‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 49 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De r hypertrophie du cœur.

§. 953. C'est à Bertin^ et à Laenneg' que nous devons la connaissance de cette maladie, qui paraît aToir échappé aux recherches de Cortisart. Ils entendent par hypertrophie^ l'augmentation d'épaisseur de la substance musculaire du cœur, et par conséquent des parois de ses ventricules par accroissement de nutrition. Ces cavités j loin d'être toujout-s augmentées dans la même proportion, perdent au contraire notablement de leur capacité primitive. La diminution de cette capacité à un degré plus ou moins prononcé, permet, suivant Bertin, d'établir trois formes d'hypertrophie. Dans la pr^inière les parois du cœur sont épaissies, sans que les cavités aient augmenté ou diminué de capacité ; c'est Xhyperirophie simple : dans la seconde les parois ont augmenté d'épaisseur, et la cavité est agrandie; c'est Vanéprisme actif on X hypertrophie excentrique : dans la troisième la cavité est rétrécie en même temps que les parois ont augmenté d'épaisseur ; c'est V hypertrophie corir centrique. Cest de la première et de la troisitoie forme qu'il va seulement être^uestion dans ce chapitre.

L'hypertrophie peut exister dans l'un des ventricules seulement ou dans les deux à la fois. Les oreillettes peuvent être affectées en même temps et de la même manière ; mais le plus souvent' elles restent

1 Traité des maladies du cœur^ p. a 8a.

9 Ausculta tion médiate ; 3,* édit, t. 3^ p. io4*

aussi minées que dans l'état naturel. Dans quelques cas cependant elles peuvent être affectées d'hypertrophie indépendamment deé ventricules.

§. 954. Lorsque le ventricule gauche est attaque d^hjpertrophUy ses parois ont quelquefois un pouce d épaisseur à la base du cœur et deux à quatre lignes à sa pointe. Les colonnes charnues acquièrent une grosseur proportionnée au degré de Thypertrophie; d'autres fois cette hypertrophie semble s'opérer aux dépens des colonnes charnues, qui s'effacent et deviennent à peine visibles. En même temps la substance musculaire présente une fermeté qui quelquefois surpasse de beaucoup sa consistance naturelle; sa couleur est alors d'un rou^e plus intense. La cavité du ventricule parait avoir perdu en capacité ce que ses parois ont gagné en épaisseur. Laekneg l'a quelquefois trouvée tellement petite dans des cœurs deux fois plus volumineux que le poing, qu'elle aurait pu à peine loger une amande revêtue de son écorce li* gneuse. Le ventricule droit, d'autant plus petit que l'hypertrophie du gauche est prononcée 9 est aplati le long de la cloison interventriculaire , et ne descend pas jusqu à la pointe du cœur. Ordinairement , aussi rhypertrophie du ventricule entraine celle de la cloison. Quelquefois, c<)mme Ta remarqué Ber- TJQ!>ï , rhypertrophie est inégale dans chaque portion du ventricule, et peut même n'être sensible que dans un de ses pcÂnts.

§. 955. Les signes de l'hypertrophie du ventrieule'sont, d'après Laennec, un poids fort et développé, symptôme que je n'ai pas pu constater par II. 36

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zn€9 propres ob6erratîon6, ayant toujour» trouvé \e pouls faible , petit et filiforme ; des pubalions fortes et sensibles, soit pour le malade, soit par TappUc»tion de la mais sur !à région du cœur ; Tabsence ou la diminution du son donné par la percussion exercée sur cette région , et la teinte de la face plutôt rouge que violette. Cependant ces signes ne sont nullement coDStans, et l'e^j^oration par le cylindre en fournit seule, d'après Lacnnec, de plus pontife. La ccmtraction du ventricule gauche, explorée ^itre les cartilages des cinquième et sixième côtes mernales, donné une impulsion très-fone et un bruit plus sourd que dans Tétai naturel. La coatraclîon de l'oreillette est très -brève et très • détachée^ peu son(H*e, et par là à peine sensible dans les cas extrêmes. Les battemens du cœur ne s'entendest que dans une petite étendue : le plus souvent on les entend à peine sous la clavicule gaucbe et vers le haut du sternum. Le malade éprouve plus halntuellement les battemens du cœur; mais il est moins sujet aux fortes palpitations de cet organe.

Quelquefois l'hypertrophie de ce ventricule est accompagnée d'un anéviîsme passif du ventricule droit , comme j'en rapporterai plus tard un exemple^

§.956. V hypertrophie du ventricule cirait j hëxor coup plus rare que celle du gauche , présente les caractères anatomiques suivans. Les parois de ce ventricule sont plus épaisses et plus f^mes que dans l'état naturel; leur épaississement est plus uniforme que celui du ventricule gauche, quoiqu'il soit un peu phis marqué aux environs.de la valvule triglo-

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chine et vers l'origine de lanèré pulmonaire, Les colonnes charnues et les piliers des valvules offrent une augmentation considérable de volume ; néanmoins 1 épaisseur absolue des parois de ce ventricule n'est dans aucun cas très-considérable , Laennec ne l'ayant jamais trouvée de plus de quatre à cinq lignes.

