CHAPITRE PREMIER
De P inflammation.
ARTICLE Ï>RÈMIER.
De la périostite.
§. 652. L'inflammation du périoste a été constatée par des recherches anatomiques et par une foule d'observations de chirurgie; mieux connue aujourd'hui qu'autrefois, elle peut être distinguée en phlogose, ép^iphlogose et hjperphlogose.
§. 653. Dans la première, lé périoste est plus ou moins richement injecté : son tissu est raréfié; il est infiltré de sérosité, et adhère moins a la surface de l'os. Ordinairement le tissu cellulaire et lés parties molles les plus Voisines partici^ient à c^t état d'injection et d'infiltration. Les cas dans lesquels on
ANâTOMIE PATHOLqQl|(^j[JE SPÉCIALE. 85
oI^MiTele pérîpsl^ aipsi altéré sput^ 4'^rès mes redb^ccl^es^ ceuxi où existent dans son voisinage des ulcères chroniques ou d'anciennes cicatrices. Cette iqfl^n^piation est en quelque sorte, passive, à moins ç^'dliB ne soit déterminée par le virus syphilitique^ ou qii|eUe n'ait été précédé^ d'éry sipële dans des endro4% on le périoste est voisin de l'organe cutané , par exemple à la tète, au dl^ia. Aloi:s aussi I^ violence des doyjeurs , L'intensité de la flèvrç et la gravité des syçjptômes aiyio^cent q\l'indépenda^^^eht de raffection de \a peau, il existe un. mal plus profond
§. 654* L'épiphjlogose a d'autres cai^açtères; eUe peut 9x^ter à l'état aigu et à Vétat chronique : dans )e preo^ci* cas, le périoste e$t plus épais, plus dense, d'ufte couleur rouge, et ofi[rç des s^ignçs marqués, de sensibilité. Tel ?st ei^tre auiresi son aspect \ovs de la formation du çal et pendant le travail organique qui a pour objet la régénération de l'os après la nécrose. Alors aussi le périoste est manifestement injecté, gonflé et abreuvé d'un fl^ide gélatineux , gluant et roiigeàtre, siisceptible de se coagulei* et de subir des Q^éiaB^orphoses organiques.
Ds^s d'autres circonstances le périoste est affecté ^épiphlogose spontanée, c'est-â(-dire sans avoir été précédée de fraotuf e ou de nécrose. Ici epcore Tépiphlogose ne trahit pas sa nature. Essentiellement desûoée à produire une matière organisée, OK la voit former uif tissu osseux nouveau, qui encwAlp l« ûs^H primitif et fait naître 4ps végétations osseuses, <}ue nous décrirons plus tard. ^
Lprsque l'épiphlogose est cbi'onique , 1^ périoste
épaissi est dW tissu plus dense que dans le cas pré" cèdent, et offre quelquefois une dureté coriace ou un tissu ligamenteux. Son adhérence à l'os est très* forte, et lorsqu'on l'en détache, on aperçoit à la surface de ce dernier un grand nombre de sillons longitudinaux , qui donnent à sa substance corticale ou compacte une apparence fibreuse, pareille à celle des os de fœtus. Néanmoins cette même substance n'est devenue ni poreuse, ni réticulaire. Les vaisseaux de ce périoste ne sont pas visibles sur le cadavre, à moins qu'on ne les ait injectés. Alors on trouve une infinité de capillaires dont la direction correspond à celle des sillons dont je viens de parler. §. 655. A l'état d'hyperphlogose le périoste est encore épaissi, mais en quelque sorte fongueux et de la consistance d'une membrane muqueuse. C'est ainsi qu'on le trouve quand il est en contact avec im abcès et qu'il fait partie de ses parois; c'est encore ainsi qu'il se présente quand il s'est amassé du pus entre lui et l'os. Dans ce cas il a changé de nature et de fonctions : au lieu de fournir une lymiphe plastique et organisable , il sécrète une matière nuisible, propre à attaquer les parties avec lesquelles elle est en contact Peu à peu la maladie fait des progrès, l'os finit par être érodé, et le périoste vamoUi, usé et détruit
Je ne Connais point de cas de métaphlogose du périoste; je ne crois pas même qu'il puisse s'en rencontrer, par la raison que, par sa nature fibreuse, cette membrane n'est pas susceptible de la contracter.
