‹ Traité d'anatomie pathologique généraleChapitre 68 sur 176 · ÉLIMINATION DES DÉCHETS DANS LES PHÉNOMÈNES DE RÉPARATION DES TISSUS · texte numérisé non relu

ÉLIMINATION DES DÉCHETS DANS LES PHÉNOMÈNES DE RÉPARATION DES TISSUS

Au cours de la description des phénomènes inflammatoires et aussi bien à propos de ceux qui se rapportent à la réparation des tissus, nous avons insisté sur la concomitance des phénomènes destructifs au fur et à mesure des phénomènes productifs, portant à la fois sur les éléments anciens qui ont été altérés directement ou secondairement, ainsi que sur une partie des éléments nouveaux et du sang épanché. Ces éléments disparaissent insensiblement ou après avoir subi une altération granulo-graisseuse manifeste. Une partie de ces derniers est éliminée au dehors lorsqu'il s'agit d'uno inflammation qui toucheàla superficie de la peau ou d'une muqueuse, tandis qu'une autre partie est absorbée par les lymphatiques comme les déchets habituels, mais avec un surcroît de fonction-^ nement, lequel est rendu plus difficile et souvent incomplet par suite de l'abondance des déchets anormaux et des conditions qui parfois s'opposent è leur disparition. En tout cas, C élimination des parties détruites ou altérées^ ainsi que du sang et des productions nouvelles inutilisées^ est un phénomène qui se produit simultanément avec Védification du tissu nouveau^ parce quon assiste, à Vétat pathologique et dans la réparation des tissus, à la continuation des phénomènes de nutrition et de rénovation des éléments cellulaires avecune activité augmentée ou diminuée et plus ou moins désordonnée, suivant les troubles primitifs ou consécutifs qui ont déterminé une perturbation plus ou moins profonde de la circulation sanguine et lymphatique. Les phénomènes d'absorption auxquels nous faisons allusion sont très complexes et difficiles à suivre d'une manière précise, car les phénomènes normaux auxquels ils correspondent sont eux-mêmes assez mal connus.

En tout cas, lorsqu'une plaie est fermée par seconde intention, le processus inflammatoire n'est pas arrêté et les déchets, ne pouvant plus être éliminés au dehors, doivent tous être absorbés. Il en est de même dans les cas de réunion par première intention Les parties liquides ou qui le sont devenues par dégénérescence sont assez facilement absorbées, mais les parties solides persistent plus ou moins dans les tissus. C'est ainsi que l'on trouve pendant

4i2 PHÉNOMÈNES DE DÉGÉNÉRESCENCE DANS L INFLAMMATION

longtemps du pigment sanguin et même des substances étrangères accidentelles, soit dans les éléments cellulaires devenus plus ou moins volumineux, soit surtout et en définitive dans le stroma.

On admet qu'à Tétat normal, les déchets sont emportés par les cellules migratrices dans les voies lymphatiques et le système veineux, et qu'il doit en être de même à l'état pathologique. Mais la perméabilité des voies naturelles est plus ou moins entravée, alors que les déchets sont précisément plus considérables. Il est vrai qu'il y a une exsudation abondante de cellules et de liquide, laquelle doit favoriser l'élimination des déchets; et on trouve, en effet, dans les foyers inflammatoires beaucoup de cellules chargées de granulations protéiques et graisseuses, parfois de débris cellulaires et de globules du sang, très communément au moins de pigment sanguin, de corps étrangers, comme de la poussière de charbon, de microbes divers, etc.

C'est ainsi qu'on a été porté à considérer les cellules comme chargées de l'élimination des substances dont elles sont remplies. On les a môme, pour cela, désignées depuis longtemps sous le nom de « balayeurs » de l'économie. M. Metchnikoff a encore renchéri sur le prétendu rôle de ces cellules qui seraient douées, non seulement de la propriété de motilité propre, mais encore de celle de sensibilité et de digestibilité. Or, nous pensons avoir démontré qu'il ne s'agit \h que d'hypothèses antiphysiologiques qui ne sont nullement nécessaires pour expliquer les faits observés. Et lorsqu'on considère dans quelles conditions se trouvent les cellules chargées de déchets ou de substances étrangères, on peut se demander si même elles jouent réellement le rôle de simples balayeurs ?

