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CHAPITRE III. De rané^risme du cœur

% 963. L'anévrisme du cœur est une dilatation contre nature d'une, de plusieurs ou de toutes les cavités de ce viscère. On peut distinguer trois sortes de dilatations anévrismaliques.

Dans la première, que, d'après Bertin, nous nommerons aneWisme simple j il y a dilatation des cavités et état normal de leurs parois. La seconde consiste dans la dilatation avec hypertrophie (a/i/lyrisme actif)* Dans la troisième, enfin, les cavités sont dilatées, et leurs parois amincies ei flasques {anévrisme passif). Je traiterai des anévrismes actif et passif avant de parler de lanévrisroe simple.

ARTICLE premier.

Anéi^risme actif du cœur*

Il peut affecter à la fois toutes les cavités ou chacune déciles séparément Parcourons successivement ces divers cas.

Anéçrisme actif de toutes les cavités du cœur,

§. 964. L'examen anatomique montre dans cette maladie le cœur d'un volume double de son volume naturel. Les parois de ses cavités sont épaisses, sans qne la sur&ce interne de celles-ci offre d'irrégularités. Les exemples de cette sorte d'anévrisme sont rares, par la raison que les deux cavités du cœur sont rarement placées simultanément. dans les cir^

4Jà iHtré it

constances propres à sa production. En effet, lorsqu'il y a anévrisme actif au ventricule gauche , il y a le plus souvent dilatation passive au ventricule droit Toutefois nous avons des exemples bien avérés de ]a coexistence de l'anévrisrae actif dans les deux ventricules, et nous pouvons en tracer un tableau fidèle.

§. 965. Les symptômes de cette maladie sont des battemens de cœur brusques, secs et précipités; le pouls fort, plein 9 régulier et fréquent ; le visage violet, bouffi, inégalement livide; de l'oppression, de la toux , le crachement de sang. Les contractions du cœur sont facilement senties par la main appliquée sur la région du cœur. Cette main est fortement frappée et repoussée par la violence des pulsations, surtout lorsque le malade éprouve des palpitations. Si Ton examine attentivement celui-ci dans les momens où il est le plus calme, on voit que sa tète, ses membres et les couvertures mêmes de son lit, sont ébranlés à chaque contraction du cœur. Les battemens des carotides , des radiales et deS' auti*es artères superficielles, sont souvent visibles. Si Ton presse la région du cœur, cet organe semble, suivant l'expression de Corvisart, sHrriter corUre la pression^ et réagir plus fortement encore.

Par Tapplicalion du cylindre, les contractions du ventricule donnent à la fois une impulsion forte et un bruit assee marqué ; celles des oreillettes sont sonoreis. Les pulsations s'entendent dans une [grande étendue, et quelquefois même, surtout ds^ns les sujets maigres et che^ les enf^ns, l'impul^on est éga^

ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. ^l^

lement sentie sous les ckvicules, dans les côtés. et même un peu dans la partie gauche du dos. En exl^orant successivement les battemens du- cœur sous la partie inférieure du sternum et entre les cartilages, des cinquième et septième cotes gauches, celte exploration fait connaître quel. est le ventricule affecta» s'il ny en a qu'un, ou si les deux sont attaqués, en même temps.

Comme cette maladie, lorsqu'elle occupe tout^ les cavités du cœur, augmente considérablement le volume de ce viscère, c'est aussi dans ces cas que l'absence de son par les percussions se remarque le plus souvent et dans le plus d'étendue.

§. 966. En réfléchissant sur la paibogénie de cet anévnsme, on^n trouvera la cause dans, l'exercice même des fonctions du cœur, organe principal et centre éminemnlent actif de la nutrition. Lorsqu'il y a, par exemple, disproportion entre la force du cœur et le calibre des vaisseaux artériels qui en so;*lent , le premier ne peut pas se dégorger complètement : il en résulte que ses fibres s'alongent , que les artères coronaires, restant elles-mêmes dans un état d'engorgement, lui fournissent plus de substance nutritive , et augmentent par conséquent sa masse et son énergie. Cette disproportion, qui, suivant CoryiSART, peut être • congénitale , est en effet prouvée par de nombreux exemples. Megxël en cite un remarquable dans les Actes de Berlin : le diamètre de l'aorte n'avait que huit lignes; J'en ai rencontré un autre dans lequel cette artère n a que huit lignes et demie de diamètre , tandis que le ventricule gauche