§. 656. Le périoste, insensible dans l'état de
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santé, acquiert par rinflammation une sensibilité très-vive y qui se manifeste par des douleurs et des phénomènes sympathiques plus ou moins fâcheux* Ces derniers sont d'autant plus à craindre que la périosûte occupe un endroit peu éloigné du cerveau. Philippe Cr4Mpton ^ raconte le cas d'un jeûna homme de quatorze ans , attaqué d'un érjsipèle du nez, et qui mourut le douzième jour de la maladie avec les symptômes d'encéphalite. La dissection du cadavre fit voir le périoste qui tapisse les os propres du nez et le coronal^ plus épais que de coutume et d'une couleur rouge foncée. Il s'était décollé de ces os, ainsi que de. ceux de l'orbite; une matière purulente verdàtre s'était amassée entre lui et ces os: le cerveau était injebté, et une portion de la pi^ mère était dans un état de suj^uration , précisément à lendroit qui correspondait à une portion de la dure-mère épaissie et de couleur livide; les ventricules du cerveau contenaient une once et demie dç sérosité.
Dans cette observation la périostite s'était vrabsemblabiement propagée à la dure -mère, qui fidt fonction de périoste interne, et l'inflammation était d autant plus fôcheuse qu'elle était du genre de l'hyperphlogose.
§. 657. L'épiphlogose ne détermine pas des accî-» dens aussi funestes, quelque fortes que puissent être
les douleurs qui l'accompagnent, parce que par son
1 7%tf Dublin hotpital reports and commun, in Med, and Suw^g«Cr; t. 1 y p. 3Si« — S^tifiwiLauserL jébhamiL, JB» 27, 6**71 o«
essence nièiiie elle Ëiit naître une altéfotion de tissa , oa lin notrreau produit dont la présence ne retenût pas dans toute l'économie aussi profondément Cesi ée qui paraît prouvé par le cas suivant.
'Une femme de trente- deux ans (ut fi^ppée avec fan tire-botte ^lir le côté gauche de la tète; elle n*en ressentit .qu'un étourdissement momentané; les parties molles VaTaient pas été lésées, et la santé de cette ftnime ne (ut pas sensiblement altérée. Ce^ndant, six semaines après l'accideiit, il se forma à rendrôît'frappé une petite tumeur tdoidoureuse; la tlôuleur augmenta peu à peu et (ut accompagnée de tnaux de tête, de maux d'estomac' et d'insomnie. tlus tard la malade eut tm accès d*épUepsie, qui enti^îna' une paralysie du bras droit, et une diffidoRé ^e parler. Admise à l'hôpital six mois après son accident, €Île se plaignit d'xme douleui'îde tout le côté gauche de la tête; les traits de la face exfjrfmaitnt xme' violente' souffrance, le bnls droit élâat attropfaié et les doigts spasmodiquement contractés; la station était presque impossible; la parole dSffièSle; le corps émainé; l'estomac rejetait les àllmèns,'et le Vètfrtre était ô'piiriàtrëmèAt ressetré. Un sedôifd acCè^ d'^lepsie* eut' lieu le jour de Sôlï entrée à* l'hôflilâl. Le milieu du pariétal gauche offrait une tumeur ^du vo- Mihe'd'ùhe^'iîbix : elle était dûteà sd circoriféteuce , mais'hiollef et' élastique dfelns son centre, et apercée 'd'une '|)etite ôuvcirtufe qui pei^mettaat l'intrôducition -de 4a sonde jusqu'à- l'os. -A4a feveur -rfune -incision •que l'on jugea nécessaire, on reconnut que la tuilieur était formée par le- péricrâne, lHqiiel était
ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. .8.y
changé en un tissu fibreux, très-vasculeuz, extré* njieniçnt sensil^le et intimem^ent adhérent à Tes ; La peau du crâne offrait le même changement de texture. On appliqua de suite une couronne de trépan: la,portipn d'os çnleyée était raboteuse; la dpre-mèt;e saigj^t abondamipept Neuf jours ce passèrent dans, des accès alternatifs de délire , de coma çt de con- .?u^9ions; ^e infUmmation érysipélateuse survint aux. ^Y^^9,^^ dejla plaie; enfin, ^près. ji^ne cppjieiu^e suppuratipn de celle-ci et^ Texfoliation d'une portion de la dufe-mère, la santé die cette fenyne se rétablit parfaJLteai^t,.et elle; sprtit de l'hôp^t^l après un mojjs de convalesp^ce, et ^jf nt repris Tu^ge de son bras droit. *
L'i^we. de. cette maladie , n'eût pr^bablemei^t pas été aussi faYorable , si. Vépiphlogose s'était convertie en byperpj^gose, et si el^e avait déterminé dans le .péi;^oste une suppurfttion qui se. fût communiquée aux méninges et surtout à la pie-mère.
