‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 13 sur 88 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Du gonflement des os ou de Phypérosiose.

Je comprends sous ce titre deux genres d'altéra-*- . tions bien distinctes : l'une consiste dans l'augmen* tation de masse ou de densité du tissu osseux; l'autre dépend de la raréfaction de ce même tissu. Je nomme la première ostéosclérose; je désigne la seconde par le nom d^ostéoporose. Un troisième genre est celui dans lequel il y a tout à la fois augmentation de

.1 AvTBHKiETH et DoERiTER 9 De grat^ior. quibusd, cmrtiL j/nutat, Tuhing., i^gS, pag. 3i.

9 Ihlâ.yf^^. 35.

▲NATOMIE PATHOlOGIQiTE SPÉCIALE, loS

masse €t augmentation de volume : j'appelleraî celuici osiéaspongiose ; c'est la maladie généralement coxinœ sous le nom de spinu ventosck

Ces trois genres, l'ostéosclérose , l'ostéoporose et rostéospongiose , peuvent attaquer toute l'épaisseur d'un 06, ou bien n'envahir qu'une portion de cette même épaisseur; ce dernier cas constitue l'hypérostose partielle ou locale, décrite sous le nom élexas^ iose dans tous les traités de maladies des os.

ARTICLE PREMIER

De ïosiéosclérase.

§. 674. Dans Tostéosclérose les os, indépendamment de leur augmentaticm de volume , acquièrent dans toute leur étendue ime induration , une con^ pacité telles qu'ils deviennent bien plus pesans que dans l'état ordinaire. Cette augmentation de masse se &it dans leurs deux substances, dans la compacte comme dans la spongieuse. La [H*emière prend , surtout aux os plats , ime figure irrégulièrement bosselée ou mamelonnée, qui donne à leur surface externe un aspect ondulé. La seconde disparait entiè> rement; ses cellules se remplissent d'une matière osseuse, alors il ne reste plus de diploé dans les os du crâne, ni de cavité médullaire dans les os longs; le cjKndre creux de ceux-ci se convertit en un cy- Kndre plein.

§. 675. Examinés à l'état frais, les os qui offrent cette maladie sont revêtus d'un périoste épais , peu injecté. Quand on le détache de la surface osseuse à laquelle il adhère» on voit qu'il pénètre par de&

104 IrIVR£ IL

espèces de proloi^gemens dans des anfractuosités qui la sillonnent^ c'est ce qu'on remarque surtout aux os longs, tels que le fëmur , le tibia, etc.: sur les os du crâne ces sillons sont moins, profonds, et on ne les voit qu'à la table externe.

§. 676. On ne saurait croire à quel degré de vp-*. lume et de dureté peuvent parvenir les os de la tète, quand ils" sont frappés d'ostéosclérose. Sandi-^. FORT ^ donne des détails curieux sur un crâne extrè*^ mement épais, dur et compacte, qui se trouve dans le cabinet de Leyde. Rtbell ^ décrit une tête d'homme adulte, laquelle pesait huit livres et quart (poids naturel, une livre et quart à deux livres); la mâchoire inférieure seule était du poids de trois livres et demie. Cette maladie avait commencé à se manifester à 1 âge de douze ans; elle avait attaqué d'abord les apophy^ ses montantes des os maxillaires; à lage de quinze ans elle avait acquis un développement tel que, . pressant fortement les cartilages du nez l'un contre l'autre, elle s'opposait au passage de l'air par les fosses nasales. C'est alprs que la. mâchoire inférieure commença à se développer uniformén^nt dans presque toutes ses parties; mai$ les condyles et leur col conservèrent ii peu près leurs dimensiops naturelles. Les os maxillaires supérieurs, les parois orbitaires, eic*. cepté la voûte, les fosses nasales en arrière et en avant, participèrent à ce surcroît de nutrition. Les yeux, chassés des orbites, rendaient la vue courte et

1 £. Sakdifort, Mus. anat. acad. Lugâ. Bat., t, i > p. i4i % Ub. XIII, fig. 3, 4, 5.

