‹ Traité d'anatomie pathologique généraleChapitre 102 sur 176 · LOCALISATION INITIALE DES NÉOPLASMES DANS LES TISSUS · texte numérisé non relu

LOCALISATION INITIALE DES NÉOPLASMES DANS LES TISSUS

Ce ne sont pas les hypothèses concernant la multiplication dune ou de plusieurs cellules qui peuvent expliquer Torigine des tumeurs dans les tissus et leur localisation initiale, ainsi que nous croyons l'avoir démontré ; il faut d'abord rechercher dans quelle partie des tissus les tumeurs ont pris naissance et en quoi consistent les lésions initiales. Pour cela on doit prendre en considération, d une part les faits observés cliniquement et anatomiquement, et d'autre part les raisons qui nous ont fait adopter le développement des cellules propres normales et anormales des tissus aux dépens de leurs cellules conjonctives.

A. — Tumeurs bénignes.

Los tumeurs bénignes qui offrent une analogie de structure plus ou moins prononcée avec celle du tissu d'origine, semblent avoir pris naissance au milieu des éléments propres et résultent en réalité d'une modification produite dans le développement des éléments nouveaux au fur et à mesure de la disparition des anciens. Elles consistent surtout dans une production plus ou moins exagérée et anormale, ne pouvant se manifester, par conséquent, qu'au niveau des éléments susceptibles de rénovation complète, et de préférence au niveau de ceux qui, à l'état normal, se renouvellent le plus.

C'est ainsi que les tumeurs bénignes de la peau et des muqueuses, qui consistent dans une néoproduction exubérante superficielle des productions épithéliales, n'ont pu prendre naissance qu'à ce niveau, sous l'influence d'une vascularisation localement augmentée, par une déviation dans lés productions habituelles. Toutefois ce ne peut être que par le même mécanisme de production, c'est-à-dire par l'arrivée d'une plus grande quantité de cellules conjonctives envahissant le territoire des cellules propres. Elles en modifient plus ou moins la structure et donnent lieu à des néoproductions non semblables, mais analogues, quoique parfois très irrégulières, de manière à constituer les papillomes et les polypes. Ceux-ci sont essentiellement caractérisés par des productions exubérantes superficielles et des phénomènes d'hyperplasie cellulaire au niveau des parties sous-jacentes, ainsi qu'on peut le contrôler sur les figures 176 et 177.

On constate des productions initiales analogues pour les tumeurs bénignes des glandes. La vascularisation est toujours augmentée à ce niveau et il y a toujours une hyperplasie des éléments cellulaires qui vont modifier les cavités glandulaires existantes et même donner lieu à de nouvelles cavités analogues dans le voisinage des premières. C'est ainsi qu'au niveau des glandes des muqueuses, on voit une multiplication de ces organes dans la même région, ou faisant une saillie superficielle, sans que les parties profondes présentent d'autres modifications qu'une hyperplasie générale de leurs éléments constituants.

Dans le sein, on observe beaucoup d'adénomes dont l'origine est bien manifestement aussi dans les lobules glandulaires, et qui parfois y restent localisés (fig. 170 et 171), mais qui, d'autres fois, augmentant de volume, ne peuvent s'étendre qu'en empiétant sur

le stroma fibreux de l'organe, modifié consécutivement et graduellement comme nous l'avons vu, de manière à permettre une transformation complète de tout le tissu sur le point afTecté et, en outre, comme dans toutes les tumeurs bénignes, la formation d'une membrane dVnveloppe limitante.

Pour les ostéomes, les chondromes, les fibromes, les lipcmies, les myomes, les premières lésions sont en général sur un point du tissu d origine de ces tumeurs, lesquelles continuent ensuite à se développer par une augmentation graduelle de leur tissu de nouvelle formation, dite autonome, quoiqu'elles reçoivent toujours leurs éléments de nutrition des vaisseaux du tissu, d'origine. C'est aussi pour cela que certaines tumeurs constituées par des éléments osseux et cartilagineux peuvent se développer à proximité d'un tissu de même nature.

IL — Tiuneurs malignes.

La détermination des lésions initiales est beaucoup plus difficile pour les tumeurs malignes essentiellement caractérisées par des productions iriégulières et par une tendance envahissante. Opendant, on peut souvent encore se rendre compte de l'origine des lésions dans les mômes conditions que pour les tumeurs bénignes.

Ainsi, les épilhéliomes de la peau et des muqueuses débutent fréquennuent par des néoproduclions anormales superficielles et peuvent même, pendant un certain temps, rester localisées s?ur ces mêmes points. C'est ce que Ton peut constater sur la figure ISi qui se rapporte à une préparation d'épiihéliome de la lèvre, caractérisé par des néoformations papillaires exubérantes dont les productions épithéliales, quoique 1res prononcées et à tendance envahissante, sont encore restées limitées aux papilles.

Mais le plus souvent il n'en est pas ainsi, et l'on voit ces néoproductions épithéliales s'étendre encore plus ou moins dans les parties sous-jacenles en présentant peu ou beaucoup d'amas cellulaires en continuité ou non avec celles des parties superficielles. Dans les cas de ce genre où, le plus souvent aussi, on a pu constater cliniquement les premières altérations dans les parties superficielles, il y a toutes probabilités pour que le néoplasme a'^ débuté par des formations anormales au niveau de l'épithéliuiu, et qu'il soit venu s'y aj^mler d'autres productions de même nature dans le voisinage des premières, très vraisemblablement par suite

LOCALISATION INITiALK DES TLMEIHS "01

(les troubles circulatoires connexes et des modifications structurales qui en sont résultées.

Il est d'autres cas où Ton trouve des néoproduclions peu appréciables à la superficie et très prononcées dans les parties profondes, de telle sorte qu'il est difficile de dire en quel point elles ont débuté. 11 faut cependant chercher a expliquer comment elles ont pu devenir prédominantes sur des parties plus ou moins éloignées de la couche épithéliale.

Et d'abord les faits de ce genre sont en opposition avec la

M ffl.m.

FiG. INI. — Cancro'ide de la lèvre inférieiwc. '^Vuc d'cnscnible à un faible grossissement).

/'. peau. — Af, muqiicuso. — r.p.c, <^i)ith(^liom(> pnpillairc exubrranl. — sl.sc, slroma scl«*rou.\. — o.f., arlêro avec cn<larl(''riti'. — /"./>., follicules pileux. — 'jl-*»., glaudulcs muqueuses. — m, muscles.

théorie qui altribue les productions cellulaires nouvelles à la prolifération des cellules épithéliales; car si cette théorie était vraie, on devrait plutôt trouver des néoproductions en surface qu'en profondeur. En tout cas, lorsque des formations nouvelles s'étendent sous la couche de Malpighi jusqu'à arriver à son contact, on devrait voir les cellules qui se trouvent à ce niveau participer au phénomène de prolifération, si proliléralion il y avait. Au contraire, cm constate que la couche épithéliale se présente alors, soit à peu près à l'état normal ou avec une simple hyper-

plasie, soit avec des phénomènes d'atrophie et une tendance manifeste à disparaître graduellement, soit même parfois avec ^l'apparence nécrosique; ce qui indique que l'état de la couche épithéliale à ce niveau est en rapport avec les conditions de nutrition qui sont sous la dépendance de la circulation, laquelle peut être modifiée en plus ou en moins par la présence du néoplasme sous-jacent. C'est ainsi que l'envahissement des parties profondes par le

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