ALTÉRATIONS DE LA VESSIE
accumulation prolongée des urines dans les affections typhoïdes. Comme dans l’inflammation des muqueuses en général, on observe de bonne heure un liquide purulent qui, versé à la surface, se môle aux urines, et qui montre ordinairement des cellules purulentes fort bien caractérisées, parmi lesquelles on découvre quelques floconsps eudo-membraneux et des épithéliums. Il est facile de reconnaître ce pus dans les urines, soit à l’œil nu, soit au microscope, soit enfin par la réaction au moyen de l’ammoniaque. 11 n’est pas rare d’y trouver au début les épithéliums de la muqueuse vésicale, mais j’ai été plus d’une fois frappé du fait que, dans la cystite un peu prolongée, l’épithélium diminuait notablement et disparaissait en partie. Lorsque, dans la cystite aiguë, la vessie est contractée, sa couche musculaire paraît épaissie, ce qui ne lient d’abord qu’à l’état de contraction, mais bientôt aussi les efforts répétés pour l’expulsion des urines provoquent l’accroissement de la nutrition.
Lorsque la cystite passe à l’état chronique, état qui a surtout été désigné sous le nom de catarrhe chronique de la vessie, la muqueuse prend plutôt une teinte violacée ou d’un gris ardoisé; elle continue à sécréter un liquide purulent, et de très bonne heure se montre une tendance à l’excrétion abondante de sels phosphatés, et surtout du phosphate calcaire; aussi ces éléments entrent-ils, pour la majeure partie, dans les calculs qui se forment consécutivement à la cystite chronique.
La membrane muqueuse peut aussi subir des altérations ultérieures; elle devient quelquefois le siège d’une hypertrophie générale, d’autres fois d’une hypertrophie partielle multiple, et c’est alors qu’on voit se former des excroissances polypiformes dont le nombre peut être considérable et qui peuvent même prendre un aspect arborescent et dendritique. L’hypertrophie s’étend souvent aussi à la couche musculaire, qui peut atteindre ou même dépasser un centimètre d’épaisseur, et l’on reconnaît alors fort bien les cellules des muscles organiques, qui augmentent de dimension et de longueur en même temps que de nombre. La surface de la tunique musculaire offre alors de nombreuses colonnes qui s’entrecroisent et offrent un relief d’un millimètre et au delà, qui donne à la surface interne de la vessie l’aspect particulier que l’on a décrit sous le nom de vessie à colonnes; cet état est surtout prononcé lorsque la cavité est agrandie, tandis que lorsqu’elle est rapetissée, la surface interne présente plutôt un aspect plissé.
On trouve dans cette forme chronique, des ulcérations quelquefois nombreuses, qui peuvent s’étendre en profondeur; d’autres fois il se forme des abcès sous-muqueux, et, dans l’un et l’autre cas, il peut survenir une infiltration urineuse avec fistules; soit dans le tissu cellulaire qui enveloppe la vessie, soit même après les adhérences préalables avec des perforations du vagin, du rectum, du péritoine, etc. La mort peut en être la conséquence. C’est dans ces circonstances que l’on observe aussi quelquefois la gangrène, qui alors peut s’étendre de la vessie aux parties ambiantes. La formation de gravelle est quelquefois assez considérable pour former de véritables incrustations.
De même que la cystite, surtout celle du col vésical, peut naître de la propagation d’une uréthrite, de même aussi, à son tour, la cystite peut se propager aux bassinets des reins, par l’intermédiaire des uretères. Quant à la cystite qui accompagne les affections de la prostate, le mécanisme de sa production est plus compliqué, et l’on rencontre le catarrhe vésical comme complication fréquente des maladies les plus diverses des voies urinaires et de la prostate. Parmi les médicaments irritants dont les principes essentiels sont excrétés par les urines, il n’y a que les cantharides qui provoquent d’une manière bien avérée une cystite simplement catarrhale ou pseudo-membraneuse. L’inflamrnalion croupale ou diphlhéri tique de la vessie s’observe quelquefois comme affection secondaire dans la pyohémie, la fièvre typhoïde, la variole et la scarlatine. En général, la cystite chronique est plus fréquente pendant la seconde moitié de la vie et chez l’homme. Quant à l’influence de la goutte, elle est loin d’être péremptoirement démontrée; quelquefois les vaisseaux, qui sont depuis longtemps le siège de l’hypérémie, peuvent se dilater, devenir même variqueux, et donner lieu, en se rompant, à l’écoulement, d’un peu de sang, mais en général la maladie décrite sous le nom d ’hémorrhoïdes de la vessie, si fréquemment diagnostiquée par les praticiens peu versés en anatomie pathologique, est très rare, et son diagnostic repose le plus souvent sur une erreur.