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est dilaté au point que sa cavité seule a trois ponces dix lignes de diamètre longitudinal et trois ponces trois lignes de diamètre transversal. Cette pièfce est conservée dans notre Mutsée. L'accumulation de sang dans les cavités du cœur, l'irritation plus prolongée de leurs parois, la circulation plus active et plus profonde de ce liquide nourricier dans sa substance charnue , la réaction vive des fibres musculaires ; telles sont, suivant Corvisart^ les causes efficientes

de Tanévrisme actif.

Mais ce défaut de rapport entre le calibre des vaisseaux et la quantité de sang que le cœur doit y faire passer, n'est pas la seule cause de l'anévrisme actif Tous les obstacles apportés au cours du sang, soit par vice d'organisation, soit par un état pathologique quelconque, soit par l'influence des affec* tions morales sur l'action du cœur, produisent les mêmes résultats. Parmi ces obstacles on peut compter une disposition, spit transitoire, soit p^inanente, des vaisseaux capillaires, qui représentent les derniers rameaux de l'arbre artériel Que ces capillaires soient frappées de spasme, par quelque cause que ce soit, par une influence physique ou morale, ce changement retentit aussitôt sur le cœur luimême, et excite en lui des mpuvemens plus marqués. Ainsi, quoique l'activité du cœur influe évi* denunent sur les vaisseaux capillaires, bien^ que ceux-ci renferment en eux la raison suffisante de leur mouvement, il n'en est pas moins vrai qu'ils

exercent à leur tour une influence rétrograde sur le cœur 4iiî-inèDie Je suis porté à croire que Tinfiltratien kbopathique du tissu cellulaire, en gênant et «mpèdunt plus ou moins la circulation capillaire, peut devenir à son tour une cause de dilatation dans les cavités du cœur.

§. 967. De plus ,, il faut ranger au nombre des causes déterminantes de l'anévrisme actif, une lésion aiguë par un effort violent, un exercice immodéré, rinflammation du péricarde, que j'ai observée dans un cas que je vais rapporter; oifin, Faction de certains principes morbifiques dirigés sur le cœur, tels que le rhumatismal, l'arthritique. Voici un exemple de cette dernière cause.

Une dame de trente -quatre ans avait éprouvé, étant demoiselle , deux accès de goutte. L'ayant traitée dons un de ces accès^ qui avait duré six semaines, j'ai pu me convaincre de leur violence et de leur opiniâtreté. Ce ne fut que peu à peu que le principe arthritique parut s'éteindre.

S'étant mariée à Tàge de trente ans, deux ans après sa dernière attaque, et étant devenue enceinte, peu de temps après , elle eut une grossesse assez heureuse, qui se termina par un accouchement naturel Les couches se passèrent aussi sans accidens ; mais deux ans après, cette dame se plaignit de douleurs de ventre, qui me parurent purement nerveuses, ainsi que d'oppressions de poitrine violentes. Des bains émoUiens n'ayant calmé qu'imparfaitement ces symptômes, les eaux minérales de Miederbronn (eaux salines dans le département du Bas-Rhin) fu-

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rent conseillées. La malade s'en trouva fort mal, et revint à Strasbourg avec une oppression de poitrine et des palpitations de coeur très^violentes. Peu à peu les signes de Tanévrisme ne purent être mécoûnus. Cette aSeciion augmenta rapidement, et fit périr la malade à l'âge de trente - quatre ans, sans avoir déterminé ni infiltration séreuse, ni épanchemènt. Vers la fin de lai maladie il se manifesta tout à coup une intumescence du foie ; disposition que j'ai remarquée dans plusieurs cas d'anévrismè du cœur, et qui a déjà été signalée par plusieurs auteui^s. A l'autopsie cadavérique je trouvai le cœur dilaté dans toutes ses cavités , et les deux ventricules attaqués d'anévrismè actif. Cet organe pesait quatorze onces et demie, c'est-à-dire cinq onces et demie de plus que dans l'état naturel. Son diamètre longitudinal était de sept pouces et le transversal de cinq : il avait donc dans ses dimensions deux à trois pouces de plus que dans les cas ordinaires. Les parois des ventricules étaient épaisses , denses et manifestement hypertrophiées : leurs colonnes charnues étaient beaucoup plus prononcées que dans Tétai naturel.

