées par les moyens employés. Vers le commencement de mars elle s’aperçut qu’elle portait dans l’hypochondre droit un engorgement avec douleurs sourdes, qui, devenant de plus en plus gênant, l’engagea à entrer à l’hôpital de Zurich, le 3 juin 1853.
La malade est pâle, faible, amaigrie, n’a presque point d’appétit et a toujours de la diarrhée; la langue est nette. Le foie est très développé; il commence au-dessous du mamelon, et s’étend jusqu’à quatre travers de doigt au-dessous du rebord des fausses côtes; à gauche il dépasse la ligne médiane, et recouvre l’épigastre ; sa surface est lisse, sa consistance ferme, la pression non douloureuse. Le reste du ventre est souple et indolent. Les garderobes, au nombre de quatre à six par jour, sont liquides, grisâtres, sans coloration bilieuse. Le cœur et les poumons sont sains; le pouls, petit, faible, à 100 ; la peau, médiocrement chaude sans ictère. Les urines sont d’un jaunepaille, claires, sans matière colorante de la bile. (Pilules de nitrate d’argent, contenant chacune 3 centigrammes, à prendre trois à cinq par jour; eau de riz gommée; frictions avec la pommade d’iodure de plomb sur l’hypochondre droit. Soupes au bouillon, viande rôtie en petite quantité; vin de la Valteline, 160 grammes par jour.) Pendant plusieurs semaines, ce traitement est continué, mais sans modifier la diarrhée. Nous remplaçons alors les pilules par des poudres de 6 centigrammes d’acétate de plomb avec 3 centigrammes d’opium, dont trois sont prises par jour. Le nitrate d’argent, est prescrit en lavements, mais rien n’améliore l’état de la malade. La langue se sèche, l’appétit diminue et cesse peu à peu complètement, aussi est-on obligé de réduire la nourriture à trois bouillons par jour; le vin seul fait plaisir à la malade jusqu’à la fin. Les selles diminuent au point de n’être plus que de deux ou trois par vingt-quatre heures, mais elles restent décolorées ; nous sommes frappé d’v trouver, à l’examen microscopique, une grande quantité de graisse, soit liquide, soit sous forme de cristaux margariques. Les restes du liquide ne contenaient que des granulations, quelques épithéliums, des cristaux phosphatés, et des débris d’aliments. Le foie continue à s’accroître, et atteint, en bas la crête iliaque, et à gauche la région splénique. — Pendant le dernier mois, les urines renferment de l’albumine, et leur pesanteur spécifique varie entre 1,07 et 1 ,09. Le pouls reste petit et accéléré, variant entre 90 et 100. Jamais d’ictère, peu de souffrance, intelligence toujours intacte, mais dépérissement progressif, qui se termine par la mort le 2 juillet 1853.
Autopsie trente heures après la mort. — Cerveau normal; augmentation du liquide sous-araclmoïdien et ventriculaire. Poumon gauche sain ; le poumon droit offre à son sommet une place de 9 centimètres de hauteur, sur 7 à 9 de largeur, en état d'hépatisation jaune, comme dans la pneumonie chronique; le reste de ce poumon est sain. L’estomac n’offre d’autres altérations que de nombreuses petites ecchymoses ; il contient deux lombrics. Le duodénum est sain et les conduits cholédoque et pancréatique sont libres dans toute leur étendue. ANAT. PATHOL, — 32e LIVR. ' 81
T. II
MALADIES DES ORGANES DE LA DIGESTION ET DE LEURS ANNEXES
L’intestin grêle offre quelques places hypérémiées, mais pas de ramollissement; il renferme vingt-huit lombrics. Le cæcum et le côlon présentent une muqueuse injectée d’un rouge violacé par places, ramollie, plutôt un peu épaissie, mais sans ulcérations. Le foie est énorme, il pèse 2 kilogrammes ; tous ses bords sont arrondis et de forme sphéroïdale ; il a 26 centimètres de largeur, 24 de hauteur à droite, 17 à gauche, et 11 d’épaisseur. Son tissu est d’une consistance cireuse, d’une coloration brune et jaunâtre ; les deux substances sont très développées, sa surface est lisse et luisante ; les cellules du foie sont normales de forme et de dimensions, et doivent être beaucoup augmentées sous le rapport quantitatif. Le foie renferme peu de graisse; les conduits biliaires sont partout perméables, ainsi que la veine porte. La vésicule du fiel est petite et renferme peu de bile verdâtre. La rate est normale, et il y a trois petites rates accessoires, variant entre le volume d’un pois et celui d’une noisette. Les reins, de dimensions normales, offrent une décoloration blanchâtre dans leur substance corticale, mais pas de granulations. Le bassinet rénal gauche est couvert d’un liquide purulent. La vessie et les organes génitaux sont sains.