Nous avons examiné dernièrement une urine purulente où l'on trouvait, avec les globules de pus, des cellules polymorphes isolées et parfois réunies au nombre de quatre ou cinq offrant la disposition slralifiéo qui indiquait sûrement leur origine vésicale.

i)r la plupart de ces cellules desquamées avaient incorporé un ou plusieurs globules de pus, qui, sur d'autres points paraissaient seulement accolés aux cellules épithéliales. Ce fait, analogue à celui que l'on peut constater dans les foyers inflammatoires, n'est certainement pas suffisant pour supposer que les cellules épithéliales des([uamées dans la vessie pouvaient jouer le rôle de cellules migratrices chargées d'éliminer les globules de pus; les cellules encore réunies ne pouvant guère voyager dans ces conditions et, du reste, les cellules isolées ne pouvant même pas sortir de la

KLIMINATION DES DÉCHETS \\:\

vessie pour se répandre dans les tissus el jusque dans les ganglions. 11 est bien évident que les globules de pus libres ou incorporés aux cellules ne pouvaient être éliminés qu'avec l'urine par le canal de l'urètre, que l'incorporation d'un certain nombre de globules de pus aux cellules ne devait provenir que des conditions physiques dans lesquelles ces éléments se trouvaient dans la vessie, et qu'ils ne pouvaient avoir un but défini à remplir, puisque les globules isolés ou réunis aux cellules devaient être éliminés de la même manière.

On ne peut pas davantage admettre, dans les épanclienu'nts des séreuses, révolution et le rôle phagocytaire que MM. Widal, Ravaut et Dopter attribuent à la cellule endothéliale qui « pour opérer la défense contre l'infection se desquame, s'isole, devient sphérique, prend l'aspect de gros mononucléaires dont elle arrive à partager les fonctions macrophagiques, et retourne ainsi probablement à son origine » ; car toutes ces assertions sont basées uniquement sur ce que ces auteurs ont trouvé dans les pleurésies des cellules endothéliales détachées sous forme de placards (d «qu'il est fréquent de les trouver bourrées de polynucléaires dégénérés de quelques rares lymphocytes et de globules rouges».

Or c'est toujours la simple constatation que des cellules end<jthéliales détachées de leur paroi peuvent absorber d'autres éléments ; mais cela ne saurait prouver qu'elles doivent les dévorer ou les emporter, ni môme qu'elles reviennent à un état antérieur, toutes choses qui ne sont que du domaine de l'iraaginaticm et même impossibles à admettre théoriquement parce qu'elles sont contre nature.

Des observations analogues peuvent être laites pour toutes les cellules chargées parfois de substances et d'éléments variables dans les divers foyers inflammatoires, mais qui sont toujours plus ou moins altérées et dans des conditions les rendant absolument impropres à la fonction qu'on leur attribue d'une manière arbitraire.

Ces cellules, en effet, sont ordinairement augmentées de volume et déformées au milieu d'un liquide trouble, granuleux, rempli des mêmes substances contenues dans les cellules, pour la plupart h l'état trouble, et qui ont un noyau mal coloré. Quelques-unes sont en voie de dégénérescence manifeste et même de désintégration. Les jeunes cellules qui sont en place ne sont ordinairement pas chargées de ces substances ou n'en présentent que des traces. C'est ce qu'on voit très bien notamment dans la pneumonie

iU PHÉNOMÈNES DE DÉ<;ÉNÉRESCEN4:E DANS L'INFLAMMATION

dite épiihéliale, où les cellules normalement fixées aux parois alvéolaires ne présentent pas ordinairement de particules noires, tandis que celles qui sont libres dans la cavité ou même encore nttachées à une paroi, mais au^onentées de volume, en renferment des quantités variables. On remarque encore que ce sont les cellules les plus volumineuses et les plus altérées qui en renferment !<• plus.

On dit bien qu*il s*agit de cellules migratrices et non de cellules épithéliales, mais sans le prouver. Cest le contraire qui est évident, surtout en remarquant que certaines cellules adhèrent encore k la paroi alvéolaire; puisque, comme nous avons cherché à le prouver, il n'y a qu'une exagération et une déviation des productions endothéliales habituelles. Du reste les auteurs n*admettent-ils pas aussi la production de ces cellules par division des cellules endothéliales préexistantes? Ce qui n'est pas en faveur d'un changement de nature. On remarquera, en outre, que dans le tissu scléreux voisin, on ne trouve pas de cellules surchargées de ces déchets; d'autant que des éléments aussi volumineux auraient de la peine à se frayer un passage, non seulement dans les interstices de ce tissu, mais encore dans les fins canaux lymphatiques et dans les capillaires sanguins. Quant aux cellules jeunes qui paraissent libres dans le tissu conjonctif, comme celles qui se trouvent dans le torrent circulatoire, elles ne présentent pas ordinairement de particules noires.

On admet, il est vrai, que les grosses cellules chaînées de déchets et de pigment qu'elles emportent peuvent se rompre en route, afin d'expliquer la présence du pigment et des matières charbonneuses aux environs du foyer inflammatoire, au sein du tissu scléreux de nouvelle formation, sans qu'ils soient contenus dans des éléments cellulaires. On ajoute môme que ces substances étrangères doivent être reprises ensuite par d'autres cellules qui Unissent par les emporter jusque dans les ganglions lymphatiques voisins. Or, ce sont autant d'hypothèses dont la preuve reste à Taire.

