CHAPITRE IV
De Pérosion.
§. 71*7* L'érosion, prise dans un sens étendu^ estunç perte de substance faite par des causes non traumatiques. Ces causes sont l'usure et la carie.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉaALE. l6l
ARTICLE PREMIER, De tusure*
§.118. J'appelle usure de F os y la perte de subs^ tance qui résulte de la pression exercée par une tumeur molle. Dans ce cas la surface usée est rare«ment raboteuse et garnie d'aspérités; elle est, au contraire, assez lisse. Si la tumeur finit par percer Tos entièrement, comme il arrive à ceux du crâne, on remarque que le pourtour de Touverture est aminci en biseau, soit de dedans en dehors, soit du dehors en dedans, suivant le sens dans lequel a agi la tumeur sur cette boîte osseuse. On remarque aussi {et ceci établit les signes caractéristiques entre cette maladie et la carie) que Tos sur lequel Tusure s'est opérée, n'offre pas de traces d'autres maladies, comme exostoses, ostéophytes, ostéosclérose , ramollissement, friabilité, etc.
Les tumeurs capables de produire l'usure de Tos sont d'abord, pour tous les os en général, certaines périostoses, et de plus, pour les os de la tète, les tumeurs des glandes de Pacchioni, celles de la glande pituitaire, et le fongus de la dure-mère; pour ceux de la face , les excroissances polypeuses des fosses nasales et de leurs sinus; enfin, pour les os du tronc et des membres, les tumeurs anévrismales.
§. 719. Dans un grand nombre de crânes de notre Muséum, on voit des os de cette cavité usés de dedans en dehors, n'ayant conservé que la table externe : dans quelques-uns cette tab|e est de niveau avec le reste de Tos ^ dans d autres elle forme une saiUie plus II. 11
OU moins prononcée : elle est parfois si amincie, qu'elle n'a que l'épaisseur de quelques feuilles de papier. Lorsque l'usure a commencé par la table externe, le diploé est détruit et la table interne est devenue transparente. Le fongus de la duré-mère, dont un grand nombre d'auteurs dut donné la description , est la cause qui produit le plus souvent la perforation complète du crâne. Je ferai remarquer en passant que beaucoup de cas décrits comme fongus de la dure-mère, n'étaient ori^nairement qu'unç maladie qui avait commencé dans les os eux-mtoies.
Quant à l'usure de l'os à la suite d'une tumeur ^sarcomateuse et polypeuse , développée dans les sinus des fosses nasales, et notamment dans l'antre d'Hyghmore» combien ne pourrais -je pas citer d'exemples où les os maxillaires , les os palatins, les cornets inférieurs, étaient presque entièrement détruits. J'ai dit que la glande pituitaire tuméfiée pouvait aussi produire l'usure des os ; c'est ce que j'ai vérifié sur un individu épileptique, chez lequel cette partie était tellement hypertrophiée, qu'elle avait percé la selle turcique et pénétré dans le sinus sphénoidal.
,§. 720. Ce sont particulièrement les tumeurs anévrismales qui produisent l'usure des os du tronc et des membres. De nombreuses pièces pathologiques de notre Muséum montrent la disparition complète de la première pièce du sternum et d'une portion de la seconde, par des anévrismes de la crosse de i'aorte. Sur d'autres pièces on voit plusieurs côtes
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ti le corps de plusieurs vertèbres dorsales érodés par des anéyrismes à l'aorte pectorale. Ces os faisaient pour ainsi dire partie du sac anévrismal , et étaient en contact avec le sang renfermé dans la tumeur. Quelque profonde que fût dans ces cas l'érosion des vertèbres, les cartilages intervertébraux n'avaient subi aucune diminution.