Nous avons dit plus haut que le tissu cellulaire qui entoure la vessie peut devenir le siège d’un travail phlegmasique secondaire dans la cystite, mais il peut aussi s’enflammer primitivement, et c’est celte
MALADIES DES VOIES URINAIRES
affection, qu’on a décrite sous le nom de péricystite, qui peut être la conséquence d'une phlegmasie propagée du tissu cellulaire delà fosse iliaque, ou être la conséquence d’une inflammation métastatique ou pyohémique. J’ai vu plusieurs fois cette inflammation se terminer par perforation dans la vessie ou le rectum. Une fois c’était chez une petite fille qui, à la suite d’une scarlatine, fut prise d’une rétention d’urine et de douleurs très vives s’étendant de la fosse iliaque à la région vésicale, et qui fut guérie après la formation successive de deux abcès, dont l’un avait perforé le rectum et l’autre la vessie de dehors en dedans. J’ai donné des soins à une dame que l’on croyait atteinte d’une péritonite chronique, et chez laquelle un examen attentif me fit découvrir des évacuations purulentes abondantes avec les urines, et une tumeur phlegmoneuse indurée dans l’espace de Douglas, entre la vessie et le rectum. MM. Velpeau et Louis, que j’avais appelés en consultation, confirmèrent mon diagnostic. J’ai vu plusieurs fois le phlegmon péricystique se terminer par la résolution, après avoir constitué, pendant quelque temps, une induration autour du fond de la vessie; ce phlegmon induré, enfin, peut provoquer des adhérences avec les organes voisins, et devenir ainsi plus tard le point de départ d’un étranglement interne avec arrêt plus ou moins complet dans le cours des matières.
Nous passons sous silence l’hémorrhagie vésicale, celle-ci n’étant guère une affection essentielle de la vessie, car le sang rendu par les urines provient souvent des reins, soit que ceux-ci se trouvent malades, soit qu’il y ait une altération générale du sang ; et lorsque ce liquide provient de la vessie, c’est qu’il existe en même temps une autre altération inflammatoire ou cancéreuse, ou un corps étranger qui irrite ses parois. Nous pouvons en dire à peu près autant de l’hypertrophie et de l’atrophie. La première est surtout la conséquence d’un obstacle dans l’émission des urines, par rétrécissement uréthral ou compression du col de la vessie ; elle s’accompagne ordinairement d’une dilatation qui peut devenir énorme. Hunter a décrit un cas où la vessie s’étendait jusque dans l’épigastre, et Pitta (1) cite celui d’un homme âgé de soixante et quinze ans, qui, quoique évacuant tous les jours deux litres d’urine, avait la vessie distendue jusqu’à l’ombilic lorsqu’elle était vide, et jusqu’aux fausses côtes lorsqu’elle était distendue par une rétention d’urine momentanée. Lorsque cet état a atteint un certain degré, on observe aussi quelquefois la formation de lacunes entre les faisceaux charnus, qui plus tard peuvent se transformer en diverticules et donner lieu à des amas calculeux. L’état avec lequel l’hypertrophie de la vessie se combine le plus souvent est celle de la prostate. L’atrophie est au contraire très rare et s’observe seulement quelquefois dans les cas de paralysie avec distension et mauvais état de la nutrition, mais cet amincissement peut aussi exister sans paralysie ou être la suite d’une longue distension. Elle peut prédisposer à la rupture de la vessie, dont il existe dans la science un certain nombre d’exemples.
On observe quelquefois les déplacements de la vessie, qui peuvent consister en une simple procidence de la muqueuse dans l’urèthre chez la femme, chez laquelle elle peut coexister aussi avec la procidence par le vagin. Une portion de la vessie, enfin, peut entrer dans les diverses formes de hernies. Quant aux fistules vésico-vaginales, elles ont plutôt un intérêt chirurgical qu’anatomo-pathologique.
§ III. — De In pilimictlon.
Parmi les affections les plus curieuses que l’on observe dans les voies urinaires, nous devons signaler le mélange de cheveux avec les urines; mais nous devons dire tout d’abord que ceux-ci ne se produisent guère dans la vessie, et proviennent ordinairement d’un des organes voisins, et surtout des kystes pili— graisseux; nous ne saurions mieux rendre compte de celle affection qu’en citant le résumé du beau travail de M. Rayer (2). Voici comment s’exprime M. Rayer :
« Les poils qu’on observe quelquefois dans les voies urinaires, dans l’urine, la gravelle ou les calculs, peuvent avoir une triple origine; ils peuvent: 1° s’être formés dans les voies urinaires (trichiasis) ; 2° provenir de kystes pileux ouverts dans la vessie; 3° avoir été introduits du dehors.
» 1° Le trichiasis des voies urinaires est une maladie très rare, qui doit être inscrite dans nos cadres nosologiques. Elle l’est certainement beaucoup plus qu’elle ne paraît l’être, d’après le nombre d’observations de trichiasis déjà publiées. Le chiffre de ces observations se réduit beaucoup lorsqu’on écarte
(1) -Virchow, Pathologie , t. VI, p. 139.
(2) Mémoires de la Société de biologie, 2' année, 1850. Paris, 1851, t. II, p. 216.