CHAPITRE III
CLASSinCATIOll DBS TUHEORS
Il résulte des considérations dans lesquelles nous sommes entré précédemment au sujet de Torigine et de la pathogénie des tumeurs, qu'une classification de ces productions pathologiques ne saurait avoir d'autre but que de les présenter dans un ordre qui en facilite Tétude.
Ayant rejeté Thypothèse qui consiste à considérer les tumeurs comme des monstruosités des tissus embryonnaires ou adultes, pour les faire entrer dans les phénomènes pathologiques qui dérivent des modifications produites dans les tissus normaux, nou« ne comprendrons pas au nombre des tumeurs, les productions anormales pouvant résulter de déviations dans la formation de Toi^anisme, et donnant lieu seulement à des malformatiom congénitales. Celles-ci sont constituées par des éléments complexes se rapportant à des tissus à peu près normaux, mais avec une autre disposition locale, évoluant dans leur sens habituel, n'enva- • hissant jamais les tissus voisins ou éloignés, ne se comportant pas, en un mot, comme les tumeurs, ni par leur origine, ni par leur constitution, ni par leur développement. Tels sont, par exemple, les naevi. De plus, les malformations peuvent devenir le siège de tumeurs, ce qui n'arrive à aucune tumeur véritable pour les raisons ressortissant à leur origine et à leur mode de formation, ainsi que nous avons cherché à le démontrer.
Quant aux tumeurs que Ton peut exceptionnellement rencontrer sur le fœtus, elles ont été produites après la formation de l'organisme et doivent être considérées comme toutes celles rencontrées ultérieurement.
. A plus forte raison ne saurait-il exister chez Tadulte des tumeurs se rattachant à Torigine des tissus, comme il résulte de nos démonstrations précédentes. C'est dire que nous laisserons de côté les classifications basées depuis Remak sur une prétendue origine correspondante des tumeurs.
Nous ne considérerons pas non plus les espèces cellulaires comme des espèces naturelles, ainsi que le font beaucoup d'auteurs, par la
raison qu'on ne peut assimiler les cellules èi des êtres évoluant d'une manière indépendante, alors qu'elles sont intimement associées dans l'organisme pour sa constitution et son fonctionnement. L'observation montre, en effet, qu'à l'état pathologique, comme à l'état normal, les modifications que présentent les tissus ne portent jamais sur un de leurs éléments h l'exclusion des autres, que tous les éléments constituants d'un tissu participent aux phénomènes normaux et pathologiques qui s'y passent, dans une mesure très variable certainement, mais qui contribue précisément à constituer les diverses modalités pathologiques.
C'est ainsi que les tumeurs ne sont jamais formées par des éléments simples, épithéliaux ou conjonctifs, et que cette division admise par la plupart des auteurs est absolument contraire à l'observation des faits. Il est évident que les tumeurs, comme toutes les autres productions pathologiques, sont constituées par les modifications survenues dans leur tissu d'origine, et que ce sont à [Proprement parler des productions tissulaires pathologiques à caractères variables^ que nous avons cherché précédemment à mettre en relief et à définir autant que possible.
Bien plus nous ne saurions, à l'exemple des auteurs, baser notre classification sur la constitution que présente le tissu des tumeurs, parce qu'on aboutit fatalement à une impossibilité d'où résulte l'incohérence qui existe dans toutes les classifications proposées.
En effet, si l'on peut jusqu'à un certain point fonder sur ce principe une classification des tumeurs bénignes, c'est-à-dire de celles dont la constitution est plus ou moins analogue au tissu d'origine, cela devient de plus en plus difficile pour les tumeurs malignes dont les caractères s'éloignent de plus en plus de ceux des tissus normaux, jusqu'au point où les tumeurs dites métatypiques ou atypiques n'offrent plus une constitution qui permette de les rattacher à un tissu déterminé.
C'est parce qu'on s'est toujours trouvé dans l'impossibilité de caractériser cette dernière catégorie de tumeurs qu'on les a considérées d'abord comme hétérologues, puis comme hétéromorphes après la démonstration qu'il n'y avait pas dans l'économie de tissu sans analogie avec les tissus normaux. On a aussi invoqué l'hétérotopie lorsqu'on a cru trouver des néoproductions dont la structure paraissait différente de celle du tissu d'origine, alors que c'est à proprement parler une chose aussi bien contre nature que l'hétérologie.
