‹ Traité d'anatomie pathologique générale et spécialeChapitre 67 sur 165 · MALADIES DES GLANDES DE MÉRY ET DES VÉSICULES SÉMINALES · texte numérisé non relu

MALADIES DES GLANDES DE MÉRY ET DES VÉSICULES SÉMINALES

existe d’un seul côté, la fécondité reste possible, à la condition que l’autre testicule soit sain. A cet égard, on doit se rappeler que le testicule qui n’a pas été pris d’orchite peut être depuis longtemps impropre à la sécrétion du sperme, par suite d’un arrêt de développement ou d'une atrophie.

» Les recherches de M. Follin (1) et les miennes propres nous ont démontré que les testicules arrêtés à l’anneau, ou dans le canal inguinal ou dans le ventre, étaient habituellement peu volumineux et ne fournissaient pas de spermatozoïdes. Que, dans une telle condition, le testicule opposé soit affecté d’une épididymite, et que celle-ci se termine par une oblitération, la stérilité en sera la conséquence (2). De même, si un varicocèle plus ou moins ancien s’accompagnait, comme cela a lieu quelquefois, d’une atrophie prononcée du testicule correspondant, l’orchite du côté opposé pourrait encore entraîner, comme conséquence, la stérilité. J’ai observé à l’hôpital du Midi un malade qui était dans ce cas: il avait depuis longtemps un varicocèle à gauche, et le testicule de ce côté était plus petit que l’autre d’au moins un tiers. Une orchite blennorrhagique se développa à droite dans les premiers jours d’avril 1853. Le sperme, que j’ai examiné une première fois le 17 mai, et une seconde fois le 8 juin, était absolument privé de spermatozoïdes. Je ne prétends pas dire pour cela que tous les testicules qui correspondent aux varicocèles soient dépourvus de leur sécrétion normale ; il en est même, parmi ceux qui sont un peu atrophiés, qui conservent toutes leurs propriétés, mais il en est aussi qui les perdent, et l’on doit y songer lorsqu’on a à traiter une orchite du côté opposé.

» La durée de l’oblitération est variable. Je suis heureux d’avoir pu démontrer aussi clairement que possible, qu’au bout de trois, quatre, cinq et même huit mois, elle peut disparaître et .laisser libre la circulation du sperme. Je n’ai pas de fait qui me prouve que l’oblitération puisse disparaître après un temps plus long, mais il n’y a pas de raison pour regarder la chose comme impossible. Je ne voudrais même pas assigner un terme au delà duquel on ne devrait plus compter sur la guérison. Pour obtenir, à cet égard, des résultats satisfaisants, il faudrait beaucoup plus d’observations que je n’en possède; je compte recueillir avec soin toutes celles que le hasard me permettra de suivre, mais, vu leur rareté et les difficultés inhérentes à ce genre de recherches, il faudra nécessairement un temps assez long. Au point où en est aujourd’hui la question, on peut concevoir cependant que certains individus, après avoir été stériles pendant les premiers mois qui suivent une épididymite double, puissent, au bout d’un certain temps, redevenir aptes à la fécondation. »

On comprend, d’après ces recherches, combien il est important de bien soigner l’épididymite en général, et surtout celle qui atteint successivement les deux côtés; aussi ai-je depuis longtemps l’habitude d’employer l’iodure de potassium intérieurement et en frictions, lorsque, malgré le traitement antiphlogistique, mercuriel et purgatif, aidé de la position élevée des bourses, il reste des indurations rebelles.

Des recherches de M. Duplay (3), il résulte que : « Les canaux déférents, examinés sur soixante vieillards, étaient sept fois malades, dont deux fois indurés et atrophiés, dont une fois entourés de tissu cellulaire induré; deux fois il y avait induration avec hypertrophie, les parois atteignaient jusqu’à 3 millimètres d’épaisseur; une fois les deux canaux étaient tuberculeux en même temps que d’autres points des organes génitaux; deux fois enfin ils étaient ossifiés. En voici la description. Chez un vieillard âgé de quatre-vingt et un ans, toute la portion de ces canaux qui longe le bas-fond de la vessie, j usqu’à leur abouchement avec le col de la vésicule, présentait çà et là un grand nombre de petites plaques osseuses développées entre la membrane extérieure et celle qui tapisse l’intérieur du conduit. Ces petites plaques faisaient saillie à l’intérieur, mais n’avaient point oblitéré, le canal, qui livrait passage, dans ces points, à une soie de sanglier. Rien de semblable ne s’observait d’ailleurs dans le reste de l’étendue des canaux déférents.

» Chez un autre vieillard âgé de quatre-vingts ans, la même altération occupait aussi les mêmes points des deux canaux, qui étaient d’un tiers plus volumineux qu’à l'état normal. Dans ce dernier cas, on n’observait plus de simples plaques osseuses, mais bien une ossification complète; du reste, il n’existait pas d’oblitération, et une soie de sanglier pouvait parcourir cette portion du canal.

» Quant aux vésicules séminales, leur conformation est différente chez les vieillards que chez les adultes :

(1) Archives générales de médecine , 4" série, Paris, 1851, t. XXVI, p. 257.

