‹ Traité d'anatomie pathologique générale et spécialeChapitre 60 sur 165 · ALTÉRATIONS DE LA VESSIE · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS DE LA VESSIE

celles dans lesquelles l’urine n’a pas été examinée au moment de son émission, et celles dans lesquelles l’existence de véritables poils d’homme dans l’urine ou dans des graviers n’a pas été suffisamment établie.

» Le trichiasis est caractérisé par l’émission de poils avec l’urine non sensiblement altérée dans son apparence et sa composition, ou avec l’urine plus ou moins chargée de mucus, de sang ou de pus. Ces poils peuvent aussi être enchevêtrés dans du sable urique ou dans des graviers phosphatiques, ce qui constitue alors l’union du trichiasis à la gravelle. Les poils peuvent aussi être déposés à la surface ou disséminés dans l’intérieur de calculs d’une composition plus ou moins complexe.

» Dans le trichiasis, l’émission des poils avec l’urine peut quelquefois s’opérer presque sans douleur et même à l’insu des malades; c’est le cas du trichiasis simple. Plus souvent le trichiasis est accompagné de diverses complications, de dysurie, d’urines sanguinolentes ou purulentes et d’autres accidents propres à diverses maladies des voies urinaires. L’émission des poils peut n’avoir lieu que pendant un temps assez court et ne se produire qu’à des intervalles plus ou moins éloignés.

» Les causes de cette singulière affection sont complètement ignorées; il résulte seulement de l’analyse des faits observés qu’on l’a vue le plus souvent coexister avec une inflammation de la membrane muqueuse des voies urinaires, avec des graviers ou des calculs.

» Le trichiasis a été observé chez l’enfant, chez l’adulte et le vieillard, chez l’homme et chez la femme.

» On ne sait encore rien sur la disposition des poils et sur l’état anatomique de la membrane muqueuse, du bassinet et de la vessie dans le trichiasis des voies urinaires, Maurice Hoffmann et Bichat ayant malheureusement négligé l’examen de cette membrane dans les deux cas où ils ont constaté l’existence de poils dans les voies urinaires, après la mort.

» Lorsque le trichiasis coïncide avec la gravelle urique, l’usage des alcalis est indiqué comme dans le cas de simple gravelle; Pemploi des acides serait préférable s’il s’agissait de la gravelle phosphatique enchevêtrée de poils.

» Quant aux remèdes qui ont été employés avec plus ou moins de succès dans les inflammations des voies urinaires compliquées de trichiasis, ils appartiennent presque tous à la catégorie de ceux qu’on recommande généralement dans ces inflammations elles-mêmes.

» 2° La pilimiction provenant de kystes pileux constitue un état pathologique bien distinct du précédent, et comme lui fort rare. Ces cas de pilimiction n’ont été observés que chez la femme, mais ces faits sont en général des plus authentiques. Cette émission de poils avec l’urine se distingue du trichiasis par l’existence d’une tumeur le plus ordinairement située au voisinage d’un des ovaires, et qu’on pourra reconnaître à l’aide d’une exploration attentive de la vessie et des autres organes de l’hypogaslre par le rectum et par le vagin. La connaissance des accidents antérieurs à la pilimiction contribue aussi à éclairer le diagnostic, que d’autres circonstances, telles que l’émission ou l’extraction par l’urèthre de petites portions de peau couvertes de poils, de fragments d’os, de dents, etc., pourront rendre tout à fait certain. Plusieurs observations que j’ai rapportées montrent que le chirurgien peut quelquefois venir très efficacement en aide aux efforts de la nature en favorisant l’expulsion des poils, des dents, des calculs, et en pratiquant leur extraction.

» L’introduction dans la vessie de poils venant du dehors est également un fait rare, mais plusieurs fois constaté. On a vu une mèche de cheveux, introduite volontairement dans la cavité de cet organe, devenir le noyau d’un calcul. J’ai cité une observation qui tend à prouver qu’un poil du pubis a pu pénétrer dans la vessie par une fistule ombilicale. Suivant quelques chirurgiens, des poils pourraient encore être portés dans la vessie dans l’opération du cathétérisme. Enfin j’ai trouvé moi-même assez fréquemment des poils, des fils de laine, de lin et de coton dans les débris de calculs, pour être conduit à penser que les mors du lithotriteur avaient pu retenir ces matières et les porter dans la vessie. »

§ IV. — Des produits accidentels de la vessie.

