‹ Traité d'anatomie pathologique généraleChapitre 65 sur 176 · DÉGÉNÉRESCENCE GRANULO-GRAISSEUSE DESTRUCTIVE · texte numérisé non relu

DÉGÉNÉRESCENCE GRANULO-GRAISSEUSE DESTRUCTIVE

proviennent du sang et sont de même nature que les autres éléments voisins du tissu affecté, mais qui dégénèrent rapidement, jusqu'au moment où les nouvelles cellules produites peuvent trouver les conditions nécessaires à leur organisation; ce qui arrive peu à peu, comme nous Tavons vu, après l'élimination de la plus grande partie des déchets, c'est-à-dire du pus, et la reconstitution d'un tissu vascularisé.

Nous avons dit précédemment que c'est au voisinage des parties nécrosées qu'on voit le plus d'éléments cellulaires en dégénérescence graisseuse, en ayant en vue principalement les régions où s'opère le travail de réparation des parties mortifiées. Mais dans les cas où il s'agit de parties qui ne peuvent pas être éliminées en bloc ni absorbées et qui sont enveloppées par un tissu scléreux plus ou moins dense les séparant du tissu périphérique vivant, c'est encore à la partie interne de cette coque fibreuse, sur la limite de la masse mortifiée, que l'on trouve des cellules chargées de granulations graisseuses. C'est ce que l'on peut très bien voir, notamment, au niveau des gommes syphilitiques du foie, des masses caséeuses tuberculeuses ou de toute autre partie mortifiée encapsulée.

Comme nous l'avons aussi indiqué, les parties immédiatement mortifiées par la suppression complète de la circulation offrent tout d'abord un aspect à peu près semblable et celui de l'état normal, au point que leur mortification peut passer inaperçue lorsque l'attention n'est pas particulièrement attirée sur ce fait. Elles deviennent troubles, granuleuses, ne se colorant que peu ou pas, et subissent ensuite des modifications assez mal connues, qui les transforment en une matière offrant h l'œil nu l'aspect d'une substance blanchâtre, quelquefois teintée par les liquides de la région où elles se trouvent. Elles apparaissent au microscope, sur les préparations traitées au picro-carmin, avec une coloration ordinairement jaunâtre sous la forme d'une masse plus ou moins compacte, en générale granuleuse, dans laquelle on peut voir encore longtemps la trace des grosses travées fibreuses du tissu, qui finissent cependant par disparaître aussi. En tout cas on n'y trouve aucun élément figuré, si ce n'est, sur les limites périphériques, quelques jeunes cellules provenant du tissu scléreux et s' avançant dans la masse mortifiée.

Cette masse a bien subi une transformation, où les matières graisseuses se produisent, comme dans tout tissu qui a cessé de vivre et se trouve en décomposition, mais ce n'est pas de la même

4it PHENOMENES DE DÉGÉNÉRESCENCE DANS L INTLiMMATION

manière que dans la dégénérescence graisseuse des cellulis. Eln effet les c<*llule5 qui s'y trouvent ne sont pas d*abord surehai^es de graisse. Elles subissant seulement une transformation particulière insensible et en masse, avec tendance à la liquéfaction, mais où se trouve aussi de la graisse qui, vraisemblablement, est absorbée par les lymphatiques voisins et a pénétré aussi en partie dans les jeunes cellules de la périphérie. Celles-ci tendent à empiéter de plus en plus sur la masse mortifiée qui, si elle n'est pas trop considérable, disparaît peu à peu pour être remplacée par du tissu scléreux. Mais lorsque cette masse est trop volumineuse, elle est seulement enserrée par le tissu scléreux et réduite au minimum de débris persistants, sous la forme d*une bouillie graisseuse infiltrée de sels calcaires, ou même simplement de substance calcaire par suite de l'absorption graduelle de toute la matière graisseuse.

En considérant que les cellules de la périphérie sont chaînées de graisse, on pourrait croire qu'elles sont occupées à son transport au loin. Mais on ne comprendrait pas comment des cellules dans ces conditions pourraient voyager et franchir la zone scléreuse toujours plus ou moins épaisse et dense ; tandis qu'il est tout naturel d'admettre que les cellules se trouvant au niveau de la région où la masse laisse sourdre ces parties liquides graisseuses se chargent de granulations graisseuses dont elles ne se débarrassent ensuite qu'en se désagrégeant. Les parties liquéfiées peuvent être alors peu à peu entraînées au dehors par le fait des échanges osmotiques, jusqu'au point où les lymphatiques peuvent en débarrasser la région. C'est ainsi que la masse en décomposition diminue graduellement au fur et à mesure que le tissu scléreux Tenvahit et l'enserre.