CGCLXXXV. — Cirrhose du foie. (PI. CXXVII, fig. 4 et 5.)
Un homme, âgé de quarante-cinq ans, adonné aux excès alcooliques depuis longtemps, arrive à l’hôpital de Zürich au mois de juillet 1855; il présente un état cachectique, un teint jaune~paille,et dit avoir été bien portant jusqu’à il y a trois mois, époque à laquelle il commença à perdre l’appétit, à avoir de temps en temps des nausées et des vomissements, et de l’enflure au ventre. Il a eu souvent aussi de la diarrhée qui, d’autres fois, alternait avec la constipation. Le malade reste pendant neuf mois à l’hôpital : pendant ce temps nous constatons une ascite progressive qui, trois fois, à deux mois de distance, pendant les derniers six mois, nécessite la ponction, en donnant issue chaque fois à un liquide séreux, d’un jaune foncé brunâtre, variant entre six et dix litres. On constate les très petites dimensions du foie qui, eu haut, ne donne de matité qu’à partir de trois travers de doigt au-dessous du mamelon droit, et qui inférieurement ne dépasse pas le bord des fausses côtes; la rate était très engorgée, Le malade n’eut jamais de vives douleurs, souvent la diarrhée, trois ou quatre selles liquides par jour, mais pas d’une manière permanente. L’appétit se perdit peu à peu ; il eut de temps en temps des traces de matière colorante de la bile dans les urines, qui furent généralement rares. Peu à peu il tomba dans le dernier degré de marasme, et succomba six à neuf mois après son admission, un an après le début de sa maladie. A l’autopsie, faite vingt-quatre heures après la mort, nous trouvons le cerveau normal; en ouvrant l’abdomen, il sort une quantité considérable d’un liquide jaune verdâtre mêlé de flocons purulents, consécutifs à la péritonite qui a suivi la dernière ponction pratiquée trois jours ayant la mort. La surface de l’intestin grêle et du péritoine pariétal est généralement injectée, couverte çà et là de fausses membranes. Les poumons sont normaux. Le cœur renferme à droite un sang mou, noirâtre, par caillots diffluents. La rate est très volumineuse, elle a 22 centimètres de hauteur sur 12 de largeur, et 3 1/2 d’épaisseur; elle est gorgée de sang, d’un brun rougeâtre, d’une bonne consistance. Le foie est très rapetissé, de forme irrégulièrement pyramidale, réduit pour ainsi dire à son lobe droit, le gauche étant tout à fait ratatiné et atrophié; il a 20 centimètres de largeur, •15 de hauteur, 7 d’épaisseur à droite; toute sa surface est irrégulièrement granuleuse, les granulations atteignant jusqu’au volume d’un petit pois. Dans les intervalles son tissu est rugueux, comme rétracté ; les granulations sont jaunâtres ou d’un jaune verdâtre; beaucoup d’ecchymoses existent à la face intérieure. Un grand nombre de vaisseaux et de canaux biliaires sont oblitérés. Les cellules du foie sont ictériques et remplies de graisse. La vésicule est volumineuse et renferme une bile verdâtre. L’estomac offre dans la région pylorique, ainsi que diverses parties des intestins, une teinte ardoisée de la muqueuse avec épaississement par places et ramollissement dans d'autres, présentant en général les signes du catarrhe chronique. Les autres organes sont sains.
CCCLXXXVI. — Anévrysme de l'artère hépatique , avec rupture dans la vésicule du fiel et hématémèse abondante suivie d'épuisement et de mort. (PI. CXXVII, fig. 6-8.)
