ARTICLE PREMIER. — DES ALTÉRATIONS CONGÉNITALES DE L’UTÉRUS
Nous ne pouvons parler que brièvement des affections congénitales en laissant de côté toutes celles qui ne sont pas compatibles avec la persistance de la vie.
L’histoire du développement nous apprend que les organes génitaux se forment par deux conduits qu’on a appelés conduits de Muller, lesquels se réunissent dans leur portion inférieure pour s’y subdiviser dans l’utérus et le vagin, qui même, pendant longtemps, se ressemblent passablement. Ces deux canaux réunis ne montrent d’abord qu’une espèce de rétrécissement, le col utérin, qui, jusqu’à l’époque de la puberté, forme la partie essentielle et prédominante de la matrice. Lauth (l) a même vu le col de l’utérus bien conformé avec absence du corps et insertion des trompes presque immédiatement au col, dont les sépare seulement une petite cavité à parois minces et membraneuses. Ce n’est qu’après la puberté et des couches successives que le corps de l’utérus prend le dessus. H y a donc, comme le fait fort bien remarquer M. Veit (2), deux groupes principaux de vices de conformation, dont l’un comprend le développement imparfait de l’un ou des deux conduits déférents de Müller, tandis que dans le second groupe, c’est plutôt la fusion des deux conduits qui se fait d’une manière incomplète ou anormale. Dans les altérations qui proviennent du développement incomplet des conduits génitaux primordiaux, on peut constater l’absence des trompes, de l’utérus et du vagin, avec développement complet des ovaires, de la vulve et des seins. Toutefois ces organes indépendants des conduits sont susceptibles de subir simultanément un arrêt de développement; d’autres fois la partie supérieure des conduits s’atrophie : la matrice alors se développe incomplètement et se trouve partagée par le milieu. Les trompes également sont peu développées et constituent des tubes creux ou des cordons solides. L’utérus peut même ne s’être développé que par un seul conduit, l’autre s’étant atrophié ou n’existant qu’à l’état rudimentaire: c’est cette forme que l’on a désignée sous le nom d'utérus unicornis (matrice à une seule corne). Les ovaires sont bien développés, les fonctions génitales peuvent être normales; toutefois il est possible, dans ces divers vices de conformation, que le saug des règles ne puisse pas s’écouler, et qu’il s’établisse alors des hémorrhagies régulières pur une autre voie, ou dans le tissu cellulaire autour des trompes; s’il existe une cavité simple, mais sans ouverture inférieure, le sang des règles peut s’y accumuler. La difformité, sous ce rapport, la moins grave, est l’utérus unicorne, qui permet même la grossesse, d’après les
(1) Bi'i’sehet, Répertoire d'anatomie pathologique, t. V.
(2) Virchow, Handbuch der Pathologie uni Thérapie, I. VI, 2' division, p. 231.
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cas rapportés par Canestrini, Rokitansky et Scanzoni (1) ; mais souvent cette cavité finit par se rompre, et alors tout se passe comme dans la grossesse tubaire.
Lorsque, dans le second groupe, les deux cornes de l’utérus ne se soudent pas complètement, on a affaire à l’utérus bicorne, qui existe à l’état normal chez beaucoup d’animaux. La chauve-souris nous a montré un état intermédiaire : pendant la vacuité, l’utérus est bicorne dans sa partie supérieure, mais, pendant la gestation, sa cavité devient parfaitement unie. Dans l’état le plus complet de cet arrêt de développement, • le vagin aussi est double; mais, le plus souvent, on ne trouve qu’un indice de cloison dans la matrice seule, ce qui constitue l’utérus biloculaire, séparation qui cependant peut s’étendre, tout en restant incomplète, jusqu’au vagin. Lorsqu’il y a deux cavités séparées, l’une généralement est plus spacieuse que l’autre. La grossesse, dans ces cas, n’a ordinairement lieu que d’un seul côté; toutefois on a aussi observé en pareille circonstance la grossesse double, mais avec des anomalies dans la position du fœtus et dans l’insertion du placenta.