§r 61^. U y a des Régions du copps sujettes à^oins d'accidens, lori^qu'ils sont le siège <^'upe épîplj\liy^go§e du périoste. T^le çst part^cuUèi^Q>!^^ ]^ ffi^^^ter^e du t\l>ia. L'auteur, que j'^i cléjà pité ,^ i^afjpp^e à ce sujet plusieurs 9J|;»^ry;r^ons j^té^ps^teis. ^
Un jeune houAqie^e vingt ^.f^q ans (ut attaqué d'ope douleur çxtréme à la face interne au tibia droit, $aii8 . tuméfaptiqn, et sans changement de couleur à h, peau ; il ét^^it en outre affecté d'une fièvre pério*
1 Philii>^s Champtov, SammL au$etles, Ahhanài^^ loc. oiUy p* 793.
a Même onvrage.
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dique. On pratiqua successivement trois incisions longitudinales sur l'endroit douloureux et jusqu'à Tos. La douleur, qui avait été momentanément apaisée par les deux premières , ne fut entièrement éteinte qu'à la troisième. On trouva le périoste épais de trois lignes , d'une consistance cartilagineuse et d'une grande sensibilité.
Dans une autre observation, une dame de vingtcinq ans portait au tibia droit, deux pouces an-dessus de la malléole, une tumeur très-douloureuse, longue de trois pouces , molle et élastique , sans changement de couleur à la peau, mais avec une légère infiltration séreuse du* tissu cellulaire souscutané. L'application réitérée de sangsues affaiblis- . sait considérablement la malade sans lui procurer le moindre soulagement L'incision seule, pratiquée jusqu'à l'os, amena une cure radicale : on trouva le périosi*e épaissi et semblable 9 ime expansion ligamenteuse.
Un troisième cas, également instructif, est encore rapporté par le même auteur; c'est celui d'un jeune homme de vingt-six ans, qui portait à la face interne de l'un des tibia (il n'est pas dit lequel) une tumeur diffuse extraordinairement douloureuse au toucher. Le malade, qui n'avait pas dormi depuis douze nuits, raconta avoir déjà éprouvé une semblable douleur au même endroit deux ans auparavant, pour laquelle on avait appliqué des sangsues et le vésicatoire inutilement. Un caustique lui avait procmé un peu de soulagement après avoir déterminé une légère suppuration, mais l'accès ne fut entièrement
^Sssîpé qu'après la sortie d'une pethe esquille osseuse. Cette fois le chirurgien consulté fit une incision de trois pouces qui pénétra jusqu'à l'os , non sans occasioner une grande douleur : rhémorrhagie fut abondante, mais la douleur cessa la nuit même, et la guérison se fit en peu de temps. Néanmoins l'année suivante le même accident se reproduisit au même membre, mais un peu plus bas. Le même traitement fiit une seconde fois couronné d'un succès complet
Dans ces trois cas le chirurgien ne rencontra aucune trace de matière purulente, ni au-<lessus ni aa-dessous du périoste.
Le périoste des phalanges des .doigts offre encoi;i clés exemples d'inflammation intense dans la maladie qui constitue la quatrième espèce de panaris. L'inflammation y est constamment portée au degré d'hyperphlogose.