Enfin aujourd'hui, si l'on a reconnu la nature de certaines
tumeurs métatypiques dont on a pu suivre les modifications en partant de productions plus ou moins typiques, il y a encore un grand nombre de tumeurs, et notamment toutes celles désignées sous le nom de sarcomes, qui sont indûment confondues et classées d'une manière arbitraire, par suite d'idées purement théoriques et contre la réalité des faits, ainsi que nous avons cherché à l'établir. C'est en cela que réside l'obstacle absolu à toute classification des tumeurs basée sur leur constitution, puisque, pour un grand nombre, celle-ci s'éloigne absolument de la constitution de tout tissu normal.
Il n'en est plus de même en classant les tumeurs, comme nous l'avons fait, d'après leur tissu d'origine; ce qui est bien naturel, puisqu'il s'agit de modifications produites dans les phénomènes biologiques du tissu affecté, de manière èi aboutir à des productions typiques ou atypiques, mais qui sont dans tous les cas de même nature. On arrive ainsi, dans l'état actuel de la science, k une conception aussi rationnelle que possible des tumeurs, comme de toutes les productions pathologiques, et sans qu'il puisse y avoir le moindre doute sur leur nature lorsqu'on peut se rendre compte de leur origine.
Ainsi les tumeurs doivent être classées d'après le tissu où chacune a pris naissance, en partant de celles gui ont le plus d'analogie avec leur tissu d'origine, jusguà celles gui s*en éloignent le plus, et auxquelles correspondent en général d'abord des tumeurs bénignes^ puis des tumeurs malignes à des degrés de plus en plus prononcés. Telle est la base essentielle de notre classification.
On peut, si l'on veut, conserver les dénominations employées par les auteurs, en les rapportant aux variétés anatomigues observées, mais sans y attacher atœune interprétation relative à la nature des tumeurs et à leur mode de production ou de constitution et seulement pour éviter remploi de mots nouveaux, tellement sont nombreux ceux qui encombrent déjà la science.
C'est ainsi que nous avons adopté les dénominations employées par la plupart des auteurs pour les tumeurs bénignes, formées par le radical grec du nom du tissu normal, auquel appartient la tumeur et la désinence ome : ostéome, myome, névrome, etc, pour indiquer une tumeur des tissus osseux, musculaire, nerveux, etc.
Le mot épithéliome doit être employé, non pour désigner une tumeur formée exclusivement aux dépens d'un épithélium ou comme provenant d'une prolifération de cet épithélium, mais pour indiquer simplement une tumeur de nature épithéliale, où prédo-
minent ordinairement les productions manifestement épithéliales, et qui a son origine, soit dans un tissu à ré vêtement épithélial ou endothélial, soit dans un tissu glandulaire. Dans ce dernier cas, le mot adénome est plutôt réservé aux tumeurs bénignes^ à moins qu'on le fasse suivre d'une épithète qui indique la malignité de la tumeur : adénome malin ou destructif.
Le mot carcinome (quoique bien démodé, mais souvent employé comme synonyme de cancer), peut encore être appliqué aux tumeurs ayant pour substratum les mêmes tissus et plutôt les glandes, avec une intrication particulière des cellules propres et des cellules conjonctives. Toutefois ce n'est pas en raison de leur origine ou d'une production conjonctive spéciale, comme on l'avait supposé tout d'abord ; car telle tumeur qui a l'aspect d'un épithéliome sur un point, peut avoir celui d'un carcinome sur un autre point et parfois sur la même préparation.
Nous avons cherché à démontrer en nous appuyant à la fois sur des faits précis et sur des considérations pathogéniques, que le mot sarcome ne pouvait pas se rapporter à des tumeurs formées par un tissu embryonnaire conjonctif ou autre, qu'il s'agisse d'un tissu embryonnaire proprement dit ou d'un tissu embryonnaire de l'adulte, et que ces hypothèses devaient être absolument rejetées. Mais rien n'empêche de conserver le mot et de considérer comme sarcomateuses^ les variétés de tumeurs constituées en grande partie par des éléments cellulaires atypiques abondants et confluents^ sans oublier que ces mêmes productions peuvent se rencontrer avec les autres variétés anatomiques de tumeurs, encore parfois sur la même préparation.