!^ Dissertation sur les exo»toses. Paijs, i8a3 ; avec fignre^^

ANATOHIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. lo5

pénible. La voûte paJatine, devenue convexe dans toute son étendue, gênait les mouvemens de la langue, et par conséquent l'articulation des sons. Les 05 de la pommette , les arcades zy gomatiques s'accru-» rent avec la même rapidité. Le coronal, les pariétaux, l'occipital, étaient parsemés de petites émi* nences osseuses; la sur&ce interne de ces os était lisse, aussi le malade jouissait-il de toutes ses fonctions intellectuelles. U mourut à l'âge de quarantesix ans de péripneumonie chronique. A la dissection de la face on ne put distinguer les muscles de cette partie; leurs faisceaux charnus avaient pris un as« pect fibreux, et étaient confondus avec le tissu cel-* lulaire et le périoste. Tous les os du crâne et de la face étaient d'une dureté remarquable et d'une teinte jaunâtre. Les os maxillaires supérieurs et la mâchoire inférieure étaient les plus difformes, et présentaient réellem^it un aspect hideux ; mais leurs bords alvéolaires n'étaient point affectés. Les autres os du squelette étaient remarquables par leur extrême ténuité.

Jadelot 1 a trouvé à Rheims, à quinze pieds sous terre , une tête qui pesait huit livres. L'épaisseur des os du crâne variait de neuf lignes jusqu'à un pouce et demi. Le diploé était d'un tissu plus compacte, que les deux tables elles-mêmes. Les sutures étaient presque toutes effacées, néanmoins tout annonçait que cette tête avait appartenu à un jeune sujet.

Ilg^ a pubhé, dans une monographie, la descrip-

1 Mémoires présentés k rinstitut, toub a, pag. 336.

3 Einige anat. Beob. enthalt, einen Bericht. d. zeitherig. Lehre

106 LITRB II. •

tion anatomique d'tme tète eztraordblaîrement toIu^ mineuse et pesante : c'était celle d'une fiUe morte à vingt-sept ans. Le poids de cette tète, non couvris celui de la mâchoire inférieure, était de cent ringt onces , et excédait par conséquent sept fois le poèds ordinaire de cette partie du squelette. Son diamètre antéro -postérieur était de sept pouces et demi; le transversal de dix pouces ; la surface externe de la calotte osseuse, inégale et raboteuse, était semblable à l'écorce de certains arbres , et percée çà et là d'o« rifices pour le passage des vaisseaux. Les sutures étaient effacées. L'épaisseur de ce crâne varbit de neuf lignes à deux pouces. La portion ori>i taire des os frontaux , qui dans l'état naturel est mince et presque transparente , avait neuf lignes d'épaisseur. Le corps du spkénoïde était le seul os qui fût exempt d'un épaississement aussi considérable.

Cette augmentation de volume s'était &ite aux dé* pens de la cavité iiiteme de la tète, dont le long diamètre avait cinq pouces deux lignes, le trans^ versai quatre pouces huit lignes ; les allons qui logent l'artère méningée moyenne, étaient plus profonds et plus nombreux. Tous les orifices qui livrent passage aux vaisseaux et nerfs , étaient considérableçient réirécis; le grand trou occipital était réduit de moitié ; les trous sphéno-^pineux avaient seuls conservé leur calibre.

Les os de la face étaient aussi singulièrement gonflés et épaissis, et comme cette partie de la tète était

v. </. Sehnecke, nebst einer anat. Belehr. eines duroh ausserorâ^ Knoehenwuehses sehr merkw» Schàdels. Prag, iSaa.

ÀNATOMIE PATH0L06IQTTE SPÉCIALE. 107

brisée, on n'a pu peser que quelques-uns des os qui la composent I/os i^gomadque avait un poids d'une once cinq gros etvingt grains (poids naturel, un gros). Les os ungttis avaient la forme d'un cube; le poids d'un seul dé ces os était d'un gros quarante -sept grains (poids naturel, un grain). Le vomer était quatre fois plus épais que dans l'état ordinaire.

' Le tissu de ces os était si dur qu'il ressemblait à la défense du morse (trieheeus).