§. 968. Lorsque le cœur est frappé de dilatation anévrismatique avec hypertrophie dans toutes ses parties , on peut à bon droit lui appliquer l'épithète à! énorme {cordis enormilas) , appelée par NidoLAS Ma&sa cardiagmuSy et découveite par quelques au*teurs, tels que Du Laurent^, sur le cadavre de I * ■ ■■ ■ I I ■

Tambassadeur toscan Guidardmi , et par IÏorret , sur un individu à la suite de violentes affections morales.^

Un exemple frappant que j'ai observé, est cdui d'un individu de cinquante-quatre ans, qui, après avoir suivi la carrière «des armes et s'être ensuite livré au commerce , s'en était retiré depuis quelque temps. Cet individu, très*-fort, très-musculeux, vivant dans une grande aisance , d'un tempérament irritable et d'une grande susceptibilité, éprouva, trois ans avant la maladie qui le conduisit au tombeau^ une affection aiguë de la poitrine, que, d'après ses symptômes, je considérai avec les médecins qui le traitaient comme une pneumonie des plus graves; et dans laquelle le poumon était près de s'hépatiser dans toute son étendue. La méthode antiphlogisiique largement employée sauva le malade du danger imminent dans lequel il se trouvait, et il ne lui resta aucune trace de cette maladie, si ce n'est un certain essoufflement en montant un escalier. Un voyage de cent vingt lieues, entrepris au cœur de l'hiver, probablenient aussi des chagrins domestiques, augmentèrent ce symptôme , qui , malgré les soins les plus assidus, s'accrut dans l'espace de cinq mois st un point désespérant La dyspnée était parfois extrême, le pouls presque constamment dur; mais, par une exception singulière , on ne découvrait point cette pulsation forte et énergique du cœur qu'on aurait dû trouver dans la supposition d'un

i Exercit. de circuL sang, ad RioL^ p. i49' Edit, Lugd, BaU' IL 37

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anévrisme actif. La face n'était point vultueuse; les lèvres et les y^ux n'étaient pas livides ; les veines jugulaires n'étaient pas gonflées. Vers la fin de la maladie on découvrit que les battemens du cœur étaient plus fréquens que ceux des artèr«s^ une toux assez insignifiante se joignit aux autres symptômes; toute la peau se couvrit d'une éruption miliaire ; les extrémités inférieures s'infiltrèrent considérablement, et les deux cuisses furent le siège de nombreux furoncles. Dans les derniers jours de la vie, la peau des jambes se fendilla, et laissa écouler d'abondantes sérosités; l'orthopnée devint de plus en plus grave; la fidblesse parvint à un degré extrême. Le malade était plongé dans un sommeil d'afiaissement ; sa voix s'éteignit 9 et le pouls devint de plus en plus imperceptible. La mort eut lieu en Octobre 1 827, dans un accès de syncope:

A l'ouverture du cadavre, faite trente -six heures après la mort, on trouva, en bornant les recherches à la cavité de la poitrine^ les poumons sains et adhérant à la plèvre costale , conséquemment point d'hydro* thorax, dont quelques symptômes semblaient prouver l'existence. Les cerceaux cartilagineux de la tra-* chée- artère étaient tous ossifiés. Le parenchyme pulmonaire lui-même était sain. Le cœur était adhérent 4u péricarde dans toute son étendue, au moyen d'un tissu cellulaire lâche. Les /Oreillettes étaient adhérentes aux ventricules, au point qu'il était difficile de*découvrir la séparation de ces deux cavités à l'extérieur.- Le péricarde lui-même ii'était point épaissi dans son tissu. Quant au cœur, il était d'un

