SECTION SECONDE
Maladies du système osseux.
CONSIDéRATIOIia PRÉl^IMIIf AIRES.
§. 625. U existe ime très-grande analo^e entre les noialaifies des os et celles des parties molles. Ainsi , par exemple, les fi^ictures ont, à la durée près, une marche semblable à celle des plaies. On a reconnu dans les os l'inflammation : la carie est l'ulcère de l'os; la nécrose correspond à la gangrène, et les exostoses, aux diverses excroissances des. autres tissus, etc.
L'origine et les premiers développemens des maladies des os sont souvent obscurs; doués d'un moindre degré de vitalité que les parties molles, les os peuvent être attaqués de maladies dont les commen-
eeaneB» échappent au médecin le plus attentif, eÈ qui peuvent niéme faire des progrès marqués avant de tratir leur existence par des signes saisissables. Des. affections générales^ des fièvres aigute qui ébranlent tout l'organisme , n'ont aucune influence sur les os; des lésions passagères de parties qui ont avec ces organes quelque analogie de vitalité, comme les ligamens et les cartilages articulaires, s'étendent rare* ment jusqu'à Vos lui-même; celui-ci semble, poup ainsi dire, ne pas s'apercevoir de ce qui se passe k ses extrémités.
Néanmoins, quelque lents, et obscurs que soient les phénomènes de la vie dans le tissu osseux, à la longue ils se manifestât par des symptômes faciles à saisir et retentissent sur le reste de l'organisme; comment en serait-il autrement, quand, dès la première formation de l'os, nous y apercevons un appareil de nombreux vaisseaux, qui établissent entre lui et le système vasculaire général une liaison in- Ûme, lui ft>ui?iiaisent les matériaux de la nutrition, et y conduisent probablement aussi des filets ner« veui^, dont ils sont toujours accompagnés ?
Les os sont susceptibles de contracter touties les maladies qui reposent principalement sun le mode végétatif de la vie, et qui sont caractérisées par une altération ^ans l'acte nutritif On peut signaler d Sabord les changemens qu'ils éprouvent daui^ leur forme et leur volume par hypertrophie, par atrophie» par développement enrayé ou mal dirigé: une activité exaltée nous montre les gonfiemens et les exostoses bénignes. Des i^usesoiorbides spécifiques.
AlfÀTOMIE PATlOLOGiQtJE SPÉCIALE. ^7
portaoït leur acti<m sur les os, y produisent Tin» flammation, la carie, et déterminem dans le périoste diverses altérations. D'autre^ causes, attaquant la structure intime du tissu osseux, j font naître la raréfiiction, et celle-ci, une fob produite, devient le principe de <diaiigeBiens qui en dénaturent entièrement la texture primitive.
§. 636. La ritaUté nécessaire à h production de toute maladie organique, est inégalement répartie dans le système osseux. La substance compacte y tient sous ce rapport le dernier rang. Susceptible d*étre excitée par des stimulus externes et internes, ^e ne réa^t contre eux que d'une manière iniper<> ceptiUe. La vie de l'os est subordonnée à fintégrité du périoste, et surtout à celle de l'appareil médul* kdre. La substance spongieuse , douée d'une vie plus prononcée, pénétrée par des vaisseaux extrêmement nombreux, est dans un rapport plus intime avec l'appareil ligamenteux, parait plus susceptible de s'enflammer , et ses altéradons sont accompagnées de douleurs plus grandes; d'un autre côté, cette vie plus énergique garantit, jusqu'à un certain point, la substance spongieuse de la nécrose; aussi résiste^ t-eHe très -long- temps aux désordres de ce genre dont est frappée la partie moyenne de l'os.
Enfin, l'appareil médii^aire l'emporte en vitalité sur toutes les autres parties du système osseux ; ii est bien plus sensible aux influences atmosphéri'» ques et aux irritations spécifiques, telles que celles qui dépendent de l'arthritis, de la syphilis, du cancer; c'est vers lui qu'aboutissent les métastases; il
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•'enflamme plus facilement que la substance sifon* ^euse , et les inflammations y sont plus aiguës.