Aux os des membres, des tumeurs, soit anévrisxnales, soit d'une autre nature, déterminent des pertes de substance plus ou moins notables. Cest ainsi que nous avons vu des excavations à la portion inférieure du fémur creusées par des anévrismes de la poplitée. §. 721. Mais ce n'est pas seulement par des tumeurs développées à la périphérie des os que ceux-ci peuvent être usés. Il existe des observations qui prouvent que cette usure procède quelquefois de l'intérieur des 08, par le dévielop|)ement progressif de tumeurs formées dans la substance réticulaire , tumeurs qui appartiennent àla classe de celles qu'on a désignées sous ienom ô^éreciUes^ et qui dépendent de la dilatation anévrismatique des petits vaisseaux artériels pénétrant dans la partie spon^euse de l'os^ Des faits recueillis par MM. Pearson, ScaUpa, Dupuytren, Lallemand et Breschkt^, démontrent l'existence de cette sorte d'anévrisnaie dans les extrémités des os longs, partieulièreoQieiit dans l'extrémité supérieure du tibia. Dans ces tumeurs le tissu de l'os, altéré et détruit en
1 Ces tumeurs sont désignées aujourdhoi sons les noms de tumeurs érectil^s ^ télangieotasie.
d Répcrt. gefl. dVnat. et de pbjrs. pathoL , t. d , p. si6i.
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partie ou en totalité , forme une cavité remplie de sauf coagulé disposé par couches concentriques, comme clans les anévrisnies proprement dits. Ces caillots sont réunis tantôt dans un foyer unique , tantôt dans des foyers multiples, communiquant chacun avec une bi^anche artérielle. La table externe ou le tissu com* pacte de l'os existe encore, mais aminci, détruit dans plusieurs de ses points, et n'offrant dans les autres qu'une résistance faible et comparable à celle d^une lame cartilagineuse, qui, pressée sous le doigt, se rétablit ou bien se laisse rompre, comme le ferait une coquille d'œuf. Le périoste et les feuillets aponévrotiques externes ont presque toujours plus d'épaisseur et de résistance que dans l'état sain : parfois ils passent à l'état de fibro-cartilages. L'articulation voisine du siège de la maladie a toujours été trouvée saine, lors même qu'elle n'était séparée du foyer du mal que pr un feuiUet cartilagineux.
Indépendamment d'aucune cause mécanique propre à distendre les parois d'un os cylindrique et à les user peu à peu de dedans en dehors ^ la cavité médullaire peut s'agrandir par l'amincissement gradué de sa substance corticale tellement, que celle-ci se trouve réduire à l'épaisseur de quelques feuilles de ^papier. La cause qui produit cette altération est évidemment générale, puisqu'elle frappe beaucoup d'os du squelette à la fois. Je présume que dans la plupart des cas elle doit être rapportée aux principes arthritique, scrofuleux ou scorbutique.
§. 122. Dans l'usure de l'os on ne remarque aucun symptôme inflammatoire, aucune trace de suppura*
AKATOMIE PATIIOfLOGIQtE SPÉCULE. l65
tioa. Les surfaces osseuses malades sont sèches, et dans le plus grand nombre de cas la destruction se fait de dedans en dehors. Ainsi, par exemple, dans Fusure du crâne on est étonné que les os soient détruits avant que le cerveau soit comprimé. De même dans les grosses tumeurs anévrismales de l'aorte la respiration est à peine gênée, que déjà les os sont percés. La cause prochaine de l'usure ne réside donc pas dans l'os lui*méme, bien qu41 y puisse être prédUposé par reflet d'un chan gement dans sa nutrition : die est toujours l'iCet d'une pression, soit lente et insensible, soit sensible, apparente et produite par le choc continuel d'une tumeur pulsatoire. Dans l'un et l'autre cas, elle détermine une mort locale, parce qu'elle enlève à la partie comprimée la membrane qui lui sert d'organe nourricier : le système absorbant opère ensuite la. perte de substance, en s'emparant d'abord du tissu piarenchymateux , puis du phosphate calcaire lui-même.