Nous avons traité (tome Ier, p. 369) des polypes, des concrétions et des calculs dont la vessie peut être le siège; il nous reste à parler ici des tumeurs papillaires, des tubercules et du cancer.

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MALADIES DES VOIES URINAIRES

1° Des tumeurs papillaires.

Elles peuvent être de deux sortes : ou constituer un véritable cancer dendritique dont il sera question en parlant du cancer* ou être de simples végétations rameuses, des excroissances villeuses ou ramifiées de la membrane muqueuse; elles peuvent atteindre jusqu’au volume d’une noisette, d’une noix, et se composer de filaments simples ou ramifiés de tissu cellulaire, qui renferment dans leur intérieur des rameaux vasculaires et dont la surface est couverte d’épithélium. Des portions entières de ces tumeurs peuvent se détacher par une espèce de nécrose et être rendues par les urines ; ces tumeurs sont souvent confondues avec le cancer et se rencontrent ordinairement seules dans la vessie, tout le reste de l’économie continuant à rester dans un état d’intégrité parfaite.

2° Des tubercules de la vessie.

Ils ne sont presque jamais essentiels; je n’en connais au moins pas un seul exemple. Ils participent à la tuberculisation générale ou à celle des voies génito-urinaires. C’est dans la partie antérieure, dans le trigone vésical que ces tubercules ont le plus souvent leur siège; on les observe d’abord sous forme de granulations qui, plus tard, peuvent constituer, par confluence, des plaques plus étendues. Ils se déposent primitivement dans le tissu cellulaire sous-muqueux ou dans le tissu même de la membrane muqueuse, et lorsque les couches superficielles de celles-ci sont atteintes de granulations jaunes, ils ont l’air quelquefois d’être semés à la surface ou d’incruster une portion de la muqueuse. Dans des cas rares, on les trouve -déposés dans les follicules du trigone, fait signalé par M. Dufour dans son excellente thèse sur la tuberculisation des organes génito-urinaires. Ce même auteur parle aussi d’ulcérations tuberculeuses de la vessie.

3° Du cancer de la vessie.

Nous avons vu, en parlant du cancer de l’utérus, que l’affection cancéreuse secondaire de la vessie était très fréquente dans cette maladie, et le dépôt cancéreux, dans cette circonstance, n’arrive au réservoir des urines que par propagation et par irradiation. Mais quelle énorme différence entre ces cancers secondaires et l’affection carcinomateuse primitive de la vessie. Qu’on relise ce que nous avons dit sur le mode d’altération et les symptômes auxquels donne lieu ce cancer propagé à la vessie, et l’on sera une fois de plus frappé de la nécessité de distinguer avec un soin extrême le cancer primitif du cancer secondaire dans un même organe.

Le cancer de la vessie est, du reste, une affection rare; nous ne pouvons fonder son histoire que sur l’analyse de sept observations, dont plusieurs même ne nous appartiennent pas en propre et ont été choisies dans diverses publications (1).

Le cancer primitif de la vessie est ordinairement un encéphaloïde. Cependant son aspect peut se rapprocher exceptionnellement du tissu squirrheux ou du cancer gélatiniforme. Le point de départ ordinaire est le tissu sous-muqueux. De là le mal peut s’étendre à tous les tissus de l’organe, qui peut acquérir alors une épaisseur considérable, que nous avons vue aller jusqu’à 3 centimètres et au delà. Le cancer de la vessie a, en outre, une tendance prononcée à former de véritables champignons encéphaloïdes qui, partant le plus souvent du fond de l’organe, occupent une étendue de plus en plus grande, mais ne franchissent point l’ouverture de l’urèthre. Toutefois il n’est pas rare que, pendant l’émission des urines, des fongosités s’engagent momentanément dans cette ouverture et rendent la miction très difficile. Il faut distinguer deux variétés de ces champignons encéphaloïdes : l’une plus compacte, plus largement lobulée, quelquefois multiple; l’autre plus mince, plus délicate et offrant surtout, lorsqu’on l’examine sous l’eau, l’aspect d’arborisations polypiformes dont tout l’intérieur est formé de tissu encéphaloïde. Les éléments cancéreux appréciables au microscope ont été très nets et très tranchés dans les cas que j’ai eu occasion d’examiner. La surface externe et péritonéale de la vessie devient secondairement le siège de dépôts cancéreux qui remplissent quelquefois en partie ou en totalité

(I) Giviale, Traité des maladies des organes génito-urinaires. Paris, 1851, t. III, p. 208.