Ia personne à laquelle avait appartenu cette tète, avait joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de dix ans, et était remarquable par sa beauté. A cette époque die fut attaquée, sans cause connue, de gouete sereine, à laquelle succédèrent des accès d'^ilepsie, de céphalée et de délire. De temps à autre il surve^ naît un érysipèlê à la tête. A l'âge de seize ans cette personne devint sourde; l'année suivante elle ne pouvait plus avaler d'alimens solides. Alors aussi on remarqua une torsion latérale de la colonne vertébrale et des £hnurs. La mort eut lieu subitement à la suite d'un érysipèlê répercuté.

§. 677. L'ostéosclérose des os cylindriques est connue depuis long-iemps ; on l'avait désignée sous le nom d'énostose ^ ou d'exostose bénigne interne. ^ RuTscH^ fait mention d'os devenus solides, et dont il faisait faire des manches de scalpel. Bonn 4 parie

I Vav der Haàr, AuserUs, médit, und ckirurg. jibhandl,, a. d, Holi. ; ^. 1 9 iS. 60 , 6 1 .

3 LuDWiGy Institut, ehirurg.f pag. 193.

3 Thesaur. anat, , 9,3,9.

4 Descript. thesaur» oss* morbos. Nafii , p* S9, 91^9 art. 3 11,

108 tlYRE II.

d'un fémur entièrement converti en un cytindre solide , et Van der Ha ar ^ dit avoir observé quelques exemples pareils. M. Boyer^ a aussi remarqué le cas dont il est question ; il le regarde comme extrêmement rare : il n'a pas vu que les os eussent augmenté considérablement de volume. J'ai mesuré plusieurs os cylindriques affectés d'exostose, qui font partie de notre Musée anatomique, et j'ai constaté qu'ils étaient notablement plus volumineux que dans l'état naturel. Quant à leur poids , son augmentation est encore plus frappante; un morceau de fémur, long de quatre pouces et demi, pesait quatre onces et demie, tandis qu'un autre morceau de même Ion* gueur , pris sur un fémur sain , ne pesait pas deux onces.

Un exemple bien singulier d'accroissement en grosseur de tous \e^ os du squelette a été publié par Saucerotte^: Un homme de trente -neuf ans, qui en 1768 pesait cent dix-neuf livres , avait acquis en 1 7 7 2 un poids de cent soixante-dix-huit livres , sans que les parties molles eussent participé en rien à cet excès de pesanteur; elles étaient en effet flasques et affaissées. La tête était si gMsse que cet honune était obligé de se faire faire des chapeaux, n'en trouvant point à sa mesure. Ses yeux étaient. à fleur de tète par l'épaississement des os qui forment l'orbite. La mâchoire inférieure dépassait la supérieure de l'épaisseur d'un doigt La colonne vertébrale et la

3 Traité des malad. chirurg. ; tom. 3, ][|. 54'9. 3 Mélaoges de chirurgie} pag. 407 et suiv.

dàvicule étaient d'un volume extraordinaire; lé) omoplates , le sternum , les os des hanches , avaient de même une étendue et ime épaisseur démesurées* Les côtes , larges d'un pouce et demi , débordaient dans quelques endroits les unes sur les autres. Les jambes ne paraissaient pas d'abord paiticiper à cette intumescence; mais en les palpant, on trouvait qu'elles étaient tout os, et qu'elles n'avaient point, à propre^ ment parler, de mollets. Cet individu n'imputait l'accroissement de ces os à aucun état maladif; affecté de temps en temps d^une gène dans la respiration et dun sommeil comateux, il mourut en pleine coh* naissance à la suite d'une péritonite précédée d'em^ barras gastrique. Quelque temps avant sa mort, il s'était aperçu que ses os ne grossissaient plus. Les urines, examinées chimiquemoit , ne renfermaient point les sels terreux qui leur appartiennent Le cadavre ne fut point ouvert

