DES MALADIES DES CAPSULES SURRÉNALES
Les anatomistes ont bien élucidé tout ce qui a rapport à leur structure, et grâce aux recherches de Hecker, nous savons même la proportion qui existe aux divers âges de développement entre les capsules surrénales et les reins, mais là cessent nos connaissances ; les physiologistes n’ont pu émettre sur leurs fonctions que des hypothèses, comme en général sur tous les organes qu’on a décrits sous le nom de glandes sanguines , terme que nous regardons comme tout à fait provisoire. Il est probable que la chimie organique finira par nous éclairer sur ce point, lorsque nous serons parvenus à déterminer les principales différences qui existent entre le sang qui entre dans tous ces organes et celui qui en sort, car il est probable que ces parties, très vasculaires et sans conduit excréteur, doivent servir à élaborer, à préparer ou à modifier quelques éléments du sang destiné à entrer dans la composition des sécrétions; aussi les trouvons-nous dans le voisinage de quelque organe glandulaire ou glandiforme très important. Mais laissons de côté le point de vue physiologique. Nous n’arrivons pas moins à l’obscurité, à des notions incomplètes et fragmentaires, lorsqu’il s’agit de déterminer l’anatomie morbide et la pathologie des capsules surrénales. Cela tient en partie à leur examen incomplet, car le plus souvent on les étudie à peine et on les laisse de côté avec les tissus cellulo-graisseux qui entourent les reins. Aussi lorsque M. Rayer (2) a dressé, il y a vingt ans à peine, l’inventaire de la science sur ce sujet, n’était-il question que de quelques altérations d’une importance tout à fait secondaire : tels sont les trois cas d’épanchement sanguin
(1) Comparez Bouchardat, Du diabète sucré ou glucosurie, son traitement hygiénique ( Mémoires de l’Académie impériale de médecine, Paris, 1852, t. XVI, p. 1 à 212), Cl. Bernard, Leçons de physiologie expérimentale, Paris, 1855, t. I.
(2) Recherches anatomico-pathologiques sur les capsules surrénales [LJ Expérience, Journal de médecine, novembre 1837).
MALADIES DES VOIES URINAIRES
observés dans les capsules par l’auteur lui-même, dont deux chez des personnes âgées et un chez un enfant nouveau-né. Il est ensuite question de l’affection tuberculeuse et du cancer observé par M. Rayer. MM. Louis et Andral ont pensé que les diathèses générales s’accompagnaient de ces maladies. Pour ma part, j’ai observé une fois, une hypertrophie notable d’un de ces organes, une autre fois, une infiltration tuberculeuse chez un individu atteint de tubercules pulmonaires, plusieurs fois, des infiltrations sanguines, et en dernier lieu, une atrophie complète simultanée avec l’atrophie des reins. 11 existe aussi un certain nombre de faits de capsules surrénales accessoires situées, d’après Rokitansky (1), sur le plexus rénal ou solaire ou sur les ganglions solaires. Cet observateur mentionne l’hypertrophie et l’atrophie, la fréquence des hémorrhagies, la suppuration observée par Andrea, les produits accidentels; il indique enfin deux formes de connexion intime des capsules avec la surface des reins, dont l’une est consécutive à l’inflammation et l’autre congénitale, et dans ce dernier cas la même capsule enveloppe le rein et l’organe accessoire, les deux sont réunis par un tissu cellulo -vasculaire dense. Le traité de Foerster (2), si complet d’ailleurs sous d’autres rapports, n’ajoute absolument rien à ce que nous savons sur ce sujet, aussi a-t-on accueilli avec un enthousiasme, un peu prématuré toutefois, l’ouvrage d’Addison (3), sur les maladies de ces organes, renfermant une série de faits appelés, selon ce médecin, à jeter un grand jour sur la pathologie de ces parties. A cette occasion, il faut également rendre hommage à M. Lasègue (4), qui a donné un extrait très bien coordonné et plein de remarques judicieuses sur le travail de l’auteur anglais.