§. 659. Il résulte de tout ce qui précède, que la périostijLe est une maladie plus fréquente qu'on ne le pense : qu'elle existe, par exemple, dans les cas où les malades accusent des douleurs fortes et profondes des membres, douleurs qu'on qualifie de rhumatismales; qu'un des moyens de guérison consiste dans une incision des parties molles et du périoste enflammé; que lorsque l'inflammation se dissipe spontanément, après avoir long-temps résisté aux moyens de l'art, il est probable que le périoste avait été affecté d'épiphlogose, que ce mode d'inflammation avait altéré le tissu , et que c'est la vraisemUablement l'origine des végétations osseuses
^ LirR£ n.
qu'onrencontre$i fréquemmentsurlasuffitcedesofi*
§. 660. Quaotà'la douleur quiiaccompagoe la
périosiite, le 'déyeloppefneot de Ja ^nsibilitéi tient
-8a«8 doute à Tacte même de . rinflammatiop ; rgaais elle dépend >bien4sertainement aussi du peu d'extensibilité de son tissii et de son intime connexion aTec
'les os; i^rconstances qui rempèchentde se. prêter au mouvement expansif et de raréfaction que, dans
• mon opinion, l'innervation Eût naître constamment dans les tissus avant qulb ne devienn^t le siège de
' rinflammad on.
§.661. La cause laplus fréquente de l'inflammation du périoste est le virus syphilitique;. elle prexd
«àlors'la forme de la phlogose, s'annonce par des doilleurs sourdes, et qui ont ceci de particalier qu'elles sont périodiques , et qu'elles se déclarent ordinairement a la pointe du jour. Les, parties affectées sont très -sensibles à la pression, comme on peut s'en convaincre en comprimsMit • fortement même les os situés profondément On observe, plus
' tard 'de Tinsoipnie, de l'amaigrissement, avec fréquence et petitesse du pouls, phénomènes qui dé-
- pendent moins d'un mouvement fébrile proprement ^t, que d'une irritation nerveuse
Lorsqu'après la mort on examine les os affectés» on trouve le périoste pluà épais et plus vasculeux qu'à l'ordinaire; la surface de l'os qui \ui corr^popd , n'a plus cet aspect bleuâtre et lisse qui la caractérise. Cette même /surface n'est point inégale, mais un peu raréfiée et. légèrement spongieuse. Du reste rien n'est épanché entre le périoste et l'os , et ces deux
ANATOVIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE» Ql
palliés adhèrent Fune à l'autre à la manière ordinai^. Lorsqu'on soumet ees os à la dessiccation , ils offrent êes endroits où ils 'ont perdu leur couleur et leur aspMt natures, et où des taehes foncées alternent avec des taches blanches :• cette différence de eouleOr se remarque surtout aux os longs et à leur partie moyenne, quelquefois, mais rarement , aux os spongieux, notamment aux vertèbres.
A cette occasion on a élevé la question de savoir si la màladf6 avait commencé par' le périoste ou par Fos. HuNtër prétendait que l'os était* primitivement affecté. ^Cependant,' si \>n fiftt attention ausi^ge des douleurs et aux dila>gemens ' organiques qui arrivent au périoste, on ne peut- guère se refuser de revendiquer pour celui-ci la priorité de la maladie.
On a signalé quelques particularités sur la phlogose du péricràne chez lessujets syphilitiques. Cette maladie e^t* quelquefois' extrêmement passagère : le BialKde à son'réveU sent des inégaKtés, <]es bosses 9irperfici(41es , douloureuses au toucher y^qnelquefois accompagnées 'd^&ne' rougeur circonscrite. D'autres fois au contraire l'affection marche ^lus lentement, elle est plus opiniâtre et •occupe une plus' grande partie du crâne. 0n a vu dans ces cas le péricràne épaissi -jusqu'autour des trous qui livrent passage aux nerfs du cerveau, et la compression 'de ceux-ci produire tâoitôt'des douleurs, tantôt des par&lysies dans les parties auxquelles ils se distribuent' Convenons pourtant que cet état du péricràne n'est pas toujours le résultat d'un principe syphilitique, puisque, dans'les collections de pièces préparées où l'on
peut comparer des crânes de sujets vénériens avec *^ceiix d'individus blessés à la tète, on a trouvé cheK les uns et les autres le périoste ^aissi; mais on ne découvre aucune différence apprécîaUe dans cette espèce d'altération.
§. 662. Eriste-t-il une inflammation du périoste interne? Cest une question sur laqudle je reriendrai en traitant de l'ostite de la partie spongieuse des os, et que je résoudrai par l'affirmative. On sait d'ailleurs que le périoste interne se charge du travail qui a pour but la régénération des os y dans les cas où le périoste externe et une partie de la substance osseuse elle-même sont tlétruits ; et ne faut-iL pas pour cela qu'il s'enflamme?