§. 627. Une remarque importante, quiv résulte de Texamen des os malades, c'est que leur substance compacte se convertit en substance réticulaire par un travail de nutrition en quelque sorte rétrograde ; la matière osseuse nouvellement formée, se présente dans la plupart des cas sous la forme spongieuse, forme qui^ suivant Sgarpa, est le type primitif de l'os, même dans sa partie compacte. Lorsque les os malades nous offrent un aspect évidemment fibreut, le microscope montre clairement que ces fibres qui, grossies, nous apparaissent sous le volume d'une plume de corbeau, sont ellesrmèm^ composées d'un tissu manifestement réûculaire.
§.628. La matière osseuse nouvellement orga* nisée prend différentes formes dans les diverses maladies qui affectent le système osseux. D'après mes observations, cette matière se dépose, i.^ en pointes dentelées ; 2.° en excroissances stalactiformes; 3.^ en aiguilles spathiques: 4*^ ^^ lames posées parallèlement les unes à côté des autres; 5.^ en feuillets contournés, roulés sur eux-mêmes, à l'instar des cornets des fosses nasales ; 6.° en granulations verruqueuses j 7.° en filamens veloutés; 8,° en végétations fongiformes; 9.^ en substance amorphe, percée de canaux irréguliers et obliques , à la manière d'un bois rongé par les vers; 10.^ en matière qui, grossie au microscope, ressemble à un madrépore.
Cette diversité de configuration parait dépendre de la présence et de l'acûon des vaisseaux capillaires
Mùguiiks, qui se creusent des canaux et des sillons dans la .matière osseuse où ils sont logés^ Dans 1 eiat de santé on découvre déjà une grande quan-* tité de ces canaux tapissés d^une membrane, fine, susceptible, suivant Howship S d'être affectée par des stimulus qui lui sont appliqués immédiatement, ou qui agissent sur elle .par sympathie. Ces canaux paraissent se dilater dans certaines maladies et se multiplier dans d'autres, mais leur nombre augmente singulièrement dans les cas de nouvelle formation de matière osseuse.
§. 629. Quant aux effets des maladies des os sur toute l'économie, remarquons qu'ici, comme dans les affections des parties molles, on observe souvent une grande discordance entre les lésions des pro-^ priétés vitales et les désordres organiques. Combien de fois, par exemple, ne remarque- 1- on pas des douleurs profondes et véritablement térébrantes y qui, par leur disparition complète et quelquefois spon«tanée, autorisent à penser qu'il n'existait aucune altération de texture? Et par contre, combien de cas où les changemens de texture les plus pro^ nonces n'ont occasioné aucuns symptômes? Bien plus, la même maladie organique ne déterminé-telle pas tantôt des accidens graves, et. tantôt aucun symptôme? Un des phénomènes les plus surpre* nans, dit Howship 2, c'est que la même maladie
organique de l'os, l'ostéosarcose, produise parfois
1 Beobacht. ûbtr den gesund, u. krankh. Bau der Knochen^ a. d. J^ngi. von Cerutti. Leipzig ^ S. ^o. a Loe. ci't,, 5. 64 u. 65.
5o LIVRE II.
des douleurs, atroces» tandis que d'autres fois elle ne cause pas la moindre sensation. Certes, rien ne prouve mieux que les maladies du système osseux, la vérité de la doctrine que nous avons établie sur la névrosthénie, comme présidant à toutes les altérations organiques (§*4^)*
§. 630. Quant à la pathogénie de ces mêmes maladies, on peut appliquei* ici les remarques que nous avons faites sur le^ changemens d'organisation des parties molles (§. ^06); la force de nutrition est le principal agent de ces changemens. Sans voidoir méconnaître le rôle de l'inflammation dans la production de ces maladies, nous pensons que beaucoup de phénomènes s'etpliquent d'une manière plus naturelle et plus facile , par la seule influence de la force plastique sur le mécanisme de leur formation. Nous l'avons dit ailleurs (§. 4^)9 ^ force vitale, dont dépend la nutrition et la composition des organes , agit dans le silence et , pour ainsi dire , à Finsçu de l'organisme: or, leur décomposUion est sujette à la même loi. Trop d'exemples de transformation de tissus vont se présenter à nos yeux dans la série des maladies des os; trop de cas de développement accidentel de pièces osseuses vont fixer nos regards, pour que nous puissions hésiter un instant à signaler cette force dans toute la plénitude de son énergie. Si dans l'état physiologique elle déploie son action avec constance et régularité; si nous pouvons la suivre, dans le travail nutritif des os, depuis l'état gela- ' tlneux de ces parties dans l'embryon, jusqu'à leur, solidification complète dans l'adulte, nous la vtr-
ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. Si
ffons tenir une marche inverse dans leurs maladies,
ramollir ce qui avait été durci , el dissoudre ce qui %
avait été concrète : exemple frappant de ce que
Ton pourrait appder, en physiologie pathologique,
pktsiicùé rétrograde^ que nous aurons de fréquoites
occasions de signaler.