Une femme, âgée de trente ans, bien réglée depuis l’âge de quinze ans, a eu il y a trois ans une fièvre typhoïde, et il y a quatre mois un rhumatisme articulaire aigu, dont elle a été complètement guérie. Depuis le commencement de mai, elle se plaignait sans cause connue de douleurs fréquentes et d’un sentiment de pression dans la région de l’estomac, surtout après les repas, lorsque le 28 mai au matin, elle fut prise subitement de douleurs très vives dans la région de l’estomac, de nausées et de cinq vomissements de sang successifs; elle dit avoir Vomi chaque fois presque unlitrede sang rouge vif presque pur. Le lendemain, elle eut encore trois vomissements semblables, suivis bientôt de selles sanguinolentes qui revinrent deux ou trois fois par jour, jusqu’au 7 juin, jour de son admission à l’hôpital. Plusieurs fois elle eut des accès convulsifs, et plusieurs fois aussi des évanouissements qui revinrent tous les jours quatre ou cinq fois. Reçue à la Clinique le 8 juin, elle est extrêmement pâle et anémique, avec une légère teinte ictérique qui se montre dans les conjonctives ; le pouls est très petit, à 116; oii entend un bruit de souffle doux au cœur, et un bourdonnement continu dans les deux jugulaires, avec bruit de renforcement à chaque systole ; les organes de la respiration sont sains, vingt respirations par minute. Le foie ne montre rien d’anormal. L’épigastre, et surtout la région pylorique, sont très douloureux à la pression, ce qui empêche d’examiner s’il y a quelque tumeur profonde ; la langue est blanchâtre, l’appétit presque nul. La malade a eu hier deux selles liquides sanguinolentes. Dès qu’elle se lève, elle a des bourdonnements d’oreilles et elle voit tout trouble, et si elle persiste, elle tombe sans connaissance avec des convulsions légères dans les membres supérieurs; ces accès durent cinq minutes, et portée sur son lit, elle reprend connaissance. La malade a une soif vive. On prescrit toutes les heures une pilule composée de 3 centigrammes d’ergotine avec 3 centigrammes de nitrate d’argent et 6 centigrammes de poudre de racine de belladone, un lavement avec 20 centigrammes de nitrate d’argent et dix gouttes de laudanum, et enfin l’usage à peu près continu de la glace en petits morceaux. Pendant les jours suivants, les selles deviennent plus solides, mais elles sont toujours teintes de sang. Les accès reviennent deux ou trois fois par jour. Les douleurs d’estomac sont vives et brûlantes ; la malade est excessivement faible et se plaint de maux de tête et de Vertiges; les urines renferment un peu de matière colorante de la bile. Le 12 juin, le sang a cessé de paraître dans les selles, elle a un vomissement non sanguinolent; elle se sent mieux, les douleurs d’estomac ont diminué. Mais le 14, elle est prise de délire, elle est très agitée, se plaint de palpitations et de vertiges. Le pouls est à 1 20, la peau est chaude ; le ventre est météorisé, l’estomac très douloureux ; elle a eu de nouveau quatre selles sanguinolentes. Le lendemain, elle est de nouveau un peu mieux, la circulation s’est un peu calmée sous l’influence de la limonade sulfurique. Pendant quelques jours, l’amélioration se soutient; mais les selles sanguinolentes, d’un rouge foncé tirant sur le brun, reparaissent toujours; elle est surtout incommodée par des douleurs d’estomac et des palpitations. On lui donne, à cause de l’extrême anémie, deux fois par jour, 10 centigrammes de fer réduit par l’hydrogène qu’elle supporte assez bien. Les accidents éclamptiques ont disparu vers le 20 juin ; le pouls se relève un peu et tombe à 100; elle a une tendance à la somnolence, elle est toujours très
faible; elle commence à avoir un peu d’appétit, l’ictère disparaît presque; elle supporte bien le fer, dont la dose est portée à’10 centigrammes; toutefois les. forces n’augmentent pas. Le 26, elle a de nouveau un accès éclamptique, à la suite duquel elle reste dans un état soporeux. Elle a eu des vomissements et de la diarrhée, mais sans rendre de sang. Le 28 juin, nous constatons une impulsion forte au cœur et un bruit de souffle systolique très prolongé à la base ; le pouls est toujours à 120. Elle a tous les jours deux ou irois vomissements non mêlés de sang, puis il y a de nouveau trois selles sanguinolentes très liquides ; elle supporte très mal la nourriture, c’est ce qui empêche de la tonifier; elle ne peut prendre que du lait ou du bouillon. Malgré tous les astringents et hémostatiques, les selles sanguinolentes reparaissent très souvent, aussi s’affaiblit-elle de plus en plus. Nous sommes toujours frappés de la persistance de ces selles sanguinolentes sous les apparences d’une affection intestinale sérieuse. Les vomissements, qui reviennent irrégulièrement par vingt-quatre heures, sont plutôt roses ou légèrement colorés en rouge.’Après être arrivée ainsi à une faiblesse, à une maigreur et une pâleur excessive, la malade meurt le 6 juillet 1855, à quatre heures du matin.