volume dont je n'avais pas encore vu d'exemple. Son diamètre longitudinal était de neuf pouces (cinq et demi dans Vétat naturel); le transversal, c'est-à-dire la largeur des deux ventricules réunis mesurés à leur base, était de six pouces deux lignes ^ trois pouces dans l'état naturel) : il pesait deux livres (poids ordinaire, dix onces). Quant à la disposition des cavités, voici ce qu'il y avait de remarquaUe. L'épaisseur de la paroi du ventricule droit, mesurée à la pointe du cœur, était de quatre lignes et demie (épaisseur naturelle, une demi -ligne); vers la base, de cinq lignes (épaisseur naturelle , deux lignes un quart); au-dessous de l'orifice auriculo-ventriculaire, de sept lignes. Il j avait dans ce ventricule du sang coagulé ^ fibrineux et assez tenace. L'orifice de l'artère pulmqnaire et les valvules semilunaires n'offraient rien de particulier. La cavité de l'oreillette droite était très-ample : ses parois avaient une ligne et demie d'épaisseur (une demi-ligne de plus que dans l'état naturel). L'oreillette gauche était également plus ample que dans l'état ordinaire : ses parois étaient épaisses d'une ligne (une demi-ligne de plus que dans Fétat ordinaire). Le ventricule gauche était extrêmement ample, mais ne renfermait plus de sang polypeux : ses parois avaient une épaisseur de six Ugnes vers b pointe du coeur (deux lignes de plus que dans Fétat ordinaire), et de huit lignes à sa base et au-dessous de Fattache des valvules mitrales (une ligne de plus que dans Fétat naturel). Li'orifice de Fartère aorte ne présentait rien d'anormal; ses YÛyvles semi-lunaires étaient intactes. Le

diamètre des deux artères avait son étendue naturelle (douze à quatorze lignes).

. Il y avait à la base et à la pointe du cœur une couche de graisse de deux à trois lignes d'épaisseur. Enfin, je remarquai que les colonnes charnues des deux ventricules n'étaient pas plus développées qu a l'ordinaire.

La cause efficiente de cet anévrisme paraît avoir été une épiphlogose du feuillet séreux du péricarde, qm avait déterminé une surnutrition dans le cœur.

La maladie extrêmement grave survenue trois ans avant celle qui mit fin à la vie de cet individu, et que j'avais jugée être une pneumonie^ avait probablement élé une péricardite.

Anéçnsme actif du veniricuU gauche»

§. 969. Ce ventricule est le plus fi^équemment affecté de l'anévrisme actif. On sait que dans letat physiologique il est doué d'une force beaucoup plus grande, qui lui est aussi plus nécessaire. Le sang, en l'excitant, détermine en lui non une dilatation passive , mais un surcroit d'énergie vitale et ime nutrition plus active.

Quelquefois dans les ouvertures cadavériques les parois de ce ventricule ont à leur base un pouce d'épaisseur. J'en ai vu qui avaient jusqu'à quatorze lignes. La substance musculaire du ventricule pré- ' sente parfois une deiisité [dus que double de la consistance naturelle ^ elle est aussi d'une couleur rouge plus intense.

§. 910. Les symptômes dé cet anévrisme sont un

ANATOMIE PATHOU)GIQUE SPÉCIALE. 4^^

pouls très-développé , des pulsations fortes* et sensibles, aperçues par le malade lui-même, et facilement senties par la main du médecin appliquée sur la ré^ gion du cœur; Tabsence ou la diminution de la ré^ sonnance par la percussion exercée sur cette région, et la teinte de la face plutôt rouge que violette.

Le cylindre appliqué à la poitrine donne les résul*tats énoncés -précédemment. Le choc communiqué par les pulsations du cœur et le bruit assez marqué se perçoivent plus particulièrement au côté gauche de la poitrine; et ces deux signes sont sensibles dans une assez grande étendue et jusque vers la clavicule.

§. 971. Ce qui rend fréquent Tanévrisme actif du ventricule gauche, ce sont les altérations de Tembouchure aortique, bien plus communes que celles de l'orifice de Tartère pulmonaire. C'est ainsi ({u'on trouve à cet orifice aortique des végétations char'* nues, des ossifications, des concrétions stalactiformes osséo-pierreuses, qui le rétrécissent plus ou moins; Ces concrétions sont le plus souvent un effet de la maladie arthritique, laquelle peut aussi déterminer directement Tanévrisme actif du ventricule ^uche, sans dépôt de matière calcaire, comme le prouve l'observation suivante.