§• 6S1. Les recherches anatomiques sur les alté-^ rations organiques dont les os sont susceptibles, sont toutes récentes; mais les maladies auxquelles elles s'appliquent, sont aussi anciennes que le règne animal; en effet ^ on les a retrouvées sur des animaux antédiluviens, preuve incontestable que l'organisation des os était sujette aux mêmes désordres que nous remarquons aujourd'hui C'est ainsi que, sur un quadrupède qui n'existe plus aujourd'hui, l'ours des cavernes {ursus spelœus)^ M. de Walther ^ a observé une nécrose de Thumérus droit L'os, sain dans ses parties supérieure et inférieure, était afiêcté de gonflement dans sa portion moyenne; il était percé de plusieurs ouvertures qui conduisaient dans une cavité spacieuse, laquelle renfermait un séquestre encore adhérent au nouvel os dans la plus grande partie de sa longueur. On a rencontré des vertèbres ankylosées, des portions de mâchoire inférieure cariées^ une dernière vertèbre lombaire érodée par la carie , une portion de mâchoire inférieure revêtue d'une couche laminée, un radins et une vertèbre
dont la substance compacte était très- .
a Journ. der Chirurgff und Augenheilk. p von Grœfe u. H^al^
Sa LIYR£ 11^
amincie, et la spongieuse rendue très-friable. Ces deux os éiaient aussi devenus très-légers.
§. 632. Avant d'aborder Tanatomie des os àialades en particulier, disons deux mots de leur classification.
On voit au premier coup d'œil, que la distribution généralement admise en pathologie chirurgie cale ne saurait convenir à Tanatomie patholo^que. Les fractures et les luxadons n'appartiennent à cette dernière qu'autant qu'elles déterminant un changement organique dans la texture des parties. D'autres altérations du tissu osseux, dont la chirurgie s'occupe, telles que la carie, y sont étudiées principalement sous le rapport de leur étiologie, parce que c'^t elle qui influe le plus sur leur traitement D'autres, epifin, qui pour le praticien peuvent étrç identiques, sont, sous le rapport de l'anatomie, distinctes les unes des autres, parce que cette science, à l'instar de l'histoire naturelle, dont elle imite la méthode, doit distinguer tous les objets qui présentent des caractères tranchés et constans. HowsaiP ^ a proposé une classification, dont les bases sont moins prises dans l'anatomie pathologique, que dans des idées théoriques sur le mode dont cet auteur conçoit c]il^ ces maladies se forment Attribuant, peut-être avec raison, une grande part dans la pathogénie des altérations des os à l'état anatomique et pit^ysiologique du périoste et des m^nbranes qui tapissent les petits canaux osseux, il range ces altérations en neuf classes, dont les quatre premières comprennent l'augmentation de volume par suite d'une activité
i jLoc, cit. f S. ^a»
ittÊéÊ
ANÀTOMIE PÀ'BHOLOGIQrE SPÉCIALE. 5S
exaltée dans ces membranes, et les cinq dernières, l'appauvrissement des os et leur changement de coniposition par l'effet d'un excès d'absorption.
§. 633. Fidèle au principe qui veut qu'on procède du simple au composé , et convaincu de la né-* cessité de baser la classification des maladies des os sur des caractères anatomiques, je crois pouvoir les distribuer en deux classes : la première traitera des changemens d'aspect sans 'altération de structure, et comprendra les irrégularités de forme et de direction dans les principales divisions du squelette, et dans les os en particulier, ainsi que des changemens de couleur. La seconde embrassera les changemens que subit le tissu osseux lui-même , ainsi que la matière dont il est composé.
Cette seconde classe sera elle-même divisée en neuf chapitres , qui traiteront: i .^ de l'inflammation ; 3.^ du gonflement; S."" des végétation! ; ^."^ de l'érosion; 5.^ del'appauvrissementde lasubstance;6.^de la transformation; 7.^ de la reproduction du tissu osseux ; 8.^ des altérations de la moelle ; et 9.^ des maladies des dents.