VA si l<»s microbes ou produits microbiens ont l'influence néfaste qu'on leur attribue, n'cst-il pas étonnant que des cellules migratrices puissent se charger de ces éléments de mort et cependant continuer à jouir de la propriété de déambuler, ainsi que des antres propriétés qu'on leur attribue arbitrairement, comme de sentir, de digérer, de se reproduire?

Kn réalité, /a preuve quil euiste des cellules migratrices n'a pas

ï':LIMINATrON DES DECHETS US

M faite et nous ajouterons qu'iV nest mfime pas prouvé qu'il existp dea cellules douées de mouvements propres spontanés. Ceux que Ton a observés in vitro sont dus bien plus probablement à des romlitions physico-chimiques qui peuvent rationnellement expliquer les déformations cellulaires constatées dans ce cas et dans les tissus.

Or, dans Torganisme, la propulsion du saup se communique dniis une certaine mesure, si faible soit-elle, au liquide nutritif au sein duquel se IrouvenI les jeunes éléments qui vont contribuer h la nutrition et au renouvellement cellulaire des tissus. Et cela suffit h expliquer les mouvements correspondants des cellules que Ton peut observer expérimentalement. On a aussi la preuve que les éléments cellulaires normaux et pathologiques subissent Tinfluence des mouvements du milieu liquide, par ce qu'on connaît de ces mouvements qui permettent au liquide et aux cellules qui s'y IrouvenI de s'infiltrer partout, de s'accumuler dans les parties déclives et dans les espaces libres, d'y former des remous, etc.

// // a hien plus de probabilités pour que les déchets cellulaires et les particules étrangères soient entraînés par les liquides exsudés à frtat pat/iolof/ique commr a Tvtat normal, et que, s'ils pénètrent dans certaines cellules, ce soit plutôt dans celles qui sont en voie d'altération, et qui, le plus souvent, se trouvent déplacées. Co sont les conditions physiques que présentent les divers éléments infiltrés de liquide en quantitt» anormale qui déterminent l'incorporation des substances étrangères aux cellules ainsi altérées, et dont la désintégration va de nouveau remettre en liberté les particules dont elles étaient chargées et les substances dont elles sont composées, lorsqu'elles restent dans les tissus. On trouve donc ces résidus (et notamment les particules colorées libres dont il est facile de constater la présence) dans un tissu plus ou moins sclérosé et dans lequel <le grosses cellules ne pourraient s'engager. Les liquides circulent, à n'en pas douter, k travers les tissus, et on ne voit pas pourquels motifs on leur refuserait l'action de << balayeurs » qu'ils ont sans conteste dans toutes les autres conditions en dehors de l'économie, et qu'ils sont bien plus aptes à remplir que les cellules dont l'action h ce point de vue doit être forcément très restreinte, n'étant manifeste que pour les cellules altérées qui sont rejetées au dehors.

C'est ainsi que dans les inflamnialions du poumon, la résolution des substanc*»s exsudées a lieu en partie seulement par l'expectoration des crachats, tandis que la plus grande partie* est absorbé»* par les lymphatiques. Mais il reste toujours des particules noires

4V6 PIIKNOMÈNES DE UfeiiÉNÉUESCENCE DANS L INFLAMMATION

sur les points sclérosés consécutifs aux inflammâtious antérieures «lans le tissu pulmonaire et dans les ganglions correspondants,

Lorsque Tintlammation a lieu à proximité de la surface delà peau ou d'une muqueuse, la plus grande partie des déchets peut ôtre éliminée au dehors, seulement avec exagération dés produits ou avec des modifications plus ou moins prononcées, comme dans l'érvsipèle et les diverses inflammations superficielles. La guérison peut survenir alors assez rapidement. Il en est encore souvent de même pour Tinflammation des organes qui n'a pas produit de troubles profonds dans la structure du tissu, ainsi qu'on le voit 4lans la plupart des pneumonies franches rapidement guéries, qui ne laissent aucune trace ou seulement quelques légers tractus ile sclérose autour des vaisseaux ou près de la plèvre. Au contraire, ces lésions sont plus accusées dans les pneumonies lobulaires et les inflammations moins étendues à répétition, auxquelles succèdent ordinairement, comme nous l'avons vu, des lésions de sclérose où se trouvent toujours des particules charbonneuses en ]>lus ou moins grande quantité, et d'autant plus que le sujet est plus âgé et a vécu dans une atmosphère chargée de poussières de charbon.