§. 967. On reconnaît cette hypertrophie d'abord au gonflement des veines jugulaires externes, accompagne de pulsations analogues et isochrones à celles dune artère; signe que Lancisi avait déjà signalé pour les anévrismes actifs de ce ventricule , et que Corvisart a rejeté , tandis que Laenneo Ta confirmé par ses observations. U est vrai que ces pulsations se bornent ordinairement à la partie in* férieure des veines jugulaires, et qu'elles ne sont pkis sensibles ou le sont beaucoup moins vers la partie moyenne du cou.

A l'exploration avec le cylindre , le coeur donne une impulsion plus forte sous la partie inférieure du sternum qu'entre les cartilages des cinquième et septième côtes, et le bruit des contractions du ventri*» cule est moins sourd que daiis celui du côté gauche*

§. 958. Lorsque ies deux ventricules sont simula ianément hypertrophiés^ ils présentent les caractères anatomiques propres à chacun.

Les symptômes consistent également dans la réunion des signes appartenant à l'hypertrophie de chacun de ces ventricules , mais avec prédominance presque constante de ceux qui indiquent Fhypertrophie du ventricule droit

J'ai observé l'hypertrophie des deux ventricules

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sur un sujel chez lequel elle était accompagnée Jîiifiltralion séreuse et (Tépancheinens de même nature, soit effets consécutifs, soit peut-être causes de la maladie. Cétâit sur une jeune personne de dix-neuf ans, qui, habituellement sujette à des sueurs des pieds, eut rimprudence de les tremper dans l'eau froide. Bientôt ces parties devinrent oedémateuses, et le ventre luimême se rempUt d'eau. Cependant l'appétit ne se perdit point, et les fonctions de la digestion s'exécutteent comme dans l'état de santé. Les urines elles-inémes étaient extrêmement copieuses. Il n'y avait aucune palpitation de cœur, ni aucune gêne dans la respiration. Cest dans cet état qu'elle fut reçue à la clinique le 7 Novembre 1837. Quoiqu'on eût rélabU la transpiration des pieds et que les urines continuassent à couler avec tme grande abondance, la maladie lie fit qu'augmenter, et l'infiltration gagna la face et les mains; des ulcères se formèrent aux mollets, et fournirait une abondante séroâté. Après un traitement de vingt jours, dans lequel on employa snccesâvement les diurétiques, les laxatifi antiphlogistiques, et même une saignée au bras , quoiqu'il n'y eût aucun indice de pléthore proprement dite, il survint une amélioration si sensible, que nous crûmes pouvoir annoncer une parfidte guérison. En effet , l'œdème et l'ascite disparurent complètement ."il ne resta qu'un lumbago, qui paruA être le précurseur de la menstruation, jusqu'alors régulière. Cependant celle-ci ne se manifesta point ; elle fut remplacée par une leucorrhée très -abondante. Après un séjour de deux mois à la clinique, la malade en sortit

avec toutes les apparences de la santé. Trois mois après elle vint réclamer de nouveau nos secours contre la même maladie. La rechute avait été déterminée, à ce qu'il parait, par une fièvre quotidienne^ qui, après quinze accès, seuit éteinte d'elle-même. L'anasarque était aussi prononcée que la première fois; le ventre était trèsndistendu. Cette fois le pouls était petit, faible, et donnait cent pulsations pav minute La respiration était gênée et sifllante; mais il n'y avait point de chaleur et point d'anorexie; lea selles étaient naturelles , et les urines copieuses et fréquentes. Peu après pourtant l'appétit se perdit f la maladie fit des progrès rapides , malgré la fréquence des urines et des selles; la dyspnée dégénéra en orthopnée; on fut contraint de pratiquer la ponction du bas-ventre, par laquelle on donna issue à six livres d'eau : la respiration devint plus libre; mais il survint une fièvre continue: le pouls, très-petit, battait cent quarante fois par minute. La malade eut plusieurs, accès de lipothymie, et mourut sept jours après sa seconde entrée à l'hospice, sans angoisses, avec parfaite intégrité des fonctions intellectuelles. A l'ouverture du cadavre, faite vingt-quatre heures après la mort, nous trouvâmes un épanchement con* sidérable dans la cavité du 'péritoine , tous les viscères de cette même cavité sains. Le poumon gauche était également sain; mais du côté droit, outre ua hydrothorax, il y avait oedème du poumon. Le cœur pesait dix onces et demie ' ; les parois du ventricule