Les tumeurs ne consistant qu'en des productions anormales des divers tissus, une première division naturelle s'impose : c'est celle qui repose sur la différenciation des tissus, lesquels peuvent être répartis en sept grandes classes,
La /'* classe renfermera les tumeurs de tous les tissus dits épithéliauXy c'est-à-dire de tous les tissus à revêtement épithélial proprement dit ou endothélial, ainsi que de tous les organes glandulaires dont la surface sécrétante est aussi tapissée par un épithélium.
Il s'agit par conséquent des tumeurs des organes les plus nombreux, les plus actifs et qui sont aussi le plus souvent affectés. C'est dire que l'immense majorité des tumeurs se trouve dans cette classe, laquelle comprend assurément des productions d'aspects excessivement variés, suivant l'organe affecté et les diverses modalités des
néoproductions. Celles-ci consistent toujours dans un tissu plus ou moins anormal, mais où Ton trouve constamment des vaisseaux et de jeunes cellules, en même temps que des cellules à une évolution plus avancée, analogues aux cellules épithéliales du tissu d'origine, avec des déviations peu ou de plus en plus accusées donnant lieu aux productions dites typiques, métaty piques ou atypiques et, par conséquent, à des tumeurs bénignes et malignes à des degrés divers.
La ?"* classe comprendra les tumeurs du tissu adénoïde qui prédomine dans les ganglions et dans la rate, mais qui se trouve aussi répandu abondamment dans les muqueuses, surtout dans celles du tube digestif.
Ce sont des néoproductions qui peuvent être considérées comme plus ou moins typiques non seulement lorsqu'elles se manifestent sur les divers points du même tissu, mais encore dans leurs noyaux de généralisation sur des organes où ce tissu fait défaut à Tétat normal.
La 5"' classe se rapportera aux tumeurs du tissu fibreux très répandu dans l'organisme, où il remplit certains rôles particuliers et où il forme la charpente des tissus en servant en même temps de soutien à leurs vaisseaux.
C'est ainsi que, pour le moment, on peut ranger dcms cette classe les tumeurs du tissu fibreux proprement dit, comprenant le derme cutané ou muqueux, les aponévroses et les tendons, la tunique externe des vaisseaux ainsi que le tissu des gaines vasculaires et nerveuses.
11 va sans dire que si le tissu fibreux peut présenter des tumeurs constituées en partie ou en totalité par de jeunes éléments, comme tous les autres tissus, ce n'est pas un motif pour confondre encore ces tumeurs avec celles des autres tissus, et surtout pour rapporter ces dernières sous le nom de sarcomes, à une origine dans le tissu conjonctif considéré par les auteurs comme synonymes du tissu fibreux. Autrement c'est rester dans une confusion entretenue depuis longtemps par une théorie ne reposant que sur des hypothèses en contradiction avec les faits, comme nous avons cherché à le prouver.
La -/"• classe comprendra les tumeurs du (issu celiuliMidipeux. Celles qui se présentent sous la forme typique et constituent les lipomes sont très nettement caractérisées, au point de ne pas pouvoir être attribuées à un autre tissu; tandis qu'il en est tout autrement des tumeurs atypiques, auxquelles il manque la pro-
CLASSIFlCATrON DES TUMEURS 15!
duction des vésicules adipeuses. 11 en résulte que ces dernières tumeurs peuvent être confondues avec celles qui appartiennent aux tissus fibreux voisins, aux gaines vasculaires ou nerveuses, aux aponévroses et même aux muscles striés, précisément en raison des transitions insensibles qui existent entre les productions de tous ces tissus. C'est que, si certaines tumeurs apparaissent bien manifestement de nature fibreuse ou graisseuse par leur lieu d'origine et leurs caractères typiques, il arrive souvent que celles qui s'éloignent de ces types ne peuvent pas être rapportées absolument à Tun de ces tissus plus particulièrement, aussi bien par l'impossibilité de fixer d'une manière précise ce lieu d'origine que par celle de reconnaître la nature de leurs éléments. C'est dire que pour élucider cette question, comme du reste dans tous les cas où les tumeurs n'ont pas des caractères tranchés, on devra commencer à rechercher cliniquement aussi bien que possible l'origine des tumeurs, de telle sorte qu'on pourra ainsi l'établir dans des cas qui serviront à éclairer ceux où cette origine est actuellement impossible à déterminer.
