‹ Traité d'anatomie pathologique générale et spécialeChapitre 66 sur 165 · DES MALADIES DES GLANDES DE MÉRY ET DES VÉSICULES SÉMINALES · texte numérisé non relu

DES MALADIES DES GLANDES DE MÉRY ET DES VÉSICULES SÉMINALES

§ I. — Maladies îles» glandes de Méry.

Les glandes de Méry ont été très peu étudiées sous le rapport pathologique; le travail le plus complet et qui résume le mieux les connaissances actuelles sur ce sujet, est la thèse de M. Gubler (2). C’est avec raison et appuyé sur des preuves bibliographiques suffisantes, que M. Gubler revendique pour Méry la découverte des glandes bulbo-uréthrales, décrites par lui déjà en 1684, tandis que ce n’est que quinze ans plus tard que Cowper les a signalées : aussi le nom de glandes de Méry nous paraît-il juste. Situées derrière l’urèthre de chaque côté et un peu au-dessous de la portion membraneuse de ce canal, ces glandes atteignent, à l’état normal, la grosseur d’un noyau de cerise ou même d’un haricot. Elles constituent des glandes acineuses en forme de grappe, munies d’un conduit excréteur. Leurs maladies sont peu connues. Une des premières observations positives d’altération morbide de ces glandes est indiquée par Littré (3), qui ne trouva les glandes de Cowper malades que sur un seul des quarante sujets affectés de gonorrhée dont il fit l’autopsie.

M. Gubler, dans son travail, résume plusieurs observations d’inflammation aiguë, et passe ensuite en revue les ulcérations du conduit excréteur, mais celles-ci me paraissent douteuses. Il y a plus de certitude dans l’observation de la transformation fibreuse, d’après un fait rapporté par Morgagni (4). Voici ce qu’il trouva sur le cadavre d’un charpentier mort d’un œdème du larynx : « L’une des glandes de Cowper manquait, ce qui, dit-il, n’est nullement rare; la substance de l’autre était changée en un tissu dur et ferme, semblable à celui des ligaments. » L’autopsie d’un jeune homme qui mourut à l’hôpital, des suites d’un coup reçu à la tête, et chez lequel une cicatrice du gland faisait soupçonner quelque ancienne affection de l’urèthre, révéla à M. Gubler des altérations plus intéressantes, que Morgagni raconte en ces termes : « Je m’arrêtai aux conduits des glandes de Cowper, dont celui du côté droit était plus petit, et celui du côté gauche plus gros que dans l’état naturel, tandis que tous deux se laissaient apercevoir à travers la tunique interne de l’urèthre. Je m’efforçai inutilement d’introduire quelque chose dans le plus petit, en sorte que je crus que ses parois s’étaient réunies ou qu’elles avaient subi un grand rétrécissement à la suite d’une inflammation. Au contraire, celui du côté gauche, qui était distendu par une humeur muqueuse jaunâtre, semblait devoir admettre un stylet qui n’était pas très délié; et en effet il le reçut sans aucune difficulté, mais par le côté de la glande, car l’extrémité opposée se terminait d’une manière très étroite et si peu apparente dans l’urèthre, que je pensai que c’était pour cela qu’il était ainsi rempli d’humeur et que sa glande était grosse, tandis que l’autre était petite et amaigrie. » Morgagni, s’appuyant sur les observations antérieures de Littré et de Cowper, conjecture que cette étroitesse a été produite par une ulcération.

(1) Op. cit. , p. 125.

(2) Des glandes de Méry ( vulgairement glandes de Cowper), et leurs maladies chez l'homme , thèse. Paris, 1849.

(3) Gubler, op. cit., p. 51.

(4) De sedibus et causis morborum, epist. xliv*.

ANAT. PATHOL. — 34* LIVR.

T. II

L’oblitération du canal des glandes de Méry a été aussi observée. Terranus l’a décrite en lui donnant le nom impropre d 'anévrysme. Dans le fait signalé par M. Gubler, il y avait plutôt imperforation.