Une fille de dix-neuf ans, d'une ccmstilution faible, d'un tempérament lymphatique, sujette à des irrégularités dans la menstruation ^ entra à la c£m"> que interne le i5 Novembre 1827 : elle était atteinte pour la quatrième ibis de rhumatisme goattMx» accompagné de toux . catarrhale ; ses règles étaient supprimées depuis quatre mois. Le jaur de son ca*

4^^ - LITRE ]f.

trée la maladie présentait les phénomènes suivans : doulear au stemmn , gonflemeni des doigts de la , main ganche, pools dur et assez fréquent, expectoration difficile, soif, langue nette, appétit impar&it, abdomen mou et fa<rile à déprimer. Ce quatrième accès d'arthritis datait de quinze jours, et les dix premiers jours après son entrée à Thospice, il se porta successirement de la main • gauche à la droite, de celle-ci à Tomoplate, de là à la poitrine : alors des palpitations de cœur et une respiration courte et difficile nous firent craindre la formation d une maladie organicpie La saignée et les réTulsi& n'apportèrent qu'un soulagement momentané. Bientôt tous les symptômes s'aggravèrent ; les mouyemens du coeur devinrent tumultueux; la dyspnée dégénéra en orthopnée \ la respration fut sibilante; il y eut d'abondantes sueurs, mais qui ne furent nullement critiques. Une seconde saignée et la digitale pourprée produisirent un amendement no»table dans les symptômes; le pouls perdit de sa fréquence et le cœur de ses mouvemens désordonnés ; la re^ration devint plus paisible , et ime expectoration sangttinolente parut soulager beaucoup la poitrine. Après ce calme, qui dura sept jours, l'oppression de poitrine reparut; la respiration devint anhéleuse, le pouls irrégulier, les palpitaticms vives; mais ce qui nous inquiéta le plus, ce fut la disparition de toutes les douleurs aux articulations. Cependant de puissans révulsifs, appliqués aux membres, rendirent le calme .aux organes de la poitrine ; la main droite se tuméfia de nouveau ; le pouls rede-

ANATOHl£ PATHOLOGIQUE SP£:CIALE. 4^^

Tint naturel , la respiration tout->àrÊât libre et le eœur parËûtement tranquille : il y eut même pen^ dant trois jours une amélioration si sensible , que ia malade ne se plaignit plus que de renvois acides^ qui furent combattus avec succès par le carbonate de magnésie. Une douleur de Thypocondre droit, gênant tant soit peu la respiration , annonça le re^ tour des accès. Ceux-ci, d abord peu prononcés, acquirent bientôt un caractère plus fâcheux que ja** mais. Après plusieurs alternatives de douleurs dans les membres supérieurs ou inférieurs, djins Tépine dorsale et dans les régions iliaques, douleurs durant lesquelles les symptômes de Tanévrisme avaient considérablement diminué , ceux-ci reparurent avec plus de force du moment que cette espèce d'antago^ nisme fut rompu. A la dyspnée, aux palpitations du coeur, à Tirrégularité du pouls, s'associèrent un état comateux, une douleur dans la région précordiale, suivie Inentôt d'ime douleur pongitive dans tout le côté gauche de la poitrine. Une troisième saignée générale et l'application des sangsues apportèrent de nouveau quelque soulagement : il y eut même un moment où la disparition presque complète des Sjrmptômes alarmans, jointe à la tranquillité morale de la malade , nous permirent de nouveau d'espérer son rétablissement. Mais après quelques jours de calme, les mouvemens du cœur redevinrent tumultueux; le pouls petit, faible et irréguKer^ Fhypocondre droit tendu, les pieds infiltrés, le ventre relâché, les urines rares et brûlantes : on découvrit une intumescence du foie et iea signes de l'ascite.

4^4 LTTRE. II.

