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CHAPITRE II

Poursuivant l'étude des modifications qui peuvent se produire dans les tissus, ,fan5 changement dans leur structure, après avoir passé en revue celles qui consistent dans une augmentation ou une dioiinulion de volume en rapport avec la nutrition augmentée ou

diminuée, il convient d'étudier celles qui résultent d'une perversion dans les phénomènes de nutrition. Or, la seule altération que l'on puisse ainsi constater sur la plupart des éléments anatomiques, indépendamment de toute autre lésion^ réside dans la production dune substance graisseuse, dont la pathogénie est encore très obscure.

Pendant longtemps on a confondu toutes les productions anormales de la graisse. C'est Virchow qui a commencé à faire la lumière sur ce point, en montrant les analogies de ces productions avec celles observées à l'état normal, et en les classant sous les trois types suivants : 1** accumulation de la graisse dans le tissu cellulo-adipeux; 2? accumulation transitoire de la graisse dans certains organes; et 3** destruction des éléments cellulaires par la graisse.

Pour ce qui concerne les cas de la première catégorie, il n'existe maintenant aucune divergence parmi les auteurs compétents, pour les séparer des autres altérations graisseuses ; et afin d'accentuer encore cette séparation, nous avons rangé les faits qui s'y rapportent dans les hypertrophies et atrophies des tissus, d'autant que c'est aussi la manière la plus rationnelle d'envisager ces phénomènes pathologiques, où l'on ne trouve que des productions en plus ou en moins d'un tissu normal, sans altération appréciable de structure.

Mais une grande confusion existe pour les cas qui doivent être rangés dans la deuxième ou la troisième catégorie, car m Virdiow, ni les auteurs qui, depuis lors, se sont occupés de cette question, n'ont nettement spécifié, en s'appuyant sur les faits, quelles sont les conditions précises qui permettent de les séparer. On a surtout insisté sur ce que dans les uns, il y aurait seulement une « infiltration graisseuse », tandis que les autres consisteraient dans une « métamorphose graisseuse ». Mais on n'est pas d'accord sur les cas appartenant h chaque catégorie, et de plus les uns et les autres sont communément désignés sous le nom de u dégénérescence graisseuse », ce qui contribue encore à augmenter la confusion.

Virchow a pris pour type des cas de la deuxième catégorie, que l'on désigne aujourd'hui sous le nom d'infiltration graisseuse, le foie gras rencontré si communément à des degrés divers. Cet auteur dit qu'il ne voit pas de diff'érence essentielle entre l'état du « foie gras physiologique » et celui du « foie gras pathologique », si ce n'est dans l'intensité de la production graisseuse. Cependant comme celle-ci est temporaire dans le premier cas, il

faudrait encore s'assurer jusqu'à quel point il peut en être de même pour le second, à tous les degrés de sa production. Il ne serait peut-être pas inutile, non plus, de rechercher si les globules graisseux que Ton trouve de part et d'autre ont la même constitution chimique.

Virchow cite comme pouvant être atteintes de la même manière que les cellules du foie celles des villosités intestinales et celles des canaux biliaires ; mais on range encore avec cet auteur dans la troisième catégorie, c'est-à-dire sous le titre de métamorphoses graisseuses, les productions graisseuses des cellules du rein et des glandes, ainsi que des muscles et notamment de ceux du cœur, présentés comme type de la métamorphose ou dégénérescence graisseuse destructive.

Cependant on ne peut pas plus constater des phénomènes de destruction sur ces parties que sur le foie gras, avec lequel ces altérations graisseuses présentent au contraire la plus grande analogie.

C'est la démonstration qui ressort nettement du travail de M. L. Gallavardin sur la dégénérescence graisseuse du myocarde^ par des arguments tirés à la fois de l'anatomie pathologique, de Tétiologie et de la symptomatologie. La cellule musculaire n'est pas plus détruite que la cellule hépatique.

