‹ Traité d'anatomie pathologique généraleChapitre 66 sur 176 · DÉGÉNÉRESCENCE HYALINE · texte numérisé non relu

DÉGÉNÉRESCENCE HYALINE

forment des traînées qui lui donnent Taspect des productions dites colloïdes; ce qui semble indiquer à la fois Torigine de cette substance dans certaines modifications du protoplasma cellulaire des éléments sécrétants des muqueuses ou des glandes, et peut-être sa cause déterminante principale qui résiderait dans la rétention des produits anormaux de sécrétion.

• C'est, du reste, plutôt dans les tumeurs que les dégénérescences mucoïde et colloïde sont observées, probablement en raison du mode de production plus ou moins lent des éléments cellulaires, et des phénomènes de rétention des produits de sécrétion qui doivent en résulter. Nous reviendrons sur ces altérations à propos des tumeurs.

Dégénérescence hyaline ou vitreuse.

Elle a été considérée par Recklinghausen comme analogue h la dégénérescence amyloïde dont elle diffère par labsence de la réaction caractéristique de cette dernière lésion sous Finfluence de riode, du violet de Paris, etc. Cet auteur attribue sa formation à une dégénérescence des globules blancs parce qu'il Ta tout d'abord rencontrée sur certains caillots sanguins. Ceux-ci se présentent alors sous Taspect d'une substance anhiste, homogène, transparente, avec peu ou pas d'éléments cellulaires, qui ne se gonfle pas dans Teau et n'est pas modifiée par les acides. Elle est fortement colorée par le carmin, l'éosine, la fuchsine, ce qui la rapproche, dit M. Coyne, de la chromatine. On la rencontre assez fréquemment sur des vaisseaux oblitérés par des amas fibrineux offrant Taspect précédemment décrit, et aussi sur des caillots adhérents à la paroi cardiaque atteinte de myocardite, sur des dépôts de fibrine à la surface interne d'une séreuse, etc.

On a considéré comme se rapportant à la même dégénérescence les cylindres hyalins que l'on trouve dans les tubes du rein atteint de néphrite ; tandis que d'autres auteurs les considèrent comme des tubes amyloïdes ou colloïdes suivant l'aspect variable qu'ils peuvent présenter et les altérations du rein qui coexistent.

En somme, cette dégénérescence serait attribuée par les auteurs principalement à des altérations dégénératives présentées par des exsudats où prédomine la présence de la fibrine, au niveau d'un tissu peu vascularisé et plutôt limité par une paroi scléreuse, de telle sorte que leur nutrition doit être en souffrance. Mais si Ton peut assimiler les diverses altérations se rapportant à des caillots formés

dans les vaisseaux et le cœur, voire même dans d^autres points où du sang a été épanché, il ne semble pas qu'on doive confondre ces productions en dégénérescence avec les cylindres hyalins des tubuli. Ces cylindres semblent plutôt résulter des sécrétions exagérées et anormales de Tépithélium glandulaire en même temps que de leur rétention variable. On serait, croyons-nous, plus près de la vérité en classant ces derniers produits anormaux dans la catégorie des dégénérescences qui se rapportent à celles des muqueuses et des glandes avec les particularités relatives à l'organe affecté et à leur lieu de production.

11 va sans dire qu'on ne doit pas confondre la dégénérescence hyaline avec l'aspect hyalin que peut prendre le stroma d'un organe glandulaire, ni avec des productions inflammatoires récentes oii la substance fondamentale peut avoir un aspect analogue, en se colorant bien par le carmin, d'autant qu'on n'y peut trouver qu'un petit nombre de cellules et de rares vaisseaux. Dans ce dernier cas, il s'agit, au contraire, de productions nouvelles où l'organisation tend à s'accentuer de plus en plus au fur et à mesure de leur formation, contrairement aux substances en dégénérescence où les vaisseaux font défaut et qui ont un aspect mat ou vitrifié uniforme.

Dégénérescenoe cireuse des muscles striés.

{Dégénérescence de Zenker.)

Les auteurs décrivent sous ce titre les altérations des fibres musculaires que Zenker a trouvées dans certains cas de fièvre typhoïde, et que depuis lors on a constatées aussi dans d'autres fièvres graves et dans des circonstances diverses. Toutefois, ils assimilent cette lésion tantôt à une dégénéresce^e colloïde, vitreuse ou hyaline, et tantôt h une nécrose de coagulation. Il règne donc une certaine confusion h ce sujet et surtout une incertitude relative à la nature de cette altération musculaire.

Sans avoir la prétention d'élucider complètement la question, nous voulons cependant essayer de présenter la dégénérescence cireuse des muscles striés sous son aspect réel, en cherchant à montrer qu'on ne saurait la confondre avec les dégénérescences des autres tissus, ni avec les phénomènes de nécrose, en raison de sa nature et de ses conditions de production.