Après les recherches d’Addison, l’anatomie pathologique des capsules surrénales, qui, jusqu’à présent, ne présentait qu’un intérêt de curiosité, acquiert une grande portée pathogénique : car il résulte que ces altérations se rattachent à une anémie particulière, dont les progrès peuvent être lents ou plus ou moins rapides, combinés quelquefois avec de la polysarcie, et, chose remarquable, à peu près constamment avec une couleur brunâtre bistrée de la peau. L’auteur cite onze observations, auxquelles M. Lasègue en ajoute quatre autres, publiées par le Medical Times depuis le travail de M. Addison, et quoique, dans plusieurs, lès altérations aient été mal décrites, et les détails de l’autopsie de tous les organes pleins de lacunes, il y en a cependant plusieurs dans lesquelles la connexion établie entre les altérations et les symptômes semblerait parler tout à fait en faveur de l’opinion émise par l’auteur. Quoique non convaincu de la théorie d’Addison, nous citerons, comme type, les deux faits suivants, dont l’un est la première observation d’Addison et le second un des faits publiés par le Medical Times.
Première observation. — Homme âgé de trente-deux ans, entré à l’hôpital de Guy le 6 février 1850 (service deM. le docteur Goldiqg Bird); boulanger. Bronchite il y a trois ans, qu’il ne put guérir par les remèdes domestiques et qui nécessita son admission à l’hôpital- Depuis lors sa peau, de blanche qu’elle était, a pris une teinte plus foncée qui a été graduellement en augmentant. Un an après sa sortie de l’hôpital, il fut obligé de garder la chambre par suite d’une extrême faiblesse. La bronchite avait reparu depuis quelque temps. Elle céda à un traitement méthodique, et le médecin, frappé de la coloration de la peau, lui prescrivit sans succès des remèdes contre ce qu’il supposait une jaunisse. Après cette rechute, le malade s’amaigrit, il est débile, la peau est de plus en plus foncée, il sollicite son admission.
État actuel. — Toute la peau du corps est bistrée, il semblerait qu’on a sous les yeux un mulâtre, et l’analogie est si frappante, qu’on croit devoir rechercher ses antécédents, qui excluent toute idée d’une descendance de nègre. La couleur ne rappelle pas celle que détermine l’absorption du nitrate d’argent, elle paraîtrait plutôt être due au pigment de la choroïde de l’œil. Quelques parties du corps sont plus notablement colorées; le scrotum et le [pénis ont une teinte plus foncée. Les joues sont amollies, le nez effilé, les conjonctives bleuâtres; la voix est grêle, plaintive; la contenance et le maintien du malade sont ceux d’un enfant, il accuse une douleur à la région épigastrique, la poitrine est bien conformée, les bruits du cœur et ceux de la respiration sont normaux ; les urines ne sont pas altérées, elles n’excèdent pas 1 litre 1/2 par douze heures, sont acides et ne contiennent ni albumine ni sucre. La région lombaire gauche est douloureuse à la pression. Le docteur Bird, considérant le malade comme atteint d’anémie essentielle, prescrit le sirop d’iodure de fer et un régime réconfortant. Le malade reprit quelques forces et quitta l’hôpital. Peu de temps après sa sortie, il fut atteint de pneumonie, de péricardite aiguës qui amenèrent bientôt la mort.
Autopsie. — Adhérences pulmonaires anciennes; pneumonie récente et très limitée au sommet du poumon droit; lobe inférieur carnifié; poumon gauche en presque totalité carnifié; pas de tubercules ni de cavernes; injection et épaississement de la muqueue
(1) Op. cit ,, t. III, p. Ô78.
(2) Handbuch der Spec. path. anat. Leipzig, 1855, p. 402.
(3) On the constitutional and local effects of disease of the suprarénal capsules. Londres, 1855, in-â de Uk pages et 11 planches coloriées.
(U) Archives générales de médecine, mars 1856. Voyez aussi les communications de MM. Troussean et Brown-Séquard à l’Académie de médecine {Bulletins de l’ Académie de médecine, t. XXI, p. 1036, 1067).