CLASSE PRBMIKRB.
CHARGEKENS . DE FORME DANS LES OS SAKS ' ALTÉBATIOR DANS LEUR STRUCTURE ET LEUR COMPOSITION » ET CH AN- OEHENS DAHSLEUR COULEUR.
§. 634. En passant en revue les différentes parties du squelette, nous découvrons des conformations vicieuses à la tête , au tronc et aux extrémités.
Les mauvaises conformations de la tête ont déjà été signalées par nous lorsque nous avons parlé de
l'hypertrophie, de Tatrophie, du développement enrayé ou mal dirigé. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce sujet en traitant des fœtus monstrueux.
§. 635. Les changemens de formes qiie subit la colonne vertébrale, constituent les gibbosités^ qui sont de trois espèces : la scoliose ou gibbosité latérale, la plus fréquente de toutes, et dans laquelle la colonne vertébrale éprouve aussi une torsion plus ou moins prononcée; la ^cyphose ou ^bbosité en arrière , la moins rare après la précédente , mais qui , d'après une inspection attentive des parties, dépend souvent de celle-ci; et enfin, la lordose ou la gibbosité en avant, la plus rare de toutes, et qui ne peut avoir lieu que dans la région lombaire , ou vers les dernières vertèbres dorsales.
Les différentes déviations de la colonne vertébrale se présentent à nous : i .^ tantôt isolées ; 2.^ tantôt associées deux à deux ou même toutes à la fois; 5." souvent réunies à d'autres difformités, soit du thorax, soit du bassin, soit des membres. Il est certain que, lorsque la déviation de la colonne vertébrale est un peu prononcée , elle influe plus ou moins sur la conformation de là poitrine ; mais comme elle peut exister sans que le bassiù ou les membres s'écartent le moins du monde de leur forme naturelle, elle doit être distinguée des cas où une cause générale, telle qu'une nutrition dépravée, frappe à la fois toute l'économie. Je parlerai principalement ici des changemens de forme qui affectent les os d'une seule région*
§. 636. Reprenons en particulier les diverses espèce de gibbosités:
ANÀTOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 55
1.^ La scoliose j exaimnéc dans les cas où elle est pai prononcée, n'offre que des changemens légers dans les vertèbres qui concourent à sa formation* Sans parler de l'altération de structure, qui n'y est en aucune manière perceptible , chacune des vertèbres ne présente qu'une déviation de forme et de di* rection. Souvent elles n^ont éprouvé qu'une torsion à peine sensible sur leur axe; d'autres fois, un coté de leur corps ^l un peu plus affaissé que Tau* tre; mais ce changement, peu marqué dans chaque pièce en particulier , en produit un très*frappant sur l'ensemble de la colonne vertébrale et du thorax, si bien qu'un des cotés de la poitrine esl alors plus dé* jeté en dehors et plus voûté, tandis que l'autre est plus aplati; que le flanc du côté midade rentre, tandis qu'il est plus saillant du côté opposé, et qu'en général , il y a entre les deux moitiés du corps un dé&ut de symétrie marqué.
Quoique la scoliose, suivant la remarque de Shaw ' , affecte souvent les jeunes en&ns; eUe ne se déclare ordinairement que vers la neuvième ou dixième an* née. Le premier indice de cette maladie, dont les mères s'aperçoivent les premières, se manifeste à l'épaule et à la région mammaire du même côté; avant d'avoir porté leur attention sur la colonne vertébrale, les mères s'imaginent qu'il existe ime dislocation de l'épaule. Les en&ns paraissent boiter; une des extrémités inférieures senible plus longue que l'autre. Quand ils marchent 4 ils avancent im des
1 Ueher dit f^erkrummungtnf a. d, £ngL /iPécm^r, iSa5|
côtés du corps , placent un de leurs bras sur le dos^ et saisissent, avec lui le coude de Tautre bras; quoiqu'ils fassent ce mouvement pour ainsi dire machinalement, il a néanmoins pour but d'abaisser l'épaule saillante, et de rétablir l'équilibre dans les deux moitiés du corps.