La 5"*' classe sera constituée par les tumeurs du tissu osseux qui forme la charpente solide de l'organisme et qu'il ne faut pas confondre avec le tissu fibreux sous prétexte que ce dernier peut se substituer au cartilage et à l'os; vu qu'il se substitue aussi à d'autres tissus détruits sans qu'on songe à les assimiler pour cette raison. De plus, les prétendus tissus fibreux qui s'ossifient et qu'il ne faut pas non plus confondre avec les tissus fibreux qui sont le siège de dépôts calcaires, sont de véritables formations osseuses par des éléments cellulaires osseux qui s'incrustent d'osséine, et qu'on ne rencontre qu'au niveau ou au voisinage des os et des cartilages ; car jamais il ne se produit de substance osseuse véritable dans un tissu fibreux situé loin cTun os ou d'un cartilage, comme on devrait le voir s'il existait une assimilation réelle entre le tissu fibreux et les tissus cartilagineux et osseux, ainsi que l'admettent la plupart des auteurs sous le nom de tissu de substance conjonctive.
On doit donc, au contraire, considérer les tissus cartilagineux et osseux comme des tissus bien différenciés du tissu fibreux, et les tumeurs auxquelles le tissu osseux donne naissance, comme bien difl'érentes en général de celles du tissu fibreux. Si dans certains cas il y a une grande analogie dans les productions néoplasiques de ces tissus, on peut en dire autant pour les tumeurs ayant leur origine dans d'autres tissus, sans que pour cela on doive
confondre toutes les tumeurs d'origines diverses. C'est du reste la raison principale pour laquelle notre classification a pour base torigine des tumeurs dans les tissus et non les caractères des éléments constituants des tumeurs^ si variés, si incertains dans beaucoup de cas, qu'ils ne sauraient indiquer leur nature, mais qui peuvent être utilisés pour déterminer leur degré de formation et les variétés qui en résultent.
Les tumeurs qui ont pour origine le tissu osseux peuvent se manifester par toutes les productions plus ou moins modifiées de ce tissu aux diverses phases de son évolution formative, à laquelle correspondent, par conséquent, les productions cartilagineuses qui ont toujours une origine osseuse.
Nous n'admettons pas de tumeurs du tissu cartilagineux parce qu'on n'a pas démontré la possibilité de la production d'une tumeur au sein de ce tissu. Gela n'est pas pour nous étonner, puisque ce tissu ne possède pas de vaisseaux, et que, comme nous l'avons indiqué, la présence des vaisseaux est une condition essentielle à la production des tumeurs. Le cartilage est alimenté par les vaisseaux de Tos voisin ; et, s'il y a des néoformations cartilagineuses, elles sont d'origine osseuse, soit qu'elles restent dans Tétat catilagineux, soit qu'elles tendent à s'ossifier. C'est encore un des arguments pour lesquels les tumeurs doivent être classées, non suivant leur constitution, qui peut être variable dans le même cas, mais d'après leur origine.
11 est d'autant plus naturel de considérer les néoproductions cartilagineuses comme des tumeurs des os, sans faire appel à la théorie hétérotopique des auteurs, que les formations osseuses initiales à l'état physiologique et les productions inflammatoires observées à la suite des fractures, sont précédées de productions cartilagineuses qui sont bien évidemment de nature osseuse. Toutefois les cartilages non articulaires peuvent être le lieu d'origine de néoproductions cartilagineuses ou osseuses aux dépens du périchondre. Mais la possibilité de ces dernières productions indique bien qu'il s'agit, dans tous les cas, de formations de même nature et qui normalement sont restées à l'état de cartilage.
Les tumeurs des os sont fréquentes, non comme tumeurs bénignes mais comme tumeurs malignes.
La 6^ classe comprendra les tumeurs du tissu musculaire^ en distinguant celles qui dépendent du tissu à fibres lisses ou à fibres striées. Les unes et les autres ont été désignées sous le nom A^myomes^ en ajoutant les mots : à fibres lisses ou à fibres striées, suivant leur
constitution; expressions auxquelles Zenker a substitué celles de léiomyomes et de rabdomyomes. Mais pas plus pour les muscles que pour les os et les autres tissus, la caractéristique des tumeurs ne doit résulter de leur constitution plus ou moins variable. C'est toujours leur tissu d'origine qui indique leur nature, et c'est dans ce sens que nous employons les expressions de Zenker.