§. 678. Telle est l'histoire générale de l'ostéosdérose; les recherches que j'ai été à même de faire «ur cette maladie, m'autorisent à en distinguer plusieurs espèces, selon les parties de l'os qui en sont affectées, et siûvant l'aspect sous lequel elle seprélsénte. Il en est une qui occupe seulement le centre de l'os; une seconde affecte seulement les parois de la cavité mé» duUaire; une troisième, enfin , envahit en même temps et cette cavité et ses parois. Je crois donc pouvoir ^tinguer une ostéosclérose touJe , une ostéoscléros^ centrale et une corticale. Disons d'abord un mot des deux dernières :

i*^ làostéosclérose antraie convertit le cylindre

110 MTB^Ji IL

cren que Sonait vn os loag en «m cjSaAm plni^

caûie Cctt paiticulièiriyrui dms la partie moyenne if un Oft k>ng qœ cène convcnion comnieBoe; de là elle s'étend vcn les cxtremites artâcnfaires, mais là elle n'est jamais complète Vers roffi|[piie de la ma^ ladie oo remarque çàetlàqoelqnm ccUples pcivis» tentes; à une épo«|ne jàus aianoée tout est chan^ en nne masse dore et ébomée. la partie corticale de Tos n'éproaye dans cette espèce Jostéosdêraie aa«* cnne altéialion; sa soifice eiAmie teste la mtaie» elle conserve aussi son épaissenr naturelle» coasme il est aisé de s*en convaincre.

:».'' Il en est tout aatremmt dans VasiéîoselÙJose corticale, hd la cavité médullaire de fos persisie; mais les coudies osseuses eaueraes s^énaîssÎBsent eonsidéraUement. Sur un tibia conservé dans notre Muséum, la paroi de la cavité médullnre a sept ligues d'épaisseur à sa partie moyenne, tandis que dans un tibia sain celle épaisseur n'est que de quatre UgpMS; cet os pèse douze onces (dans l'état naUHrel^ le poids du même os est de huit). Im surfiuœ «deme est égialemelit chan^, tantôt elle est chargée d'excroissaiices verruqueuses, tantôt de crèbts pareilles à celles de 4:ertaines écorces d'arbres. Nous poasé^ dons oBlffie«autres un péroné, gonflé dans toute sa loBgnenr par suite d'osiéoscléit>se corticale, dont la sufiuDS exieme présente de longues cannelures di^ visées par des crêtes saillantes» ce qui donne à cei^ os assez de ressemblance avec les rameaux de l'orme subéreux (ulmus smkerosa de WiUdenow). Le poids

▲NATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCULE. 111

de ce péroné est de trois onces et demie , tandis qu' vn péroné sain ne pèse que deux onces et quart

S."" Lorsque ùs os sont affectés ^ostéosclérose U>^ iaky c'est-à-dire, lorsque leur cavité médullaire est remplie de phosphate calcaire, en même temps que leur écorce est tuméfiée, on aperçoit sur celle- oi ttoe disposition très • remarquable : sa surface est hérisfiée d'innombrables filamens osseux qui, à leur première vue, ont l'aspect de velours, et qui sont posés perpendicùlairem^it sur la longueur de Tos. A la loupe ces filamens cirent tantôt la forme d'aiipûlles mousses , tantôt celle de petites stakotites , tantôt une contexture laminaire et spongieuse, tantôt enfin ils ont plus de relief et forment des cellules qui représentent en pedt les cellules d'abeil«les , ou ressemblent à ces aréoles réguUères qu'on observe dans la Ijmphe plastique prête à s'organiser. Sur un tibia qui offrait cette dernière dispo«tion, j'ai trouvé une grande analo^ de forme eatre ces cdlules et une certaine espèce de dian^i*- ^#n qui croît sur les bots de sapin, et que Faiss^ a appelé polypwus nuéuUa punis. Je dois aoter comme une chose (tigne de remarque, que les en^ droits de la surfiice de l'os qui me montraient le pliis parftrtffmqat cette structure celluleuse , correspondaient à ceux où la cavité médullaire était entîèremeot' ossifiée; j'observai de plus, par l'cxMmn attentif des pièces sciées, que le gonflement de l'os dépendait en même temps et xle TohlttérsÉion de la

il^i^^tl*— »<■— PW^WWW^IW»!