D/ës-Iors la prostration des forces augmenta visiblement; un délire taciturne s'établit; les extrémités inférieures se couvrirent de phlyctènes, et Ja malade rendit le dernier soupir, conservant toute sa pré-* sence' d esprit

Ainsi, pendant tout le temps que cette fille resta à la clinique, du i5 Novembre 1837 au 7 Février 1828, la maladie offrit plusieurs alternatives. Plus d'une fois nous la crûmes en chemin de guérison, et chaque fois une rechute fit évanouir nos espérances.

Le cadavre, ouvert trente -six heures après la mort, présenta dans les deux cavités splanchniques un épanchement très-notable. La matière contenue dans le bas -ventre était puriforme, effet d'une fajdrophlogose : celle des plèvres était plus limpide. Le foie se trouvait dans un état de pléthore, la rate dans l'état normal Le poumon était gorgé de sang noir, ce qui déjà faisait présumer que la circulation à travers ce viscère avait dû être très-gènée. Le péricarde avait contracté des adhérences partiellesavec le cœur. Ce}ui-ci pesait dix-sept once$; il était long de six pouces et demi et large de quatre pouces et demi à sa base. L'oreillette droite était très-amjde. La valvule d'Eustache existait encore. L'orifice auriculo-ventriculaire était dans l'état naturel. Le ventricule droit était légèrement dilaté et sans hypertrophie. L'oreillette gauche était très-ample ;. mais aucun rétrécissement mécanique n'existait ni à Torifice auriculo-yentriculaire, ni à l'origine de l'aorte. Le ventricule gauche était tellement dilaté qu'on

ANÀTOMIE PATHOIiOGPQCrE SPÉaALE. ^^A

pouvait cacher le poing dans son intérieur ; ses parois avaient partout neuf lignes d'épaisseur.

Il résulte de ces recherches que le côté gaudbe du cœur était le siège d'un anévrisme actif

Dès sa tendre en&nce , vers Page de quatre à cinq ans y cette jeune fille avait été sujette à des palpitations de cœur. Le moindre exercice, la moindre étootioa lui en occasionaient de très -vives. Ses règles parurent à Tâge de quatorze ans. Forcée alors de travailler pour subvenir à ses besoins, elle se fit bonne d'enfant. Cet état, assez Ëitigant, l'exposait aux int^npéries de l'air, en la forçant de passer plusieurs heures par jour à laver au bord de la rivière ; aussi fut-elle attaquée un an après sa première menstruation d'un rhumatisme arthritique, qui dura quinze jours. Ces attaques se répétèrent <leux*foîs dans l'espace de trois ans. Ce ne fut qu'à la troisième qu'on s'aperçut que les palpitations du cœur étaient plus violentes pendant la durée de l'affection goutteuse. Enfin, au mois de Novembre 1827, saisie pour la quatrième fois de la même maladie, elle succomba.

Je présume qu'une prédisposition à la maladie organique du cœur existait chez cette jeune fille dès 1 âge de quatre ans , et que le principe arthritique, en se fixant plus tard sur cet organe, n'a fait que hâter Ihypertrophie avec dilatation du ventricule gauche.

tion telle que le diamètre transversal de cette cavité était de deux pouces neuf lignes et le perpendiculaire de deux pouces une ligne), un rétrécissement extraordinaire de l'orifice .anriculo-Tentriculaire. Ce rétrécissement était produit par des végétations osseuses stalactiformes, qui avaient changé cet orifice' en une fente elliptique de huit lignes de diamèire transversal et de cinq lignes de petit diamètre (l'orifice auriculo-ventriculaire droit avait dix-sept lignes d'étendue). Ces végétations avançaient et pénétraient tellement dans les chairs, qu'elles faisaient faire une saillie à la couche la plus superficielle des fibres musculaires de la base du ventricule, et qu'elles avaient jusqu'à dix lignes d'épaisseur. Les deux valvules mitrales étaient également ossifiées depuis leur base jusqu'à leur pointe; elles renfermaient des plaques osseuses de quatre lignes d'épaisseur. Il se trouvait, en un mot, depuis l'orifice auriculo-ventriculaire jusqu'au milieu du ventricule, une sorte d*entonnoir osseux, qui se terminait par une fente elliptique, dont le grand diamètre était de six lignes et le petit de deux lignes. Le cœur, droit, qui était dans son état naturel de dilatation , n'offrait aucune trace d'ossification.