ARTICLE SECOND
De la périosiose.
§. 663. Ce nom de périosiose exprime diverses espèces de tumeurs, qui difi^rent les unes des autres par leur consistance, leur nature, leur marche, leurs terminaisons et leur mode d'origme. Les unes sont formées d'un fluide épais et comme sirupeux, d'autres sont des masses dures et cartilagineuses, d'autres des tumeurs très-susceptibles de s'ulcérer, d'autres enfin des substances sarcomateuses disposées à se ramollir.
§.664. Les périostoses gommeuses, appelées aussi gommes y sont des nodosités^ situées particulièrement sur les surfaces osseuses, couvertes seulement par la peau : telles que le crâne et le tibia ; cependant on les observe aussi aux os du coude , du rayon , aux
AHATOMIE PATHOfiOGIQtJE SPÉaALE. gS
tôtes et aux ckvicules. Leur volume varie depuis celui d'un noyau de cerise jusqu'à celui d'une noix, et même d'un œuf de poule. Leur contenu ressemble, quant à la consistance , à un mucilage de gomme arabique demi-liquide, dont la couleur est rougeâtre et semblable à celle de la gelée de groseilles. Leur siège est, ou dans le tissu du périoste même, ou plus souvent entre, cette membrane et l'os ; celui- ci cependant n'est point érodé : sa surface ^t assez lisse et un peu fongueuse. Chacune de ces tumeurs est exactement circonscrite , et quand il y en a plusieurs sur le même os , comme par exemple sur ceux du crâne , elles ne sont point confluantes , quelque rapprochées qu'elles soient, ce qui donne à une surface osseuse d'une certaine étendue un aspect bosselé.
Quant à la structure intime des parties malades, j'ai trouvé que le périoste n'offre point de changement particulier ni dans sa texture, ni dans sa couleur; seulement le tissu cellulaire qui lui est appliqué extérieurement, est un peu infiltré de sérosité. Le fluide épanché est sans odeur et sans saveur, et n'a aucun caractère d'acrimonie.
Relativement aux symptômes qui les accompagnent, ces tumeurs sont ordinairement précédées de douleurs fixes plus ou moins aiguës , ayant la marche et les caractères des douleurs vénériennes, et se £dsant sentir plus vivement la nuit. Quelle est la raison de ce phénomène? Ne tient -elle pas à la périodicité imprimée à l'action du système nerveux? et ne prouve-t-elle pas que la névrosthénie est en jeu dans cette maladie ?
g4 LIVRE IX.
§. 665. Une seconde espèce de pémo$IOjse,.qpi se. présente sous une tout autre forme que l^s t^om/eurs gommeuses^ se distingue par sa dureté et sa. coQsis* tance. D'abord d'un tissu fibreux , elle dégénère en tissu fibro - cartilagineux et enfin en tissu osseuj^f en suivant par conséquent les phases de l'ossification naturelle. Quand on divise avec la scie un os affecté d'une pénostose de l'espèce dont il s'agit, qu observe qu'une masse osseuse d'un, tissu réûculaire s'est dévdU).ppée entre le périoste et Xo& hii-mème, et a contracté des adhérences avec l'un et avec l'autre. \
Cette périostose» à laquelle Astlsy Coopsr a doiw&é le nom â^exosiose pdriostale coiîtUagineuse^ y se développe particulièrement aux os lo^gs., et notgfflo^ ment aux sur&ces interne du fémur etantéfieiu^e dn tibia; elle s'accrcHt lentement, n'est poiuit accompagnée de douleurs intenses „ et no proiiuit point d§ cachexie. Les causes qui la détemûn^nt, sont n^toins des vices internes et des principes CBorbifiques»» que des lésions externes fiiites par des Qorps contandanSn
§. 666. Si la périostose fibro-cartilag^euse n^a aucun caractère de malignité, elle peut rester toute la vie dans un état d'indolence complet, et sians apporter d'autre trouble dans l'organisme» que celui qui dépend de sa position et de la gène qu'elle oc^ casionne dans le mouvement des muscles.