ALTÉRATIONS DE L’URÈTHRE

le petit bassin. Il est curieux que, dans les observations que nous avons sous les yeux, il n’y ait pas un cas où l’infection cancéreuse soit devenue générale; l’irradiation dans le bassin etles glandes lymphatiques de celte région a été constatée dans un tiers des cas. J’ai vu le Cancer vésical se propager jusqu’à l’ouraque et provoquer une ulcération du nombril. Dans la seule observation où l’on pourrait croire, au premier abord, qu’il y avait multiplicité des dépôts cancéreux, il reste des doutes trop légitimes sur l’origine du cancer pour en tirer des conclusions par rapport à l’infection. Ce cas fort remarquable a été communiqué à la Société anatomique (1) par M. Lenepveu. Le titre de l’observation est s Cancer encéphalôïde el gélatiniforme de la vessie et de VS iliaque. Une vaste communication existait entre la cavité de l’intestin et de la vessie, et quoique ce fait soit fort bien exposé, on ne peut savoir si la vessie a été primitivement, ou secondairement, ou simultanément, atteinte avec l’S iliaque, quoique le point de départ primitif du côté de la vessie soit plus probable, à cause de l’étendue du fongus cancéreux qui existait dans cet organe. Parmi les tumeurs irradiantes dans le bassin, nous devons en mentionner une qui avait comprimé l’origine du nerf sciatique, de façon à faire croire, pendant la vie, à une affection rhumatismale. Lorsque le cancer affecte, dans l’intérieur de la vessie, la forme d’un fongus volumineux, il arrive que la circulation ne peut plus avoir lieu dans toute l’étendue de cette masse, et que des parcelles se détachent par une espèce de nécrose superficielle et sont entraînées par les urines. Il n’est pas rare que le cancer obstrue l’entrée de l’un des uretères, qui se dilate, dans ce cas, au point d’acquérir le volume de l’intestin grêle. Cette dilatation se propage jusqu'au bassinet. Les reins, dans le cancer de la vessie, sont souvent congestionnés ou même enflammés, et deviennent le siège de petits épanchements sanguins, mais nous n’y avons pas rencontré de dépôts cancéreux secondaires.

Lorsqu’on réfléchit à la rareté de l’infection générale de l’économie par le cancer vésical, lorsqu’on a assisté aux ravages profonds que celte maladie produit dans l’ensemble de la santé, lorsqu’on tient compte de cette circonstance que le cancer des organes du bassin est en général dans les conditions les plus favorables à la propagation par irradiation, on arrive tout naturellement à cette conclusion : qu’il n’y a pas là un privilège particulier, mais qu’il existe, d’un côté des dispositions anatomiques spéciales à la région que ce cancer occupe, et que, d’un autre côté, il devient mortel avant d’avoir pu arriver à l’infection générale.

La durée, dans b cas, a été une fois de 8 mois, deux fois d’un an, et une fois de 18 mois. La durée moyenne a été de 12 mois 1/2. Le cancer de la vessie paraît beaucoup plus fréquent chez l’homme que chez la femme. Sur 7 cas, nous en trouvons 6 chez l’homme et un chez la femme, ce qui prouve encore l’énorme différence qui existe entre le cancer primitif et le cancer secondaire, car la femme est bien plus disposée à ce dernier pour les organes du bassin. Nous n’avons pas observé la maladie avant l’âge de 40 ans; elle nous paraît plus propre à la vieillesse. L'âge moyen, dans 6 cas, a été de 55 ans et 1/3. Voici le tableau de l’âge :

De 40 à 45 ans . 2

45 à 50 ans . 1

55 à 60 ans . 1

A reporte r. . ■ t 4

Report . . . 4

Total. ...... 6

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