Fio. 10. — Surcharge graisseuse des cellules hépatiques {foie gras).

Cellules dissociées à l'état frais présentant une augmentation de volume due à la présence de granulations et de vésicules graisseuses, avec refoulement du noyau à la périphérie lorsque les granulations graisseuses sont devenues abondantes et se sont réunies pour former d'abord de petites vésicules, puis une grosse vésicule qui s*est substituée à la plus grande partie sinon à la totalité du protoplasma.

De part et d'autre, on trouve

des gouttelettes graisseuses de grosseur variable dans le protoplasma cellulaire dont le volume, loin d'être diminué, est, au contraire, manifestement augmenté, quoiqu'elles soient développées à ses dépens. On dit bien que dans l'infiltration graisseuse, le protoplasma persiste plus ou moins refoulé par la graisse comme dans le foie gras, et que, dans les cas de métamorphose, la graisse prend la place du protoplasma; ce qui permettrait de distinguer les cas de la deuxième et de la troisième catégorie de Virchow. Mais un examen attentif des lésions

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montre que cet argument n'a pas la valeur qu'on lui suppose. Et d'abord, même d'après les auteurs, les lésions légères dos deux cas ne pourraient pas être distinguées, en raison de la présence seulement de fines gouttelettes graisseuses et de la persistance du protoplama. Si l'on examine ce qui se produit dans le foie à un degré plus avancé, on voit sur la figure 10 se rapportant à une préparation par dissociation à l'état frais que les globules graisseux plus volumineux d'emblée ou par suite de la réunion des petites gouttelettes occupent une plus grande partie du protoplasma cellu- Jaire, en refoulant plus ou moins à la périphérie la portion qui reste

ou seulement le noyau, lorsque tout le protoplasma a disparu. Il ne faut pas oublier, en effet, que daps le foie gras, les globules graisseux ont pu se substituer, non seulement à une partie du protoplasma, mais encore à sa totalité, en occupant un plus grand espace et refoulant le noyau, de manière que le tissu hépatique arrive ài présenter un aspect analogue au tissu cellulo-adipeux,lorsqueraltération est au plus haut degré. Les vaisseaux et même les espaces portes se trouvent tellement refoulés qu'ils peuvent être difficiles à reconnaître; ce qui contribue èi augmenter alors l'analogie du foie gras avec Taspect du tissu adipeux, quoique la constitution de ces deux tissus soit bien différente.

Mais dans les degrés moins avancés on se rend bien compte de la production des granulations, puis des vésicules adipeuses dans le protoplasma des cellules situées le plus près des espaces portes et qui doivent être le mieux alimentées par les vaisseaux.

Or, sur le myocarde, on voit aussi les gouttelettes graisseuses •de volume variable se développer aux dépens de la substance protoplasmique interfibrillaire , en refoulant autour délies les fibrilles, comme on peut le voir sur les préparations où la graisse a été dissoute par l'éther et comiùe le. montre la figure ^1.

fmy.

Jio. 11. — Fibres musculaires du casur avec vacuoles précédemment occupées par la graisse refoulant, les

• fibrilles voisines (cœur gras ou graisseux).

f.m.n.y fibres musculaires normales. — f.tn.g., libres musculaires graisseuses. — l.g., loges dos vésicules graisseuses intramusculaires. — f.l.r., fibrilles longitudinales refoulées précédemment par la graisse.

Les espaces occupés par la graisse peuvent être assez volumineux, mais jamais le protoplasma ne disparaît en totalité, ni même en très grande partie, comme il arrive si souvent pour le foie gras. Non seulement il n'y a ni atrophie, ni nécrobiose, ni modification destructive quelconque, ni consomption des cellules, comme l'admettent les auteurs dans la métamorphose graisseuse ; mais les fibres musculaires sont plutôt augmentées de volume, ont leur disposition structurale habituelle, et ont continué de fonctionner ainsi, parce que cette production graisseuse, qui est souvent en

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