Il n'en est pas de même d'une troisième espèce de
»i» Il ■»
I Œuvres chirurgicale^ d^AsTLpr Cooper et Bsnj^ifiif Tra- TBES, traduites en français par Brrtraitd. Paris> t. i.*^ pi. c)« fig. I.'*, 5 et 6.
a L. c. 9 p. 383 et suiv.
ANATOMIE PATHOM>GTQVE SPÉOALC. g5
périOëto$e,qtii'consiste dansuâe tumeur charnue, dé* v&lo[^>ée dans Tépaisseur même du périoste : celle-ci, d'un volume variable, d'une cousistatlce de la glande prostate, d'un aspect homogène, reste peu de temps dakis un état d^ndôlence. On remarque au contraire qu'il s'établit en elle un travail inflammatoire, au* quel participe bientôt d'une part la peau, si la tumeur est superficielle, et d'autre part l'os avec lequel elle est en contact : celui-ci, quand on l'examine après l'ablation de la tumeur, offre un grand bomk bre de siHons longitudinaux et parallèles, consti* tuant un état maladif que je décrira» pluis tard sous le nom de raréfaction fibrillaire corticale. Quant à la peau, elle contracte des adhérences intimes avec la tumeur, s'enflatnme avec elle, et bientôt il se forme un abcès qtii s'ouvre spontanément dans un eu plusieurs points, et qid laisse échapper une quan^ ttté médiocre' de pus, mais dont l'issue ne produit presque pas d'affaissement dans la tumeur.
§.667. Enfin, il existe ime dernière espèce de pé*riostose, dans laquelle le tissu du périoste et le tissu cellvdaire qui correspond à sa surface externe sont transformés en une substance homogène, blanch&tre Ou grisâtre, pâteuse, assez compacte, dont la coupe ressemble assez bien au tissu d'une glande lyrnpha-' tique engorgée. Cette substance est susceptible de se ramollir, et de recevoir des vaisseaux sanguins que l'on peut injecter ; elle dégénère même en matière cérébriforme, que Béclard ^ considère comme
1 Élémcus d^anatomie générale, p. 449*
une production cancéreuse. Ayant observé moi-même cette dégénérescence sur un sujet chez qui elle avait été prise pour un abcès profond, je n'ai pu y reconnaître une nature maligne, car la plaie qu'on avait pratiquée pour l'ouvrir, s'est promptement cicatrisée.
C'est au reste cette sorte de périostose qu'AsTLEY . CoÔper ^ désigne sous le nom ^exosiose périostale fongueuse y et qu'il décrit comme une tumeur lobuleuse, composée d'une substance blanche, en quelque sorte élastique, mais alternant avec une autre plus molle et plus vasculeuse. Quant à sa nature, il lui attribue un certain caractère de malignité, puisqu'on la remarqué sur des sujets dont la constitution a été altérée, que son accroissement est assez rapide, et qu'elle est accompagnée de douleurs qui coïncident avec les progrès de la maladie.
Une disposition particulière. qui appartient à la périostose dont il est question, doit encore être signalée; ce sont des végétations osseuses de forme différente, mais le plus souvent fibrillaire, et qui pénètrent plus ou moins dans la substance dont la périostose est composée. Ordinairement ces végétations, dont il sera parlé ailleurs, sont noires, et portent toutes les traces de la nécrose.
§. 668. Il suffit du plus léger examen pour reconnaître une notable différence entre ces quatrç espèces de périostose. La première consiste en une simple collection d'un fluide visqueux sans altération des
Àf^ATOMIfi PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 97
{launies avec lesquelles il est en contact; la seconde^ en une tumeur fibro- cartilagineuse , dégénérant en tumeur osseuse et s'idetitifiaht peu à peu avec l'os ltti4néme; la troisième « en ime masse susceptible de s'ulcérer ; la quatrième , en une substance d'abord dense, mais dégénérant en matière cérébriibrme. Ot^ en réfléchissant sur ia formation de ces quatre espèces de périostose^ on peut assigner à chacune une cause efficiente particulière ^ et qui consiste^ du moii^s pour trois d'entre elles , en ces modes d'inflammations que nous avons si souvent signalés^ C'est ainsi que :
1 .^ La périostose gofaimeuse est due probablement à là phiogùse du périoste, dont le produit est cons«tamment un fluide plus ou moins séreux;
^.^ Que la périostose fibro - cartilagineuse est le résultat de V épiphlogose ^ dont la tendance naturelle est de former une substance organisable;
3.^ Que la périostose ulcérée est toujours l'ouvrage de ï hjrperphlogose » qui seule détermine la suppuration ; et qu'enfin
É^ ïjà périostose fongueuse est évidemment une matière héiéropiasiifue ^ mais qui ne parait pas d'une nature aussi f&cheuse quç la substance cérébriforme ordinaire. Peut-être découvrira- t-on un •jour que chacune de ces causes prochaines dépend d'une cause éloignée spéciale et sui generU*
it.