1 Syét€mA mjrgêlof^ » tom. i > pag. Sio.

Ilâ LIVtlK It.

cavité médullaire et d'une couche osseuse noUvétle, déposée sur la substance corticale Je remarquai de plus que cette couche nouvelle, bien qu elle eût contracté des adhérences intimes avec cette dernière, en était néanmoins séparée par une Itgfte longitudinale qui en marquait la limite, et qu'elle était en outre facilement reconnaissable par la direction de ses fibres perpencGculaires à Taxe de l'os. Je reconnus enfin que la couche dont je parle était plus épaisse au milieu de Fos que vers ses deux extrémités. U est donc évi-» dent qu'outre le gonflement de l'os par l'épaississe** ment de substance corticale, il en existe un autre, dépendant d'une incrustation de cette dernière par une nouvelle matière osseuse. Celle-ci , comme quel^ ques faits me l'ont prouvé , peut prendre un accrois^ sèment très*prononcé et déformer entièrement l'os, en conservant toutefois sa stracture filamenteuse, ou en prenant un arrangement laminaire.

Nous possédons un bassin d'homme dont les os des îles sont affectés d'ostéosclérose totale, et dont les surfaces sont hérissées de végétations en ibrme de lames ou de fibres osseuses. Celles-ci, posées perpendiculairement sur la sur&ce des os, constituent par leur ensemble un tissu que Ion pourrait comparer aux filamens du velours, et qui, considérée la loupe, n'est autre chose qu'une réunion d'innombrables houppes osseuses, dont les filamens ont la forme d'aiguilles coniques, placées les unes à côté des autres. Les os pubis et isichion du côté droit offrent des végétations tellement considérables que le trou ovalaire en estbeaucoup rétréci. Le sacrum

ANATOItlE PATHOLQGIQirC SOCIALE. 1 13

Mt peu altéré i sa £ice postérieure surtout ne montre aucun changement de texture. Le poids de ce bassin estrde vingt- huit onces et demie (celui d'un bassin ordinaire est de* dix-neuf à vingt onces).

D'après ces recherches ne pourrait -on pas admettre une quatrième espèce d'ostéosclérose^ cp'on: nommenàt saS'^riicale^ et qui, indépendamment dé son siège, se distinguerait des autres par une cristalli-. sadon toute particulière du phosphate calcaire? Cette incrustation , au reste , fait le passage à certaines végétations osseuses que'je décrind plus tàrd.^

§. 679. Dans aucun des* cas d'ostéosclérose que j'ai rencontrés au fémur, au tibia, au péroné, je n'ai. pu obtenir aucun renseignement sur les causes qui avaient pu déterminer ce genre d'altération ; les su«^ jets qui me les ont fournis, étaient des cadavres de femmes avancées en âge, qui n'offraient aucune trace de maladies auxquelles on pût les rapporter; mais si je rapproche les os cylindriques de quelques crà« nés qui se trouvent aussi dans notre collection, et qui ont avec eux la plus grande analogie de striic** ture, j'avoue que je suis disposé à soupçonner ici avec Van d£R Haar ^^une cause syphilitique. Ces crânes ont appartenu à des sujets vénériens; ils n'ont, plus ni cornets, ni vomer, ni la partie labyrinthique de l'os etfamoide, ni os du palais* C'est doncutte particularité assez digne de remarque, qu'à côté de la destruction provoquée par le virus sy-

1 Vojres Particle Ostéopliyte.

3 Samml. auserUs, Abhandl», B» ^fS» 739.

ii4 xiTRE ir.

philitiquet on observe vne augmentation de vo^ lome et une yéritabk hypertrophie.

Toutefois je ne prétends pas que k principe vé^ nérien soit la seule cause déterminante de Tosiéosclérose; rien ne proure en effet que les têtes si extfmordinairement grosses, décrites par Rieeix et Ilg, aient appartenu à des sujets vénériens. En second Ken, nous possédons dans notre Muséum des fémurs de pigeons trè»-groS| entièrement convertis en maisses ébnmées;

§. 980. Quant au mécanisme que la nature suie dans la production de cette malaifie, Yaj^ dxrRaar* admet une inflammation dans le tissu spongieux même de Foa, k la suite de laquelle les cisUiiles se dilatent d'abord pour ae rem|^r ensuite d'une substance osseuse dure , semblable k l'ivoire ou à la corne de «r£ Je ne sais sur quelles redien^ies repose cette étiologia; ce que ^e puis aflkmer, c'est que les mdividus sur lesquels le hasard m'a fiât reneonljrer rostéosdérose, ne souffraient point, que le périosu n'était pcnni enflammé, ni k tissu osseux pénétré de san|^