(2) Voyez F. Roubaud, Traité de l'impuissance et de la stérilité. Paris, 1855.

(3) Archives générales de médecine, 5e série, Paris, 1855, t. VI, p. 428.

elles sont aplaties et dépourvues de bosselures chez près de la moitié des vieillards; leurs dimensions sont généralement diminuées, leurs parois amincies et atrophiées, plus rarement indurées et hypertrophiées, surtout dans le tissu cellulaire qui les entoure. L’amincissement atrophique a existé quatorze fois, l’induration hypertrophique sept fois, dont quatre étaient atteintes d’une cystite chronique; l’hypertrophie simple sans induration cellulaire ambiante a existé plusieurs fois; la membrane muqueuse de l’intérieur était une fois le siège d’une ulcération tuberculeuse ; huit fois les lacunes séminales étaient notablement diminuées par suite de l’épaississement des parois.

» Chez deux malades il y avait un état variqueux des veines qui rampent à l’extérieur et dans la paroi des vésicules; elles étaient très dilatées. On observait en même temps un plexus variqueux autour de la prostate et autour de la vessie. Ces deux vieillards portaient aussi de chaque côté un varicocèle volumineux. Chez un autre malade, ces vaisseaux étaient convertis en petits cordons blanchâtres, durs, semblables à la dégénérescence athéromateuse des artères.

» Les canaux éjaculateurs étaient rarement malades. Voici ce qui a été noté dans cinq cas de leur altération :

» Chez un vieillard, ces canaux, entourés de matière tuberculeuse ramollie, étaient entièrement détruits, depuis le col de la vésicule jusqu’à leur entrée dans l’épaisseur de la prostate.

» Chez un autre vieillard, les canaux éjaculateurs étaient convertis en deux petits cordons fibreux, dans lesquels on ne pouvait plus trouver de cavité ; une soie de sanglier qui parcourait le col de la vésicule, s’arrêtait brusquement à l’origine de ces canaux. Le vieillard chez qui j’observai cette particularité avait porté pendant longtemps une sonde à demeure pour rétention d’urine; il présentait les traces d’une cystite chronique, et, de plus, une induration du tissu cellulaire qui entoure les vésicules séminales.

» Sur un autre sujet, j’ai pu constater un simple rétrécissement des canaux; à l’extérieur, ils paraissaient d’un volume moindre que sur la plupart des sujets que j’avais examinés jusqu’alors. Quand je voulus engager dans leur intérieur une soie de sanglier, même très fine, il me fut impossible de la faire avancer. Cependant il n’existait point une oblitération complète, car, par la pression de la vésicule, on voyait le sperme s’échapper par les orifices des vaisseaux éjaculateurs, et s’écouler en nappe sur le verumontanum. Chez un vieillard, la prostate avait subi une hypertrophie considérable, ce qui pourrait expliquer le rétrécissement et l’atrophie que nous signalons.

» J’ai observé une autre fois un rétrécissement analogue des deux canaux éjaculateurs; de plus, l’orifice du conduit du côté droit était complètement oblitéré, tandis que celui du côté gauche était resté libre. Ce dernier donnait passage au sperme, lorsqu’on comprimait la vésicule correspondante. La compression de celle du côté opposé ne déterminait aucun écoulement du même liquide. Sur le côté droit du verumontanum, on découvrait, à la loupe, un petit point noir qui semblait indiquer le siège de l’orifice du conduit, mais il était impossible d’y engager une soie de sanglier, même très fine. Dans ce cas encore, la prostate hypertrophiée présentait une induration considérable ; chez cet homme aussi, le verumontanum avait le volume d’un gros pois et présentait une induration anormale. Peut-être doit-on voir dans cette lésion les résultats d’une ancienne uréthrile qui se serait étendue jusqu’à l’orifice du conduit éjaculateur. Malheureusement les antécédents du sujet m’étaient trop peu connus pour que je puisse décider cette question.

» Enfin, chez un vieillard, j’ai trouvé les deux orifices des conduits éjaculateurs non plus oblitérés, mais simplement rétrécis. On les apercevait difficilement à l’œil nu, mais ils devenaient apparents lorsqu’on s’aidait de la loupe. Une soie de sanglier ne pouvait y être engagée de dehors en dedans ; conduite à travers le conduit éjaculateur, elle ne pouvait en franchir l’orifice : cependant la compression de la vésicule faisait sourdre le sperme par ces petites ouvertures. Dans ce cas je n’ai noté aucun changement dans le volume du verumontanum, et l’on peut se demander si, dans ce cas, on n’avait pas affaire à une disposition naturelle et congénitale de ces orifices. »

M. Duplay arrive, après un exposé très détaillé des diverses altérations des voies spermatiques chez les vieillards, à cette intéressante conclusion, que l’infécondité des vieillards tient plutôt à l’affaiblissement de tout l’organisme, et que toutes les autres causes plus directes se retrouvent aussi bien aux autres époques de la vie.

ALTÉRATION DU TESTICULE ET DE SES ENVELOPPES

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