g$ LIVRE II.
ARTICLE, TROISIÈME
De Vostite,
§. Wè, Malgré <i'assez nombreuses observatioiis relatives à rinflammacion des os, recneiliiès dans ces •derniers temps, on peut dire que nous naanquons encore de faits <]ui en constatent bien l'exisccaice, et qui nous la présentent avec tous les caractères des inflammations des autres organes, savoir : la roo* geur, la chaleur, la tumeur et la douleun
Ce n'€st pas qu'on ne rencontre souvent sur le vivant une partie de ces symptômes : des malades ressentent une douleur très-vive dans l'intérieur d'un os; celui-ci se gonfle, et la main qui j est appliquée éprouve une chaleur consîdéraUe; mais y avait-il dans ces cas une fluxion sanguine bien prononcée dans l'os lui-même? son réseau capîlkins était-il richement injecté? s'y montrai t-41 de la mêœ manière que dans d'autres parties Manches enflammées, comme par exemple dans les meinbranes séreuses? Cest ce que les recherdhes <]es anaiomistes n'ont pas encore vérifié. Tavoue que quelquefois la substance osseuse m'a paru plus ro«ge qu'à Tontinaire, comme si elle avait été faiblement rougie par la garance; mais le périoste n'était point injeo^, de sorte que je doute encore si, dans ces cas, j'avais sous les yeux une véritable inflammation osseuse. Je suis persuadé que je l'ai rencontrée sur le vivant , et sur de jeunes sujets dont le tibia, le fémur, ou l'humérus , ou les os de Tavant-bras étaient attaqués d'un gonflement considérable : en embrassant ces os
ANATOMlE t>ÀT&OtX»GIQtTE SPÉCIALE. 99
•?ec la uudn, je ressenuiis unt chalenr brâlanie, et f oocaflioimaU de k douleur en les comprimant Or» ces os éuient «i durs que je ne pouvais pas attribuer leur {gonflement à une tuméfiMrtioa dn périoste seul; je juijcaU ea conséc|ttcnce que la .substance osseuse tUe*mtaie étstt tuméfiée par suite de TinjecticMi des vsissetiix innombrables qui la pénètrent, et qui, dis^ tendus par Is sang, écartent les fibres osseuses epm lesquelles ils sont placés. De plus , ces os revenaient à leur état primitif par l'effet d'un traitement antipUogistique, et après quelques mois de maladie. Dans l'un de ces t^as, où le chirurj^ etmoi crumei reconaaUre une fluctuation sourde sous le fascia* kia^ une incision loo^uidinale fia pratiquée jusqu'il i'osy mais il ne se présenta à la phie queia aubstance iDcéphaloide d<mc j'ai parlé à l'article pfeécédffit; fos cpnacrva tout son volume; la pkde des parties BioUes se referma, et ce ne fut que deux mois aprèp ^ le pnenùer revint à son état naturel Le malads iisît un garçon de treiae ans, aciaqué depuis quel- <)aes sennînes d'une fièvre lente.
§. 610. Lorsqu'après ime fraetare il s'établit usi travail organique, ayant pour bot la sécnétion àa eal, on a constaté, par des expériences multipliées sur ks animaux v«?ans, qtf'outre le gonflemient ^ ïi&fikiation du périoste «t des parties molles envinonoant la fracture, il existait un certain mmoUiatem^at des fmgmens osseus, la disparition de leurs an^ et de leurs aspérités, cpnséqueownent un tra* ^ organique dans le tissu osseux lui-même, et qui, ^caractérisé par l'eKalutîan /de la vitalité , ^mérite à
lOO LIVRE II.
juste titre d'être qualifié d'inflammation, <|uoiqu'oit ne puisse y apercevoir les phénomènes physiques propres à l'inflammation des parties molles.