Nous avons insisté sur ce point pour bien mettre en parallèle les deux modes d'altération graisseuse qui aboutissent à la disparition des éléments affectés et qui sont bien différents, parce que l'un a trait à des éléments cellulaires qui d<^génèrent graduellement, tandis que l'autre se rapporte à la décomposition des portions immédiatement mortifiées pour être éliminées graduellement en totalité ou en partie au sein des tissus vivants.

Dégénéreicence muqueuse ou mucolde et colloïde*

Dans les inflammations des muqueuses et des glandes, on observe dos produits anormaux de sécrétion plus ou moins abon-

DÉGÉNÉRESCENCE MLCOÏDE ET COLLOÏDE 429

dants avec des altérations cellulaires correspondantes, comme dans Técoulemenl muquenx du coryza, les crachats muqueux, les selles muqueuses ou glaireuses, les écoulements muqueux et glaireux de la cavité utérine, etc. Or, on peut constater en môme temps que les cellules qui se trouvent dans ces liquides ont subi des altérations qui rendent compte de la nature de ces sécrétions ; car, indépendamment de Teau et des sels qu'elles renferment, on y trouve en plus ou moins grande quantité une substance muqueuse ou mucoïde qui provient du protoplasma des cellules altérées.

FiG. 107. — Dysenterie chronique au niveau du rectum.

m.i., muqueuse infillrée. — f.m.e.^ fausse membrane exsudée. — A.e.e., hyperplasie cellulaire exubérante. — t. gl.^ tubes glandulaires. — c.d., capillaires dilatés. — m.m.^ musculaire muqueuse. — «.m.î., sous-muqueuse infiltrée. — t.m.y tunique musculaire. — », vaisseaux.

On y voit, en effet, des cellules plus ou moins augmentées de volume et déformées, présentant une gouttelette d'une matière claire translucide, laquelle arrive ainsi à la remplir et à déborder dans le voisinage, tandis que d'autres cellules sont en partie désintégrées, ayant laissé écouler cette substance qui se trouve alors mélangée au liquide en plus ou moins grande quantité, suivant les conditions variables de Tinflammation et Tépoque où l'examen est fait.

On sait que dans la dysenterie les malades ont des selles glaireuses et sanguinolentes. Or, sur la figure 107, se rapportant à des

lésions du gros intestin dans une affection de ce genre, on peut voir immédiatement au-dessus de la muqueuse enflammée au plus haut degré (dont les vaisseaux sont dilatés et qui présente une liyperplasie cellulaire intense) un amas de débris cellulaires et de globules sanguins dans une substance mucoïde, constituant comme une pseudo-membrane sur certains points, tandis que sur d'autres points ces productions font défaut, et qu'il y a même des exulcérations variables, cependant beaucoup moins prononcées que l'examen à l'œil nu le faisait croire.

Les cellules en place sont ordinairement peu altérées dans les

Fui. 108. — Segment de la paroi d'un appendice enflammé et oblitéré avec rétention des produits de sécrétion dans sa cavité.

p.h. y paroi avec hyperplasie musculaire et sclérose dos tissus sous-përitonëal et sous-muquoux. tendant À pénétrer entre les faisceaux musculaires. — m.h., muqueuse avec hyperplasie cellulaire dans le tissu interglandulaire. — p.e.m., produits épithéliaux et mucoïdos dans la cavité.

inflammations aiguës non ulcérées lorsqu'elles sont assez rapidement éliminées au dehors, surtout à la surface des parties affectées où elles sont remplacées par des cellules jeunes. Elles le sont bien davantage lorsque le processus inflammatoire est lent et que les cellules se trouvent retenues dans une cavité close, comme on peut le voir dans un cas d'appendicite ancienne avec oblitération [de Tappendice (fig. 108).

On remarquera que, dans ce cas, les productions glandulaires qui remplissent la cavité se composent de débris cellulaires au sein d'une substance mucoïde, épaisse, dont les fines granulations

Page 1