Ainsi que nous avons eu l'occasion de le soutenir, ce ne sont pas ces particules qui donnent lieu aux lésions inflammatoires; car on peut les trouver en grande quantité chez des mineurs, sur des poumons sains, en raison de leur ténuité. Mais on les rencontre en grande quantité sur tous les points qui sont le siège d'une inflammation relevant do causes diverses et le plus souvent de la tuber- <ulose. On peut seulement se demander pourquoi ces substances se trouvent toujours en plus grande quantité dans les foyers inflammatoires récents ou anciens? Or, les exsudats liquides abondamment produits et qui déterminent comme une chasse h travers les tissus sont bien propres à les entraîner dans les points où le .tissu est plus ou moins bouleversé. C'est pourquoi ces particules sont en partie éliminées avec les crachats sous l'influence des afl'ections inflammatoires et môme de simples bronchites, et qu'on en trouve encore une plus grande partie au sein des tractus de sclérose, notamment autour des vaisseaux où passent les produits absorbés et naturellement les corps étrangers. Une certaine quantité reste en route, tandis que les parties les plus ténues atteignent les ganglions voisins.

Ce que nous venons de dire de Tanthracose est également vrai pour la chalicose produite par la présence des poussières de silice

ÉLIMINATION DKS DÉ<:IIKTS il*

H pour la sidérose due à celle de Toxyde rouge de fer, et, du reste, pour rinliltration pulvérulente des poumons de quelque nature qu'elle soif; puisque ces substances étrangères, lorsqu'elles sont à l'état d'extrême ténuité, s(mt incapables de déterminer des troubles, »4 qut» les altérations pulmonaires observées sont variables, mais toujours en rapport avec les diverses causes d'inflammation et >urtout av<»c la tuberculose qui esl, des poumons, ralîection la plus commune, (^est pourquoi nous avons conclu qu'on ne peut admettre avec Zenker l'existence des pneumonokonioses, c'est-adire d'altérations scléreuses considérables produites dans les poumons seulement par ces poussières.

Ce n'est que lorsque des corps étrangers plus ou moins volumineux ont été introduits dans une partie quelconque de l'organisme, de manière à entraver les phénomènes de nutrition, qu'il en résulte nécessairement une inflammation plus ou moins circonscrite, pouvant donner lieu à de la suppuration s'il y a eu infection, et à un abcès qui évolue de manière h s'ouvrir et à créer ainsi une voie qui facilite ordinairement l'expulsion du corps étranger. 11 peut aussi en résulter une inflammation simple aboutissant à des productions scléreuses à son pourtour jusqu'à la formation d'une coque qui l'enserre et qui persiste indéfiniment s'il n'est pas trop volumineux.

il (;n est de même des parasites animaux qui ont pénélrédans les tissus et les organes, comme des tnchmes dans les muscles striés, où elles ne tardent pas à s'enkyster. Les ctjsticerques qui proviennent du tœnia solium se fixent également dans les muscles, mais encore dans l'encéphale, dans l'œil, etc., en formant des amas dits kystiques limités par une membrane d'enveloppe fibreuse les séparant du tissu de l'organe affecté. Les échinocoques qui proviennent du tœnia echinococcus donnent lieu bien plus fréquemment, surtout dans le foie, mais aussi dans le rein, etc., à des productions ayant à l'œil nu l'aspect de kystes simples ou multiples, qui peuvent acquérir un très gros volume. Ils sont également toujours limités par une membrane fibreuse provenant de l'inflammation créée par la présence des parasites sur une membram* particulière. (]es parasites peuvent évoluer de diverses manières, en produisant des pseudo-kystes de plus en plus volumineux ou nombreux dans le même organe ou dans les organes voisins. Mais il arrive aussi qu'ils cessent de^vivre ; et il n'est pas rare de rencontrer dans le foie d'anciennes cavités dont les parois peuvent être infiltrées de sels calcaires. Ces pseudo-kystes contiennent un peu de liquide

clair ou trouble ne renfermant plus d'échinocoques et souvent un magma pâteux et crayeux où Ton n'en trouve pas davantage. Néanmoins il est parfois possible de découvrir dans le contenu quelques crochets caractéristiques de TafFection. Ces lésions anciennes sont ordinairement des trouvailles d'autopsie.

Du reste, qu'il s'agisse d'un corps étranger, d'un parasite ou d'une partie de l'organisme mortifiée, dans tous les cas il y a des troubles de la circulation locale d'où résultent des phénomènes inflammatoires, lesquels aboutissent à l'élimination de ces parties lorsque cela est possible, ou à leur enkystement lorsque les parties anormales sont trop volumineuses pour être expulsées ou absorbées. Au lieu d'une cicatrice remplaçant les parties détruites, on a en réalité une cicatrice qui les enveloppe momentanément ou définitivement suivant ce qui peut arriver en dernier lieu.

Page 1