§. 671. Dans la production d'une certaine espèce .de carie 9 l'os est réellement affecté d'inflammation, et même dans son degré le plus élevé, que nous avons appelé hypèrphlogose, comme le prouvent la rougeur de cet ulcère et l'état d'injection de la toile fine et déhcate qui en tapisse toutes les cellules.
Eînfin, dans le cas de régénération des os, ce n'est pas seulement le périoste externe ou iiiteme qui est chargé du travail réparateur, mais aussi les lames de l'os restées saines. Or, comment s'acquitteraient-elles^ de ce travail, si elles n'étaient point affectées d'une ji^éritàble épiphlogose ? " *■
§. 672. On ne saurait donc se dispenser d'ad* mettre une véritable inflammation des os, non qu'elle se manifeste par les signes ordinaires de l'in"* flammation des parties molles, tels iqu'une vive rougeur el une vascularité évidente (comment poiirrait-pn le prétendre?); mais if par un développe^ ment sensible des vaisseaux du périoste externe et interne, et de deux qm rampent entre les lan^ et les fibres de la substance osseuse; 2.^ vraisemblablement^par une injection des membranes «^ui, suivant HowsHjP, tapissent les canaux osseux; 3.^ par une aetiyité exaltée de tout cet appareil vasculaire, dont l'effet eàt tantôt de sécréter uHe lymphe phstxque ,: destinée à r^Eiarer ce qui a été détruit, et tantôt à éroder ce qui est. devenu le siège d'une irritatioa spécifique. Nous Tetrouvons doao ici deta modes.
d'inflammation bien distincts, et par leur caractère et par leur effet. Toutefois Tun succède fréquemment à Fantre : c'est ainsi que la cicatrisation , dans les cas de carie, ne peut s'établir qu'autant que l'hyperphlogose est ramenée à lepiphlogose; c'est ainsi que le travail du cal et celui de la régénération des os est troublé, Iqrsque c'est Thyperphlogose qui succède à l'épiphlogose. La métaphlogose n'est point possible dans la substance osseuse, parce qu'elle exige la présence d'un tissu lâche et abondamment pourvu de vaisseaux sanguins, susceptibles d'être dilatés outre mesure, et de laisser transsuder par les exhalans le sang dont ils sont chargés.
§. 67S. Tout ce que je viens de dire ne s'applique à proprement parler qu'à l'inflammation de la substance compacte des os, qui, difficile à constater, a été le sujet de fortes contestations; car pour ce qui concerne l'inflammation de la substance spongieuse, les avis sont beaucoup moins partagés, parce que l'existence de la maladie est plus facile à constater. Ainsi, j'ai pu reconnaître cette espèce d'ostite dans des cas de tumeurs blanches de l'articulation du genou. Non-seulement }'ai vu le périoste externe des extrémités articulaires plus injecté, et ces extrémités plus gonflées, mais leur tissu spongieux plus rouge et le suc médullaire, comme je le dirai plus bas, altéré dans la composition, et approchant pour la consistance de la partie fibrineuse du sang. U y a plus; il m'a paru que l'inflammation de la toile médullaire, tapissant les cellules du tissu spongieux des os, était susceptible de se terminer par suppu-
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ration t sans l'intervemioii d'auciine éroâon, et qali rinstar des membranes muqueuses elle pouvait sécréter une humeur puriforme ; du moins ai-)e trouvé cette humeur dans des parties de Tos asses éloignées de r^idroit carié.
Au reste, les expériences fiâtes sur les ammauxvi* vans confirment les observations des patholo^tes concernant Tostite de la substance spon^euse. Un petit morceau.de pierre infernale, introduit dans le tissu réttculaire du condyle interne du fémur d'un chat 9 y a produit une violente inflammation, a attaqué dans une grande étendue le périoste interne, et a donné au suc médullaire une couleur de sang trés-foncée ^ D'autres expériences, Eûtes dans la vu« de déterminer une inflammation dans les cartilages des cotes, n'ont eu aucun succès quant à ces carti* lages, mais ont enflammé les noyaux osseux qu'ils contenaient. ^