Parmi les observations de maladies des glandes de Méry que M. Gubler rapporte lui-même, quatre ont été observées sur le vivant, et trois se sont terminées par guérison complète. Toutes les quatre se rapportent à des abcès de la glande, dont l’inflammation ou la dilatation kysteuse peut devenir le point de départ d'un rétrécissement, de même que les abcès ouverts au dehors peuvent donner lieu à une fistule urinaire, mais qui, ordinairement, n’a qu’une durée passagère. Dans le quatrième cas, où la mort a eu lieu par péritonite, M. Gubler a trouvé l’une des glandes de Méry détruite par la suppuration, et l’autre remplie de pus.

§ II. — Des altérations des vésicules séminales.

On s’est très peu occupé des maladies des vésicules séminales; nous manquons même de détails sur leur participation aux maladies de l’épididyme. M. Ricord est le seul qui émette la supposition que, dans l’épididymite blennorrhagique, la vésicule correspondante participe à l’inflammation. Dans cette affection, le toucher rectal me l’a fait sentir quelquefois dure, engorgée, douloureuse. On a parlé de l’hypérémie, de l’engorgement, de l’épaississement, du rétrécissement, de l’oblitération, de la dilatation, d’abcès, d’ulcères, de tubercules des vésicules séminales, mais il n’existe qu’un petit nombre de faits positifs. C’est surtout à Lallemand, à MM. Civiale (1) et Gosselin (2) que l’on doit quelques observations détaillées sur ce sujet. Quant à la tuberculisation, elle peut occuper tout l’intérieur, former une espèce d’encroûtement de la muqueuse, et s’étendre aux canaux déférents du côté de l’épididyme, ou plutôt la vésicule séminale tuberculeuse est malade consécutivement à l’affection de l’épididyme; on trouve aussi quelquefois des ulcères tuberculeux dans l’intérieur de la vésicule. Les maladies circonvoisines peuvent se propager à ces glandes. C’est ainsi que l’inflammation du tissu cellulaire est capable de provoquer une induration susceptible de diminuer sa cavité et de l’atrophier en partie. Les maladies cancéreuses voisines s’étendent également quelquefois à son tissu. La perforation est très rare.

Si toutes les affections que nous venons de mentionner n’ont qu’un intérêt secondaire, il est un autre point de vue qui donne un grand intérêt aux affections des voies spermatiques en dehors du testicule, c’est leur influence sur l’infécondité dans les cas d’oblitération, soit des canaux éjaculateurs, soit des vésicules séminales, soit des canaux déférents, et il paraît même que ces oblitérations ont pour conséquence la sécrétion du sperme du côté correspondant. Comme tout ce qui a rapport à l’infécondité chez l’homme est du plus haut intérêt pratique, nous allons présenter le résumé des importantes recherches de MM. Gosselin et Duplay sur ce sujet. Il résulte des recherches de M. Gosselin que, dans l’acte de la copulation, la majeure partie du sperme vient des vésicules; dès qu’il y a oblitération des voies spermatiques, les spermatozoïdes disparaissent. Cette oblitération occupe la queue de l’épididyme, mais elle peut, à la rigueur, se trouver sur un autre point de cet organe. Comme, à partir de son corps, c’est un conduit unique qui le forme en s’enroulant, il suffit que le calibre de ce conduit s’efface en un point pour qu’il y ait obstacle au passage du sperme.

« L’oblitération n’occasionne pas de douleurs. On voit, il est vrai, dit M. Gosselin, des malades qui souffrent longtemps à la suite d’une épididymite blennorrhagique, mais je l’ai attribuée, dans quelquesunes de mes observations, à un reste d’inflammation au niveau du noyau; caries douleurs étaient augmentées par la marche et les travaux pénibles, tandis que l’éjaculation n’avait sur elles aucune influence. La pression du point induré les augmentait, tandis que les autres parties de l’épididyme étaient peu sensibles.

» Elle n’entraîne pas de changement appréciable pour les malades dans les fonctions des organes génitaux; si même on voyait, à la suite d’une orchite, les érections et les éjaculations diminuer, il faudrait craindre une affection tuberculeuse, et explorer, à l’aide du toucher rectal, les vésicules séminales et la prostate.

» Quand l’oblitération existe des deux côtés, elle occasionne nécessairement la stérilité; quand elle

(1) Traité pratique sur les maladies des organes génito-urinaires. Paris, 1858, t. II, p. 480 et suiv.

(2) Archives générales de médecine, U’ série, t. XIV et XV, et 5* série, t. II.

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