Les léiomyomes sont souvent désignés simplement sous le nom de myomes en indiquant leur localisation. Mais c'est à tort qu'on leur donne fréquemment le nom de « fibro-myomes » ou de « corps fibreux », après leur avoir donné pendant longtemps celui de « fibromes » ; car s'il se trouve une substance hyaline entre les jeunes fibres musculaires, elle est particulière à ce tissu et diminue au fur et à mesure du développement des fibres. En tout cas, il n'y a que des cellules musculaires dans le tissu et non des cellules du tissu fibreux y en faisant remarquer toutefois, qu'autour des gros vaisseaux, on trouve au sein de la substance hyaline de petites cellules sans caractères particuliers, en raison de leur volume très restreint et de leur état' de compression.
Ce n'est pas un motif suffisant pour en faire des tumeurs mixtes, vu que les mêmes circonstances se présentent dans les tumeurs des autres tissus, sans qu'on les considère pour cela comme des tumeurs en partie fibreuses et qu'on fasse usage du préfixe fibro.
Dans l'immense majorité des cas, ces tumeurs sont bénignes, au point que pour certains auteurs, elles seraient les seules à considérer. Or, non seulement les tumeurs malignes de cette nature existent, mais encore ne sont-elles pas excessivement rares. C'est une consid<^ration importante à l'appui de l'assimilation des tumeurs bénignes et malignes que nous avons précédemment soutenue, contrairement à la tendance qu'ont certains auteurs de considérer les tumeurs bénignes comme des hypertrophies ou des inflammations.
Pour ce qui concerne les rabdomyomes, les auteurs admettent la possibilité de rencontrer parfois des tumeurs typiques constituées par des fibres striées, notamment dans la langue, dans le cœur, dans le testicule, dans l'ovaire. Mais il s'agit évidemment de malformations congénitales qui ne se comportent pas comme des tumeurs et qui n'en sont pas.
De véritables tumeurs typiques, c'est-à-dire constituées par des fibres striées, nous n'en avons jamais rencontré, malgré nos recherches faites dans ce but sur les tumeurs développées dans les muscles striés. Et cela n'a rien d'étonnant, lorsqu'on réfléchit que
les éléments de ce tissu sont très différenciés, qu'ils ne sont le siège à Tétat normal que de modifications moléculaires, et qu'ils ne se reproduisent en aucune circonstance. 11 y a, par conséquent, toutes probabilités pour que ces éléments qui ne peuvent être produits sans passer préalablement par Tétat embryonnaire, ne puissent donner lieu ultérieurement à des productions anormales de manière h constituer une véritable tumeur. C'est probablement parce qu'il n'y a pas de tumeurs des muscles striés, analogues par leur constitution au tissu normal, qu'on ne rencontre pas des tumeurs bénignes de cette nature.
Cependant, il y a incontestablement des tumeurs qui ont leur origine dans les muscles striés, c'est-à-dire qui sont de même nature, sans en avoir la structure; et cela suffirait pour ruiner la classification basée sur la constitution des tumeurs. 11 est vrai que les auteurs ont tourné la difficulté en admettant que ces tumeurs d'aspect fibreux, myxomateux ou sarcomateux, sont des tumeurs du tissu conjonctif, c'est-à-dire des fibromes, des myxomes, des sarcomes, développés aux dépens des éléments de la substance intermédiaire aux faisceaux musculaires. Mais alors il n'y aurait plus de tumeurs de ces muscles, alors que cliniquement on en rencontre encore assez souvent.
La question est donc de savoir si ces tumeurs constituées par des éléments atypiques, doivent être considérées comme des tumeurs du tissu fibreux ou du tissu musculaire. C'est précisément la même question qui s'est présentée à propos des tumeurs du sein, de la peau et de tous les organes. Or, nous l'avons constamment résolue en considérant ces tumeurs comme appartenant à l'organe où elles se sont développées, en raison de la corrélation intime qui nous parait exister entre les éléments propres de l'organe et ceux de son tissu conjonctif, avec la seule différence que dans ce cas les éléments propres disparaissent bien comme dans les autres tumeurs, mais ne se reproduisent sous aucune forme. Toutefois la difficulté consiste à distinguer ces tumeurs de celles qui ont pu prendre naissance dans les tissus des aponévroses musculaires, dans le tissu fibreux des gaines vasculaires et même dans le tissu adipeux ; ces tissus constituant en somme des appareils particuliers indépendants du tissu musculaire, aussi bien que le tissu adipeux et le derme par rapport à la peau et aux muqueuses.
