‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 3)Chapitre 38 sur 75 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la p ê rie ar dite.

§. 929. L'inflammation du péricarde se montre sous les diverses formes que nous avons reconnues dans l'inflammation des autres organes. La phlogose a été observée tantôt à Y état sec et tantôt avec l'épanchement de sérosité qui lui est propre et qui constitue Yhydrophlogose. Uépiphlogose, plus fréquente, existe tantôt à Y état aigu et tantôt à Y état chronique* La première est ou primitive ou consécutive à la phlogose, et dans cette dernière circonstance on a rencontré dans le péricarde le produit des deux modes d'inflammation, savoir un épanchement de sérosité uni à des flocons membraneux nageant librement, ou tapissant d'une manière irrégulière les surfaces séreuses. Enfin, Yhyperphlogose a également été signalée dans le péricarde.

38o LITRE II.

ARTICLE PREMIER

De la phlogose du péricarde.

§. 930. Lorsqu'on a occasion d'examiner le cadavre d'un individu qui a succombé à une phlogose du péricarde, les caractères anatomiques diffèrent suivant que la maladie affecte une marche plus ou moins rapide.

Dans le premier cas le péricarde est peu injecté; il n'est que légèrement raréfié dans son tissu : la face interne est rouge, livide ou marbrée; mais cette couleur est rarement générale : elle offre de plus une injection pointillée ou sablée.

La marche de cette inflammation est très-rapide : elle s'annonce brusquement par des symptômes effrayans, et détermine en peu de temps la mort du malade. Quoiqu'elle se complique presque toujours d'inflammation du poumon, de la plèvre, du diaphragme, et que par conséquent ses symptômes ne soient pas isolés , on peut néanmoins lui assigner comme signes caractéristiques une anxiété extrême, une orthopnée constante, une respiration suspirieuse et entrecoupée , une douleur brûlante derrière le sternum , une vive inquiétude peinte sur la figure du malade, ainsi que le sentiment profond d'un danger imminent. La maladie est en outre accompagnée d'une fièvre continue avec des accès de délire.

§. 931. Pour peu que cette sorte de péricardite prolonge sa durée au-delà de quarante-huit heures, elle détermine l'hydrophlogose. Alors on rencontre

à l'ouverture du cadavre un épanchement plus ou moins considérable d'une sérosité trouble, louche, rougeâtre, brunâtre, quelquefois verdàtre, d'autres fois semblable à du petit-lait. C'est par cette couleur variée que l'hydrophlogose diffère de l'hydropisie du péricarde. Cependant il y a encore d'autres signes cadavériques qui servent à la distinguer de cette dernière maladie : la membrane séreuse y est de couleur rosée, et sa surface interne est recouverte de concrétions molles et roUgeâtres , mais qu'on peut enlever avec la plus grande facilité. Cette sorte de péricardite peut s'associer à d'autres inflammations et à d'autres maladies de la poitrine, comme par exemple à une pleurésie, dont elle accélère la marche et détermine la funeste terminaison. Mais qu'elle soit isolée ou qu'elle s'unisse à d'autres affections, elle se manifeste par une jactitation continuelle ? par une douleur brûlante et excessivement vive derrière le sternum , par l'impossibilité de redresser le tronc et de le porter en arrière, et par un pouls extrêmement fréquent, petit et ir régulier.

La phlogose du péricarde est une maladie essentiellement aiguë et de très-courte durée : elle se termine par la santé ou par la mort, mais jamais par une autre maladie; elle ne devient donc jamais chronique.

§. 932. Aucune phlogose du péricarde n'est plus dangereuse et plus promptement mortelle que celle qui dépend de la métastase d'un érysipèle. C est surtout celui delà tête et de la face qui, se transportant sur le cœur, y produit les symptômes les plus gra-

ves. Robert Adams 1 en raconte deux cas : dans le premier, l'érysipèle de la face accompagnait une plaie de celte partie, dans l'autre il était idiopathique. Chez les deux sujets la maladie n'a pas duré deux jours : chez tous les deux il y avait une grande dyspnée, une impossibilité absolue de garder la position horizontale, une anxiété extrême et une décomposition des traits de la face. Le péricarde ne renfermait qu'une petite quantité d'une sérosité trouble ; les surfaces correspondantes du cœur et du péricarde étaient tapissées d'une légère couche de lymphe coagulée.

ARTICLE SECOND

De Vépiphlogose du péricarde.

§. 933. Elle est aiguë ou chronique. Dans la première, qui a pour caractères anatomiques la présence d'une lymphe coagulable , on trouve à l'ouverture du cadavre tantôt des masses albumineuses et amorphes dans lesquelles le cœur est comme enseveli , tantôt sur le cœur ou sur le péricarde un enduit épais et floconneux renfermant de la sérosité, tantôt une couche de lymphe plus ou moins épaisse , pulpeuse et mamelonnée ; tantôt, enfin, une fausse membrane d'une épaisseur et d'un aspect variés. Celle-ci est souvent aréolaire, réticulaire, ou, suivant l'expression de Corvisart, caillebottée, et semblable à la surface interne du bonnet ou second estomac des

1 TTie Dublin Hospital Reports and commun, in medicin and surgery-j t. 4> P 353, SammL auserl. AbhandL} t. 34 > p. 633-

ruminans. Quelquefois aussi on aperçoit dans ces fausses membranes le commencement de vaisseaux sanguins sous forme de taches rouges et irrégulières.