Dans cette explication du mécanisme de l'usure, on accorde moins qu'on ne le faisait autrefois à la percusâon de Tos par les battemens de tumeurs pulsatiles. U ne parait pas en effet que ces petits chocs incessamment répétés puissent excaver ce tissu à la manière de la goutte d'eau qui creuse le caillou. Je ne sais pourtant si on ne va pas trop loin, en excluant tout-à-Êiit de Fexplication de l'usure toute force mé-« camque , et en la rapportant à la seule action vitale. Ce qui me fait croire que l'action mécanique de ce& tumeurs n'y est pas étrangère, c'est la résistance que leur opposent les corps doués d'élastidté. J'ai cons^i^
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talé bien des fois ce phénomèae^ déjà remarqué par plusieurs auteurs, de Tintégrité par&itedes cartilages intervertébraux , tandis que les 'corps des vertèbres étaient profondément entamés par des anévrismes de Taorte. On ne peut nier, à la vérité, les cas d'usure des 6s par des tumeurs non pulsatiles ; mais â cellesci ne jouissent pas de battemens bien distincts et d'une sorte de mouvement de locomotion, leurs petites artères en sont pourvues; d'ailleurs n'ont-elles pas un mouvement d'expansion suffisant pour exercer une pression lente sur les J^rties dures qui les environnetit ?
ARTICLE SECOND
De la carie.
§. 723. La carie est aux os ce que l'ulcère est aux parties molles: une solution de continuité produite par iine cause interne souvent obsoore, et qui s'oppose plus ou moins long-temps à la guérison.
Cette nialadie attaqUe tous les os, mais particulièrement leur partie spongieuse : elle est superficielle ou profonde, avec ou sans altération des parues moUes. Quelquefois un seul os est affecté; d'autres fois il y en a plusieurs : ceci arrive surtout qufimd la maladie occupe les os du carpe et du tarse On a aussi des ex^nples nombreux où presque tous les os du squelette étaient en même temps attaqués de carie. Enfin ^ cette maladie est tantôt simple et tantôt Gomjdiquée d'autres maladies du tissu osseux, telles que rexostose,rostéoporose, le spina ventosa, etc^
Sous le point de vue de l'anatomie pathologique,
ANATOHIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 167
la carie diffère suivant que l'on considère l'os affecté à l'état sec ou à l'état frais.
§. 724. Dans un os carié -dépouillé de toutes les parties molles, macéré et séché, on observe en général une érosion plus ou moins profonde, avec perte de substance plus où moins considérable , et sa surface est inégale et raboteuse. Mais l'aspect de la carie est nécessairement différent suivant les progrès de la maladie; progrès que l'on peut suivre plua aisément sur les os larges que sur les os longs.
Dans les os du crâne la carie commence par une légère érosion de la table externe : celle-ci est percée d une infinité de petites ouvertures, à la manière des pores. Ces ouvertures, en s'étendant, se réunissent^ et deviennent des trous de plu& en plus grands, à la faveur desquels on aperçoit le diploé à nu : celui-ci, attaqué à son tour, présente d'abord des entamures qu'on dirait faites comme avec un poinçon ; il perd son aspect réticulaire, disparait peu à peu, et laisse à nu la table interne, qui finit elle-même par être détruite de la même manière. U résulte de la que l'os ou siège de la carie , est criblé de trous inégaux et irréguliers. Enfin, la destruction des os amtoe une grande déperdition de substance, et le crâne se trouve parfois percé d'une ouverture assez large pour per-? mettre l'introduction de la main dans sa cavité.
Dans les os longs, mêmes phénomènes que dans les os larges. Quand la substance compacte est érodée seule, elle laisse voir une infinité de petits trous, qui pourraient au premier aspect en imposer et faire soupçonner une ostéoporose ; d'autres fois les lamea
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les plus externes de la substance compacte sont boursouflées et réellement raréfiées dans le sens de leurs fibres longitudinales. Quand la carie est profonde, Térosion pénètre jusque dans la cavité médullaire, et la déperdition de substance est si grande qu'il ne reste plus d'intact qu'une petite partie des parois cylindriques de l'os.
