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PRODUITS ACCIDENTELS DU MUSCLE

fois d’une crépitation particulière, ce qui a fait donner à celte affection le nom de ténosynite crépitante: on l’observe surtout à l’avant-bras.

L’anatomie pathologique de la rétraction musculaire et de la contracture en dehors de l’altération fibreuse ou graisseuse est à peine ébauchée ; nous ne pouvons en parler.

§ V. — Des produits accidentels du muscle.

1° L’altération fibroïde peut naître dans la continuité des muscles de deux façons différentes, comme nous l’avons dit plus haut : pour l’exsudation inflammatoire sans plaie ni perte de substance, ou à la suite d’une vulnération et par atrophie musculaire avec persistance de la charpente fibreuse du muscle. Il est rare de trouver de véritables tumeurs fibreuses dans l’intérieur des muscles ; j’en ai déjà cité un exemple (1) ; la tumeur était située dans l’épaisseur du muscle trapèze. Voici en quelques mots la description de cette pièce curieuse :

La tumeur a 14 centimètres de longueur sur 7 à 8 de largeur. Elle n’est pas lobulaire, et adhère par de la substance fibreuse à l’apophyse transverse gauche de la septième vertèbre cervicale.

Ouverte dans toute sa longueur, elle offre un aspect jaunâtre et luisant, blanc et lactescent par places. Elle est d’une consistance très élastique et résistante, et ne se laisse pas écraser sous le doigt. Tout son tissu est composé d’une trame fibreuse aréolaire ; dans l’interstice des fibres est contenue une matière gélatineuse jaunâtre qui, au microscope, présente absolument les jnêmes caractères que le tissu fibreux; seulement les fibres y sont moins serrées et moins denses. Ces fibres sont fines, longues, tortueuses, réunies en faisceaux dans les endroits qui offrent un tissu plus serré. En comprimant la tumeur, on n’en fait sortir qu’une petite quantité d’un liquide visqueux et filant, et l’on y reconnaît des cellules très petites, pâles, sans noyaux ovalaires, dont les plus grandes ont à peine 0mm,01 de longueur sur 0mm,005 de largeur. On y constate, de plus, tous les passages intermédiaires entre les cellules et les fibres. Remarquons encore que la consistance de ce tissu est telle qu’on ne peut l’écraser, même en le comprimant entre deux lames de verre. Cette tumeur offre donc tous les caractères les plus tranchés d’une tumeur fibreuse, et la matière visqueuse qui l’infiltre se montre souvent dans les corps fibreux, ce qui a engagé M. Cruveilhier à la comparer à de la synovie.

2° Les tumeurs fibro-plastiques prennent quelquefois leur origine dans l’interstice des muscles, le plus souvent de la cuisse et de l’avant-bras, mais aussi dans l’intérieur même de ces organes. J’ai vu une fois, à Paris, des tumeurs fibro-plastiques entre les muscles de l’avant-bras, distribuées de façon que la production accidentelle faisait corps pour ainsi dire avec le muscle malade, sans limite tranchée ; les éléments fibro-plastiques avaient envahi successivement la fibre charnue elle-même, ce qui rappelle tout à fait le mode de propagation du cancer dans les muscles. Quant aux tumeurs plastiques intermusculaires, je les ai décrites avec soin en parlant de cette tumeur en général.

3° Les tumeurs épidermiques ne se développent guère primitivement dans les muscles et ne sont que la propagation d’une affection épidermique delà surface ou des couches profondes du derme. Je les ai observées sous deux formes différentes : la plus ordinaire est l’envahissement successif des couches musculaires les plus voisines du siège principal de la production; on les observe surtout à la lèvre inférieure et à la langue. Un second mode d’envahissement musculaire que j’ai vu plusieurs fois à la suite du cancroïde épidermique de la langue, est la dissémination d’un certain nombre de petites tumeurs épidermiques à travers les muscles de la langue ; je renvoie, pour plus de détails sur ce sujet, au chapitre des tumeurs épidermiques en général.

4° Les tumeurs cartilagineuses ne se développent point dans les muscles mêmes; les tumeurs de ce genre que j’ai observées, et qui siégeaient dans les parties molles en dehors des glandes, tiraient leur origine de l’interstice des muscles.

5° Les productions osseuses ne sont pas communes, mais s’observent quelquefois sous forme de plaques irrégulières pointues, dans l’épaisseur des muscles mêmes, de même que l’on observe aussi une véritable ossification des tendons. J’ai rencontré dans le temps une production de ce genre dans l’épais-

(1) Physiologie pathologique. Paris, 1845, t. II, p. 173.