PeU'ètre, au reste^ suA^il, pour expliquer h phénooiine dont il s'agit, d'admettre que les os sont,, comme la graisse, comme les musdes, comme le fcic, et en général comme tontes les parti» molles, sucfptîbles d'hypertrophie, en notunt toutefois que ILr|j«Ttrophie des os est toujours, déternnnée par i»nc cause morbide préexistante. Ainsi ^'admettrais

ÀNATOMIE PAimclLOGI^ITE SPEOALE. 1 15

toloniiers , <K)mnie cause éloignée , un virus spéci** fique, pftr Mmiple le sypkîUûqné : ceIttUci déter^ mi&erait d'abord ntie inilertâtiofl TÎciease , laquelkf provoc{Utrtttt fensuiie nue liutriiîon exubérante et le ehai^genieiit dWgctmêatioii ^e nous venons de décrire. Qooi quHl en soit| je ne saurais me fafnilîa-* riser avec l'idée que ^ pour le développement de sabaunces homéoplastiques , la nature ait besoin d'an acu inflaminatoira; toiA au plus Tadmettrais-je au début de rdtération orgaaiique; mais là première impulsion donnée ^ certainement ^ présence nVst plos nécessaire.

§. 68i. JuSqu^iet j'ai parlé de la tuméfaction tô^ talé de Fos; fl etîste aussi des tmnéfections partielles, dans lesquettes le tissu osseux offre lé même degré de dureté et de densité que Tostéosclérose : ces tû« meurs sont connnes sons le nom d'exostàses itmt^ nées ou ostéùnea^es. ^

Toutes les exostoses éburnées que j'ai pu observer, avaient leur ^ge dans léS cotKhes extérieures des os cylindriques, et dans la substance compacte des os plats. Leur forme est hémisphérique, ovalaire ou èBiptique; lenr volume varie depuis celui dun noyau de cerise jusqu^à cehii d'une tète de foetus. Dana le premier cas on leur donne le nom de nodus. Leur surfitce est ordinairement unie, et leur tisstt est semblaUe k Ftvoire. Leur développemetrt se fait d'tme manière lente et imperceptible , sans occasioner de doulaor : ces tumeurs ne gèn^t que par leur

% De ùç'%ùfy os, 0iât&ym99 imtmtréuft, iimué*

âl6 JLIYRB Ih

poids, QU parce qu'elles compriment ou dépiacénc d'autres organes; elles ont, en un mot, tous les caractères de bénignité que Tostéosclérose , et sont probablement, comme celle-ci, le résultat (fune hypertrophie morbide. U parait qu'alors le suc gélatineux épanché entre les molécules de la substance osseuse, s'y accumule et passe gradueUetnent par les différentes phases de l'ossification. U Êiut supposer que l'action nutritive a été augmentée par une cause quelconque ; le plus souvent cette cause est externe. On a vu à la suite d'un coup sur le tibia, survenir une exostose de vingt-sept pouces de circonférence. ^ M. Jules Cloquet^ a observé sur un individu né de parens sains, doué lui-même d'une bonne constitution, et n'ayant jamais eu d'affection syphilitique, deux exostoseSf l'une au frontal et l'autre an tibia , qui s'étaient développées à la suite d\uie eontusion et étaient absolument indolentes.

ARTICLE SECOND. ' De Vostéoporose,

§. 882. Dans cette maladie les os augmœtent de volume, et quelquefois même en prennent un énonne sans qu'il y ait augmentation de leur masse. Leur tissu est, au contraire, raréfié; leur surface externe, inégale et un peu raboteuse, présente un grand nombre de porosités. Le périoste n'offre point de chan-

1 Glossivs, Krankh, der Knock.y S, 114* 3 Dict. d« médscUeiiA voL, ton. 8|'pag. 4^7.

XNÀTOMIE PÀTHOLOGTQtTE SPÉaALE. 1 1 7

gement, il n'est ni injecté, ni raréfié, ni épaissi; l'appareil médullaire, au contraire, est altéré. Ayant scié, sttiiiant leur longueur, des tibias affectés d'ostéoporose, j'ai trouvé, à la vérité, que dans plusieurs endroits la moelle avait sa couleur rouge ordinaire; mais dans d'autres points elle était d'un rouge foncé, comme si elle eût été formée de sang coagiilé; dans d'autres points la moelle était jaune ; on rencontrait même des portions de graisse compacte, dure, <ju'on pouvait retirer de la substance réticulaire comme d'une espèce de chaton. Quant aux parties molles qui entouraient ces os , elles n'offraient rien de particulier.