De tous les os du squelette, les os courts sont ceux dont la destruction est la plus prompte; en effet, la couche mince de substance compacte dont ces os sont encroûtés, est bientôt entamée, et la carie gagne rapidement leur partie réticulaire.
§. 725. Mais ce n'est pas a ces aperçus généraux que doit se borner Texamen des os cariés. Une foule de particularités appellent lattention de Tobserva^ teur. Tantôt, en effet, il y a simple érosion; mais l'os lui-même n'est ni gonflé ni raréfié dans son tissu, et, à la perte de substance près, que Ton pourrait en quelque sorte imiter sur le cadavre, il n'offre aucun genre d'altération appréciable : on dirait que l'os a été entièrement passif, et qu'il s'est laissé éro* der pour ainsi dire sans résistance. Tantôt, au contraire, l'endroit carié est en même temps tuméfié, et offre des végétations plus ou moins aigués, inégales , raboteuses et qui ne ressemblent nullement à la subs^ tance réticulaire normale : le pourtour de la carie est hérissé d'efflorescences , qui , semblables à une écume osseuse, tapissent la surface de Tos dans une étendue plus ou moins grande : tout annonce dans cescas un travail plus énergique dans les parties où ^iége la maladie. Tantôt, enfin, le fond de l'ulcéra^
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tîon y au lieu d'offrir des aspérités ou d'autres espèces d'inégalités, est assez lisse : ses bords sont arrondis^ et, lors même qu'elle a pénétré à une grande profondeur dans la cavité médullaire d'un os cylindrique, cette cavité n'est point ouverte, mais fermée d'un opercule osseux peu raboteux. Ici encore on peut soupçonner un travail particulier, quoique moins actif que dans le cas précédent
^ 726. Examinons maintenant la carie à l'état frais , c'est-à-dire lorsqu'elle est encore entourée de parties molles.
Quelque érodé que soit l'os carié, il est toujours recouvert d'une pellicule rouge et veloutée, ou de bourgeons charnus , qui , au lieu d'être fermes et grenus , dégénèrent en fongosités mollasses plus ou moins volumineuses, en véritable hypersarcose. Une humeur différente du pus est fournie par la carie : c'est une matière acre, fétide, grisâtre, qui brunit par le contact de l'air, et à laqueUe on a donné le nom A'ichor ou de sanie. Souvent aussi on trouve dans la carie une substance grumelée, friable, molle , et semblable à la matière des tubercules du second et du troisième degré. Dans ce cas, le fond de l'ulcère est moins rouge, moins humide, et la pellicule veloutée dont je parlais tout à l'heure ne saurait être aperçue.
§. 727. La carie, loin de pouvoir être assimilée a la nécrose j est donc en quelque sorte un organe nouveau, doué d'une vitalité particulière, qui se manifeste et par la sensibilité exaltée, et par la sécrétion d'une humeur pathologique sui gêner is^ et par des phénomènes sympathiques qu'elle excite dans d'au*^
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très organes ; enfin ^ par le trouble général des fonc<^ tions et par la fièrrre lente. Le nouvel organe est assujetti aux lois générales qui régissent les organes se* créteurs. L'humeur qu'il élabore est en rapport avec sa structure et ses propriétés vitales : celles-ci sont* elles changées, elles entraînent aussitôt une altéra-^ tion dans le produit de la sécrétion. Une irritation exercée sur la carie augmente, ralentit ou supprime cette fonction; des causes morales l'arrêtent, comme dles suspendent la sécrétion de la salive, du lait^ de la bile, de l'urine, etc.