Autopsie faite trente-six heures après la mort. — Cerveau et méninges anémiés, contenant très peu de liquide. Les poumons, emphysémateux à leurs bords antérieurs, sont très anémiques. Le péricarde est tout à fait adhérent au cœur, et outre les anciennes adhérences celluleuses, il y a une infiltration comme gélatineuse entre les mailles des adhérences. Le ventricule droit renferme des caillots mous, rougeâtres ; à sa surface, ce ventricule est couvert de beaucoup de graisse, sa substance est pâle et a 6 millimètres dans sa plus grande épaisseur. Le ventricule gauche a 16 millimètres d’épaisseur vers la base, 10 vers le milieu, et seulement 5 vers la pointe. La valvule mitrale est un peu épaissie. à son bord et couverte de petites végétations granuleuses. Le cœur dans sa totalité est de volume normal. L’estomac n’offre nulle part de travail ulcéreux; dans son grand cul-de-sac, la muqueuse est ramollie et très amincie, et près du pylore elle est légèrement épaissie, mamelonnée et d’une bonne consistance. Le foie a 28 centimètres de largeur, 20 de hauteur et 8 d’épaisseur à droite, 16 de hauteur et 8 d’épaisseur à gauche. Son tissu, rouge brun, paraît normal ; les conduits biliaires semblent généralement un peu dilatés et renferment une bile jaunâtre et épaissie. Au-devant de la veine porte et sur le trajet de l’artère hépatique, se trouve une dilatation anévrysmale placée transversalement, du volume d’un, œuf de pigeon, remplie de couches concentriques de caillots fibrineux. Cet anévrysme, qui offre à sa face interne la membrane interne intacte, avait contracté des adhérences avec la vésicule du fiel vers son tiers inférieur, et avait versé une grande quantité de sang dans sa cavité, qui renfermait une grande quantité de sang coagulé et liquide, et dont la muqueuse était épaissie et imbibée de sang. L’ulcération, qui conduisait de l’anévrysme dans la vésicule du fiel, était entourée de petites érosions superficielles, dont il existait aussi plusieurs dans le fond de la vésicule. Le conduit cystique et le conduit cholédoque renfermaient des coagulations sanguines très faciles à détacher ; c’était donc par cette voie que le sang s’était écoulé dans l’intestin, et avait reflué en partie dans l’estomac. Rien d’anormal dans la rate et les reins. La membrane muqueuse des intestins était normale, seulement imbibée de sang dans sa partie inférieure.
CCCLXXXVII. — Cirrhose du foie. (PI. CXXVI, fig. 2-4.)
Un homme, âgé de quarante-cinq ans, que je n’avais pas observé pendant la vie, avait présenté tous les signes de la cirrhose du foie, diminution du volume de l’organe, ascite, diarrhée, apyrexie, dépérissement rapide, etc. A l’autopsie, ou trouve une cirrhose très avancée, et l’on m’apporte le foie, que j’ai fait représenter. Tout l’organe a considérablement diminué de volume, il a à peine 19 centimètres de largeur et 4 à 5 centimètres d’épaisseur, il a 18 de hauteur dans le lobe droit et 16 dans le lobe gauche. La teinte est généralement très pâle, d’un jaune grisâtre légèrement rosé et d’un jaune couleur de beurre dans quelques endroits. Toute la surface du foie est très granuleuse, et les granulations sont saillantes ; leur volume varie entre celui d’une lentille et celui d’un pois ; la vascularité est peu prononcée, mais par places il y a des îlots d’injection plus dense. Les granulations sont séparées par des sillons profonds composés, outre les vaisseaux sanguins, du tissu fibreux notablement hypertrophié de la capsule de Glisson. Les granulations du foie sont en majeure partie infiltrées de petites et de grosses vésicules de graisse, et dans beaucoup même les éléments graisseux prédominent au point d’avoir fait disparaître les éléments propres du foie. Dans la capsule glissonienne épaissie, on trouve, outre les éléments fibreux ordinaires, beaucoup d’éléments fibro-plastiques.