T. II. — ANAT. PATIIOL. — 38e LIVR.

MALADIES DES MUSCLES

seur d’un des muscles de la cuisse, dans lequel j’ai rencontré, à ne pas en douter, les éléments du tissu osseux. En voici la description :

Un homme, âgé de vingt-six ans, ayant toutes les apparences d’une bonne santé et d’une constitution robuste, avait commencé à s’apercevoir, il y a cinq ans, d’une grosseur située au-dessus de la partie interne du genou droit. Il affirmait qu’il n’avait jamais reçu ni coups ni contusion sur cette partie. La tumeur s’était augmentée surtout depuis deux ans ; elle lui avait souvent occasionné des douleurs assez vives. La peau qui la recouvrait était restée saine, quoiqu’elle présentât une forte injection veineuse.

La tumeur fut enlevée par M. Denonvilliers, le 15 février 1844. Elle avait à peu près le volume du poing, et s’étendait surtout en profondeur jusque tout près de la capsule articulaire. En l’examinant après l’opération, on vit qu’elle n’était point circonscrite, et qu’elle s'était développée au milieu du tissu musculaire. Sur une coupe fraîche, on voyait sous le tissu fibreux quelques faisceaux musculaires. Au milieu de cette substance, se trouvaient un certain nombre de petits corps très durs dont le volume variait de celui d’une lentille à celui d’un pois: ils étaient plutôt allongés que ronds, offraient des contours irréguliers et étaient entourés d’une enveloppe spéciale de tissu fibreux. L’examen microscopique montra que ces morceaux durs étaient de véritables productions osseuses, et l’on y reconnut les canaux, la structure lamelleuse et les corpuscules propres à la substance des os.

6° Les tumeurs érectiles se rencontrent quelquefois dans les muscles : je les ai observées dans ceux du bras et dans la langue ; elles écartent les fibres musculaires, les distendent et les atrophient; mais dans la lèvre supérieure, j’ai observé une hypertrophie musculaire ambiante. J’ai déjà parlé ailleurs des tumeurs érectiles des muscles et n’ai pas à y revenir ici.

7° D’après nos observations, le cancer se montre dans les muscles, non comme affection primitive, mais tantôt comme propagation de la tumeur cancéreuse principale, tantôt à l’état de petites tumeurs disséminées à travers l’épaisseur des muscles; nulle part, je ne l’ai vu aussi bien que dans les muscles pectoraux, à la suite du cancer du sein, et j’ai même été une fois obligé de les enlever en majeure partie, à cause de leur infection cancéreuse et de leur connexion avec une tumeur encéphaloïde volumineuse de la mamelle. Du reste, le cancer des muscles n’offre rien de spécial sous le rapport clinique. Je mentionnerai seulement encore ce fait anatomique intéressant, que j’ai vu les fibres charnues directement envahies par les éléments cancéreux ; les cylindres primitifs étaient infiltrés de cellules et de noyaux cancéreux avant de disparaître complètement.

§ TI. — Des parasites «lan.« les muscles.

On observe dans les muscles plusieurs espèces de parasites, dont deux sont assez peu communs : l’échi— nocoque, qui est rarement borné aux muscles, et y présente sa structure et ses caractères ordinaires; et en second lieu le Trichina spiralis, qui est bien plus rare encore, et n’est probablement qu’un embryon égaré d’une autre espèce d’helminthe : il se trouve, comme nous l’avons déjà décrit, sous forme de petites capsules dans lesquelles l’animal est enroulé comme une filaire. Des recherches récentes ont démontré que le trichina était moins rare qu’on ne croyait, et que porté dans le tube digestif, il se développait complètement, au point de donner lieu à une propagation active et nombreuse de cet entozoaire.

Mais l’espèce la plus fréquente dans les muscles, ou plutôt dans le tissu cellulaire intermusculaire, est le cysticerque, que j’ai vu à différentes reprises dans les muscles de l’homme, la première fois dans les salles de dissection de Berlin, en 1831, et plusieurs fois depuis dans les amphithéâtres à Paris. MM. Davaine et Follin (1) ont fait une communication qui fait connaître le détail des diverses dispositions que ce parasite peut offrir, et résume les travaux de Werner, Steinburch, Schmulz, Laennec, Dupuytren, Himly, Rudolphi, Lobstein, Cruveilhier, Gervais et Demarquay, Follin et Ch. Robin. Il nous paraît inutile d’exposer avec détail les caractères de ces helminthes qui ont été décrits avec soin par les helminthologistes modernes, Dujardin (2), MM. Diesing (3), Küchenmeister (4), Gervais et Van Beneden (5), et surtout par M. Davaine, dans l’important ouvrage auquel nous sommes heureux de renvoyer (6).

(1) Comptes rendus de la Société de biologie. Paris, 1853, t. IV, p. 19.

(2) Helminthes ou vers intestinaux. Paris, 1844, 1 vol. in-8 avec planches.

(3) Systema helminthum. Vindobonæ, 1850, -2 vol. in-8.

(4) Parasiten des Rebenden mensched. Leipzig, 1855.

(5) Zoologie médicale. Paris, 1859, 2 vol. in-8 avec figures.

(6) Traité des entozoaires et des maladies vermineuses de l’homme et des animaux domestiques. Paris, 1860, in-8 avec figures.

OBSERVATIONS

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