§. 728. La cause prochaine de la carie ne me paraît pas être toujours la même ; vraisemblablement elle est dans bien des cas Teffét d'une inflammation. Les nerfs de la partie se trouvent placés dans une autre température vitale : l'atmosphère nerveuse s'étend dans [intérieur même de l'os, en exalte la vitalité, et rend plus actifs les mouvemens de composition et de décomposition. Mais cette inflammation com-» mence-t-€tlle par le périoste pour se propager à la substance osseuse ? On serait porté à le croire ; ce* pendant on remarque généralement que les agens capables d'altérer le périoste, au lieu de produire la carie , déterminent au contraire la mortification d^ Fos^; tels sont les blessures, les substances acres et corrosives, le pus d un abcès, etc. Dès-lors il est plus probable que la toile médullaire joue ici le rôle prin* cipal, et que la membrane qui tapisse ces canaui^ creusés dans la substance compacte dont Howshir a démontré l'existence, peut aussi y contribuer. L^in-« flammation commence vraisemblablement dans le^
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membranes, et se transmet ensuite à la substance osseuse elle-même. Ce n'est que plus tard que le pé* riosce est attaqué, le présume donc que certaines caries sont produites par une ostite; que celle-ci prend la forme de l'hyperphlogose, et que les parties membraneuses que je viens 'de nommer (toile médullaire et membrane des canaux osseux) se changent en tissu pyogénique, et deyiennent l'organe sécréteur de la sanie. Ce qui vient à l'appui de cette opinion, c'est l'inspection de certains os cariés, de ceux même qui sont secs; elle démontre, que la maladie a commencé dans leur épaisseur, et qu'elle s'est ensuite portée à leur sur&ce : c'est ce qu'il est souvent aisé de vérifier sur les os larges, par exanple sur ceux du crâne»
§. 729. Une seconde cause prochaine dé la carie réside dans ime altération du tissu de l'os par une substance hétéroplastique qui s'y dépose. C'est ainsi qu'on voit fréquemment la matière tuberculeuse en^ vahir la partie spongieuse des os et la détruire corn-* plétement. Je ne suis pas non plus éloigné d'admettre que^ dans certains cas remarquables par une grande perte de substance , la matière osseuse passe par une espèce de dégénération avant d'être complètement érodée et enlevée. Il se pourrait , par exemple , que ceci eût lieu dans la carie cancéreuse.
S- 780. Peut-être pourrait-on trouver encore dans une altération profonde du travail nutritif de l'os une troisième cause de carie : celle-ci, bien différente des précédentes, donne au tissu osseux un aspect de vermoulure plutôt que de véritable érosion ; c'est ce
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qui arrive particulièrement dans certaines cachexie^, telles que le rachitis, le scorbut.
§.731. Les causes éloignées de la carie consistent bien évidemment dans l'action de certains principes morbifiques. Le virus vénérien tient ici le premier rang : il n'épargne aucun os ; mais il attaque préférablement ceux de la tète et des extrémités, tant supérieures qu'inférieures. Nous possédons un squelette dont le crâne est percé de trous nombreux ; le plus grand de ceux-ci permet l'introduction de plusieurs doigts réunis : les oszygomatiques sont érodés,les cla-t vicules gonflées, les deux àcromions rongés; les os des bras et des avant-bras, les fémurs et les os de la jambe attaqués de spina ventosa et de carie; ceux du tronc ^ des mains et des pieds sont intacts. Sur une tête cri« blée d'ouvertures par l'effet d'une carie vénérienne, on voit encore aujourd'hui, comme en 1768 (cette pièce excitait déjà l'attention à^ curieux), des globules mercuriels dans les petits sinus et les érosions qui existent à la surface interne du crâne. Ces sortes d'observations, déjà faites par Fallope, et qui prouvent que le mercure introduit dans le corps peut s'y revivifier, avaient été niées dans des temps modernes, jusqu'à ce que d'autres faits, observés par Swediaur et FouRCROY, ainsi que des expériences institiiées à Tubingue en 1 808 ^ et dans le laboratoire de la faculté de médecine de Pans ^ en eussent constaté la réalité. *
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I AuTENMETH et Zeller, Disscrt. sist. experinié quœdam circa effeclus hydrar^ri in animalia viva. Tubin§.
9 Journ» des.progE. des scienc. et institut, méd. ; t. 7, p* a5i<
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La carie vénérienne a ceci de pardculier, qu'eUe se rencontre avec d'autres maladies des os qui sans doute tiennent au même principe. Ainsi on la voit exister avec des exostoses ou des spina ventosa sur d'autres os.