CCCLXXXVIII. — Cancer du foie et du péritoine. (PL CXXVIII, fig. 1.)
Je n’ai pas non plus de renseignements sur ce cas, j’ai trouvé ce foie sur une des tables d’autopsie de l’hôpital de la Charité. 11 appartenait à une vieille femme qui pouvait avoir environ soixante ans. Je trouvai en même temps de nombreuses tumeurs cancéreuses sur toute l’étendue du péritoine. Le foie n’a pas beaucoup augmenté de volume, il a 24 centimètres de largeur, 18 de hauteur et 8 d’épaisseur. Il présente à sa surface et dans son intérieur un grand nombre de tumeurs cancéreuses. A la surface du lobe gauche, il y a un épaississement laiteux) de la capsule, qui présente la forme d’un réseau. Les tumeurs varient entre le volume d’un petit pois et d’une pomme, et dans le lobe droit elles occupent, par confluence, une étendue beaucoup plus considérable. Les tumeurs de la surface montrent pour la plupart une dépression dans le milieu, mais un certain nombre d’entre elles sont montées sur un pédicule mince formé par un prolongement du péritoine et par des vaisseaux sanguins. Ceux-ci existent en nombre considérable à la surface du lobe droit*; ils sont plus rares et plus disséminés sur les tumeurs du lobe gauche. Tandis que les tumeurs de cette région présentent un tissu jaune pâle, homogène, élastique, infiltré de beaucoup de suc cancéreux, les caractères, en un mot, de l’encéphaloïde, nous trouvons au contraire dans les tumeurs confluentes du lobe droit la consistance dure du squirrhe. Les masses très fibreuses, à fibres rayonnantes, renferment une vascularité inégale et )un suc cancéreux moins abondant que dans les tumeurs du lobe gauche. Il y a enfin à la surface du foie plusieurs groupes de tumeurs saillantes qui ressemblent à des végétations en forme de choux-fleurs. Le diaphragme, dans sa partie voisine du foie, est criblé de tumeurs semblables. Parmi les diverses parties du péritoine qui renferment des tumeurs cancéreuses, nous signalons surtout celles qui entourent la partie inférieure du rectum, et les ligaments de la matrice. Il y en a même à la surface d’un kyste de l’ovaire droit. Dans toutes ces tumeurs il y a, outre les éléments fibreux, de nombreuses cellules cancéreuses de 1/50“ de millimètre avec un noyau de 1/100' et un ou deux grands nucléoles; on voit de plus un certain nombre de cellules à noyaux multiples.
MALADIES DES ORGANES DE LA DIGESTION ET DE LEURS ANNEXES
GCCLXXXIX. — Cancer de l'estomac. Tumeurs cancéreuses dans le lobe droit du foie, renfermant un kyste dans son centre.
(PI. CXXIX, fig. 1).