§. 683. L'ostéoporose attaque tous les âges, quoiqu'elle soit plus fréquente dans l'enfiince et la jeunesse. L'état de gonflement et de boursouflement que l'on observe quelquefois aux os des rachitiques, est une ostéoporose. Je l'ai souvent rencontré sur des os de fœtus à terme, et nous conservons dans notre Muséum des os du crâne et de la face qui l'offrent k un degré très- prononcé. J'ai rencontré ce même gonflement sur les omoplates, les os innominés et les os des avant-bras d'en&ns qui ont véca plusieurs mois. Scarpa ^ cite l'exemple d'un garçon de trois ans, chez lequel les os du crâne avaient subi une tumé&ction extraordinaire par la raréfaction de leur tissu. Sanoifort ^ parle d'un crâne dont les os avaient les cinq huitièmes d'un pouce d'épais-

1 De anat. et patkol. on, comment, Tieini^ 18279 p* 60. ^ Xk c. , tom. I y p. 1 4i , tab. i3 1 fig. 1 9 2.

llS tITRE IL

3air: Jje péroné d'un adukfi m'a préfcnté cette niéiitt maladie à un degré trèft-avancé; toute la substance corticale était raréfiée dana le sens des fibres longiiudihales , de telle sorte <}u'elle £cninait un assem-*blage de gouttières, de eanaux ^ de cellules eUipd**quea» séparés par des cloisons osseuses; disposition qui, soit dit en passant, confirme Tôpinion de ceux qui admettent dans les os des lames superposées les unes aux autres. Un fiknur d'un individu plus ayaneé en âge, avait la substance corticale entièrCi^ ment spon^euse et épaisse de cinq à huit lignes. Au reste, l'ostéoporose peut être centrale, corticale et totale. Dans le premier cas, qui a lieu sur les os plata et les extrémités des os longs , la substance sponipeuse se raréfie seule, la compacte restiint la même; c'est dans cet état que se trouvaient les os du crâne décriu par Sànoifort. Dans le second cas, c'est celle-ci qui se change en tissu réticulaire, tandis que dans 4e troiûème les deux substances de l'os se raréfient et deviennent spongieuses.

S- ê84. L'ostéoporose corticale a fréquemment un caractère particulier, et tel que la substance compacte de l'os parait convertie , à» sa surface externe , en une multitude ^e fibres lon^tudina-^ les, pareilles à celles que présoitent les os du erine chez le fœtus. Ces fibres n'ont pas toujours la même couleur, ni la même consistance que l'os; elles sont quelquefois d'un tissu {dus poreux, tantôt jaunâtres, tantôt noirâtres : nous en avons un de couleur rosée, La formation de ces fibres semble due au développenvem çt k l'iiaipu des vaisMaux du pé-

àNÀTOHIE PATHOtOGIQlTE 8PÉGfAL% II9

nosie, qui, ea se creusant des gouttières dans k substance osseuse, lui donnent Tapparence de fibres longitudinales; mais c'est particulièrement par l'effet de la péiioslose fibro-* cartilagineuse iju'on remai^ qiK la disposiiioB dont il s'agit, et à laquelle j'ai cru devoir donner le nom de raré/aclien fibriilaire cor^ iicale (§. 666). Dans qudques drconstances l'en^ droit raréfié s'àève plus ou moins au-dessus du niveau de l'os, et se confi>nd avec une lame osseuse de nouvelle formation , que nous décrirons plus bas sous le nom ^astit^hyte diffus. Dans les premiers âges de la vie, les os du crâne ofirent quelquefois une dispoûtion tdle, qu'une partie est lisse à Texteriemr et tout-à-fiit dans l'état naturd , tandis qu'une antre partie est boursouflée , poreuse et rëticulaire. Les cabinets rœfermcnt un grand nombre de ces pièces, et Sandifort^ en a décrit et représenté quelques-unes sous le. nom de ajoie.