Dans ces diverses formes sous lesquelles se présente la lymphe coagulée, formes qui avaient déjà été aperçues d'AvENZOAR1, il n'est pas difficile de reconnaître les différentes phases de l'organisation des fausses membranes (§. 5 16).

§. 934. Quant au péricarde lui-même, il ne devient pas plus dense , et il n'est pas plus injecté que dans l'état ordinaire, seulement son feuillet séreux est un peu raréfié. Le cœur ne change ni de texture ni de volume. Dans un cas j'ai trouvé dans ses cavités des concrétions polypeuses blanches , d'une consistance très-ferme , et qui ressemblaient parfaitement à la fausse membrane qui tapissait cet organe.

§. 935. Les symptômes de l'épiphlogose aiguë sont : l'anxiété , la jactitation , les palpitations du cœur, l'oppression de poitrine, l'extrême dyspnée, la chaleur, une douleur vive, aiguë, déchirante dans la région précordiale $ le froid des extrémités , les défaillances, le pouls excessivement fréquent, petit et misérable , vacillant et irrégulier. La poitrine fait une saillie à sa partie antérieure : le son obtenu par la percussion est mat2, le bruit respiratoire nul, le décubitus plus ou moins élevé, le malade presque assis. Si la maladie se prolonge, le tissu cellulaire

1 Theisiri 1. 1, tract. 12, c. 7.

2 Louis, Revue méd. , JanY. 1826.

des extrémités s'infiltre; un froid inaccoutumé parcourt le corps du malade, les défaillances se répètent, et la mort arrive inopinément et sans être pré^ cédée d'accès de suffocation.

L'invasion de l'épiphlogose, décrite par Corvis art sous le nom de péricardite subaiguë, est moins brusque que celle de la phlogose : elle ne détermine point de fièvre avec délire, et dure quelquefois quatorze à trente jours. Dans cette sorte d'inflammation les malades meurent en pleine connaissance, et lorsque la parole leur manque et qu'ils sont sur le point d'expirer, ils montrent encore avec la main la région du cœur.

§. 936. L'épiphlogose aiguë succède quelquefois à la phlogose, comme je l'ai déjà dit : alors on rencontre à l'ouverture du cadavre le produit de ces deux modes d'inflammation, savoir une sérosité citrine ou légèrement fauve, et des fragmens d'albumine demi-concrète nageant dans le liquide ou adhérant aux surfaces séreuses. Les signes qui annoncent cette coïncidence, sont ceux que nous avons énumérés et qui appartiennent séparément à ces deux modes de péricardite. C'est ce que j'ai observé dans le cas suivant, qui à la vérité était compliqué d'autres affections, telles qu'une pleurésie, laquelle avait vraisemblablement précédé la péricardite.

Un jeune homme de trente-quatre ans, d'une taille moyenne, d'une forte constitution et d'un tempéra^ ment sanguin, avait été depuis un an affecté à différentes reprises d'une fièvre intermittente, et se plaignait de temps à autre d'oppression de poitrine. Ces

divers accidens cédèrent à un traitement convenable. Cependant d'assez fréquens écarts de régime amenèrent une rechute, et à la fin de Mars 1829 le malade éprouva des frissons réitérés, un mal- aise général , des douleurs vives au côté gauche de la poitrine, de l'anxiété, une expectoration abondante de crachats muqueux et rouilles. C'est dans cet état qu'il entra à l'hôpital. Une saignée générale, deux saignées locales, avec vingt sangsues chacune, les révulsifs et les béchiques , ne purent rien contre la maladie, et ne servirent qu'à diminuer passagèrement la violence des symptômes. Enfin, la douleur du côté gauche, qui s'était transportée à l'épigastre, devint de plus en plus forte et la respiration trèspénible, mais sans orthopnée; l'anxiété augmenta; une infiltration générale s'établit, et le malade succomba le quarante-sixième jour après son entrée à l'hospice.

A l'ouverture du cadavre , qui fut faite trente-six heures après la mort, on trouva plus de dix livres de sérosité dans les deux cavités thorachiques * les poumons refoulés vers la colonne vertébrale, et couverts de lymphe coagulable. La cavité du péricarde renfermait environ une livre de lymphe trouble et lactescente; mais toutes les surfaces séreuses de la plèvre, ainsi que du péricarde, étaient tapissées d'une fausse membrane très-molle et remarquable par sa forme aréolaire très-régulière.

§. 937. llépiphlogose chronique est primitive ou succède à lépiphlogose aiguë. Dans l'un et l'autre cas les caractères anatomiques sont les mêmes. On

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