A la seule inspection des os d'un sujet syphilitique, on est induit à penser que le virus vénérien agit énergiquement sur le système osseux; il irrite l'élément nerveux , et porte le trouble sur le travail plastique : c'est ce qui sera encore plus clairement démontré par la suite. Je dirai seulement ici que la plasticité exaltée dans les caries vénériennes s'étend parfois jusque sur le produit de la sécrétion morbide. M. CuLLÉRiER rapporte l'histoire d'un individu syphilitique portant au tibia une tumeur qui paraissait être un ostéostéatome : on ouvrit cette tumeur au moyen de l'alkali caustique ; l'os luimême s'étant trouvé altéré, on appliqua le fer rouge •à quatre reprises. Après qu'on eut enlevé la portion brûlée, on tomba dans une cavité qui fournissait une petite quantité de matière puriforme: Peu à peu il sortit de cette cavité de petits corps demi-ronds de trois à quatre lignes de diamètre, formés d'une membrane et ayant la consistance de grappes de raisins. Un examen plus attentif fît connaître que ces corps étaient des vers vésiculaires. ^
§. 732. Le vke scrofuleux est après le virus vénérien, et peut-être même avant lui, la cause éloi-
1 Joarn. de méd., cLir. et pharm., par Corvbart, etc.^ Août >4o6y p. i5.
gnée la plus commune de la carie. Ce Tice^ comme le précédent, attaque tous les os, quoiqu'il paraisse avoir une prédilection pour ceu?c du tronc» notam-ment de la colonne vertébrale, et pour les extrémités articulaires des ôs longs. La carie qu'il produit est moins le résultat d'une inflammation , que d'une dégénérescence tuberculeuse de la substance osseuse ; aussi observe-t^on sur les os frappés de carie scrofuleuse peu de traces d'un travail particulier, d'une activité exaltée, d'une plasticité irrégultère. Ici, point de boursouflement autour de l'endroit carié, point d'hypertrophie, point de végétations osseuses; tout y semble calme et silencieux, et, quoique le désordre fasse des progrès assez rapides, les symptômes sont n!ioins aigus que dans d'autres espèces de carie : c'est ce qu'on remarque surtout à celle des vertèbres.
§. 733. Les os des en/ans rachitiqufs sont assez souvent affectés de carie, soit superficielle, soit pro-<^ fonde, et qui n'est pas non plus accompagnée de phénomènes qui dénotent un travail énergique dans ces parties, si ce n!est pourtant celui qui produit le gonflement par ostéoporose. En effet, ces os ne sont point attaqués d'induration; ils ne sont point hérissés d'aspérités ni d'excroissances : leur carie, du reste, a lieu , soit aux extrémités des os longs, soit aux corps des vertèbres.
§1 734. Le vice cancéreux attaque avec une prédilection marquée les os du crâne et de la face ; il les détruit dans toute leur épaisseur : son action est presque toujours limitée dans un espace circonscrit. Cette
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sorte de carie perce de part en part les os, et les détruit dans une grande étendue. Autour deTendroit caiié on ne trouve point d'autre maladie de Tos , ni exostose, ni induration. Il est probable que le cancer des os conunence par un ramollissement de la subs* tance osseuse; du moins ai-je pu constamment entamer avec le scalpel les bords de la solution de con-» tinuité des os rongés par le cancer.
§. 735. Le principe arthritique affecte les extré* mités des os longs et les os du carpe et du tarse. La carie produite par cette cause est profonde , mais ne montre point de traces d'un travail pathologique prononcé , point de végétations, soit au fond, soit au pourtour de l'ulcère, si on excepte les extrémités articulaires des os. On n'observe pas non plus que l'os malade soit gonflé dans toute son épaisseur ; sa substance est au contraire amincie^ loin d'être hyr |>ertrop]iiée.