Il est souvent possible de constater que les néoproductions cellulaires ont leur origine, non dans le tissu fibreux inter-
CLASSIFICATION DKS Tl MKl KS Toi,
fasciciilaiiT, mais dans 1rs faiscoaiix uiusculairos, où l'on peut parfois l(»s observer h leur début. En ronlinuant à se produire (mi excès, les cellules étoutlent la substance slriée, h laquelle elles se substituent insensiblement, formant des amas de cellules nuules ou fusiformes, disséminées ou réunies en faisceaux plus ou moins irrégulièrement enlrecroisés, au sein d'une substances byaline plutôt molle, (rasj)ect parfois juyxoïde, mais qui peut se présenter aussi avec Tapparence (ibroïde. l^orscjucs les cellules sont 1res abondantes on a l'aspect d'un tissu sarcomateux, au moins sur quelqut»s points.
Evidemment certains cas olfrent ujie grande diflicullé pour distinguer ces tumeurs de celles du tissu libreux. Mais indépendamment des considérations cpie nous avons fait valoir précédemmiMit, on remarquera (|ue si les dernières sont le plus souvient bénignes, les tumeurs (|ui ont leur origine dans les muscles striés sont toujours malignes ; ce cpii s'explique parleurs productions atypiques, qu<» Ton doit rationnellement attribuer au tissu musculaire proprement dit où elles ont pris naissance».
La 7"^ classr comprcjul les tumeurs du /issu nervrux, c'est-à-dire celles des centres nerveux et des nerfs périphériques. Pour la plupart des auteurs, les nrvromes sont constitués par du tissu nerveux de nouvelle formation, et, av(»c Fœrster, on les divise en nrvrouœs nif'duUaires ou (jauglionnaircs et en névromes fascicules ; les pn»miers se rapportant aux tumeurs des .centres nerveux, A les seconds à celles des nerfs périphériques.
D'après cette manière de voir, il n'y aurait pour ainsi dire pas de véritables tumeurs du système nerveux; car on ne découvre, en fait de productions anormales bien caractérisées, que des malformations, et encore d'une manière tout h. fait exceptionnelle; tandis que la plupart des auteurs considèrent les tumeurs habituellement rencontrées sur les (^entres nerveux et les nerfs, comme des fibromes, des myxomes et des sarcomes, ce qui n'est guère pour éclairer la (|ueslion.
En admettant, comme nous l'avons fait, i\\m ce sont dés tumeurs du tissu nervrux central ou jtéripliérique, c'est-à-dire des tumeurs f/ui ont )iour orif/ine ce tissu, ainsi (jue nous avons cherché à eu démontrer la réalité, nous n'avons qu'à éludiiM* dans les néoproduclions, les analogies qui indiquent leur origine, et les déviations plus ou moins prononcées qui constituent précisément les diversj^s variétés pathologiques qu'on peut rencontrer.
On admet encore un névrome des moignons d'amputation, mais
l.iB CLASSIFICATION DES TLMFAKS
bien à tort, car ce n'est pas un névrome; c'est un simple lissu cicatriciel avec production abondante d'éléments cellulaires conslîtuont un tissu de sclérose entre les faisceaux musculaires et nerveux. On peut le reconnaître sur tous les points, quand bien nii^nie la sclérose s'infiltre un peu çà et là entre les tubes qu'elle dissocie, mais sans jamais donner lieu h des tumeurs nodulaires à évolution profrressive, comme les véritables névromes. Ceux-ci sont considérés à tort comme des fibromes de la gaine des nerfs; car non seulement les lésions initiales ne s'y rencontrent pas, mais même on voit que les libres nerveuses sont dispersées et atrophiées au milieu de néoproductions cellulaires diversement disposées, quoique ayant une constitution uniforme avec un aspect tout particulier. L'origine nerveuse de ces néoproductions est manifeste et par conséquent bien différente, à tous les points de vue, de celle du tissu du prétendu névrome d'un moignon d'amputation. Cette comparaison achève la démonstration qu'il y a une grande différence entre les tumeurs des nerfs et les productions plus ou moins intensives du tissu fibreux périphérique, avec lesquelles on ne doit pas les confondre.
Nous n'avons pas décrit de tumeurs se rapportant aux vaisseaux sanguins et lymphatiques, désignées par les auteurs sous le nom d'angiomes simples ou caverneux pour les premiers et de lymphangiomcs pour les seconds. C'est que la plupart de ces productions sont des malformatioiis congénitales, et que celles qui semblent rentrer dans les tumeurs proprement dites peuvent et doivent même recevoir une autre interprétation.