1 Va rage du sujets au moins deux oncei de pliu <{ue dtii% réUi natarel.

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gauche étaient épaisses de dix lignes ^ ; k cloison interventriculaire avait onze lignes d'épaisseur 3; la c%vité de ce ventricule , dans Tendroit où il était le plus dilaté t était de quatre lignes. Dans les autres points les parois se touchaient, et la cavité ventriculaire n'était qu'une sorte de fente courbe, dont la convexité regardait le ventricule droit. Celui-ci, également très-contracté, ayant des parois épaisses de cinq lignes^, dessinait une cavité recourbée de la longueur de onze lignes, d'un diamètre transversal d'une ligne trois quarts : sa concavité était dirigée vers le ventricule gauche. L'oreillette gauche était également hypertrophiée : ses parois , plu^ nuisculeuses qu'à l'ordinaire, avaient une ligne et demie d'épaisseur 4; elles' se soutenaient presque en voûte, tant elles avaient de densité. Les quatre veines pulmonaires qui s y déchargent faisaient par leur flaccidité un contraste frappant L'artère pulmonaire, mesurée à son origine, avait treize lignes de dia-* mètre ; l'artère aorte avait une ligne de plus.

§. 959. La cause prochaine de l'hypertrophie du cœur est un travail nutritif fixé sur le tissu musculaire de cet organe. Lorsque des circonstances particulières appellent vers ce dernier un sang plus abondant et plus irritant, il augmente de masse el d'épaisseur, et acquiert une énergie très-prononcée : c'est ce qu'on observe particulièrement au ventricule

I S«pt lignes dast Féuit natarel.

9 Sept lignes dans Pétat natnrel.

• S. Deux lignes et quart dans IVtat naturel. 4 Une demi-ligne dans Pétat natarel.

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gtiicfae/qai, en cDotacA avec un sang plus vical» est nécessairement plus disposé à Thypercrophie. Que le concours de Tinnervaiion soit nécessaire pour que le travail nutritif s'exécute avec un degré de fôrce, suffisant pour produire rhypeitro[^ie, c'est une conséquence naturelle des principes que nouç avons établis si souvent dans cet ouvrage ; aussi voyons* nous que les causes éloignées de l'hypertrophie du coeur sont surtout celles qui agissent sur la sphère, nerveuse de cet organe , ieUes que les passions de l'ame, qui le font contracter démesurément et pal* piter avec force. Après les irritations nerveuses pures, je conçois aussi que certains principes morbifiques, par exemple le rhumatismal ^ Tarthritique^ le syphilitique ) peuvent se porter sur ie co^ur et exalter sa force nutritive, soit immédiatement, soit au moyen d'une péricardite ^'ils auront déterminée, comme j'en raconterai plus tard un exemple eonduant. Au reste, que le principe syphilitique puisse produire l'hypertrophie des organes, c'est ce dont nous avons eu des pneuves dans la maladie du système osseux oosinue sous le nom diosléosclérose. §. 960. L'hypertrophie, surtout celle appelée par BWTtN concentrique^ une fois achevée dans le prin* eipal organe de la dreidation , il doit en résulter un effet immédiat qui n'a pas encore été signalé. Cest un dé&ut d'extensilnlité qui ac permet plus la dilatadon des cavités du cœur à un degré suffisant pour rtœvoir le sang vrineux : aussi le pouls est-il petk, précipité et filiforme dans le «as d'hy-^ pertrophie du venuicule gauche ; tel est du moins

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l'état dans lequel je l'ai toujours trouvé sur les individus atteints de cette maladie. Et comment en serait -il autrement ? Le ventricule , ne recevant qu'une quantité de sang très-modique, pourrait-il en lancer assez dans les artères pour que le pouls fut fort et développé? Outre que toutes les fonctions languissent par défaut d'un sang artériel suffisant à l'entretien des organes, le retour de ce floide au cœur est empêché aussi , puisque les cavités droites, ainsi que le poumon, ne peuvent se décharger dans un ventiîcule qui ne se dilate point De là les stases sanguines dans le réseau capillaire, soit pulmonaire, soit général, et surtout dans la portion veineuse de ce réseau^ de là la dyspnée, ainsi que l'infiltration séreuse générale, qui arrivent de la même manière que si on avait comprimé ou lié un tronc veineux principal.

§.961. Cependant, quelque prononcé que soit le surcroît de la masse musculaire dans les cas d'hyp^Urophie du coeur, je ne crois pas que cette cause mécanique soit la seule qui s'oppose à la dilatation de ses cavités : il est probable <}u'il s'y joint une cause vitale, et qui a pour effet d'entretenir dans le coeur une contraction tonique permanente, indépen" dante des contractions qui caractérisent les mouveniens de systole. C'est cette contraction tonique qui survit à la mort générale, et que Ton peitt constater sur le cœur d'une manière évidente, surtout à l'orifice auriculo^entriculaire dh ventricule gauche. J'ai vu cet orifiee^ extrêmement rétréci, offrant l'aspect d'une bourse dont Touverture serait froncée

par. l'effet d'un' cordonnet à coulisse. Le doigt né le dilatait que difficileDotent» et ce n'est qu'avec peine qu'il pénétrait dans le ventricule gauche.

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