Lorsque la maladie fait des progrès , la colonne vertébrale prend la forme d'un S romain ; un des côtés du corps devient de plus en plus voûté; les-côtes du côté convexe, qui est presque toujours lé côté droit, s'éloignent, leurs interstices deviennent plus grands; celles du côté opposé se rapprochait et se touchent par leurs bords. Cette disposition est surtout apparente quand l'enfant place les deux bras sur le sommet de sa tête. Les applique*t-il sur les côtés du tronc , il reste un intervalle vide entre l'un des bras et son côté correspondant, tandis qu^il n'y en a pas du côté opposé.* L'omoplate change de direction et de forme ; au heu d'être porté de plus en plus en dehors, par l'augmentation de la saillie de la poitrine, cet os se rapproche au contraire des apophyses épineuses. Son angle inférieur, qui dans l'état naturel est assez distant des côtes pour qu'on puisse le saisir avec la main, est appliqué sur ces parties. Son corps, au lieu d'être aplati, prend une forme voûtée, qui s'adapte à la convexité des côtes.
Les parties supériei^res et inférieures de la colonne vertébrale éprouvent aussi des changemens par suite de la scoliose; ainsi la partie latérale du cou du côté de la convexité dorsale offre une saillie que des personnes inexpérimentées prennent pour une tumeur.
particulière , mais qui provient de ce que les apo^ physes transverses des vertèbres cervicales se portent un peu en dehors. La partie inférieure de la colonne offre presque toujours une courbure en sens opposé à celle de la région dorsale: il en résulte que le vmtre conunun des muscles sacro-lombaire et long dorsal du côté concave est tendu comme une corde, et en impose parfois pour la portion lombaire de la colonne vertébrale elle-même. Souvent la torsion , dans la scoliose, est si grande que la fiice antérieure des corps des vertèbres devient latérale, et que les côtes des deux côtés, loin d'être placées dans un même plan horizontal , sont situées à plusieurs pouces l'une au-dessus de l'autre.
ol!" La cyphosty ou saillie en arrière de la colonne vertébrale, se remarque particulièrement à la partie supérieure du dos, à moins qu'elle ne soit l'effet d'un ramollissement ou d'une carie du corp des vertèbres. Si on l'observe dans le jeune âge, elle provient d'une courbure habituelle du corps en avant , par une .application soutenue au travail, surtout chez les sujets affectésde myopie. Dans im âge plus avancé, et dans la yieiUesse, elle est due à un affaissement de la substaace intervertébrale, ainsi qu'à une Êdblesse des muscles destinés à soutenir le tronc dans sa rectitude naturelle.
A une convexité très-considérable en arrière et en dehors correspond nécessairement une concavité au dedans. U arrive fréquemment que la portion du poumon qui s'y engage, y adhère fortement, et ce qu'il y a dé très-particulier, c'est qu'il s'y développe
58 LITR£ Jt.
des concrédoiis ealeaiiies, en partie implantées dans le parenchyme pulmonaire, et en partie nichées dans la concavité formée par la courbure des vertèbres.
Lorsqu'on examine en particulier les vertèbres correspondantes à la ^bosité en arrière, on trouve «jue leur corps est aminci à sa partie antérieure^ qu'il y a moins de hauteur qu'à sa partie postérieure, et qu'en conséquence les Êices supérieure et inférieure de ce corps sont inclinées l'une vers l'antre en avant.
3.^ La lordose est, conune je viens de le dire, la plus rare des gibbosités, et ne se remarque qu'à la jpartie lombaire de la colonne vertébrale. Cependant je lai encore trouvée assez fréquemment dans des cas où elle était la suite de la torsion qu'éprouve la colonne vertébrale affectée de scoliose.
§. 637. Un phénomène que l'on remarque souvent dans les déviations de toute espèce de la colonne vertébrale, c'est la soudée de plusieurs vertèbres, qui a lieu particulièrement sur le càté de leur corps ^ ou sur leur ûtce antérieure, et jamais à leurs lames* Cette ossification ne consiste pas dans la conversion des Ugamens intervertébraux en substance osseuse , mais en une tumeur en forme de cal, qui passe en manière de pont d'une vertèbre à l'autre, et ne touche pa& même la substance intervertébrale. Dans les cas de scoliose, il est plus fréquent de voir cette anky* lose vraie au côté convexe qu'au côté concave. Dans la lordose on la trouve à la Ëice antérieure des ver^* tèbres, quoiqu'elle existe aussi, comme nous le di-» rons plus bas , sur des vertèbres nullement déviées»
Il est facile de concevoir comment l'état de la
ANATOMIE PATHOIOGIÇUE SPÉCIALE. Sg
ccdonne vertébrale influe snr celui de la poitrine* En effet, celle-ci est entraînée dans différentes direcdons; les côtes sont quelquefois extrêmement alongées d'un côté, aplaties et collées sur la con- Texité formée par l'inflexion latérale des vertèbres; cdles du côté opposé sont fléchies dans leur Ion* gueur, de telle sorte qu'elles forment une saillie en dedans de la poitrine et une excavation en dehors , et finissent par aboutir au sterniun, qui est lui-même déjeté de leur côté. Outre cette difformité, les côtes en ont une qui leur appartient en propre, et qui consiste dans une tumé&ction de leurs extrémités stemales , qui figurent une suite de nœuds de chaque côté du sternum. Enfin, celui-ci oflfre une proémi^ nence en avant plus ou moins considérable , et qui quelquefois fonne une véritable crête qui rappelle la forme du thorax des oiseaux.