Rinfleisch a cru que les angiomes pouvaient être considérés comme des fibromes avec production excessive de vaisseaux, c'est-à-dire des fibromes télangieclasiques. Mais outre que les angiomes ne se comportent pas comme des tumeurs, c'est en nous plaçant au point de vue de la biologie générale, qui concorde précisément avec l'idée servant de base à notre classification, qneîious ne pouvons pas admettre des tumeurs de vaisseaux, ceux-ci ne constituant pas un tissu, mais entrant dans la constitution de tous les tissus dont ils font inti?7ie?)ient partie, puisque les vaisseaux de nouvelle formation sont toujours constitués, comme nous l'avons vu, par les éléments mêmes des tissus où ils sont produits. 11 en résulte que les vaisseaux ne doivent pas être considérés comme indépendants des tissus oii ils se trouvent, car ils sont en connection intime avec les éléments de chaque tissu. Leurs modifications ou néoproductions
résultent toujours de celles de ce tissu, et en définitive nous n'avons jamais à considérer que les modifications ou déviations de celui-ci, où les vaisseaux peuvent prendre un développement particulier dans certains cas, mais qui ne peut jamais être considéré comme indépendant des modifications du tissu qu'ils alimentent.
Il est môme peu probable que la plupart des productions acquises dans le cours de Texistence et désignées sous le nom d'angiomes soient des tumeurs, car on ne trouve pas dans leur constitulion un tissu évoluant comme celui des tumeurs. Et, si Ton considère, par exemple, les angiomes du foie quVm rencontre si fréquemment dans les autopsies, on ne voit pas comment le tissu glandulaire pourrait être le siège d'un fibrome télangiectasique. D'autre part, les productions de ce genre ne se comportent pas non plus comme des tumeurs, au point de vue du développement, de l'extension, etc. Elles ont beaucoup plus d'analogie avec les petits angiomes cutanés survenant aussi chez les vieillards et qui sont constitués simplement par un tissu de sclérose dans lequel se trouvent des vaisseaux en plus ou moins grand nombre, ces productions sclérouses très vascularisées étant encore de cause inconnue.
Les gros vaisseaux indépendants des divers organes peuvent toutefois être exceptionnellement l'origine de tumeurs, mais c'est aux dépens du tissu de leur tunique externe, la seule qui soit vascularisée, et il s'agit alors d'une tumeur de nature fibreuse (comme nous avons eu l'occasion d'en observer un spécimen sur l'aorte où ce néoplasme simulait un anévrysme), mais non d'une tumeur formée par des vaisseaux.
Chaque classe principale de tumeurs comprendra des divisions en rapport avec les caractères particuliers des éléments caractérisant les divers tissus et organes.
Les tumeurs de chacun d'eux doivent être étudiées dans des subdivisions comprenant d'abord les tumeurs qui ressemblent le plus au tissu normal et qui sont ordinairement bénignes^ puis celles dont les caractères s'en éloignent de plus en plus et dont la malignité est en général de plus en plus prononcée. C'est ainsi qu'en partant des formes typiques^ on passera graduellement aux formes métatypiques ou atypiques^ puis aux variétés diverses et pour ainsi dire infinies qu'on peut rencontrer dans les tumeurs de tous les tissus et organes. Cet aspect si variable des tumeurs se produit sous l'influence de circonstances connues ou inconnues, le plus souvent en rapport avec l'évolution anormale des diverses néoformations, sans qu'il y
ait aucune limite absolue entre les formes et variétés, lesquelles, au contraire, peuvent offrir toutes les transitions possibles de Tune à Tautre, non seulement sur la même tumeur, mais encore parfois sur la même préparation.
Ait point fie vue anaiomique, il nxj a pas de classification plus nahirelle et plus simple^ puisqu'elle a pour base, non les caractères si variables et parfois si incertains des néoproductions, mais leur lieu d'origine qui est un tissu normal connu et qui en indique la nature. Los subdivisions seules sont tirées des analogies plus ou moins manifestes que les tumeurs peuvent offrir ou non avec leur tissu d'origine. Pour être complète il n'y manque que de connaître la cause dos néoformations. Elle a en même temps l'avantage do maintenir tancienne division clinique des tumeurs, en tumeurs bénignes et malignes, sous la réserve qu'il n'y a rien d'absolu dans cette appréciation, quoique les probabilités résultant déjà de nos connaissances actuelles, aient cependant une grande importance pour le chirurgien.