§. 6SS. On rencontre firéquemment une osiiopa^ rose locale^ connue sous le nom ^exastose Uuninét ou spongieuse* Gom^e l'ostéoncose ou Tezostose ébumée, elle constitue une tumeur hémisphérique, née dans le tissMe l'os même. Ainsi, en sciant sui^vaut sa longueur un os qui en est aflfecté, on trouve que sa substance corticale â été convertie dans cet endroit en subsiimce réticulaire, et que cette con* version a décidé un gonflement local. On observe \ ausM que cette substance réticulaire est encore recouverte (f une légère couche de substance coni-

1 £. Savoifow» iUîw. anai*^ êtc.$ tom. i»p. ih^

picte. Beaucoup de pièces de notre MfJMémm éott^ nent une idée, nette de cette espèce d'exostose.

§. 686. L^ostéoporose , soit générale, soit loçaie» n'a pas le même mode de dévelopjœment que l'ostéosclérose et Texostose ébumée ; . elle n'est pas comme celles-ci le résultat d'un surcroit de masse et de nutrition } elle suppose une diminution de cohésion entre les molécules de l'os, diminution qui dépend elle*méme de cette force, expansive- que j'ai signalée dans le >premier volume de . cet ouvraga (§* ^7^)* ^^ rédigeant ce paragcaphe, j'ignorais que j'eusse en faveur de mon opinion y une des premières autorités de ce siècle^ celle de l'illustre Scarpa, qui dans beaucoup d'endroits de. son. dernier traité sur l'anatomie et la. pathologie des os ^ , invoque sou* vent cette même force à laquelle il attribue le i ramollissement, le gonflement et.la raré&ction de ces parties. Cette force expansive provient, selon moi, de l'activité exaltée des nerfs ,f probablement nôse en jeu par des principes morbxfiques spéciaux , tels que le vénérien, l'arthritique, le variolique, celui deJa rougeole , etc. L'énergie de ce mouvement expansif explique le développement quelquA)is très-rapide de l'ostéoporose, ainsi que les vives douleurs qui Caccompagnent* Depuis long-temps il est. reconnu que les exostoses laminées acquièrent promptement un volume considérable, qu'elles sont précédées et^ac* compagnées de douleurs continues et intolérables , tandis que les exosioses ébumées çroissept lente*

1 De ofiat, 9P pathoL off. Gomtn^nt^i p, 49« S€f j 6| y Sq«

ANATOMIE PATHOLMIOtrC SPÉCIALEr l^t

«fient ,* et qu'dlks ne sont précédées d'aucune dou^ lear ou tout au plus de douleurs sourdes. Or, ce <[à s'observe sur l'ostéoporose partielle et locale» <Ioit avoir lieu aussi lorsque les os sont attaqués tians toute leur étendue de raréfaction et de bour^ soufiement J'en excepte pourtant les cas où la ma* ladîe reconnaît moins pour cause éloignée un prin« cipe morbide et irritant qu'un vice de nutrition, par exemple dans le rachitis.

§. 687. Il suit de ce qui précède, que le nom d'exostose s'applique à deux affections organiques du tissu osseux qui sont diamétralement opposées sous le rapport de leur structure et de leur mode de développement. M. Boyer assure que les véritables «xpstoses sont presque toujours incurables, c'està-dire mm susceptibles de se résoudre : si cette jais-^ «erdon , apjâiquée aux exostoses ébumées , paraît incontestable, en est-il de même des exostoses laminées? La cause morbide étant détruite, le mouvement d'expansion étant anéanti, les lames osseuses ne peuvent-elles pas, en se rapprochant, effacer les cellules qui s'étaient formées? Tel est du moins le sentiment de ScARPA; mais il convient en même temps que ces cellules peuvent aussi se remplir de matière nouvelle, soit osseuse, soit sarcomateuse. Je suis ^Ksposé àadmettre ce dernier point, surtout pour ce «qpii* concerne les substances hétéroplasdques qiu, en- transformant les os , font naître d'autres maladies organiques , dont il sera question plus tard. Tant il •6t vrai que la raréfaction du ûssu osseux est la condition prenûère, ide la fQrmation . d'une^ foule

Page 1