Le malade , âgé de quarante^inq ans , après avoir été long -temps tourmenté d'accès- de goutte dans différentes articulations des membres, contracta peu à peu une cachexie séreuse, qui précéda de quelques mois les symptômes de Tanévrisme. Ceux-ci étaient particulièrement caractérisés pair une constante dyspnée^ qui dégénérait souvent en attaques de suffoca-

tîon. Cet individu se plaignait en outre d'un sentiment de plénitude dans la poitrine, ainsi que d*une douleur au dos, qui lui semblait couper cette partie en travers» Les batlemens du cœur au cinquième espace intercostal étaient secs et vifs^ le pouls fréquent et dur^ la face blême et infiltrée, mais ni vultueuse ni violette. Le stéthoscope n'él,ait pas encore connu à l'époque de cette observation. La percussion donnait de la sonoréité dans toutes les parties du tliorax. La mort arriva après un siaàgnement de nez et durant une syncope.

Je n'ai pas encore observé l'anévrisme actif de l'oreillette droite seul, isolé et sans altération du ventricule du même côté.

ARTICLE SECOND

Anéi^risme passif.

Dans cette espèce d'anévrisme, comme dans l'ané-. vrisme actif, la maladie peut affecter toutes les cavités du cœur bu l'une d'elles séparément.

Animsmt -passif de toutes hs cavités du cœur.

§. 975. L'anévrisme passif de toutes les cavités du coeur n'est point rare. Lorsque les deux ventricules sont dilatés en même temps, il§ sont arrondis, près-, que aussi larges à leur pointe qu'à leur base, et présentent plutôt la forme d'une gibecière que celle d'un cône ^ : leurs parois sont plus flasques et plus

1 Laskhsc, /. c, t. 3, p. iiSj S.'édit.

amincies ; les colonnes charnues sont pea prononcées ; la fihra du cœur parait d'une couleur plus * foncée, et les vaisseaux capillaires sont plus injectés de sang.

§.976. Dans cette dilatation générale des cavités du cœur, les palpitations sont faibles, plus rares et plus sourdes que dans Tanévrisme actif, ou même que dans l'état normal de cet organe. En appliquant la main sur la région précordiale, on sent qu'un corps mou vient soulever les côtes, et non un corps qui frappe un coup vif et sec. Le stéthoscope fait entendre un son clair et bruyant. Le pouls est Êiible, plus ou moins fréquent, souvent peu sensible. La figure est le plus ordinairement pâle, fatiguée, quelquefois injectée et violette. La circulation du sang à travers le cœur n'est plus rapide, parla raison quil ne se contracte que faiblement. Le sang n'est plus attiré dans ses cavités par cette force d expan*sion dont sont douées leurs parois. On sait en effet que le cœur n'est point passif dan» la diastole; qu'excisé de la poitrine, il se dilate et se contracte alternativement. Suivant l'observation de Pochlin, le cœur d'un requin, ou de tout autre animal vigoureux , récemment séparé du corps , force la main qui le comprime à s'ouvrira Au reste, une foule d'auteurs, tels que Schubarth^ et Carson^ recon-

1 LAÊirvfiCy Auscuhation médiate j 3.* édit., t. 3, p. 37.

a GiBBfiAT^s AnnaUnf 1827, B, S*], St, 1; S. 35. Meck£l*s jÉrehivf. d. Phj^s.f J7. 6, 1$. 671.

3 Inquir, into the cause of the motion of the blood. Liverpool 9 i8i5.

ANATdMlE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 4^'

naissent dans le cœur cette force de diiaiatîon , admise aussi par Bighat^ Magenoie^, etc.

§. 977. Le tempérament lymphatique, la cachexie séreuse, prédisposent à cet anévrisme, qui succède aussi à des maladies chroniques, à des affections morales tristes, à des chagrins profonds et cachés.