Un homme, âgé de quarante-quatre ans, a été pendant six semaines dans le service de M. Cruveilhier, à la Charité. On n’a pas eu de renseignements sur ses antécédents, et il est entré, en apparence, pour une dysenterie chronique. Il a eu pendant tout le temps qu’il est resté à l’hôpital une diarrhée continuelle, quelquefois noirâtre, d’autres fois rouge et souvent mêlée de sang ; le ventre était tuméfié, et comme il y avait un épanchement de sérosité dans l’abdomen, on n’a pas constaté l’existence d’une tumeur distincte. L’absence de vomissements et de douleurs épigastriques détournait surtout de la supposition d’une affection organique de cet organe. A l’autopsie, on trouve, outre l’épanchement abdominal, les altérations d’une entéro-colite avec rougeur, ramollissement, petites ulcérations par places dans le côlon. On constate comme altération principale un cancer ulcéré de la petite courbure de l’estomac, occupant à peu près toute sa moitié pylorique, tout en laissant son ouverture parfaitement libre. Les bords de l’ulcère cancéreux ont jusqu’à 3 centimètres d’épaisseur, celui-ci a environ 5 centimètres de longueur et de largeur. A la surface externe de la petite courbure, les lymphatiques sont injectés de suc cancéreux. II y a, en outre, de nombreux ganglions cancéreux autour de l’estomac, dans le mésentère et dans l’épiploon. Le foie, un peu augmenté de volume, renferme une tumeur cancéreuse unique, presque du volume d’une tête de fœtus, ayant 11 centimètres de longueur,
10 de largeur et 9 d’épaisseur. Elle est située dans le lobe droit, et présente dans son centre un kyste capable de loger une petite pomme, rempli d’un liquide rougeâtre. Il n’est pas cependant uniformément lisse et creux, mais traversé par un graud nombre de stries et de trabécules d’apparence fibro- celluleuse qui s’entrecroisent et laissent entre elles de larges lacunes. Tout autour du kyste, le tissu morbide est mou, mais dans la substance complète de la tumeur il est plus ferme, plus élastique, de la consistance de l’encéphaloïde ordinaire. Dans bien des endroits il offre l’aspect terne de l’altération phymatoïde du cancer. Au microscope, on trouve dans les diverses tumeurs les éléments ordinaires du cancer.
CCCXC. — Cancer des poumons et du foie chez un chien, avec injection des artères et des veines. (PI. CXXIX, fig. 2-7.)
Un chien de chasse avait à l’anus une tumeur cancéreuse qui avait été extirpée par M. Leblanc. Quelques mois plus tard, une tumeur beaucoup plus considérable survint autour du rectum ; la santé générale s’altéra, l’animal tomba rapidement dans le dépérissement, et succomba avec tous les signes d’une cachexie cancéreuse générale.
A l’autopsie, on trouve, outre la tumeur énorme autour du rectum, les poumons, et surtout le foie, parsemés de tumeurs cancéreuses. Dans le foie, leur volume varie entre celui d’un pois et celui d’une petite pomme; celles qui sont volumineuses font une saillie considérable au-dessus du niveau de la surface de l’organe, mais elles sont rétractées et comme ombiliquées à leur centre. M. Follin, avec lequel j’ai examiné ces pièces intéressantes, a fait une injection des artères et des veines. C’est surtout à la surface de ces tumeurs que l’on voit de nombreuses artères, des veines et de beaux réseaux capillaires. Dans l’intérieur des tumeurs, qui renferment des cavités variant entre 1 et 2 centimètres de diamètre, l’injection a également bien réussi. Dans les unes les artères prédominent, tandis que dans d’autres les artères et les veines se trouvent en proportion à peu près égale. Le tissu de ces tumeurs est d’un gris jaunâtre, mou, faiblement résistant et élastique, et se compose presque entièrement de cellules cancéreuses et de noyaux. Les derniers prédominent ; ils sont plus petits que chez l’homme, et ont 1/150° à 1/100° de millimètre de largeur; leur forme est ronde ou ovoïde, ils contiennent un ou deux nucléoles proportionnellement volumineux, de l/û00° de millimètre. Les parois cellulaires ont 1/80° à 1/60° de millimètre ; mais il y en a de beaucoup plus volumineuses qui renferment cinq ou six noyaux et au delà. Quelques-unes des cellules sont infiltrées de granules graisseux. Les poumons renferment une multitude de petites tumeurs d’un gris jaunâtre, variant entre le volume d’une lentille et celui d’un petit pois, infiltrées d’un suc trouble et lactescent. On y trouve ces mêmes cellules cancéreuses entourées d’un blastème granuleux demi-coagulé, infiltrant les aréoles des fibres du tissu pulmonaire.
