PHÉNOMÈNES DE DÉGÉNÉRESCENCE
Les phénomènes de dégénérescence qui aboutissent à la destruction des éléments qui en sont le siège se produisent toujours en même temps qu'une hyperplasie cellulaire plus ou moins prononcée ; ce qui a pu contribuer h faire rapporter quelquefois Tinflammation à ces lésions dégénératives et par suite a des éléments simplement surchargés de graisse. Mais comme nous Tavons précédemment indiqué (v. p. 103), cette dernière altération doit être absolument distinguée des lésions inflammatoires ; et celles-ci comprennent à la fois les phénomènes productifs et dégénératifs, lesquels correspondent aux phénomènes normaux de production et de désassimilation devenus plus intenses et plus ou moins anormaux. Les dégénérescences doivent naturellement être rattachées aux conditions anormales dans lesquelles se produisent les phénomènes de nutrition et ceux d'élimination des déchets.
PHÉNOMÈNES DE DÉGÉNÉRESCENCE DANS L'INFLAMMATION 42a
Les auteurs comptent au nombre des dégénérescences : la tuméfaction trouble des cellules, leur dégénérescence graisseuse, amyloïde, muqueuse ou colloïde, hyaline ou vitreuse, etc., comme se rapportant à des altérations primitives ou secondaires des éléments cellulaires. Leur pathogénie est plus ou moins obscure et leurs caractères ne sont même souvent pas très nets, puisque quelques auteurs fusionnent certaines de ces dégénérescences que d'autres considèrent comme très distinctes. C'est dire qu'une grande incertitude existe toujours à ce sujet.
Or, le seul moyen, non pas de tirer au clair absolument leur pathogénie, parce qu'elle est très complexe et qu'elle se rapporte aux modifications produites dans le protoplasma cellulaire encore incomplètement connu à Tétat normal, mais d'entrer dans la voie qui permettra d'élucider cette question, c'est d'envisager ces altérations au moins dans leur mode de production correspondant aux phénomènes normaux.
A l'état normal les déchets cellulaires sont en partie résorbés d'une manière insensible, et même aussi en partie éliminés au dehors dans des conditions à peu près analogues, parce que les phénomènes de rénovation des éléments constituants des tissus s opèrent lentement et, on peut le dire, insensiblement. Or, dans les états pathologiques où les productions cellulaires se sont considérablement accrues plus ou moins rapidement, leur élimination devient très appréciable pour les parties soumises habituellement h une rénovation complète des éléments cellulaires, comme à la surface de la peau et des muqueuses, dans les glandes, et partout dans des conditions plus ou moins anormales; d'où leurs aspects divers dits de dégénérescence, suivant les tissus aflfectés. C'est une kératinisation plus ou moins anormale pour les cellules épidermiques produites dans ces conditions, une dégénérescence muqueuse pour les cellules provenant des muqueuses proprement dites, une dégénérescence colloïde à la fois pour les muqueuses et les glandes, une dégénérescence hyaline ou vitreuse pour certains éléments anciens ou nouvellement produits, qui se trouvent dans la profondeur des tissus et dont les conditions de nutrition insensible ont été sans doute profondément modifiées. On peut même observer des modifications variables de ces altérations suivant des circonstances diverses. Enfin, sur tous les tissus, il est possible de rencontrer une dégénérescence granulo-graisseuse des divers éléments, soit dans les inflammations simples, soit avec plus d'intensité dans les inflammations suppurées.
Ces diverses dégénérescences se rencontrent, non seulement avec des phénomènes inflammatoires, mais encore avec des productions néoplasiques, tandis que la dégénérescence amyloïde ne se produit que dans le premier cas et presque uniquement avec des lésions tuberculeuses ou syphilitiques.
Toméfaction trouble des cellules.
Nous avons vu qu'on rencontre fréquemment dans les foyers inflammatoires des cellules augmentées de volume et dont le protoplasma est devenu légèrement granuleux, d'où son aspect trouble. Nous avons précédemment cherché à démontrer qu'on ne pouvait pas admettre avec Virchow la possibilité pour ces cellules d'un retour à l'état embryonnaire ; car, outre qu'aucune partie de l'organisme ne jouit de la propriété de se rajeunir, il s'agit évidemment d'une altération de dégénérescence. On observe, en efl'et, toutes les transitions entre cet état des cellules et celui où on les trouve chargées de productions granulo-graisseuses et ensuite en voie de désintégration. On a aussi désigné cet état des cellules sous le nom de dégénérescence ou d'inflammation parenchymateuse. Mais cette question nous a déjà assez occupé pour n'avoir pas à revenir sur cette interprétation qui est absolument défectueuse. (V. p. 292.)
Dégénérescenoe granule-graisseuse destructive.
Nous avons aussi insisté précédemment pour dire que la surcharge graisseuse, l'état gras ou graisseux des éléments cellulaires, se produit primitivement et peut demeurer ainsi pendant que persistent et même augmentent de volume ces éléments plus ou moins modifiés; que cet état ne doit pas être confondu avec la dégénérescence graisseuse ou granulo-graisseuse que nous avons maintenant en vue. Celle-ci, en efi'et, coexiste toujours avec des productions inflammatoires plus ou moins intenses, et correspond alors à des phénomènes destructifs. Par conséquent, cette altération se rencontrera principalement sur les points où ces phénomènes seront le plus actifs.
C'est sur les limites des parties nécrosées, au voisinage des infarctus produits dans les divers organes, qu'on trouve le plus d'éléments cellulaires chargés de granulations, d'abord indéterminées, mais qui ne tardent pas à prendre Taspect réfringent caractéristique, à former des gouttelettes de graisse de volume variable,