ARTICLE VI. — DES MALADIES DES APPENDICES CÉRÉBRAUX
Les deux seuls organes dont il puisse être question ici sont la glande pituitaire et la glande pinéale, auxquelles je donnerais plus volontiers le nom de corps pituitaire et de corps pinéal, vu que leur nature glandulaire me paraît pour le moins douteuse. Pour le corps pituitaire, par exemple, les anatomistes admettent aujourd’hui qu’il appartient au groupe des glandes sanguines, groupe dont la composition ne nous paraît pas heureuse, vu qu’on y réunit la raie, le corps thyroïde, les capsules surrénales, la glande pituitaire, etc.; mais si l’on tient compte du fait que, dans l’hydrocéphale, on a observé un canal qui conduisait dans l’intérieur de celte glande, on serait tenté de voir dans ces corps plutôt des appendices, des espèces de diverticulums du cerveau que des glandes.
Les maladies du corps pituitaire sont peu nombreuses et ont peu fixé l’attention des pathologistes. PI us tard, lorsqu’il sera question des tumeurs de la masse encéphalique et de ses enveloppes, nous mentionnerons celles de l’hypophyse, que l’on a souvent regardées à tort comme de nature cancéreuse, tandis qu’en réalité, au moins à en juger par un cas que j’ai observé, l’hypertrophie de cet organe doit avoir été confondue plus d’une fois avec sa dégénérescence. Il est plus fréquent encore de trouver cet organe très petit, à l’état d’atrophie.
Je n’ai jamais observé moi-même l’inflammation de ce corps. Andral (1) décrit un cas dans lequel, après les symptômes d’une méningite aiguë, l’autopsie révéla une suppuration avec dissociation du corps pituitaire. Rokitansky (2) la décrit très explicitement en disant que c’était surtout son lobe antérieur que l’on trouvait injecté, tuméfié, ramolli ou infiltré d’exsudations, sous forme de petits foyers du volume d’un grain de chènevis, qui, par leur confluence, pouvaient former des abcès plus volumineux, atteignant jusqu’au volume d’une noisette. L’induration et l’épaississement des tissus ambiants peut enkyster, pour ainsi dire, ces abcès. Nous regrettons vivement que l’auteur n’indique point dans quelles circonstances il a observé ces abcès. Il serait pourtant important de savoir s’il s’agissait d’une inflammation primitive, propagée, secondaire ou métastatique. D’après la multiplicité primitive de ces petits foyers, nous
(1) Clinique médicale , t. Y, p. 39.
(2) Op. cit ., t. II, p. 841.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES
serions presque disposé à supposer cette dernière origine comme plus fréquente que les autres. Ce même auteur mentionne aussi une transformation colloïde particulière qui aurait lieu surtout dans les interstices celluleux des deux lobes. On sait que les frères Wenzel ont attaché une grande importance aux maladies du corps pituitaire dans la production de l’épilepsie, fait que Rokitansky nie avec raison. Il a rencontré cette matière gélatineuse interlobulaire chez des individus non épileptiques, et il l’a vue manquer chez ceux-ci. J’ai trouvé dernièrement un petit kyste séreux du volume d’un petit pois dans le corps pituitaire.
La glande pinéale est plus rarement encore malade; je l’ai quelquefois vue augmentée de volume, atteignant jusqu’au volume d’une petite fève, même d’une très petite noisette, avec conservation de sa structure et de sa consistance. Quant à la matière sablonneuse qu’elle renferme en plus ou moins grande quantité, elle ne nous a point paru de la moindre importance pathologique. Rokitansky a trouvé plusieurs fois, dans l’hydrocéphale chronique, le corps pinéal élargi et sa cavité transformée même en kyste.