Les muscles atteints de dégénérescence cireuse offrent à l'œil nu un aspect blanc-jaunâtre entremêlé d'infiltration sanguine, laquelle prédomine à la périphérie; de telle sorte qu'on a l'aspect d'un

DÉGÉNÉRESCENCE CIREUSE DES MUSCLES STRIÉS i33

infarctus musculaire. C'est ainsi que nous avons eu l'occasion de l'observer plusieurs fois au niveau des muscles droits de Tabdomen dans la lièvre typhoïde et chez un ancien syphilitique ayant succombé avec des lésions tuberculeuses récentes des poumons; puis dans deux cas de gangrène spontanée des membres immédiatement au-dessus du sillon d'élimination de la partie mortifiée.

L'examen microscopique dans les cas les plus récents, sur des préparations durcies à l'alcool et traitées par le picrocarmin,montro

FiG. 109. — Dégénérescence de Zenker sur des muscles sclérosés au voisinage des parties nécrosées.

'M.d.^., tibres musculaires en dégénéresceoce do Zenker avec sclérose. — m.d.z.\ fibres muscolaire» <«n dégénérescence avec sclérose plus accusée. — ê.p.v., sclérose périvasculaire ; on voil un peu^ au-dessous une artère complètement oblitérée. — gfx., gaine fibreuse épaissie et rétractée.

le tissu musculaire infiltré de globules sanguins plus ou moins irrégulièrement répartis entre les faisceaux et même entre des libres musculaires, dont l'aspect est notablement modifié. Ce qui frappe, au premier abord, c'est leur augmentation de volume et leur coloration jaune-rougeiUre plus ou moins vive. On constate eu même temps que leur striation n'est plus appréciable et que b^ lissu est plutôt légèrement trouble. Ce sont les points où les fibivs ainsi altérées ne sont que peu ou pas infiltrées de globules sanguins qui correspondent aux portions blanchâtres constatées à l'œil

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\:i\ IMIÉNOMKNES DE DÉiiï^lN'ÉUESCEXCE DANS LINFLAMMATION

nu, lundis qu'aux aientoui>» la coloration rougo est en ra[)porl avec la quantité de sang inliltrée entre les libres encore altérées d(» la mt^me manière. Parfois on peut commencer à Irouver quelques productions cellulaires anormales aulour des vaisseaux, dans le tissu interstitiel.

A un degré plus avancé, qui est représenté sur la iigure 109 et se rapporte à un fragment pris immédiatement au-dessus du sillon d'élimination d'une gangrène de la jambe, on trouve encore les libres musculaires avec leur caractère cireux particulier, et plutôt avec un aspect brillant. Mais il existe en plus un processus inflammatoire caractérisé par la dilatation des vaisseaux et la production d'une grande quantité de jeunes éléments cellulaires qui se trouvent répandus entre les faisceaux et les fibres musculaires, non seulement au niveau des parties altérées, mais encore entre celles du voisinage qui n'ont pas subi la dégénérescence cireuse. Sur ces dernières, la striation persiste, ainsi que la coloration habituelle ; mais connue les précédentes, elles tendent à disparaître graduellement, sous l'influence du processus inflammatoire, les fibres saines et les libres dégénérées conservant leurs caractères particuliers qui font contraste.

Il est bien certain que les phénomènes inflammatoires qui se sont développés, comme de coutume, à la limite de la portion mortifiée du membre, ont atteint non seulement des fibres saines, mais encore des fibres dégénérées se trouvant à cette limite. Ce ne sont \)^s des fibres ayant subi une prétendue nécrose de coagulation, par la raison qu'elles diffèrent totalement des fibres immédiatement mortifiées prises au-dessous du sillon d'élimination (lig. 110). Ces dernières, en effet, examinées à Tœil nu, en diffèrent déjà par leur teinte brune et leur diminution de volume. Leur aspect n'est pas moins différent au microscope : les fibres apparaissant toutes avec une teinte feuille morte à peu près uniforme et seulement avec une coloration qui varie du clair au foncé. .Non s.eulement, il n'y a pas de processus inflammatoire, mais on ne voit pas la moindre trace d'un exsudât môme sanguin comme sur les fibres dégénérées précédemment décrites. C'est, comme nous l'avons déjà dit, une mort brusque qui s'est produite h ce niveau, vraisemblablement sous l'influence de la cessation complète et brusque de la circulation. Or, sur les limites des portions mortifiées où l'on trouve des parties dégénérées, il n'en a pas été ainsi, et des fibres musculaires ont dû encore recevoir une nutrition quelconque (puisqu'elles n'ont pas été nécrosées comme les précédentes), mais probable-

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