DES ALTÉRATIONS DE LA VESSIE
§ I. — Bcs altérations congénitales.
Nous passons sous silence ici les affections qui ne permettent pas au fœtus d’arriver au terme de son développement. La vessie manque très rarement tout à fait, et alors les uretères s’abouchent dans l’intestin, dans le vagin ou dans le cloaque commun. On observe plus souvent une formation défectueuse de la vessie, sa paroi antérieure n’étant pas complètement fermée; l’allantoïde, dans ces cas, ne s’est pas transformée en un sac clos dans l’intérieur de l’abdomen; il reste alors une extrophie de la vessie, qui forme à l’hypogastre une tumeur rouge et comme charnue, sur laquelle on voit quelquefois l’entrée des uretères; le pénis, dans ces cas, est fort incomplètement fermé, l’urine s'écoule goutte à goutte. J’ai observé cet état une fois chez une vieille femme de la Salpêtrière, chez laquelle la partie inférieure de la vessie s’abouchait dans le vagin, et que cette difformité n’avait pas empêchée d’arriver à un âge avancé. D’autres formes d’inocclusion de la vessie s’observent dans les diverses formes de cloaques. Dans des cas rares, l’ouraque reste ouvert et ne donne issue à l’écoulement des urines que lorsque l’ouverture uréthrale de la vessie est rétrécie et fermée. On trouve enfin quelquefois des cloisons anormales, et entre autres la division de la vessie presque en deux compartiments. On a signalé l’existence de deux ou trois vessies avec multiplication également des uretères.
§ II. — Be rinHainniation de la vessie.
Nous ne pouvons séparer, dans cette description, le catarrhe et l’inflammation (1). Nous avons déjà dit dans maint endroit que le catarrhe est pour nous une inflammation superficielle de la membrane muqueuse et surtout de ses glandules avec hypersécrétion; et comme celles-ci sont proportionnellement en petit nombre dans la muqueuse vésicale, on est par cela même d’autant moins autorisé à distinguer le catarrhe vésical de la cystite. Il n’est point sans importance de distinguer la cystite primitive de celle qui est consécutive à des obstacles dans l’émission des urines, par la raison que cette dernière tend à devenir chronique et à s’accompagner d’une hypertrophie delà couche musculaire. Dans l’inflammation primitive au contraire, la vessie tend plutôt à diminuer de volume, car les urines ne sont jamais longtemps tolérées, et j’ai vu ainsi ses diamètres diminués au point que la sonde introduite dans sa cavité ne pouvait presque plus se mouvoir sans que son bec heurtât partout les parois; dans ce même cas, la vessie reprit un volume plus normal, lorsque le malade, sensiblement amélioré, fut parvenu à pouvoir retenir ses urines pendant plus longtemps : et il faut du reste se garder d’établir, sous ce rapport, une règle absolue. Dans la cystite sans obstacle mécanique, la cavité vésicale peut augmenter, diminuer ou rester normale. Dans la forme aiguë, la membrane muqueuse est d’un rouge vif, injectée d’une manière générale ou partielle et inégale, par arborisations fines ou une rougeur pointillée. En même temps la muqueuse est ramollie, tuméfiée; toutefois la membrane muqueuse vésicale étant très mince à l’état normal, elle ne dépasse guère l’épaisseur de 1 à 1 1/2 millimètre, lorsqu’elle est le siège d’une tuméfaction inflammatoire. Les follicules sont quelquefois assez développés, et principalement autour du trigone ils sont clos et entourés d’un cercle vasculaire. On observe dans quelques cas la présence de fausses membranes à la surface de la muqueuse, ce qui a été surtout constaté dans la cystite canlharidienne ; d’autres fois la phlegmasie prend un caractère diphthéritique, et alors des érosions ou des ulcérations se forment dans le tissu même de la muqueuse et s’étendent aux parties sous-jacentes. On observe aussi, mais plus rarement, l’inflammation suppurative sous-muqueuse ; le tissu cellulaire interposé entre la tunique charnue et la muqueuse, ordinairement infiltré seulement d’une exsudation séreuse, devient alors, par places, le siège de petits abcès qui s’ouvrent à la surface de la vessie. Dans des cas rares, l’inflammation se termine par la gangrène, ce qui s’observe surtout lorsqu’il y a eu une compression prolongée par un gros calcul ou par la tête du fœtus pendant un accouchement laborieux, ou par suite d’une
(1) Voyez Civiale, Traité pratique des maladies des organes génito-urinaires, 3e édition. Paris, 1860, t. TU, p. A31 et suiv. •