§. 638. La déviation de la colonne vertébrale, dans quelque sens qu'elle ait lieu, ne préjuge rien sur l'état du bassin. En effet, les observations de Sanoifort, de Cheselden, de Walter et de Hun- TER, prouvent que ces déviadons peuvent être trèsprononcées, et la difformité du thorax être la plus grande possible, sans que le bassin soit le moins du monde altéré dans son étendue, sa capacité et la régularité de sa structure. On a même observé quelquefois, qu'au lieu d'être rétréci dans ses di« verses parties, il était au contraire trop ample dans toutes ses dimensions. Nous possédons, au Muséum de la Faculté, le tronc d'une femme qui offre, dans la conformation de sa poitrine, la scoliose la plus
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forte. Sa colonne vertébrale forme une saillie trèsr considérable à droite et en arrière; les côtes de ce côté soiit alongées, aplaties et collées sur la convexité de cette bosse; le thorax est déjeté à gauche, et la cage osseuse qu'il représente est singulièrement raccourcie. Or le bassin, très -régulier dans sa con* formation, quoique trop fortement incliné en avants offre les diamètres suivans : l'antéro- postérieur, quatre pouces trois lignes; le transverse, quatre pouces dix lignes; un des diamètres obliques, qua-tre pouces six lignes; l'autre, quatre pquces quatre lignes : les trois derniers diamètres étaient un peu rétrécis; mais celui qui l'était le plus, était le coccjpubien, qui n'avait que deux pouces nçuf lignes, quoique, par l'effet de là trop forte inclinaison de ce bassin , le diamètre sciatique fut de trois pouces onze lignes.
§. 639. Toutefois, le bassin, surtout chez les fem-
mes, n'est que trop souvent affecté de mauvaise conformation. Tantôt il y a défaut de symétrie dans les os des hanches, dont l'une est plus élevée que l'autre, ou plus inclinée, soit en dehors, soit en dedans. Tantôt le détroit supérieur est vicieusement affecté par la mauvaise direction des parties osselises qui le composent; tantôt c'est le détroit inférieur. Comme c'est du premier surtout que dépend la difficulté ou même l'impossibilité de l'accouchement, c'est aussi celui qu'on a le plus étudié sous le rapport de ses irrégularités. OsIA^'DER * a cru pouvoir les
1 Grundriss der Enthindun^skunst ^ isterB.,S. 65-.
ANATOmS PATHOLOGIQUE SPÉaALE. 6l
rapporter à su espèces , savoir : i .^ le basrâi rénir forme ^ dans lequd l'angle sacro - vertébral avance beaucoup trop dans le plan du détroit supérieur, ce qui diminue Tétendue du diamètre sacro -pubien; :2.^ le bassin elliptique dans le sens iransversttL Dans celui-ci les deux os des îles sont trop éloignés Ihin de l'autre, la base du sacrum ne proémine pas trop dans le détroit, mais les pubis sont plus rapprochés de lui par leur aplatissement et le défaut absolu de convexité en dehors : de là une diminution de longueur dans le diamètre sacro-pubien , et un excès d'étendue dans l'iliaque. 3.° Le bassin à figure ovoïde d^ arrière en avant ^ dans lequel le diamètre antéro-postérieur est trop long et le transverse trop court 4*^ Le bassin ayant hi forme d^un huit de chiffre^ et qui est caractérisé par la saillie considérable de l'angle sacro-vertébral et un enfon^ cernent des os pubis, de telle sorte qu'ils forment une forte convexité à leur Êice interne. Dan^cecas, le détroit supérieur est très-resserré dans son diamètre antéro-postérieur, tout en ayant sa largeur ordinaire des deux côtés de ce diamètre. 5.° Le bassin àesitnt oblique j lorsqu'une des cavités cotyloïdes rentre et Êdt une conviîxité considérable dans le détroit supérieur. 6.^ Enfin , le bassin est tout-à-Êdt triangulaire <, ou plutôt le détroit supérieur est circonscrit par trois lignes convexes, qui s'unissent à an^es tr^aigus, lorsque les deux cavités cotyloïdes font une saiUie en dedans,. en même temps que l'angle sacro-vertébral est trop proéminent Dans ce cas, les deux diamètres obliques tombent sur cet angle , et
