‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 3)Chapitre 37 sur 75 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De V hydropericarde.

§. 921. Dans l'état sain le péricarde ne renferme aucun liquide. Les observations faites par le docteur Marshal sur des animaux , immédiatement après la section des vaisseaux du cou, ont prouvé qu'il n'y avait pas une goutte d'eau , mais qu'on en trouva une certaine quantité dès qu'on eut fait périr ces animaux par la submersion.

Ces expériences semblent démontrer que la présence de l'eau dans le péricarde est due aux angoisses de l'agonie et aux contractions du cœur, prolongées quelque temps après la mort. Cette conjecture est confirmée par d'autres expériences, que j'ai faites sur plusieurs jeunes animaux qui venaient de naître. Ayant excité sur eux les mouvemens du cœur par l'application des métaux , j'ai pu remarquer qu'au fur et à mesure que je prolongeais mes essais, je pouvais faire naître sous mes yeux un épanchement de liquide sous le péricarde extrêmement transparent de ces animaux , et que sa quantité était en rapport avec la durée de l'expérience.

§.922. Ce que les expériences physiologiques enseignent , les observations cadavériques le confirment. On a remarqué en effet que plus l'agonie a été longue, et plus la quantité d'eau épanchée dans la cavité du péricarde est considérable. Cependant ',, lorsque cette quantité dépasse une certaine mesure , par exemple six à sept onces , on peut admettre une

hydropisie antérieure à l'agonie, par conséquent une maladie bien caractérisée.

§. S23. Cette maladie, déjà connue de Galien*, qui l'avait aperçue sur les animaux qu'il disséquait, est elle-même de deux espèces : l'une est symptomatique et l'autre idiopathique. La première coïncide soit avec une diathèse générale, soit avec une affection organique du cœur ou du poumon, et est trèsfréquente. La seconde, beaucoup plus rare, existe indépendamment de toute altération des organes de la circulation ou de la respiration. C'est d'elle seule qu'il va être question.

§. 924. Lors donc que cet hydropéricarde a lieu, il a pour caractères anatomiques une collection séreuse, limpide et presque incolore dans la cavité du péricarde, sans changement perceptible dans la structure de cette poche membraneuse ou dans celle du cœur. La quantité du liquide excède six à sept onces. Sidren2 en a rencontré une livre dans un péricarde tellement distendu, qu'il recouvrait les poumons. De Haen^ en a trouvé quatre livres et huit onces ; le péricarde était dilaté au point qu'il remplissait les deux cavités thoraciques et montait jusqu'à la clavicule. Corvisàrt a vu un cas où il y avait huit livres d'eau. C'est au reste par la limpidité du fluide et par l'absence des signes cadavériques de l'inflammation, que cette maladie se distingue de l'hydrophlogose : et c'est par l'absence de toute al-

i De loc. affect.j 1. 5, p. 287.

3 Abhandl. schwed. Aerzte; B. 1 , S. i56.

3 Rat. med.j p. g, c. 1, §. 6.

tération organique au cœur et aux gros vaisseaux, ainsi qu'aux poumons, qu'elle diffère de lhydropéricarde consécutif ou symptomatique.

§. 925. Les signes de l'hydropéricarde sont : une anxiété douloureuse, un poids incommode sur la région du cœur, une difficulté de respirer dégénérant en accès de suffocation quand le malade essaie de prendre une position horizontale; souvent il éprouve des syncopes, et plus rarement des palpitations. Le pouls est faible, petit, concentré et parfois irrégulier. En appliquant la main sur la région du cœur, on sent des battemens tumultueux, obscurs ; on dirait que l'organe ne fait sentir ses battemens qu'à travers un corps mou, ou plutôt à travers un liquide placé entre lui et les parois thorachiques. Le son obtenu par la percussion est nul ou obscur antérieurement, ou à gauche, dans une étendue assez considérable. Dans quelques cas le côté gauche du thorax est plus saillant et plus bombé que le droit. Il survient un œdème aux extrémités inférieures , et plus rarement une légère bouffissure à la partie antérieure et du côté gauche de la poitrine. La face du malade est violette ; les lèvres sont noires et livides. Un symptôme essentiel, indiqué par Corvjsart, consiste dans les battemens du cœur, qui se font sentir tantôt à droite, tantôt à gauche, ou pour mieux dire dans différens points d'un cercle assez étendu. D'après Franck1, on doit sentir entre les troisième, quatrième et cinquième côtes un mou-

1 De cur. hom. marb. epid.j 1. 6, part. 1 , p. 249.

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vement ondulatoire. Une malade que ce célèbre mé^ decin eut occasion de voir à Pavie, sentait elle-même un mouvement qu'elle comparaît à celui d'un homme nageant dans l'eau. Pareille sensation fut éprouvée par un malade dont parle Hercule Saxoisia. 1

Le stéthoscope, de l'aveu même de Laennec, ne peut fournir de signe certain de la présence de l'eau dans le péricarde. Cet auteur d'ailleurs n'a pas eu assez d'occasions d'observer Thydropéricarde idiopathique. Toutefois le* cylindre ne pourra rien apprendre lorsque la quantité de sérosité sera moindre d'une livre.