CCCXCI. — Cancer de l'estomac, du foie, de la rate, du pancréas et de la veine porte. (PL CXXVI1I, fig. 2.)
Un homme, âgé de quarante-huit ans, d’une bonne constitution, a souffert il y a trois ans, pendant deux mois, de douleurs de l’estomac et de dyspepsie; au bout de ce temps, il s’était complètement rétabli. Il y a six mois, il commença à éprouver, après les repas, un sentiment fort incommode de pesanteur, puis bientôt l’appétit se perdit; il n’y a point eu de douleurs vives. Peu à peu le malade a diminué la quantité de sa nourriture, ayant non-seulement de l’inappétence, mais après chaque repas du malaise, du gonflement, un sentiment de tension dans la région de l’estomac, avec des renvois fréquents. La pression excitait des douleurs assez vives ; le malade était habituellement constipé, ayant seulement de temps en temps de la diarrhée; insomnie habituelle sans souffrance. Le malade dépérit rapidement, et entre, le 25 mai 1855, à l’hôpital de Zurich. Nous le trouvons pâle, avec un teint jaune-paille; son visage amaigri exprime la souffrance; ses joues sont creuses, la langue est blanchâtre ; il se plaint d’un goût pâteux à la bouche; soif vive. Il a de nouveau un peu d’appétit, mais lorsqu’il mange, il est d’abord rassasié; il vomit rarement; l’épigastre est tendu, douloureux à la pression, mais sans tumeur. On règle surtout le régime du malade : on lui donne du lait, des soupes au bouillon, de la viande rôtie en petite quantité, de l’eau de Selters avec du vin, et pour combattre la constipation, on prescrit des pilules d’aloès et de rhubarbe. Pendant le temps qui suit, il survient de l’œdème aux pieds et del’ascite. La constipation fait place à une légère diarrhée. L’appétit se perd de plus en plus ; on emploie successivement, sans succès, des poudres effervescentes, du bicarbonate de soude, une infusion de quassia; mais le malade dépérit de plus en plus, l’hydropisie augmente;
11 souffre peu, le pouls est à 72 : les nuits sont meilleures. Le 8 juillet, nous constatons pour la première fois une petite tumeur profonde dans la partie droite de l’épigastre, ainsi qu’une bosselure sur le bord droit du foie. Dans le courant de juillet, la maigreur devient extrême ; le malade a quelquefois des sueurs nocturnes, la langue est sèche, les tumeurs du foie deviennent plus manifestes ; absence d’ictère, mais passagèrement quelques traces de matière colorante de la bile dans les urines. Pendant la dernière semaine, le malade est presque toujours assoupi. Le 27, sa parole devient inintelligible, le pouls presque imperceptible, et il meurt d’une manière calme, le 29, à dix heures du matin, environ huit mois après le début de la maladie.
Autopsie faite vingt-cinq heures après la mort. — OEdème sous-arachnoïdien considérable, trouble laiteux de l’arachnoïde, beaucoup de liquide dans les ventricules; deux à trois litres d’un- sérum rougeâtre dans l’abdomen. A la surface du poumon droit existent quelques petites plaques cancéreuses sous-pleurales ; cœur flasque, renfermant des caillots mous en partie noirâtres, fibrineux. Le foie est volumineux :
OBSERVATIONS
29 centimètres de largeur, 24 de hauteur et 16 d’épaisseur adroite; 15 de hauteur, 7 d’épaisseur à gauche; adhérent en haut au diaphragme, parsemé de tubercules cancéreux, en partie saillants, en partie rétractés, ayant jusqu’au volume d’une petite pomme, de nature encéphaloïde, en partie infiltrés de graisse. Plusieurs renfermentdes petits kystes. Le tissu du foie est généralement d’un brun foncé, plutôt mou. La vésicule du fiel contient une bile d’un vert foncé; dans la veine porte se trouve une tumeur cancéreuse du volume d’une noisette, intimement adhérente à sa membrane interne. L’estomac, le pancréas et la rate sont réunis entre eux par des masses cancéreuses. La rate a 5 centimètres de longueur, 8 d’épaisseur et 4 de largeur; elle est occupée, dans sa majeure partie, par une vaste tumeur cancéreuse qui présente un stroma fibreux très manifeste et un tissu cancéreux en partie à l’état phymatoïde. Le pancréas, double à peu près de volume, montre une multitude de tubercules cancéreux. L’estomac [renferme dans le grand cul-de-sac une tumeur encéphaloïde presque du volume du poing, présentant dans son intérieur quelques épanchements sanguins; tous les autres organes sont à l’état normal.