§. 736. Le rhumatisme^ qui occupe principalement les tissus musculaires et fibreux, envahit tantôt l'appareil ligamenteux, et tantôt le périoste des os longs et des os larges ; de là il se porte sur la subs* tance osseuse elle-même, la ronge, et y produit une carie superficielle, à moins que, fixé primitivement dans une masse musculaire, il n'ait été transmis par elle jusq[ue dans l'intérieur du tissu réticulaire des os. Cest ce qui arrive parfois aux corps des vertèbres après une inflammation du muscle psoas.
§. 737. Que certains principes morbifiques, tels que celui de la variole, de la rougeole, de la miliaire, de la gale et des dartres, puissent, portés par mé-
176 LIVAÊ II,
tastase sur le tissu osseux , y produire une inflâm-* niatîon qui se termine par la carie ,' c'est une vé-' rite que l'expérience démontre, puisque J. L. Pefit, Ledran et Lalouette ont vu la carie des vertèbres succéder à la variole, à la rougeole, etc. Les mou^ vemens critiques dans certaines fièvres aiguës ont déterminé de semblables phénomènes. Si la phthisie pulmonaire a donné naissance à la carie, c'est prin-» cipalement à celle du larynx ou à celles du sternum et des côtes, dans des cas où une vomique avait con-> tracté des adhérences avec ces dernières. Peut-être aussi peut-on admettre dans la phthisie une acrimonie générale, qui, se fixant sur certains os, y pro* duit la carie, comme elle détermine l'ulcération des parties molles, par exemple de la bouche, du gosier, de la membrane interne, des intestins. La carie du sacrum, du coccyx et du grand trochanter, qui a lieu dans les fièvres malignes , doit en partie être attribuée au décubitus prolongé des malades sur ces os.
§. 738. On avait pensé que la contusion pouvait décider la formatioji de la carie ; on cite même d'assez nombreux exemples en faveur de cette opinion ; mais pour décider la question , il faudrait examiner s'il ne préexistait pas quelque cause cachée qu'aurait réveillée cette contusion , laquelle n'aurait plus dès-lors agi que comme, cause occasionelle.
On a prétendu à plus forte raison que les coups de feu intéressant les os, et l'accès de lair qui en est la suite, déterminaient la carie. M. Boyër ^ a très-bien
1 Mal. chirnrg. ^ t. 3 , p. 45S*
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prouvé que souvent des plaies d'armes à feu traverssaient'plttsieurs articulations du tarse, et établissaient entre elles et l'atmosphère la communication la plus immédiate^ sans que la carie en résultât M. Delpech ^ dit qu'il est mtoe extrémeiheat rare de voir survenir la carie, à des blessures dans lescjuqlles les os ont été brisés ou violemment contus dans les parties les plus disposées par leur structure à cette maladie.
Le pus renfermé dans les abcès n,e peut pas davantage être considéré comme une cause de carie. D'abord le pus louable n'a point de qualités corrosive^ ; en second lieu , on observe que dans les abcès voi»ns des os, le périoste acquiert plus de densit,4: si donc un abcès est accompagné de la carie d'un os voisin, il faut encore rechercher avec soin si ces *deux maladies ont une cause commupe» et qiielle est celle qui s'est montrée la première* . . . ^
§. 739. Pour terminer le tableau de cejtte maladie^ jetons un coup d'œil sur les diÇPérei^tes.parjdes,du squelette qui peuvent en être le siége« «
1.^ La carie du crâne et de la face est le plus ordt;naiiiement vénérienne, cancéreuse ou scrofuleuse. Dans la carie vén^érienae on trouva des érosions nombreuses disséminées d^s .uQ grand nombre d'endroits, au front, au sommet de, la tète, à l'occiput, aux orbites, aux fosses nqisalesjet jusqu'à la base du crâna' Ces os sont souvent^ percés de p^rt ^n part, et toute la tête est comme, criblée.* Cette carie est ou simple 9 ou accoonpagnçe d'pstéosclérose q^ d'exos^
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