Quant aux causes déterminantes, on petit admettre que les dilatations passives des cavités du cœur dépendent toujours d'un obstacle opposé ,à la libre circulation du sang. Cet obstacle peut - se trouver placé loin du cœur. Les hépatisations du poumon, par exemple, sont un obstacle aussi puissant que ceux qui se trouveraient à l'origine des artères pulmonaires et aorte, ou aux orifices auriculo-ventriculaires. Les engorgemens, les indurations et les stases d'humeurs dans des viscères même très-éloignés du centre de la circulation, par exemple dans le foie et la rate, retentissent sur le cœur, et exercent en quelque sorte sur lui uâe action rétroactive. L'observation suivante en fournira la preuve.

Une fenune de quarante ans, d'un tempérament Ijrmphatico- sanguin, entra à la clinique le 22 Décembre 18:22.

Six ans avant, elle avait été atteinte d une fièvre quarte, qui avait déterminé une suppression des règles et un engorgement du foie et de la rate, avec palpitations du cœur «t dyspnée. La fièvre avait été combattue avec succès par le quinquina; l'engorge-

& Anal. gén. ; t. 3 , p. 496. .

91 PrécU élcm. de phyt*} t. 2, p. 94^*

ment des viscères s'était dissipé » ou du moins il était resté stationnaire; les palpitations du cœur et la dyspnée avaient disparu ; la suppression des règles avait persisté. Après un intervalle de six semaines, la fièvre quarte reparut, traînant à sa suite le même cortège de symptômes : elle céda pour la seconde fois, et au bout de trois semaines, à lusage du sul&ie de kinine; mais l'engorgement du foie et de la rate, les palpitations du cœur et la dyspnée, persistèrent avec im nouveau degré d'intensité.

Cest dans cet état que la malade fut reçue à Thôpital.

A la première visite (aa Décembre) on trouva la respiration laborieuse, de la douleur à la région précordiale , la face plombée et oedémateuse , les lèvres violettes, les veines jugulaires droites trèsdistendues, les mains et les pieds froids. Le pouls était accéléré et petit; le foie très-tuméfié, descendant jusqu'à la crête de l'os des iled. Le stéthoscope faisait sentir des battemens du cœur qui s'étendaient du côté gauche à la partie supérieure de Tépigastre et jusqu'au côté droit de la poitrine. On soupçonna un anévrisme passif de toutes les cavités cardiaques, et surtout des droites ; on supposa aussi une affection secondaire du poumon. Une forte saignée et l'emploi de la digitale pourprée ne produisirent ^ qu'un allégement passager de la dyspnée. Le soir les symptômes s'aggravèrent : la malade^ très-agitée, fut menacée de suffocation.

Le lendemain les mouvemens du cœur furent trèstumultueux, l'oppression de poitrine forte, sans être

aisàtohie pathologique spéciajle. 435

suflbcante ; la face était moins turgescente et les lèvres moins violettes; on sentait parfaitement le foie, qui était plus douloureux au touclier. Pendant la j ournée, et après l'application de sangsues à Tanus, il y eut un léger calme ; mais la nuit ramena une nouvelle attaque de dyspnée. Le troisième jour les palpitations du cœur étaient toujours les mêmes; Thypocondre droit était tendu ; le décubitus sur le dos et sur les deux côtés, mais surtout sur le coté gauche, était très-difficile; les extrémités inférieures étaient infiltrées , quoique les urines, fussait copieuses et fréquemment rendues. Une nouvelle saignée rendit encore quelque repos à la malade.

Le jour suivant (26 Décembre) les symptômes ^'étaient beaucoup. calmés; la respiration était assez paisible, la face bonne ; mais il y avait de la chaleur, un pouls fréquent, élevé et assez fort, une légère tympanite et une tension du bas-ventre, sans qu'il fût douloureux au toucher. Le foie était moins distinct, probablement gar Teffet de la tympanite. La journée se passa dans un état subcomateux; mais vers sept heures il y eut une nouvelle et forte attaque de dyspnée.

Le lendemain (26 Décembre) cette dyspnée cessa;. mais la malade devint froide : elle éprouva par inter* valles des accès de Upothymie , et mourut sans agonie dans une syncope.

Le cadavre, ouvert vingt- quatre heures après la mon , nous présenta ,

.i."" Dans le crâne, les méninges et la substance cérébrale intactes, mais les ventricules remplis d'une assez grande quantité de lymphe»

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