02 XilYRE II.
le pubîi forme en devant une saiUie aiguë : les tabérosités sciatiqaes sont aussi trop rapprochées l'une de l'autre.
Indépendamment de ces difformités , qu'on pourrait appeler cardinales j quelquefois le bassin est, si l'on peut ainsi dire, singulièrement recoquillé par l'effet de la convexité des deux os des îles, par cdle du sacrum et par le rapprochement des tubérosités sciatiques. U n'y a presque pas de cabinet anatomique où Ton ne rencontre de^ bassins viciés, soit par défaut de symétrie, soit par l'étroitesse des dé^ troits ou des cavités. Notre Musée en particulier en renferme de trèsK^urieux et très^intéressans.
§. 640. A l'occasion des bassins difformes, je ne puis passer sous silence une autre irrégularité de cette partie du squelette, que Ton remarque le plus souvent sur des femmes contrefaites , mais qui ne consiste pas dans un vice de conformation proprement dit; je veux parler des bassins mal inclinée. On sait que le plan du détroit supérieur des bassins naturels est tellement incliné d'arrière en avant, qu'il forme avec la ligne horizontale un angle de trente et un à trente-cinq degrés. Or, il arrive quelquefois que cet angle est beaucoup phis ouvert : alors l'angle sacro - vertébral est situé très -haut, et les os pubis très-bas;. en même temps ces os^ont tellement contournés que leur bord supérieur est devenu anté*rieur, leur bord inférieur postérieur, leur face interne supérieure , et feur face externe inférieure ; d'où il suit que, pendant la grossesse, la matrice est affectée d'une obliquité antérieure très -prononcée;
. ANATOMIE PUHOLOQIQUE SPÉCULE. 63
que, pendant l'aceoiichemem, la tête du fietos re* pose trop long^temps sur les os pubis, qui lui four* nisseut comme une espèce de support, et que les contracdons de rulénis le poussent oontinuellemelit conure ces os, jusqu'à ce qu'enfin elles cessent en^ fièrement et que le travail soit tout*à-&it suspendu^ JiOrsque, dans ces cas, on est forcé de venir au se* .cours de la natore, et de terminer ces accouchemens par les moyens de l'art, on ne réussit pas avec le for^ ceps; parce qu'on ne peut pas le porter suffisanunent dans l'axe du détroit supérieur, trop fortement incliné lui-même en avant, et qu'on ne peut pas saisir la tête, située sur la sur&ce interne des pubis , devenue, comme )e viens de le dire, supérieure. La ver- ^on de l'enfiait sur les pieds est alors une ressource l^ns certaine , et réussit d'autant mieux , que le bassin est plus large qu'à l'ordinaire.
Lam OTTE > et Levrbt ^ avaient rencontré de pa^ reils accouchemens, qui avaient pour eux quel* que chose d'inexplicable, parce qu'ils ignoraient la véritable cause qui les rendait laborieux, et qu'ils l'attribuaient faussement à la mauvaise position des épaules de l'enfiait Comme ces cas sont assez rares^ et qu'il ne s'en trouve point d'exemples clairement rapportés dans nos auteurs , je crois devoir consiffket uà le &it suivant
§. 641. Une femme forte et bien constituée, àgàe
■ ■■■!■ III II .1 !■ ■>> I »■ I ■! III- »IM I I ■■!! Il ■ ——^^1
i Trmité complet dfs acooachMitiif natnrtli i aon natavtb et contre natare \ obs. 94^'
a Suite des obserYations sur les causes et les accideas de plusieurs accouchtmtw laborieux, p. 3.