§. 926. Malgré le grand nombre des symptômes de l'hydr ©péricarde, il est extrêmement difficile de reconnaître cette maladie. Cela provient de ce qu'elle est rarement isolée, et de ce qu'elle a des signes qui lui sont communs avec d'autres affections de la poitrine. L'hydropéricarde idiopathique lui-même a des symptômes si variables , qu'il n'y a peut-être pas un seul cas qui, sous le rapport du diagnostic, ressemble parfaitement à un autre cas. C'est ainsi que l'orthopnée n'a pas toujours été observée. H y a même des exemples, cités par Lancisi, Vieussens, Westring, Testa et Sidren, d'individus qui ne pouvaient garder aucune autre position que celle sur le dos ou sur le côté. Après avoir rapporté beaucoup de faits d'hydropéricarde, et les avoir comparés entre eux, Mor- GaGïsi2 est conduit à ce résultat que ni la défail-

i Herc. Saxon., Prœlect. pract. ;- part. 2,1. î, p. 658. 3 Epist. anat. 16, art. 45.

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lance, ni la toux, ni la dyspnée, ne constituent de symptômes constans de la maladie. Les palpitations elles-mêmes sont, suivant lui, un signe infidèle, quoique Boerhaave les eût regardées comme pathognomoniqu.es1. Si quelques auteurs, et notamment Corvisart , ont trouvé la face violette , d'autres, tels que Barrère2, l'ont trouvée tout- à -fait pâle. Borsïeri5 indique un symptôme qui a échappé à tous les médecins; c'est un lumbago violent, et qui doit provenir, suivant lui, d'une pression exercée sur le diaphragme et transmise aux piliers de ce muscle.

Ces difficultés dans le diagnostic semblent dépendre de l'époque plus ou moins avancée de la maladie, de la quantité d'eau épanchée, de l'irritabilité plus ou moins prononcée du sujet et d'autres maladies concomitantes. Ainsi, par exemple, les symptômes doivent présenter quelques différences, suivant que le péricarde est affecté d'inflammation, que le cœur est hypertrophié ou dilaté, dense ou ramolli, dur ou flétri; suivant que le poumon est attaqué de maladies organiques ou seulement altéré dans ses propriétés vitales, etc.

§.927. Il est difficile d'assigner à l'hydropéricarde des causes autres que celles qui déterminent soit la diathèse séreuse , soit les maladies organiques du poumon, du cœur, des gros vaisseaux, etc. Mais il est manifeste que dans ces cas l'hydropéricarde n'est

i Epist. anat. 16, art. 23.

2 Observât, anat., p. 83.

3 Inst. med. pract.j t. 4? c. 5, §. 173.

5y8 livre il

point idiopathique. L'inflammation du péricarde elle-même produit une hydropisie spéciale dont il sera quesiion plus tard. Les causes qui me paraissent agir plus directement sur le péricarde et occasioner une hydropisie primitive , sont la rétrocession de quelque principe morbifique, surtout de la scarlatine , de la variole , de la goutte ; la suppression de quelque évacuation habituelle , les violences immédiatement exercées sur la région précordiale. Ainsi, dans un exemple d'hydropéricarde idiopathique rapporté par Sidren1, on n'a pu découvrir comme cause de la maladie qu'une suppression du flux menstruel, laquelle avait déterminé une fièvre rémittente avec délire furieux , céphalée , surdité , toux sèche et enrouement. Dans un autre cas, observé par de Haen, et dont j'ai déjà rapporté l'autopsie cadavérique , la maladie avait été probablement la suite d'un choc qu'avait exercé sur le sternum le timon d'une voiture. Quoique le malade ait vécu six ans après l'accident, il eut depuis cette époque la respiration courte, une oppression de poitrine et une toux sèche. Dans les trois derniers mois de sa vie le pouls était intermittent, durant les dernières six semaines le malade était froid comme le marbre, et pendant quatre jours il se trouvait dans un véritable état de mort apparente.

§. 928. Quant à la cause prochaine et au mécanisme de la formation de l'hydropéri carde, je m'en réfère à ce que j'ai dit (§.221) de l'hydranose en

1 Act. med. suec; t. 1, ann. 1^83, p. 4!7-

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général. J'admets donc dans le feuillet séreux du péricarde une sécrétion d'abord lente et inaperçue, mais déterminant des accidens fâcheux dès qu'une certaine quantité d'eau s'est épanchée. Le cœur, baignant dans un liquide qui ne se renouvelle que lentement, perd une grande partie de sa force contractile, comme le démontrent les expériences de Clift et de Nasse (§. 253). C'est à cet effet immédiat de l'eau sur le cœur que je crois pouvoir attribuer en grande partie le pouls excessivement faible des malades : de là aussi me paraissent dépendre les syncopes qu'on observe également dans ce cas.

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